ÉTAT DE L'EUROPE A LA FIN DU DIX-HCTTIEME SIECLE
^ de repousser les idées nouvelles , les princes appelaient n ministère les créatures de la pliilosophie , mais sans la force ^ Itt soutenir. Une fièvre d'innovation avait envahi les âmes , ^^'^ffosa de mouvement , d'occupation , d'énergie ; ambitieuses ■exercer leurs ûicultés, en proie à cette vague inquiétude qu'on ^P'^e lorsqu'on se sent mal, sans savoir comment s'y prendre Kor être mieux. La philanthropie remédiait à certains maux;
^"«dle fonnnle, et y substitua quelques niofs inintelligibles, quMI ^""^ en rougissant. » Au. Rbnbe, Hisi. de Louis XVI,
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mais le peuple ne voulait pas de raumône , il lédamait la justice. Dans ses accès d'enUiousiasme, épbénièfes mais puissants, la France proclamait des théories excessives, qui, flattaatks imaginations, avaient du retentissement dans TËurope entièn.
En effet, ces maux et les remèdes qu'ils appelaient n'étatest pas limités à la seule France. De même que, dans le siècle précédent, Louis XIV et sa cour avaient donné des règles au monde, dans celui-ci la France et ses opinions exerçaient sur tous la pays une influence contagieuse; et, comme pour rendre plss évident Tempire de l'opinion , ce royaume avait à sa tête us nwnarque faible, tandis qu'autour de lui régnaient des souvenios pleins d*énergie.
A la faveur d'une langue désormais universelle et d'uoefedlité séduisante , les idées des encyclopédistes se propagesiest partout; partout on briguait leur suffrage, en reprodnisial leurs opinions-: Fégalité enUre les hommes, la souverainelé do peuple , la négation de tout droit antérieur et supérieur aux eo» ventions,rinutilité des prêtres, étaient devenues des axiomes; et la bataille littéraire et philosophique préparait la bataille pO' litique.
Bien n'y contribua autant que rébranlement apporté aux idée du juste par la politique de ce temps. La paix de Westphala avait remanié l'Europe sur de nouvelles bases. Les rois ] avaient établi la légitimité comme doctrine sociale, et Téquilibn comme principe diplomatique. La. politique se soutint qudqw temps sur les principes traditionnels, sur les coutumes natio nales, enfin sur les bases morales, lors même qu'elle eut détnii les bases religieuses. Mais, dans le dix- huitième siècle, dl* devint un marché d'hommes , renia le respect des opinions substitua l'intérêt au droit, les ambitions dynastiques au biei des peuples; elle n'eut d'autre règle que la force matérielle d'autre but que les agrandissements, sous le prétexte d'arrondi les territoires ; et, comme moyens de se les procurer, que le armes et l'argent. La suprématie appartint h celui qui avait I plus grand nombre de sujets et Tarmée la plus forte.
Jamais n'apparaît une idée grande , un but élevé dans 1 mouvement politique de ce siècle : ce sont partout des a
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eoDtnetées m rompues par le eaprice de rois , de mi* ■stTB 00 de faToris; des nations hostiles se liguant pour oom- InttR leur allié naturel. Procurer quelque couronne aux fils (foM prineesse intrigante, devient un intérêt européen; la di* pbnabe tergiverse; Fégoîsme dirige les cabinets; on conclut fa paeta de Aunille ; l'esprit mercantile met un obstacle h toute më&k^ et préfère au bien, à la tranquillité de FEurope, les mniaga du commerce, d'une maison, d'un individu.
Grâoe aux philosophes , on n'en était plus à « ces temps K&eoreDx , comme les appelle Botta , où les menaces et les ponesses de la vie future réglaient la machine sociale. » Les Inttés étaient rédigés eaprès en termes ambigus, et Ton affectait écininer les négociations en longueur, pour esquiver les salirons demandées ou pour continuer à dévaster. Les guerres Paient par lassitude, n'ayant commencé que dans un misé* nMe bot L'équilibre fut calculé, non sur les grandes lois de la Nice, mais au poids et à la mesure des convenances et des ^ités. La guerre pour la succession autrichieune mit h nu le ^ de ee droit public; et les rois, ne tenant compte ni de la foi j*^i ni des conventions arrêtées avec Charles VI, se jetèrent »r son héritage comme sur un bien sans maître : l'on ne Mdéra point dans le partage le droit positif des peuples, mais b itipabtions des princes. Marie-Thérèse, persuadée qu'une P^é légitime lui avait été enlevée , garda rancune h la ^^t et épia toutes les occasions de lui reprendre ce qu'elle ^ eédé. Charles VT livra les Corses, après leur avoir promis ^amnistîe; la Prusse envahit en pleine paix la capitale de la ke; et r Angleterre, avant de déclarer les hostilités, courut sus ^b flotte française, et ensanglanta le Canada.
ToQs les souverains ne songent qu'a consolider le pouvoir ^L Frédéric II cousidère l'État comme une machine , et '^ le bonheur de l'homme au bien-être extérieur. Louis XV, ^iàts voluptés grossières, insulte h la décence et h la morale ; * Angleterre, les Walpole introduisent la corruption comme *Ofen de gouvernement , en substituant l'avidité et l'égoïsme ^ sentiments profonds et généreux de la patrie et de la ^mce. Que deviendrait P Angleterre, disait un ministre, #é
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elle devait toujours être juste avec la France? £o Portugal) on insulte au bon sens par des procès absurdes, suivis d'exëcutioot atroces. Joseph II attente à la nationalité de la Bavière et détruit celle de la Pologne; c/est-à-dire que les rois eux-mêmes sapent le droit de la légitimité.
L'armée devint la dernière raison des princes. Aucun effort ne parut trop grand pour l'entretenir. En donnant dans Texagération , la guerre dut dépendre entièrement des liiMiQces : Targent venait- il à manquer.' elle languissait, pour se ravi^Yr dès que les coffres étaient remplis. Les petits États eux-mêmes se virent contraints à d'immenses sacrifices : de là, des subsides au deliors , des extorsions à Tintérieuc; et les privil^es que chaque peuple conservait avec un respect traditlonoel furent foulés aux pieds. On calcula donc le nombre des soldats, et non le courage ou la volonté, ni (ce qui échappe à la mesure) la force intellectuelle et morale. L'armée s'interposa ainsi , comme une barrière, entre la nation et les rois. L'armée battue, que restaitil.^ Les faciles conquêtes de la Révolution sont là pour le dire.
Après avoir mis la morale de côté, les rois se trompèrent encore dans leurs calculs. Un petit fief de la Pologne s'augmente d'agrégations hétérogènes , qui n'avaient d'autre lien commuu que l'administration : venant à se séculariser au leniff de la Réforme , il prend place parmi les puissances de secoii ordre : bientôt il se rend , par ses forces militaires , un allii précieux pour les grands États ; il devient le centre des affectioB nationales et protestantes de l'Allemagne ; de telle sorte qiiii pendant la guerre de sept ans , une moitié de l'Empire se dé tache de l'autre , laissant sa constitution ébranlée, quoique! politique prussienne n'ose compléter définitivement la séparation • Un barbare ^ à qui , lors du traité de Westphalie, on vé refusé même le titre d'altesse , enlève à la Suède le terntQfll| dont il a besoin pour se bâtir une capitale ; à la Turquie, mer pour s'en foire un port; à la Pologne, des provinces communiquer avec l'Europe, à laquelle bientôt il impose la Une barrière demeurait contre lui et contre la Turquie, c ia Pologne \ et les puissances l'abattent. Les puissances copl tageantes s'aperçurent tardivement qu'elles s'étaient préparé^
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éxnf^ iDeiuçant dans le voisîDage de cette Russie qui 8*avançait jusqu'au cœiur de TEurope, avec ses populations sauvages ans doute, mais aussi avec des villes policées , avec des tra- (iitioos et des arts. D'ailleurs Texemple restait dans son immo*
raiité.
Us prioces, se sentant forts, firent bon marché des bases sur -^ Ifigudies reposaient leurs trônes , et de cet équilibre quMts inient proclamé comme principe suprême. L'Angleterre surpaie tous les autres Ëtats en richesse et en commerce ; elle. pao<iit dans les tempêtes du continent , qu'elle déchaîne ou ealineavec son or; et la guerre d'Amérique lui fait jeter sur la FraQce on regard irrité. La Russie sort aussi de ses limites, et d^ire une rupture , afin d'acquérir la Finlande et la Turquie. Litalie est ouverte à tout venant, parce qu'elle n'a plus de volonté nationale : des deux puissances prépondérantes , le Piment ne suffit pas pour en exdure la France; et il ne se ^ve pas défendu contre l'Autriche , ce qui lui fait convoitée le Milanais et l'État de Gênes. L'Autriclie ne peut arriver dans ^ possessions qu'à travers le territoire vénitien ou le pays des Grisons; aussi désire- t-elle s'en emparer. Cette puissance, '^die malgré ses pertes, a ruiné son principe conservateur Poor eavahir. Elle a des voisins partout, et des frontières nulle P>rt; la Lombardie lui rend l'Italie hostile; la Relgique lui aliène li France; elle conserve l'honneur coûteux de régir l'Empire, nachine rouillée, qui s'agite toujours sans être en noouvement. ^ Prusse , qui est devenue grande, perd de sa force à la mort ^ Frédéric II. Parmi les puissances d'un ordre inférieur , l^^agne ne conserve rien d'ancien que l'inquisition : c'est. ^me une colonie française , comme le Portugal est une. colonie britannique; toutes deux dans l'impuissance d'agir par ^mémes. Les républiques sont agitées par les partis ; la Tvn]uie et la Pologne sont en proie à Tanarchie. Il y avait donc ^ sentiment de malaise général, et cette inquiétude qui naît du ''^ de s'organiser sans en posséder les moyens.
I-es princes d'Allemagne s'étaient ingéniés à imiter la cour de ^ XIV : c'étaient des fêtes, des galanteries, des spectacles : ^ ^ tout empreint de ridicule , parce que tout était d'imitation
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et contre nature. Ils ramenaient de leurs voyages habituels en Italie de véritables harems ; ils avaient pour occupation suprême les costumes, les uniformes^ les parcs, les parties de chasse. On connaît les folles dépenses de Frédéric- Auguste , électeur de Saxe, qui jeta deux cent cinquante millions de livres à ses maîtresses , et qui donna, dans le camp de Blûhlberg, un dîner qui dura trente jours, où étaient invités quarante-sept rois et princes. A ces puérilités ruineuses venaient se joindre les intrigues , les rivalités de cette féodalité énervée, et les efforts pour obtenir un titre ou une prééminence, pour monter d*on grade dans la hiérarchie. Chez les princes-évéques il y avait en outre le scandale ; et chez les ordres militaires le vœu de chasteté n*était qu'un sacrilège de plus. Tels étaient ces petits princes, qui imitaient la France tout en la haTssant, parce qu'ils avaient eu pour instituteurs des réfugiés fran<^ais. On voyait les bustes de Voltaire et de Rousseau dans les cabinets àes électeurs ecclésiastiques et des chanoines à seize quartiers. Frédéric n accorda la liberté de la presse pour les matières religieuses, afin que Tattention se détournât ainsi des questions politiques : hùisonnez tant que vous voudrez, disait- il, sur ce que votis voudrez, pourvu que vous obéissiez.
Pour mieux se jouer de Topinion, ces princes, qui mettaient le machiavélisme en pratique, prenaient les idées de Montesquieu pour base des nouveaux codes , et proclamaient la justice , la tolérance, la philanthropie; ils supprimaient les privilèges, mais pour les accaparer. Il en résulta que ces innovation^ irréflédiies ne prirent pas racine, et que partout les successeurs se hâtaient de détruire ce qu'avait fait celui qui les avait précédés. Pombal avait concentré en lui toute Tactivité du Portugal , et réduit le peuple à n*étre rien ; Marie défit ses œuvres. Joseph II mourut désolé des conséquences malheureuses de ses bouleversements, et Léopold rétablit Tancien ordre de choses. Maurepas détruisit la réforme de Choiseul; Galonné, celle de Necker. Quî'en résulta-t-il? Les peuples, ébranlés dans leurs convictions, crurent qu'il n'existait rien de stable, et qu'ils pouvaient aussi préparer ce qui leur semblait le meilleur, sauf h se tromper, comme a^étaient trompés les rois.