LE TIERS ÉTAT. — L'OPINION PUBLIQUE
« Cette liberté s'offrait h nous, dit encore Ségur, avec lous les attraits de )a gloire ; et, tandis que des hommes plus mûrs et les partisans de la philosophie ne voyaient dans cette grande querelle qu'une favorable occasion pour faire adopter leurs pria cipes , pour mettre des limites au pouvoir arbitraire et pour donner la liberté à la France , en faisant recouvrer auxpeopta des droits qu'ils croyaient imprescriptibles, nous, plosjeuneii plus légers et plus ardents, nous ne nous enrôlions sous les enseignes de la philosophie que dans Tespoir de guerroyer, deooos distinguer, d'acquérir de Tbonneuret des grades; enOn, c'étût comme paladins que nous nous montrions philosophes.
« Mais il arriva tout naturellement qu'en nous dédanni ainsi, par une humeur d'abord toute belliqueuse , les partisan et les champions de la liberté, nous finîmes par nous enflamoM de très-bonne foi pour elle.
« Après avoir lu avidement tous les livres, tous les écrits qn se publiaient alors en faveur des nouvelles doctrines, nous devînmes les disciples zélés de ceux qui les professaient, et le adversaires des preneurs de l'ancien temps, dont les préjugéi la pédanterie et les vieilles coutumes nous semblaient alors ri dicules '. »
C'est avec ces idées qu'ils revenaient d'Amérique. La FayetU l'homme le moins résolu du monde , paraissait à la cour ave l'uniforme américain ; et l'on voyait sur la plaque de sou cein turon un arbre de la liberté , qui s'élevait sur une couroime i un sceptre brisés. On l'entendait dire : Nous autres républi cains. . . nousautres sauvages... Un roi est ua instrument po^ le moins inutile.
Le contraste avec les institutions, avec les anciennes forme n'en devenait que plus frappant. Le roi jurait encore , à so sacre, de persécuter les protestants * et d'envoyer les duellisti
' Ségur, Mémoires,
' « Lo roi Jurait toujours , comme aux plus mauvaises époques < fanatisme religieux, ôi* exterminer les hérétiques. La solennité se fil Reims, malgré Tinsistance de Turgot, qui demandait que le sacral lieu àr Paris : ce fut une victoire de l'incrédule Maurepas. Mais on < que Louis XVI, qui était bon et qui voulait rester sincère, n^osa risqi
^AT DE L*Et]ROPB A L4 FIN DU XVIIl^ SIECLE. 37S
arédis^Hid. i^dantque les Français combattaient pour la lîkité m Amérique , un édit déclara inhabiles à remplir le grade de capitaine quiconque ne prouverait pas quatre quartiers de noblesse, et tout roturier Inhabile à remplir celui d*ofGcier. Qnod Boneerf démontra , dans les Incont>éments des droits jnànix, que non-seulement ils répugnaient à la raison et à la JKtiee, naisquer Tintérét même de ceux qui en jouissaient leur msaUait de les laisser racheter, et qu*il invitait le roi à en donerrexemple dans ses domaines, le parlement condamnait kiiTivan feu, et Turgot avait peine à sauver Tauteur de la pBOD. Iâ philanthropie des philosophes et le hasard de quelfvs procès retentissants avaient mis en évidence les vices des ^nws jadietaires , l'horreur des cachots, l'abus des lettres de c*'^; et désormais il ne se débattait plus une cause , sans que A piefs revinssent sur le tapis. Cependant le parlement ne <>»eitit pas à donner plus de garanties à l'accusé. Quand Mi- B^i qui avait été victime de l'arbitraire , publia un livre <i*lre les lettres de cachet, en faisant une horrible peinture des Noos d'État de Vincennes , Louis XYI changea la destination ^ccs cachots, et, dans sa bonté, les convertit en greniers; ">tt le peuple, admis à les visiter, au lieu de louer la pieuse yvrosité du monarque , s'en fit un point de comparaison pour ^^^m lotts un jour plus afïreux les prisons de la Bastille.