‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 125 sur 127 · INSURRECTIONS DE NAPLES FT DO PIEMONT · texte numérisé non relu

INSURRECTIONS DE NAPLES FT DO PIEMONT

L'imitation a sa bonne part dans les opinions et dans tous les événements de ce monde; c'est une inGrroité humaine que Ion a est ingéniée ennoblir, en disant que les mêmes circonstances font mûrir à un jour donné les mêmes semences sons des deox difTérents.

L'insurrection de l'esprit libéral dans la péninsule ibérique produisit ses effets par toute l'Europe.

En Itelie, la Lombardie et la Vénétie étaient soumises à VA» Uiche ; elle en avaitformé un royaume divisé en deux gouvernements qu'elle administrait comme les provinces héréditaires, et traitait en pays de conquête, sans constitution, sans même reUblir les anciens privilèges que la Révolution et l'empire françafi avaient abolis. Le reste de la Péninsule avait ses princes particuliers, les uns anciens, les autres nouveaux, quelques-uns temporaires; tous gouvernaient paêriarcalemenf. Les gouvernements révolutionnaires ayant supprimé les anciennes représentations, il ne restait que l'absolutisme, qui était nouveau en ce

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pays. Tant de lignes de douanes sur un territoire moreelé empêchaient le commerce, et ces échanges qui procurent la ricliesse; les avantages accordés à la concurrence étrangère étaient pour les manufactures nationales une cause de langueur. Des lois discutées, des jugements publics et h plusieurs degrés, la sûreté des dettes nationales, la modération des impôts, la liberté de la pensée, étaient des besoins vivement sentis.

A Naples , Ferdinand TV s'intitulait Ferdinand I^^ ^ eomme premier roi du royaume des D.eux-Sidles ; et le duc de Calabre, son héritier, avait été envoyé en Sicile comme son lieutenant. I^ roi, remis sur le trône par la Sainte- Alliance, dans laquelle il était entré, ne venait pas, comme Timplacable Caroline, altéré de la soif du sang : il aurait plutôt désiré faire oublier le passé, détestant tout ce qui se rattachait aux dix années précédentes , jusqu'à éviter de passer dans les rues ouvertes par les Français. Les nouveaux codes avaient apporté peu de changements au commerce et à la procédure; le divorce fut aboli, et la puis* sance paternelle fortiGée. On introdaisit dans le code pénal les crimes de lèsa-majesté divine , et quatre degrés dans la peine de mort, selon que le condamné était envoyé au supplice vêtu de jaune ou de noir, chaussé ou pieds nus; le jury fut aboli, et les juges de Taccusation devinrent en même temps les juges du procès. La noblesse y conservait tout le luxe de ses titres, mais qui n'entraînent point de privilèges; et il n'existait plus que le souvenir des anciens bras et sièges : ainsi le pouvoir royal s'y déployait dans une complète indépendance.

Un vaste pays, connu sous le nom de Tavolière de la Fouille, restait inculte, et offrait une libre pâture à de grands troupeaux sous la garde de pasteurs nomades et presque sauvages; ils y vivaient sans liens , sans famille, obéissant à leurs chefs plu* tôt qu'au gouvernement. Parmi eux s'étaient recrutés , pendant la révolution de 1799, ces bandes féroces qui prétendaient relever la foi par l'assassinat. Les Français avaient émancipé le Tavolière et distribué les terres à de petits propriétaires, qui par intérêt s'attachèrent aux étrangers. A la chute du système français, Ferdinand remit ces terres dans leur ancien état ; de sorte que les expropriés formèrent un groupe ide mé-

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contents , désireux de révolutions dans Tespoir de recouvrer ce qu'ils avaient perdu.

- I/>rsque le roi, réfugié en Sicile, demanda au parlement de cette fie de gros subsides pour recouvrer ses États de terre ferme , il le trouva récalcitrant. Alors il fit ressource des biens communaux, et mit des droits très-lourds sur les contrats. Le parlement protesta , et les chefs de Topposition furent arrêtés; mais la chance des armes ayant tourné contre lui, le roi, lorsqu*0 revint dans Ttle à la suite dîe sa malencontreuse expédition, subit les conditions qui lui furent imposées, et accepta, sous la pression de T Angleterre, la constitution de 1812»

Aux termes de cette constitution, la représentatioti nationale se divisait en deux chambres. Le roi était inviolable et les mi-» nistres responsables; du reste, libertéentière pour les personnes, pour la presse, pour les opinions, et inamovibilité pour les Juges. La loi électorale favorisait les petits propriétaires; les fonctionnaires, excepté les ministres , étaient exclus de la représentation nationale. L'organisation municipale fut largement assise. *

Mais les barons, propriétaires de la plus grande partie du territoire, se rendirent presque les arbitres du pouvoir judiciaire, grâce à leur influence sur les magistrats ; et, pour alléger leurs charges, ils refusèrent au roi des subsides dans les ciroonstanos les plus urgentes. Devenu plus fort en 18iS, le roi voulut recouvrer Tautorité illimitée. La Sicile n'était plus protégée par les Anglais, qui n'avaient plus d'intérêt à favoriser ses libertés. Les gouvernements étrangers disputaient aux peuples les institutions données ou promises ; l'Autriche redoutait l'exemple d*une constitution en Italie. Ce fut au mois d'aoAt 1S16, époque fixée par le parlement sicilien pour le recouvrement de Timpdt, que l'on profita de cette circonstance pour en dégoûter le peuple; et, grâce à la connivence de l'ambassadeur anglais Cas- Uereagh, la constitution sicilienne fut abrogée, sous prétexte que le roi n'y avait pas prêté serment. Le fait était vrai; mais il avait envoyé son fils, lieutenant du royaume, pour la jurer en son nom. Les^rières et les protestations furent vaines : la prison et Ve^il répondirent aux récalcitrants. Il resta pourtant concédé

que les impôts ne pourraient être augmentés sans ie consentement du parlement, ce qur impliquait qu'au moins il existait encore de droit.

I^s jalousies s'introduisirent dans Varmée entre les Siciliens et lesmuratistes; la conscription renouvelée accrut le nombre des brigands f qui n'avaient pas cessé d'inquiéter le royaume, surtout vers les frontières de l'État pontifical. La cbarbonnerie , devenue suspecte, proscrite, et obligée de se cacher, se recruta de gens sans aveu , et servit d'armes pour assouvir des passions privées. On crut faire merveille en lui opposant les chaudronniers ( calderari )y champions du pouvoir absolu, qui eurent pour chef le prince de Canosa , ministre de la police ; mais ses aflGliés allèrent jusqu'aux assassinats, ce qui entraîna sa destitution.

Cette secte s'était répandue en Italie, en se cachant sousdiffé* rents masques. Le bruit se répandit même qu'il s*était formé , sous les auspices du célèbre comte de Maistre, une société de san-fédistes, où figuraient des princes et des prélats <, dans l'in*' tention de réunir toute l'Italie sous l'autorité du pape , avec une constitution.

Quoi qu'il en soit, la persécution continua contre les carbo* nari ; mais les prisons se transformèrent en ventes. Les mouvements de l'Espagne firent battre les cœurs italiens ; les gou-r vemements s* en aperçurent, mais ils n'osèrent ni seconder les désirs contraires aux conventions arrêtées à Vienne, ni les étouffer en appelant les Autrichiens»

Bientôt à ISola et à Avellino quelques soldats et des carbonan se mirent à crier : f^ioent le roi et la consfitution! (2 juillet iSSO). Le gouvernement s'était défié des anciens militaires , et il reeonnut alors l'incapacité de ceux en qui il avait mis sa confiance. Au milieu des hésitations l'insurrection s'éfendit, mais sans violence ni atteinte aux propriétés. L'armée tout entière passa sous le drapeau de l'insurrection, et demanda une constitu* tion : le roi la promit. Gomme l'Espagne avait préféré la constitution de 1812, à ce seul titre qu'elle avait été reconnue par les puissances , les Napolitains aussi auraient £ait sagement de s'en tenir à la constitution sicilienne, qui avait eu la sanction de

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