‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 9 sur 127 · LITTERATURE PHILOSOPHIQUE · texte numérisé non relu

LITTERATURE PHILOSOPHIQUE

rangeait dans une même catégorie des arts entièrement diffé> rents , et Ton séparait ceux qui avaient le plus d'analogie. Le vitrier qui ajuste des verres aux fenêtres est mis à côté de l'opticien qui construit les télescopes ; le gantier ne se trouve pas avec le tailleur, mais avec le tanneur; la pharmacie n'est pas rattachée à la chimie , mais à l'art médical ; l'architecture navale et la navigation viennent s'y amalgamer avec l'hydrodynaoiique , bien que d'illustres amiraux soient hors d'état de construire un canot, et les plus habiles ouvriers d'un arsenal de reconnaître une latitude.

Les articles concernant l'histoire naturelle étaient confiés à Daubenton ; l'hydraulique et la botanique , h d'Argenville ; l'éiectricité et le magnétisme, à Monnier; la grammaire, a Duinarsais; la tactique , h Leblond ; les beaux-arts , à Landois et a Blondd ; la balistique et les couleurs , à Bernoulli ; l'astronomie et la physiologie , à Lalande; la chimie, à Moreau; la musique , à Rousseau ; la critique , l'histoire et la littérature légère, à Voltaire et à Marmontel; l'érudition, à Jaucourt ; la juris|ntidence, à Formey et à Toussaint; la métaphysique, la logique et la morale , à Yvon.

Mais la partie morale et politique de cette œuvre fait pitié '.

Celle des beaux-arts est pédantesque. On s'en tient pour l'histoire au pyrrhonisme de Bayle, tandis que pour les sciences on marche, au contraire, à la suite de Newtoa, en marquant clairement le point où l'on était parvenu alors.

Cétait sans doute une idée magnifique que de dresser fînventaire de tout ce que l'on savait, pour bien tracer la direction des recherches nouvelles; c'était un «but louable que de populariser la science, de remettre en honneur l'industrie, en imposant à chaque écrivain l'obligation de revêtir ses pensées d'une forme intelligible, et de répondre à la curiosité publique.

' Il est parlé an mot ImmortalUé de celle qu*oa acquiert dans la mémoire des hommes ; mais il n'y est pas dit un mot de la vie future. A Tarticle Épicure , oa lit qu'il est « le seul entre tous les pliUosophe» anciens qui ait su concilier sa morale avec ce qui lui semblait le vrai l)oiiheur de rhomme , et ses préceptes avec les appétits et les bcsoiiw de la nature.

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on noble spectade q«e ce conooars de tant dliommes d'flBfnt, médecin», offieîers, abbés, travaillant sans espérance de gain ni même de gloire , puisque souvent même leur nom était ignoré. Mais, au résultat, l'ouvrage se trouva misérable. QvelqueB fragments d'une originalité remarquable y sont noyés dans la médiociité; il n'est pas une partie qu'on puisse dire adwfée. GooM&e on Cusait une œuvre de parti , il y fallait des hardiesses, des paradoies ; tout y est exagéré pour le besoin et rimpressiondu moment. Les progrès de l'esprit, les expériences 6itc8 et h fàke , le certain et Tinceitain , Thomme et la société ; tant y «st passé en revue, tout y est touché avec la pierre infEmale, pour être guéri, réfonné; et Diderot trouve moyen dV loger ratbéisme là même où l'on s'attendrait le moins - à le

Les livres de polémique, la plupart de ceux de Voltaire, une partie des ouvrages de Rousseau , tout Diderot et VEncyclopédk, périreot après le triomphe; les autres vieillirent. Mais aux enrenis passionnées du moment se mêlent des vérités éternelles ; les unes restent englouties, les autres surnagent. Irions avons dâ ûire Tîolenee à nos sympathies pour juger sévèrement des hoBMies qui combattirent tant d'erreurs funestes , amenèrent riftancfaissement, la domination même de la littérature, et à qui nous devons, s'ils ne nous ont pas transmis des vérités entières, beaucoup de principes vrais et des semences fécondes.

VEne^dopédie fut donc plutôt on fait qu'un livre; et il ne bax pas Tappréder littérairement, mais politiquement. L'Église leeonnut le danger de ce démon, qui s'appelait Légion; le gMvenieiuent en prit ombrage.

Cependant il se répandit et se li|t. La littérature y devint ralliée des sciences. Tout y était assaisonné de philanthropie nfastituée à la charité , et qui dispensait de celles» , en ce qn'cUe s'appliquait non à des individus, mais à l'espèce entioe.

Amsi, à travers de faibles résistances, se répandirent les idées désorgsnisatrices , l'audace de l'impiété , l'indiscrétion de la parole , l'esprit d'incrédulité. On sema à pleines mains le HiUinie et le bouffon, Terreur et la vérité; le scepticisme se

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soutint par l'intolérance , et la négation devint une foi. Voltaire fut accusé de timidité, parce quMl tolérait Texistenee de Diem et l'athéisme devint le ton général. Les rois ambitionnairât les louanges des encyclopédistes , et cherchaient à les mériter en faisant la guerre au christianisme. Gustave ni de Suède et Stanislas Poniatowski s'abreuvèrent à cette source; Catherine H et Kaunitz payaient des correspondants pour les informer de tout ce que Voltaire et les siens pouvaient dire ou écrire. Frédéric Il observait leurs querelles derrière une haie de baïonnettes, écoutait par politique leurs leçons, et se riait des choses saintes. Il accueillait les philosophes exilés ; il donnait h d*Argens et à Maupertuis de bonnes. places, consultait Helvétlus sur la réorganisation des douanes et des finances. On lui dut le triomphe momentané de l'abbé de Prades, de la Beaumelle, deraÂ>jectla Mettrie.

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