ET LA SAINTE-ALLIANCE
L'îostructioQ s'était répandue dans toutes les classes , mais sans les moyens d'en tirer un parti immédiat comme le demandait le goût croissant des jouissances matérielles ; Tanibition chez la plupart, étant hors de proportion avec les facultés, ne faisait qu'allumer le sentiment de Tenvie. Aussi ces gens-la , pressés de mettre leur fortune de niveau avec leurs talents , criaient-ils contre un gouvernement qui ne savait pas proliter du secours de leurs lumières.
Comme la classe qui lit, écrit, raisonne ou déraisonne sdr les intérêts généraux , et qui passe pour représenter la vie nationale, s'était extrêmement étendue, le mouvement ne pouvait plus se concentrer chez un seul peuple , ainsi qu'en 1789. Dans cette vaste ébullition de l'Europe entière, qui ne se serait cru appelé à juger les droits respectifs du prince déchu et du nouveau ; à prononcer entre ceux-là qui triomphaient et se proclamaient des héros , et ceux qui , ayant succombé , étaient traités d^usurpateurs? Les phis cliauds partisans du droit divin avaient exdté les peuples à la révolte , c'est-à-dire à s'arr(^er le droit de juger de la légitimité du souverain. Ainsi la discussion du droit succède à celle du fait : on veut savoir à quelles lois il faut obéir^ pourquoi on doit y obéir, et dans quel but. Les rois, prétendant régler seuls le bonheur do genre humain, mesuraient naguère la liberté à leurs sujets, mais à titre de concession et d'usufruit; les peuples bénissaient un bon prince comme on bénit une bonne moisson , sans être sûrs de sa durée.
On avait vu Napoléon détruire les vieilles royautés pour en créer de nouvelles; et cette grande ironie ne semblait- elle pas dire que les couronnes étaient un jeu delà fortune ou de la foree^ tout aussi bien qu'un don de Dieu ? Une foule de princes ne
« fi*en acquittent de telle sorte que les ministres étrangers ne puissent « élever de plainte , an cas qu'ils trouveraient quelque cliose qui leur « déplût. Pour rendre les garettes intéressantes, il ne faut pas quVIIes « soient gênées. -Cela s'entend principalement des arUcles sur Berlin ; et M quant aux autres puissances, il faut en user cum grano salis, et ■ avec une graade oircon:*pectioD. » Lcsur, Annuaire, 1843, p. 273.
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restaient-ils pas dépouillés au profit des paissants , après les booleiverseiiients de la guerre, dans le calme même des Dégocia-» tions ? c'était miner rantique foi aux dynasties. Ceux4à même qû lemonlmnt sur le trône s'étaient préralu des effets de la Révoliitîon et de la conquétei Lors donc que les rois se mettaient à jouer le t^le de ipéirolutioniiail^ en détruisant ces privilèges qui ne manquaient à aucun peuple arant la Révélation , et en édifiant un absolutisme administratif, les peuples en Tinrent a croire que l'histoire n^était rien, que les constitations pouvaient se liîire et se dé&lre non-sqileibent par le progrès naturel des temps et par les moyens légaux, mais à volonté et à force ouverte. La plupart des souverains s'irritaient de ne phis retrouver tses dociles sujets de la fin du dîx^huitiènie aède; les sujets^ de leur côté, se pléignaîetit de promesses ineié» cutécs; ils plétendaient obtenir de$ institbtions, des ganmties, réglant les droits et la part de chacùii dans l'État ; exclus du réel et du positif. Us se jetaient daiks l'imaginaire.
Ce besoin général de liberté prenait, selon les pavs, ses nuances particuliers. En Pologne et en Italie^ il avait pour but la nationalité; en Allemagne^ l'idée de l'unité ; en Franee, la dignité blessée de la pétrie; en Angleterre, la réforme du svs* tème électoral.
I.^ sociétés secrèteà , sous l'ebipire , avaient réveillé le sentiment national ; et encouragé la résistanee contre Toppression étrangère. Lorsque la paix fut rétablie, les gouvernements, sans les pout^uivre à outrance, leur suscitèrent bientôt des tracasseries; de telle sorte qbe, changeant non de but mais d'objet, elles se tournèrent contre ce nouveau despotisme, et finirait par attirer à elles les mécontents de chaque pays.
Celte des carbonari, née dans les Cabbres sous le gouvernement de Alurat , était diHgée contre la domination étrangère et contre ses idées. Elle tenait en grande partie des rites maçonniques ; mais tandis que les fraoc^-maçons, tout en se proposant de venger lliram, professaient dans leurs banquets un déisme conforme a la philosophie du dix-huitième siècle ^ les premiers rarbonari , animés d'une énei^e mélancolique. Voulaient veii^ la mort du tfu-ist et rétablir son royaume. I^ police napolitaine,
n'ayuit pu arrêter leurs progrès, songea à corrompre leur association , comme qq Tarait fait de la franc-maçoiiDerie , en y introduisant des eftpions , d^ fooptioni^aires « et jusqu'au roi Itti^méme, lorsqu'il eut des idées d'indépendanpe. L'aripée d^ Murât, qpi y était affilia topt entière, laissp, lors de sa dernière invasion, un grand nombre de ventes dans les Légations, d*où 9lles se répandirent dans la LpmiMurdie, surtopt à Bolo* gne , à Milan et à Alexandrie. Quelques exilés itiiHens firent pénétrer le (»ir)>on^risme en F):apce, où les frapcçipaçpns étaient toujours nombreux ; ils y étaient divisé^ e» loges 4u r)t moderne, du rit ancjen ou écossais, du rit de Misraïni op tero^ers, et avaient, dans l2i formula Liberté-Ëgzili^'Frjiterr nité, substitué à ce dernier terme le mqt Humanité '. L^ charbonneri^ fut greffée sur ee tronc, principalement par Armand Bazard, qpi devint ensuite un des premiers saints-simoniens; par le Florentin Bponarptli, ancien partisan da Babeuf; par Flottard et par Bucbez.
Voici , en peu de mots , Torganisation de ces spcjét^ : Une vente partipulière ne comprend pas plus de vingt bons cousins en relation entre eux , mais isolés des putres ventes ; les dépûtes de vingt ventes partielles forment une vente pentrple qui, au moyen d^un député , cpmmunique avec la bauta vente \ puis celle-ci reçoit, par un délégué , Tordre de la VPOt^ suprême et d*un comité d'action ; ce qui assure le secret , la facilité de se réunir et de s'éfandre, sans nuire ^ Tunité.
Les carbonarî n'écrivaient rien , et communiquaient toujours entre eux de vive voix. Il| se reconnaissaient au moyen de cartes découpées et 4e mots d'ordre , qui étaient Espérance et Foi. Ils alternaient k» syllabes de cha-rH^i en se serrant la main, ils formaient avec le pouce les lettres C et N. Tout parjure qui dévoilait aux paiens le secret des signes , du règlement et du but de l'association, était puni de mort. Tout membre devait se procurer un fiisil » une baïonnette et vingt-cinq cartouches; la cotisation à la caiss^e commune f^taft d'un franc
' MaintenanK , ep France, ils dépendent tous dp Qrapd-Orieat, (|i)j se compose des députés des loges particulière».
438 LE LIBBBALlSilS
par mois, et Ton devait en verser cinq à répoqae de TadmissioD.
Les carbonari devinrent très-nombreux en France ; ils j remplirent les écoles, le commerce et Farmée' ; ils songèrent même à réunir tous les étudiants à l'École polytechnique , dans laquelle ils comptaient beaucoup d*adeptes, de même que parmi les clercs de notaire et les avocats. Ils eurent ainâ de Tinfluenoe sur les élections. Ils manquaient toutefois d'un principe commun : d'accord sur l'idée de détruire oe qui était debout, ils n'avaient rien d*arrété sur ce qu'ils devaient y substituer. Daos l'origine, ils étaient radicaux et républicains; mais lôisqu'ils se furent adjoints des hommes distingués par leur fortune et leurs emplois, ils se divisèrent quant au IhiL Les uns songeaient à Napoléon II, dans l'espoir d'être secondés par FAutriclie, soit pour élever au trône le Ois de l'archiduchesse, soit pour porter le trouble chez des vcûsins toujours redoutés. D'autres jetaient les yeux sur Louis-Philippe d'Orléans, homme nouveau, qui, nourri dans les idées libérales, devrait tout à la révolution. Divers soulèvements , et surtout l'insurrection de la Rochelle, étincelle que devait suivre un vaste incendie, appelèrent soi eux l'attention du gouvernement, et l'on vit alors combien ils s'étaient propagés. Mais les dissensions éclatèrent parmi eox : tantôt c'était répugnance à obéir à certains chefs, des soupçons sur remploi des fonds , ou bien des dissentiments sur les moyens propres à atteindre le but. Ils fraternisaient toutefois avee les illuminés de l'Allemagne, les francs-maçons de la Suisse, les carbonari de Naples, du Piémont, de la Lombardie et de l'Espagne , qui s'étaient chargés de porter les premiers coups, et qui, secondés par d'autres encore, devaient ouvrir un abîme sous 169 pas des gouvernements mal établis.
La France crut parer à ce danger en limitant la liberté de la presse , et en « mettant l'intelligenoe humaine sous la juridiction de la police. » Les alliés renouvelèrent leur union à Aix-la- Chapelle (1818) en termes moins vagues , mais donnant fou-
' Leurs actes ont été révélés après la révolution de ISIO» et tttrtwt dans raris révolutionnaire , par Trélal, 1834.
ET hA SAIIfTE-ALLIAlVG^» 403
jours la fraternité chrétienne pour base aux principes oonserva* teurs; puis ils établirent des conférences pour r^ler les aflfoires du monde i
« Le but de cette union, dirent-ils, est aussi simple que saint et salutaire. Il n^est point question de nouvelles combinaisons politiques y de changer les rapports établis par les traités précédents; mais notre alliance cdlme et constante main* tiendra la paix j et les transactions qui la fondèrent et la con^ solidèrent. Les souverains , en forant oette*augU8te union« ont adopté rinvariable résolution de ne jamais s^éeart^r entre eux ni envers les autres États de la plus strict^ observation des principes du droit des gens, qui, appliqués à un état de paix permanent , peuvent seuls garantir efficacement l'indé* pendance de chaque gouvernement et 1^ stabilité 4^ Tasso» ciation générale.
« Cest dans ces sentiments que les souverains mèneront à fln Tceuvre à laquelle ils ont été appelés ; Us ne cesseront pas de travailler à la consolider et à la perfectionner. Ils recon* naissent formellement que leurs devoirs envers Dieu et en* vers les peuples quMls gouvernent les obligent à donner au monde , autant qu'il leur est possible , l'exemple de la justice^ de la concorde, delà modération : heureux de pouvoir diriger tous leurs efforts à protéger les arts de la paix , h accroître la prospérité intérieure de leurs États , à y réveiller les sentiments de religion et de morale, trop affaiblis par les malheurs du temps. »
Le ministre de Russie Stourdza appela Tattention du con<p grès sur le réveil de Tesprit libéral et le danger des sociétés secrètes. Alors ce fut contre la Russie que se tourna A haine de la jeunesse, qui regarda depuis cette puissance comipiD Tobs^ tacle aux concessions que les princes semblaient disposés à faire. Le dramaturge Kotzebue, ancien champion des idées patrio^r tiques, qui tournait alors les libéraux en ridicule dans la Gazette de Manheim , fut poignardé par l'étudiant Sand ( 8 mars 1819 ). Ce jeune homme marcha an supplice avec la même intrépidité qu*il avait mise à avouer son crime , et il fut exalté comme vtn martyr par les sociétés secrètes, surtout par la Burch^nscha/f,
niST. DE CRKT A!<(8. -» T. II. 97
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par le litgendbund ', qui ne réclamaient plus seulement llndépendance , mais biea les libertés promises et refusées. Ces étudiants, vêtus à la vieille mode teutonique , avec un cordon blanc et noir en bandoulière , toujours munis du poignard , portaient un crâne avec cette inscription : UlHma ratio po/mlorum. Les rois en prirent l'alarme. Bientôt TAutricbe et la Prusse , réunies à Carlsbad , ikent décider par les princes que la diète était le seul interprète officiel de Tarticle qui promettait des assemblées h chaque État; qu'elle pourrait, en attendant, diriger des troupes partout où le désordre éclaterait, eiiler ks professeurs et les étudiants libéraux; que chacun des gouvernements allemands établirait une censure pour les Ums, et qu'il en serait responsable; qu'une commission extraordinaire i^égerait à Mayence pour réprimer les mouvements et ks menées libérales.
C'est ainsi que les organisations secrètes fouraissaieiit en France et en Allemagne des prétextes pour fouler aux pieds les libertés légales. On eut recours en même temps à la répres* sion morale : ne se contentant point de faire fiilminer l'ana* thème par tous ses journaux, l'Autriche détermina Pie VII à condamner les associations. Le pontife leur reprodia ( Eccksiam aJ. C.) le secret dont elles s'enveloppaient, et les accusa de conduire à Tindifférence religieuse en laissant chaeun libre de se faire une religion à sa guise; tandis qu'elles moBtraient, au contraire, un respect particulier et une préférence marquée pour la foi catholique , pour la personne et la doctrine de Jésus Christ , qu'elles appelaient « le recteur et le grand maître de leur société. »
* Le Tii^éndbund ( Ugîte de la pertu)^ dont ud de« premiers ioa* daleiiro AU te célèbre pliUoeoplie Fichte, avait beaucoup oontribué à kl guerre de ri^dépendance. La Burchenscha/l a^sài été foivlée par Hêvri Gagerti, qoi fut pfésident de rawemblée constituante allemande en 184a : cette associatioa ccatraUsa les différentes ligues d'étudiants.
AM. R
GONSTITliTIOM BSPA^GKOLB. ^35
GDNflnrrrioN espagnole. ^ insurrection de f8:o.
L'Espagne religieuse et chevaleresque, restée fidèle aux traditions du passé, avait conservé sa personnalité parmi les autres peuples. L'inIlueDce des philosophes français et la propagande révolutionnaire n'y avaient point pénétré dans les masses ni mo difié leurs sentiments nationaux ; et le pays développait à ré<-art les éléments qui lui étaient propres, lorsque Piapoléon vint le bouleverser violemment. Les Espagnols s'insurgèrent contre le conquérant au nom de la religion , de Tindépendance et du roi. Mais dans un pays où il n'y avait plus debout qu*un roi et un peuple, lorsque le premier eut disparu, il ne resta plus que le second. Une nation éminemment monarchique se trouva donc soudainement démocratique , mais dans un sens différent de celui des révolutionnaires : ce fut une eonfédér&tion de républiques qui combattaient pour le roi.
Tout en se.soulevant au nom de Ferdinand, il était évident que les autorités ne tenaient pas leurs pouvoirs du prinee; et bientôt la discussion , la publicité et Tesprit pUikosoplùque se développèrent dans la résistance. Aussi , à coté des patriotes , qui étaient le peuple et les paysans soulevés par la foi politique et religieuse , surgirent les libéraux, disciples des idées révolutionnaires, moins dirigés par la vertu ou par les préjugés, et plus spécuiatifis, décidés h séparer les nouvelles constitutiqns des anciennes, que le peuple aimait parce qu'il avait grandi avec elles. Les libéraux eom prirent que ce mouvement serait favorable à leurs idées de réforme, et proposèrent un système de centralisation pour faire oonverger les opérations des juntes isolées et des guérillas indépendantes. En consé* quence, trente-cinq députés des classes supérieures s'érigèrent en junto centrale à Aranjuez, où figurèrent en première ligne Florida-Bianca , ancien ministre de la marine., et Mflchior Jovellanos, tous deux hommes mûrs et éclairés, ftlais Tun voulait.
438 <]0llSTlTUTION BSPAÛNOLB.
oomme pendant son ministère, fortifier rautorité royale; Tautre, grand ennemi de Godo! et de la dépravation de la coor, demandait deux chambres : ce dissentiment entraîna des lenteurs et des divisions. Lorsque T Andalousie fut en^-ahie, les membres de la junte furent forcés de se réfugier à l'île de Léon, dans la baie de Cadix. Sllr la junte centrale prévalurent alors les juntes isolées) et les coftèss^assemblèrentau nom du peuple souverain. Les nobles et le clergé y siégèrent sans distinction, et l'alité h laquelle la conquête avait réduit les Espagnols s'y déploya eo même temps que la liberté. En effet, le peuple qui paraissait le plus arriéré se tfoUta le plus libre de tous; ca^ il mît dans la natioti la base de toute autorité « et se constitua pouvoir souverain jusqu'au rétablissement de Ferdmand VIL Les eorlès publièrent en 1812 une constitution fondée sur l'ancien système de la nation , et sur la nécessité de défendre rindépendance nationale, si le itoi venait à manquer; constitution en conséquence très*libérale. En tolcl les bases t La souveraineté réside dans le peuple; la religion catholique est « la seule vraie, à Texclusion de tDute autre ; » le gouvernement est monarchique ; les trois pouvoirs soiit séparés; le roi est Inviolable, mais sans la sanction absolue ; la législature ne forme qu^une seule chambre. Les certes sont la réunion de tous les députés ans par les assemblées de provinces , composées d'électeurs nommés par des assemblées de district, et ces dernières, d'électeurs nommés par dés assemblées de paraisse ; dans celles-ci , tous les citoyens ont droit de suffrage» Les électeurs de paroisse doivent être Agés de vingt-cinq ans , de même que les électeun de district ; un revenu suffisant est en outre exigé des députés aux cortès. Les députés sont nommés pour deux ans, à raison d'un député par soixante-dix mille âmes. La session des cortès est au moins de trois mois chaque année i elles votent les impôts , proposent les lois , que le roi sanctionne et fait exécuter; maiSf en cas de refus de sa part pendant deux ans, il y est obh'gé à la troisième. Le roi fait la guerre et la paix ) il nomme aux magistratures, aux évêchés^ aux bénéfices, aax commandements de terre et de mer; mais il ne peut empêcher, suspendre ou dissoudre les cortès, ni sortir du royaume, ni abdî-
INSURfilCTION DE 1830. 437
qaer, ni ftiire des alliances ou des traités avec les puissances étrangères, ni asseoir des impôts, sans le consentement des oortès, à qui appartient ia nomination aux fonctions publiques^ Les soldats ont droit d'examen et de discussion en tout ce qui touche à leur organisation. La constitution ne peut être revisée qu*avec le concours'de trois législatures successives , et par un décret qui n*est point soumis à la sanction royale.
Il est facile de distinguer la partie de cette œuvre qui , imitée de Fétranger, fut greffée par les libéraux sur les coutumes nationales. Mais la nation s'en tinta ces dernières, sans oom*< prendre le surplus ; elle ne considéra pas la constitution comme on acte politique, mais comme un fait social. La trahison de Bayonne avait disposé d*un peuple comme d'une propriété ; et ce peuple protestait, opposant au despotisme du conquérant la vo« lonté de tous , et se soulevant pour la religion , Tindépendance , et le roi. Les masses Nne comprenaient que cela , et c'est pour* quoi elles défendirent cette constitution. Quoiqu'elle parût trop libérale aux puissances étrangères, elle fut reconnue par l' Angleterre et parla Russie , qui s'en servirent contre la France.
Quand Napoléon, réduit à l'extrémité, mit Ferdinand VII en liberté ( mars 1814 ) pour retirer ses troupes de la Péninsule « ce prince rencontra à l'entrée de ses États les cortès, qui lui rendirent la couronne conquise pour lui et sans lui. « l^^ou' , « ùliez pas 9 lui dit-on , que vous la devez à la générosité
• de vos peuples. La nation ne met d'autres limites à votre « autorité que cette constitution adoptée par ses représen- « (ants. Le jour oit vous la violerez, le pacte solennel qui
• vous a /ait roi sera rompu. »
L'enthousiasme général qui accueillait Ferdinand VII comme le représentant de la nationalité, ne l'empêcha pas de repousser cette constitution; et, par Téditde Valence (4 mai 1814), Il la déclara « un attentat contre les prérogatives du ttône, com- « mis par uu abus coupable du nom de la nation. »
Le peuple avait combattu pour la religion , pour l'indépendance , pour le roi : cela obtenu , il n'avait plus rien à demander à la constitution. 11 suffit donc de ce décret pour l'abolir ; et Ferdinand aurait pu gouverner en roi absolu et faire bénir sou
43S CONSTITUTION BSPAGEIOLB.
règne, si son retour n'eût été suivi d'une réaction odîense autant qu'ingrate. Loin de réaliser les améliorations promises, il condamna a mort ceux qui , dans leurs écrits ou dans leurs disoours, avaient prêché l'obéissance à la constitution. Appuyé par les cabinets étrangers, il emprisonna, il exila,- il déporta; et sa volonté devint la loi suprême. Tout ce que l'adoiinistration française avait laissé de bien fut détruit; il persécuta pour des faits passés, refusa la liquidation des créances à ceux qui avaient réclamé auprès du gouvernement intrus; il réduisit les biens de l'inquisition à un tiers de leur valeur nominale, et suspendit la nomination des prélats , afin d'employer à l'extinclimi de la dette les revenus des sièges vacants.
Les colonies d'Amérique, qui avaient prospéré sous le gouvernement constitutionnel par l'abolition des entraves coinmer* ciales, s'indignèrent du rétablissement du despotisme; et, conservant le maniement de leurs propres af&ires; elles préparèrent de ce jour-là l'indépendance. Ferdinand VII expédia des troupes contre elles, mais sans grand résultat. Résolu à faire im eéfbrt décisif, il rassembla une armée à Cadix; mais, pour la transporter, la patrie de Gortès et de Pizarre fut réduite à acheter des bâtiments à la Russie.
Les anciens littéraux renouèrent leurs trames , mais celte fois séparés du peuple; ce n'était plus qu'une faction de citoyens, de militaires et d'employés. Un complot éclata à Valence (janvier 1819) ; mais le général Élio , qui y commandait , le réprima avec férocité. Cependant un certain nombre de soldats de ^a^ mée réunie à Cadix désertèrent faute de paye, et se fonnèrent en guérillas, tandis qu'une épidémie ravageait l'Andalousie. Toute armée est dangereuse dans un pays qui n'a à lui donner ni or, ni occasions de victoires. Celle que l'on avait réunie à Cadix conspira bientôt ; Quiroga et Riegose concertèrent sur la direction à donner au mouvement; mais O'Doonell, comte de l'Abisbal , commandant de l'expédition , qui avait été mis dans le secret , les trahit , et arrêta Quiroga ( juillet ) , qui parvint à fuir; et Riego continua à travailler l'armée. La révolte éclat,! le icr juillet ] 820, et la constitution de 1812 fut proclamée. Quiroga et Riego se fortifièrent dans l'tte de Léon , jusqu'à
IIISUBBBGTIOSr DE 1820. 4$9
ee que leur voix se fût £ait entendre au loin ; et ïarmée nationale prodama que « le$ rois appartenaient aux nations, »
Les royalistes marchèrent contre les rebelles; mais Quiroga les iHrévint en assiégeant Cadix. Ri^o s'avança à leur rencontre , répandant partout des proclamations ; mais la nation n'y répondait guère, et il fut obligé de disperser ses troupes. Ce fut alors que le général Mina ( 1820), qui avait combattu contre Napoléon, accourut^ de* France , où il était exilé, réunit une armée nationale du Nord pour soutenir la cause libérale , et mit la Galice en feu. Ferdinand promit des institutions libérales, symptôme de la gravité du péril; mais il hésita jusqu'au jour où la révolte arriva jusqu'aux portes de Madrid ( 7 mars ). Alors il déclara que, « la volonté du peuple s" et ont manifestée, « il t'était décidé à jurer la constitution (/e f 812. «
Bientôt se réunit à Madrid l'assemblée qui devait « ranimer » une nation à Fagonie, remplir un trésor épuisé, restaurer la « marine anéantie , s'occuper de l'artisan réduit à Toisiveté, du » guerrier qui, tendant la main, à la honte de ses concitoyens, a montrait les blessures qu'il avait reçues pour eux ; de ragri- « culteurqui, faute de communications, mourait de faim au « milieu de récoltes abondantes *. » La plupart des députés élus furent pris dans le clergé , dans la noblesse , et dans Tordre des avocats. Aux premiers rangs se distinguaient lé poëte Martinez de la Rosa et Toreno , homme iHstniit, politique habile , tandlë qu'Aipuento et Moreno« représentant des idées révolutionnaires^ figuraient parmi les plus exaltés. L'assemblée abolit successivement tous les ordres religieux, l'inquisition que Ferdinand avait rétablie, de même que le gibet, la censure, les majorais, les substitutions, et une foule d'abus. On rétablit plusieurs impôts introduits par le roi Joseph , et Ton transforma la dîme ecclé* Biastique en taxe civile. Mais si le principe de la constitution était national et -original , Timitition perpétuelle de la France se 'glissait dans les applications, et, chose plus regrettable < tout se faisait par l'armée ou sous son influence.
L'hostilité de TËglise et de tous les ennemis de la constitu-»
* Manifeste de la junte luprénie. . .
443 IlfSUUlBGTlOeiS BB IfAPLBS
A rannonee de ces événements , le BrésU s^ébranla à son tour, et la^^xmstitution fut proclamée à Bahia. Don Pedro persnada à son père de Facoepter (lO février 1821); et le roi, avee sa bonhomie, s'écria : « Pourquoi ne m'en a*t-on pas prévenu plus tôt? » Les n^;res le portèrent en triomphe. H«s bientôt on lui inspira des doutes, des soupçons ; et il prit le parti de ùàr en Europe, laissant une régence difficile à don Pedro, qui bientôt se trouva amené à déclarer le Brésil empire indépendant.
Jean VI étant débarqué en Europe , jura la constitution (4 Juillet), qui différait de celle d'Espagne en ce qu'elle établissait deux degrés d'élection , limitait à quarante jours la durée du vote suspensif du roi, et ne soumettait pas à sa saaction les ré» solutions émanées de la première assemblée constituante des cortès.