‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 126 sur 127 · INSUBBECTIONS DE NAPLES · texte numérisé non relu

INSUBBECTIONS DE NAPLES

TAngleterre, et qm aurait prévenu tout désaccord entre NapleseC la Sicile. Mais les libéraux à la française avaient jeté les hauts cris contre la noblesse; on repoussa donc le statut sicilien : et le temps manquant pour en discuter un autre , on adopta la constitution d'Espagne. Alors ce furent des applaudissements et des fêtes comme pour une victoire : le général Guillaume Pepé entra en triomphe dans la capitale , à la tête de l'armée constitutionnelle; les habitants se parèrent des couleurs de la char* bonnerie (rouge, noir et bleu), et Ferdinand jura solenndlement la constitution, en appelant sur sa tête les foudres câestes, s'il manquait à sa parole.

■ Mais il est aussi facile de faire une révolution en Italie qu*II est malaisé de l'organiser. Les dissentiments éclatèrent dès le premier jour : les uns n'entendaient la liberté qu^à la manière des jacobins; les autres voulaient fractionner le pays en autant de gouvernements que de provinces , pour en former une confédération; ceux-ci voulaient la loi agraire, comme ils Tavaient étudiée sur les bancs de l'école; dansTarmée, les vieilles jalousies étaient ranimées par des prétentions nouvelles , chacun voulant y obtenir le même grade qu'il avait dans les ventes : ainsi tous voulaient commander, personne n'entendait obéir. La Sidle se souleva aussi (14 juillet >, mais non pas pour donner la main à Naples : l'indépendance fut proclamée au contraire à Palerme, où le peuple en fureur se livra à des excès , et fit même couler le sang; plusieurs personnes Turent tuées, entre autres les princes Catolica, Patemo, et Conto. Ailleurs on voulait la constitution napolitaine; et il en résulta que les deux vallées de Pa^ lerme et de Girgenti se levèrent en armes contre les autres.

Ce fut alors que l'on apprit que la cour de Vienne avait refusé de recevoir l'ambassadeur constitutionnel de Naples. EHe lit plus ; car elle déclara à la diète germanique et aux princes éPh talie Fintention d'intervenir à main armée, et d'assurer à ces derniers llntégrité et l'indépendance de leurs £tats.

Ferdinand adressa aux cours alliées une note, dans laqudle il dit, en défendant ce qu'il avait fait : « Le roi, libre dans son « palais, an mHieu du conseil de ses anciens ministres, a résolu • de satisfaire au vœu général de ses peuples. Il ne conviait

ET DU PliMONt. 447

« pas aoz oalnnetB de mettre en problème si les trônes seraient « mîeiix garantis ou par l'arbitraire, ou par le système oonsti* « rationnel. Conformément à Tartide secret de la eonventicm « faite arec l'Autriche au moment de la restauration , les obit* •i gâtions prises ont été remplies. Désormais, le roi et la nation « sont résolus à défendre jusqu'à la fin l'indépendance du « royaume et la constitution '. »

On ne croyait pas que l'Autriehe osât jamais mettre à exécution des menaces qui pouvaient retomber sur sa ,téte. Mais le grand mal Tenait de l'intérieur^ où le parti dominant entra* ▼ait tout: il distribuait l'éloge ou l'infamie, molestait pour des opinions, des actes passés; Punique liberté consistait à parler comme lui , et l'unique loi était sa volonté. Les élections de Sicile donnèrent un tiers de nobles « un quart de prêtres ; à Napies, aa contraire, le parlement se trouva composé de six nobles, dix-neuf prêtres, treize propriétaires, douze magistrats, autant d'hommes de loi , huit militaires , six médecins, six fonctionnaires, deux négociants, et un cardinal. Dans son discours d'ou^ verture, le roi déclara qu'il « considérait la nation comme une famiik, dont il connaissaii les besoins et désirait satisfaire les voeux. ^ Mais le parlement se mit à élaborer des innovations mal conçues , et trouva en face de lui l'assemblée générale de la charbonnerie, plus forte que le gouvernement luimême. Une armée fut envoyée en Sicile, sous les ordres de Florestan Pepé (octobre ), pour ramener à l'obéissance les deux vallées qui, par leurs jalousies invétérées, voulaient la séparation. Les Palermitains, qu'il bloqua dans leur ville, se décidèrent à traiter ; mais le gouvernement napolitain rejeta les conventions , et envoya le général Colleta , historien de celle révolution , pour en finir parla rigueur, ce qui ne fit qu'irriter les esprits.

Tous les libéraux étrangers avaient les yeux fixés sur l'Italie , toute frémissante alors d*espéranees. Les uns offraient de l'argent, d'autres leurs personnes et leurs épées. On applaudissait, soit

* Noie envoyée par le ministre des afTalres étrangères , au nom du roi des Deux-Sidles, à toutes les cours de PEarope.

44S 1NSURBSCTIONS DE NAPLES

par la presse, soit par la tribune, à une révolution accomplie san troubles et sans effusion de sang , où le roi et le peuple agissaient d'accord, et dans laquelle le monarque n'avait fait qu'étendre sa propre famille. Les gouvernements absolutistes n'en redoutaient que plus la contagion , et le prince de Metternich déclara à Tambassadeur napolitain ique Tunique moyen desalut pour le royaume était de rétablir les choses sur Tancien pied ; que les hommes bien pensants devaient aller trouver le roi, pour le supplier d'annuler tout ce qui avait été fait; que s*il en était besoin, cent mille Autrichiens iraient les aider à étouffer la révolte. Mais r Angleterre voyait d'un œil jaloux Tintervention autrichienne; la France sentait bien que c'était lui enlever l'influence que lui assuraient des liens de parenté : cette puissance s'interposa donc, en promettant que les alliés ne s'opposeraienfpoint à la révolution , si l'on consentait à substituer la constitution française à celle d'Espagne. Mais on persista à vouloir une chambre unique, une députation permanente, et la sanction forcée du roL

L'alliance perpétuelle des quatre puissances constituait une espèce de direction suprême pour les affaires internationales de l'Europe; son but était toujours de prévenir tout changement même intérieur, dans les différents États, qui pât meoicer les institutions monarchiques. Effrayés par tant d'indices de mécontentements , et par cette espèce d'incendie constitutionnei qui se propageait, les cabinets se persuadèrent que la tranquillité européenne était compromise. Le roi de France crut de son côté l'occasion bonne pour reprendre quelque influence; et il proposa un congrès , qui se réunit en effet à Troppau ( 13 octobre). Le roi de Naples entra en correspondance avec cette assemblée, et demanda au parlement l'autorisation de s'y rendre, comme médiateur de la paix entre l'Europe et son nouveau gouvernement. Le peuple s'opposait à ce voyage; mais le prince renouvela ses serments h la constitution avec tout l'épanchement de la sincérité, et on le laissa partir au milieu des bénédictions (décembre 1820 }.

L'empereur Alexandre s'était montré l'ami de la liberté des peuples, au nom de laquelle il avait combattu en 1814, non moins qu'opposé aux froids calculs de l'é^oïsme qui devaient

ET DU PIBMONT. 4*19

prévaloir plus tard : ce prince, qui avait fait donner la charte à la France , trouvait alors, sous Tinspiration de Capo-d'Istria , que les Napolitains étaient dans leur droit , et répugnait à leur faire violence. Mais lorsqu*il fut assis parmi se^ alliés , la politique de sentiment eut affaire aux subtilités de la politique positive. Mettemich , Tâme de tous ces congrès, prit bientôt sur Tesprit d'Alexandre une grande inilûence , et sut lui persuader que la paix de TEurope était en péril. Alexandre devint de ce moment hostile aux constitutions , et se crut appelé par la Providence à défendre la civilisation contre Tanarcbie, comme il Tavait défendue contre le despotisme.

Dans ce congrès on s'arrogea le droit d'intervenir à main armée dans les affaires intérieures de tout pays ; toutes les révolutions possibles furent considérées comme des attentats contre les gouvernements légitimes. Les peuples durent se tenir pour bien avertis de ces dispositions. Il est vrai que les États-Unis protestèrent mntre toute intervention dans les différends entre TEspagne et ses colonies ; il est vrai aussi que TAngleterre s'opposa à ce que l'on se mêlât des affaires de Naples et d'Espagne, attendu que les hautes puissances lui paraissaient s'attribuer une suprématie nouvelle , incompatible avec les droits des autres États , et former par là une confédération répressive. Mais tandis qu'elle se faisait un mérite envers les peuples de cette générosité apparente, lord Gastlereagh, alors ministre, encourageait l'Autriche à étouffer le mouvement de Naples , a la condition qu'elle agirait eu son propre nom et avec un désintéressement absolu.

L'Autriche chanta donc victoire, et, dans une circulaire qu'elle rédigea d'accord avec la Prusse et la Russie, elle an* nonça que son armée allait se mettre en marche pour appuyer les vœux des bons Napolitains et rétablir l'ancien ordre de choses ; et que si elle éprouvait des obstacles , la Russie ne tarderait pas à se joindre à elle.

Tandis que t>n convenait ainsi de mettre le pied sur toutes les révolutions qui pourraient éclater, les constitutionnels professaient un système opposé, ne voulant pas s'immiscer dans les affaires des autres États, et désireux de se justifier en face

ou»

450 INSUBBECTIONS DE NAPLES

de l'Europe par le calme et la modération; à ce point quMIs refusèrent de donner la main à d'autres pays de l'Italie , d'accepter même Bénévent et Poote-Corvo, disposés à se soulever contre la domination papale.

Cependant arrivent de Laybaeh , ou s'était transféré le congrès , des lettres menaçantes des trois princes alliés et du roi Ferdinand. Celui-ci annonçait la volonté de détruire un gouvernement imposé par des moyens criminels, de donner au royaume des institutions stables, mais selon son bon plaisir; et, une fois rétabli dans la plénitude de ses droits, de fonder pour l'avenir un gouvernement fort et durable , oonfbrme aux intérêts des deux peuples réunis sous son sceptrp.

Le parlement repoussa ces prétentions, dictées à un roi qui ne jouissait pas de sa liberté, et accepta la déclaration de guerre. Chacun s'arma avec ardeur, jusqu'aux parents et aux amis du roi, jusqu'au prince de Salerne, son fils; les vétérans recoururent volontairement sous leurs drapeaux , qui leur rappelaient les succès passés ; les jeunes gens y furent poussés par leurs mères , par leurs femmes , par l'exemple ; et cinquantedeux mille iiommes furent bientôt réunis. On répara les places fortes, des guérillas s'apprêtèrent, les côtes furent mises en état de défense: on défendit toutefois d*armer en course et de franchir les frontières , pour ne pas encourir le reproche dagressiou. Une armée florissante et en bon ordre prit donc , sous le commandement de Carascosa, la route de Rome, entre Gaéte et les Apennins^ par où il était le plus probable qut les Aulri» chiens arriveraient; Pepé fut chargé de défendre les Abnizzfs à la tête de recrues en désordre et mal équipées. Par malheur ce fut précisément de ce côté que s'avancèrent les ennemis, et Ferdinand à leur suite. L'armée constitutionnelle était de formation nouvelle ; la discipline y était faible, comme il a^ rive d'ordinaire dans les temps de révolution ; elle manquait d'approvisionnements, tant eu vivres qu'en munitions; ses opératioDs d'ailleurs furent entravées parla condition de respecter les frontières del'Ëtat romain. Cepeudaut Pepé, dans l'espoir d'un succès, marcha contre l'ennemi près de Rieti ( 7 mars 1831 ). Après quelques heures de combat, forcé à la retraite , son corps

ET DU PIBHONT. 461

d*armée^ composé presque entièrement de gardes nationaux,, se débanda, et les Autrichiens occupèrent Antrodoco et Aquila, les portes du royaume.

Dans cette extrémité, le parlement s'adressa au vieux roi, en le suppliant « de paraître au milieu de son peuple , et de manifester ses intentions paternelles sans Fintervention de l'étranger, aGn que les lois nationales ne fussent pas souillées de sang. » Biais les envahisseurs ne s'arrêtèrent pas, et ils firent leur entrée à I<îaples ( 24 février).

Comment ce peuple vif, bruyant, exempt de besoins, qui fie plaît au spectacle de la mer et de sonibeau ciel , et qui fait consister la liberté dans un doux loisir, aurait-il compris cette métaphysique libérale qui commençait par un mensonge , et dont les conséquences s'arrêtaient à moitié chemin? Puis les révolutions poussent inévitablement à la surface d*un pays une portion fangeuse , qui est toujours la plus active ; ajoutez-y tous ceux qui se font du mot liberté un talisman pour arriver à dominer. Pendant la courte durée du parlement , il s'était produit toutefois un certain nombre d'orateurs et quelques penseurs sérieux ; on y entendit des propositions sages ; les deniers publics ne furent pas lapidés; on vit même plusieurs membres du gouvernement réduits à s'en aller à pied», et a recevoir les rations des Autrichiens pour gagner les pays où on les reléguait.

C'est une insulte gratuite que d'accuser de lâcheté les troupes napolitaines : elles avaient combattu courageusement à Toulon «t^A Lombardie dans les commencements de la Révolution ; si «Mes furent battues en 1798, ce fut par la faute du général Alack , Allemand incapable, et qui se confiait trop dans des recrues, tealgré 4es avertissements de CoUi et de Parisi. Lorsque l'armée se fut enfuie et que les forteresses eurent cédé, le peuple et les lazzaroni eussent tenu tête au général Championnet, sans les défections de leurs chefs. Les siégesde Gaëte et de Civitelladu Tronto en 1806 , les brigands de la Calabre et les tentatives royalistes de la Sicile , firent payer cher aux Français la conquête du royaume. PJus tard, les Napolitains réunis à ces derniers se battirent vaillamment en Espagne et en Russie. Pour-

453 INSURbECTTONS DE ftAPLES

. quoi se seraient-îls montrés lâches à Antrodoco seulement? 11 ne faut pas oublier que la jalousie des royalistes avait fait écarter du service un grand nombre d'anciens ufOciers, et que les gouvernements successifs avaient sans cesse introduit de brusques changements dans la discipline et dans la tactique. -Ainsi l'armée napolitaine avait été organisée à l'espagnole jusqu'en 1780 : on voulut alors la reconstituer, en empruntant ù la fois quelque chose aux deux tactiques prussienne et française ; on fît tout à la française sous Murât ; enfîn , lorsqu'elle fut réunie à l'armée^ de Sicile, le système anglais succéda ; et ces continuels changements furent autant d'épreuves fâcheuses pour cette armée.

On avait cru d'ailleurs qu'une révolution tout intérieure et unanime n'aurait pas à recourir aux armes ; le peuple répétait dans ses chants que sa plus grande gloire était de n'avoir pas coûté une goutte de sang. On voulait, en restant désarmé, montrer toute sa confiance dans une cause sainte , et éviter tout prétexte d'intervention , en ne donnant pas lieu de craindre une invasion au dehors. De là cette précipitation à s'anner quand le péril se fut manifesté; puis l'insuffisance des approvisionnements, les jalousies, l'inexpérience d'un gouvernement nouveau en face d'un ennemi déterminé , et bien appuyé sur ses derrières , suffisent certes pour expliquer les défaites qu on éprouva , sans les imputer à des trahisons, et encore moins à la lâcheté.

La Sicile subit le même sort que Naples ; Messine succomba la dernière , et l'occupation autrichienne s'y prolongea longtemps. Alors vinrent les persécutions, les juntes d'enquête; Canosa, redevenu ministre de la police, exerça une inquisition implacable : la bastonnade fut appliquée publiquement; il remplit les prisons, et les espions pullulèrent; des bandes se formèrent dans les provinces, et cette restauration absolutiste fiit aussi prodigue de sang que la révolution en avait été avare. Parnn' les militaires , beaucoup perdirent leurs grades, d'autres furent jetés dans les forteresses autrichiennes; et le roi prit à sa solde dix mille Suisses, à des conditions exorbitantes. On crut mettre la pensée en quarantaine en frappant de droib

ET DU PlÉMONt. 453

énormes les productions de la presse étrangère : oe qui ruina le commerce de librairie , jusque-là très-florissant.

Ferdinand, redevenu absolu, décréta que Naples et la Sicile, obéissant à un seul roi, seraient administrées séparément, chacune avec ses impôts, sa justice, ses Gnances et ses employés particuliers ; et que les lois et décrets seraient examinés par des consultes séparées à Naples et Palerme. Il mourut au commencement de 1835 , après soixante-cinq ans de règne.

La révolution de Naples ne serait pas tombée si vite , si elle eût marché d'accord avec celle du Piémont. Les idées du temps s'étaient aussi répandues dans ce pays , irrité de Fentétenient du roi à faire revivre le passé <. La confiance publique et la Bonne administration avaient cessé à la fois. On avait laissé la féodalité se relever, et les employés inutiles pulluler; de façon qu'il y avait) h côté des habitudes à la française, la résistance à toute innovation : pas d'hypothèques , de réformes adminis* tratives, pas de hiérarchie judiciaire ; des juges mal payés, forcés de prélever sur les plaideurs un salaire légal , auquel s'ajoutait un supplément illégal de longueurs et de corruption. Les or* donnances royales s'immisçaient dans les affaires privées, pour imposer des délais ou des transactions aux créanciers , pour suspendre les procédures contre les banqueroutiers, pour casser ou altérer les contrats, pour revenir sur des causes déjà vidées. Ajoutez une noblesse de cour privilégiée, une police arbitraire, une armée dispendieuse autant que mal disposée à ce qu'il y a de plus difficile , c'est-à-dire à passer rapidement de l'état de paix à l'état de guerre. Il ne restait plus de barrière au pouvoir absolu ; on avait laissé tomber jusqu'au droit qu'avait le sénat d'enregistrer les édits royaux, au point qu'un ministre put dire : « Ici il y a un roi qui commande, une noblesse qui l'entoure, et un peuple qui obéit. »

Le roi Victor-Emmanuel , tout entêté qu'il fût à regarder conune non avenus les vingt ans de domination française,

■ L'édit du 21 mai 1814 abolit toutes les ordonnances émanées des Français , sauf celles qui concernaient les imp^^ts. Les constitutions de 1760 furent remises en vigueur.

454 INSUftBBCTIOHS DE NAPLES

montrait pourtant des intentions si bienfaisanies, qu'il éuît respecté de tous ses sujets. On savait que ses ministres aTaient déjà élaboré un statut inspiré par de nobles et larges pensées, et que s'il n*était pas mis à raéèution , il fallait s'en prendre à TAutriche, dont le voisinage paraissait blesser Tindépendance du royaume.

Et, de fait) depuis que 1* Autriche avait réuni FÊtat vénitien à la Lombardie^ et établi des souverains de son sang à Panne, a Modène, en toscane, le Piémont, malgré l'acquisition de Gênes, n*élait plus l*État prépondérant en Italie. Gènes, au contraire, raffoiblissait plutôt : car ses patriciens haineux regrettaient lenr vieille domination ( les gens éclairés souffraient impatiemment Tabsolutismet le peuple se rappelait Tépoque républicaine, où il ne payait point d^impôt. Et comme il y avait à défendre la ville moins contre Tétranger que contre les citoyens, il était besoin pour oelà de plus de soldats q|ie n*en fournissait TÉtat génois.

Les esprits généreux caressaient donc le rêve de refoulor l'Autriche au delà des Alpes, et de mettre le Piémont à la tête de ritalie r^éoérée. Ces idées étaient entretenues par le bnut répandu que l*Autriche voulait forcer le roi à recevoir ganûson allemande, et à prendre part à la guerre contre Naples; on lui prêtait même le dessein de mettre la main sur le royaume par un mariage, au détriment de riiéritier présomptif, le prince de Carignan.

L'exemple devint contagieux aussi pour le Piémont : on en vint à parler tout haut d'indépendance menacée, de eonstitutioo, d'unité italienne; et les sociétés secrètes nouèrent des intelUgenoes avec celles du Blilanais. L'occasion parut belle a saisir quand les Autrichiens » qui couvraient la frontière , préis à étouffer la première étincelle, se mirent en marche sur Naples. A coupsûr, se disait-on, les héros populaires tiendront longtemps tête à l'ennemi ; les monts sont les barrières de la liberté, et les brigands même qui s'y retranchent sont indomptables. L'insurrection , pendant ce temps, s'étendra sans obstacles dans le Piémont; Milan la secondera; la Romagneet les petits États ne tarderont pas à suivre, et toute l'Italie supcrietwe se trouvera

ET DU PIEMONT. 45â

constituée avant qoe les Impériaux ffuissent revenir ponr Fatta* quer. La France elle-même fevorisera , au moins sous main, le mouvement des Italiens; car il est extrêmement important pour elle que TAutriche n'entre point à main armée dans un paya aussi rapproché de sa frontière.

Mais quelle constitution adopter ? Celle d'Espagne , de France, ou d'Angleterre ? Pourquoi ne savait-on qu'imiter toujours , au lieu d'asseoir rédiflee sur des bases historiques et nationales ? Pour décider du choix, on députa trois émissaires h la vente àe Paris, où se groupaient les libéraux d'Espagne, les radicaux d'Angleterre, les carbonari d'Italie : ce fut la constitution espagnole qui eut la préférence. Mais le gouvernement français en prit ombrage, et il en donna avis au gouvernement piémontais, qui fit arrêter au retour le prince de la Cestema, et tint dans sa main tous les fils de la trame. Mais la résolution lui manqua pour les rompre ( d'autres les renouèrent; il en résulta des retards et des ressentiments.

Tandis qu'à Turin les hésitations du prince de Carignan ar^ relaient tout, la révolte éclatait parmi les militaires à Fossano et à Alexandrie (10 mars). Bientôt le cri Italie ! est dans la bouche de tous les soldats ; ils répètent qa'il est temps d'affranchir le roi de la dommation de l'Autriche; et l'armée entre dans Turin au cri de Five la cùnsiiiution! mort auw Mlemandê! La procla^ mation du général Santarosa était conçue en termes respectueuse pour le roi. Elle exprimait le désir de le mettre en état de suivre les mouvements de son oœur vraiment italien, et de donner à son peuple les moyens de faire oonnattre, avec une honnête liberté, ses voeux au chef de l'État, comme il convient entre un père et des enfants. Le roi, qui savait la déclaration de Troppau , et la résolution des souverains alliés, exposés fermemeot à toute innovation, déclara qu'il n'autoriserait rien qui pât fournir aux étrangers un prétexte pour envahir un pays qui lui était cher; et, fidèle à sa résolution, il descendit loyalement d'un trône qu'il ne voulait pas souiller par le parjure.

Le duc de Gênes, héritier de la couronne, se trouvait alors h Modène; il désapprouva aussitôt la constitution, et qualifia de rébellion totite atteinte portée à la plénitude de l'autorité royale.

456 INSUBBBGTIONS DE NAPLE8

Cbarles-Albert, prince deCarignan, queVrctor-Efiiinaiiiiel aTÛl créé régent du royaume après de longues hésitations^ avait juré la constitution espagnole; mais il n'avait pu se résoudre à déclarer la guerre à TAutriche , à convoquer les collèges électoraux, ni à accepter les offres des Lombards : il avait aussi laissé échapper le moment décisif. Dès qu'il eut appris la déclaration du nouveau roi, il ne crut pas pouvoir demeurer parmi ses anciens compagnons ; et, impuissant à maîtriser la révolulimi, il se retira vers Tarmée royaliste, que le comte Sallier de la Tour avait concentrée à Novare. La Lombardie , soit hésitation des cliefe, soit dé&ut de concert, ne répondit pas au mouvement de ses voisins ; la Savoie se déclara aussi pour le roi. La discorde se mit parmi les libéraux eux-mêmes, les uns voulant la constitution française, les autres celle d*Espagne; ceux-ci se déclarant unitaires, ceux-là fédéralistes. Bien qu'ils eussent proclamé rindépendance nationale comme étant leur premier bot, ils adoptèrent une constitution étrangère, afin de pouvoir tout au moins offrir im symbole au pays. Vnejtmte de kt/édération Uatienne f qui s'était constituée à Alexandrie, décréta que le souverain du Piémont régnerait sur toute l'Italie , et déclara la guerre à l'Autriche; elle inscrivit sur ces drapeaux : Royaume d^ Italie, indépendance italienne! Santarosa, ministre de la guerre, chercha à réveiller le courage du parti par Tespoir d'oo succès ; mais la défection de Chailes-^Albert, le bruit de la défaite des Abruzzes, et la nouvelle que cent mille Russes s'avançaient des frontières de la Volbynie pour rétablir les rois de ?iaples et de Sardaigne , détruisirent toute illusion. Déjà les royalistes et les Autrichiens s'étaient mis en marche , dirigés par le général Bubna, qui en Lonbardie avait participé peut-être aux trames et positivement aux espérances des carbonari. Un engagement eut lieu près de Novare (8 avril 1S21) , et la révolution y trouva son dénoûment.

En Lombardie s'était organisée aussi l'association de lafédération italienne; elle devait servir de centre aux populations insurgées. Déjà elle avait préparé une garde nationale et une junte de gouvernement, « afin que l'impulsion pût partir plus immédiatement et avec plus de vigueur de Milan, centre

de l'autorité, pour travailler les autres provinces. » Dès que Tarmée piémontaise aurait passé le Tésin, Milan, Brescia, les vallées et les ciampafines devaient se lever à ce signe, s'emparer des caisses et des places fortes , entre autres Peschiçra et la citadelle d*Anfo ^ Le vice-roi avait eu si grand'peur, qu'on Tavalt vu déménager ses meubles et vendre sa vaisselle. Mais la rapidité des événements, le défaut d'accord, l'hésitation des cheft du mouvement, les craintes que Turin avait eues, dans le premier moment, de perdre son rang de capitale , firent que la Lombardie ne bougea pas; il ne lui resta plus qu'à subir ce martyre sur lequel Pellico a lait verser tant de larmes. Alors commencèrent ces procès où l'accusé se trouva livré à l'arbitraire d'un juge spécial, sans défenseur, sans qu'on lui mît sous les yeux ni Jes interrogatoires ni les dépositions des témoins. D'un interrogatoire à l'autre, il restait des mois entiers dans la solitude d'un cachot. Parfois il arrivait que l'un de ces juges, qui avaient pour chef Salvotti, prenait le masque de la bienveillance, et disait à l'accusé : « Voyez , votre sort est dans mes mains. Ici nous ne sommes pas dans un pays où la publicité compromet tout. Avouez ce que du reste nous savons déjà, et l'empereur vous fera grâce. Si vous vous obstinez à nier, il dépend de moi de vous perdre, de vous déshonorer, de dire que vous avez tout révélé, que vous avez trahi vos compagnons, et de tourner contre vous cette opinion publique qui vous tient tant au cœur. •

Beaucoup ne purent résister à de pareils artifices, et, soit gé* nérosité, soit en vue de disculper leurs amis, soit pour repousser une accusation , ils se laissèrent aller à de petites concessions qui en amenèrent d'autres ; et on put recueillir assez de révéla-

' Ce sont les expressions de récrit intitulé la simple Vérilé, opposée aux mensonges de E. Misley dans son libelle : L'Italie sous la domination autrichienne , p. 30. Ce livre, écrit par le fameux juge Zajotti , alfinne qu'au Heu de huit mille persoDues arrêtées , il n*y en eut que soixante-quatorze. La sentence du 21 janvier 1824 donne comme chef le comte Frédéric Confalonieri, qui resta prisonnier au Spielberg jusqu'en 1837, en sorUt à la mort de François r*", et vécut jusqu^en décembre fS46. A ces faits, outre Pellico, nous renvoyons aux ouvrages de Maroncelli , de Frigani , d'Andryane , de Parraviclni, et autres. ( C. C.)

468 INSUBHBGTIONS DB 1IAPI.B8

tioDS po!i¥<MHulaiiiiier bfooeoap de patriotes au maître tiop fameux du Spielberg. Ud seul fut déclaré ianooent « d'aiAres renvoyés pour défisiut de preuves, ce qui les jeta daBs la pfans déplorable position ; car, tandis que le pouvoir oontiaiiaît de les tracasser pour justifier les poursuites dont ils avaient été l'objet, le publie ( trop souvent compHee de ses maîtres) leur 6t un crime de ce qu'ils avaient été absous; il aceueiUail les sônstres insinuations que la police répandait sur leur oomple ; et il finit par voir des ennemis dans oeux que le gouvcnenant autrichien poursuiviHt de ses colères.

Les États pontificaux étaient aussi travaillés par les sociétés secrètes. Quand le gonvemeoient eut repris de la fone, il fit beaucoup d'arrestations. On mit en prévention quatre cents personnes, dont un certain norab^ furent oondamnéesà ta peine capitale, qui fut commuée toutefois en réclusion. Mais r^hafirad fut dresséà Modène. A Florence, le grand-duc necaput pas nécessaire d*y avoir recours, parce qu'il n'avait pas en peur, indépendamment de ces misères, et des exils et des longues suspicions, les libéraux firent les afEaires de T Autriche, qui vU son vœu s'accomplir; car elle put étendre sa surveillance et pieapie sa domination sur toute l'Italie , où eUe mit obstacle à tous mouvements comme à tout progrès, au moyen d^une armée d'occupation'.

A la nouvelle de ce prompt succès, les souverains alii^ déclarèrent « qu'il ÊOlait bien moins l'attribuer à des hommes qiui avaient fiiit mauvaise contenance au jour du combat, qu'à la terreur dont la Providence avait firappé les consciences criminelles; » et, protestant de leur jnsttce , de leur désintéressement, ils annoncèrent à l'Europe qu'ils avaient occupé Naples et le Piémont, « ce qu'ils présentaient comme une garantie eootre les tentatives des perturbateurs. » TIs informèrent leurs ambassadeurs près de toutes tes cours, que « le principe et l'objet de leur politique était de défendre ce qui avait été légalement institué, contre les efforts d'une faction qui prétendait tout ré-

' L'occupation anlriehlenae ooMa au royaume de Naples anxaaledoDM millions de daeafs.

BT DU PIEHONT. 4d9

duireà tmé ^alité chimérique. » Ils déclarèrent bien haut que « les diangemeots nécessaires dans la légistatioa ou Tadminis* tration des États ne devaient émaner que de la libiw Tolonté de ceux que Dieu avait faits dépontaires delà puissance'. » Cest ainsi que les souverains se posaient en gardiens et en dispensateurs uniques de la vérité, de la justice et de liberté. La France n'avait pas eu voix au congrès, parce qu'elle avait hésité , et de ce moment avait perdu la confiance de la Russie ; l'Angleterre s'était volontairement tenue à l'écart.

Cette fermentation révohitionnaire sur tant de points à la fbis indiquait bien que la plupart des peuples sympathisaient pour la même idée, et que la civilisation devient homogène en se pronageant : d'où r^ulte la conscience d'une unité morale, en dé[rat des diverses formes de gouvernement. Mais ce qui leur manqua, ce furent des chefs ayant à la fbis le respect du passé et llntetllgence de l'avenir. Aussi la forcé organisée Dbtint*elle une prompte et fadie victoire. Les libéraux , vaincus sur tous les points , se réfugièrent en Espagne. Des Allemands , des Polonais , des Napolitains, des Piémontaîs, des Lombards , firent retentir les rives de l'Elbe et de la Bidassoa de chants patriotiques dans des langues bien différentes ; et ces vaincus de toutes les révohitions versèrent, sous un même drapeau, leur sang pour une cause dont ils désespéraient, mais qui était leur cause à tous.

Tous les regards de l'Europe s'étaient donc reportés sur ce pays, qui promettait de renouveler les efforts de courage et de persévérance qui sont comme le tempérament de ce peuple ) mais les passions s'y réveillaient aussi , et la discorde était à leur

* Dédaration au nom des cours fTÀuMehe, de Prusse et de Éussie^ à la el6ture da codgrès de Laifbach; Circulaire aux ministres des irais cours. — Pour les actes officiels, vojez Lesttr, Annuaire. Voyez aussi Capefigue, Diplomates européens, p. 41 et 42. JJ démontre que la France s'opposa à l'occupation du Piémont, « car la France ne pourrait souffrir les Autrichiens sur les Alpes. Tous ces actes de cabinet, toutes ces proclamations qui suivent la tenue d'un congrès, étaientspécialement ToBUvre de M. de Mettemidt. » Chateaubriand , dans son Congrès de Vérone , fait l'éloge du cardinal Spina , qui , en qualité de chef de la l^ation pontificale, s^opposait à Tinvasion autrichienne. (G. C. )

460 INSUBBKCTIONS DB NAPLES

suite. La cause de la liberté y était moins eomprbmîse par les descamUados que par les serviles , et on y commettait plus d'attentats, le crucifix au poing et le cantique à la bouche, qu'au chant de la Tragala. En ouvrant les oortès de 1821, le roi prononça un discours très-différent de celui qui avait été concerté avec ses ministres : il y énumérait les outrages qu'il avait reçus; puis, sortant brusquement, il congédia son ministère et forma un autre conseil. Une pareille rup* ture vint rendre courage aux ennemis de la constitution comoe à ceux du roi ; car elle encourageait les uns à Tabsolutisme, les autres à la licence. Les premiers dominaient dans l'Anda' lousie et dans TEstramadure. Le curé Mérino, dans la Castille , la société des Martelli à Madrid, promenaient la terreur dans les campagnes, et s'y faisaient les agents d'une justice arlitraîre ; d'autres sociétés secrètes bravaient de même l'autorité, notamment celle des Communerosy qui avaient dans chaque village le tour y dans chaque province la merindad; et l'exercice immédiat de la souveraineté populaire remplaça le pouvoir représentatif. Morillo, de retour d'Amérique, mit ses efforts à défendre os fantdme de gouvernement. A ce moment la fièvre jaune défastait la Catalogne, l'Andalousie, l'Aragon. On avait enlevé le commandement de cette dernière province à Rîego, sans rendre publiques les preuves d'une conjuration dont on le disait le chef. Il en résulta que Cadix et Séville refusèrent obéissance au roi , qui se vit alors obligé de rappeler les cortès. A peine réunie, l'assemblée prit à tâche de réglementer la presse, le droit de réunion, et de refréner la démagogie. Le portefeuille des affaires étrangères fut donné à Martinez de la Rosa ( février 1833) ■, ministre modéré, qui retarda la chute du pouvoir constitutionnel, et le tint quelque temps suspendu sur l'abîme qu'il ne pouvait fermer. L'énergie des exaltados s'accrut de la faiblesse de leurs adversaires : Kiego devint le chef, et Mina le héros de ce parti. Ce qu'on trouve de caractéristique dans cette époque de fermen-

■ Le niinUlère se trouva ainsi , à la même époque , oonlîé dans trois grands Étals à trois littérateurs, Martinez de la Rosa, Clialéaabriaiid, et Caiming.

talion, c*est un mélange tout particulier d'anciennes idées nationales et d'emprunts faits à la convention française. On eût pu se croire au temps de Torquemada , quand les attentats contre la religion furent assimilés à ceux contre la constitution ; on eût pu se croire aux jours de la terreur, lorsqu'il fut décrété que les accusés seraient traduits devant un conseil de guerre, ju;;és dans les six jours, et exécutés, sans appel m grâce, dans les quarante-huit heures; quand Mina détruisait tout un village, et qu'il y inscrivait : « Peuples, apprenez à ne pas donner asile aux ennemis de la patrie l • C'est ainsi qu'on allait du despostisme à l'anarchie, avec un peuple sanguinaire , un roi avili qui courbait la tête sous les outrages d'une démagogie sans frein.

£nGn la guerre civile éclata , et le gouvernement donna la main aux royalistes, dont une bande avait pour chef Quesada. Une autre, commandée par le Trappiste t qui nsarcha à sa téta le crucifix à la main , s'en alla prendre la Seu-d*Urgel ( 23 juin 1832), et les cris de yive le rai absolu l rendirent la joie h Ferdinand ; mais il n'eut ni le courage de vaincre , ni la fer* meté qui se résigne à la défaite. Dans Bf adrid même, les deux partis en vinrent aux mains : Morillo défendait l'ordre , Riego (7 juillet) la révolution ; et Ferdinand n'avait plus que le titre de roi. Un gouvernement royaKste, qui siégeait à la Seu-d'Urgel, accomplissait, d'un autre côté, une contre-révolution, et entreprenait de gouverner « pendant la captivité de Ferdi-* nand Vil; » mais les membres de cette junte, bientôt expulsés par l^Iina ( septembre ), se réfugièrent en France.

Au milieu de tous ces revirements , les souverains alliés se déridèrent à tenir un nouveau congrès à Vérone , où se réunirent tous les rois de l'Europe et les diplomates en renom. Cinq questions y furent traitées : la traite des nègres, la piraterie dans les mers d'Amérique, le débat entre la Russie et la Porte, Korganisation de l'Italie, la révolution d'Espagne ; d'autres questions particulières s'y rattachaient : la navigation du Rhin, l'insurrection de la Gisèce, les prétentions de la régence d'Urgel, qui se présentait au congrès comme pétitionnaire.

L'abolition de la traite intéressait vivement l'Angleterre ; mais comme son but semblait être de suBstituer à tous les autres

469 INSUBUECTIONS DE PAPLES

produits ceux de ses colonies indiennes , sa prétendue philan* thropie soulevait beaucoup de méfiances. Nous avons vu quelle avait été Tissue des mouvements de Tltalie ; 1* Autriche fut invitée à évacuer le Piémont, et à abréger roccupation du royaume de Naples. Les députés de la Grèce ne furent pas même entendus ; et quanta la Turquie, comme sa chute eût accru démesurément la puissance russe, sa conservation importait à tous.

Les souverains assemblés établirent tous les cas pour lesquels ils se devraient réciproquement assistance. Alexandre, qui avait pbttrtànt recbnnu le^ cortès en 1S12, fut amené par ses alliés à les renier. Vd gouvernement français, qui craignait de voir Tincendie e&pagbol gagner ses populations, dont les dispositions le tenaient en inquiétude , demanda Tautorisatton de rétouffer; l'Autriche s'y opposa, dans la crainte que la France ne recouvrât par là TinflUence qu'elle avait perdue ; TAngleterre , représentée par Wellington , fut d*avis de garder les frontières , ttiais dtî nh pas les franchir, et de concéder quelque chose aux (leuples en révolution.

Le congrès enjoignit alors à T^pagne , si elle voulait conserver de bonnes relations avec les puissances , de rendre la liberté au roi ,'bt « de changer un gouvernement contraire à ses mœurs, o Ib loyauté connue de ses habitants, à ses traditions tout à fait monarchiques. » Cette sommation resta sans effet, et les hautes puissances rappelèrent leurs ambassadeurs (28 Janvier 1823).

Mais tandis que les libéraux français faisaient r^entir la tribune et la presse de leurs clameurs contre cette violence projetée envers TEspagne , le ministère où figurait Chateaubriand voyait là une trop belle occasion de donner au drapeau blanc ce lustre militaire qui lui manquait. En conséquence, Louis XVIII fit enléndre ces paroles à l'ouverture des chambres : « Cent mille Français , commandés par un prince que o mon cœur se complaît à appeler mon fils, sont prêts à inar- R cher, en invoquant le nonl de saint Louis , pour conserver « le trône d'Espagne à un pHit-fils de Henri IV, pour prfsener « ce beau royaume de sa ruine , et le réconcilier avec l'En- • *'*'P^ 5 et pour laisser Ferdinand libre de donner à ses peu-

BT DU PIEMONT. 463

« pies les institutions qu'ils ne peuvent tenir que de lui seul. »

Ce principe de l'intervention ne pouvait être admis par le cabinet anglais , et les deux chambres du parlement protestèrent énergiqueroent. Canniug, alors ministre, menaça, du haut de la tribune , de reconnaître Tindépendance des colonies espagnoles ; mais il n'alla pas jusqu'à s'opposer par la force des armes h l'expédition, quoique l'opposition réclamât un parti plus énergique, plus conforme à la dignité, de la nation.

Le due d'Angouléme entra en Espagne (23 avril ), en proclamant la délivrance du pays. Il se vit bientôt entouré de tous les mécontents , prêtres , moines, gens du peuple. Ceux qui avaient chassé intrépidement les Français du sol sacré de l'Espagne les y ramenaient alors, tant l'ordre nouveau avait peu pénétré dans ce pays de traditions , tant étaient peu populaires ces doctrines métaphysiques qui ne savent point compter avec le passé ! En effet , les libéraux jouaient , aux yeux de la multitude, le même rôle que les Français en 1810 : ils menaçaient la religion et le roi. Aussi le duc d'Angouléme entra-t-il sans résistance à Madrid , et le gouvernement se transporta à Cadix avec le roi. Mais la régence royaliste déclara ce gouvernement coupable de félonie; elle remplit les prisons, rétablit les abus, et stimula Tardeur des vengeances.

Lorsque les chefs eurent abandonné le diamp de bataille^ faute de se voir secondés par le peuple , et que Ballesteros et Morillo eurent déposé les armes , Riego alla prendre le commandement de l'armée de Catalogne , la seule qui eût fait tête à l'ennemi. 11 leva des contributions de guerre , mit en réquisition les vases sacrés , et combattit en désespéré ; mais, ses ressources épuisi^es , il se vit contraint de fuir. Cadix, défendu par quinze mille hommes et deux mille canons , fut pris par l'armée française (octobre ) ; et le roi, délivré de l'obligation de maintenir les lois qu'il avait jurées, déclara nul tout ce qui avait été fait. Ferdinand n'écouta ni les Français , qui voulaient une amnistie, ni les puissances, qui lui conseillaient de donner de bonnes institutions. Des commissions militaires fonctionnèrent partout, et ne pardonnèrent ni au sexe ni à Tdge.

Un grand nombre d'Espagnols compromis dans ces évme-

Page 1