QUESTIONS RELIGIEUSES
V Église gaMcane, La RéFolation avait été sanguinaire, toute» flattant Thunianité. De Alaistre se fit implacable, dans TintérA du salut. En voyant oes événements merveilleux où la part de riiomme restait si petite , il reconnut le gouvernement temporfl de la Providence , qui, même dans cette vie, produit pleinement son effet. Il bat en brèche avec acliarnemeiit la société actuelle, et voit le signe d*une vengeance éternelle dans ces maux qui accablent Thumanité. Le mal est nécessaire , par suite du premier i)éché ; il a pour remède la prière et Texpiation, qui lait retomber sur les enfants le châtiment des fautes commises par les pères. De là les sacrifices anciens, les supplices, la rédemption. De ce point de vue élevé , il nous fait voir rabrutisEement chez les sauvages; chez les peuples civilisés, des luttes etdes guerres presque sans fin. Dans les sociétés dont le châtiment est Tunique frein , le bourreau est le grand prêtre qui administre Texpiation , comme les pestes , comme la guerre , comme les animaux qui vivent de destruction. Le juste en est aussi victime, attendu que, pour qu'il en fût autrement, ilftudrait qu'un miracle fit exception en sa faveur, et qu'A eût sa récou* pense ici-bas ; attendu aussi que , la réversibilité établie, le juste paye pour les coupables. Si donc la race humaine est pe^ verse , il faut en avoir raison par la force. De Maistre développe en conséquence la justification théorique du pouvoir ab< solu avec une véhémence toute démocratique; et sa logique implacable le conduit jusqu^à faire Tapologie de rinquisition , jusqu'à la cruauté systématique.
Il sillonne de mille coups do foudre les nuages amoncelés par les philosophes du siècle précédent : d'une érudition très-vaste, mais partiale, il réfute en exagérant, riposte à l'affirmation par une affirmation plus intrépide. Dans la Révolution française il poursuit de ses railleries ces hommes qui , dans leur présomption, s'imaginaient la conduire; tandis que Dieu seul la dirigeait, pour expier les fiantes de la France, des rois, et de la Révolution elle-même. Avec la prévoyance de la haine, de Maistre nie la possibilité d*une grande république , surtout en France, parce qu'elle n'y était pas née qpcmtaiiéroent de la nation , des idées , des mobtvs.
LES PAP£S. — LES COKCOBDATS. 99ù
Comme les rpis eux-mêmes peu?ent faillir, qui les chAtira et les corrigera? Les baioimetteS) les tribunes, les parodies de souveraioeté populaire 9 n'aboutissent à rien : il faut donc un contre-poids au pouvoir, non en bas , mais en haut. Le pape, qui, dans le moyen âge, était le tuteur des peuples^ Teffroi des rois, est encore le protecteur de la justice et de la liberté. Querintelligenoe et le glaive, la liberté et le despotisme s'inclinent devant lui. Quelles déplorables conséquences n'a pas eues le sdiisme d'Orient, et h quelle misère ne se trouve pas réduite aujourd'hui la Russtel Quelles chétives combinaisons que cMlës des libertés gallicanes, véritable esclavage de rhomme en ce qu'il a de plus libre l car elles soumettent la conscience à la décision des rois, l'intérêt de l'Église aux caprices d'un homme couronné.
Des doctrines semblables furent soutenues par M. de Bonald, avec moins de poésie et plus d'étalage scientifique. L'abbé de la Mennais , apôtre de cette école qui défend l'absolutisme papal avec une chaleur démocratique , répéta tout ce qu'on a jamais accumulé d'arguments contre la certitude. Il eu conclut que, dans l'ordre des principes, elle est impossible sans l'existenoe d'une autorité infaillible, et que, dans l'ordre des faits , une autorité semblable a toi^ours existé : c'est l'Ëglise catliolique, dans la triple manifestation de la parole divine, par la tradition patriarcale, par Moïse, par Jésus-Christ. Dans V Essai sur Hndifférence en matière de religion y où un raisonnement serré se fortifie d'une éloquence vigoureuse, il concède aux philosophes que l'adhésion de l'intelligence est le caractère distioctif de la vérité, à condition toutefois que l'adhésion ait le double caractère de l'universalité et de la perpétuité. Or cela ne se trouve que dans l'Église catholique, dont le symbole est conforme au sens universel, puisqu'elle est un écho traditionnel de la parole divine en tout lieu et en tout temps. Descendant ensuite aux applications {De ia religion considérée dans ses rapports avec Cordre politique et dvii ), il combat l'esprit irréligieux de la politique. Au moyen âge ^ le catholicisme proclama le dogme des croyances et des devoirs, et sur la société bouleversée il ea constitua une divine, indestructible, tendant à
400 QtJESTtONS llELIGIBtJSES.
ramener totit à Funité, à coordonner les nations comme ks membres d'une seule famille. Les croyances une fois ébranlées , é la politique ne reste plus que la force dirigée par Tintérét ; il n'existe plus entre les peuples d'autre loi que la force brutale et aveugle; entre le pouvoir et les sujets, que la force brutale et aveugle. » Trois systèmes dominent en Europe : le système catholique^ qui interpose entre les sujets et le souverain le pouvoir spirituel de l'Église^ le système gallican , qui, faisant les rois inamovibles, les affranchit de toute loi réellement obligatoire, et ne laisse, contre la tyrannie, d'autre remède que la tyrannie; enfin, le sj-stème philosophique, qui rend le peuple juge de toutes les questions de souveraineté. Comme eonséquence de ces principes, la Mennais réclamait la liberté de la presse, de renseignement, le droit d'association ; et dès lors il plaçait la souveraineté dans le peuple , avec le droit de deslimer le monarque quand il viole la loi.
Les libéraux i atteints de myopie, n'aperçurent pas la portée de ces idées-là; et ils sifflèrent ce prêtre, qui remorquait le monde jusqu'aux pieds de Grégoire VU. Mais les rois s'en aperçurent, et ils lé citèrent devant les juges correctionnels. Plosieurs prélats , atterrés de cette hai^esse, firent a Paris une déclaration de leurs Sentiments sur rirnUpendance des rois dans Cordre temporel, à l'appui de la déclaraUûn de 1682. Dans une réplique mordante , la Mennais malmena rudement les libéraux et les gallicans, qtii, en affranchissant le pouvoir de toute dépendance religieuse « s'exposaient aux dangers d'une autorité arbitraire. Il plaignit le sacerdoce de ae feire le courtisan et le dominateur des gouvernements qui le protègent pour avoir son appui; tandis que les rois persécuteurs, qui lui arrachent les diamants et la pourpre, lui apportent la gloire du martyre, qui sanctifie la terre*
il était étrange de voir dans la pfttrie de Voltaire , dans ce pays où la Divinité avait été abolie et rétablie par décret, cet écrivain et d'autres encore, prophètes du passé, relever, avec tant de force etd*éloquence, le trône de Grégoire VII, comme sauvegarde de toutes les libertés conquises par le monde. Dans un pays qui uiéle la politique à toute vérité , ils révélaient ccr*