‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 19 sur 127 · BÀG1SE DES PHILOSOPHES · texte numérisé non relu

BÀG1SE DES PHILOSOPHES

tonin ; les Allemands retrouvaient dans ses manières négligées et dans sa valeur le type de leur nationalité , bien que lui'méme ne la comprit guère etn*y songeât nullement.

Il refusait tout pouvoir arbitraire aux magistrats et aux ministres : il s*en réservait seul le monopole , et souvent il flt emprisonner des gens psr passion personnelle ou par caprice. Il faisait tout par lui-même : il expédiait en personne des affaires que partout ailleurs les ministres auraient abandonnées à leurs subalternes. Il était son chambellan, son expéditionnaire, son intendant; il ne croyait pas que Tunité de vues pût se concilier avec la division du travail. Il ne voulut inéme jamais d'un conseil d'État, qui , dans les monarchies absolues, est un moyen de conserver et de transmettre la tradition du gouvernement. Les talents, la probité étaient inutiles pour le servir ; il suffisait d'être uçe machine docile à l'impulsion qu'il donnait. Comme c'était assez pour être son ministre que desavoir écrire, le mérite ne reçut de ce côté aucun stimulant; tout se réduisait à des formes minutieuses. Il avait coutume de dire: Ne remettons rien au lendemain. En conséquence, il lisait tous les matins une masse de lettres , indiquait les réponses , les signait, et les faisait expédier. Sa journée était employée à réviser ses comptes, et a passer sa garde en revue avec l'attention minutieuse d'un sergent. Mais tandis que les autres puissances dévoraient leurs finances, il fit prospérer les siennes par l'économie : il rétribuait mal ses ambassadeurs , s'habillait très-simplement, faisait vendre le gibier de ses domaines, et, malgré son goût pour la table , ne dépensait pas, dans sa maison, plus de 50,000 francs par an.

La Prusse , n'ayant point d'assemblées d'états comme le reste de l'Allemagne, était une véritable autocratie; et l'unité de gouvernement y remédiait à la disparité des provinces. T^éanmoins , la monarchie y avait certaines restrictions consacrées , et l'administration échappait à l'arbitraire au moyen des collé* ges qui la dirigeaient. Frédéric, voyait la force non dans la constitution et dans la propriété , mais dans l'armée et le trésor. L'état militaire demeura séparé du civil , et la faiblesse de la constitution intérieure se cacha sous les apparences de la force

IHFLUBIfCE DE L'ÉCOLB PHILOSOPHIQUE. 121

pBbfiqoe. SeseDtant assez fort pour rendre son peuple grand « il 16 songea pas aux institutions , il ne pensa qa'h lui sf ui , et aox moyens qui, dans des mains despotiques, sont les plus prompts et les plus efficaces. Les règlements sur le commerce , «r les maniifactares, sur Tagricolture, se succédaient rapidemat n s'entendait mal au commerce, et il anéantit les sociétés narcbandesen Toulant les protéger ; il concéda des privilèges, et, qui plus est , il altéra les monnaies. Mais , en voulant être pbiidsopbe, il ne sut pas dominer certains préjugés : il maintint rigoureusement dans ses armées la distinction entre les no* Uci et les roturiers. Il accordait difficilement des pasae^iorts , €t liait, à ceux qui> en obtenaient, la dépense qu'ils devaient 6iic dorant leur voyage, comme le temps qu'Us y devaient eaplojer.

Ed résumé , il ne semble pas que les philosophes aient beaucoup à se vanter de ce disciple. Sa politique fut celle d'un despote sans foi et sans remords , qui se hâta de faire oublier son Mi-Machiavel. II erut , avec les philosopha, que Famour de liTérité consistait à décomposer, h nier, à ne rien croire. Il déploya, dans sa correspondance particulière , un mépris conique pov toute croyance; mais il apfdiquait Tégoîsme de cette école à ses intérêts de roi, et il disait : Si je voulais châtier une de me$pravinces,je la donnerais à gouverner à un philosophe. B applaudit liMrsqu'on lui suggéra Tidée de jeter un démenti aa Christ, en rétablissant le royaume de Jérusalem ; mais il n'en il rira ; et quand Voltaire lui conseillait d'ouvrir dans ses États 10 asile aux philosophes de France : Oui , répondait-il , p(mrvu P^Us respeeteni ce qui doU être respecté^ et observent la défneedmu leurs écrits. Cest>à-dire qu'il aimait la liberté, tant fi*elle ne portait pas atteinte à ses droits.

Un changement singulier s'opéra dans ce prince : il fut pris

nbitement de la passion des armes , qu'il avait détestées ; après

annr passé sa jeunesse au milieu des livres, il devint le fonda-

ter du nouvel art militaire. Il y avait eu avant lui de grands

9^a^nus, Gustave-Adolphe, Gondé, Turenne, MontecucuUi ,

Eagèae; mais ils agissaient plus d'inspiration que d'après une

faute , et tout dépendait de la valeur et des forces maté-

13) AtONB DES PHILOSOPHES.

ridlet. Lpuvois avait fut des années une partie régulière 4e radmjnîstralion t et formé des maf^ins pour subvenir aux besoins des troupes , qui auparavant vivaient à discrétion dans le pays. Gustav&Adolphe avait mis en usage l*artillerie légère; les arquebuses avaient été perfectionnées , les baïonnettes substituées aux piques , les compagnies formées sur trois rangs. Fré* déric introduisît dans Vinfanterie Taocord de toutes les parties, perfectionna et régularisa les manœuvres.

Frédéric II flt de la Prusse une monarcbie militaire, appuyée sur deux cent mille soldats presque tous indigènes , diviaés en régiments de campagne, régiments de garnison et bataillons irancs. Il y avait chaque joilr exercice , et de grandes maneeuvres tous les ans ; les parades étaient fréquentes, les approvisionnements d'armes considérables, rartillerie nombreuse, Frédéric supprima Tusage absurde de foire avancer les ofUciers par rang d^ancienneté. Il maintenmt une discipline extrêmement rigide; et un feld-maréchal quMI aurait trouvé , en temps de guerre , avec une cuiller d argent aurait été sévèrement puni. Avec lui, des soldats sans enthousiasme de patrie ni de religion devinrent des héros , à Taide du bâton et de Texereice.

Ses premières campagnes ne promettaient pas un grand général ; mais la bataille de Hobeiifriedherg révéla le génie qui allait être le créateur de la guerre moderne. Il la soumit aux conoepiions de Tesprit ; il en calcula tous les éléments, et la réduisit à l'état de science mixte. Également supérieur dans la etratégie, dans ta tactique, mais excellant surtout dans la se^ conde, où Napoléon ne trouva rien a ajouter après lui^ il len combina toutes deux ensemble. Au Heu de ces masses que ron eroyait nécessaires pour résister au clioc de la cavalerie , et qui officient au canon un pins vaste diamp de carnage, il réduisit constamment les bataillons à trois files : il put ainsi déployer un front double et triple , ménager aux parties des raouvemeuls pltM rapides, et coordonner en conséquence les marches de manière h avoir la supériorité numérique sur les points où il rou^ lait porter des coups décisifs. Cest à lui que revient l'honneor d'avoir érigé en principe , chex les modernes. Tordre oUique^ qui consiste à ne pas pousser parallèlement tout Iq front de bft-

lNFLU£irCB B£ L SCOLE PHILOSOPHIQUE. 128

taille, mais à coneentrer FelTort principal sur un seul point. H coflmuuwiiia au soldat Hnstinct de la stratégie rapide qui multiplie les bataillons , ne se laissant pas arrêter par des serupuies iie morale, violant les territoires , attaquant des États inoffenfl6, et comptant sur la victoire pour lui donner raison.

Us royaumes du Nord n'échappèrent pas plus que les autres à rioiliieDoe des philosophes français. Les Rosses , peuple imi* tHrar, étaient devenus guerriers par la volonté de Pierre V. Ce inad homme, en attirant à son service les meilleurs offleiers et soMats de Charles XII et de toute l'Europe , réalisa complétnaoït te s^tème auquel n'avaient pu parvenir Louis XlV et le grand Frédérie , et il réussit parce qu'il avait affaire à des populations plus matérielles , et nées pour obéir. L'imprudence de Charies XII, la faiblesse des Polonais, les désastres de Louis XIV , rabaissement de rAutriche , l'avaient aidé fa fortififf ion empire, à eré&r son armée. Toutes les provinces qui CBTtronnent la Baltique lui obéissaient ; la Pologne et la Suède étaieiit ses tributaires.

Déjà, au eommenoement do dix-huitième siècle, trois femmes tvMent occupé le trAnedes czars : Catherine l**^, Annalvanowna, Btsabeth Pétrowna , portées là par des révolutions de casernes os de palais. Catherine II y monta après elles ( 1768 ), en se dftarrsssant, par un meurtre, du czar Pierre 111, son mail. La RosieoceQpait un huitième do monde connu, mais elle ne (!^mp* tnt encore que vingt millions d'âmes : c'était à peine ctnquante liAitBnts par myriamètre, tandis que la France et l'Angleterre en avaient deux mille. Cet empire était une agglomération de sitions différentes d'usages, de traditions, de religion, souvent MQadeS) et parlant un langage qu'on n'entendait pas à Pétersbonr^. Le commerce n'y consistait guère qu*en matières bfvtes; et l'empire n'avait pas plus de cinquante millions de fOoMes de revenu. CStherine sursit dû maintenir la paix , puisqse fempire n'avait pas besoin de s'étendre , mais de se civiber : elle fit cependant des guerres continuelles , dont le révoltât se chargea de la Justifier. Aussi inébranlable dans ses <lHKins qn*insatiable dans ses plaisirs, non contente de régner ^opotiquement en Russie, eHe voulut dicter à l'Europe ses

124 BÈGNE DES PHILOSOPHES.

volontés absolues, comme Louis XIV et Napoléon : elle médita en conséquence une confédération des puissances du Nord entre la Russie, la Pologne, la Suède , le Danemark , la Saxe, la Prusse et la Grande-Bretagne , pour faire contre-poids aux maisons d'Autriche et de Bourbon ; mais elle ne la réalisa pas. Elle ne laissa pas toutefois échapper une occasion d'exercer son action sur ses voisins. Continuant les projets de Pierre le Grand, elle ménagea TAngleterre, à qui elle accorda des avantages commerciaux ; elle mina Tinfluence française , intimida la Prusse , et en même temps encouragea rAutridie. Elle fomenta les discordes de la Perse pour se rapprodier de rinde, renoua des relations avec la Chine et avec le Japon; et surtout die battit les Turcs , qu'elle humilia par la paix de Kainarge. 'La prospérité lui avait réconcilié ses sujets; elle les éblouit par les récompenses qu'elle distribua , et par les monuments qu'elle éleva pour immortaliser ses victoires. Elle accorda toutes sortes de privilèges à la noblesse , que Pierre UI avait affranchie. Elle affichait de la dévotion pour 8*affectîoniier le peuple, tandis qu'elle se ûiisait bien venir des philosophes par une incrédulité de parade. Chaque année, elle réunissait les ministres des différents cultes à un dîner de tolérance. Elle aocueillit les jésuites proscrits, et leur permit d'établir un collège en Russie. Elle hitroduisit l'inoculation, en s'y soumettant ellemême , ainsi que son fils. Elle aimait les fêtes, la magniflceDce; façonnait les seigneurs russes aux manières françaises , et Imr faisait lûre les ouvrages français qu^elle se chargeait de traduire elle-même.

L'habitude des petites intrigues gâtait ses grandes qualités. Naturelle dans la vie privée, habile à dissimuler dans la vie publique, elle savait commander à sa colère et à ses vengeances. Au milieu des saturnales de son palais « au milieu des jalousies d'Orloff et de Potemkin, qu'elle savait réprimer, elle tendait au loin les filets d'une politique habile. Elle concevait de grands desseins, mais ne les menait pas toujours à fin. Plus désireuse encore de paraître que d'être , elle appelait les étrangers, leur promettant des privilèges , la libwté de leur culte , la faculté de s'en aller quand ils voudraient; mais elle les laissait mourir de

INFLUBKCB DB L'BCOLB PHILOSOPHIQUB. 125

I. EUe fondait des filles , et ces vDles restaient sans habi- HdIs; elle poussait au commerce, et il était tout en faveur de TAi^eterre; elle encourageait les arts» mais les étrangers ÊOÛB s'y livraient ; et elle négligea les moyens lents qui TaunicBt aidée à vainere l'ignorance superstitieuse» à déraciner les kabitodes brutales de la servitude. Toujours avide de grandir tesTopinion du monde civilisé , elle disait que la gloire conflstait dans Tapprobation des hommes de génie ; elle la recberditit en prodiguant aux dispensateurs de la renommée les leibles et les louanges. Elle fiaisait ainsi vanter son esprit, ses Mmuôssanoes , et porter aux nues , par les philosophes , les vkasM inexécutables qu*elle promulguait et qu*elle oubliait. £Ue s'anangeait pour que ses réformes fussent annoncées longtemps à Tavance » et exaltées après. C'est par ces moyens fi'eOe se fit pardonner ses forfaits» et passa pour une héroïne* ToQs les ouTrages publiés en France lui étaient envoyés tv-le-ebamp. Elle fit traduire le BéUsaire de M armontel par folone personnes de sa oour, dont chacune fit un chapitre : tt fnt eUe qui fit le meilleur. Elle envoyait à BufTon les objets nm trouvés dans ses États » avec des lettres flatteuses : le ttvaat y répondait en l'appelant a tête céleste» digne de régir le monde entier ; » ou en souhaitant une nouvelle invasion du Rord ven le Midi» « pour la régénération de cette partie de rEorope» plongée dans la fainéantise. » Lorsque les encyclo< pédistes furent inquiétés en France , elle songea à les appeler à SuDt-Pélersbourg» pour qu'ils pussent y terminer leur ouvtage. CUe proposa à d'Alembert de se charger de Téducation de son fis. Elle attira Diderot, et se plut à l'entretenir tant qu'il ne In parla ni des droits du peuple ni de l'avenir. En effet, son Kbénlisnie n'allait pas plus loin que celui de Frédéric. Pourmt Voltaire s'autorisait de son exemple pour reprocher aux fnnçais certains abus qu'ils toléraient encore. Ilfaut voir, dans loir singulière correspondance, comment Catherine quête Fappobaiion de ce roi de la renommée, et avec quelle coquetterie ^le courtise. Elle s'abandonne quelquefois jusqu'à lui vanter * Tablé des Orlo£f, qui a l'âme d'un Romain , et qui est digne <ks plus beaux temps de la république. » Tantôt c'est le dé-

126 BÈGIIB OtS PHlLOSOPftBB.

membremeDt de la Pologne, exéeaté pour propagfr la toléraaee religieuse, qu^elle rent lui faire approuver; tantôt elle lui laisn entrevoir le projet d'affranchir les aerfa de rempire, pins souvent celui de délivrer la Grèce.

Voltaire lui répondait , avec cette familiarité de protecteur : fJn temps arrivera, madame, je U dis toujouri, où la iutniére viendra du Nord, rotre Majesté impériale a beau dire :Je vous fais étoile y et étoile vous serez.

Pour se conformer à Tallnre philosophique » CSatherine oon* voqaa à Moscou une commission qui devait préparer un code destiné , selon les idées d^alors , k régir les cent races qui habitent Tempire. Des députés du sénat, du saint synode» de chaque collège , de la noblesse , des villes , des paysans libres » des paysans de la couronne , des soldats agricoles , des Goee* ques , se rendirent aux ordres de la souveraine. L'instrueticHi qui fut donnée à ces législateurs, dont beaucoup ne savaient pas même écrire, était toute philanthropique , lil)âraie, mais de fort peu d*à-propos. On y parlait à de braves gens, somois à leurs popes, élevés dans une docilité absolue, la luguedesdis* ciples de Voltaire; on leur citait des maiimes et des fragments de Montesquieu , le tout pour le bien et la plus grande gloire de l'empire. On dit que, dès la première séance de cette mascarade arrangée en Thonneur de la philosophie française , nn Samoyède , qui raisonnait mieux que les utopistes , s'éeria : Nous sommes des gens simples et droits; nous faisons paître nos rennes , et nous n^avons pas besoin d'un autre code : faites-en plutôt un pour les Musses nos voisins et pour les gouverneurs que vous nous envof^n , ajin dé réprimer leure brigandages. Bientôt Catherine avoua ( chose facile à prévoir ) rimpossibilité de l'entreprise ; elle congédia en conséquence les législateurs, en distribuant à chacun d'eux une déeoratîoii en or, qu'ils vendirent aux bijoutiers.

Les libellistes pourtant ne Tépergnèrent pas , et ce n'est pas sans raison ; car dans ce règne de quarante années , rempli d'événements si divers, elle montra et des qualités grandioses et les vices les plus bas. On ne peut méconnaître en elle la vigueur du caractère, l'habileté , la Justice, une Mivité inûiligable, e|

iiiFLU£Rcs i» l'École philosophiqub. lar

«i(alait[Mni0iitterfo«r go«v!Hiier les hommes; les Russes fi* ml pins 4e progrès en saTOir et en politesse qu'ils n'en avaient fiit i^oii ui siècle. Mais la dvOisation française fiit tnmsphBlée ebez eux sans y être enraeinée : on ftitsait venir da é^fM les mahres el les Itnes* U en résulta que cette nation B'eotrieDde dravaleresque^et que, dans son passage rapide il II grosnèreté am mfilnements, elle n*a pas connu cet Ige JalwiaCiiliuîre» Téga des nobles élana et du sentiment religieux.

La guerres avaient aoem la dette publique ; CSatherioe allén les monnaies et introduisit Fusage du papier. Elle fonda me Inuque territoriale , pour avancar des sommes aux pro* jnteires et aux communes; un mont-de-piété, des maisons poar les veuves et poor les femmes en couche , un collège de ■édeciBe, des écoles de marine à l'anglaise. Lorsqu'elle apprit que dix bâtiments marchands de ses États étaient passés 4e rArchipel dans la mer Noire , elle en fut aussi heureuse 9K d'une victoire. Quand les ties Aléoutiennes fÎDurent décou- *Bteit elle y envoya des naturalistes et des savants pour les oplorar. Nous devons aux expéditions scientifiques feites par Ms ordres les immortels travaux de Pallas et de Gmelin , ainsi ^le dictionnaire d'Adelung. Elle envoya des Jeunes gens à Min, sous la direction d'un archimandrite, pour y apprendre b langue et les sciences du pays.

Catherine nourrissait de grands desseins, et se proposait Botiminent d'ouvrir trois canaux : le premier, entre les mers Bbnehe et Caspienne; le second, entre la mer Caspienne et h Baltique; le troisième, entre cette dernière et la mer Tloire. l^Ang^ étaient presque seuls en possession du commerce dn Nord ; ils remplissaient la Baltique de leurs bitiments , l^cmpire de leurs marchandises. Les Français se voyaient h 'Egrct obligés de faire passer leurs vins par tes mains britan- ^oes , pour qu'ils pussent arriver dans ces contrées , au lieu d*(a avoir eux-mêmes le bénéfice , et de tirer de là le chanvre cl les autres denrées nécessaires à la marine. Ils profitèrent d'an maillent de brouille pour obtenir de Catherine un traité Vu leur accordait, à charge de réciprocité, des franchises et <« bdlités , mais qui cessa à l'époque de la Révolution.

128 aÀGNB DES PHILOSOPHES

La czarine réorganisa radmlnistration du royaume , ol divisa la Russie en quarante-trois gouvernements généraux. £Ue ne put supprimer la servitude, et on Faccusa d'avoir fait àeet égard moins que ne le comportait la philanthropie qu'elle affichait. Elle dut même régler la sujétion des ser& comme on garantit ailleurs la propriété des terres, et elle distribua à ses favoris des milliers de paysans; mais la condition des serfr ne se trouva qu'empirée par l'éducation à la française, qui rendit les seigneurs de plus en plus étrangers aux usages moscovites '.

' AcquisitioQS et conqiiéles faites par Calberine

MlUei canr. Anes. Anaéck

En Pologne : Premier partage 2,019 1,300,000 1772

Deuxième — 4,5ôS 8,0fl,eS0 1793

Troisième — 2,030 1,176,590 179â

Pw l'acte de iioomtsBioii , les duchés

de Ceurlsnde et de Sémigalle. ... 452 407,000 1795

£n Perse : Les provinces de Kokhet, * Cadouet et Daghestan; le pays des

Ossètes , et autres dépendances de la

Géorgie, avec une partie du Chirvan

au nord du Kour 600 206,000 1787

En Turquie : Azov avec son territoire, \ I

Kerts , le pays entre le Bog et le Dnié* j i 1 774

per; puis, par Pabdication du khan! 1

et la convention de Con8tanllnople,r»^^^ 250 000J 178* la Grimée, VUe de Taman, et partiel I ^784

du Kouban / \

Par le traité de Jassy, la plaine d*Otcbakov, entre le Bog et le Dniester. . 410 150,000 1792

Par la soumission du czar Saloroon , la Mingrélie, la principauté d'Unéréthîe, le pays des Abazes, des Tchékis, des Circassienset autres de la Géorgie. 1,800 600,000 1796

Les Cosaques do Don et de la mer Noire 4,628 260,000 »

Totaux 17,517 7,361,270

IIIFLCKIICB DE L*ÉCOLÊ PHILOSOPHIQUE. 129

Catherine vengea la longue humiliation quelles Tartares araîcDt ùât subir à la Russie. Souvarov en fit égorger trente ottOe, par Tordre de Paul Potemkin. Ce parvenu , qui reçut lesuTDom de Ttiurigue, fut chai^ d^organiser la Tauride a la russe, et d^opérer la fusion des deux pays. 11 s'en acquitta avec une telle férocité , que ia plupart des habitants émigrètfiit; et dans ce i>ays , où le khan s'était maintes fois montré à la tête de cinquante mille hommes , on ne comptait plus, denx ans après la réunion, que dix-sept mille mâles.

Potemkin, pour qui la fortune avait tout fait, voulut of&ir à sa souveraine et maftrease un speetacle de magnifieenee et de oMBsonge dont on pariflt. Il réunit sur le Borysthène une arnée; et, mettant en œuvre le talent des peintres de décors , il âab aux regards Tapparenoe menteuse d'un pays florissant. Ijcs rives du ileoye étaient couvertes de villes ; mais c'étaient éa villes peintes sur toile : on voyait des cathédrales en constmetion , des navires qu'on lançait, des villages qu'on bâtissait Les Tartares , poussés de loin à coups de ner£i de bœuf sur les mgn, simulaient une population; et des troupeaux , amenés et quatre cents lieues à la ronde , y paissaient l'herbe qu'ils Maient pour la première fois. Cette représentation coûta plus que n'eussent Hait des établissements utiles.

A la aaort de Catherine, la Russie avait :

Armée de terre. Flotte.

Gtfdeimpériale 11,300 Vaisseaax de ligne de 1 10. . . 8

laiterie 1S1,740 — — de 74. . . 22

Canlene. S3,170 — — de 68. .. 20

Artillerie et gjénie. . . . 29,060 Frégates de ligne de 44. . . l

GarusoBS. 83,200 — — de 88. .. 17

Cmiis détachés el inva- .^ ^ de 32. . . 4

34,680 — — de 28. . . 5

100,000 Autres bAtiments de 6. . . . 4

Total 523,150 — de 16. . . 2

— de 12 à 18. 17

Brûlots. 4

Galères 200

ToUl 304

180 HltoNË DES PttlLOSOl^HSS.

Catherinese laissait àbiader/pouraboserrEnropemir lesfones de son empire et sur sa propre activité. Les rois même Tiimnt se joindre à son cortège ; Joseph II Raccompagna jusqu'à Cber- Son , ville qu*elle avait bfttie , et dont une des portes portait cehe inscription : Haute de Consfantinople. Le roi de Pologne dépensa trois millions , en trois jours qu'il y resta. Potenakin rétissità imposer silence aux plaintes qui s'élevaient de toutes parts contre son administration ; et le monde, qui philosophait au lieu d'examiner, célébra à i'eftvi oea triomphes de l'indns» trie et de la civilisation.

Le sultan Abdul*HamId, voyant que la Russie méditait ss ruine , se prépara à résister, et demanda à la France des ing^ nieurs et des artilleurs «. L'armée turque fut réorganisée, et la flotte créée avec une promptitude merveilleose. Le divan , déployant une énergie qu'on n'aurait pas attendue de Ini a|nrès tant de condescendances, demanda que le odnsul rosse en Moldavie , instipteur de révoltes , fût éloigné ; que les troupes fussent retirées de la Géorgie, et les bâtiments russes qui passeraient le détroit, soumis à la visite. Enfin , cédant aux sol* licitations de l'Angleterre et de la Prusse, ainsi qu'aux intrigues du grand vizir Cogia- Jussuf-Pacha , il se décida à la guerre pour recouvrer la Crimée. Le ministre russe fut mis aux S^t- Tours, et un nouveau khan des Tartares fut proclamé.

Ce fut un sujet de joie pour Catherine, que Pôtemkin avait enivrée d'idées de conquête , et qui croyait, avec toute r£arope, que rien n*était plus facile que de porter le dernier coup à cet empire vermoulu. Telle était aussi la croyance ambitieuse de Joseph f I ; mais Marie-Thérèse connaissait mieux la vérité des choses. De fait, la Turquie en sortit ébranlée, mais encove

> On Ift dans denx dépèdies du bailli Aagustia Garzoaf , da 10 no* vembre 1785 : « La France, qui a toujours pris intérêt à renjalflace de cet empire, s'aperçut que le princijNil beoleyaed de la Crimée loi étant enlevé, son destin devait être considéré comme très- vaclUant. En concevant donc des alarmes, elle envoya à cette cour un nombre considérable d^offlciers tous à sa solde i de tout genre et de toute profession, pour introduire Tordre, la discipline et la science parmi les Turcs » et pour les mettre en état de résister aux attaques de leurs ennemis. »

IHFLUBRCB DE L ECOLE PHILQSOPUIQUE. 181

mfkd : rAutrîcbe perdit à cette guerre de fil force et de soq aéâH

(I749J La souveraine de cet empire, Marie-Thérèse, avait prdé sur le trine , au milieu des tristes exemples du tempe , B dignité de £anme. Elle sentait à un haut degré son rang rinpératriee; et si Frédéric ^ moqua de sa dévotion, ses poplcs n'en parlaient qa*avee une vénération dont la postérité M tourient toujours.

Le prince de Kauniu, ce seigneur morave « qui unissait à il légèreté d'un FwaçiiB la pénétration d'un Italien et la par d'an Autrichien , » dirigea ses conseils pendant quarante Probe et discret, il caebait » sous un air de franchise tx^ une profonde diasimulation : affectant l'indolence (tk mollesse, il savait mieux que personne les ressources de dnqsc £tat; son esprit emhrassait de vastes combinaisons; ■ait, au rebours de ki plupart des hommes, Il cherchait tott« pus à mettre en scène un autre que lui , sauf à le diriger* te bat suprême était l'agrandissement de la maison d'Autriche ; A I««pi'il vit le moment propice, il n'hésita pas à répudier ■ttpoUtiqne séculaire , et a s'unir à la France.

Marie-Thérèse s'appliqua sans cesse à combler les pertes H'eile avait fûtes, au moyen de nouvelles acquisitions; elle ^Qrta toujours son mari du gouvernement. Toujours hostile à hFnace, cet empereur ne put empêcher rallianoe de TAu* iiiehs a? ee elle. 11 s'en dédommaga en se livrant au commerce, oà a fit fructifier les capitaux qu'il tirait de la Toscane. Il prétait ^ Taigcat au gouvernement; il sounûssionnalt les foturnitures Bilitaires , la ferme des douanes de Sexe , et jusqu'aux fourrages (Wrimiée prussienne , en guerre avec Timpératrice. U dépensa iwieoup à rechercher les secrets de la nature , à essayer de Mr de l'or, el fondre ensemble de petits diamants pour en ^''"Mr «I gros. Marie-Thérise eut de lui seize enfants , dont MuqnéaireBt.

Jtteph 11, l'atné, qui fut élu empereur (1766), donnait de P*Bdtt esp^ances : il était jeune, plein d'imagination, d'ins- ^'MioB, et montrait pour la guerre plus de goût qu'on n'en a '«itoaiie en AUMithe. Mari^-Thésèse l'aimait peu, le jugeant

132 DÈGNE DES T^HILOSOPHKS.

grossier et dur de cœur '. Pendant le temps qu'ils régnèrent ensemble , ils vécurent peu d*accord : elle , désirant conserver par la paix ce qu'elle avait acquis; et lui , aspirant à Taccrotlre par la guerre.

11 avait étudié le droit public plus que les princes n'en ont rhabitude. 11 contracta dans la lecture des économistes, alors en grande faveur, dans la conversation des hommes instruits et dans ses voyages , cette manie de réformes qui se produisait es tout Les obstacles qu'y apporta sa mère ne firent que Taccroître , d'autant que toutes les suppliques , toutes les doléances s'adressaient, comme il arrive toujours, h Vhériti^ du trAne. Devenu maître à l'âge de quarante ans, il voulut se hâter, pour regagner le temps perdu; et comme il ne pouvait réformer tout l'empire , il se mit à l'œuvre dans ses provinces héréditaires , où il se proposait d'introduire tout d*un coup cette unité et cette centralisation qu'il voyait en France , en dépit des privilèges et du régime provincial.

En effet , il y avait dans cet héritage autant de nations que de provinces , avec des langues , des habitudes , des civilisations différentes : ici , la féodalité était en pleine vigueur ; là , elle se trouvait modérée par des lois et par des coutumes ; il y avait presque partout des états , composés de deux ordres privilégiés et de quelques députés des villes royales, qui partageaient avec le roi le droit d'asseoir des taxes; les bourgeois étaient sans représentation ; dans certains lieux les paysans n'étaient pas affranchis du servage.

Joseph rêvait un vaste système d'unité administrative , où tous participeraient aux charges et aux avantages de la société. Il commença donc par abolir la féodalité, le. droit d'aînesse, les servitudes personnelles, les chasses réservées, les corvées, les états provinciaux, toute espèce de dépendance autre que celle du souverain, qui , comme père, devait pouvoir tout ce qu'il voulait. Il allait jusqu'à l'idée d'obliger tous^ sujets à parler une même langue.

' Selon Coxe, elle disait à un artiste célèbre : J'enseigne à mcn fiU à aimer Us arts, pour qu'ils le dégrossissent. Il a le cœwr dur.

INFLUmCE DE L*BCOLE PHILOSOPHIQUE. 133

C*est ainsi qu'il appliquait les généralités abstraites, dont on faisaît alors grand bruit, et qui tendaient à un but sans tenir eompte des moyens. I>es provinces jetèrent les hauts cris en se foyant dépouillées de privilèges protecteurs et anciens. lies corvées étaient des droits réds, les dîmes une copropriété ; de telle sorte que leur suppression soudaine était une atteinte à des posassions reconnues. La taxe unique se trouva moins avantalEease au peuple qu'elle ne le paraissait en théorie; car, dans certains pays, elle s'éleva jusqu'à soixante pour cent du jre-

La philosophie ne fit pas oublier à Joseph les habitudes despotiques. Une fois convaincu de la bonté d'une chose, il ne se pmiceupa ni des races , ni des coutumes , ni des sentiments , ni des droits des étrangers. Quiconque résistait était un coquin. Il se mêlait des choses les plus frivoles, des vêtements, des doehes ; il prétendait changer en quelques années ce que le génie des peuples ne produit que dans l'espace des siècles; et, comme 8*il eût eu le pressentiment que ses jours dureraient peu , il publia dans les trois premières années de son règne trois cent soixante-six ordonnances générales pour tous les états, indépendamment des édits particuliers , tous également destinés à périr.

Son eode civil et son code criminel ( 1786-1787), rédigés h la bâte, réclamèrent promptementdes interprétations et des changements. Joseph abolit la peine de mort, mais non pour les (rimes d'État. Il prodigue la bastonnade , et la marque sur le vîsilge; il conserve les horribles cachots où la respiration est iaierceptée sous des grilles massives « et où l'eau et le pain suffisent à peine à la vie du prisonnier. Il ordonne que les peines ne portent pas préjudice à la femme, aux enfants , aux parents da condamné ; mais il confisque les biens du crimiiiel d'État , sms égard pour ses héritiers. 11 envoie les blasphémateurs aux petites-maisons; mais il ajoute la bastonnade aux travaux forcés pour les perturbateurs du culte , les débauchés, les immoraux^ ks bandits, les condamnés en rupture de ban. Il créa les crimes politiques , qui furent punis par le chef du gouvernement. I^ lapporteur de ces procès devait rester inconnu ; et le juge pou-

134 RÈGIIE DBS PHILOSOPHBS. •

vaît f à son gré , soumettre le eoopabie au jeûne et à la bastonnade. Ce prince , qui avait tant voyagé , défendit de voyager avant vingt^trois ans , et décréta une taxe de» absents sur les propriétaires qui passaient la frontière, en prononçant la eonflscation de leurs biens pcéa^ts et futurs lorsqu'ils prolongeaient leur absence. Ce prince, qui proclamait la liberté « prohiba les marchandises étrangères , et accorda des privilèges è des compagnies.

Les questions religieuses furent pour lui un écueil plus grand. Après la Réforme, elles avaient été assoupies en Allemagne, mais non éteintes; beaucoup de princes avaient eu Tiutention démettre d'accord les calvinistes et les luthériens. Eu 1621* Guillaume IV , landgrave de Hesse-Cassel, convoque les théologiens dans sa capitale. Mais cette tentative de paix n^amena qu'une recrudescence de haines.

La politique avait également fait désirer cette réunion au premier roi de Prusse : elle était favorisée par sa femaie Sophie-Chariotte et par Leibniz. £n conséquence, un synode fut réuni à Berlin en 1705 , pour aviser aux moyens de s'ehtejidre ; mais il se termina aussi par des anathèmes. Le roi cependant fit élever une église commune aux deux cultes , sur Tautel de laquelle étaient placés la confession d'Augsbourg et le catéchisme d'Heidelberg.

Frédéric U, tolérant par indifférence, laissa chacun suivre les rites qui lui convenaient ; et le temps rendit la réunion moins difficile, en détruisant les haines nées de convictions profondes. On se rapprocha donc, les calvinistes renonçant à la prédestination , les luthériens à la présence réelle. Restait , il est vrai, le côté politique : les luthériens attribuant au prinee tout le pouvoir ecclésiastique; les réformés faisant reposer l'autorité dans la réunion de tous les fidèles. Marie-Thérèse n^aecorda jamais la liberté des cultes à ses sujets, et chassa les protestants de Salzbourg; inQuencée par Kaunltz, elle bannit aussi les jésuites.

L'opioion catholique, en Allemagne, fut indisposée contre Rome, non par les jansénistes , écrivains trop subtils , non par les philosophes, trop railleurs pour une nation grave et pen-

IHFLUBUCB DB L*BCOLB PHILOSOPHIQUE. 135

snte» mais par tm prélat catholique, Nicolas de Hontheinit

Mqae suffregant de la métropole de Trêves , renommé pour

soD mt^té et sa piété. 11 publia en 1768 , dans Tintention de

npproeher les dissidents catholiques, un petit liyre Sur Ntai

de tÉg&seet la puissance lègUlme du pontife romain, qui,

lâmprimé arec des additions , devint le manuel de son parti. Il

efaerche à y établir que le pouvoir ecclésiastique n'a pas été at-

tiilné à un seul personnage infaillible, et autorisé à publier des

lois obligatoires pour tous les chrétiens ; mais qu'il a été donné

à l'Église entière ) qui l'exeroe par ses ministres. Le premier

«Tartre em est Tév^ede Rome , chef visible de l'Église; mais

rtglise pourrait transférer ce pouvoir à un autre évéque quel-

eoDqde; et comme cette institution a pour but de maintenir

tes runité rÉglîae, les prérogatives sans lesquelles l'union se

taiodrait, celles de présider les conciles généraux, de main-

mir les lois ecclésiastiques, d*en proposer de nouvelles, d'en

pomulgiNr, d*ea di^ienser, ne sont que des prérogatives ac-

«OBoires. Le droit de confirmer ou de transférer les évéques,

éeilatner par appel de leurs jugements et autres droits acd»

dcBteb , porte atteinte à ceux des églises particulières et des

éfêfm , et il n'est fondé que sur les fausses déerétales. Sa con-

était qu'il frllût supprimer les abus et les excès de la

pontificale , et que les dissidents rentreraieut dans le

fiVMi de rÉgiise ; que le mieux serait que le pape lui-même

k fit spontanément, avant que les princes s'en mêlassent C'est

nift que, sous un air de conciliation , il aigrit les esprits contre

Rone, ok excitant la Jalousie des princes et en les exhortant

à restreindre sa suprématie, il emprunte aux protestants et

m giriHeana leurs objections et leur haine, sans tenir compte

SB léfittationB.

Ot ouvrage, où brillait, du reste, fort peu tfart, secoua la iwpeur des Allemands; les éditions, les traductions se multipWiUit. Rome condamna , mais les évéques s'en inquiétèrent ^; Venise laissa réimprimer le livre. Aux nombreuses réfo- Mens, Fauteur répondit avec érudition, avec hardiesse, pro- Mant très-haut de sa foi catholique.

Sur ces entrefoites, les quatre principaux prélats d'Allemagne

J36 BÈGNB DES PHILOSOPHES.

se réunirent à Ems, près de Coblentz , et décidèrent que les évéques, comme successeurs des apôtres, ont le pouvoir immédiat de lier et de délier; que les religieux ne peuvent recevoir d'ordres de supérieurs r^idant hors de rAllemagne ; que les iiulles et les dispenses de Rome n*ont de force qu'avec Tapprobation des évéques. En conséquence, ils conclurent à la nécessite de changer la forme du serment, de diminuer les taxes pontificales , d'enlever au nonce toute ingérence dans les affaires ecclésiastiques.

Divers prélats adhérèrent à cette déclaration. Les mariages se célébraient en vertu de dispenses accordées par les évéques , alors sans souci des réclamations du pape. Le pontife s'adressa au clergé inférieur, ce qui fut taxé d'abus; et il y eut un déluge de plaintes. I..es droits pontificaux furent contestés dans une multitude d'écrits. I^'indépendance des évéques fut préfshée du haut des chaires; on y proclamait qu'ils ont le vote résolutif dans les conciles , qu'ils sont tous égaux , qu'ils peuvent dis» penser même de l'observation des canons généraux ; qu'une loi papale n'oblige qu'autant qu'elle est consentie par les évéques. L'écrit d'Eybel , intitulé Qu'est-ce que le pape ? fit surtout grand bruit : il fùf , dit-on, proposé à l'empereur d'instituer un coacile national , afin de rendre les appels à Rome inutiles, ainsi que les envois d'argent. Les princes ecclésiastiques croyaient assurer par là leur indépendance, et ils creusaient l'abline dans lequel devait s'engoufi&er, vingt ans après, leur puissance territoriale.

Joseph n trouvait donc les esprits préparés; et, secondant de son côté ce mouvement , il s'appliqua à restreindre la prérogative pontificale, peut-être même au delà des limites catholiques.-11 révoqua l'édit de Ferdinand II , qui interdisait en Autriche tout autre culte que le catholicisme ; il permit aux juifs de se livrer à tout métier, à tout commerce quelconque , noais non de devenir propriétaires; il les admit, du reste, à tous les droits de bourgeoisie. Il assura aux protestants de Hongrie la liberté religieuse , ainsi qu'aux Grecs non-unis , les admettant à toutes les charges , sans autre serment que celui que permettait leur croyance. Lesenfants mâles, nésde mariages miUes, durent

I!)iFLUEIfCE DE L*£COLE PHILOSOPHIQUE. 137

être élevés dans la foi catholique , si c*était celle du père ; autreroeot, la chose était à la volonté des parents : les filles devaient suivre la religion de la mère. Le mariage est un contrat eifiJ, en conséquence le divorce est permis; les enfants natu» reisont les mêmes droits que les légitimes ; plus de pompeuses obsèques, puisque la tombe nivelle toutes les inégalités.

De plus en plus résolu à réunir dans sa main toutes les forces de la monarchie, Joseph ne tolérait pas les rapports de ses sujets avec Rome, et les libertés ecclésiastiques, les seules qui «Bsent survécu, ne trouvaient pas grâce devant lui. Il ordonna doue qu*aucun bref ne fût publié sans sou assentiment ; il abolit les recours à Rome pour les affaires réservées , et autorisa les éréques à donner les dispenses pour cause de parenté, il voulut »oir pour la Lombardie le droit de nommer les prélats , comme te le reste de ses États ; et il notifia au gouverneur qu*il se erojrait autorisé à disposer de tous les bénéfices ecclésiastiques. Il nomma Tarchevéque de Milan, sans en informer ni le corps nooidpal ni le pape. Le pontife lui ayant adressé ses plaintes à ce SBjet, Joseph renvoya le bref, comme n*étant pas libellé en trnnes convenables.

U fit traduire la Bible en langue vulgaire. Il se proposait d'y jMttrs aussi la liturgie, de supprimer les ornements et certaines ionges, les processions, les pèlerinages, les confréries. Il fit >naeher des bréviaires l'office de Grégoire VU , et, partout où dles le trouvaient , les bulles In cœna Domini et Unigenitus, défendant de discuter sur les propositions qui y étaient con- Icooes. n mterdit aux monastères la subordination à des chefs f^ot hors du pays , chaque fondation devant être régie par ^ povineîaux dépendant de Tévéque, et ne pouvant ni en- ^<7er des dépotés h des chapitres tenus au dehors, ni avoir ds étrangers pour chefs, ni permettre à aucun religieux de aire le voyage de Rome. Il détruisit deux mille vingt-quatre ""^^Quières, n'en laissant subsister que sept cents, et réduisit le nombre des moines de trente-sept mille à dix-sept mille. Ceux ¥'\\ toléra durent se livrer à renseignement; et il les dis- ^^"^ de chanter au choeur, ainsi que des autres pratiques nuk *h» à la santé.

fSS BÈGNE DES PHILOSOPHES.

Devenu radministrateur du temporel de TÉglîse, il constitua avec les biens confisqués un fonds ecclésiastique ; il en destina une partie à salarier les eurés , dont il augmenta le nombre. Il enleva aux évéques de Lombardie la direction des grands séminaires , qu*il remplaça par une école de théologie unique à Pavie, où il transféra le collège germanique de Rome; il y nomma naturellement des professeurs partisans des doctrines monarchiques, à qui Ton donnait en Italie le nom de jansénistes, tels que Pierre Tamburiui , coryphée de cette école:, et Joseph Zola , auteur d'une Histoire ecclésiastique jusqu^au temps de Constantin. Le bruit courut que son intention était de confisquer tous les bénéfices, et de rendse le clergé salarié de Fit* tat. Joseph alla jusqu'à tater lui-même les dépenses des liinérailles , prescrire les heures pour sonner les cloches et tenir les églises ouvertes. CTest pour cela que Frédéric appelait Tempereur Monjrére k sacristain, disant que, par malheur, il ne joignait pas au désir d*ensefgner la patience de sMnstraire.

Le prince de Kaunitz répondait, à tons ceux qui venaient ré* clamer et se plaindre , que toute considération doit céder à Tobligation où se trouve un monarque d'exécuter un système reconnu conforme au bien de ses sujets et à la prospérité de \n monarchie. L'empereur lui-même accomplissait tout cela avec Tabsolutisme d'un liomrae convaincu. Il répondait à un supérieur de couvent qui lui parlait de ses scrupules : Eh bien f allez-vous-en oà H n'y a point de pareilles lois; et à uniévêque qui , après lui avoir fait un long discours sur ses propres devoirs, hii demandait ses instructions : LHnstruciion est que Je veux être obéi. Un prêtre suisse , nommé Plorer, nommé dt* recteur du séminaire de Brunn , se vit repoussé par Tévéque en qualité de janséniste : il fut promu par l'empereur aux mêmes fonctions au séminaire devienne; et Tarehevéque Migazzi, qui le repoussait aussi , fut disgracié, et obligé de quitter son si^e. L*imiversité de Bonn fut fondée par des protestants , pour répandre les maximes de Joseph IL

Pie VI , ne voyant pas où s'arrêterait ce déluge d'innovations, s'en effraya ; et ses remontrances ayant été vaines, ainsi que les réflexions respectueuses qu'i] avait adressées à plusieurs reprises

UIFLUBKCB Dl L*SCOLI PHILOSOPHIQtJK. 189

à Fraiperair, il prit enfin le parti de se rendre en personne près de loi. ComiNen les temps étaient changés, depuis Tépoqne où io ptpes citaient devant eux les Césan I En vain cq|lx qui prévoraicnt les ineonTénients d'un pareil voyage cherchèrentis à l'en détourner : Pie VI, confiant dans sa cause, dans m aqwct imposant et sa vive éloquence, se mit en route , après avoir prié tme nuit entière sur le tombeau des saints apDires.

Joseph lui rendit toutes sortes d'honneurs; mais il évita d'en vfur avec loi à une discussion sérieuse, et il ne laissa per- MMe le visiter sans sa permission. Kaonitz, à qui le pape préseaia la main « la hii serra comme d'égal à égal , et ne lui parla fw de beaux-arts. Pie VI s'étant montré prêt à approuver certâses mesures, pourvu qu'elles fussent modifiées, il lui fit eoBiprendre que cela n'était pas nécessaire. « Le pontife, profottééMt affligé de l'inOexibllité de Joseph ^ rougissant d'un vain ctfréuMmial el «Tune vénération mensongère pout le saint^siége la iMncnt même où on le dépouillait de ses plus beaux privi- Mpt, quitta Vienne > après y avoir séjourné nn mois, en sup- HiM, au pied de ce même trône que les foudres du Vatican itiisBt ébranlé pins d'une ibis '. »

losqih rendit ensuite au pape sa visite à Rome, où il vécu en simple particulier, mangeant à l'auberge. On remarqai qu'au lieu de se servir du magnifique prie-Dieu qu'on lui >*iK prépané dans Saint-Pierre, il s'agenouilla par terre. Cepmdaut ce voyage lui fit mieux comprendre la difficulté de ré- Mra le pape à n'être que l'évêque de Rome; et il accepta Yïn^ Mlquele pontifie hri offrit pour la nomination à l'arehevécbé ctanx bénéfices de la Lombardie. Le pape dut céder même la «MîBation des évêques d'Italie au plrinoe qui avait aboli jus- 9i*ae couvent oà II était venu conférer avec lui.

ta» la politique extérieure , Joseph s'éloigna de l'esprit con ■M'ileui de aes ancêtres , en s'abandonnant à une vague ambi- Ina et à de grands projets irréalisables, dans Télat des cabinets

' One, BUMn de fo JfoiiarcAi^ otc/rieMeaiie.

MO fiisGNE DES PHILOSOPHES

Par la paix de Munster, les dix provinces belges restées les à TËspagoe s'étaient vu enlever leurs avantages commerciaux et la libre navigation de rEscaut^dansTintérét de la Hollande. Philippe IV avait vu sacrifier les Flamands fidèles avx rebelles Hollandais. L'accroissement de cette puissance avait amené la France à considérer les Pays-Bas catholiques comme sa barrière; et, par le traité d'Utrecht , ils avaient été laissés à r Autriche, avec Tobligation de tenir garnison dans un grand nombre de forteresses. Joseph H , visitant ce pays (1781) » résolut de les démolir pour la plupart; çt, sans sMnquiéter des réclamations qui s'élevèrent dans le sein des États Généraux, il déclara qu'il n'y avait plus besoin de barrière contre la Franee, puisque c'était une puissance amie. Acte arbitraire qui eut son chAtiment, quand la France , en révolution , se jeta sur ce territoire sans y rencontrer d'obstacles.

La mollesse avec laquelle la Hollande se plaignit enhardit Joseph à élever "ses prétentions ; et il occupa violemment des territoires sur lesquels elle avait juridiction. Il répondit aux doléances, selon sa coutume. 11 déclara obstinément quMl considérerait toute opposition comme une déclaration de guerre. Ceût été le comble de la lâcheté de céder à cette arrogante violation des traités. Les États placèrent donc mft escadre à l'embouchure de l'Escaut. Joseph II , averti par Kaunitz de prendre ses précautions , répondit : Ils ne tireront pas ! Pea de temps après, Kaunitz lui adressait une dépêche ne contenant que ces mots : Ils ontMré, En effet, les Hollandais, sans s'effrayer des menaces , inondèrent le pays, et se virent aidés par la France. Kaunitz, désireux de conserver l'amitié de cette dernière puissance, fit accepter sa médiation.

Joseph insistait pour que l'Escaut fût libre, et qu'on lui cédât Maestricht ; mais il se contenta de dix millions de florins; et les Hollandais refusant de les payer, Louis XVI en donna quatre et demi. On abolit le traité des Barrières, et les entraves imposées , aux Flamands.

I^es entreprises de Joseph contre la Turquie réussirent moins encore ; il se vit réduit à une désastreuse retraite. Jamais la maison d'Autriche ne s'était attaquée ainsi aux intérêts des an-

hvfldbugk de l^école philosophique 141

très penfiles et aux principes du droit public \ aussi les publieistcs et les cabinets se récrièrent-ils » et un mécontentement gênerai éclata parmi les peuples. Une insurrection complète eut lien en Transylvanie. La Hongrie, la visière liante, résista aux décrets qui supprimaient le servage et Tusage de la langue nationale , qui imposaient une contribution unique et le recrutement militaire. Ce qui fut surtout un outrage pour les Hongrois, ce fat la translation à Vienne de la couronne angélique, à laquelle la natioD croyait son existence attachée. L^ plaintes curent tant de retentissement, que Joseph II fut forcé de la restiiiier, en rétablissantles états provinciaux et Tancienne constitution.

Les diverses provinces de Belgique soumises à TAutriche ■ joaissaient chacune d^une constitution particulière, queTempernir s'était obligé de conserver par le traité d*Utrecht; au cas coatraire, elles pouvaient lui refuser robéissance, aux termes éePart 59 de la Joyeuse entrée.

L'Autriche les possédait comme en usufruit ; en outre, elles lui servaient , bien que détachées , de barrière contre la France , et la mettaient en contact avec les puissances maritimes. En 171 7, le gouveroear, marquis de Prié, voulut restreindre leurs privilèges ; mais Bruxelles se souleva, et le chassa. Annessen , chef àe la sédition, fut décapité par les Autrichiens : les Belges le misidcrèrent comme un martyr, et les morceaux de la hache qai avait servi à le frapper furent vendus comme des reliques. Jowph II 8*en vmt bouleverser tout dans ce pays , comme il avait fait en Italie. Mais le commerce , la liberté , la foi , sauvèrent la nationalité belge, en amenant une révolution qui mérite d*étre étudiée , parce qu'elle ressemble au fond à celle de 1S30, malgré la différence des circonstances.

Joseph débuta par un tel déluge d'ordonnances, qu'en raonée 1786 le conseil de Flandre lui représenta que CharlesijQint, en cinquante ans, en avait rendu rooin^que lui en

* (Test-Mire les ducliés de Brabant, de Gueldre, de Luxembourg; le» limités de Flandre, de Uainaut, de Namur; les seigneuries de Malîaa et de Tournai.

14!l BEGIVE DES PHILOSOPHES.

quelques années. Puis , dans ce pays soumis à an clergé puissant , et qui fondait sa morale sur une piété profonde , il défendit les processions et les pèlerinages , supprima lescoayents, con6a rinstruction aux séculiers. II substitua aux séminaires diocésains un séminaire général à Louvain y avec des professeurs de son choix ; et, dans le plan des séminaires généraux. Il ne cacha pas Tintention de « substituer à la théologie catholique les sciences, la physique, la chimie, Vagronomie, Véconomie politique; ni le dessein de faire succéder, à Téducation monacale et à Tégoïsme des couvents , Tenthousiasme de la patrie et rattachement à la monarchie autrichienne ; d'écraser Thydre ultramontaine , d'établir le règne des lumières. »

Les séminaristes lui présentèrent unanimement une pétition « à Teffet de rester soumis à leurs évéques respectifs pour la discipline et le dogme. L'université de Louvain, qui se disait fondée pour étfe le boulevard et le soutien de la foi catholique , se déclara eontre le nouvel enseignement; et Joseph la transféra à Bruxelles. Trouvant que sa sœur, gouvernante de ces prorinces, avait trop d'indulgence, il la rappela, et la remplaça parle comte Trautsmandorf , qu'il Investit d'uue autorité illimitée. 11 congédia le nonee apostolique ; appela à Vienne Farchevéque de Malines, pour se Justiûer; déposa et exila celui de Namnr, en réprimanda d'autres , et expédia des ordres portant que son édit sur l'établissement du séminaire général à Louvain devait être obéi sans retard et sans réplique. 11 supprima les couvents de moines réguliers qui n'obtempérèrent pas à cette injonction; abolit les abbayes et les églises, ainsi que la fameuse^ société des Bollnndistes.

Joseph II réforma ensuite de fond en comble l'anciei» gOB- Tcmement : il substitua au conseil d'État et aux autres corps constitutionnels un gouvernement central ; supprima les justices patrimoniales, en établissant de nouvelles cours dépendantes de la cour suprême de Bruxelles. Il anéantit les stipulations de la Joyeuse entrée , et détruisit la nationalité des Pays-Bas, en les déclarant provinces de la monarchie autrichienne ; enfin il ordonna « à tous ses sujets, sans distinction, d'obéir» sans réplique ni retard , à tous les ordres de ses agents , lors

IRFLUEflCB W L'KCOLB PHILOSOPHIQUE. 149

mémequ'iJi pirattraient exeéder les limites de leur autorité. » iJ en réiiiita d'abord un soard frémissement; puis , comme OD TooJait transférer uo prévenu à Vienne,, contrairement au droit des Braban^ns d'être jugés dans leur pays par leurs conàtffiftDê^ le peuple ae le?a en tumulte, les États refusèrent les fldMîdn annoeb, et, leur hardiesse augmentant, ils exposèrent ian griefr. Le eonaeil de Brabant abolit les nouveaux tribu* imb; l'arehiduGhesse Marie-Christine et son mari le duc de SÊsi^Tnàiea furent obligés de promettre le rétablissement des pifilégei.

Un Beiges pourtant se montraient disposés à obéir; mais ils vMJaieDt que les États fussent consultés. Au lieu défaire droit à l0ar dé^r, Joseph II envoya des troupes. Kaunitz voulait ramcoer à un arrangement : Le feu de la révolte^ lut dit Tempmr, aet'é/efn^ que dans (e sang. Il inscrivit, sur une récla- ■ttioa du cardinal de Frankerberg : Uarcheoéque doit plier oseuier. Mais lorsqu'il vit les Brabançons en appeler à Dieu ctàleirépée» seorâifédéreret s'armer, il s'effraya; et, ses itode bien public l'évanouissant, il s'aperçut qu'il avait perdu r<opinion dont il s'était fait une idole. Il versa des larmes , dé- ^ qu'il avait été abusé par de faux rapports, et en revint n 'nuDder conseil à Kaunitz, qui l'engagea de nouveau à des ^>MeBions; mais il était trop tard. Joseph II s'adressa au P*^« pour qu'il invitât les évéques à la soumission : il de- ■>iétf des seeoors , mais FEmpirc ne s'y prêta pas. La Prusse ^*>tttait,aneontnire, ces haines; la France avait bien d'autres noteras; l'An^eterre avait été offensée et trahie par lui ; la "l^viais le menaçait ; les États liéréditaires frémissaient. U expédii teedes troupes pour en finir, et il dit : Le plus ou moins ^^qne peut coûter une telle opération ne doU pas être *^ M compte..,: Je récompenserai mes soldais comme s'ils *M<ml combattu les Turcs *. Ses troupes, commandées par ^^^^, furent battues; la Flandre se souleva comme le Bra- ^ ; Giad fot bombardé , mais la garnison en fut repousses , de Béme qu'à Bruxelles ; et la désolation des villages n'ero

*Uttf«du31 octobre 1789.

144 KÈGiNE DES PHILOSOPHES.

pécha pas le cri de Tindépendance de retentir de ville en ville.

Mais, comme il arrive toujours, les dissensions intérieures commencèrent. Le parti de Pavocat Van der Noot penchait pour que Ton revint à TAutriche, ne réclamanti^u'un metikur système de représentation dans les États, dont il défendait les privilèges. Mais Tavocat Vonck, plein d'ardeur pour les idées révolutionnaires, aspirait à Tindépendanee et à la souveraineté. Les vonckistes s'appuyaient sur leurs seules forces; les autres espéraient dans Tétranger et surtout dans la Prusse, désireuse d'affaiblir TAutriche. Mais la fausse politique du cabinet autrichien , s'effrayani des anciennes franchises que réclamait Van 'der Noot , caressait les vonckist€s ; c^est-à^ire qu'elle excitait les masses , tandis qu'elle persécutait les modérés, qu'il eût été possible de satisfaire.

( f 790. ) Dans le principe, les deux partis tombèrent d'aooord : ils signèrent une confédération des États belges unis, établissaet un congrès souverain de ces États, dont chacun conservait S(m indépendance. Une pareille oligarchie déplut aux vonckistes, qui, se récriant contre l'idée de se fier aux étrangers, disaient qu'il ne fallait pas les attendre , mais mettre toute sa conGance dans le peuple, et s'insurger. Quoiqu'ils eussent, en effet, poussé à prendre les armes, et que Jeur cause eût triomphé, les aristocrates l'emportèrent, et punirent leurs adversaires de l'emprisonnénieni et de la confiscation. Joseph put se réjouir de ce que Tambition , qui avait causé sa ruine ^ tournait aussi au détriment de ses ennemis ; mais il mourut sans avoir tu leur chute,

A regard de l'Empire, Joseph tenta des excès de pouvoir du même genre , quoiqu'il n'en fût que le chef électif. Il annonça l'intention de corriger divers abus , et notamment ceux de la chambre impériale de Veztlar en matière de juridiction. Elle exerçait, conjointement avec le conseil aulique, la haute justice en Allemagne. Mais si ce conseil , placé sous les yeux de l'empereur, resta dans les limites du devoir, l'autre abusa de l'espèce d'indépendance dont elle jouissait, et elle fut accusre de prévarication, de négligence, de partialité; d'un autre côté) ses membres , en hostilité entre eux , formaient deux fac-

IRFLUKHCB DB L*ÉCOL£ PHILOSOPHIQUE. 145

tioos flmemies, qui B*entrayaient réciproquement. Les empemn avaient cherché plusieurs fois à y remédier. Joseph Toulut T donner suite ; mais dix années se passèrent en discussions de grande importance alors , sans ancun intérêt aujourd'hui.

EoTertud^on usage antique , les empereurs pouvaient donner des Idtres de pain ( Panisbriefes ) , dont le porteur obtenait, de certains coorents , la nourriture , le vêtement et le logement. Jott^ Toolat les soumettre tous à cette obligation , et fiiire entretenir ainsi ses propres serviteurs ; mais la plupart 8*y refusèrent, et Teropereur y compromit en vain son autorité. On vit eoinliien cette autorité était faible , lorsque Joseph , qui n*avait point de fils, voulut âdre élire roi des Romains , non son frère , nais François , son neveu bten-aimé , préférence qui jeta la discorde dans la lamille impériale.

Les entreprises de Joseph sur la Bavière causèrent dans FEmpire de plus graves mécontentements. Cette maison électorale , inné de la branche cadette des Witteispach , s*étant éteinte en 1777, Fâecteur palatin , chef de la branche aînée, revendiqua Hiéritage. Mais Télectrice veuve de Saxe élevait des prétentions nr les biens allodiaux ; Joseph réclamait , en qualité d*empenur, quelques fiefs dont cette maison avait été investie séparénent; Marie-Thérèse en revendiquait d'autres , comme reine lie Bohême et archiduchesse d'Autriche : c^était en réalité pour >nondir ses f.tats. On alla déterrer dans les archives un di- N^edel426; et Charles-Théodore , électeur palatin, pour <seeéder tranquillement au reste de rbérltage, consentit au démembrement. En conséquence, T Autriche occupa les pays dont Ist fonné le cercle de Tlnn , sans en rien donner aux lignes in- ^ôcssées. Mais Joseph , qui aspirait à arrondir son duché pa- 'cnid, en échangeant la Bavière contre les Paj's-Bas , trouva la compensation bien chétive. Il proposa donc cet échange à la ■ûson palatine avec le titre de royaume de Bourgogne, en apaisant avec de Targent les prétentions des collatéraux.

Joseph croyait pouvoir tout oser, dans Tétat d*épuisement où se trouvaient la France , TAngleterre , TEspagne et la Hol- ^sde, après les campagnes d* Amérique. Frédéric H jouissait en piix des fruits de la guerre ; et Tempereur ne pensait pas qu'il

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