‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 36 sur 127 · L^OPINION PUBLIQUE · texte numérisé non relu

L^OPINION PUBLIQUE

ha Mémoires tie Saini'Simon révélaient les turpitudes du palais, rapetieaîeDt le grand roi , mais rabaissaient plus encore la noblesse qoi rentourait, inutile , vicieuse et rampante. Le Tartuffe niUe la fausse dévotion; mais il lui sera impossible de ne pas titeindre aussi la vraie, tant qu'on n*aura pas trouvé le moyen k b sauver du reproche d'hypocrisie et de mauvaise foi. C'est pooreela que le parlement s'opposa à la représentation de cette pièce, qui Ait ordonnée par le roi. 11 arriva le contraire avec Beau- ■arehais (1732*1799). Continuateur de Voltaire, et comme lui porté au bien par pur intérêt, il parut quand les idées philosophiques avaient déjà fait leur chemin ; il leur donna cours davanli|e,en les personnifiant. Beaumarcliais était venu à Paris pour Ci^oonDaltreun nouveau ressort d'horlogerie qu'il avait inlaté; il se jette dans les affaires, s'occupe de douanes, et, « au\ iKvesque d'autres emploientà chasser, à boire, à jouer, * il écrit dis eomédies vaille que vaille. Accueilli à la cour, il y apprend la nosique aux filles de Louis XV, essuyant parfois à Ver« CttOcs lei mortifications inévilables aux parvenus '.

Ce n'était point un écrivain de génie, mais qui résumait en lui &»te la critique, toutes les attaques des libres penseurs du tnops. Ce fut le peuple qu'il {Hrit pour juge, lui sorti du peuple tt rrsté peofde , bien qu'il fûtdeyenu une espèce de personna^, écrivain popidaire, pétulant, railleur, souple, malin et untout patient comme le peuple.

Un procès dans lequel il se trouve engagé lui donna l'occasion ée s'adresser à un conseiller du parlement Maupeou , nommé CoézmaD: il en obtient une audience, et s'assure sa faveur

nrennant cent louis et une montre de prix. Comme il perd sa !, on les lui rend ; mm il prétend avoir donné quinze louis de plus. Le conseiller lui intente un procès en calomnie. Beau^ ■an^jjis prend le public pour juge dans ses Mémoires^ ouvrage

' Un f^entilbomme le rencootrant à Versailles en grande toilette : Eh ! ^mncmr Beaumarchais^ lui dit-il, ma montre va mai; tfoiflfe>|r dtt9cum coup d'œil. — Voionièers;maUprenc%gardeJene m'y «•latés gnère. Comme Taulre insiite, il prend la montre, et la laîMO Je nms Tarais bitn ëii, reprcDd-il , que yélais maladroii,

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étincelant de vivacité, méiange charmant, malgré son inconvenance , de satire , de comédie , de roman , de pasquinades , où il bafoue, avec une malignité pleine de verve et de bon sens, les nouveaux parlements. Voltaire, qui les avait lus quatre fois, disait : « Il n*est pas de comédie plus amusante , point d'histoire mieux racontée, point d^affiedreépineuse mieux éclairde. Cestee quej'ai vu de plus singulier, de plus fort, de plus liardi, de phis comique , déplus intéressant, de plus humiliant pour ses adversaires. C'est un véritable arlequin sauvage , qui renverse toute une patrouille. » Beaumarchais fit entendre le premier un root qui devait avoir dès lors un long retentissement, quand il 8*é» cria : Je ne suis nico^artlsariy niabbé^ ni gentilhomme j nifinanr citr, ni favori, rien de ce qu'on appelle puissance; Je suis «• ioyen; et le public de s'étonner. On avait vu des rois eombattre des rois, des parlements s'opposer à la justice des rois, jésuites et jansénistes s'attaquer avec des thèses et des bulles ; mais un homme seul, un accusé sans aïeux, sans Êimille, saas protecteur, lever la tête si liaut devant le parlement , et refuser, lui plébéien, de se laisser écraser par un conseiller, et pourquoi? parce qu'il était citoyen.

Les uns applaudissent , en haine du parlement Maupeou ; les autres accusent cet audacieux ; tous prêtent l'oreille à cette voix retentissante qui n'appartenait ni au forum ni à ladiaire. >. Le parlement Maupéou, qui était juge dans sa propre cause» furieux de la publication des Mémoires , n'osa pourtant con* damner l'écrivain, et se contenta de lui infliger un blâme dé^ honorant. Le public proteste; un prince l'invite à sa table; Il oour se déclare pbur lui , et le citoyen Beaumarchais triompha^ lie public le porte aux nues; bientôt les pariements tombent^ et l'esprit révolutionnaire grandit.

t Beaumarchais, à coup sûr, ne valait pas mieux que ses coi temporains : il avait eu des procès pour adultère, pour malv< sation ; on l'avait accusé d'avoir fait périr ses deux femmes, qu'importait au peuple la moralité de son favori ? il ne tenait qu] ses propres passions, exploitées à propos. Beaumarchais posa, h quelque temps de là , le Mariage de Figaro, coi dans laquelle il tournait la noblesse en ridicule, comme il av]

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fritdeia magistrature : véritable pièce eneydopédique, étoniiBte par la multiplicité des caractères et Faudaee de la concseption. Se jouant au milieu d^uoe vaste intr^ue dont il sait tiitr des situations fortes et plaisantes, il bat en brèche la morale, la l^slalion , la religion, la politique, la métaphysique néme : il demande ce qu*ont fait les nobles pour jouir de tant d*araDl«ge8, sinon de se donner la peine de nattre?

Louis XVI, scandalisé , jura de ne jamais laisser représenter h pièce : Beaumarchais jura qu'elle serait représentée, fût-ce uMwUiieu de Aotre-Dame; et le roi de Topinion l'emporta sur le roi de la forée armée. La noblesse fut la première à solliciter qse Ton laissât jouer cette pièae, manifeste de guerre dirigé eootre dle-méme, où tous les abus qu*il était défendu à la presse ée dénoncer allaient se produire sur le théâtre , avec Texagéra* te de la satire et la vivacité de Taetion scénique, en mettant à BU des plaies que le gouvernement ne se croyait pas en meme de guérir. A coup sâr la représentation de cette pièce fut fndes préliminaires les plus importants de la Révolution. Le peuple aceourut en foule aux représentations; mais, à la ioiiante-quatrième, Beaumarchais fut arrêté, et conduit dans b maison de correction où Ton renfermait les mauvais sujets. Cetait un châtiment absurde d'un délit triomphant. Peu de tnaps après, la pièce était jouée à Trianon ; la reine de France icaplisBait le rôle de Rosine, et le prince qui devait être un jmr €hari«s X y représentait Figaro !

Le gouvernement n'avait pas plus d'énergie pour s'opposer à rirruption de livres dont il sentait le danger. La censure pouvait empêcher l'impression d'un ouvrage, mais non l'introdnetioii de ceux qui venaient de l'étranger. Or les écrivains s'ciaieDt gênés par aucune entrave en Angleterre. On pouvait en Pmse attaquer la religion et le système des autres gouver* ; renseignement était libre en Hollande , et les calvifirançais réfugiés répandaient , de ce pa)'s , la haine contre leurs persécuteurs ; Genève donnait en outre Texemple d'une canstitntion républicaine. Parfois on décrétait qu'un livre serait brûlé ou lacéré par le bourreau; mais la curiosité n'en était , et il suffisait qu'un livre fût défendu pour qu'on

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