‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 116 sur 127 · LES PAPES. — LES CONCOBDATS · texte numérisé non relu

LES PAPES. — LES CONCOBDATS

s*^are. L'enthousiasme religieux envahit les églises catholiques, et plus encore les éjçlises protestantes. Les méthodistes en Angleterre, les hemutes et les piétistes en Suisse et en Allemagne , en reviennent à un rigorisme que la civilisation ne peut plus tolérer , à de nouvelles révélations , à de nouvelles effusions de lumière. Ils s'écartent de la tradition chrétienne pour se li- Trer aux vaines illusions d'uqe religiosité sentimentale.

Les anabaptistes , dont les progrès avaient tant effrayé I^uther, se multiplient en Europe, et plus encore dans les États* Unis , où déjà cinq millions d'individus rejettent le baptême des enfants, parce qu'il n'est prescrit ni par l'Évangile, ni par la primitive Église.

A la fin du dernier siècle, George Whitefield, théologien an-* glican , fonda la secte des méthodistes , qui pousse à la dernière rigueur les dogmes de Calvin. IJn schisme éclata bientôt dans son sein ; il eut pour auteur Nesley, qui repoussait la prédesti-» nation, et qui apporta un grand zèle à secourir les classes pauvres. Cette secte s'étendît en Angleterre et en Ecosse; mais son or* ganisation complète ne se trouve qu'aux États-Unis, où la ré* volution détruisit les privilèges de l'Église dominante. Ces sectaires sont divisés eu groupes qui, une fois par semaine au moins, se réunissent sous un chef, qui les exhorte et reçoit leurs confidences. Les ministres tiennent des synodes annuels; et, tousiesquatre ans, six évéques, choisis dans une conférence, ▼ont h la ronde conférant les ordres, et assignant à chaque pré<^ dicateur la circonscription dans laquelle il doit exercer pendant trois ans son ministère, à moins qu'ils n'en décident autrement; ils dispensent les dons, les pensions aux veuves et aux enfants; ils jugent en dernier appel les questions ecclésiastiques et financières outre les membres de la société. On compte environ trois

traitez <le chimère rémolion iiKléfinissable qui semble nous révéler nu être Infini y àme, créateur, essence du monde ( peu ipipdrtent les dénominations IniparraiteA dont nous nous servons), votre dialectique ira pit» loin, malgré vans ... Si le sentiment religieux est une fuite parce qu^il n'e^t pas appuyé de preuves, Tamour est une folie, renthoiisia$me un délire, lasympatiiic une faiblesse, le sacrifice une absurdité. •

404 QUESTIONS BELIGIEUSES.

inillioos de méthodistes dans les États-Unis; ils savent s*ac* commoder en Aùgleterreà Tesprit conservateur de raristocratie, aussi bien qu*à l'ardeur impatiente du peuple. Le fond de leur doctrine est un rigorisme extrême^ qui condamne tout luxe, tout travail de Tintelligence , tout plaisfr de Timagination; un prosélytisme ardent, intolérant; un orgueil spirituel étrange. Ils professent que la Providence intervenant dans les moindres cfaoso, les œuvres sont sans aucune valeur; que la foi se révèle par des illuminations supérieures et des extases ; que ni la piété ni la bonnes œuvres ne peuvent rassurer la conscience , si Ton ne sait rinstant prééis où , à force de larmes et de contrition, on a acquis la conviction d*être élu. 11 en résulte que le plus grand pécheur s*abandonne parfois , par suite d'une semblable certitude, aux ravissements d*un paradis anticipé, tandis qœ le meilleur chrétien tremble sur sa couche, bien qu*il n*ait point de fautes graves à se reprocher. Les méthodistes ont néanmoins servi FÊglise protestante en s'occupantderéducation du peuple, en répandant les bonnes maximes dans les basses classes, eo protégeant les esclaves , et en convertissant les sauvages.

IiCS frères Moraves apparurent vers 1630 : ce fut un siède après que le comte de Zisendorf , seigneur autriciiien, s'étant fait leur protecteur^ les établit dans la colonie de Uermliut, d'où leur vint aussi le nom de hernutes. Le fond des statuts de celte secte, c'est que les t^égénérés sont dans un lien d'amour continuel avec tous les enfants de Dieu, quelle que soit leur religion. Us ne se mêlent point de controverse; ils ne tendent qui garder la pureté^ la simplicité, la grâce évangéliques. ils ne foo: ()oint de différence de luthérien à calviniste; ils tiennent pour seul important le dogme de la rédemption , pour unique chef de leur société le Rédempteur; toutes les jeunes Ûlles sont ses épouses. Ils sont agriculteurs , artisans , missionnaires; ils ont fait beaucoup de prosélytes dans le Groenland; dans la colonie de Sarepta , sur le Volga, qu'ils ont fondée, ils ont converti les Cosaques, et l*on ne peut que louer l'éducation morale qu'ils donnent en commun aux enfants. A côté de ces sectes cntbou* siastes on trouve des déistes , chex lesquels la tolérance a dégénéré en indifférence.

LES PAPBS. — LBS OONCOBDATS. <40d

Depuis la paix de Westphalie, i* Allemagne est restée divisée en deux partis religîetix qui vivent en paix sans fraterniser, et dont la jalousie mutuelle empêche Tun et Tautre de prédominer. Le parti protestant eut d'abord à sa tête la maison de Saxe, à Tombre de laquelle il était né , jusqu'au moment où, celle-ci s'étant fisûte catholique en vue du trône de Pologne, la suprématie passa à la Suède, à qui elle fut enlevée plus tard par la Prusse. I/Autriche a longtemps été la tête du parti catholique \ elle paraît désormais laisser cette prétention à la Bavière , trop faible pour porter ombrage.

Les protestants, à partir de 1806, se trouvèrent politiquement les plus forts. Les principautés ecclésiastiques ayant péri , le désordre se glissa d'autant plus dans les af&ires religieuses qu'elles étaient plus intimement mêlées au temporel. Rome s^^força au congrès de Vienne de rétablir le passé. Le comte de Hardenberg, au contraire, proposa une constitution ecclésias» tique générale, avec une complète indépendance de Rome; mais le débat, comme nous l'avons vu, se termina par des concor'> dats particuliers. Ces rois et leurs ministres cruirent le siècle assez avancé, c'està*dire assez indifférent, pour que la réu<> Dîon de religions diverses sous un même gouvernement ne devint point une cause de troubles : ce fut une erreur funeste. L'article 10 du pacte fédéral allemand portait : « Les confessions chrétiennes doivent être maintenues dans l'égalité des droits civils et politiques. » Les concordats stipulés avec Rome forent établis dans ce sens; mais l'esprit protestant prévalut» I^es gouvernements pratiquèrent sur les concordats l'exégèse ckrnt les docteurs avaient fait usage sur les livres sacrés : ils réussirent à les détruire, et enlevèrent aux Églises, à l'aide des pragmatiques , ce qui leur avait été accordé. Ils y furent poussés par un motif bien plus politique que religieux , ou par le désir d'arriver à cette unité, à cette force d'administration dont ria*^ poléon leur avait laissé Texemple. Détachés de l'Empire, ils voulurent aussi détacher leurs Églises de Rome : mais Pierre n'abdiquait pas comme César. Les catholiques ne voulant pas renier leur foi , on s'arrangea du moins pour soustraire à Rome tout ce qui tombait sous le patronage du gouvernement ; schisme

406 QVfeStlOIfS BBLIGIBUSKS.

d*adminislration ou de chaacellerie, que Ton décore du nom d^iadépendance.

La religion était en même temps combattue dans ses dogmes, dans ses pratiques, dans ses ministres, surtout par Tor* gane des journaux. Les livres symboliques furent supprimés. On sinquiéta peu de résoudre les difficultés controversées; on se rontenta de les déclarer vaines. Seulement, comme ceUe liberté Absolue annihilait le ministère sacerdotal , on établit la distinction entre la liberté de croire et Tobligation d^enseigner selon certains dogmes. Mais un ministre en vint à dire que Fou pouvait écrire sur Tongle du pouce toutes les doctrines sur lesquelles les protesttmts sont d'accord ; et un autre , qu^à forée de réformer et de protester, le protestantisme se réduirait à nue suite de zéros.

Les choses en étant là, ne pouvait-on pas tenter de réunir dans une croyance rationnelle tous les non-catholiques? Ce fîit dans ce but qu'une assemblée de ministres se tint dans le duché de Nassau (9 août 1817) ; et Ton y décida que les deux oommunioos. luthériens et calvinistes, prendraient le titre d*Égli» évangélique chrétienne , en réunissant leurs biens en un fonds commun; qu'il serait libre à chacun d'interpréter rÉvangile; que les pasteurs des différents cultes donneraient la commu* nion au même autel , à moins que les vieillards ne voulussent la recevoir séparément; et la cène fut célébrée d^accord.

Le roi de Prusse s*y employa avec ardeur : quant aux catholiques , ils formaient les cinq douzièmes de la population qui lui avait été attribuée , et Frédéric^uillaume s^engagea à leur conserver des droits civils et politiques égaux ; mais il était diffioik qu'il tînt sa parole , zélé protestant qu'il était ^ désireux d'introduire dans ses États Tunité de croyance , comme celle d'administration. Le premier pas avait donc été de réconcilier lo luthériens et les calvinistes. En 1817, à Toocasion de la troisiène fête séculaire de la Réforme , on adressa aux consistoires cc aux synodes une lettre explicative « de cette union salutaire* désirée depuis si longtemps, et tant de ibis essayée en vain. O rapprochement, disait-on, formera, sans que F Église lutbr rienue se perde dans l'Église calvmiste , une Église nouvelle,

Page 1