‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 43 sur 127 · DE LA RÉYOLUTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

DE LA RÉYOLUTION FRANÇAISE

abDuachs y des théâtres, des romans. Les journaux s'embarnsseot peu de discussions sérieuses , juais ils s*emploient à MHDiiDiqQer de proche en proche les idées qui pullulent , à ia rendre rapides, à faire jouir plus tôt de leur eiffet. Un voyapor, à qui l'on demandait ce qu'il avait vu de nouveau à Paris, Rpoodit : HUn , sinon que ce qui se disait dans les salons se riféle at^ourd'hui dans les rues. C'était partout un amour lanofyaDtd'humamté, un débordement subit de bergeries; c'était en retombaBt dans l'enfance que la société semblait vouloir K rajeunir. Robespierre, Marat, Saint- Just, Gouthon, Barrdre, iântèrent par les plus fades pastorales ; tout cela n'était qu'une lorte de manifeste contre toutes les traditions du passé. Louis XV avait déjà dit : Après nous la fin du monde ; nos necesseurs seront bien embarrassés. Rousseau écrivait en I7<0 : « Je crois impossible que les grandes monarchies sub* «lent encore longtemps. Nous approchons de la crise, du fièeSe de la Révolution. Je fonde mon opinion sur des raisons geôlières; mais il ne convient pas de tout dire, et puis tout il monde ne le vmt que trop. » Voltaire disait aussi au marquis k Chaurelin, dans une lettre du 2 avril 1763 : « Tout ce que jevois jette les semences d'une révolution qui arrivera imman* <|iBbleoient, et dont je n'aurai pas le plaisir d'être témoin. La iumère s'est tellement répandue, qu'à la première occasion il y son une explosion , et alors ce sera un beau gâchis. Heureux is jeunes gens! que de choses ils verront! »

Louis XVI, homme de bien , se trouve obligé de changer sou* icnt de ministres , c'est-à-dire de système; les mauvais lui nui* mt, les bons ne lui profitent pas. Se défiant de lui-même, s'en Apportant souvent à des gens qui avaient bien moins de capa* ôté que loi etsurtout beaucoup moins de probité ; ballotté entre KB ministres , ses courtisans , sa femme , les traditions et la fhiiosophie, Louis XVI louvoya au hasard, et n'inspira d'intôét qu'au moment où il cessa d'agir pour eommencer à souffrir. Une oour imprévoyante avait succédé à la cour corrompue (h Louis XV ; incapable de mettre le roi à la tête du mouve* ■mt, elle voulut qu'il l'arrêtât, mais sans lui inspirer l'éner- 9^ nécessaire. On vit alors dans le gouvernement ce mélange

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d*injustices et de faiblesses qui irrite la résistance sans la dompter.

La guerre d'Amérique remplit le pays d'idées d'iosurreetioii et de liberté ; elle introduisit dans l'armée , qu'une longue paix avait ramenée aux habitudes civiles, les idées de la natioD ; Findépendance du citoyen y remplaça les qualités militaires. Les finances se trouvaient dans le plus grand déljdnrement. Appelé à les rétablir, un ministre qui savait conquérir la popularité , !Necker, n'osa découvrir des plaies qui appelaient un prompt remède; il n'osa pas réclamer les réformes suffisantes; obéissant aux habitudes de sa profession comme aux penchants de son caractère , il édifia les finances sur le crédit , et le crédit sur la confiance inspirée par le ministre. Peut-être espérait-ii un temps d'arrêt, pendant lequel il pourrait arriver à quelque chose de mieux ; mais il ne l'eut pas; et, de même qu'un malade impatient de guérir s'abandonne à un charlatan, la eour s'en remit aux conseils de Galonné.

Prodigue par nature, par système, par complaisance, Galonné ressemblait à ces négociants qui déploient un luxe éblouissant à la veille d'une banqueroute. Il semblait qu'il vouldl enivrer la nation par une prospérité fictive, afin de maîtriser les esprits quand viendrait l'heure des propositions hardies à Faide desquelles il croyait remettre les finances à fiot. Il poussa le roi à convoquer Vassemblée des notables, pour lui soiunettre ses mesures de salut. Cette assemblée différait des états gêné* raux en ce que les membres en étaient désignés par le roi ; et, quoique représentant les trois ordres , elle n'avait pas le droit d'ordonner, mais celui de conseiller simplement. Les représen* tants du tiers état , d'ailleurs en très-petit nombre , étalait tous nobles ; pouvait-on les croire disposas à restreindre les privi* léges de leur classe ? Les notables avaient été convoqués p* Henri IV , puis par Richelieu; mais ce n'étaient plus les tempi du premier, et Galonné était loin de valoir le seeond.

A la séance d'ouverture de l'as^mblée , qui eut lieu à Ver sailles (33 février 1787 ), le ministre prononça ces paroles a«{ nom de la couronne : « On a dit jusqu'à présent. Si veut le roi^ « veut fa lof ; on dit aujourd'hui : Si veut te bien public, sl^

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teui le rai. » Cette assemblée pouvait beaucoup en secoodant les réfonnes que Louis XVI acceptait, et en coupant court aux dc»rdres financieiï; mais elle nuisit au contraire, en donnant la eoDTÎcCion que les classes pri?ilégiées^vaient en haine Tégdité. L'én(vmité de ta dette causa un scandale général. Le Biioistre , dbligé de restreindre ses plans , ne proposa que la tue du papier timbré et une subvention territoriale, impôt direct substitué à d'autres , qui devait être payé en nature , et sans prifilége ni exemption.

Ces mesures soulevèrent une opposition acharnée, que leur suscita un personnage puissant. La maison d'Orléans grandis- BHt en £ace de la couronne ; et le Palais-Royal , autour duquel ae pessait la dasse bourgeoise , portait ombrage au château de Versailles. Cétait la bourgeoisie qui avait soutenu le Régent, et elle fevorisait alors Louis- Philippe- Joseph son petit-fils ', qui atait rapporté d'Angleterre quelques idées politiques , et encore pins de vices. Il était irrité contre la cour, et particulièrement coBtre Marie- Antoinette. Comme son aïeul, ce prince se lança âaos les spéculations, changeant en bazar le jardin de son palais, qu'il fit entourer de galeries avec des boutiques, afin davoir, disait-on , tous les vices pour locataires. Mais il bravait les quolibets des Parisiens. C'étaient de nouvelles distractions qu'il cherchait en faisant de l'opposition au gouvernement ; car S aimait la politique comme un amusement, et il ne l'aurait pas affrontée comme un péril. Il s'attirait de la sorte cette popularité qui devait le conduire à l'échafaud.

L'Angleterre, dont il avait pris les usages, exploitait son nauTais vouloir comme un principe de troubles pour la France, et lui laissait peut-être entrevoir un diadème au fond de tant de changements si mal calculés. Ses partisans afiQcliaient de rive voix et par écrit un ardent patriotisme, et la désapprobation incessante des actes de la royauté. Il se fit élire grand

' Le régent eut pour fiis unique Louis ( 1703-1752); celui-ci eut ponr fils unique Louis-Plûlippe ( 1725-1785 ) , lequel n'eut qu'un SU, Louis-Philippe- Joseph ( 1743-1793), père de Louifr- PWippe, roi des Français ( 1773-1850 ).

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mattre dei francs-nuiçoDS, afin de se procurer un nouveas moyen d*lnfluence. 11 était appuyé par la Fayette, qui avait rapporté d*Amériqiie \k réputation de héros libéral, tout en oonaerrant les airs et les manières aristocratiques. Ainéricai& k Versailles , il proclamait , lui marquis , les droits de IMiomme, et conservait, au milieu des intrigues et de la corruption, cetti candeur qu*on n*a qu*une fois. Le peuple , qui voyait en \m le représentant de la liberté et des idées nouvelles, prit parti dans les débats de rassemblée des notables , sifflant les meah bres favorables au cabinet , applaudissant les opposants. €on* traint de se prononcer entre rassemblée et le ministre, le roi congédia ce dernier. Les séances continuèrent sans amener ritt d'important, et se terminèrent à Tamiable, c'est-à-dire aani résultat. Mais le peuple avait pris goût à ces discussions , et n'm désirait que plus une représentation véritable.

L*archevéque de Toulouse, Loménie de Brienne, que le roi haïssait parce quil passait pour athée, fut, par Tinfluence de la reine, appelé à présider le conseil des finances. Au lien de porter au parlement toutes les décisions des notables poorltt faire engistrer à la fois, il les présenta l'une après l'autre. Le parlement se déclara incompétent pour enregistrer de nouveaux impôts , et prétendit qu'il était nécessaire d'en référer ans états généraux. Puis lorsqu'on recourut au lit de justice <, il déclara nul tout ce qui y avait été fait. Ce fut , à vrai dire, le premier jour de la Révolution. Louis XYl exila le parlementa Troyes. Alors , excité sous main par le duc d'Orléans , souteni par l'opinion publique et par la nombreuse jeunesse de la bazoche et du barreau, ce corps accusa le roi de despotisme, examina les droits de la couronne , sema parmi le peuple des idées de résistance; et le peuple l'applaudit comme son égide contre le despotisme , comme un pouvoir réformateur, tandis que ce corps s'opposait à toute réforme. Au bout de deux mois on es vint à une capitulation honteuse pour les deux partis ; car le roi

• Louis XVI rouvrit par cet paroles : Meaieun, il nrafpartkni point à mon parlement de douter de mon pouvoir ^ ni de o$M g^ je lui ai confié.

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monça à demander l'impôt, et le parlemeat prolongea la pere^tktt du TÎDgtiènie.

Ij loaofaiae réussite des affaires de Hollande Gt perdre a la Ffaaeek considération que lui avaient value , au commence- ■Mfit du règne delgDuis XVI , ses succès militaires et diploniatiqies. L*orgueiJ national fut en outre blessé des cris de joie ^'eo poussèrent ses ennemis. On avait bien triomphé de l'An- Ctanre dans la guerre d'Amérique; mais on n'en faisait guère m nétHe au cabinet , car on savait qu'il avait été poussé malgré hû à jouer le r61e de libérateur.

Louis XYI annonça, en séance royale , l'intention de convo» fKr les états généraux, et présenta à l'enregistrement deux ^, dont l'un créait un emprunt de 420 millions à réaliser en. 9utre années , et dont l'autre rendait les droits civile aux pro- ^KtiQts ', nonobstant l'opposition des notables. Le parlement fci earegistni; mais il se rétracta ensuite quand le duc d'Orléans (Mpototé. Le roi exila le prince, que la persécution rendit |te popolaire , et que l'on considéra comme « une illustre vie- ^éa pouvoir arbitraire; » mais, habitué aux plaisirs et in- ^fftà^îk soutenir un rôle, il négocia son rappel , qu'il obtint, ilitsaroi force protestations , sans pour cela suspendre le <Mn de ses intrigues.

Ccst alors que le roi ^ qui n'avait pas su proBter du coup d'É- M^ son prédécesseur, s'apprêta à en frapper un nouveau. Ce cMp d'État consistait à réduire les membres du parlement à *BnaiMeîze, distribués en six bailliages qui seraient devenus ^Btts d'appel, et d'une cour plénière composée de l'élite de la ■HgiMrature, à laquelle auraient été portés pour l'enregistrement Pactes de l'autorité royale. L'ordonnance n'était pas encore Pl^^nndgnée , que déjà on en publiait une copie. On vit alonles protestations vie roi fit arrêter en plein parlement iteurs de la mesure , et ordonna en lit de justice l'en* 'tgiitrenient des édite.

U décréta ainsi le despotisme, mais sans s'être assuré des *^«os de le soutenir. La noblesse ae mit du côté de la résis-

' Sisf radflMsioQ aox clurgc» judiciaires et renseignement public

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tance. Le pariettienl opposa à Farbilraire royal me dédaratioi des formes coDStitutives de la monarchie : « La France, dit-il, est une monarchie gouvernée par ]e roi , conformément nu ]ois ; elles établissent : l*" le droit au tr6ne de la maison r^ gnante , de mâle en mâle, par ordre de primogéniture; 2*k droit de la nation de consentir librement les subsides , par Ywgane des états généraux ; S'' les coutumes et les capiôilatiou des provinces ; 4° Tinamovibilitè des magistrats; 5» le droite cours de vérifier, 'dans chaque province, les volontés da roi el d*en ordonner Tenregistrement , seulemententantqn'ellessool conformes aux lois constitutives de la province et aux ïéa fondamentales de TÉtat ; e^ le droit de tout citoyen de n*étretn* doit que devant ses juges naturels ; 7** enfin le droit, qai est fa garantie des autres, de n*étre arrêté que pour être remis imn^ diatement aux juges compétents^ »

C'était avertir la nation de ses droits ; et la cour avait tsM là une résistance qu'il fallait ou ne pas provoquer, ou sdMttre. Li conseiller d'Éprémesnil fut arrêté dans une séance solenodlet et devint le héros du moment. Plusieurs magistrats refusèrail d'entrer d«i8 les bailliages , appelés à remplacer les parlemenb déclarés vacanta. Des manifestations bruyantes , des soèna à violence éclatèrent en plusieurs endroits; des clubs se fermé rent à Paris : partout ce furent des réunions où Ton s'entretenait des abus à détruire, des réformes à introduire, de II constitution à fonder. Le gouvernement ordonna des arrest» tions. Les soldats envoyés pour calmer les esprits avec da baïonnettes rencontrèrent de la résistance, surtout enBretagaf et dans le Dauphiné. Louis XVI, qui s'amuaaità chasser, 0 qui ne prévoyait pas qu'il existât des volontés plus fermes qv la sienne, fut contraint de retirer les deux édits. Ce fùtaloi! qu'il se décida à convoquer les états généraux pour le oommca cément de mai 1789 , on invitant tous les ordres à lui adresse leurs avis sur la meilleure manière de les composer.

L'archevêque de Toulouse, en butte h toutes les haines résigna le portefeuille, et Mecker fut sup^é de le reprendiv

Son ouvrage De V administration des finances (1784) avai élé prohibé; il s'était répandu en conséquence , et les doclrnif

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