‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 6 sur 127 · FRANCE · texte numérisé non relu

FRANCE

nuit à Fendroit même, pour se trouver les premiers arrivés le lendemain. I^aw vendait jusqu'à 30,000 francs la lieue carrée de terres que personne n'avait vues; et les acheteurs y envoyaient des colons pour les défricher, en assignant à chaque famille deux cent vingt arpents. Comme il était plus commode d'avoir en poche des billets que de Tor pour négocier les actions, ils se soutinrent de préférence au numéraire. Le gouvernement n'avait autre chose à foire qu'à émettre de nouvelles actions ; c'était une faveur que de les obtenir de première main, c'^ait de plus un moyen de se faire bien venir du pouvoir.

Le R^ent et les plus grands seigneurs assistèrent à rassemblée des actionnaires, qui reçurent, pour un seul semestre, sept et demi pour cent Le duc d'Orléans, qui se flattait de l'idée de mettre la dette publique à la charge de la compagnie , la favorisa moins peut-être par illusion que par calcul ; il ne tint aucun compte des remontrances du parlement, et nomma Law contrôleur général des finances. 11 fut décidé que les billets de la banque seraient reçus comme argent comptant dans les caisses publiques; elle fut même déclarée banque royale, et il fallut bientôt la soutenir à coups d'ordonnances et de prohibitions ■. On ne garda plus de proportion entre l'émission des billets et le capital qui les garantissait : ces billets furent portés à 70, puis à 100 millions et jusqu'à un milliard. Le dividende s'éleva en 1720 à quarante pour cent, et les actions haussèrent jusqu'à la valeur de 18 et 20,000 livres.

Ce fut ainsi qu'une institution très-utile se corrompit. Cea rapports de la banque royale avec la compagnie des Indes introduisirent un agiotage effréné ; le Régent voulut en faire une mnehine financière qui pût servir docilement à ses besoins, au lieu de lui laisser l'indépendance d'une institution commerciale. Law dut marcher d'accord avec le gouvernement dans une voie de concessions récifNnoques, de privilèges momentanés, d'expédients

' Law avait parcouru rAllemagne et ntalie, offrant le plan de sa banque à tons les gouvernements. Victor- Amédée , duc de Savoie, reconduisit , en lui disant : « Je ne suis pas assez puissant pour me ruiner. » {Km, R.}

LA BBGE19CE. 27

rmneaiY sans ooosidérer Faveoir. La défense de faire des paye* meais en argrat an delà de 600 livres (4)ligea tout le monde d'avoir des bOlets; la posfe ne transporta plus de numéraire; enfin il fut défendu d*avoir chez soi plus es 000 livres effeotivcs, soit en or, soit en argent , les orfèvres exeqytés. Ainsi one banque instituée pour activer la circulation du numéraire finit par interdire For et Fargent, et par altérar les monnaies. Elle devait favoriser la liberté, et chaque maison fut remplie d*espion8 pour dénoncer quiconque gardait de Pargent comptait; an lieu du génie de Tindustrie, on n'invoqua plus que le démon de Tagiotage.

Law, qui avait proclamé que le crédit n*existe qu'à la condition d*étre Ubve, ne eessait.de solliciter des ordres pour le rendre obligatoire. Il avait trop compté sur la mode, toute-puissante en France, mais qui passe vite: il avait compté sur l'association mivcrselle sous un gouvernement gangrené par Tégotsme, et qni ne voyait que son propre gain où Law ne considérait que le bien public. Alors commença une série d'édits désastreux , qui ruinèrent de plus en plus le crédit. Déjà les billets avaient perdu quatre-vingt-cinq pour cent. Yiogt mille familles se trouvèrent réduites à la misère pour enrichir un petit nombre de fripons : et le peuple ne pouvait se procurer du pain, les mains pleines de ces symboles menteurs d'une richesse anéantie. Ce longe si brillant était suivi d'un déplorable révejl.

Law fut destitué, et on mit des gardes près de lui pour le défendre contre la fureur populaire et protéger sa fuite. Les opinions sur lui sont encore divisées. Il se trompa en croyant que raccroisBement indéfini des espèces , qui représentent les ridiesses rédies, accroîtrait indéfiniment la richesse publique, et que le papîei^monnaie, signe conventionnel, sans valeur hors de l'État, pourrait remplacer les espèces métalliques acceptées de toutes les nations ; mais ses intentions étaient grandes et généreuses. Voici les bons côtés de sa tentative : les classes et les partis se mêlèrent sur le terrain de l'agiotage; l'inégalité de castes disparut dans l'égalité de l'imprudence et de l'avidité ; la prodigieuse mobilité des fortunes détruisit l'éclat attaché aux noms aristocratiques ; on prodigua à Law, plébéien étranger, les

flatteries, les adulations, comme à un roi. Ainsi se trouva dimi^ nuée la distance entre les rangs, et. beaucoup de préjugés féo* daux n*y survécurent pas. La rich&se se détacha de la terre pour entrer dans Tindustrie, au grand proGt des roanufisM^turcs, qui prospérèrent aussi de Pincroyable luxe des nouveaux enrichis ; la propriété commença a se morceler, et les nouveaux maîtres du sol le cultivèrent avec plus d'ardeur, et avec la fsh ciiité que leur procurèrent les capitaux.

L'esprit d'entreprise profita de ce premier essai de l'associa* tion. Ces résultats se firent particulièrement sentir dans les provinces de l'intérieur de la France, où la civilisation était en retard ,' où l'argent était auparavant sans valeur, les produits du sol sans débouchés, le commerce nul, la perception des impôts difficile. Cétaient des fruits que le temps devait mûrir : en attendant, la dette de la France se trouvait portée à 2,400,000,000 effectifs ; le mécontentement s'accrut , et la position du Régent en devint plus difficile. Il s'attacha davantage à l'aliiance de l'Angleterre, au grand détriment de la marine française.

Louis XV grandissait sous la direction sévère de l'évéque Fleury, en qui il avait mis toute son affection. Lorsqu'il eut été déclaré majeur, le duc d'Orléans quitta le pouvoir, pour se livrer tout entier aux plaisirs; Dubois garda le ministère jusqu'à sa mort II faut convenir que, malgré ses scandales, son administration ne fut pas sans bienfaits pour le pays. Il projeta d'établir l'égalité de l'impôt, et, sous prétexte de routes et de ponts, il s'occupa de faire mesurer et estimer les terres. Il rétablit la paix avec le saint-siége, et réussit à faire accepter en France la bulle Unigenitus, L'acharnement avec lequel il poursuivit ceux que la banque avait enrichis fit peut-être exagérer ses vices. On ne lui fit point d'oraison funèbre ; mais la baisse extraordinaire des actions de la compagnie des Indes liiontra combien il inspirait de.oonfiance.

Le duc d'Orléans reprit après lui le fardeau des affaires ; mais lui-même mourut bientôt dans les bras de sa maltresse, laissaat

la diraetioo de TÉtal aii duc de Bourbon , aussi dépourvu de talents qu^avide et vindlcaUf , entouré de fiavoris et de femines, mené surtout par madame de Prie, qui s'était donnée à loi perdes motifs moins excusables que Tamour et Tambition '. Eafin parut un ministre plus honnête et plus désintéressé, le canlinal Fleury *, de mœurs pures, mattre de ses passions, religieux sans hypocrisie y économe sans grandeur, administrant le royaume comme une famille, et ménageant, comme dit Saint- Simn, jusqu'aux bouts de chandelle. Ce cardinal-ministre, prudeot, mais sans génie, ennemi de tout luxe, même de celui de l'esprit, ne peut être mis à côté ui de Richelieu ni de Maza* lia. Son minîstènp peut se comparer à rassoupissement qu'un

' L'acte le plus important de ce ministre médiocre et déprédateur fut h rnptnre do mariage de Louis XV aTec une fille do roi d*Kspagne itteée ao jemie roi, et qui avait étéenvoyée en France. Le dae de Boor* Iw, p(Nwè par une politique caprideiMe et égoïste, renvoya Itolèate, et aaria le prince à HarieLecxinska, fille de Stanlalas, roi de Pologne, qui vonit d'être déifùiié. (An.R.)

' La probité do cardinal Fleary eat on fait.non.conte8table ; mais son déflBtérettement eat au moins douteux. « lî cachait sous les appa-

• nnceidhuie vieilleHe tranquille une ambition qu'une longue attente

• a'iTaît pas refroidie. 11 compromit Téducation de Louis XV ; ils'inquié- ' ta peu de communiquer à son élève, qui était doué do beaucoup d*in-

• lelljgaice, les lumières et les qualités propres au gouvernement de

■ rÉtat. 11 travailla moins à former un souverain qu'un disciple qui ne

• pAt penser qu'avec l'assistanoe de son maître, qui ne pût rien voir

• qae par aea yeux. H mettait toute son adresse à entretenir Louis XV - dam sa timidité et aa paresse , à réioigner des affaires, à ne lui laia-

■ ttr voir ni ses troupes, ni ses places de guerre, ni ses provinces.

• Heny conserva toute sa vie, )usqu*à TAge de quatre-vingt-dix ans ,

• cette bveor sans borne et ce pouvoir vers lequel il s^était acheminé si

• doQcemeat et si tard. Dans cette extrême vieillesse, l'ancien précep-

■ leur du roi fîit un de ceux qui tendirent les premiers pièges à sa « tUMeiae, et qui furent coupables des désordres où il tomba. L'ambi- « tieax vieillard, qui voulut garder jusqu^au bout pour lui seul le gou«

tout entier, prêta les mains à ses séductions, qui lui one bonne diversion pour retenir. Louis XV loiu de toute

• MMpalk» sérieuse. « Am. Renée, art. Louis XV, EncycL des Gêna danoncb.

médecin procure à on malade en danger, afin de réparer ses forces et de le mettre en état de soutenir une nouvelle crise. U aimait le pouvoir comme Tavare akne For, sans ea iccbeidier les avantages extérieurs et les jouissances. II sut obtenir beaucoup avec des ressources restreintes, et conserva la paix par économie. II diminua l'armée, et accrut cependant Tinfluence française. Il éloigna les intrigants, quoiqu'il ne sât pas se mettre en garde contre la délation ni contre ses préventions. Enfin il tenait du courtisan, en ce qu'il ignorait la reconnaissance. Lors de la guerre ou il fut entraîné pour la succession de Pologne *, il acquit à la France la Lorraine, qui lui était devenue nécessaire depuis la conquête de rAls^ee , et qui mettait Paris h couvert d'une surprise.

Une autre conquête vint plus tard s'ajouter à celle-là * : la France s*empara de la Corse^ qui plus tard devait lui don* ner un maître. Les Corses avaient de tout temps subi impatiemment le joug de Génest et plusieurs fois ils s'étaient soulevés contre cette république. Nation sauvage et livrée à Toisiveté, au point qu'il foUait que lltalie et la Sardaigne lui fournissent des cultivateurs. Cet instinct de haine et de vengeance privée qui poussait les Corses à s'entre-tuer était encore plus vic^

' Une partie de PEurope prit les armes en 17S4. Le roi de Potogoe Auguste de Saxe étant mort, Stanislas, le beau-père de Louis XV» voulut remonter sur le trOne dont il était toml)é. Il obànt dans la diète la majorité des sufflrages; mais il eut le sort qu^avait éproové dans le siècle précédent le prince de Conti, et ne -se trouva pas asseï fort peur irire triompher ses droits. L'Empereur et la Russie prirent parti contre Hii » Tassiégèrent dans les murs de Dantzlck; et la France, après quelques hésitations, fui entraînée à soutenir le beau-père de son roi. Biais sa cause était déjà perdne, e| Louis XV en intervenant trop tard ne put atteindre le but pour lequel U s^était armé. Cette guerre toi glorieuse cependant, et eut peur la France, d'un autre côté, des résoltats ao* lides. (Au. R.)

* Ce ne fut qu'après la guerre de la succession d'Autriche et la guerre de sept ans , et vers la fin du règne de Louis XV, que la France entreprit, sotts le ministère du duc de Cboieeul, de soumettre la OMse.

(Av. &.)

katcoDCie les Génois, regardés comme des ennemis publics. La Génois, à leur tour, les considérèrent toujours comme des osloDs, et ne songèrent guère à les ciriliser.

En 1729 les insurgés ayant pris pour chefis André Gecaldl, gentiUioBuiie de Ttle , et Louis Giafferi , patriote intrépide , repoussèrent lei GéDois , qm eurent recours à F Autriche. L'Empereur esfuja contre les révoltés huit mille soldats commandés par .le géoéralWactemdoek, et six mille quatre cents sous les ordres du prioee de Wintenberg : mais les Corses en tuèrent mille dans un mdI eogagement. On les engagea à se confier à la clémence au- ; mais à peine eurent-ils déposé les armes, sur la prode conditions avantageuses, que F Autriche livra plusieurs de lems ebefii aux Génois : elle publia une nouvelle amnistie, H donna au gouvernement une forme plus libérale, mais tout à Cutillosoire, en ce qu'elle était sans garanties. Les Corses, réfiolas désormais à conquérir leur indépendance, relevèrent la tête, et prodam^ent la république, sous la protecti<m de la Vicige immaculée : ils élurent Giafferi général et primat, conjoiatement avee Paoli. Les G^iois prirent à leur solde des Saises et des Grisons, et allèrent jusqu'à faire grâce aux mal- Utenrs etaux bandits , pour les pousser à prendre les armes eoDtre leurs compatriotes; mais ce fut en vain.

Id M présente un épisode bizarre : un gentilhomme weslphalien, Théodore, baron del^eubofT, quimenait une vie d'aventares, courut en Corse pour en chercher de nouvelles. Il avait 9H>tante ans, une bdle taille, des manières imposantes. Après ^toe mis au service des Stuarts lors de leur tentative de débarquement en Angleterre, et avoir secondé Alberoni dans M intrigues, il avait été employé par Law dans sa banque, où il vît les trésors s^aeenmuler et s'évanouir dans ses mains. Se lieutant à Floreoce en qualité de résident pour l'empereur Charles VI, il noua des mtelligences avec des Corses qu'il avait ctoaift à Gènes, lorsqu'il s*y trouvait en prison pour dettes. Après avoir demandé en vain des subsides pour la Corse à difSérentes cours, il obtint de la régence de Tunis un vaisseau, fntre mille fusils et imlle sequins, qui,^ ajoutés à ses brillantes \j déterminèrent les Corses à l«d con(er la direction

(là kurs ariaireâ. S'iiiiiiulantdouc ■ïliéodore 1", roi de Cône par' la );rAce de la très-saiaie Trinité et par l'élection des trèsglorieux libérateurs et pères de la patrie, ■ il battit ntioiuiaie , institua l'ordre de la RéilemptioD, et fit à Géoes une guerra bardie. Cependant, lorsqu'il eut dissipé le peu d'argent qu'il possédait, et que ses illusions se furent évanouies, il prit le parti d'aller chercher des secours au dehors. Arrêté pour dettes en Uollaode, il détermina, par la promesse d'avantages commerciaux, une compagnie de négoeiants jui& à payer M rançon et à lui fournir cinq millions, avec lesquels il équipa une flottille et retourna en Coise. Les Génois se voyant aumoment de perdre cellelle, traitèrent aveclaFrance, qui, craignant quel'Angleterre oul'tlspagiie ne vinssentàs'enemparer, s'entendit avec Vienne, et expédia des troupes pour rétablir la paix. Le roi Théodore s'enfuit, et alla mourir dans la misère à Londres , oii l'on peut lire sur son tombeau :9ue/a/orfune^{(Jonna un royaume, e( lai reflua un ntorceau de pain.

Pascal Paoli, proclamé chef en 1755, après cet aventurier, conduisit heureusement la guerre. Déjà des bâtiments corses inquiétaient le commerce desûénois. La répubUque signa alors avec la France le traite de Compiègne , bous la conditioD de 40 millions pour prix de la cession.

Ce honteux marché irrita les Corses, qui, aminés par Pioli, résolurent de montrer qu'ils étaient des hommes, et non un troupeau de bétail, dont ses maîtres pussent trafiquer à Imr gré. La première campagne coûta à la France plusieurs mUliers de soldats et 80 millions ; car l'héroïsme et la discipline y combattirent avec une. coonaissauce parfaite des localités. Le duc de Cboiseul, alors ministre, s'opiniStrant h réussir, redoubla d'efforts ; et les iosnlairee, trompés dans i'espoir que les Anglais leur avaient ^t concevoir, finirent par se soumettre. Paolj chercha un refuge en Angleterre; ceux qui se refusèrent k accepter le joug se jetèrent dans les inontagnes, où ils se livrèretu au brigandage, et pendant vingt ans enlevèrent k cette possesâon toute sécurité.

ha France paya de beaucoup de sang et de 60 millions l'acquisition d'une tie dont les produits sont nuls, mais qui etf

d'une très graade iiiiportane« pour la sâreté des cotes de Provence et du eommeree de la Méditerranée.

Tel élail f étal des afiaires aa dehors : voyoHS quelle était IcaratoatioD à rïBtérieor.

liNib Xjy avait promulgué cinquante et une lois contre les protestaiHB, avaBt de révoquer Tédit de Nantes. Lorsqu'il fut nort, beaucoup d^eutre eux rentrèrent, et denoandèrent à repreadre leurs asseoiblées. Un édit renouvela les rigueurs dont ib étaient Tobjet : tout autre culte que le culte catholique fut ialirdit, sous pdne des galères pour les hommes, de remprî« sonaeinent perpétuel pour les femmes, et de la conGseation pour tous. Beaucoup de familles émigrèrent, surtout en Suisse. On s'alarma des effets désastreux de cette loi , et on la laissa tonber dans Toubli ; mais elle attira sur le moUnisme de la QMir, et sur le jansénisme des parlements, la haine et le mépris. Phutard on tenta de la remettre en vigueur, alors que Fincrédu- Klé notoire de la cour la rendait encore moins tolérable. Deux procès alors flrent grand bruit : Un certain Jean Fabre trouva nofen de rester sept ans aux galères en place de son père , conémoé à subir cette peine pour avoir assisté aux prêches. Jean Gdas,aoettsé d*avoir tué son fils parce qu*il inclinait au calhoiKisme, fut condamné à mort, sur des preuves absurdes, par le pariement de Toulouse. Voltaire se fit rinterprète de Findignation poUique; rarrét fut cassé, mais trois ans après son exécution. I^Mjis XV était un des hommes les plus beaux et les plus heunnsement doués de son royaume. Mais avec un jugement droit,. ^ opritsagace, il avait un caractère timide : c'était le fruit de «n adance maladive et de son éducation. Son intelligence avait été peu eidtivée, et il se trouvait mal à Taise avec les gens de ■ôite, dans un temps où Finstruction commençait à se répuidre; anaû aimait-il mieux s'entourer de jeunes gens. Or la JcQBcsMde la cour avait été pervertie par les exemples de la Réinwe; et tout ce que le cardinal de Fleury put obtenir, ce fiit qpi'on cessât du moins d*a£Qcher le libertinage. Entraîné dès A pranière jeunesse par la passion de la chasse , Louis XY y ffBûi ses journées , et les terminait par des çoupers d'une ^taige profusion.

Une intrigue loi donna pour femme Marie Leczioska, fille «lu roi de Pologne détrôné, qui se consolait dans Tinfortune avec Vaide de la philosophie. Marie, qui avait grandi au milieu des vertus domestiques, était un ange de bonté; mais elle inspira peu d*amour à son mari. Bien que par sa condescendance, sa douceur , sa vertu et sa fécondité qui hii donnait un enfent chaque année, elle conservât Festime et les ^;ard8 du roi, ^le expia par vingt-deux années de peines Thonneur de porter une couronne. Les courtisans mirent en onivre les séductious les plus adroites pour arracher Louis XV à ses devoirs conjugaux. Une fois qu'il eut goûté à la coupe , il s'y enivra. Ses liaisons successives et presque contemporaines avec cinq sœurs de la maison de Nesle scandalisèrent un monde corrompu, et firent mépriser celui qu'on avait déjà cessé d'estimer.

Louis XV, à la mort du cardinar(f743), ne voulut plus de premier ministre; la duchesse de Châteauroux, alors maîtresse en titre, devint l'arbitre des afiiaires. Elle sut pourtant inspirer à l'indolent Louis XV un certain désir de gloire, et elle le poussa à se mettre à la tête de Tarmée de Flaudre. Mais si le peuple applaudit à cette résohition guerrière du roi, il fut scandalisé de voir au camp cette maltresse toute-puissante, qui se vantait de feire de Louis XV ce qu'Isabelle foisait de saint Louis. Dès le début de la campagne, le roi tombe malade ; les prêtres lui reprochent le scandale de ce double adultère , et l'étrange spectacle que donnerait au monde un petitfils de saint Louis, s'il mourait dans les bras d'une courtisane. La duchesse est congédiée , et 'la reine vole au chevet de son époux repentant. Louis guérit ; et le peuple, qui le croyait revena de ses erreurs, le surnomma le Bien- Aimé*

Mais Louis XV ne changea point de genre de vie; il changea seulentent de maîtresse. La duchesse mourut, et fut bientôt remplacée par la marquise de Pompadour, dont Tempire survécut à l'amour. Sans être capable de combinaisons fortes et puissantes, elle possédait un art qui était de tous le$ moments. Elle arrachait Louis à ses deux maux les plus graves, l'ennui et les affaires ; elle voulait tout connaître, pour avoir mille sujets de raconter, de rire, de louer ou de bafouer auteurs, ma-

g^strais, diplomates. Épnse des arts et de tout ce qui pouvait chttflMr ou distraire te rm , elle s^entoura de gens de mérite, défooés à ses intérêts. £lle réunit une bibliothèque choisie, augmenta la galerie du Louvre, embellit Versailles dans le goût «quel elle a donné son nom ; et elle posa elle-même plus d'une Ms, oomme modèle, devant les artistes qui ornaient la de- Bwuie royale de tableaux et de statues. Elle disposait du trésor , moyennant de simples billets payables sur la seule signature du roi, sans avoir à rendre compte de remploi'. Elle en usait taaldt poQT fBkvoriser le mérite, plus souvent pour soutenir des taieals médioeres, pour secourir les pauvres et les orphelins; elle affeetait la philosophie et la philaothropie. Lors des de la Daophioe, elle suggéra au roi de doter six cents jeoDfs filles, au lieu de dépenser cet argent en fêtes. Elle en ■lariait elle-même on grand nombre sur ses terres ; et les courtinns de marier à Fenvi, par imitation.

Loiai|iie la marquise sentit que le prestige de ses charmes aHait s'évanouir, elle s'arrangea pour procurer au roi, dont elle aînint le pouvoir et non la personne, des amours passagères, m prenant soin de diriger elle-nléme sa lubricité. Le pnrc aux Geiib, enceinte décorée dliabitations élégantes, fut peuplé de jeanes filles destinées aux plaisirs du maître. Pour Tapprovi- , on portait le trouble dans les familles les plus ver- ; on préparait pendant des années entières des séduc* tîons à Tinnoeenee et à la fidélité; on y éleva jusqu'à des petites flks, pour y être livrées, dans la fleur de Tâge, à rimpudicité. Qnclqoes-anes eurent le malheur de se prendre de passion ee libertin. Toutes sortaient de ce sérail enrichies et dé-

Ce harem d'un roi très-chrétien, qui sut être scandaleux ■Ine après les soupers du R^ent , coûta plus de 100 millions s la Fraaee. Les eonriisaos, suivant de loin ses traces, se li- •è Fenvi aux déportements du vice et à un jeu effréné.

* Sous Loitls XIV» les acquits décomptant montèrent à iO millions pv iB ; sotM Louis XV, Ils s'élevèrent dans nne seule année jusqu'à

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