‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 106 sur 127 · Wcsiplialiens. 4,000 Espagnols et TortUAnis · texte numérisé non relu

Wcsiplialiens. 4,000 Espagnols et TortUAnis

S,000 Wnrtcmbergfois. 40,000 Suisses.

S,OOU de Btfden. 250,000 Franrals.

to tout, 496,000 hMHinos , que quelques-uns portent jusqu'à G jO.OOO.

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ami^ neûeut pas être teunemide r Angleterre. IM fattàiié aceugle la Rtaste : que ses destins s'accunipUssent! Et il tn« tersa le Niémen, étonné de ne pas trouver de résistance. Alexandre avait compris la nécessité d'opposer à une semblable inrasioa la guerre nationale et Tesprit religieux, et il parla aussi le langage d'un prophète : Cet ambitieux insatiable a répondu par la perfidie à notre loyauté. Sourd aux propositions les plus modérées, it vient par surprise élans nos foyers, diou peuple défendra ses familles , sa patrie, Cindèpendance russe; et la ProiiidenCe favorisera notre cause.

Dès lors Alexandre ne donna plus l'impulsion , il la suivit; h une année enivrée de gloire il opposa un peuple enivré d'obéissanc)!. Il Se<tonda l'enthousiasme national en mettant à h tête des ttt>upe8 leLitliuanien BarclajdeTolly; Bagration, général redouté des Français eux-mêmes ; surtout Ktitusow, que ses victoires sur les Turcs avaient rendu extrêmement populaire. Ils se proposèrent de détruire l'envahisseur, quoi qu'il dât en ooâtér. Le cri de la cfoisade retentit dans les villes saintfs; les reliques furent portées eu procession ; rarchimandrite Pla* ton , âgé de Cent et un ans , lança des imprécations contre le Goliath qui envahissait les tentes d'Israël. La noblesse se retrempa dans ce cataclysme, et courut aux annes de partout. Les Tartares, les Bachki», les Cosaques se pressèrent en foule autour de TefBgie de saint Serge et au son de la cloche de Bios* cou. OnJEé cent mille combattants Ggurâient sur les cadres; rt ai Teffectif était de beaucoup au^essous de ce nombre, c'étaient des hommes braves et patients. La cavalerie était nombreuse, l'artillerie formidable; et les Cosaques, troupe légère, semaient devant eux l'épouvante. On ne rencontrait, sur le théâtre de cette nouvelle guerre, quedes villes clair-semées, en trelesqaelles s'étendait un désert.

Tout le monde conseillait à Alexandre de ne pas risqua de bataille, mais de faire une^erre de positions , de harceler les Français avec des bandes de Cosaques, d'assurer toujours b retraite, et de laisser avancer sou ennemi : « Napoléon^ dans sa fougue habituelle, lui disait-on, viendra succomber m comme en Egypte, comme en Espagne. » En même temps, Alexandre

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iholtît>lUiit les négoeiations. 11 s'alliait avee rAngleterre, qui aussitôt se rendît médiatrice entre la Porte et lui : le Grand Seigneur consentit à la paix ; et quatre-vingt mille hommes de plus Yinrent grossir Tarmée russe. Alexandre reconnut les cortès d*Rspâgne, traita avec la Suède, à laquelle il offrit la Norwége en place de la Poméranie envahie par N&poléon , et fit alliance avec elle ( 24 mars ).

An moment où les rois prenaient la liberté pour auxiliaire, Napoléon se rappela ces idées populaires qui avaient tant contri* bué à ses triomphes et à sa grandeur, et il songea à la Pologne. 11 s'était, grâce à elle, ouvert un passage jusqu'aux fîrontières de la Russie , et elle lui avait fourni de vaillants auxiliaires. Comme il ne pouvait raisonnablement se flatter de refouler les Russes en Asie, la politique lui disait de refaire de la Pologne une nation, pour la placer entre eux et lui , sûr qu'il était de se faire bénir en effaçant le crime des trois puissances. Mais il était l'allié de l'Autriche, qui avait à y perdre quelques dépouilles; et il n'os& tenter cette restauration magnanime. Puis, lorsque les siens se furent fait détester dans le grand- duché de Varsovie par des pillages et des excès de tout genre, il ne sut plus que demander des soldats aux Polonais. Us lui parlaient de reconstituer leur royaume, mais il les entendait à peine; ils lui demandaient un mot, un Fiai, et il répondait par des phrases, par des promesses, et marchait en avant, demandant une bataille.

Mais, au lieu d'une bataille , il trouva un climat d'une inconstance extrême , des maladies', une grande disette de vivres. N'importe : il avança toujours. Charles XII n'avait pu vivre dans ces contrées avec vingt-quatre mille soldats : comment y sub« sister avec un demi-million d'hommes? Ils mouraient donc, quoique l'empereur eût dit : Des soldats bien commandés ne meurent Jamais de faim. Il traça les marches sur la carte , d*après les principes de la grande stratégie; mais il fut arrêté par des marais et des monticules. Ses généraux-rois ne voulaient pas toujours obéir ; lui-même montra une lenteur qui tenait de l'épuisement, et que ses panégyristes eux-mêmes ne peuvent expliquer que par une disposition maladive.

Cependant les Russes disparaissaient devant l'armée française,

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qm noÊthùH Um^^mn^ a^aperoevant devant elle que solitude; elle eBdfam des ftligiieB inouîee avant d'atteindre Wîtepak, vide elle-Mtee de ses habitants (août 1812 }.

Les maréchanx conseillaient à Napoléon d*y passer Thifer. il voolaîl atteindre Moscou : Moscou, encore, un de ces ; &baleax qui pariaient tant k son imagination, comme eehii des Pyramides et du Saint-Bernard. Napoléon semblait aroir oubliéla npidité deses premiers mouvements. Cétait, il est vrai, une tout antre guerre : peu de grandes routes , les points iio« portants à des distances infinies , Tespionnage presque iraposmhht^ et les reeonnaissances à pousser à travers un nuage de Gosaquts. Les cartes étaient d'ailleurs trèfr-imparfûtes , les ren* aeignementssur le théâtre de la guerre très-insufCsants '. Souvent il fallait suivre , cent lieues durant, la même directioa, faute d'autres routes , et attaquer l'ennemi de iront , au lieu de tomber sur lui de différents côtés , comme en Italie et en Allemagne. A peine un mouvement était-il projeté, qu'il était deviné dès les premiers pas; les grands plans strat^iques étaient donc impossibles.

Les engagements étaient fréquents; mais les pertes se balançaient, et il n'en résultait rien d*imporUint. L'armée française éprouva une résistance plus sérieuse à Smolensk (1 7 aoât} ; mais à peine y fut-elle entrée, qu'elle trouva la place vide et livrée aux flammes. Elleiypnça donc encore, sous lesoleU d'août, par une poussière brûlante, au nûlieu d'escarmouches inces* santés, de pertes continuelles, qui lassaient sans jamais amener de résultat) sans que jamais le coursige trouvât, pour se relever, la joie féroce d'une bataille. D^à cent mille hommesavaient

■ Ce qui fn|>pe le plus dans lliistoire de cette expéditioay éerita par Bootouriin, qui, indépendamment des documents russes, a ooasuUé ceux qui furent enlevés aux Français , c^est la connaissance trës- Nnparfaite des ennemis qu*on allait combattre. Lorsque Frédéric II » examinant l'expédiUon de Charles XII, en décrit les résolUts déastrenx, il prévoit les revers qui attendent Napoléon. De mtoe les ia>- Inictions de la guerre de Louis XIV, qui se trouvent aux ardHves àt l^is, auraient pu épargner les aombrauses eneun de rei|iédilioa d Espagne. (C. Cawv.)

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pM , et Moscou toit encore à quatre-vingts lieues ; Moscou , la Tilie sainte où les attendaient le repos, Tabondance, et la paix. Cependant les Russes appelaient aussi une bataille, et Kutulow la promettait au nom de la patrie et des saints nationaux. Cent trente-deux mille Russes, pourvus de six cent quarante eanons, combattirent à Borodino ( 4 septembre ) , sur la Mos* eowa , contre cent trente-trois mille Français et cinq cent quatrevingt-sept bouches à feu. Soixante -dix mille morts ou blessés restèrent sur le champ de bataille, dont vingt-sept généraux français, et beaucoup de généraux russes , entre autres Bagratien. Les chants joyeux ne retentirent donc pas de tente en tente, eofflme d*ordinaire après la victoire ; il ne restait plus à Napoléon que la moitié de son armée, et Alexandre se retirait sur Moscou , en disant qu'il fallait encore d'autres sacriOces pour dompter rAntechrist. Cette ville avait pour gouverneur Fédor Rostopchin, véritable caractère russe, mélange de sauvage et d'homme civilisé, d'un esprit fin et moqueur, non moins dévoué à la cause de la patrie que Kutusow, prêt à la servir avec les mêmes moyens et la même résolution. Les Russes s'étaient proposé d'incendier tout village, toute place fortifiée où les Fnïnçais pourraient trouver abri; ils n'hésitèrent pas à en &ire autant de Moscou *. Sur trois cent mille habitants , il en

' Prodaraation de Rostopchin :

« Son alteese le prince Kottiaow , afin de 8e «éunir plus promptenieot aux troupes qui venaient le rejoindre , a abandonné Mosaïsk pour occuper une forte position , où Tenneml ne se pré^ntera pas de ntôt. Quarante-huit canons et des munitions lui ont été expédiés; il dit qu'il défendra Moscou Jusqu'à la dernière goutte de sang, et qu'il K battra encore dans les rues. Les tribunaux ont été fermés. N^m* perte, mes amis, il fout aocommoder ses affaires; il a'est pas besoin de tribunaux pour faire le procès à on scélérat S*il était nécessaire, je prendrais des jeunes gens de la ville et de la campagne. Dans deux ou trois jours, je donnerai le signal. Armez* vous de haches et de piques, os, ce qui vaut mieux , de fourches à trois dents : le Français ne pèse pas plus qu'une botte de froment. l)emain, J'irai visiter les blessés à rh6pital de Sainte-Catlierlne ; j'y ferai dire une messe , et bénir Peau * pour leur prompte guérison. Quant à moi , je me porte bien. J'avais a>ttl à un œil, mais à cette heure j'y vois parfaitement do tous deux. »

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resta à peine vingt mille ; les autres émigrèrent , à ta raaoiàie des peuples nomades» aux approches de rennemî.

Les Français y entrèrent en grande tenue ( 14 septembre], comoM s*i]s eossMit revu leur patrie, joyeux d*étre enfin dans nne Tille, d*y trouver leurs aises et Tabondance au milieu &ètm humains. Mais personne ne vint à leur raioontre , ils ne vireot pas une sentinelle ; e^était un vide , un silence oomme lorsqu'oa traverse PompéL Le soir, les soldats af&unés burent et maogèrent en toute sécurité , sans prévoir Tévénement du lend«-

L*entrainemait qu'il ressentait vers les capitales ennemies avait poussé Napoléon à se procurer là encore un vain triomphe, qui lui coûta une armée et Tempire. Tandis qu'il siégeait avee orgueil dans le Kremlin, forteresse dont les murs sont dei montagnes, et qu'il dictait des règlements pour les théâtres de Paris , les Russes disaient : Le f?oUà pris ! Napoléon cnit la campagne finie; Kutusow pensait , au contraire , qu'elle ne Êû* sait que commencer; et un ministre russe disait au czar : Sire, remerciez la Providence : la Russie est sauvée! Les Russes, qui avaient offert la paix à Smolensk, se gardèrent bien de Fofinr de nouveau à Moscou , résolus qu'ils étaient de couper la retraite à l'armée française , pour que l'hiver achevât de la détruire. Alexandre fit répandre cette proclamation dans l'empire : < L'ennemi est entré à Moscou , mais la gloire de l'empire « n'en est pas obscurcie. Quelque regret que l'on puisse éproo- « ver de voir l'ancienne capitale au pouvoir de l'eqnemi , 11 n'en « possède que les murailles , sans habitant3 oi provisions. Il « s'était imaginé, l'orgueilleux, qu'il allait devenir, en entrant « à Moscou, l'arbitre de l'empire, et lui dicter une paix dé- < sastreuse. Espérances déçues! Les troupes, qui chaque « jour se réunissent des provinces voisines , garderont tous « les passages , et détruiront les détachements qui sortiront de « Moscou pour fourrager. L'ennemi , à son entrée en Russie , « comptait trois cent mille hoinmes; une moitié a été détruite « ou a déserté. 11 a occupé Moscou avec le reste; mais si soQ • orgueil en est satisfait, le dénoûment se fera voir bientôt « La Russie ne se courbe pas sous le joug , et elle versera tout

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« son sang pour défendre ses lois , sa religion, sa liberté. Dieu I tout-puissant, tourne ton regard miséricordieux sur l'Église t russe! soutiens le courage et la patience de ton peuple, qui

• combat pour une cause juste et puissante ! Qu'il triomphe ,

• par ton secours, de Torgueilleux qui Ta attaqué, et qu*eo ■ triomphant il délivre les rois et les nations opprimées I »

A peine les Français furent-ils maîtres de Moscou , que les incendies y commencèrent ; éteints dans un lieu , ils éclataient dans dix; les hôpitaux devenaient la proie des flammes, et les blessés se traînaient avec effort pour mourir hors du brasier. Les soldats , fatigués d'éteindre le feu , retournaient à leurs quartiers , et ils n'y trouvaient que des charbons. £n trois jours la ville sainte fut réduite en cendres , au milieu desquelles le Kremlin seul resta debout. L'armée victorieuse fut réduite à camper autour d'une ville embrasée. -Dans la campagne détrempée par la pluie, le feu des bivouacs était alimenté avec des tableaux , des meubles précieux ; on voyait alentour des of« ficiers, des soldats, déchirés, brûlés, s'étendre sur des châles de cachemire 9 sur des pelisses de Sibérie, des tapis de Perse; la vaisselle d'argent était répandue partout; on heurtait à chaque pas des timbales , des vases du plus grand prix : triste dédommagement aux souffrances de la faim , et à tant de maux qoePon commençait à entrevoir!

L'énergie des sociétés secrètes se réveilla à la nouvelle de ces désastres; en même temps, les corps laissés sur la route pour protéger la retraite furent pris en flanc. Cest en vain que Napoléon proposa la paix , c'est en vain qu'il chercha à faire cesseip da moins la fureur d'une guerre populaire : U ardeur que met tt» peuple à défendre ses foyers contre f étranger, répondit Kotusow, ne saurait aller trop loin.

I^apoléon , voyant l'étendue du péril , méditait une nouvelle hardiesse de sa stratégie , toujours dirigée en avant : aller attaquer Pétersbourg et y passer l'hiver, ou trouver à s'y ou- ^^ par eau des communications avec la France. C'est alors qu'il sentit combien il aurait eu besoin de l'amitié de Bernadotte, qui pouvait à ce moment recouvrer la Finlande et tomber ^ Pétersbourg. Mais il était déjà avec ses ennemis. Les gêné»

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raux de la grande année , à qui les revers rendaient la b»^ diesse que leur avaient enlevée les victoires, déclaraient qu*îh étaient las ; car, n'ayant plus de gloire à acquérir, ils avaient hâte de Jouir enfin de leurs richesses et de leur grandeur. L*armée commença donc sa retraite sur Sn)olensk( 19 octobre), traînant des voitures et des caissons chargés de trésors , d'argenterie, de fourrures. Les soldats marchaient avec leurs Sics hourrés d'étoffes de soie, de bagatelles précieuses , heureux, à chaque pas, de se rapprocher de leur patrie. Napoléon wdonna de dévaster ce qui restait de Moscou , et de détruire les armes , les poudres , les vivres , frémissant de n'avoir à se veo* ger que sur des objets inanimés.

L'armée comptait encore cent mille fantassins, cinq cent soixante-neuf canons, et deux mille soixante-dix voitures et oissons ; elle était riche et forte, quoiqu'elle eût peu de cavalerie. Kutusow vint barrer le passage aux Français à Malojarodavetz; mais leur valeur, aidée de celle des Italiens, franchit l'obstacle. Ils traversèrent le champ de bataille de la Moscowa, où quelques blessés , restés là depuis cinquante jours, implorèrent des secours ou la mort. Partout ils se trouvaient prévenu par les Russes, plus habitués au climat et aux lieux, mien pourvus, secondés par les paysans, exaltés par Kutusow, qoî leur parlait de Napoléon comme du tyran du monde , et par le czar, qui les excitait à venger l'incendie de Moscou dam le sang français.

Les Cosaques , « cavalerie misérable, « comme l'appelait Napoléon, étaient le fléau de l'armée, à qui ils ne laissaient de repos ni le jour ni la nuit. La confusion inévitable dans cette a^ mée sans cohésion, où tant de coutumes et de langues différentei étaient réunies, éclata alors tout h fait ; les soldats désertaient, jetaient leurs armes , se dispersaient, et la mort les moissonnift horriblement. Sur quatre-vingt mille chevaux, il en restait! peine douze mille au mois de novembre ; des cent mille hooH mes d'infanterie sortis de Moscou , il en arriva à peine duquante-huit mille à Wiasma.

Alors survinrent les grands froids, qui devaient, non par produire le désastre, mais le portera son comble. La neige

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eommen^ à tomber, en ejOTaçant toute trace de routes. Il fallut donc marcher au hasard , la bourrasque danales yeux , exposé à chaque mstant à s^enfcmcer dans des marais. Les malheureux fiddats , suffoqués par le vent , engoufdis par le froid , venaient* ils à heurter quelque pierre , quelque tronc d'arbre ? ils tom* baient, hors d*état de se relever, et la neige les avait bientôt recouverts. Les fusils échappaient de leurs mains roidies, les extrémités gelaient et se gangrenaient; celui qui s'endormait ne BeréveQlait plus. Si quelques*uns découvraient un sentier frayé et s'y dirigeaient avec espoir, les paysans et les Cosaques en embuscade tombaient sur eux avec furie , et les laissaient expi- Ter lentement sur la neige. Les chevaux, en petit nombre, n'étant pas ferrés à glace , glissaient sur le sol durci : il leur fallait briser la glace pour trouver quelque peu d'eau « et ronger Técorce gelée des arbres. Lorsque enfin ils tombaient épuisés de fatigue , on se hfltait de les égorger pour se repattre de leur chair, et pour se réchauffer les pieds et les mains dans leurs entrailles palpitantes. Chaque bivouac devenait un cimetière par le manque de feu ; les soldats s*y couchaient le sac sur le dos , les cavaliers la bride passée au bras ; souvent ils se tenaient em« Itaasés pour se procurer un peu de chaleur l'un à Tautre : mais fcovent aussi, le lendemain matin, ils ne trouvaient près d'eux qu'on cadavre, et le quittaient sans plaindre son sort, car il avait cessé de souffrir. Si Ton trouvait quelque peu de bois, la marmite, précieusement conservée, était mise sur le fen, et la poudre remplaçait le sel pour assaisonner une poignée de farine de seigle ou un morceau de cheval. Un égoisme farouche remplaça alors cette générosité qui est l'apanage dn soldat , et chacun ne songea plus qu^à soi ; on allait Jus* qu'à se disputer, le sabre à la main , une misérable croûte de pain, une botte de paille ou un fagot. On ne tendait pas la main au camarade qui tombait ; à tel autre on arrachait de ses épaules, avant qu'il fût gelé et roidi , la pelisse qui le couvrait , pour l'endosser, tiède encore. C'était en vain que ceux qui gi« uienisurle sol glacé, tombés d'épuisement ou blessés, près* ■aient les genoux de leurs frères d'armes, les suppliant^ au nom ^eleun parents, de leur patrie, de ne pas les abandonner;

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puis, quand le tambour battait la marche, ils se tratnaieut sur la terre avec des hurlements, en leur montrant les Cosaques qui arrivaient, et implorant, comme un dernier service, un coup de ftisif, pour ne pas tomber au pouvoir de ces barbares. Beaucoup d^entre eux étaient atteints de folie, ou tombaient dans une gravité farouche.

Un hiver aussi rigoureux ne pouvait entrer dans les prévisioi» d'un général; mais il aurait dû aviser à des mesures d'oidie, ainsi qu'aux moyens de prévenir la famine, qui sema la nwle de cadavres , et livra aux Russes cent trente-cinq mille inisoaniers. Les fuyards mirent au pillage les magasins, qui dès kn ne purent subvenir aux besoins : seule la garde impériale conserva sa fière attitude, en restant unie; et Napoléon M dut son salut.

Les armées russes du Danube et de la Finlande se concentraient sur la Bérézina, pour attaquer de front les Français que poursuivait Kutusow, que harcelaient sans repos Milora&h witch et Platow; mais cette bataille que Tarmée napoléonienne avait tant désirée lui était présentée quand elle se trouvait bon d'état de combattre (26 novembre). Elle fut rejointe alors par les deux corps restés en Lithuanie sous les ordres de Victor et d'Oudinot; ces corps purent donc protéger le passage de «s débris contre les attaques de Wittgenstein et de Tltcbakow. Mais tandis qu*ils s'étaient flattés , sur des relations trompeuses, de trouver une armée victorieuse , ils ne rencontrèrent que des fantômes inspirant le dégoût et l'effroi; des malheureux d'une gravité sombre, san^^armes , sans souliers , le nez et les oreilles gangrenés; le reste livide, gonflé; les yeux immobiles ou frappés de cécité, et qui, stupides ou insensés, tombaient à leun pieds en implorant du pain.

Le passage du fleuve s'opéra avec une extrême confusion. Ney protégea la retraite ; la garde royale italienne prodigua héroïquement sa vie pour une gloire qui n'était pas la sienne. Cinq mille soldats y restèrent , huit mille huit cents seulement répondirent à l'appel. Les commissaires ordonnateurs, trompes par les bulletins , qui ne cessaient de proclamer des victoires, n'avaient rien préparé sur la route. En France même, eu Italie,

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en Attemagne, la douleur silencieuse de tant de familles décimées était adoucie par Tannonce répétée de nouveaux triomphes, lorsque le XXIX® bulletin , dans lequel Napoléon avouait le désastre , vint tout démentir. Pour en ôter la gloire aux hommes , il Fattribuait aux éléments : « Ceux à qui la nature « n'avait pas donné une trempe assez vigoureuse, dit-il , pour « surmonter les vicissitudes de la fortune, perdant leur gaieté « et leur bonne humeur, ne pensèrent qu'à des revers et à des « catastrophes; ceux qu'elle créa supérieurs à tous les événe- « ments conservèrent leur vivacité, leurs manières ordinaires, « et virent une nouvelle gloire dans les difficultés qu'ils avaient « à surmonter. » Ce fameux bulletin se terminait par ces mots : « La santé de sa majesté ne fut jamais meilleure. •

Ainsi, qu'un million de veuves et de mères aient à se consoler, l'empereur se porte bien ■; et il n'a pas un mot de compassion pour tant de morts, pas un mot de consolation pour ceux qui survivent.

Ce langage lui était dicté par le sentiment imperturbable que sa grandeur se fondait sur lui seul, et que sa race n'était rien. On venait d'en avoir la preuve. Huit années d'empire, avec ses pompes brillantes , n'avaient éteint ni le parti républicain ni celui des Bourbons ; et la persécution religieuse avait accru le nombre des mécontents. Jetés péle-méle dans les prisons d'État, ils pouvaient s'entendre dans un sentiment commun de haine contre leur oppresseur; ils pensèreut que la servilité sur laquelle Napoléon s'appuyait ne lui donnait point de force durable, et qu'il tomberait au premier choc. C'est ce qui n'avait pas échappé au général Malet, qui, au milieu de Paris et du fond d'une pri-

* Il est impossible de trouver rieo de plus froidement inhumain que la noie suivanle , ajoutée par le Moniieur à Tannonce de la perte de quatre cent mille hommes : « Ce bulletin doit ajouter à Padmiration qn*inspirent la fermeté stoïque et le puissant génie de sa majesté. Peu de pages, dans l'histoire ancienne et moderne, peuvent être comparées à ce mémorable bulletin sous le rapport de la noblesse, de TéléTatkm et de riotérét ; c'est une pièce historique du premier ordre. Xéiio|ilioo et César ont ainsi écrit , Vvd, la Retraite des Dix rfiiltc, Taotre , ses Cominentaires, »

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son, se Gt lechef d*une conspiration étrange. Il appartenait à la société des PhUadeipes^ composée de gens qui depuis la fia de 1 804 avaient fait le serment de tuer Fempereur, et qui, épiant le moment favorable^ le suivaient dans ses expéditions comme au fond de ses patois. Malet et ses confidents, très-pea nombreux, n6s(^urent d'annoncer la mort de Napoléon, de ùïn déclarer par le sénat la dédiéanœ de sa dynastie^ puis de r^ veiller le patriotisme au cbant de k MnrseiikUse. Il nteoa li bien TafTaire au milieu de gens qui avaient cessé de cn>iire Napoléon invincible, que, pendant une nuit, il eut ^aris entre les mains, et que le ministre delà police, arrêté, alla leien^ilaeer en prison. Une partie de la garnison avait ajouté foi à ses paroles, et la révolution était ûiite , si un général , eonoevant de doutes , ne Peât fait arrêter lui-même. Alors tout réchafomlage tombia aussi vite qu'il s'était élevé ; la police fut honteuse de n'avoir ïkn su ; les autres autorités rougirent d'avoir aœ^ la déchéance prononcée, et n'en montrèrent que phis de rigueur à punir. Malet, à qui Ton demanda quels étaient ses complices^ répondît: Toute la France, et vous-même, général, si faeais réussi. Invité à se défendre : Un homme, dit-il, gui s* est kci pour défendre les droits de son pays n'a pas besoin de défense; il triomphe, ou meurt^ Il mourut en effet avec douze de ses complices , en s'écriant : Citoyens , Je ne suis pas le denier des Romains! Tandis qu'il était fusillé comme traître, on le représenta partout comme un fou, et l'on donna sa tentative même comme preuve de sa folie.

C'était une folie en effet; mais elle révélait la faiblesse de l'empire, et elle en détruisait le prestige. Comment! dans une seule nuit , on avait enlevé à l'empereur sa capitale^ et, parmi tant de personnages qui lui étaient dévoués, pas un n^avait résisté! Bien plus, ni conjurés ni sénateurs n'avaient songé à rimpératrice et à sou fils ; et lorsque Cambacérès rendit compte de celte écbauffourée à Marie-Louise, elle ne lui adressa que cette réflexion : Ils m'auraient donc laissée retourner à yiennel Ainsi , personne ne croyait à la stabilité de cette dynastie; et, dans un temps où un décret faisait tout, un autre décret poovait tout détruire. De pareils symptômes étaient bien faits pour

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«iïrayer Napoléon > ; de plus, les cris nationaux de TAUemagne et de r Espagne retentissaient jusqu*en France; une propagande anglaise réveillait les idées libérales , et un certain nombre de n^blioains étaient fusillés dans le Midi.

Napoléon sentit , en conséquence, qu*il importait de retourner an plus vite au centre d'une machine qui ne se mouvait que par lui , de comprimer les espérances que son désastre pourrait faire naître, et de préparer une nouvelle armée. 11 céda le commandement à Murât, non parce qu'il était b plus habile, mais parce qu'il était roi, et arriva rapidement à Paris ( 5 déeembre), laissant derrière lui quatre cent mille morts *.

* « Je me sentu bien moins choqué de Tentreprise du coupable » que de la facilité avec laquelle ceux mêmes qui m^étaient le plus attachés se seraient rendus ses complices : pas un seul n'araft à mentionner la moindre rési5tance, le plus petit effort pour défendre et perpétuer la chose établie. On ne semblât pas y avoir tongé, tant on était habitué aux changements, aux révolutions; e^est-à-dire fue cbacan s'était montré prêt et résigné à en voir surgir une nouvelle. Aussi Ions les visages changèrent, et rembarras de plusieurs devint extrême, quand , d'un accent sévère, je leur dis : Eli bien, messieurs, vous prétendez et vous dites avoir fini votre révolution! Vous me croyiez mort. Mais le roi de RomeP vos serments , vos principes , vos doctriaesf Vous me faites frémir pour Tavenir! » Mém* de Sainte-Hé" Une, novembre 1816.

* Napoléon nie les grandes pcKes de son armée en Russie, et dtt ipiVlle coûta moins de dnquanta mille hommes à la France aelnelte : « L'armée russe, dit-il , perdit quatre fois plus- que l'armée française. L^incendîe de Moseoa coûta la vie à cent mille Russes, nnorts de froid «t de misère dans les bois; Tarmée rosse Ait assaillie par les Intempéries durant sa marche de Moscou h TOder. Tout calculé, la perte de la Russie ftit six fois plus grande que celle de la France d^aujourri'Aiii. » £n admettant même, ce qui est impossible, cette assertion pour vraie, à qui demander compte du sang de trois cent mille Ruses, morts en défendant leur pays ?

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