CONFLIT RELIGIEUX
combattre. Mais ce qa*il a?ait pris pour une simple formalité parut autre chose an publie , qui ne se contente pas de tirer (Tun principe les seules conséquences qu'il platt au chef d*admettre. On vit donc bientôt naître des pensées qui ne s'accordaient plus avec celles du conquérant; et lorsqu^il entréprit de comprimer un pouvoir que lui-même avait relevé, cette tentative parut de sa part une usurpation. Peu de jours après le concordat , lfapolÀ>n publia plusieurs articles organiques , qnll présenta en mémeten^ au corps législatif. Mais le pape ne les avait pas reconnus : il se plaignit même de cette fraude CD plem consistoire ( 24 mai 1802 ) ; puis il protesta contre cette tyrannie que l'on imposait au pontife ■ de jurer, lors de sa conséeration , de n'attenter en rien aux libertés de l'Église gallieane. On avait fait espérer à Pie VII que s*il venait couronner Bonaparte , il en obtiendrait l'abolition ; mais il n'en fiit rien. Bientôt même Pédifice catholique fut bouleversé en Allemagne par la destruction des principautés ecclésiastiques, et par la Douvelle répartition qui fut faite des peuples, sans nul souci de leur religion.
Pie VII ne pouvait endurer de si graves innovations sans se plaindre et sans protester; mais Napoléon croyait avoir acquis, en consentant à ne pas l'anéantir, le droit de s*en faire un instrument , et il pensait que les foudres de Rome se mettraient à B disposition pour frapper ses ennemis. U avait pu voir, dans •es conférences de Tilsit , que la religion ne gênait en rien l'empereur Alexandre : pourquoi aurait-elle été pour lui une entrave? En conséquence , sous le prétexte habituel de sécurité contre les Anglais , il occupa Ancône et la Marche; créa Talleyrand prince de Bénévent, Bemadotte prince de Ponte-Corvo; enjoignit an pape de fermer Civita-Vecchia aux marchandises britanniques, de livrer Lucien , qui s'était réfugié sur son territoire , et de prononcer le divorce de Jérôme. Les papes avaient défendu la sainteté du mariage contre les rois du passé : com- Rient n'aoraient-ils pas agi de même à l'égard de ces parvenus
' Celte protestation, présentée le 19 août 1803 par le cardinal Ca. Prara, tt trouve dans la Vie de Léon Xtf, par ArUnd , c. 89.
278 CONFLIT BBLI«IBUX.
qai « une fois prinees » TOolaieDl échanger l^m femme» plébéiennes contre des princesses?
Itapoléon exigeait en oatre qu^im tiers des cardinaux fût fiançais, avec TOteau conclave, dans la pensée peut-être de but élever le cardinal Fesch , son onde , au pontificat, Ceût été de la part de Pie VU UQC sorte d*abdication; il s'y rpfusa donc Il s'abstint aussi d'applaudir, selon testjle d'alors, aux ▼iolencci ej^eroéesdans ses États* Mapoléon traitait cette résistance d'ingratitude» et s'irritait contre ce pouvoir moral <}De les baïonnettes ne pouvaient atteindre : QMeUe est FinsoleAce de ces prêtres l disail-tl. iUse ré9erveni dans k puriafi de l'autariU t action swr Cinteiiigetusef sur la partie ù plus nobk de l*homme; et iU prétendent me réduire à n!agir qme sur le corps^ A euse téme^ i^moikemdawre!
Mais U ne ménageait pas non plus ce cadavre, tjaaskà il voulait contraindra le pape, comme prince, d'entrer dans uns ligue ofiBusive et défensive, et d'épouser ses inimitiés. Pie YII r^^onda(tq«fétant le père de tous» il ne pouvait se dédaxcr rennemi d'aucun. Alors Napoléon prétei^ta la nécessité de n*avoir rien qui rompit la communieatjoa entre ses rqvauaia d'Italie el de Naples. Le général ¥ioUis, qui ne devait qus passer à Rome pour cheminer vers I^aples , ocoapa le cblteao Saint-Ange ( a février t809), pour prévenir un prétendu sodèvement des Transiévérins, el il en pointa l'artillerie contre Is palais Quirinal. Il enjoignit alors aux cardioaus des rojanoics de Naples et d'Italie de se rendre dans leurs pays ; il s'empara des bureaux de la poste, et viola le seoret des lettres; il fit arrêter à son gré toute personne suspectai il congédia les soldats poatiflcaux, et, portant le troubla jpsqua dans le palais dn papa, il y pénétra à l'Ado de la rase et de la force. Pie VU s'en piaignrt à Blapoléon, qui^ en réponsordédara les provioces d'Urbia, j d'Ancdne, de Macerata et de Camerino réunies au royaume dl« talie , avec ordre aux natifs de ces territoires de quitter imsKdialement {tome pour rentrer dans leur pairie, et auxévéquesds prêter serment de fidélité à leur nouveau souverain. Puis, mallfs de Vienne à ce moment, il prononça à Schœnbninn la réunion h Vempire français des États pontificaux (1 7 mai), qui avaient M
CÔN^tT BELIGIBUX. 279
éoutiâs m saiDt-«iége , disah-il , par Charlemagne , son ^iDguste prédécesseur, à titre de fief, mais sans que Rome cessât de faire pirtie de son empire. Ainsi il trouvait que le moment était venu de i^epreodre ee don, et de séparer de nouveau la croix du glaive.
L^ezécution du décret fût confiée à Murât ^ qui déjà aspirait à i^er sur l'Italie entière, ou du moins sur la moitié de la Féainsute. Des soldats pénétrèrent^ de nuit, à main armée dans le QUinnâl ^ soUs les ordres du général Radet« Le pape ne tomba pas en silence eomme les autres princes^ et en applaudissant à sa propre chute : le eardil)al Pacca afGcha dans Rome une pro* damatioU contre l'usurpation ; Pie VU se plaignit de la violence qui lui était faite, et de ce que Napoléon avait mis en oubli les serWees qu'il lui aviut rendus ; il excommunia les usurpateurs, et se laissa emmoier prbonkiier à SavoAe.
L'État pontifical forma deux départements firançais , celui de Rome et celui du trasiiiiène» La ville étemelle devint la seconde ville de l'empire ; et le prince héréditaire prit bientât le titre de roi de Rome. En ce qui concerne les madères ecclésiastiques, les papes devaient jurer, à leur avènement, de ne rien entreprendre contre les libertés de l'Église gallicane, qui furent étendues à toutes les églises catholiques de l'empire; ils de* vaient jouir de deux millions de revenu en immeubles exempts de cfaâri^( les dépenses du sacré collège et de la Propagande devaient être à la charge de l'empire ; mm l'un et Tautre, ainsi que la daterie, les archives et tout le reste « devaient être trans* lérée à Paris, où des millions étaient destinés à élever un nou«> veau Vatican» Napoléon aurait pu créer un patriarche en France i attendu que l'empire comprenait les cinq sixièmes de TEuiope chrétienne ( mais il préféra un pape placé à Paris, dans la penaée que son influence s'en accroîtrait sur l'Espagne^ l'Italie^ la confédération du Rhin et la Pologne. Des missions en. Amé* rique eten Asie devaient répandre au loin la gloire et le pouvoir de la France, fai religion devenir l'instrument de sa politique, les conciles de Paris représenter la chrétienté : l'intention de napoléon était d'être, comme les souverains de la Prusse, de la Russie et de l'Angleterre, le chef de la religion, autant que le calhoUcisme pouvait s'y pliet.
280 CONFLIT BfiLIGlEUX.
Lorsque Louis XIV voulut citer devant lui deux évéïfues qû résistaient à ses préteotions : Que le ciel vous en carde l lui dit Bossuet. Craignez qu'oii ne noie la rouie qu^ile auront à traverser couverte cTunpeuple immenee, agenouUlépoÊtr implorer leur bénéêliclion. Cest ce qui arriva pour Pie YIl, qui, forcé brutalement de partir, eut pour consolation les hommages que partout lui rendirent les populations. Les violenoes ont cela de dangereux, qu'il faut, une fois commencées, les pousser à Teitréme. Le pape fut traité à Savone comme un prisonnier ordinaire; on lui assigna cinq paoli ( 2 fr. 75 c. ) par jour ; il fat séparé de ses conseillers , et surveillé jusqu'à l'outrage, sous le prétexte que les Anglais dierchaient à l'enlever.
Pie VII se disposa à la résistance passive : il refusa l'institation aux évéques , ce qui laissa les églises veuves ; il ne reconnut pas le mariage de l'empereur, et l'excommunia. L'archevêché de Paris étant venu à vaquer, le cardinal Fesch déclara qui! ne le recevrait que du pape. Le cardinal Maury, dévoué à Napoléon, l'accepta sans l'institution pontificale, et le chipitie se réunit pour savoir si Ton devait lui confler radmimstntioo du diocèse : le plus grand nombre fut pour l'affirmative; quelques-uns crurent l'autorisation du pape indispensable. Lesbieâ circulèrent , malgré les défenses et l^ persécutions de la police. Afin d'y remédier, et pour briser la résistance du pontife. Ma* poléon eut recours à divers expédients. Il fit répondre par tous les évéques de l'empire à la déclaration du chapitre de Paris; ceux d'Italie , endoctrinés par le vice roi , se montrèrent encore plus serviles : ils déclarèrent que le corps des évéques en activité représentait l'Église ; que l'institution humaine était taut à fait étrangère à la hiérarchie ecclésiastique dans le gouvernement de l'Église, et qu'il n'y avait anciennem^t m institntioa canonique, ni serment de fidélité. Enfin l'empereur convoqua un concile de tous les prélats de l'empire et delà confédération do Rhin, à l'effet de résoudre les difficultés nées dans le sein de l'Église : parade d'un nouveau genre, nouvelle imitation de Constantin et de Charlemagne.
Dans le comité ecclésiastique qui prépara les discussions , Napoléon débattit avec les prélats l'autorité tempoieUe da
COHfLIT HKUQIBOX. 381
pipe; et TaUiéEjrmery, vieillard octogénaire, lui démontra, par on argument ad Aoniln^m, que Bossuet lui«méaie avait affirmé la néœasité de oe pouvoir. Cela pouvait être vrai alors, té" pondit Tempereur, quand t Europe recomuUssait différents maîtres : il n*eût pas été séant que le pape fût soumis à ^un iteux en particulier. Mais il n'en peut être ainsi aujour- (fhui, que r Europe entière ne reconnaît d!* autre maître que moi.
L'assemblée fat ensuite consultée sur les points suivants :
« Le pape peut-il , pour des affaires temporelles « refuser son îDtervention dans les matières spirituelles?
• Ne oonviendrait-il pas que le consistoire du pape fût composé de prélats de toutes les nations?
« Si le gouvernement français n'a pas violé le concordat, le pape peot-il arbitrairement refuser Tinstitution aux évéques nommés « et ruiner la religion en France comme il Ta ruinée en Alleoiagne , où , depuis dix ans, il n'y a point d'évéques ?
« La bulle d'excommunication a été affichée et répandue clandestinement : comment empêcher les papes de se porter à des eieès qui sont si contraires à la charité chrétienne et à Findé* pendanœ des trônes? »
Mais avant ces questions il y en avait une qui se présentait «Tafaord à la conscience des évéques : « Avaient-ils le droit de se léonir sans la permission du pontife? » Si individuellement ils se Diontraîent soumis à Napoléon, si dans les adresses particulières ils approuvaient le chapitre de Paris , en corps ils n*osèrent se conddérer comme une assemblée religieuse. Us éludèrent les qoestioDS, entretinrent une correspondance secrète avecSavone, et envoyèrent au pape leur soumission. Ainsi le clergé se retrempa dans les tempâlp^ qu'il eut à traverser; et si ce concile ne laissa pas de nouveaux et savants décrets , il donna un exemple de courage d'autant plus admirable que tous les fronts étaient courbés devant le grand homme , et que le clergé luimême croyait devoir son dévouement au Cyrus qui avait relevé Jérusalem.
Pie VII repoussa les propositions insidieuses de Tempereur, en disant : Laissez-moi mourir digne des maux que fai
taiknjt Hblioiiox.
sVrte^ le Maltraita, fittracasacr attsâ ftt fiièto : on fbrça les uns à se déslb ebmfaaieiit teor M de Yoltaife Ml fat Sût déet Rapoléoii < 14 jaaTîer 181 1 ) , « de é^ise de rempire, avec aucu peine de désobâasaiice de sa put eeliii qui prêchait la rébeUim, fd ^ détail eesser d*étre Forganede poiivaiit le rendre sage, Q venait qae it po«r fare ee qu'avaient Eut et pour déposer im pape. • tmre bientôt déooneôtée qoand elle ae aH Sapoléon disait à Fontanes :
dSrr jUr ée /upUer sans qwe persoMme k an fréire pîms pidssaui que wsoif fmn^ in erpnis^eiwnisetÊiemeniSMf* la matière.
le dcspoliaine, an dehon la eonquéle :
éa la conttiraanto. Dans la diplomstiB e fnmplrf snr b modératiott ni snr la D>Bne raine naissait une autre nûnet elks fB^ convenait d'agir de trile oa les Mto de eondnile les pins diverses €n. 0 mwaSt asanqué anx traités avec , et, en la tttenant prîsonniàe,il à ses bienfiùts. L* Antiicfae oe f *ét une arehidudiesse; la Pras»
Insupportable; les petits Ëlab que la neutralité n*cCait pasposà leur pcfftMLa Suisse, la UoUande, scion le gré du maitre , et ricB as
dit qu^ y arait cinq cents prNfts avec Koif, Qu'autres Bêmoires dictés ptf de ce dùlfiTy qu'il» réduisent à àaquas^ ^vft.. <« jpMtMl : « Ms r^^ Hé iKitioMttcsL • Nota smr UUtrt
CDHFLkT BBLIGkkUX. 283
les Msliraît qull ne leur assignerait pas le lendemain une •Btre destination. Le monde était semé de raines » et le vœu commun appelait la chute de Toppresseur commun. Dans Taitttleinent des princes , les peuples reprirent de Ténergie, et les sociétés secrètes s'étebdirent alors a?ec le réveil des nationalités, qui allaient avoir aussi leur épopée. Le nom de libéraux, qui devait faire aussi le tbur du monde, fut inventé en Espagne; les cortès décrétèrent la constitution la plus démocratique , et HiDa la scella du sang de tous les trençais qui tombèrent dans ses mains. En Italie > les carbonari travaillaient alors au retour des anciennes dynasties, avec des institutions tempérées. Les sociétés secrètes prirent surtout un grand développement en Allemagne, où elles cherdiaient, les unes, à reconstruire rnnité germanique sous la supréroUtie derAutriebe; les autres, à étabKr la dÎTision entre le nord et le sud , entre r Autriche et la Prusse : toutes réclamaient la liberté^ et les gouverne- Dients en profitèrent pour réagir eontre Topprcssion française m invoquant la liberté , Tindépendanoe de la patrie , comme les réroliitionnaires Favaient fait vingt ans auparavant.
A riotérieur, ee n*était pas asseiE de la conscription; des enfants de quatorze ans étaient enlevés à leur fiunille pour en Élire des mousses. Des domaines étaient donnés et repris selon le eaprice; d*autres étalent écrasés dMmpftts, assis arbitrairement. Le commerce était mort) mais Napoléon exerçait le monopole , ou bien il accordait, moyennant finance , des licences pour Fintroduction des denrées coloniales. Les sucres et les cafés confisqués étaient jetés à lamer^ au moment où Ton en sentait si durement la privation ; on brûlait les tissus , devant le peuple qui était nu. Force ttit de remédier artificiellement au manque de travail : de là de grandes constructions : les magasins de la Bastille, par exemple, pour employer les bras de ceux quen*enlevaient pas la conscription. Il en était de ce nouvel empire comme de Tancienne Rome : il fallait fournir au peuple des spectacles et du pain. Mais la famine en 181 1 se fit sentir, et il en résulta des émeutes. L^échafaud , le pilori, les travaux forcés , y mirent bon ordre ; et le Moniteur ne tarda pas à an* noncer que la tranquillité était rétablie.
9M mnSODB DES ÀPFAIBES DB SUKDB.
La ffk— et s*clMt posée comme la bienfiiitriee d« genre ho* les liées «pi'eUe avait répaDdues, soit par les tiirei, te RcvahrtMw, fan avaient conquis partout la sympathie.
orgueilleuse changeait eette affiec- \ et son nom no représentait plus qu*arrogaiiee et filigi te awt w naguère les. rois obligés de pousser à b ks aiMûos déiomagées ; maintenant les peuples entrails Nîs cfinvcs. Napoléon ne connaissait plus que la ée la ikloive, et ses ennemis attendaient le momeat te airfme logifoe. Si , d*une part, rinvasioD de iMriK cnandre de son ambition , elle montrait OB pouvait résister. U s*était répanda dans braits d*iBDe folie sanguinaire, dont oa le Fi iiji— aaiif iliiin lui avait enlevé le caractère ée te leHgpon ; les âmes timorées s*enquénueat ;du pape* La voix d'un vicomte émigré,
oiléede Paris, se firent éconée la peur. L'opinioB publique, eette puisà tous les despotsmes, même àcehii de la jjWuw^ cnsiÉ pnaà peu. Une eouMle, qui se montraalon, Aie jattefialtt parla iMpujilitiOttdes peuples comme un indice éela dbuleéelliomuie extraordinaire ;mab les et d'iaiepeaidaBaee, qui retentissaient partoot, ées infccs qui devaient Teffiajv tuinaoéme.
AFFADES oc SCE0& — SA MaWrtK BKVBXaBQn» ODRTU L'EMPSUETL
Afc^ armr iéaut uses ÈMs Rome et les paya situés sarb tni^ éNéle Aa itlÉn» te HoNasrfe et les villes baneéatiqMi y^jwdKft i$K#\ rttrmne avec Panne et Plaisance , Napokoo t^ r^ <iw jaatab reaspin rOecâdcBL
i "orrd^tMi miuauLL ée Wakfccicn avait foit tomber ea
LA I.IBSBTB BBVENDIQUAb CONTRE L^BMPBBEUll. 285
Ani^eterre le ministère de Castelreagh et de Canning , et porté aux af&ires étrangères lord Wellesley^ frère de Wellington, caractère modéré; George III était tout à fait en démence , et la régence avait été donnée an prince de Galles. On en conçut quelques espérances^de pm- Biais tandis que Napoléon répétait que r Angleterre était sur le bord du précipice, elle se montrait, ao contraire, en pleine prospérité : die se préparait des armes dans toute l'Europe ; elle étendait ses colonies, qui , avec T Amérique indépendante, offi-aient de nouveaux débouchés à ses manufactures. Ses marchandises se glissaient en contrebande dans les ports les mieux gardés, avec d'autant plus d'audace que les bénéfices étaient plus considérables ; et il n'y avait que les acheteurs qui eussent à souffrir. Des insultes qui se multipliaient rendaient un rapprochement de plus en plus difOcile ; et comme la France ne pouvait se mesurer sur mer avec sa rivale, elles se rencontraient dans la péninsule ibérique, champ de carnage continuel et d'infructueuses victoires. Le roi Josepii . loi-méaie, malmené par son frère, offensé du projet qu'il affîchait de réunir plusieurs de ses provinces à la France, prétait l'oreille aux propositions d'ind^endance que lui adressait l'Angleterre.
Ruiné dans le midi. Napoléon dirigeait ses vastes projets vers le nord , et songeait à reconstruire une puissante souveraineté Scandinave. I>e Danemark, si outrageusement traité par l'Angleierre, lui restait fidèle ; et l'on voyait se préparer dans la Suède , qu'il avait pour ennemie, des bouleversements étranges, mais qui ne lui donnèrent qu*un instant de satisfaction.
(1771) Gustave III , l'un des prinees qui ont le plus marqué dans le dix-huitième siècle , ferme dans ses desseins , habile à les ourdir, à les dissimuler, à profiter des troubles de ses voisius, entreprit de briser la vicieuse constitution oligarchique du royaume, et cette révolution si prompte ne coûta pas une goutte de sang. « Le roi, qui s'était levé le matin, comme disait Sheridan, le monarque le plus entravé de l'Europe, se trouva en deux lienres aussi absolu que le roi de Frtfnce ou le Grand Seigneur. J^ peuple vit avec plaisir la puissance passer des maios d'une aristocratie insolente dans celles d'un roi qui possédait l'estime et l'amour de la nation. »
3S6 ft^lSODiS i>BS AFPànte Dfe SijfiDfe.
Le foi donna une nouvdle charte, il y conserva lea Étals; il ne nolivait sans eux faire hi abroger les lois^ déclarer la gneife, cttMir d*impAta , sauf le cas dé défense. Mais il se réservait et eonvocftier les diètte où et quftnd il lui plairait, bix-sept aéai» teoisi à sa noriHination « avaient voit consultative; et la Conrontte restait toujours mattrésse de prononcer, de eondtte les traités de paix M d*alliânce , avec le commandement dei Ibroea de terre et de mer, la nomination aux hautes chÉrign civiles et militaires, et le droit de ooniérer la noblesK. Les eommissioils ettraordinaires de justice forait tootts abolies.
On tqirodie à Gustave d'avtiir détruit les libertés de ssa pays. JVe prôAmons pas ce nom sacré en rappKqnant à Fanar^ ebie; remarquons seulement que cette révolution déplut ao Daneiàark, qui désirait Taflaiblissemenl dHine puissance voisine, comme à la fcussie, aVide de prétextes pour ibierventr dans te pays comme en M))gne-
A rimitatlon du grand Frédéric son <nide, Ûustave III introduisît beaucoup d^amélioratlons; il abolit la torture , les visites domiciliaires, simplifia la procédure i rétablit là liberté de b presse^ chercha, en feisant adopter un costume national, à refré^ ner le lute \ il institua des maisons de travail et de refuge pour les orphelins et les vieillards , sous la surveillance de l'ordre chevaleresque des Séraphins ; puis Une banque d'escompte et des assurances contre l'incendie. Il encouragea l'agriculture, sfin que la Suède pàt suffira h ëa subsistance ) donna toute lâMité au commerce des gridns ; fit adopter de meilleures méthodes pour l^exploitation des mines et pour la naarigation ; ftvorisa la pMle du Groenland , et distribua généreusement des seeoon pendant une famine qui désola toute FEurope. Il délendit la distillation de l'eau-de-vie, dont on faisait un abus incroyable, et s'en réserva la vente , comme monopole royal. Il donna une nouvelle version de la Bible , et laissa à tous les chiéttens h liberté de leulr culte.
Loi>sqtie la gueite éclata entre ^Impératrice Catherine et b iPorte (1788), Gustave renouvela Fancienne alliance de b Soède avec Constantinople, et occupa la Finlande russe à b télé de
LA UBCBTÉ RBTBIfDKIBiB COICTBB L'BMPBRBUR. W
trante^six mille bomines. Il songeaîtÀ tomber sur SâioC-F^tersbourg et à y dicter la paix , quand il fiit arrêté dans lat projets par la noblesse suédoise , qui, toujoitra en éveil pour ressaisir raatoffitét raecosa d^avoir violé 1$ eoBStinitioii en déclarait la guerre anus Tavea des états i et, k Finstigatm ds Cafteriae, plvieiirs ofliciers eonelureet un armiatioe.
OttSUaTe secourut indigné h Stockholm. Le peuple y désimit la guerre contre la Russie, et le clprgé, les bourgeois, les paysans en deipandaieilt la oontiauation. Le roi, eertaia de cet wpçm-^ se déeida h coasoianier rabaissement de la noblesse. AlTrontant Topposition violente de la diôte , il dit qu'il imr»>t pai au mois d*aôût t7T3 obtenir uae monarchie absolue ; qu'il y avait pourtant renoncé spontanément , mais qu'il ne souCfri? nit pas le retour de ranarebie. Il fit arrêter vingt-cinq nor blea des plua turbiileats (17g0>, et publia an nouvesu statut ou pete d'union et de sAreté , par lequel il réservait au roi seul la droit de gouvern» et de défendre le royaume, de Um la guerre, la pa», les altianees, d'admiiMstrer ta justice « ds nommer aw^ empleia. Le sénat, réduit h n'être qu'une cour suprême de jiiaf tîee, ne devait phis partioiper au gouvernement; tous les gnédeit étaient déclarés citoyens libres avec 4e8 droits égaux , la proteetioa des lois; le mérite seul devait avoir des titres easploia , à l'ei^c^tion des charges de cour réservées à la ; la liberté individuelle ^ le drcHt de propriété étai^t également garantis à tous.
Les trois ordres inférieurs adhérèrent à ces dispositions : les neUea protestèrent, et se démirent de leurs charges; mais la fnmieté de Gustave l'emporta. Il obtint des subsides pour oon« tîniMr la gpene; mpis si elle avait pu d'abord sa terminer d'un senl coup, aile 0ot|ta désormais trois années de sang. Une foule de petits faits d'armes par terre et par mer ne déoidèrent rien; enfin la victoire den Suédois à Sucnksund amena la paix de Va* rela ( 1790), qui remit les choses sur raacien pied.
On dit que Gustave, de mœurs très-dépravées, proposa è sa feaune de se prêter à d'autres embiassements, pour assurer un héritier au trône : elle y consentit , mais après son divorce secret avec le roi « et s'être mariée avec celui qui la r^ll
2S8 SFISODK DIS AFFAimES DB SVSDS.
mènét Gmlsv» IV. Ccst aina qoe le fait est rapporté >. Gi» ta^ m 9pÊkt légoé à runivefsitié de Stockholm uçe cassette en ier qai ne défait être ouverte que cinquaDte ans après si BBNMrt, on cmt j trowar la révélation de ce mystère. Lorsque le temeattenda aveetant d'anxiété arriva , on ouvrit solenneUe* ment la cassette, cl Ton n'y trouva qu'un gros manoserit intitnlé lêitreSi WÊémairts, bagaieiks, plans de fêtes, anecdoUs ée MMA réfme, mais rien d'important.
La RévolatîQn française éclata ; elle ne dut pas plaire à «a roi qni avait réprimé les prétentioDS de ses sujets. Aussi cet esprit chevaleresqine résalnt*il, quand les autres rois n*éooutaient que TaadNtMn et la politique, de se mettre à la tête des priaos émigrés et de ééKvrer Louis XYI; mais le oolonel J.-J. Aakantrôm lelmi, dans un bal, d'un coup de pistolet, poar venfeersa caste et kn-mène ( 1799). Le sop|dioe infligé sa régicide fenk horreur dans les siècles même les plus ferons.
Gustave-Adolphe lY lui succéda ( 1792); il était âgédetrâa ans, d>ufee lég^mîlé douteuse, élevé dans le mysticisme; il détestait la nation française comme athée, et se défiait du due de Sndermanie , son oncle , qui avait désapprouvé la cnHsaée de son père contre la Révolution. Mais les idées françaisis avaient pénétré dans ce pays , dans l'armée surtout, où ooovnt le ptejel d*Qne république lédérative , ce qui empêcha le régeal d*entrer dans la confôdéntimi du Nord' en 1794. CatbetiM de Russie , qui le haïssait , le tenait en suspicimi , m«Mçait, et voulait que le roi épousât la grande-duchesse Alexandriae. Oa prqpsarait déjà les fêtes du mariage à Saint-Pétersbourg, toat le monde étnt réuni pour la cérémonie, quand Gustave se tetea aux concessions qu'on lui demandait en faveur da rit grec; et rafbire fut rompue , au grand déplaisir de Gidie-
Gustave, parrenn à sa majorité, devint ndtcnle et extravagant : il vonlaitêtre roi, pontife et prophète; il tyrannisa il princesse de Rade, sa femme; il s'attacha avec obstinatioa an Anglais ; il regardait Napoléon comme la bête <le l'Apocalypse*
• Vôy. Bowtr, 1er Cawn du Nord (aasl^).
JJL LIBB^Tlà SEVENDIQUÉ]} CONTBB |.*BMPEBEUB. 389
et ripostait par d'autres insultes à celles des journaux français ' ; et , s* acharnant dans Fintentlon de rétablir les Bourbons , U n^ plia pas ménoe après la paix de Tilsitt devant le vainqueur des rois. Alexandre , qui s'était engagé à lui faire accepter le système euntinental , n'ayant pu y réussir, voulut venger son bonneuF cooiprornis en lui enlevant la Finlande, que la Russie convoitait depuis si longtemps. Il l'envahit ^ Timproviste ( 1808), et s'ea empara sans que Gustave sût soutenir le courage des habitants. O prince imprudent provoqua aussi le Panemarli, et lui dé« elaia la guerre; il envahit la Norwége, soutenu par l'or des Auglais y qu'il s'aliéna au moment même où les Français l'at*^ taquaient. Bemadotte, à la tête d'un corps de Français et d'Es<pagnols, tint les Anglais en respect, tandis que les Russes avançaient, et qu'après avoir réuni la Finlande à leur empire , ils menaçaient la capitale. Alors l'armée suédoise se révolta, probablement par l'effet d'une trame ourdie depuis longtemps i et on substitua à Gustave, qui fut déposé, non pas son fils, trop jeune encore pour des circonstances pus^i graves, mai; le due de Suderipanie (29 mars 1809).
Ce prince, sous le nom de Charles XIU, se laissa imposer par la diète une nouvelle constitution très-libérale , alors qu'il était plus que jamais nécessaire que la force fût concentrée pour repousser deux armées ennemies. Après avoir conclu la paix (17 septembre ) avec la Russie moyennant la cession de la Finlande et des îles d'Aland, c'est-à-dire un tiers du territoire et de la population, la Suède, resserrée entre la Baltique et la lïorw^e , adhéra au système continental.
Vieux et infirme , Charles XIII était le jouet du plus fort ou du plus intrigant» Son fils étant venu à mourir, la diète s'as' sonbla pour lui désigner un successeur. Plusieurs membres je» talent les yeux sur le roi de Danemark , dans la pensée d'opérer la fusion Scandinave tant de fois appelée; d'autres tournèrent leurs regards vers la France, et, parmi les maréchaux qui se
' Oa lot dans le Moniteur cette plurase , très-probablement dictée par Napoléon : « Sa main est trop faible pour soulever Tépée 49 Charles XII , dont U n'a que la folie et les bottes, «
niST. DE CENT ANS. — T. 11. %k
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perdaient dans la splendeur de la gloire napoléoniemie, flsdts* lÎBguèsrent le seul qui eût conservé son individualité. Leur cboii tomba (juillet 1810) sur Bemadotte, prince de Ponte-Corvo, qvî iTétait rendu populaire en Allemagne par la modération qu^il mettait dans l^exerdce de la guerre.
Ce choix fut peu agréable à Napoléon ; et quand Bemadotte refusa de fermer ses ports aux Anglais , ce qui aurait adievé la ruine du pays, il se mit en grande colère contre ce parreDu, coupable d^étre monté sur un trône sans être son parent et sans qu'il l'y eût porté , et il se promit d'en tirer vengeanee. D'un autre coté , les puissances caressaient cbei Bemadotte une ambition qui n*allait pas moins qu'à porter les yeux sur b couronne de France.
La Porte était devenue hostile aussi à Napoléon , depuis qa^3 l'avait trahie en livrant à Alexandre la Moldavie et la Yab* ohie; il s'ensuivit que , sourde à ses propositions , elle suspendit ses hostilités contre la Russie.
On sentait approcher la tempête. Alexandre avait bien po s'éprendre de Napoléon; mais il n'en avait point été aiosf des boyards , envers qui le czar est obligé d'employer plus de ménagements qu'on ne se le flgure.^L'empereur se vit contratat par la noblesse de promulguer un nouveau tarif de douanes qui grevait les marchandises françaises , et permettait l'entrée des denrées coloniales sous pavillon neutre. Le peuple, endoctriné par le clergé, regardait avec horreur les Français , contre lesquels les églises retentissaient d'anathèmes. Llmp^trice mère était extrêmement hostile à Napoléon ; on avait des affronts à effacer, et une amitié qui veut asservir ne saurait Are durable. Alexandre ne voyait pas, sans ombrage, l'occupatioa du duché d'Oldenbourg, l'agrandissement de celui de Varsovie, la prise de Dantzick , et l'accroissement continuel de la France au détriment des neutres ; puis cet esprit mystique et Ubérd s'affligeait de voir la liberté foulée aux pieds en Europe, et il regardait , dans sa conscience , comme un devoir de s'ca déclarer le soutien >. Un agent secret alla porter ses propositioDS
■ Le traducteur de ce livre n'a pas la prétention de se substituer
UL LIBEETB ESYENDIQUÉB COKTIIE L^EMPERBUB. 991
à Moreau « qui , réfugié en Amérique, n'avait cessé d^observer ies mouTements de son rival; persuadé que son système d'aller toujours en avant, en se fiant dans son audace et dane la stupeur des autres, finirait, une fois ou Tautre, par amener sa
à ranteur, de combler par des notes foules les lacunes d^nn récit ■éoessairenaent abrégé, ni de contester tons 6es iugements alors qu'ils loi semblent contestables; cela nous entratnerail trop loin. Ici cependant 3 obI indlspens^le de rappeler, comme Tune des principales causes de la rupture dUlexandre avec Napol^n , le maHage de ce dernier avec une arcbidncbesse , son rapprochement de rAotriebe, ainsi que ka mécomptes de Pambition russe par rapport à la Turquie. Napoléon n'était pas seul ambitieux; et le condamner en tout, mettre tous les torts à sa charge, c'est faire la part trop belle à ses ennemis. Nons n'avons cepeodant pas péché par excès d'indulgence envers lui , comme on le jugera par cette citation t
« Napoléon s'était bit na empira qvi surpassait en étendue celui de Gharleouigne; pourtant il s'agitaft dans ce cercle immense» et s'élar* glMaît toujours : il avait le tourment des grands ambitieux. Toute acquisition nouvelle devenait poojc lid comme un stimulant nouveau. li envaliinait an dedans, il envahissait au dehors. Peut-être s'est-il mal coma et mal Interprété lui-même , quand il a mis sur le compte des nécessités de son système les conséquences de sa propre nature , exagérées encore par la fortune. LaTortune, en le comblant toujours, irritait davantage cette maladie du pouvoir et de la personnalité, qu'il prenait à tort pour de la logique. Le goût de l'unité chi» lui dérivait de la passion pkis encore que la pensée. Il est resté victime d'un ■Mlcntcadtt avec lui-même
« L'empire, Il est vrai, ne cessait de grandir matériellement ; ses deux bras enveloppaient l'Allemagne, menaçaient d'un côté tout le nord de rEnrope, et de Tautre la Turquie et l'Orient. La forme en avait été avec un calcul savant et une habileté profonde; et si la mooniverselle apparaissait au bout à Napoléon, comme on Ta I, jamais chimère du moins n'avait été combinée plus fortement. Femplre, malgré les accroissements do territoire qui se contiunaient encore , avait {tassé les beaux moments de sa prépondérance nmrale.
« L'époque d'Aosterlltz en fut le véritable apogée. La décroissance', sous ce rapport, data de la campagne de Prusse, qui désaffectionna rAilentagne, et saugmenta du traité de Til&itt, de l'entreprise d'Ës-
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chute. Le général ne résista pas à la teiitatiOD , et il apporta à la Russie (juillet 1813), pour l'aider à renverser son andea rival , Fintelligence et le bras qui naguère avaient sauvé U France.
Le vieux Dumouriez, implacable ennemi de rempereor, avait donné à Wellington le plan de la guerre d'Espagne; ce fàt lui qui suggéra aussi à Alexandre les moyens à empkm dans celle-ci. Son idée favorite était de relever le trône de Frano à Taide d'une constitution sur de larges bases, et d'y placer Louis-Philippe d'Orléanâ. Cest ainsi que les roiâ rappaUâeiil sur la scène les vieux républicains, poulr abattre le roahrede la France. Les ministres anglais Casûereagh et Liverpod oontinuaient le système de Pitt. Un journal de Londres ayant osé conseiller assez clairement l'assassinat de Napoléon, n demanda dans la chambre des communes qu'un acte de réprobation ne laissât pas supposer que la nation fût complice d'iœ pareille doctrine. Le marquis de Wellesley dit en cette dreoottance : « L'écrivain dont il s'agit dit que le dominateur de la « France 8*est mis au-dessus des lois; mais j'espère qu'il exîsie « en ce moiidé un tribunal devant lequel il sera dté à boa « droit. Ôr, leâ nations de T Europe le peuvent , non. pas avec le « poignard , mais en réunissant leurs efforts , et en le punissant « sur le champ de bataille des perfides attaques qui le readeac « éternellement odieux. »
Il y avait done un vaste concert de l'Europe, quii sortant de son élourdissement , avait compris que Napoléon opérait à IV ventuf e, et que ce qui est violent n'étant pas durable» il suffirait de persévéîrèt.
pagne , du blocns et dé toutes les conséquences oppressives qrt cit pour les peuples. La force et les succès militaires avaient condnt 9apoléon par ta main ; il leur demanda de dénouer tous les prabMses i]u'il râttocmtra dans sa carrière; Il prit Tbabitude de mabérialiseri« «euvre toujours davantage , et de n'apercevoir à la suite de ses aca» une des effets visibles plutôt que des résultats moraux. Uabltiié qv'B était aux lignes géométriques des années, il n'apercevait plus, àm fa masse des peuples, que ce que les cadres militaires en eonfenaieiL • Aa. RlftÉt, art. Napoléon de VEncyc. des gens du monde*
«SUBBSE DE BUSSIB. 293
DtJËRRE DE BUSSIE.
Napoléon voyait ces symptômes; mais il se confiait dans son épée, dans son épée seule. Malheur à lui donc le jour où elle se romprait!
11 avait unearmée admirable pour la tenue et pour Tensemble : cent soixante généraux de division , trois cent quarante génénux de brigade , cent dix aides de camp. La moitié de TEufope lui fournissait des soldats. Sa volonté ne trouvait plus de limites. Il pouvait tromper Topinion par ses gazettes, disposer à ioo gré des quatre cents millions qu*U avait déposés dans les eares des Tuileries, et de soixante-douze millions de sujets, parmi lesquels il n*était pas resté l'ombre d^institutions protectrices.
Mais pour avoir des troupes exercées il lui fallut les retirer 4e l'Espagne : diversion des plus fatales. L'Angleterre n'épargnait pas l'or pour entretenir la guerre dans cette contrée et ailleurs; elle enlevait les bâtiments neutres, et en jetait les équipages sur ses vaisseaux. L'Amérique du Nord seule, poussée par Napoléon, déclara à la Grande-Bretagne une guerre qui tût pu devenir dangereuse , alors qu'elle avait l'Europe entière sur les bras. L'Angleterre stipendiait huit cent mille hommes, dont un quart sur mer, et qui étaient répandus partout. Le parlement ne regardait point aux énormes dépenses dirigées oootre la France , car Tesprit public était de moitié dans ses haines, comme en témoignaient les injures des journaux et les caricatures dont Londres fourmillait.
La Prusse languissait humiliée , surtout depuis la mort de la Kine Louise. Le comte de Hardenberg, ayant pris en main les afiaires extérieures , rendit quelque énergie à ce gouvernement, 11 chercha à se procurer de l'argent , sachant qu'avec cette ressource il ne manquerait pas de soldats. Les trente mille hommes auxquels se trouvait réduite , aux termes des traités, la mouar-
'lit.
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chie de Frédéric II , ne passaient qu*un an sous les drapeaux : expédient très-habile, qui donnait une réserve déjà exercée, susceptible d^étre réunie en un moment. En outre , les sociétés secrètes pouvaient être d*un grand secours. Napoléon , se préparant à faire la guerre à la Russie, força la Prusse à mvcher avec lui , et à fournir vingt mille soldats à Tarmée impériale.
L* Autriche , bien qu'abaissée, se sentait encore une puissanee du premier ordre , au moins par sa masse. Un mariage p<^itiqiie ne Pempéchait pas de répondre au vœu des autres États , et de rechercher son propre avantage. Le comte de Metternldi cherchait à lui imprimer ce caractère de puissance médiatrice qu'elle a toujours conservé , ne déclarant jamais la gaerre, mais intervenant dans toutes avec la certitude d^en profiter. Par celle politique accommodante , elle renouvela son alliance avec Ra* poléon , à qui elle promit trente ou quarante mille soldais, nais sous les ordres d'un générai autrichien, qui fut Scbwartzenberg.
Napoléon, au moment défaire marcher son armée, oiganisa dans Pempire une garde nationale, formée de fout ce que n'avait pas atteint sa conscription , avec des ofiGders parti»* liers et une solde , ce qui constituait une réserve immense ^ visée en trois bans, selon un âge déterminé. Puis il adressa des messages au sénat tout pleins de paroles vagues et sonores, sans même sinquiéter de pallier par de hautes considérations les nouveaux sacriflces qu'il demandait Afln d^assnrer la sécurité intérieure , il fit transporter à Fontainebleau Ke VII mouFant (31 juin 1812). Il fit donner aux princes espagnols des ebevaox détestables, pour leur 6ter le goût de l'équitation , dont il craignait qu'ils n'abusassent pour s'enfuir. Il fit renfermer dans « couvent de Rome une de leurs sœurs qui montrait de ta fermeté. Il remit le scindes affaires étrangères à Maret, dont il connaissait le dévouement, pour que rien ne pût venir le traverser; et il se confia surtout à Savary , ministre de la police. J% vais dompter Alexandre y leur disait-il; deux victoires, et je suis à Moscou et à Pétersbourg, Là, je dicterai la paix. Du séh, beaucoup de zèle ! et dans trois mois je vous rapporte la pair. Et il marcha vers la Russie , laissant derrière lui des peuples
GUEBBB DE RUSSIE. U!^ù
miéeoiitentsCinai 1812). Sa gauche, âéeouverte par Hiésitatiou de la Suède, resta exposée aux Anglais. Une colonpe ,de la grande armée envahit FAllemagne, arrêta des employés et des militaires , frappa des contrihutioos, ce qui convertit en fureur la haine des Allemands. Les officiers prussiens les plus braves brisèrent leurs épées plutôt que d*ob^ir à Tétranger Âlacdonald, et le roi de Suède se tourna ouvertement vers TAngleterre.
Kapoléon avait donné rendei-vous à Dresde aux rois ses vassaux. On y vit réunis François II d'Autriche , accompagné de sa troisième femme ; FrédérioOuillanme de Prusse , les rois de Bavière et de Wurtemberg; Jérôme, roi de Westphalie, et les grands-ducs de la confédération : pléiade éclatante , gravitant autour de ce nouveau soleil. Napoléon les regardait comme ses créatures, et disait, quand on lui annonçait des rois : Qu'Us aiiemieni !
11 naarcbait h la tête de cinq cent mille soldats , dont la moitié seulement étaient Français; le reste était composé de gens qui avaient des passions et des intérêts divers. C'étaient les Polo« nais avec Poutalowski , espérant mériter leur nationalité ; des Saxons, des Autridiiens, des Bavarois, des Prussiens, des Westphaliens,des^Yurtembergeois, des Badols, des Allemands des différentes principautés, des Espagnols, des Portugais, des Suisses, des Italiens , sous les ordres d'Eugène, de Lecchi et de Pino. Murât , dans son costimie théâtral , commandait soixante mille chevaux ; Berthier était à la tête de Tétat-major '. Cette campagne, aux proportions gigantesques, enflait l'orgueil de Napoléon : Châtions, disait-il , ce czar gui, naguère notre
' CfTectir do rarméc que Napoléon cinmena en Russie :
00,000 Polonait. 4,000 de Dannstodt.
20,000 Saxons. 2,000 de Gotha- Wcimar.
30,000 Autrichiens. n,000 de Wnrtcniberg et Franconie.
30,000 Bavarois. 6,000 de Meckleoiboarg et autres.
22,000 Prussiens. 20«Q00 Italiens et Na|>ollUlns.