FRANGE
disait aussi qu'un artisan qui gagne vingt sous est plus précieux qu'un terrain qui rapporte 25,000 livres.
« Un honnête négociant, ajoutait Law, fait des affaires pour le décuple de ce qu'il possède, et en retire un avantage décuple : si TÉtat attire à lui tout Targent, quel bénéfice ne fera-t-il pas ? » Mais Law se trompait , en ne calculant pas Faction vigilante de rhomme privé et sa bonne foi ; il errait . en attribuant au crédit des effets dont il n'est que la conséquence. Il proposa au Régent de créer une banque d'escompte , moyennant laquelle le gouvernement aurait le bénéfice de tous les monopoles, facir lilerait toutes les opérations de finance , et se procurerait asses d'argent pour subvenir à ses besoins démesurés. 11 aurait feUu, pour remplii* son but, une banque générale et nationale appelée à percevoir tous les revenus publics, et à exploiter tous le» privilèges que le gouvernement aurait voulu lui accorder. Pour oommencer ses opérations , la banque de Law obtint la ferme des monnaies , puis celle de tous les revenus publics, moyennant 52 millions par an, à la condition de prêter au roi 1,200 millions h trois pour cent, pour le remboursement des rentes perpétuelles.
Jusque-là tout allait pour le mieux : la banque ne oompli» quait point ses opérations de prêts ni d'affiûres de commerce; elle correspondait dans les provinces avec les directeurs des monnaies; elle avait dans ses mains les caisses des particuliers, escomptait, recevait des dépôts, émettait des biUets payables à vue et en monnaie inaUérable. La banque d'escompte raviva instantanément le commerce , éteignit l'usure , fixa, le taux de Fargent, renoua les relations avec Tétranger : les richesses se trouvant multipliées par le crédit, et le commerce par la circulation, la fortune publique et privée se rétablit; les fortunes subites ne s'élevèrejit pas sur la misère commune , mais au nii» lieu du bien-être général. Seize cents séquestres firrent levés dans la généralité de Paris; les manufactures s'accrurent de trois cinquièmes ; une af fluence énorme d'étrangers augmenta la consommation ; on rechercha les jouissances et le. luxe ; les impôts sur les subsistances furent abolis ; l'enseignement de ruoiversité fut rendu gratuit, et des travaux publics furent entrepris.
LA BÉGENCE. 25
11 De faut donc pas s^étoniier de cette ivresse générale qui s'empara de la France : c'était déjà quelque chose de prodigieui que d'avoir organisé si proihptement des banques ; que d'aroir fait couler Por à flots là où Ton ne trouvait pas aupalavant à emprunter à trente pour cent sur nantissement; que d'anjir procuré une valeur considérable à des billets* dont persooDe ne voulait d'abord , et d'avoir fait succéder un vif enthousiasme au pius profond découragement >.
Cest alors que Law eot l'idée de fonder une vaste colonie (Mississipi); il organisa une compagnie • pour exploiter les iBiiies, cultiver les terres. Ce fut à qui participerait à cette spéeolation : tout Parts courut dans la rue Quincampoix, le rendez-vous des agioteurs : heureux qui pouvait changer son argent contre des actions dont la valeur s'éleva jusqu'à trente fois le eapiUM Nobles, négociants, dames et bourgeoises assiégeaient de grand matin la grille de cette rue : on y contractait par centaines de millions dans un jour; puis, le soir venu, on andt peme à mettre les gens dehors, et beaucoup passaient la
' " Avec UD fonds qai notait qae de six millions , dît M. Thîers dans a célèbre notice siir Law , la banque pat émettre jusqn*à cinquante et ioiunle millions de billets sans que la confiance fût le moins dit ■Mide ébranlée. La demande des billets s'élevait, an contraire, chaque jnr, d le» dépAts dW et d'argent s'augmentaient à vue d'œil. Si Law &'en était tenu à cet établissement, il serait considéré comme un des linfiateurs de notre pays, et le créateur du plus beau sy&tème de crédit; mab son impatience, jointe à' celle de la nation chez laquelle il ^ferait, amena un établissement gigantesque et désastreux. Law sonpMt toujours à réunir en un vaste ensemble la banque , l'administralioa, les revenus publics et les monopoles. Il résolut , pour arriver à ce résoltat, de constituer à part une compagnie de commerce à la- ?Klle il rattacherait successivement différentes attributions à mesure V^Hk réossirait, et qu'il finirait par réunir à la banque générale. Compstiat ainsi séparément chaque pièce de sa vaste machine , Il se propo- **it de les réunir ensuite, et d'en former le grand ensemble, objet de ses nédiUtious. » (Ah. R.)
' ^'Jiis le titre de compagnie des Indes occidentales, elle devait réu* ^ le commerce de la Louisiane, découverte récemment, et la traite du caitor dans le Canada. (An. R.)