BIST. DE CENT ANS. — T. II. 2Î
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parterre de nÀs; mot superbe et méprisaDt, eomne lonqnai miliea de ces vieilles majestés il disait : Quand féiaiê Henitnani. Il se fit préMoter Wieland, à qoî il donoa la croix delà LégioD d'honneur^ comme il fit aussi pour Goethe. Ces deu poêles étaient restés étrangers an mouvement national.
I..es deoz empereurs ne firent que consolider œ doot ils étaient convenus à Tilsitt peur le partage dn monde en den grands empires dXInent et d^Ocddent >. Si Alexandre conscotail à l'occupation de l'Espagne et du Portugal , c'est qu'U préleih daît agir de même pour la Finlande, la Moldavie et la Yabchte, qu'il vonlaiit enlever à la Suède et à la Pefle *. Il lot ausa convenu qne la Pnisse , dont les forces réélurent limitées à (f»rante mille hommesii serait évacuée. On rappela à rAutriehe que si elle n'avait pas été démembrée, elle en était cedevabk à Napoléon : c'était donc à elle de se montrer sage , de ne ^ donner de motifs de déftanee , d'i^utaat que l'intention de Napo-. léon était d'évacuer l'Allemagne , et de se livner exclusiveaieBt à la guerre maritime. Une lettre écrite en commraa par les dam empereurs porta des propositions de paix à TAnglëtecTt;
* Il est hors de doote que ce projet gigantesque occnpi les deui souverains; mais ils étaient loin de tomber d'accord sur rexécolioi. Alexandre demandait surtout Constantinople et les Dardanelles «cette clerdu Bosphore. Il ne voulait, disait-il , que la banlieue de Coastutinople , laissant Andrinople et le reste de la Rounélie à qni en voedrait. « Eh bien , disait-il souvent à M. de Canliaooiirt, avei-vons dtf nouvelles de votre maître? vous a-t-ll parlé de la lançait de ckeif > Il appelait ainsi, dit M. Thiers, dans le langage ftmilier qoH s'éM ftiH avec l'ambassadeur de France , cette lênfjao de terre destina « qnelqne sorte à loger le portier des détroits, mais Napoléon ne s'engagea point à Taire cette part à son allié : « Ck^nstantlnople, dil-U, c*erf l'empire du monde !» Il eût voulu tout au moins posséder les Dardanelles , comme compensation. » (An. R.)
' L'empereur Alexandre approuvait Uaotement alon r0xpédilioa d*£spagne. « Votre empereur^ disait-il à M. de Caulincooii, ne peat pas soniTrtr des Bourbons si près de lui. C'est de sa part une pûliti|M conséquente, que j'admets entièrement. » Du reste, le car,<|Hlamclait àam ce même moment la Finlande au roi de Suède» ton pereni, aV ▼ait guère le droit de blâmer la guerre d'Espagne. (A«. R )
GUKBBB ^AUTBlCilB. — WAGBAH. 2â6
m RàpolëoD par là TOoUiit ûure montre a«x yçux de l'Europe d6 son bartnoiiie avec Alexandre « l'autocrate faisait assurer seaètemedt TAngletenre qu*elle a avait rien à craindre des effets é^mnm telle tinion.
Les mécontentements fermentaient autour de Napoléon : lliiFat se voyait déçu dans Tespoir de monter sur le trône d'Espagne; Jos4>bine et Beaobarnais étaient troublés par les bruits de divoree qui se répandaient; les impôts énormes faisaient mnmiurer le peuple, en même temps que la conscription était devenue^ par Tabus, un objet d'effroi. Xes ministres et les journaux proclamaient que Tempereur était plein d'amour pour la paix ; qQ*il était sans ambition ; que les levées d'hommes augmentaient la population; aussi véridique^ en cela que lorsqu'ils disaient que le crédit était perdu en Angleterre , où un empnmt de dix millions de livres sterling à quatre pour cent remplissait les ctrfEres de l'État. Si la Grande-Bretagne était prodigue d'or, Kapoléon était prodigue de sang. Il élevait la jeunesse pour les amMBf et demandait aux femmes combien elles avaient de garçons f comme s'il eût fouillé dans leurs entrailles pour y chercher des soldats. Il mit la garde nationale sur le pied de guerre , et donna un aspect tout militaire au pays.
Cependant son despotisme croissant s'effrayait de tout ce qn rappelait l'ombre de la liberté. Quand le corps l^islatif vint offrir à Joséphine ses félicitations à l'occasion des victoires d^Espagne^ elle répondit qu'elle les agréait d'autant plus que €e corps reprétentaU la nàtiom françaUe. Cette phrase piqua au vif Napoléon, qui envoya d'Espagne un article au AfonUeury oà on lisait. « L'impératrice ne s'est point exprimée ainsi , car « elle connait trop nos constitutions : elle sait que le premier « représebtant de la nation est rempereur, attendu que tout « pouvoir vient de Dieu et de la nation... » he reste continuait sur le même ton, et développait ce tlième.
Était-il possible de compter désormais sur ces élans de dévouenent que la liberté avait produits? Napoléon mit, à la tête de la nouvelle armée qui devait opérer en Allemagne, trois généraux mécontents, Bernadette, Masséna et Macdonald, en même temps que aes deux fidèles lieutenants Davoust et Berthier.
2^6 cmQDlàlIB C0AK.ITI01I.
L'Angleterre déploya des forces immenses, avec miaeeoid rare et vraiment national. Elle s'empara de la Martinique , der nière colonie qui restât à la France, brâla ses escadres, empêcha le commerce des neutres. Des armées se tinrent prèles à débarquer en Sicile et en Portugal , et des subsides se préparèrent pour r Autriche. Canning, qui avait compris la forée de rinsnrrection , voulut retendre aussi dans le Nord, en eosh mençant par la Hollande avec le prince d'Orange , pour la propager de là dans les villes commerciales que le système continental avait rendues désertes , puis dans l'Allemagne et dans le Tyrol , où André Hoffer avait levé l*étendard ; dans les Cal^mi, à Taide des carbonari ; enfin jusque chez les Croates et les Ragnsiens. La Prusseabaissée n*attendalt que le moment de se rdeier. Alexandre admirait Napoléon ; mais comme ses boyards hà étaient hostiles, il donnait des assurances de sympathie à Vienae et à Londres , en même temps qu'il profitait de Famitié de son puissant allié pour s'agrandir aux dépens de la Suède.
Lorsque l'empereur François II eut renoncé à la coaromiede Charlemagne , Il songea à donner aux possessions que sa niiiOB avait réunies successivement, l'unité administrative, à dcM de l'unité nationale, et s'intitula empereur d* Autriche, llnt dans la résurrection de l'esprit germanique on moyen de s relever, en se mettant à la tête des peuples. Donnant doac h entendre que ses préparatifs étaient dirigés contre l'Oriert, il mit sur pied quatre cent mille hommes , dont le prian Charles prit le commandement avec des pouvoirs moi» reitreints que d'habitude. Les rois avaient appris de la Révolvtioa à recourir aussi aux peuples. Le comte de Stadion, misisbv des affaires étrangères , s'entendait avec les patriotes d'Allemagne. Les Journaux autrichiens , d'ordinaire si froids, étaiot remplis d'enthousiasme. Poussée par eux , l'Autriche osa mencer l'attaque au nom de la liberté de l'Europe, qui, elle, s'était réfugiée sous ses drapeaux. Elle appela aux annes les peuples de l'Allemagne, ceux d'Italie à la révolte; et, tri» que le Tyrol fût le seul à s'émouvoir, on put oonnattie ^ rincendie éuit prêt à éclater. Changement étrange ! l'AutnÂB se trouva à la tête des peuples, sans alliance de rois et eoBV
GUBBBS D*ÀtITBIGHB. — WAOBAJf . 257
tant sur reneige de» masses, tandis que Napoléon mardialt entouré d'un eoitége de rois ses alliés , mais ayant contre lui respritpopulaire/et acensant ses ennemis de recourir à Tinsurleetion.
Il sntit le péril qui le menaçait, et y opposa tout son génie. Il condamna à mort tout Français au service de rétranger, en^ fojrases meilleurs maréchaux sur le Rhin et en Italie, et fit une ^campagnes les plus étonnantes dont Thistoire fasse mention. Son armée, qui n*était pas considérable, se composait presque entièrement d'étrangers et de troupes des confédérations ; mais il 8*appliqua à dérouter, à Taide de la grande stratégie, les mouvements et les calculs du prince Charles, toujours admirable tlana la guerre défensive. La fortune se balança dans plusieurs engagements ; mais , après la bataille ou plutôt les cinq batailles neeeiBves d^kmûhl Cl 8*28 avril), le prince Charles, qui venait d'approvisionner Ratisbonne , fut repoussé au delà du Danube, où il laissai! à découvert Tarchiduc Jean qui 8*avançait dans le Tyrol , et envoyait au delà des Alpes des pro* eiamations remplies de brillantes promesses, et dans lesquelles il engageait « la parole sacrée et immuable de Tempereur François II, «
Napoléon , sentant le besoin de frapper des coups décisifs, nareha sur Vienne. On arma la landwebr pour la défendre ; on cbereha à exalter le courage par les exemples de TEspagne et par les souvenirs teutoniques; mais ce fut en vain, et Vienne ^tola peu de jours après (12 mai). C'était un événement de peu d'importance , puisque Tannée restait forte derrière le Danabe. Alexandre avait déclaré la guerrft à l'Autriche, mais <»» aucune démonstration; l'archiduc Ferdinand était vainqueur en Pologne; Tinsurrection s'étendait en Allemagne. Le prince Jean avait battu à la Piave l'armée d'Italie, commandée par Eugène Reauhamais , et menaçait le cœur du royaume d'I- Islie, lorsqu'à la nouvelle des victoires de Napoléon il se décida à revenir sur ses pas. Napoléon , par un décret daté de Schcenbrunn, ordonna la réunion des États pontiGcaux à rempile, et médita le démembrement de la monarchie autrichienne ; P fulmina contre la landwehr, et prononça la peine de mort
258 GlNQCJlfcMB GOALITIOll.
contre les ôrigmnd^y désignant sotri ce nom jusqu'à des gêné* raux qui faisaient bonne et loyale guerre.
Il passa alors le Danube^ mais le prince Gharies le sorprît à Essiing (21 mai), où Lannes périt avec la groase cavalerie presque toat entière «et où il ne resta anxFnoiçalB quelagloîre de s'être vaillamment défendus. Avec plus de hardiesse j Farehidttc Qiarles contraignait Napoléon à se tendre avae touls Tarmée qui avait passé le fleuve. Pendant qn1l bésitaitY Napoléon se retira dans 111e de Lobau avec trente-dnq mille hommes, où Toti comptait six mille blessés, et qui n'avaient que trtspeo de muftitions, point de vivres ni de ponts. Cependant Maroéna parvint h les soutenir, tout en disant : Si favaii été tarek^ dur , pùê tm Français n'aurait échappé pour porter ia nom^ velie eu désastre.
L'Allemagne fut transportée de Joie Mi voyant « Napoléon pris comme un rat du Danube dans la souricière de Lobaa. « De tous oAtés la guerre et les intrigues reprirent avec une nouvelle force; les mécontentements éclatèrent en France. On opposa aux bulletins mensongers et inhumains les récits exagérés de blessés Jetés dans le Danube , et ces paroles adressées, disait-on , par Lannes mourant à Napoléon : rous êtes eanse de ma mort ; vous nous ferez tous iuettun après tauire, par votre insatiable ambition.
Cependant Napoléon avait pu repasser sur la nve droite du fleuve, rétablir ses ponts , ramener ht eonfianee; et il vouhit relever sa réputation par une grande bataille. Le prince Charles demeurait inactif, faute d'avoir assez de foi dans ses soldats; Tarchidùc Jean n'avait pu empéèher Beaufaamals etMaodonaM, à la tête de l'armée d^Itâlie , de se Joindre^ après la bataille de Raab , à celle de Napoléon. L'empereur étudia attentireroent le Danube; et , au moment où il était attendu sur un point pir quatre cents canons autrichiens, il passa le fleuve au milieu d'une nuit orageuse, se rangea en bataille près de Wagram atee cent cinquante mille hommes, cinq cent cinquante bouches i feu, la plus grande force qu'il eOt encore réunie svir un seul point ; et, api^s un carnage horrible, remporta la vîeioire (S jaîltet)/ll se vanta de n'avoir perdu que quince eenis hemmcs.
GUERIS D*AUTBICHB. -— WAGRAM. 359
mis 0 en eut réeUemoit trente-trois mille hors de combat; Il périt vingt mille Autrîdiieiis, dont un grand nombre de gênénox '. Berthier fîit fait prince de Wagram; Maseéna, qui le méritait pins que lui, joignit à ses autres titres celui de prince d^EssUng; Davoust devint prince d*£ckm(ihl; Maedonald , Marmont , Qudinot, forent élevés à la dignité de maréchaux ; Bernadotte lîit laissé dans Toubli , parce qu*il donnait de Tombrage en cfaarebant à acquérir de la popularité en Allemagne.
Cette bataille de Wagram ne fiit pas une Tictoire décisive; en effet, le dnedeRovigo, grand admirateur de son mattre, dit dans ses Mémoires : « L*arcbiduc se mit en retraite sur Ions les points , nous abandonnant le champ de bataille , mais sans laisser de prisonniers ni de canons , et après avoir combattu de manière à rendre prudents tous les auteurs d'entreprises témérakes. On le suivit sans trop le pousser, attendu qu*il n'avait pas été mis en déroute , et qii*il ne nous convenait pas de le fiiire se remettre en bataille. »
En effet , le prince Charles se retira vers la Bohême , dans Fespoir que la Prusse se déterminerait à faire un mouvement. La Anglais promettaient d'opérer un débarquement à Stralsund, ce qui aurait pu permettre de couper les communications de Napoléon sur l'Elbe et sur le Rhin. Mais Napoléon prévint Pennemi par sa rapidité , et mit tout en œuvre pour livrer une aatre bataille. L'archiduc Charles ne se fia pas assez en luimême ; et comme il avait dans ses eonseils des personnes qui pcnchÉient pour la France , il demanda un armistice à Znafm , quand il n'en avait noHement besoin; et PAutriehe , qui avait partent excité l'eathousiasme des peuples, les abandonna.
Bruoswiek ayant réuni un etips de fiussards dont l'uniforme
' Il serait bien élrMige qee le vainqueur eût été plus maltratté à - Wagram que le vaincu. On sait combien il est dinicile, même après des recherches scrupuleuses dans les documents aulhentlques» de connaître ciartementy soit le cliiffre des comlNittants eflectifs dans une grande afbire telle que Friediand ou Wagram, soit le nombre des morts et bics- »éi. Les évaluations les moins suspectes portent h vingt-quatre mille le aonbre des tués et blessés du côti^ des Autrichiens h Wagram, et h quinze «t dix-buH mille celui des Français. (An. R.)
260 CtnQUlàllE COALITIOff.
était eotièreinéint noir, avec une tête de mort pour symbole, fit par lui-même une guerre héroïque , qui fut oélébrée dans \a chants des poètes populaires. Il continua de combattre mta après rarmtetice, sema Tefifroî sur son passage, et parvînt enfia à s'embarquer pour l'Angleterre, d'où il revint pour mourir à Waterloo. Le major Schill sortit de Beiiin avec un corps de» Valérie l^ère, composé déjeunes gens hardis qui s'étaient tio dans des sociétés secrètes , et portaient à leur drapeau la cnifate que la reine y avait attachée de ses mains. Il renversa réeusno du royaume éphémère de Westphalie. Vivement poursuivi, il se réfugia à Stralsund; mais, n'y trouvant pas de bâtiment pov s'embarquer, il se défendit contre dix mille Danois et HollaDdais , et périt en combatlant (81 mai ).
I^e soulèvement était prêt à éclater sur d'autres pomts, etdci généraux , des ministres de Napoléon y donnûent la maio. Use flotte anglaise, forte de trente-sept vaisseaux de ligne et ée vingt-huit frégates , débarqua , à Tîle de Waicheren sur FEseaut, trente-huit mille hoàames, qui prirent Flessingue ( 14 o^ tobre) ; mais ces troupes restèrent ensuite dans l'inactloo, m attendant les soulèvements de l'Allemagne et de la Htdlande, qui n'eurent pas lieu.
Hoffer, rldie cabaretier tyrolien, d'une statore athlétique, chasseur intrépide , se mit à la tête de rinsurrectim de son pays , au nom de la Vierge et de l'empereur d'Autriche. U» rendit si redoutable, que deux régiments fareot oU^de mettre bas les armes devant les carabines des brigands, qai chassèrent les Bavarois du Tyrol , et poursuivirent le ccnds^ leurs victdires jusqu'au moment où elles furent intenoœpae par l'armistice de Znaîm. Alors Hoffer, se fiant à l'anmistie proclamée dans le Tyrol , et ayant d'ailleurs obtenu un saafconduit , descendit des montagnes ; on lui fit son procès, et Q fut fusillé (février 1810). De nombreuses exécutions de patriote se firent en Allemagne , et onze officiers prussiens furent nus à mort d*une seule fois ; d^autres furent ensevelis dans les bagne-
Lîchtenstein , à qui le commandement de l'armée fut doDoé lorsque le prince Charles s'en fut démis, inclinait tout à £ùt pour la France, et il détermina François II à conclure la pa»-
ST5TÉKS IMPÉJHAL. 201
Ed eobflëquence , l'AntHche , bien qu'elle fût encore dans une position florissante, se résigna à perdre pins de sept cents lieues earrées qui furent réunies à la confédération du Rhin, avec trois mfllions et demi d'habitants, les mines abondantes de Salzboorg et soiiante-quinze millions de florins , et donna son adhésion 80 système continental. Les murs de Vienne furent démolis.
Une paix accompagnée de pareilles violences pouvait-elle dorer?
STSTEUS IMPERIAL.
Les Français, qui ont aimé successivement Louis XW et Loois XV , Marat et Robespierre, se sont passionnés aussi pour Napoléon ', qui leur coûta si cher, et qui les menait vers un abtme. Il n'y a point d'enthousiasme plus facile à concevoir que eeloi que Napoléon excita. Fils de ses œuvres, éclipsant de l'éclat àt sa fortune les monarques héréditaires , repr^entant de la Dation, il conserva l'empreinte populaire et celle de la liberté, même après qu'il eut renié Tune et l'autre. L'historien sincère tt fidèle au culte de la liberté ne peut lui garder son admiration et son amour; mais il aurait tort de ne point excuser de pareils KDtÎBients, quand il a besoin lui-même de toute sa raison pour ^sn défendre.
On ne peut déduire un système général de la tactique de I>7apolto , attendu que son art consistait à adapter les mouvements à la situation. L'ennemi croit l'atteindre lorsqu'il as-
' Rien ne justifie de pareils rapprochements. Louis XIV et Napoléon ont fait vibrer chez les Français de nobles sentiments : le sentiment àt la nationalité et celui de la gloire ; aussi la nation entière s^est-elle oitboiifliasmée ponr eux. Quant à Marat , qui représentait des instincts ^t opposés, il n*a trouvé de culte que dans la lie du peuple parisien ; i une époque de perturbation et de délire : c^est une injure sans portée de pf^Undre que la France a aimé Robespierre et Marat. (Am. R.)
3GS SYBTiMB IHFilIAL»
aége Maiitmn, tiiil n*liésite pés à laisser cette pbw eià cm* centrer ses forces, poar marcher contre rennemià CastigHone. Il se hasarde à Aréole dans une route entourée de marénges, H il antmlle ainsi la supériorité numérique de rennemi. A Rivuti, rinfonterie allemande couvrait les hauteurs, tandis que Tartillerie et la cavalerie tenaient la {daine ; il se jette entre elles , empêche leur jonction, et les culbute sûrement. A Maiengo et à Ulm , il prend ses adversaires à dos; à Austerliti , il enfonce le centre de Tarmée ennemie. Son bot unique est la victoire ; ses moyens varient à Tinfini.
La république avait, dans ses idées d^égallté, attribué une grande autorité aux généraux de division, en les rendant presque indépendants du général en chef, qui se trouvait ainsi gêné entre les ordres du comité et les prétentions des subalternes. Cest pour cela que les batailles générales furent rares, et les combats d'avant-garde fréquents. Napoléon, au contraire, concentrait tout en lui«méme; c'est tout au plus s*il manifestait ses projets à Berthier au moment de les exécuter.
Il n*eut aucun changement essentiel à apporter (!ans la tactique établie par Frédéric II : seulement il en étendit Tappllcation à des circonstances nouvelles; il mit en plus grand crédit l'ordre eu colonne. Le carré, dont il avait appris Piniportance en Egypte, devint de règle dans l'offensive aussi bien que dans la défensive ; le feu successif par file fut adopté contre la cavalerie ; les troupes furent exercées à aplanir, à creuser le terrain, à élever des fortifications. Le camp de Boulogne surtout, si inutile du reste, offrit un grand et continuel exercice, où les généraux apprirent , sous les yeux de l'empereur, la pratique des grandes évolutionSi
Quand tous les vétérans eurent péri , Napoléon , n^ayant plus que des recrues, voulut y suppléer par un matériel âmmoise; alors ses trois cent mille hommes traînèrent quatorze cents pièces d'artillerie, c'est-à-dire près de cinq par mille hommes. Beaucoup d'officiers marquants désapprouvaient ce système, et disaient que les autres armes suffiraient à peine à garder Fartillerie : ce qui arriva dès le premier désastre. Quoi qu'il en soit, ces bouches à feu, auxquelles M donna une mobilité pro£«
SYSTÈME IMPSBIAL. 163
gieuse , dévoraient dans les batailles une masse énorme de ce qa*il appelait chair à canon.
Sou grand mérite consistait encore dans l'attention personnelle quMI apportait à toutes choses. Sans regarder aux sacrifices , il se procurait des espions et des plans ; il poussait des reconnaissances en |)ersonne , et Oaisait engager de petites esearroonches , tandis que , posté sur une hauteur, il observait le pa3's et tous les mouvements. Il ne calculait jamais ce qne pourrait coûter TacquîstUon d*un point décisif; et, durait toute la bataille, it restait à regarder, aussi impassible que dans son cabinet , soigneux de ne jamais laisser apparaître sur son visage ni la joie ni Tinquiétude , et n'écoutant aucun avis. Ses proclamalions, avant et après rafTaîre, étaient une partie de sa tactique. La bataille gagnée, il expédiait rapidement les corps encore frais, ou ceux qui avaient le moins souffert, sur les traces de Tennemi , pour compléter sa défaite.
I>e même que la tactique était sortie des guerres de Frédéric , des f^ampagnes de Napoléon naquit la grande stratégie; et c'est en méditant sur ses vastes plans que les écrivains ont posé les élénients de cette science nouvelle.
Admirable pour créer, réunir, vivifier les moyens proportionnés à Fentreprise; prompt à s'assurer toujours Finitiative, h pénétrer les projets de Tennemi et à les déjouer, sans lui laisser le temps de la réflexion ; sachant employer les masses , tirer parti é\m petit avantage pour en obtenir de plus grands, inspirer aux antres sa ténacité et sa confiance, il semblait avoir enchaîné la Tidoire à son cbar.
Habile à la préparer par les intrigues de cabinet , il comprît que ce moyen devait en Allemagne marcher de pair avec les batailles. Il excellait surtout à exciter parmi les siens l'émulation , qui tient lieu de pratique ; à inspirer au soMat la conviction de sa supériorité sur tout ennemi , de manière à regarder la victoire comme article de fiù : et la fpi est un admirable prii^cipe d'actioa.
y fut bieu sei^ en outre par le ci^ractère de si^ ^nemis. I^es Autrichiens sont braves» mais sans émulatîoo> et enchaînés |Kir une stratégie de cabinet, dont U avait fait maintes fois l'ex*
264 SYSTEMS IMPÉBIAL.
périenee; il sait donc qu'en s'y prenant de telle ou telle sorte, il est assuré de les battre. Chez les Prussiens il trouve non-seolement le système de Frédéric» mais encore ses hommes : vieillards qui ne sauraient tenir contre la vivacité héroïque des soldats que la Révolution a formés * . Les guerres en Asie ont eiercé les Russes, et l'enthousiasme de l'obéissance les rend plus redoutables; c'est pour cela que Napoléon caresse Alexandre. Les généraux ennemis étaient ou soumis à des despotes , ou garrottés par les ordres de cabinets éloignés « on entravés par la présence des princes ; les plus distingués n'étaient habiles que .dans l'art de résister et de battre en retraite* Les guerres de la Révolution avaient préparé à Napoléon des armées admirables, dont chaque soldat était un homme» et valait , pensait, opérait comme tel ; aussi en vit-on sortir des généraux du plus haut mérite « capables de commander une armée, à plus forte raison d'exécuter les grands desseins du chef, et, au besoin, de les modifier sur le terrain.
Que n'aurait-il pas pu faire avec de pareils instruments? Ea établissant l'égalité audedans, la Révolution avait senti qu'il lui fallait se faire respecter au dehors, et pour cela s'enfermer dans les limites naturelles , et proclamer que personne n'avait le droit de s'immiscer dans l'administration intérieure des autres pays. Bientôt elle fut entraînée hors de ces limites ; elle avouait toutefois la nécessité d'y rentrer» et la convention ainsi que le Directoire suivirent une politique rationnelle : ils firent la pais quand elle fut utile, répandirent les germes démocratiques làoà ils trouvèrent un fonds propre à le faire fructifier. Le gouvernement ne se découragea pas à la suite des désastres de 1799* et poussa les conquêtes de la France jusqu'à ses frontières na-
' M. Cantu ne manque point une occa^on de faire un mérite i b Révolution ( quMI a cependant assez maltraitée en beaucoup de poiols) d*avoir Tormé les généraux et les soldats de Napoléon , comme à ce dernier n'était point capable de les avoir formés lui-même. Il hérita sa» nul doute des éléments vigoureux que la Révolution lui transmit, wii il les perfectionna beaucoup. Quant aux vétérans des premières goencs, il en dut rester peu à Napoléon après les campagnes désasUenses dt* gypte et de Saint-Domingue. ( An. R. )
SYSTEME rMPÉBIAL. 265
tnrelles. Cependant le besoin de la paix était si généralement senti , qne ce fîit comme moyens de Tobtenir que Ton accueillit le eonsulat d'abord, puis l'empire.
Mais Napoléon jeta la France dans des entreprises désastreuses, dont le motif fut moins le bien de la patrie que ses passions et une soif immodérée de guerre. Si, jusqu'à Tilsitt, il n'arait fait qu'affaiblir les autres pour se consolider Inî-méme, il devint après ouvertement agresseur, et attaqua des puissances que leur patriotisme ou leur position rendaient invincibles; il attira ainsi sur lui la guerre populaire. Il disait, selon le témoignage du général Foy, que « sa mission n*était pas seulement de gouverner la France, mais de lui soumettre le monde, sans quoi le monde l'anéantirait. Partant de cette supposition gratuite» Il organisa l'empire pour la guerre éternelle. Ce ne fut pas pour acquérir le droit d'être prince absolu qu'il combattit sous toutes les latitudes : qui l'empêchait de l'être à moins de frais ? Au contraire , il fonda le despotisme pour créer, vivifier et renouveler sans cesse les éléments de cornbats. »
Alois s'établit un empire immense, avec unité de gouverne^ ment et sans unité d'intérêts ; on y vit les plus étranges mé' langes de peuples : on vit les Cipayes combattre en Egypte , les Espagnols à Dantzick, les Italiens à Varsovie, les Polonais h Saint-Domingue. Ce que Rome avait fait en trois siècles avec tant de persévérance , Napoléon voulut Faccomplir en un moment. Mais il ne fit qu'une propagande de famille : quant aux populations, il leur imposa des rois qu'il traitait comme ses sujets.
II arriva dans un temps où les gouvernements étaient désorganisés : il ne lui fut donc pas difGcile de les renverser ; mais il ne s'aperçut pas que derrière eux étaient les peuples. En conséquence il mit en pièces les nationalités, il foula aux pieds les constitutions; il fit d'une république un royaume ou une viceroyauté; il mêla, selon son caprice , les peuples anciens et nouveaux , sans souci des religions, de la langue et des mœurs; il détacha le Tyrol de l'Autriche, à laquelle il livra Venise; il sépara Rome et Florence de l'Italie, dont elles sont le cœur; il
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mit un roi dus la Hollande républicaine. 11 détacha les ^rinee» allemands de leur empereur; il prétendit faire plier TEsp^De sous des rois étrangers. 11 voulut enfin imposer à tous son coda et son administration ; puis il froissa les intérêts de tous par te système continental. Cest ainsi que, désaffectionnant les peuples, il slmpasa la nécessité de gouverner sans cesse; car il n^igoorait pas qu'il est plus facile de maîtriser un peuple dans Tagitation que dans le repos. Réduit à la nécessité de toujovs vaincre, il Oa^isait de chaque bataille un jeu où il risquait tout <•
La fortime lui souriant toujours, il en résulta que le culte de la force se substitua ù la religion sévère de la liberté. Il entretenait Tardeur des prosélytes par des récompenses et éa lK>nneurs : créant à foison des comtes , des ducs et des chevaliers; prodiguant à ses généraux dotations, rentes , biens cod- Gsqués, jusqu^à cent quarante millions de revenu annuel. Il ae fut pas moins généreux pour les savants, non parce aolite amour de la science qui veut la maintenir pure« mais pour 8*en Cûie un instrumeat de gouvernement ou un moyoi d*éblouir. Il méprisait du reste les théoriciens, qu'il traitait d'idéologues : il se raillait de Necker et de Say, non moins qae de Benjamin Constant et de Tracy. Comme les théories de Smith et des autres économtstea ne donnaient pas un résulta pratique immédiat , il les laissa de odté, et s'entêta dans le système prohibitif.
L'Angleterre grandissait par le crédit; et Napoléon tbésaarisail dans les oaves des Tuileries , comme les anciens rois daos les siècles d'ignorance, ne s'emharrassant pas de comptai rendre *. L'Angleterre proclamait la liberté du commerce ;cC
> « Si je n'eusse vtîocn à Austeriitz , j^allais avoir toute la sur les bras. Si je n'eusse triomphé k léna, TAutridie et rEspagaest déelaraient sur mes derrières. Si je B'euaae battu à Wagrara (qoî la M pas vae victoire aussi décisive), j*avaia à craîjidra que la RooieBa m'ahandoonAt, qœ la Prusse ne aeseoleicAt; rt les An|^ él4MJBl d# derant Anvers. » Mém. de Soênte^Bélèn^.
' « L'empereur disait avoir en dans ses cavea , aux Tuileries . jaiq*"^ quatre cents millions en or, qui étaient tellement i lui qu'il a'ea exil-
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M, Il ordonnait la prohibîtidh : il Voulait qne toatos les nations rado^taasent, qu'elles eussent ou non besoin des marchandises anglaises, qu'elles eussent ou non la force de maîn^ tenir cette eiclfision et la possibilité de suppléer à ce qui était proscrit. Les Anglais couvraient les mers de leurs croisières. Eh bien! que Ton se passe de ooloklies et de navigation, que Ton s'efforce de produire dans nos dknats du sucre, du oafé^ du thé, du giroOe, du poivre ! Honneur et récompenses à qui trouvera des équivalents, à qui fil«ni le -coton, à qui rivalisera avec tes manufactures britanniques! Mais, en attendant, il iatil payer un prix énorme les denrées coloniales et les tissus ; le gouvernement perd les droits Imposés à rintroductton des marchandises; il perd encore à donner des primes arux manu** facturiera^ la navigation périt, et la contrebande grandit pai^ l'appât de bénéQces incalculables; l'empire est infesté de douaniers; négociants et particuliers sont troublés par des visites domiciliaires et des confiscations.
Les reveDUB demeuraient hors de proportion avec de si énormes dépenses >.- 11 eÉt vrai que les fhiis des guerres de Rapoléotk lui furent presque toujours payés par les vaincus ; nnis celle d'Espagne était im gouffre ; puis, tant de luxe, tant de cérémonies pompeuses, cette foule de courtisans, dont plu« sieurs étaient des rois , coûtaient immensément. I/impôt fut donc porté à un taux qu'il n'avait jamais atteint ; les contributioas indirectes devinrent exorbiunies , et les douanes seules comptèrent trente-dnq mille employés. La loterie et les jeux de hasard, sagement abolis par la Révolution, furent rétablis. le maître apprenaitril que quelqu'un eût fait de gros bé-
tiit d'antres traces qu^un petit livret dans les mains de son trésorier
particulier. » Mém. de Sainte- Hélène, ' Les dépenses de guerre approuvées par le ministre des finances ,
de iSOl à tsts, montèrent à 4,733,000,000
Ea 1814 et 1815 ^67,000,000
La France dépensa donc 5,000,000,ooo
Les pays étrangers au moins pour une somme égale« 6,000,000,000 AiBfli les guerres napoMonienncs coûtèrent en tout. . 10,000,000,000
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néfiœs dans une affiiire avec TÉtat, il tirait sur lui une lellie d« change : une seule compagnie eut à payer, dans un semestre, trois millions sur une sommation.
Le despotisme fait de grandes choses, et accomplit «i peu de temps ce que la liberté n*obtient qu'après de longs ^forts; mais le despotisme ne grandit qu*un homme, tandis que la liberté fait grandir la nation entière. Le nom de Napoléon resta associé à des entreprises immortelles, et surtout à celles qui tendaient à accélérer le mouvement intérieur. Partout s'ouvrirent des routes, dont quatre magniGques unirent Tltalie à b France. Des canaux furent creusés entre le Rhin, la Heuse, b Seine, la Loire, du lac de Cdme à l'Adriatique, du Rhône à TOcéan. Nous ne dirons rien des manufiictures d'armes, des aise* naux, des nitrières. Les sciences marchaient à grands pas : Chaptal publiait la Chimie appliquée aux arts; il chercha ks moyens de remplacer le sucre, l'indigo, la cochenille. Berthollet, Biot, Guyton-Morveau, analysaient le sel marin, les sulfures, les combinaisons gazeuses, le diamant. Cuvier, Humboldt , Gcof* froy Saint-Hilaire, agrandissaient Tbistoire naturelle. De Candolle, Jussieu, Jaume Saint-Hilaire , donnaient à la botanique tm nouvel essor ; Viseonti et Larcher continuaient les travaux d'érudition sur Hérodote; Gail, sur Xénophon; Sainte^>oii, sur les historiens d'Alexandre ; Quatremère de Quin^ doBoait la théorie des beaux-arts; MlUin étudiait les médailles; Denoo, les antiquités égyptiennes ; Sacy, les langues orientales ; Wakkenaer et Malte-Brun approfondissaient la géographie.
MaisThistoire restait pauvre et déclamatoire. Pour avoir uae histoire de France, Napoléon fut réduit à en charger Anquecil, éx;rivain sexagénaire, qui fit un ouvrage décoloré, monotone, où Ton trouve la science d'emprunt, la décision superficielle, et ks préjugés du temps. Les histoires deMichaud, de Lacretelle,de Sismondi, sont toutes empreintes du sentiment de cette époque. Daunou et Ginguené écrivirent sous l'influence d'idées voltiiriennes. Dom firial poursuivit la Collection des historiens delà France; Pastoret, celle des ordonnances royales; l'Instibiti celle des chartes et diplômes , commencée par Brequigay; Daunou, Tbistoire littéraire. D'autres écrivains motalisaienl,
SYSTÈME IMPtiBIAL. 260
nos rdigien. Madame Cottin faisait des romans à sentiment; madame de Genlis reportait les esprits vers la cowr de Louis XIV, que les nobles vantaient par esprit de satire, et les parvenus par imitation.
Comme on dépouillait les vaincus des principaux che&-d*œu vre de Fart, il était facile de réunir à Paris le musée le plus riche qa*on eût encore vu. On mit à contribution les écoles de Tltalie, de l'Allemagne, delà Hollande, indépendamment des nombreux tableaux qui provenaient des églises et des couvents détruits* Les observateurs s'extasiaient devant ces richesses sans égales; mais rétincelle du génie ne s'en raviva pas, et l'époque de l'em* pire ne se distingua dans Tbistonre des arts que par un style académique, emprunté à la statuaire, correct, mais froid et sans reliefs Le prince de cette école était David, qui, après avoir dirigé les fêtes républicaines, consacrait alors ses pinceaux classiques aux fastes napoléoniens. Girodet peignait le déluge ; Gros , la bataille d'Aboukir ; Gérard , celle d'Austerlitz ; beaucoup d'écoliers, imitateurs 'de ces maîtres, s'exerçaient à peindre la victoire, et une foule de poètes leurs émules à la chanter. Les Ihâltres , la musique , la danse furent en grande vogue sous l'empire : mais, parmi tant de productions dramatiques, combien en a-t-il survécu ? Les ouvrages qui remportèrent le prix décennal mériteraient tout au plus cT être cités.
Cest que cette protection ofùcielle n'epnoblissait ni n'élevait l'esprit; elle l'absorbait au contraire, et le faisait mouvoir à son profit. Comme elle payait les louanges, elle les commandait. 11 ne se prononçait pas un discours, il ne se publiait pas un recueil où il n'y eût un grain d'encens pour l'empereur; les auteurs dociles avaient droit, en récompense, à une critique élogieuse dans les journaux du gouvernement. Les artistes représentaient Napoléon en héros, en demi-dieu ; les médailles reproduisaient l'adulation dont I^ouis XIV avait été l'objet. M. de Fontanes avait de magnifiques paroles pour proclamer officiellement les mérites du maître. Mais les louanges ne suffisaient pas au grand homme, si elles n'étaient assaisonnées de blâme contre ses ennemis. Le Moniteur était au service de
ses passions, tantôt pour maltraiter les auteurs qui lui déplaira.
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saieat, tantôt pour injorier Rome, i*Aogl6tene, les ras, et prélader par rUisulte à l'agression armée. Paris, ce fioyer d'ei étaient sorties les étincelles qui avaient embrasé le nonée, Paris était muet. On supprimait des livres déjà imprimés avec autorisation ; on retirait leur brevet aux impriœeiirsdoDl on élut mécontent. Le prêtre devait pousser à la guerre, cbanler Ici hy mues pour les victoires , sous peine de se voir jeté dans om maison de fous. L'adulation se glissa jusque dana le catéctiisiae, qui imposait l'amour de Napoléon en même temps que Tainov de Dieu et de nos parents. La pensée lui était sospeete. Sicfes, à qui Ton demandait un jour^ Que pemez^toêisf répondit : Je ne pente rien. Gâtait le cas de tout le monde*
Mais, au milieu de ce concert d'applandiaseoMats, quelquci esprits d'élite savaient résister, ne f ât-ce qu'en gardant le stlôau Chateaubriand , nommé à une ambassade, renvoya sa noBtt> nation lorsqu'il apprit l'assassinat du duc d'Enghien; Chénier, qui avait chanté les premiers triomphes de Bonaparte, ss tut plus tard, et s'attira la haine de l'empereur '. Ducis , à qui il offrait un siège au sénat, lui répondit : Je mU un canard eauvagej de ceux qui senienl de loin VodeurdufiuiL Ne fterda pas votre temps; faime mieux porter des haithns que des
^ Crédule , j*ai longtemps oélébnl aa conquêtes i Au foraio> an sénat , dans nos jeux , dans nos fêtes , Je prodauulB son nom , Je vantais ses eipMts, Quand Ml laiirlen soumis se oooriNùent sous les lob* Quand , simple citoyen^ soldat du peuple libre , Au bord de TÉridan , de l'Adige et du Tibfe, Foudroyant tour à tout quelques tyrans pcnren , Des nations en pleurs sa main brisait les fersç On quand son noble exil^ aux sables de Syrie, Des palmes du Liban couronnait sa patrie. Mais lors(iu*en fugitif regagnant ses foyers. Il vint contre IVrapire écbanger ses lauriers. Je n'ai point caressé sa brillante infamie i Ma voix des oppresseurs fut toujours ennemie « Et, tandis qu'il voyait des flots d'adorateurs Lui vendre avec l'État leurs vers adulatcara , Le tyran dans sa cour rcmaniux mon absence ; <^r jti ciioïKe la gloire , et mMi pas la pnimance
SYSTBMB IM^BBIAL. 971
ekaittes» Beetboten s'écria, quand it le vit se faire empereur : CeàU'Ià aussi tCétaU donc qu'un homme ordinaire! Chénibioin'eot pas sa fiireilr, parce qu'il ne le flattait pas. Bernardin 4e Saint-Pierre» admis à l'Institut par son appui, refusa d'é* erire ses campagnes ■. Lemercier renvoya à Napoléon Tordre de la Légion d*hoimeur, en lui déclarant que si Jusqu'alors une affection sincère s'était jointe à son admiration^ il lui était trop yénibie de le voir, quand il pouvait se placer dans l'histoire parsiî les fondateurs, préférer se mettre au rang des imita* tfuis. BoiMdd, outre la iJgiiiation primitive^ restauiPation d'i-^ dées alors en discrédit, soutint contre le divorce l'indissotubi" lité du mariage. La tragédie des TempUer» de Raynooard, qui ittt très^applaudje, censurait l'oppression exercée par un roi et par un pape : en conséquence) Napoléon ordonna à sa critique de le dénigrer.
La société d'Auteuil fiitsait une guerre sourde à l'empereur; elle se eomposait de Tracy , Cabanis, Daunou, Thurot, Gingueoé, Cbénier, Garât, Volney, et d'autres qui restaient plus ou moins atlacbés aux idées de la Révolution, et qui, tout en admirant le général, détestaient le despote. De là vint la haine de Napoléon pour les idéologues : c'est ainsi qu'il appelait ceux qui ne se contentaient pas des faits, mais qui en recherchaient les causes, et en tiraient des idées générales. 11 voulait une littérature qm ne s'occupât que dece qui est purement littéraire, sans métaphysique, sans liistoîre, sans droit public.
Eb même temps il s'aUénait les femmes par des insultes gratuites : il disait è l'use qu'elle était vieillie, à l'autre qu'elle
* n pronoaça on éhge de rempereur, mais en aiTectaet d'y méliT force loyautés en Plioniieur de la pùn ; le cardinal Maury et Regnaiilt «le Saiat-iean-d^Angély y firent de nombreux retranchements, en disant que Temperenr n*aiinait ni les leçons ai les censeils. Les philosophes , MO moins iotolénints qiie te maître , tracassaient aussi Bernardin de Saint-Pierre , ie«r coHègae, parve que le mot Dieu se trouvait souvent àMK les rapporta. Cabanis, dans tme séance de Tlnstitut, en I79S, propoia de décider que fe«Mt Weu ae serait ptas f renoncé aa sein de ce coq» savant.
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élait mal mise, ou qu'dl« avait la même toilette qu*à la fêle précédente; il leur demandait combien elles avaient de garçons. 11 dit à madame de Staël que la femme la plus estimable était celle qui avait fait le plus d'enfants: c'était leur déclarer qu'elles n'étaient bonnes qu'à lui fournir des conscrits.
Madame de Staël poursuivait celui qu'elle appdait mi Robopierre à cheval, d'épigrarames et de traits acérés qui, répétés dans le monde, mettaient l'empereur en courroux. ITajuC pas trouvé un mot de louange à son adresse dans Corinne , il commença une persécution contre la fille de Necker, qn'fl fit d'abord harceler par les journaux, et reléguer ensuite ^ vingt lieues de Paris. Après avoir visité l'Allemagne et l'Italie, elle s'arrêta près du lac de Genève, où elle réunit autour d'elle les hommes les plus distingués. Elle vanta l'Allemagne, quand Napoléon cherchait à la dénigrer; elle exaltait les Anglais, et appelait les Cosaques « les chevaliers de la race humaine. * Napoléon disait au fils de cette femme illustre : Elle a beaueowp d'esprit: mais elle ne se pUe à aucune 'subardinaffon. Elevée au milieu des désordres de la Révolution ou de la monarchie expirante, si elle restait un mois à Paris, Je serais obligé de l'envoyer à Bicétre. La chose ferait du bruit, et Copinion se déchaînerait contre moi, Dites^hd donc que, tant que Je vivrai, elle ne reviendra pas à Paris. Le régne des intrigants est passé ; il faut de la subordination, il faut respecler l'autorité, parce que Cautorité vient de Dieu.
La Fayette avait été lié avec Napoléon , qui aimait en lui le compagnon d'armes de Washington. Mais quand on vota^urle consulat. à vie, le général écrivit sur le registre : Son, tonique la liberté ne sera pas garantie. Alors seulement Je donnerai mon vote à Donaparte. Il lui exprimait ainsi, dans une lettre , les motifs de ce vole : « Il est impossible que vous, le premier « parmi ces hommes qui obligent, pour leur trouver un objet de « comparaison, à embrasser tous les siècles, vous vouliez qu'une « si grande révolution, tant de victoires , de sang, de douleuis, « de prodiges, n'aient, pour le monde et pour vous, d'autre « résultat qu'un gouvernement arbitraire. » Puis, le voyant per scvérer dans celte voie, il se retira tout à fait.
SYSTEME IMPéBtÂL. 273
n n'était pas josqu^à ses propres créatmres que Napoléon n'indisposât souvent par des paroles et des actes plus que blessants. Malheur au ministre qui se présentait sans observer l'étiquette dans toute sa rigueur ! Talleyrand , diplomate endurci et d*une fidélité douteuse, avait plus d'une fois réparé les coups portés à la fortune par les événements ; Napoléon le congédia. Talleyrand fit entendre que le motif de sa retraite avait été son refus de se prêter à la trahison de Bayonne, et il se mit à faire une opposition taquine dans les salons, où il traduisait en épigrammes une désapprobation qui était au fond de tous les cœurs.
L'ancien jacobin Fouché, devenu duc d'Otrante, n'aimait pas Napoléon ; il était persuadé que le colosse ne pouvait manquer de tomber, et il regardait toujours qui pourrait lui être substitué, fût-ce niéme la liberté. Pendant la campagne d'Allemagne ', un moment incertaine, il entretenait des intelligences avec les mécontents, et recevait de l'armée des émissaires, épiant l'occasion de faire dans l'empire une révolution qu'appelaient les pleurs des familles et les frémissements des nationalités foulées aux pieds. Napoléon , qui n'osa se défaire de Fottcbé et de Talleyrand, aurait dû ménager alors ces deux personnages : en exilant Fouché il s'en fit un ennemi qui connaissait de longue main tous les mystères de sa politique.
Il avait mis dans le sénat quelques penseurs , mats ils y étaient muets. Les idées républicaines avaient encore des partisans dans l'armée, où plus d'un trouvait que la gloire ne valait pas la liberté. Masséna, Brune, Bemadottte et d'autres mur-
*■ « Iimnédiatement après la bataille d^EssIing, un émissaire arriva dQ champ de bataille à Fouelié , pour loi faire connaître l'état désespéré des afTalres» qu'on pensait pouvoir être très-favorables à certains projets. Cet émissaire était chargé de prendre ses avis, et de savoir ce qu^on pouvait attendre du dedans. A quoi Fouché répondît, dans un état de véritable indignation : Mais comment revenir nous deman^ der quelque chose , quand vous auriez déjà dû avoir tout accompli à vous seuls ? Vota n'êtes là-bas que des poules mouillées qui n*f entendez rien : on vous le fourre dans un sac, on le noie dans le Danube, et puis tout s'arrange facilement et partout. » (Note do général Pelet aux Mémoires sur la guerre de 1809.)
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muraient de voir ces couronnes, gagnées au prix de leur sang, distribuées eux prochts de Napoléon ; et s^ils ne conjunieat pas. Ils teumaient leurs regards vers Tavenir. Napoléon déeréta TexU de Bemadotte, <|ut répondit : ilpeiU de f^iermecommando' aux rùUy maU naa me bannir à Parii,
Les rois même qu^ll avait créés ne voulaient pas toujouis sacrifier les peuples à ses caprices. Joseph lui dédara que sH réunissait à Tempire des provinces espagnoles, comme il y paraissait disposé ( ld09), il a]>audonnerait le tr6ne. Louis, gui avait montré de la générosité et du courage en Hollande, lois d^uae explosion arrivée à Leyde ( 1807 ) et de Tinvasion des Aurais dans nie de Walcheren (1809), se débattait contre les exigeucM de son frère, qui se plaignait que la contrebande pénétrât par là en Allemagne. Comment concilier ces exigenees avec le bien d'un peuple qui) vivant du commerce, se trouvait tué par le blocus continental? Aussi, quand Napoléon fit occuper Amsterdam, Louis abdiqua ( l*"" juillet 1810). Celait le second de ses flrères qui repoussait ce qui était devenu pour lui uns eour ronne d*épineB.
Napoléon connaissait par la police Tétat de Topinioo en France : mais ses fiuniliers lui ûiisaient entendre que ce mécontentement venait de ce qtt*il n*avait pas de successeur, et que sa perte, s'il venait à manquer, serait &tale à Tordre de chines qu'il avait fondé. Napoléon prêta Toreille à ces insinuations de cour, pkitdt que d'entendre la voix des peuples. Il se décida à répudier cette Joséphine qui avait été la première cause de sa fortune. Il ne tint compte ni de sa douleur, ni de roppoâtion du sénat \ et il triompha de la répugnance de l'Église, en faisaut déclarer illégal par le clergé de Paris un mariage qui avatt été béni par le pape, mais sans les publications préalaUes. Enibi, par un raffinement d'inconvenance, ce fut Eugène lui*n»érae, le ils de rimpératrice , qu'il chargea d'annoncer la dissoluliott du mariage de sa mère aux grands corps de l*État.
Napoléon, en cessant de s'appuyer sur les peuples, sentait le besoin de s'afifermir par des alliances au dehors; et Q cberdia une épouse parmi les filles des rois.' Son choix tomba suruoe nièce de Marie- Antoinette. Ce fut chose toute nouvelle de wir
SYSXteE 1MPBRIA1.. 375
Rapoléon occapé de blason, de cérémonies, de corbeille nuptiale \ mais les bons Viennois se soulevèrent presque en Yoyant partir la jeune princesse.
Il put alors prendre rang parmi les vieilles dynasties. Lorsque Uarie-Louise fut arrivée, Fancienne noblesse, qui s'était tenue âoignée de la cour, y reparut ; les grandes dignités furent rétablies, elles habits à la française remplacèrent les uniformes. La aaissanee d*im fils ( 181 1 ), qui reçut le titre et rei de Rome» parut à Napoléon «voir consolidé sa djrnastie \ et ceux de se» procbes qui visaient à Thérédité impériale en éprouvèrent un nouveau mécontentement.
Il croyait briser la vésislance en doublunt roppressicai. Ce fiit alors quHl fit rédiger le eode pénal, eomme instrument de police politise , eonuiie un moyen de tenir en bride lee nobles, loprétrea, les éorivains, et les malfeiteuri. L'expoeiljon des fliotifli fespiie, avec un mépris continuel dé PhiiimMiité, la persuasion que la société ne saurait être mattrisée que par la feree. Tout dans ce code est disposé pour assurer la sécurité du souyerain, mais non pour protéger la vie du citoyen. La tarenr avait femiliarisé lee Français avec le sang ; et de là vien| qu'en y voit prodiguées la peine de mort , la marque, la eon- Ibeation , cette peine qui frappe le condamné dans sa postérité» La puissance de la police y est sans limites; une foule de délHs sont déclarés attentais contre la sûreté publique; la délation y est eonamandée; le jury n'est appelé à prononcer que sur \%b eriaMS contre les personnes. Puis Ylennent les cours spéciales , les arrestations arbitraires , les prisons d*Êtat, ou pouvait être détenu, sans jugement et sur un aimple avis dn conseil privé de remp^eur, quiconque était répété dangereux. Il su^sait même d'an ordre du ministre pour faire bannir ou i^léguer dans une province tel ou tel citoyen , les femmes dtes-mémes, pour une parole, pour Pexpression d^m vceu. Le sénat eassa le verdict du jury de Bruxelles ( 1812 ), et remit en accusation le nalre d'Anvers, qui avait été absous légalement.
376 CONFLIT BBLTGIBOX.
GONPLIT REUGIEUX.
Napoléon était mahre des corps : pouvait-il laisser libres le pensées et les croyances? Les rois étaient à ses genoux : poavait-il permettre que les prêtres demeurassent debout ? D'abord il Vbulut que Fantique séparation du peuple juif cédât à sa volonté, il convoqua en conséquence le grand sanhédrin à Paris, pour qu'il eût à mettre d*acoord les pratiques Israélites avec les coutumes du pays. Il y fût établi que la loi hébraïque ton* tenait des dispositions religieuses et des dispositions politiques; que les premières sont absolues ; que les autres , destinées à régir Israël dans b Palestine , ne sauraient être applicables depuis la dispersion de la nation. En conséquence « la polygamie, inusitée en Occident , fut interdite; Tacte civil du mariage dot précéder la cérémonie religieuse. Quant an divorce et à la répudiation , il fut décidé que les juift se conformeraient aux lois civiles; qu'ils pourraient se marier avec des chrétiennes ; qulb devraient regarder comme frère quiconque croit en un Dieu créateur; que tout Israélite reconnu citoyen par la loisesoamettrait au code civil pour les contrats et pour les prêts d'argent ; qu'une fois appelé au service militaire , il se trouvait dispensé des observances religieuses inconciliables avec ce service; que les Israélites exerceraient de préférence les professions méca* niques et libérales; qu'ils acquerraient des biens-fonds, oonnce moyen de s'attacher à la patrie et d'y obtenir la considéntioa générale.
Filsdela Révolution^ Bonaparte avait montréen Egypte beaocoup de respect pour l'islamisme; puis il avait reconstitué bobseulement le catholicisme par le concordat, mais encore la supiématie papale, en recevant la couronne de ses mains. En cela »■ but avait été d'opposer une légitimation aux révoltes de la Vendée, de réunir en lui les droits de la Révolution à ceux de la eoofiécration, et de se fortifier contre les rois hérétiques qull voulait