‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 4 sur 127 · L'EUROPE · texte numérisé non relu

L'EUROPE

l'Europe ; il appelle la civilisatioD du dehors au détriment de son développement original , et sa puissance s^accrott aipsi que son influence.

La France, qui jusque-là avait dirigé avec hauteur la politique européenne, se trouve descendue au second rang, quœqu'elle eât réussi à dominer de l'autre côté des Pyrénées >. Mais le-progrès intellectuel vient constituer pour elle une nouvelle influence ; et si, dans le siècle précédent, elle avait enfinité des che6-d*ceuvre dont la perfection rappdait les temps de Périclès et d'Auguste , elle va répandre dans celui-ci ses idées par toute l'Europe. Mais à cette propagande des doctrines s'associe la dépravation morale : les classes moyennes sont saines, les hautes classes sont corrompues ; ta raison populaire devance de beaucoup celte du gouvernement : de là entre les pouvoirs des limites mal déCnîes, une administration vacillante «t dedans, une politique sans énergie au dehors.

La Pologne s'obstine à ne pas se transformer, à ne pas avancer; et le moment viendra oà elle se verra conquise sans avoir combattu.

La Suisse conserve l'esprit militaire , mais pour le service d'autrui ; elle gagne dé l'argent , et perd de sa oonsidération.

En Italie Tétraneer règne sur la Lombardie, où il s'àpi^ique toutefois à régénérer ce beau pays. Un demi-sièclé de paix va permettre aux habitants d'acquérir des ricbesfles et de la science ; mais, n'étant excités ni par de grandes craintes ulpar de grandes espérances , ils s'amollissent, et l'on verra dans ce pays

' C'est earaisoQ même de ce résultat , que Louis XIV avait pouisuivi douze ans au milieu d^une guerre désastreuse , quil est permis de contester ceUe assertion de Thistorien : que la France était tombée alors an second rang des puissances. Il est vrai qu^elle était sortie des grandes guerres de Louis XIV épuisée dliommeset d'argent; mais les antres États n'avaient pas été épargnés davantage; et si plysieum d'entre eux y avaient obtenu d«s accroissementa de territoire, la France s'était assuré dans TEspagne une alliée. On vit d'ailleurs, dès la première guerre qui vint à éclater» la France acquérir la Lorraine, et placer une partie de Pltalic sous le sceptre de la maison de Bourbon. ( Am. ^. )

AU MILIEU DU DIX-HUITlfeMB SIÈCLE. S

plus de bon vouloir ehez les prinees que de bouBes et stables

institntkMis.

Lesgnmdes puissauees, qui avaient impoéé à l'Europe la paix

dl7trecbt« avaient eu peu de souci des intérêts etdes sentiments au plus grand nombre; aussi tous ceux qu'elles avaient sacriOés se plaignaientoîls. La succession protestante , assurée en Angleterre, blessait la foi de tous les catholiques et la loyauté des légitioDistes. La barrière de fortifications élevée entre la France et les Pays-Bas, entretenue aux frais de l'Autriche, était tout à la fois une charge pour cette puissance et un embarras pour toutes trois. La séparation perpétuelle des deux couronnes de France et d'Espagne était un acte de bonne politique; mais elle awt cependant contraint de changes l'ordre de succession. Le partage de la monarchie espagnole entre la France et TAutricbe ne profitait en rien aux neutres, en même temps qu'il d^lainit aux deux États intéressés '. Charles VI, ohdT de la naisoQ d'Autriche, considérait comme lui ayant été ravies les eouroimes que portait Philippe Y, et il en gardait rancune à la Fiance ainsi qu'aux puissances maritimes. Cette politique à la fois artifiiàelle et violente ne pouvait avoir de durée, dépourvue didées qu'elle était : aussi de nouvelles intrigues de cabinets et des ambitions de ûunilles recommencèrent-elles à troubler rEnope.

Au ûtfte de cet édifice de petits États qui s'intitulait le Saint- Empire Romain, apparaissait la maison d'Autriche, qui possédait la Hongrie, la Bohême, et Tarohiduché d'où elle tirait son nom. Elle avait acquis, par le traité dlJtrecht, Milan, Mantoue,

* Tentes les paîMances, à l'exoepiion de TEspagne, se montrèrent léaanioiiis déaireoees de maintenir la paix d'UtroclitUîuand les vastes projets dTAIberoni pour ressaisir les pays démembrés de la monarchie opagDole forent connus, la France, T Angleterre, la Hollande formèrent la triple alUancet qui avait poar but d*y mettre obstacle ( 1717-1718); r£a»pereiir s'y joignit bientôt , et cette quadruple alliance força TEs- Mae de renoncer à ses projets. La Sicile et la Sardaigne, qui avaient ^é reconquises par les Espagpiols , furent , la première donnée à TAu- Incfae, la seconde attribuée comme échange au duc de Savoie. ( Ak» R.)

e l'bdbofb

la Sndaigne , les Pays-Bas; à U paix de Paaniowitz s le banal de Temeswar , Belgrade, et la Servie ; en tout vingt-doq mil- Uonsde sujets et soixanteniiiiiuBe Bûllioqs de revenus. Mais les aeooisseaieiitB de territoire ne sont profitables qu'avec une bonne administration. A défout de cela, ils ne fontqu*o(Xnr on plus vaste ebamp aux agressions. Après avoir podu les liens de fomille qui Fonissaient à TEspagne, TAutiiche resta toujours moins active que passive, soigneuse de conserver sans négligier les occasions de s'agrandir, servant à maintenir l'équilibre des autres puissances, mais sans imprimer le mouvement.

Tout en augmentant son territoire, rAutriche perdit de son Influence, par la politique étroite de Charles VI et sa condescendance envers les princes qu*il voulait rendre fovorables à sa Pragmatique sanction. Tel était le nom d*un statut par lequel il transmettait à Tune de ses filles, faute d'héritier mâle, la suc* cession de ses États héréditaires. Soit malheur, soit faute, 1* Autriche, sous son règne, fut continuellement en guerre; et, malgré ses agrandissements , Charles VI la laissa épuisée. N'estimant que les Espagnols, il traitait de grossiers les Allemands. Faisant du cérémonial sa plus importante afifoire, il s'occupait de commérage, de chasse et autres psssMeraps firivoles. Il abandonnait l'État à ses ministres, quoiqu'il se gardât hien, comme tous les princttB faibles, de se montrer dominé en rien. Avide de gain, U laissait la diplomatie étrangère fonctionner auprès de lui à prix d'u^nt. En s'adressent à lui une bourse à la main, les traitsnts obtenaient directement la perception des droits, ou toute autre entreprise qui pouvait être l'objet d'un marché. Mécontent de ses ministres, vendu par les agents su-

* Le traité de Passarowitz (ht conda , sous la médlatioB de PAagleterre etde la Hollande, le 31 juillet 1718, entre Venise et l'empereur Charies VI d'une part, et la Turquie de l'antre. Cette paix termina la guerre que la Porte avait déclarée à la république de Venise, pour lui enlever la Morée. La Turquie en resta maîtresse. L'Autriche y acquit , grâces aux victoires du prince Eugène, une portion de la Talachie et de la Croatie , Belgrade , et le banat de Temeswar. ( An. Ri )

▲U MILtSU BU DlX-UUiTlÈME SIBCLB. 7

baltneB, hninilié par les pâksanees maritimes, Cliarles VI Yit h iMmiae enlevée à l'Empire et à son propre gendre *. Il eéda ooe pwtie du Milanais et le reste de l'Italie, épuisa le Hésor el l'armée. Mais pea M importait , pourvu qu'il arrivât a fiire aeeepter sa Pragmatique sanetîon. Durant ses vingt-sept années de règne , toute sa politique n'avait tendu qu'à assurer à sa fille Marie-Thérèae rhérédité de ses possessions autrichiennes. L'Elague, la Russie, le Danemark, la Grande-Bretagne, les Etats généraux , l'Empire , et enfin Louis XV , avaient garanti eette Pragmatique sanction. Mais quand l'Empereur se tar^ guaîtd« ces vaines assurances, le prince Eugène lui répondait : MiBMX vaudraient detix cent mlUe baïonnettes. Eugène parlait «soldat: assurément Charles VI eût mieux fait, puisqu'il n'était point question de consulter les peuples, de prépai«r à sa iUe une bonne armée et de riches économies, pour faire valoir ses droîls à tout événement. Mais c'est à quoi U n'avait pas pourvu; et à peine eut^l fermé les yeux (1740), qu'il sucgit une fMe 4à Intendants à ce patrimoine amassé avec tant d'efforts etd'hidustiîe par 1* Autriche.

Marie-Thérèse se proclama souveraine des États héréditaires, et institua son mari f rançois de Lorraine corégent. Mais ces pays, il fisllait s'en rendre maître, et elle n'avait que cent mille florins en caisse et trente-six mille soldats, outre les gamisous d'Italie et des Pays-Bas; la capitale était affamée, et des cunemis aargissaient de toutes parts. C'est alors qu'éclata la perre de la suoeession d'Autriche, qui fit la grandeur de la

L'accroiasament de la Prusse est un prodige de la puissance de rhomme. Ce royaume n'a ni (routières naturelles, ni unité 4e langue ou de race : il a été constitué uniquement par la gKne et par la politique. Dépendant en partie de la Pologne, en partie de Tordre Teutonique, Albert de Brandebourg, grand mtoe de cet ordre , sécularisa son fief au temps de la Réforme,.

* Pir la psix de 17SS la maison de Lorrafaie oMint le daché de Tôt- Ofce en compenflation de la Lorraine, qui Ait donnée comme Moverair acte viagère à StanUhu Leczinihi. (àa. R. )

10 GBANDB-BBETAGMB.

bertés publiques , communiqua au pays ce génie persévérant et cette application infatigable dans les desseins; les eommuues émancipées par la richesse, admises peu à peu dans le sénat national, avec la passion jalouse de leurs droits et rintelligenoe de leurs intérêts , s'éprirent d*un amour orgueilleux pour un pays aux affaires duquel elles prenaient part. Les révolutions par lesquelles avait passé la Grande-Bretagne avaient perfectionné cliez elle le gouvernement parlementaire, alors que nul autre pays ne le possédait encore. On aimait à contempler ee royaume, dû la constitution et les lois étaient inébranlables, les fonctionnaices soumis au jugement de la publicité , les ministres responsables sous un chef inviolable | qut n*exerçait guère qu'une apparente direction.

La prépondérance de la Grande-Bretagne grandissait chaque jour en Europe avec le luxe, le goût des plaisirs et l'esprit mercantile , qui allaient sans cesse croissant. Les rois , qui dans leurs besoins toujours plus grands, s'adressaient jadis à' la Hollande comme à une banque universelle, avaient désormais recours à l'Angleterre. Grâce à sa situation , n'ayant à redouter ni les attaques imprévues , ni des démêlés de frontières , elle jouissait d'une liberté assez tempérée pour ne pas devenir turbulente , assez vive pour donner l'impulsion au pays, et tenir l'Europe attentive à ces discussions d'où sortaient des idées de liberté et d'ordre inconnues ailleurs. Elle faisait par là l'admiration de tous les hommes d'État; sa constitution même loi faisait une loi de développer ses forces pour subsister, d'augmenter toujours la somme de sa richesse et de ses produits , et de leur procurer constamment un débouché : de là une sorte d'héroïsme mercantile.

Les deux partis qui divisent rAngleterre sont l'âme du pays, loin d^y porter le trouble : les whigs y sont les gardiens de la liberté, et les torysles représentants de l'ordre, les uns poussant au mouvement, et les autres le modérant. Lorsque la bonne reine Anne laissa le trône à George, électeur de Hanovre (1714] , les deux partis semblèrent changer de rôle : les whigs , croyant devoir soutenir la dynastie protestante, devinrent royalistes ; les torys se firent opposants , pour combattre une dynastie élevée

EPOQUE GEOBGIBFiNE. U

par ttK rérohitioa. Sous des rois ineptes ou ?icieiix grandireni les ministres « dont le {dus eélèbre fut Robert Walpole : génie positif, sans estinae pour les hommes, sans sempule dans rempkH des moyens, audacieux jusqu'à Tinsolence, il prit pour Int de toote sa politique raffermissement de la maison de Ha« aotie; comme moyen, la paix de l'Europe et ralliance francise. Cette p«x, qui seule poondt consolider FAngleterre, il la maintiat malgré les penchants du roi, les clameurs du peuple, Timpadeace française, Fastooe espagnole, l'ambition de rAutricbe, le génie grandissant de la Prusse. Pour conserver le pouvoir, prudent et téméraire tour à tour, il se laissa aller à des actes oontndietoires. Rompu à tous les mandes, à tous les artifices^ et pourtant énergique au besoin, fl ne craignait pas de s'aboucker avec les agitateurs» Grossier de manières, dépravé dans ses nenirs, il était en outre très-peu lettré; mais il possédait un ttprit pratique, et une connaissance profonde des hommes, de b coar, de la nation. Se détachant même de ses amis toutes les fois qulls pouvaient balancer son influence, ne voulant point de rivaux et préférant des ennemis, il fut le premier qui ait conservé pendant vingt aœ la direction des affaires avec Tappiil de la majorité dans les chambres. 11 rentratnait par sa pirole, et séduisait la nation par des projets où elle voyait d*énoroies proOts. « 11 savait, disait-il, le prix de toutes les conscifoces anglaises , attendu qu'il n'était personne dont il n*eât HBttehandé le vote. » U avait coutume de dire : « Tout homme aïOQ tarif; » et il agissait en conséquence. H est présumable que fe s^ème de corruption dont on a fait un crime à Walpole ^an mal nécessaire, alors que les membres du parlement Dataient, pour la plupart, d'autre raison de soutenir le gouver- Dnaeat que leur int^t personnel. Walpole flt donc ce que le teps réclamait, et il le Ût a^ec un plein succès, attendu que, KNttdes rois nuls et vicieux, il organisa la paix et prépara la 9Kne; qu^il atteignit ce double but de consolider les instituiMMu anglaises avec la dynastie banovrienne, et d'agrandir ^uence des classes moyennes, en augmentant la richesse PvUqoe par une babile administration.

U7n.) Sous George H, Walpole continua à soutenir le

13 GfiXNDE-BAETAGlfE.

parti des whigs et leurs opinions, c'est-à-dire les priacipes ât liberté. Cet homme d'État, le plus consommé peut-être qu*ait eu rAngletene, chargé d'affermir le gouvememeot contre ceux qui voulaient le £ûre rétrograder aussi bien que contre ceux qui voulaient le préeipiter dans Fanarchie, encourut Fanimad- ▼ersion des deux partis.

L'opposition inventa les machinations les plus adroites pour le renverser. Tantôt il résistait, tuitât il pliait. Enfin, ayant négligé, dans sa confiance, de soutenir l'élection de ses amis, il eut le dessous, et remit son portefeuille h George II, qui en versa des larmes.

La bataille de Culloden (27 avril 1746), dans laquelle sue* comba le prétendant Charles-Edouard , mit en évidence la fai* blesse du parti qui rêvait une restauration ; les haines se calmèrent après la chute des espérances ; une génération toute nouvelle s'affermit dans le gouvernement; on s'appliqua sérieusement aux travaux parlementaires ; et comme la révolution n'avait plus besoin d'être protégée, le tour des idées pratiques arriva. Puis se succédèrent les grands orateurs, Chatham, Grenville , North, à la chambre haute; dans les communes, Cambden , Erskine , Mansheld, Burke, Windham , Romilly, Wilberforce, Wilkes, Withbread, Dundas, Shéridan, et d'autres talents supérieurs, parmi lesquels brillèrent surtout Fox et Pitt.

Fox (depuis lord HoUand ) figurait parmi les amis de Walpole , Pitt parmi ses adversaires > . Le premier fut fait secrétaire

* Lei deux Pitt ont porté Tiin et l'antre le préDom de William^ ce qui a fait oonrondre quelques-nnt de leurs actes par des écrivains étrangers. Le premier Pitt, qui ftit créé lord Chatham en 1766 , était né en 1708; il entr»dans Tarmée avec le grade de cornette; mais, sentant que sa vocation était ailleurs , il se fit nommer au parlement , où il devint bientôt le plus redoutable adversaire de Walpole , qui s*écria un jour : « Il Tant museler ce terrible cornette t » 11 continua son opposition contre lord Carteret , le successeur de Walpole en 174) ; il devint payeur général des troupes sons le ministère du duc de Newcaatle, auquel Il succéda , en 17&6 , comme clief du cabinet Son administration , qu^me guerre heureuse contre la France rendit clière à TAngleterre , dura cinq ans. La goutte dont il fut tourmenté dès sa première jeunesse

ÉPOQUE GSOBGIENNE. It

d*État; Pin devint le chef de Topposition , et son élévation, eiidq)itde Walpole^ prouva que ropioion était plus puissante fie la faveur. En effel. Fox se retira, et accepta le poste subaltme, mais lucratif, de payeur général. Rien n'atteste mieux noe révolution dans les opinions que l'avénemeiit au pouvoir de ee Pitt, fils ë*un simple éeuyer, parvenu si haut à force d*élo« ^Koee, de haine contre la France, de réputation de probité. De ce moment commence Tadministration de Pitt , qui , doué d'une âme élevée, d'un caractère énergique, d'une éloquence éêkarease , sut se concilier le roi sans s'asservir à ses volooto, contrariant même parfois ses vues , et qui servit le pays ée préférence à la couronne. Il révéla T Angleterre à elle-même, telle qu'elle était sortie d'un siècle de luttes pour conquérir ses imtitutions, et d'un demi-siècle d'efforts pour consolider b djfnastie qui donna pour base à ses institutions une monarchie aeeeptée par le pays. Il communiqua à la nation un caractère inflexible, un patriotisme énergique, presque d'instinct, et la fit triompher de la coalition des souverains de la maison de Bmrboa.

On a dit de diatbam avec raison qu'il joignait les vertus d'un Boioain à Turbanîté #1111 Français : son patriotisme, en effet, était tout à fait dans le genre antique, toujours prêt à sacrifier la justice aux intérêts de son pays. Il voulut lui donner la supréflMrtie universelle et l'empire incontesté des mers. Par lui l'Angleterre domina en souveraine tous les cabinets; elle maintint la paix dans ses colonies , auxquelles elle ajouta le Canada et la Louisiane, enlevés à la France, dont elle détruisit dans l'Inde kl eomptoirsî ^t si la guerre de sept ans eût duré , elle s'em* parait de toutes les colonies françaises. La politique anglaise ^appliqua à empêcher Taccord des puissances de l'Europe pour

fctee qui le détourna plus tard de reprendre les affaires. Pitt illustra lOQ Moreau nooi de comte de Chatliam par les discours qu'il fit entendre ^ h chambre des lords, où les débats solennels Tattiraient, malgré ses *>BfBiAeeg. U hissa deux fils : rainé ( John Pftt , oomte de Chatham ) ^'rita 4e son litre ; le plus jeane, William Pitt , dont il est question plus hhi.Mfitade son génie. (Am. R. )

14 GBANBC«BBBTÀGlfE. .

les maintenir dans une dépendance commune sous le titre d'équilibre.

George III succéda à son père George II ( 1760 ) : il était arrivé à vingt-deux ans, sans rien connaître des afÏEiires; mais le peuple raîmait parce qu^il était né en Angleterre , qu'il y avait été élevé à la manière du pays , dans des idées de piété et de morale , et parce qu'il repiésent^it ces droits héréditaires qui souvent tiennent lieu de mérite.

Les torys, qui s^taient, depuis Tavénement de George V, tenus éloignés du trdne, s'en rapprochèrent alors. Appuyé sur eux, et ne comprenant pas que les droits de la nation étaient désormais inattaquables, George III eut quelques vellcilés d*étendre le pouvoir royal. Il avait pris pour chef de son conseil lord Bute, ministre peu expérimenté, qui se proposa de faire cesser la corruption et les cabales oligarchiques , de détacher r Angleterre de ses alliances coûteuses sur le oontineat , et voulut mettre fln à la guerre avec la France. Mais s'il réussit dans cette dernière tâche, il ne vint pas à bout de détruire la corruption. On se déchaîna contre ce ministre , qui s'était élevé sans autre mérite que la faveur du roi, et qui, Écossais de naissance, remplissait les emplois publics de ses compatriotes. L'irritation devint universelle : à entendre les journaux, l'Angleterre était plongée dans la misère et livrée au despotisme. I^ position des ministres devenait, de fait, de plus en plus difficile depuis que la presse ébruitait tous leurs actes : sauvegarde précieuse de la liberté, elle était une entrave au gouvernement.

Lord Chatham , qui mourut en 1778, ne laissait rien à ses fils que son exemple. Le parlement paya ses dettes, et lui fit élever un monument dans Westminster, « en témoignage des ver- « tus et de Thabileté de William Pitt, sous Tadministration de « qui la divine Providence éleva la Grande-Bretagne à un de- « gré de prospérité et de gloire inconnu dans les siècles pré- « cédents. «

Le second fils de Challiam (William Pitt) avait dix-huit ans. à la mort de son père ; son héritage consistait dans une édu* cation forte et sévère , dont Chatham avait pris le plus grand soin. Il s'adonna au barreau, en même temps qu'il suivait les

ÉPOQIfB GBOBGIETinE. 15

léaiies des parlenieiitsv écx>utant les orateurs et s*exerçant à ptrier sur toutes etoes. 11 parvint ao ministère à vingtfÊiùe ans, an milieu d*uoe opposition violente. Connaisant à fond la constitution de son pays , Tétat de ses richesses et de S(s ressources « Pitt reconnut qu*il ne fallait paralyser MKune des forces qu'il raifermait, mais les faire eoneourir iDvtes à ce qui serait entrepris pour l'agrandissement de l'An* glden». Il résista vingt ans, avec sang-froid, eouragef éloquence cthaMeté, aux attaques de sesadversaires, et releva les principes eOBservateura. Il ne l^rilla pas seulement, comme son père, pu iatervalles et par des élans soudains; il ne gouverua pas dam des tempfs réguliers» ayant à se défendre contre des inbfgiMS de rob et dennîitKSBes : il eut afiaire à une révolution , in nouvel ordre sodliL; il eut à se mettre à la tête des réfonnes -que Topinion réclamait, mais que les excès commis en Vmtet fiûsaient craindre et détester.

U i^^^ anglaise ne xessemblait guère à celle que précfaaMQt^^iel pfailosoplies. Si quelquefois les lords affectaient ^ se' prendre de pa^ion pour celle-ci , et lui élevaient des tfatoesdans leurs parcs, ils avaient grand soin de la bannir du pariemeut Un éàivain moderne ■ nous dit que les Anglais teent ioiyouTS grands admirateurs de Venise, cette reine des i, qui comptait mille ans de gloire. Ce fut leur ambition de chez eux une aristocratie comme celle dé Venise, dus lafadl^ils voyaieitle type de la perfection : c'était même b pmsfo des ^higs les plus ardents , comme Harridgton et A%mm Sîdney. La révolution de 1688 fonda cette aristoera- ^\ et SB vit d^ lors «es apôtres de la liberté inaugurer le sys* itee protecteur, dans l'unique intérêt des grands propriétaires. Mttanme 111 eut peine à se résigner au rôle de doge , auquel ea voulait le séduire; mais les princes de la maison d'Hanovre, MmoecBWurs , George 1^ et George II , durent s'y renfermer, '•gréfu de force. Lord Cbatham essaya d'entamer cette oli- .fiveliie qui, depuis plusieurs générations, balayait les marches fc tiéoeavec ses manteaux brodés d'or; et il rendit à la na-

1 6 obaude-brbtaoivb .

tion sa dignité. Son fils marcha sur ses traces, en appelant au pouvoir les classes moyennes, en plaçant Tindustrie à côté de Taristocratie. Il préserva ainsi F Angleterre de Texemple eoMBgieux delà Révolution française. On ne* saurait néanmoins dire pour cela qu'il existât dans le pays une démocratie; et jnqu*en1833 rAngleterre persistaà se modeler sur la constitutim vénitienne.

' Peu de mois avaient suffi à Pitt pour gagner la confiance des hommes les plus influents; il entreprit des réformes Inté* rieures , et conclut avec la Prusse et la floHaude le traité et Los ( 1788} y qui rétablit dans le Nord la supériorité de l'Augleterre , entamée par la guerre d'Amérique.

Ainsi les pertes , comme les victoires, contribuaient à ift gsAdeur de 1* Angleterre, qui se trouvait désormais sans rivale tmr les mers. En dépit de l'incapacité des trois George , ta natioa marchait à pas de géant; et des afXaires destinées à changer la face du monde furent menées à bien, au milieu des puérilités honteuses ou des sales intrigues delà cour. Il en faut rapporter le mérite aux institutions.

Les idées de tolérance et de philanthropie, en vogue sur le continent, appelaient l'intérêt sur les noirs esclaves aux colonies; et les quakers, qui avaient aboli l'esclavage parmi eux, présentèrent au pariement une pétition demandant la prohibition de la traite. Ils furent appuyés par les méthodistes; le peuple prit la chose à cœur; les universités d'Oxford et de CaaihridgB, ainsi que plusieurs villes, émirent des vœux dans le tnime esprit; Wilberforoe les appuya par religion » Fox parphilmtlûropie; et le ministère fut obligé d'ordonner «ne enquête sur les fiiits. La question fut soumise par Pitt à la chambre des communes, et c'est de là que date le mouvement, non interrompu depuis , qui aboutit à l'abolition ée la traife et à l'aHraoïchissementdes noirs; émancipation applaudie des philanthropes, tandis que les politiques, moins confiants, n'y voient qu'une niae de l'Angleterre pour affaiblir les colonies des autres puissances, en Amérique , en leur enlevant des bras dont elle n'a pas besoin dans ses possessions des Indes. Heureuse la politique dont les ruses sont conformes aux lois les plus saintes de rhummité!

BPOQUB OBOAGUHHB. 17

On a peîM à se figurer que TAogletenre , tant admirée alors te boflimes d'État, eontinûât, au moment où le cri de réforme idcotiflBait dans toute TEorope , de reprodier aux catholiques de Ja Grude-Bretagne une intolérance dès longtemps oubliée, alon qu*dle-méme ne se relâchait point de sa dureté envers en. Anne, la bonne reine, avait rendu contre les catholiques les plus dores ord<Hmanees ; et si la maison de Brunswick laissa tomber celles qui regardaient les personnes, il n'en fut pas de Berne de celles qui avaient trait aux propriétés : on vit les lois nteiUer de rigueur à cet endrdt, dans Tespoir de déposséder peu à peu les catholiques. Les juifii avaient été natnrafisés en 1769; l^indignation publique fut telle, qu'il fallut rappeler cette mesore. Ce ne fîit pas sans beaucoup de peine qu'on it adopter en 1751 la réforme gr^orienne du calendrier, et eela parce qu'elle était l'oeuvre d'un pape. Les idées de tolénoee gagnaient néanmoins; et en 1775 les chambres adopterait une formule de serment qui, ne contenant rien qui répugnât à la reUgion romaine, fut prêté par la plupart des cathofiques. Ma on abrogea en partie l'acte de Guillaume III, qui prononçât rcmprisonnement perpétuel contre les évéques et les litres deee culte tenant une école, et interdisait aux catholiques d'accepter un héritage et d'acheter des propriétés. On les obligea néanmoins de prêter un serment qui se ressentait des vieilles asiates anglicanes : il leur fallut jurer de ne point prendre part à des conspirations; de ne point assister le Prétendant; de ne pobit croire qtt*il fût permis d'assassiner les hérétiques ; de re- Aucr oliéissaDce à un ^nce excommunié , ni que le pape eût jaiidietion dans le royaume.

On esaaya d'introduire ces réfcurmes en Ecosse; mais plutiesis synodes protestèrent II se forma des associations pour uopêeher toute concession aux catholiques; on passa de là aux fûU, et le calme ne se rétablit que sur la déclaration formelle qu'on ne serelâcherait en rien des rigueurs décrétées contre eux.

Ces aaaeciations avaient pour chef George Gordon, mélange d^embeodasme, d'artifice et de folie. La chambre s'amusait de fon étrange toilette, et de la chaleur non moins étrange avec bqaelle il ne cessait d'étaler les périls dont le papisme entou-

18 OAANDB-BaETAGNB.

rait la FeHgîoB el la liberté. 11 exeita Bi 1h6o le faiatiniie dans Lonéres , ^ue Voêsociation protestante demanda le leUait de la loi favdlraMe a«ix catholiques. Uae foale Immense, partagée en quatre corps avec des noeuds blancs, s'achemina ▼ers les chambres , portant la pétition, couverte de cent vingt mille signatures. Il était facile de prévoir un tumulte : en effet, pendant la discussion de la proposition , et plus encore lorsqu'elle eul été rejetée par cent quatre-vingt-neuf voix contre six, la multitude, irritée, se mit à renverser lesebapelles catholiques , puis à saccager Londres , en se déchaînant surtout contre les papistes et leurs partisans. Elle ouvrit les prisons, mit le feu sur plusieurs points, et assaillit la Bourse. Il fallut proclamer la k>i martiale , et appeler des troupes. Il y eut quatre cent cinquante-huit morts et blessés, sans compter ceux qui restèrent écrasés sous les maisons qu'ils démolissaient. Lorsque le tumulte fut étouffé , Gordon , poursuivi pour crime de haute trahison, fut absous par le jury; d'autres cheù subirent un châtiment rigoureux. On calma les esprits en enlevant aux papistes le droit d'enseigner. C'est ainsi que des haines religieuses jetaient le peuple aoglais dans tous les anciens excès de la tyrannie, et que le gouvernement était contraint d'y céder, quoique Fox s'écriât qu'il était honteux de se faire l'instrumeat des passions populaires.

L'eflèt de ces haines se faissôt sentir davantage dans la malheureuse Irlande, comme on le verra ailleurs.

L'état prospère du pays disposait les esprits en faveur de la constitution et du roi, et les rendantplus accommodants, aoeiiit dans le parlement Tinfluence de la couronne. Ce fut à ce moment que Ton songea h une réforme électoiele , qui devait rendre la représentation nationale plus régulière. Pitt, bien que conservateiv, la proposa; et si la Révolution française n*étail venue , par les excès de la démocratie , inspirer l'effroi des in^ novations et donner le pouvoir aux torys, l'Angleterre aurait échappé aux longues guerres avec la France, si désastreuses pour toutes deux , et joui dès lors des avantages qu'Ole n'obtint qu'en 1831.

T^ liberté de penser et d'écrire , permettant de tout expvK

iPOQDE OÉOftGUHNB. 19

ei palîtîqae et en retigûm , vulgarisait rînteUigenoe des întâéts commitng, G0Re liberté méma empêchait que les idées mptiqnes et snbveniTes, qae les rêves imprudemmeot géaé- FHK gagnaasenC trop de terraîB; car Fattrait de la dé&nse et êc la persécution leur manqvait; puis ib sobissaieut Tépreuve deladtteaasioii el de la pratique , les Anglais n'étaut pas dans fhilRtiidede croire sans esaroen. Les opimaDSii*ayant pointa «wplarsar rappai de la force, mais seulement sur les raisons, faadTenaîrea énaf|pques se levaient pour repousser lesatta* qw, surtout ptniii le clergé, qui ne s'était pas déshonoré, coameenFteice, par la persécution janséniste. La vérité troufait ainsi désarmes égales, ind^eodamment de l'avantage dont jôoit toujours une opinion ancienne. Ajoutez que Ton ne fait psi, chaque siède, une grande révolution; et que celle dont la Anglais sortaient avait été si longue, si variée dans ses pksses, et si fteonde en résultats, qu'ils devaient redouter de la compromettre dans un nouveau bouleversemeut.

L'Angleterre ne cessait pas de cultiver sa littérature natio* ade, qui, de même que sa constitution , est une transaction lake^des prindpes diffîrents, un équilibre artifidcL Sa prédikdioB décidée pour le romantique et pour le Moyen Age , l'im- ^atÎBite audace du génie poétique, qui franchit les limites de la ne oidÎBahpe, avaient été tempérées par les exemples italiens et fraocaîB, comme aussi par réôidedes Grecs etdes Latins. Il en KKtit, sous la reàne Anne, le sièded'or de la littérature anglaise. Une phitosophie qui se borne à l'homme, sans sonder lesmystèns iméricurs de la nature; le speetade des passions, sana ccHs en action h la tribune et àaeû» les assemblées, concentré^ RQt rattcDtien sur certafaos points et sur des temps spéciaux : ée là la- patience et la force d'investigation qui s'y déploient, Mit dans l'histmrs , soit dans les romans, soit dans les essais.

La titlérature la plus réelle de TAngteterre se trouvait dans ^ parleancnt. Là se déployait cette éloqueoce d'action tout insivrtsoée qui, s'inspiraot des passions contemporaines, parais- >iit supérieure à tout ce qui avait précédé.

Dans un temps où la liberté de la presse était oicore peu étendue, h tribune anglaise contribua à mettre en circulation

SO GRÀNDE-BRBTAONE. •— ÉPOQUE GÉORGIENNE.

en Europe une foule didées politiques. Il lie ûut donc pas s'étonner qu'il en soit résulté une sorte d'idolâtrie pour la oonstitutton britannique.

Nous avons dit comment s'étaient établies les lois en Angleterre, et combien le peuple y tenait opiniâtrement à sa nationalité, au point de repousser toute innovation qui le rapproebofait des autres. Tandis que le droit britannique dictaitles déeisioiis des tribunaux , on étudiait dans les écoles le droit canonique et le droit romain, qui n'avaient aucune actualité sociale. Le dei^ nier faisait partie de l'éducation littéraire, le premier était abaodonné aux gens d'affaires : distinction nuisible, surtout dans ud pays où la constitution appelle tant de citoyens à participer à la législation et aux afiEaires publiques. C'est à quoi voulut remédier Blakstone. Après sept années d'études opiniâtres pour débrouiller le chaos des lois de sa patrie, il entreprit un cours de droit à Oxford ( 1759); et la jeunesse, à qui il ouvrait un horizon tout à foit nouveau, l'accueilUt avec enthousiasme. C'est alors que Ton reconnut l'utilité d'une chaire de droit national; et Blackstone, qui y fut appelé, publia ses leçons sous le titre de Commentaires sur tes lois anglaises. Les An* glais y apprirent à se connaître eux-mêmes ; l'admiratÊon que l'on éprouvait déjà pour la constitution anglaise s'aecrut cfaes les étrangers, et l'on cessa d'y voir seulement un monument formé de pratiques et de coutumes. Blackstone n'examine pas les améliorations possibles ; il accepte ce qui est , montre les rapports civils et politiques tels qu'ils sont, en indique les origines et les commente, mais sans prétendre les réformer. Son livre est donc un monument d'érudition, un manuel précieux , mais non pas un essai de philosophie légale. Cest ce qu'il déclare ouvertement : « On a disputé longuement, dit-il, et sans cou* « dure, sur l'origme des différentes fbrmes de gouvernements; « mais tel n'est pas mon but : de quelque manière qu'ils aient « commencé, quel que soit le droit en vertu duquel ils exisientt « il y a et il doit y avoir dans tous une autorité suprême, inoon<> « testée , absolue , dans laquelle résident les droits éb la son- « veraineté. »

Quelle différence avec les idérâ des encyclopédistes, au

FRANCE. — LA BBGBNGE. JJf

nom desquelles il Dallait tout remettre en doute , tout r^Iar, nu (las d'après le fiût , mais en vertu d'abstractions philosopliiques!

FBAlfCE. - LA RÉGENCE.

l/mîE XIV avait cotistilBé l'unité de son gouvernement^ mais am lui donner d'autre base que la volonté arbitraire du teou- Tenin , après avoir détruit tout ce que les anciennes institutions avraiett pu y apporter d'obstacles. Rien n'assurait donc cotte cntraiisation ni contre une réaction légitime^ ni contre Taetiou ài tempe, qui sapèrent ce pompeux édifice ; et il en résulta une époque sans dignité , où Tinlrigue et la faveur dirigèrent tout, roi, nrinistrés, généraux, gouvernement, et où la politique Rangea avec les maîtresses et les confesseurs.

IxNiis XIV laissait un peti^fils , âgé de cinq ans et demi , •008 la tutelle de Philippe , duc d'Orléans , chargé de protéger M bereean resté au milieu de tant de cercueils. Le parlement, ^^fûfm de protester oontreranéanti^mentauquel le roi défunt Fiîait réduit , cassa le testament par lequel Louis XIV posait fa limites à l'autorité du Régent. Caressé par ce prince, il se ^ de profiter de l'occasion d'un règne nouveau et mal assis pour recouvrer le droit de remontrances, que lui avait enlevé ^9aiid roi.' il ra[^la ceux qui avaient été bannis pour opinions i^K^gieuses, et songea à rétablir aussi les protestants dans leurs ^ts; puis il rabaissa les princes légitimés, en les déclarant ^'habiles à succéder. Le Régent, de son côté, paraissait vouloir ^ ea font a l'opposé de Louis XIV. *Ces actes , inspirés par b haine ou par la politique, furent applaudis par aversion pour bfea rd. C'est ainsi qu'on enseignait à la nation la désobéis* ''■^i «t qu'on la rendait incrédule à l'infaillibilité des rois.

Pldfippe d'Orléans , né d'un père que Louis XIV avait éloigné fa «uns, possédait une vaste intelligence , ime bonté et ^ jttliee intfinctives ; il était doué, par la nature^ des plus ^^^^u'cutt qualités pour faire le bien. Quarante années» , passées i>tt cfaance probable de régner, l'avaient mis à même de con- ^^ les hommes et les choses plus qu'il n'est donné d'ordi- ^ >in princes nés sur le trône. 11 parlait avec grâce, avec

33 FRANGB.

abondance; sa mémoire lui fournissait toujours à propos des histoires et des anecdotes qui disaient Fagrément des oonversi^ tions; juste et exact dans les choses positives, il n*avait ni prétention ni arrogance ; son désir eût été plutôt de commander . les armées que de gouyeraer TÉtat. 11 lisait avec rapidité , et retenait ce qull avait lu ; mais il lui était impossible de s'arrêter lôn^mps sur une même chose, et il avait plus d'aptitude à deviner les affairesqu'à les étudier. Malheureusement il aviîtélé élevé par Tabbé Dubois, qui lui enseigna à considérer la morale comme un préjugé vufgaiie , et la religion comme une invention humaine. Il se jeta, en haine de l'austérité de la vieille cour, dans un libertinage effronté , et il embrassa systématiquement ce que la corruption d'alors avait de pire. Entoura d'une baatfe de débauchés de qualité, il renouvelait avec eux tout ce que les satires de l'antiquité dévoilent de plus monstrueux. Des femmes belles et spirituelles prenaient part à des orgies où tout sentiment de religion et de piété domestique était foulé aux pieds. Là, Philippe, pour mieux oublier son rang de prince, oubliait sa dignité d'homme. Il voulait encore plus faire panute de débauches que s'y livrer; ce qui lui en faisait inventer d'extravagantes. Les jours les plus saints étaient ceux qu'il choisissait pour feire les parties les plus scandaleuses, et pour y réunir les personnes les plus dif&mées. Le Régent et la duchesse de Berry , sa fille , poussèrent l'oubli de toute pudeur au point d^éveiller des soupçons d'inceste..

Dans sa manie de nouveautés , le duc d'Orléans se prit de godt pour tous les arts; il y travaillait lui-même « et Élisait des o(4* lections précieuses. D'autres fois il se livrait à la chimie , dont il s'ingéniait à surprendre les secrets. Après avoir cherché à se persuader, par ses lectures et par ses discours , que Dieu A'existe pas, il lui prit &ntaisie de voir le diable, et de le ùàxe parler ; et il passait des nuits entières dans des souterrains % fahre des évocations ; il interrogeait l'avenir dans un verre : toutcda ptr' amour des nouveautés. ' . . - '

Dubois , le complice de ces excès , montait en faVgur ; ' pUyé à la fois par la France et par ses ennemis, il accumulait les emplois et les pensions, (unique , méprisé , de manières repous^

LA BBCBIICE. ^

il osa damander rarcheTéchë de Canibray , auquel étui attaché le titre de firmoe de TEinpire , et , qui plus est » le aonradr de FéoeloD ; et il l'obtint Le régent lui deinanda : Ok tnmœras'fyt Fin famé qui consentira à te consacrer î Et pourtant la Fnoioe dépensa , dit-on , huit millions pour ataiir à ce misérable le chapeau de cardinal, quand le pipe, qui le lui accorda , aurait dû plutôt le chasser du sanc-

placéentre une'gloire éelatanteet de grands NWS, a été jugé peut-être avec une sévérité eicessive , et dé* l«M plus qu'il ne le méritait : perscmae ne saurait nier tootete que son giooremement n'ait été signalé par des déserta déplorables. Les finances se trouraient puisées à tel pût, qu'il manquait chaque année 77 millions pour faire te aux dépenses courantes; ee qui accumula une dette de 3iM,000, équivalant à 3,786,000 d'aujourd'hui.

Dubois, trouvant insuffisants les remèdes financiers qui iwntété proposés, présenta au Régent un homme qui pro- ■tttaît d'amortir la d<Âte du royaume , d'augmenter les revenus et ée diminuer l'impôt, en créant une valeur fictive équivalant Ivie valeur réelle. Cétait l'Écossais Law , qui se vantait d'être kdiceiple de Locke et de Newton. Voyant que le crédit avait ^ prospérer la Hollande , tandis que les autres nattons lutl>iat contre la misère , il s'exagéra la puissance de cet élément ^ richesse et l'activité de la circulation. Voici commoit il ■Monnaît : « Faites abonder fargent, et vous verres l'industrie, b prospérité de la nation s'accrottre ; car avec l'argent voua P^uvei commander le travail. On anrive à ce résultat moyen- "*Qt des banques de circulation , qui permettent de faire autant 'ugKut qu*on en veut. Or totite matière apte à représenter ^ valans peut devenbr argent, et le papier est plus propre à ^usap que les métaux. Le crédit individuel, c'est-à-dire ^M te banquiers et des autres marchands d'argent , est fu- *^à Tindustrie , attoidu que les préteurs avides traitent en T^M^ les travailleurs qui ont besoin de capitaux. Il fiiut subs- ^ à la commandite du crédit individuel celle du crédit de ^^î le souverain dmt donner le crédit, et non le recevoir. » Il

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