‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 51 sur 127 · I.A COHVERTION · texte numérisé non relu

I.A COHVERTION

éHenede, qà\ est la cenditioii première de la'Kberté. Les gi* TomiiBB wpkBt la r^blkiae dans le gottveruement de ebaouB tahmâaK; les jacobins la voyaient dans la dictature : les voabientiTaffirânchîr do joug db Pans , et les seconds, icdoire tout à une inexorable unité. Les premiers, eomme reptiér —Uiite des bourgeois , dont Téducation avait été faite par les piiMopbes, tenaient à la propriété^ sur quoi se fonde le droit Mividiiel. En face d'eux étaient les prolétaires, qui , impa* timtsde se venger d^une Icnigue oppression et de rentrer dans lim9été,voulaienl4enivelleroent universel *. Veïrgniaud prodamnt que « la conservation de là propriété est le- premiev •bjel de Fanion sociale , et que sans elle iln'y a point de li-t lerté ; * Robespierre et les jâoobins souUinaie&t que là propriété Mm de la souveraineté.

Us ddis prenaient chaque jour une importance plus grande ; lotopiaie était devenu rarbitre de celui des Jacobins^ qui dé< ibMt et émettait des votes. Le cynique et fougueux Danton têgmî aux CoideHers , où s'assemblait ce qu'il y avait de plua Mrromptt et de plus vénal.

' Cependant la réaction grandissait'au dehors : à l'exception de rAagklene, les potentats d'Europe, absolus phit^ que despotes y ftwthsientàréaliy des améliorations tranquilles et mesurées^ khuùj chez eux , s'accomplissait de haut en bas. Jaloux de la Inaee , ils n'avalent par vu de mauvais œil la Révolution, qui i n affiMhiiasant les Bourbons , leur fournissait l'occasion de iavdcs acqmsitions nouvelles. Mais ils reconnurent bientôt l^ic^ Vûls avaient pris pour une agitation éphémère et locale tNiti^uiisif et persistant; qu'il ne s'agissait plus d'un débat f^filgnt^'y^ d'une réforme fondamentale; car d^ retentisi^à Jeèrs «oreilles des maximes assez effrayantes pour les^ Uto êounmnées. 11 s'agissait d'introduire dans la société un Muème ordre , inoonnu jusque-là ; de contre-balancer le droit ieliioblefl , des riches et des forts ; de résoudre le problème de h eooqiiaÉle, depuis le moment où Sieyes avait dit{ Quand k/or^

' hMartaat c'est de BrisBot que vient la formule répétée depuis pei» ^ntttz iÀtpntptiéié, ifestUwd*

8&ft ASSBMBLBB LBG18I.AT1VS.

arrive à oppritHer ie faible, ii crée un/ait, mais non un droit Ils comprirent , ea un mot, que A» sort 4e Uns les Étati 4< rEurope se débattait en Fraoee.

Le proaélyturae était d'aiUeiin l'im des (»riMstèr« tatk»; et, pendant ^e des énûssaires s'en allaieot de eôtén d*autre pour répandre ses prinelpes, nouer des lelatîoBii eonstiUierdes sodétés seerètes, onprotestait pnblîquemaUp la FIrance n'entendait tnmbler personne, et qu'elle respectml eeui dont elle serrt respectée.

F^rédérie-Ckiillaanie, roi de Prusse, s'était allié avec VAn^ terre Icnts des troubles de la Hollande , dans TiiUention é1» mîlîer rAuQriche et la Russie , en eiKâtant contre elles la PsrtI afitenséOt it Pologne norodée, et le roi de Suède, le ebeisli|| resque Gustave. Dans la Pologne, en effet, la ûietion opposM la Rossie reprit le dessus ; et la constitution y fut modifiée, 9m{ la garantie de la Prusse , gui se déclara son alliée. Mais )àm tdt la Rusiîe fit la paix avec la Turquie; elle afifermit sa éomh notion sur la mer Noirs, où OdemetCheison devinrent biealil florissantes ; et elle eut dans Souvarovr et Goboorgyquis'ctsieBi formés dsns cette guerre , deux généraux expéfimemés. S^ëM ausai réeoneiliée avec Gostave, qui l'avait fait trembler, cM envahit la Pologne. Enfin la PmMe,dont les ijiapositions avaiui changé, l'aida à anéantir oe rojaume, dont les défenseatsi réduits à fiiir, allèrent olirtr leurs bias à la France , poorp soutenir une liberté qu'ils avaient perdue dans lenr patrie. ■

L'intérêt de la France, alliée de la Turquie, ^ ayant avec i|j RusMcun traité de nommeree avantageux, ne lui penaettai)^ pas dose déclarerpour l'une ou pour l'autre : die garda doii la neutralité. La HoNande, aon alliée, avait dû se,souraeltreat| slathoader; les Pays-Bas, qui s'étaient armés contae la àonÊ^ nation antridnenne , et que les nwuvements de la Frases avaient enoeoragés, n'obtinrent d'elle aucun appui réd.

L'empereur LéopcM , frère de Marie* Antoinette , avait saik cédé à losepb II ; msia l'exemple de aon frère et les troubles èi la France, donnèrent une autre direction à ses idées. LorsqsH eut obtenu la couronne iropéride (1790), il dédara que les états provinciaux étaient à ses yeux la base de la nwnarcliie, d

LA coNyBSTiaN. aô9

fiTS t*oof«penut du bien public d^aoeord avec la nation. Gon< ■Nés par le prince , ses sujets implorèrent de toutes parts la droits dont ils jouissaient au temps de llarie-Tliérèse. liipold rétablit les anciens impôts, sup[irima les séminaires pMnui , rahsolutîame de la police et de Tadministration , kiaitnves apportées au commerce au nom de la liberté , et «i «DélioialioBS du ^stème judiciaire qui avaient entraîné tant n détniisit en un mot ce qu'avait fait son frère , en toutefoia Tédit de tolérance, par lequel Joseph 11 wâtcenfirmé toutes les innovations ecclésiastiques.

Lu gennes de révoltes s*éteigpirent en Hongrie, en Lom- Mie» en Bobéne, avec celuiqui les avaitsemés. Les Madgyars t que Marie-Thérèse ayant violé le diplôme de VI, et Joseph II n'ayant pas été couronné, les la maison d'Autriclie sur Je trône de Hongrie avaient CMé, etqu'ils pouvaient élire librement un roi. Ils se détermi* pourtant à nommer Léopold, en considération de ses personnelles; mais ils lui imposèrent, dans le di- 1^ d'inauguration, des conditions pareilles à celles que liFiaaçais dictaient alors à Louis XVI; mais Léopold ayant hhv me diète générale à Bude, ce qui ne s'était pas vu de- Imu demi-siècle , déclara qu'il n'accepterait ni conditions ^drasâon sur les droits dont il avait h^té , et qu'il ne signefàimre aq»itulation que celle de Charles VI. 11 accueillit , comme un acte libre de sa paft, les vœux émis ptlfir élMi, promettant de ne donner les eipplois qu'à des indl- ; que la diète serait triennale, et les contributions votées mis en trois ans; qu'il y aurait un conseil national, indéde toute autre autorité que celle du roi; et que ce pourrait (aire des réclamations sur les ordonnances i^Mniresaux lois ; que les états pourvoiraient à l'enseignement ; 1^ la langue hongroise serait d'un usage général , et que la il^art des officiers militaires seraient choisis parmi les nalio-

tiopold annula en Belgique toute violation de la Jo^feuêe en- *^ €t des privilèges provinciaux. Il proclama que l'ancienne ^^BsiiUitm était exceUente , et qu'il n'y avait plus de moraux

dOO ASSEMBLÉE LÉGISLAtIVE.

révohes causées par les actes arbitraires de son frère. Mais I deux partis refusèrent toute communication avec Temperni et, s'étant réconciliés pour lui résister, ils demandèrent llod pendance fX un gouvernement populaire. Vingt mille vob tatres , prêts à marcher sur un signe de Vander Noot, pour» donner beaucoup d*embarras à TAutridie. Mais les états ag saient comme Fempereor, c'est-à-dire despotiquement Ifi autre côté , la Révolution française mardiaît avec une énergie terrible , qu'elle paraissait plus à redouter que la dominati autrichienne. Déjà l'enthousiasme avait cessé, et il n'ea tt plus qu'une haine nnituelle : la peur des Français et Teffroi tbut secours étranger. En conséquence, lorsque Léepoli après avoir conclu la paix avec ses ennemis , se montra tén h ramener les Belges à robéissance, les états demandèrcH négocier, et l'on signa à la Haye une convention par laqoei l'empereur confirmait les anciens droits et privil^es, aoeo dait une amnistie, abolissait les ordonnances de Joseph li il y déclarait en outre qu'il n'y aurait point de conscription; qi les impôts seraient votés par les états; que les juges sopérievr nommés sur une triple liste présentée par les hauts tribuoai seraient inamovibles ; enfin, que ces tribunaux et les états i raient consultés pour la publication des nouvelles lois, p0 celles de douanes, et sur la réforme de l'administration jodidaii Le calme ne revint pas néanmoins dans le pays , et les idées d patriotes français y firent invoquer une égalité opposée à ses II bîtudes. Des prétentions nouvelles et des atteintes portées l'amnistie amenèrent de nouveaux troubles, suivis de négod lions.

Léopold, épouvanté des progrès de la Révolution, travii à mettre un terme aux différends qui divisaient les priott mais, au lieu de profiter de l'alliance anglaise que lui avait I guée son prédéc^seur, il conclut la paix à Reichenbach a« la Prusse, pour se tourner contre les révolutionnaires fraoç^

La France avait proclamé , il est vrai , et inséré même dans) constitution , qu'elle repoussait toute Idée de conquête. EB^t voulut pas même entendre les députés du Pays-Bas, afia dei pas donner d'ombrage à l'Autriche. Elle avait toutefois déel»

LÀ CONVENTION. 36t

à 90D territoire la Corsé , qu'elle avait reçue en gage de il réimbliqiie de Gènes, ainsi que le comtat Venalasin et Avignon, flOQs la promesse de donner un dédommagement au pape. QoDt auxieigneurs allemands qui prétendaient que leurs droits findain, en Alsace et en Lorraine, fussent respectés, alors qsHi étaient abolis partout ailleurs , c'était beaucoup de leur ^omettre une indemnité. Mais Tinimitiédes rois avait pour cane les dogmes révolutionnaires , la déclaration des droits de rinBiDe,rabolition de raristocratie, les restrictions apportées a ribaoliitisme royal, non par un sénat aristocratique, mais par letùt d^ime repré»ntation nationale.

Les princes et les nobles émigrés avaient leur quartier gé- ^M à Coblentz , d'où ils entretenaient des intelligences tant an dedans qu'au dehors , et intriguaient en attendant les secours tepnissances du Nord. D'autres , se confiant dans leur épée , 'otSnisaient en Piémont, en Suisse , en Espagne , pour corn- ^itlre dn côté du midi. Ce devint une mode et un honaeur d'é- Bîgier, non plus individuellement, mais comme affaire de caste. An dehors, tandis que les jalousies et les prétentions rivales es émigrés les affaiblissaient , leur iniprudence et leurs van- Us multipliaient à Tintérieurles soupçons et les victimes.

Sons prétexte que le roi n'était pas libre , ces nobles si dé- ^'^ lui refusaient toute obéissance. C'était en vain que, de sa pnpre main , il leur.écrivait de se disperser, pour ne pas com* Fonettre son existence ; tout en se proclamant royalistes , ils ■'agissaient qu'à leur fantaisie. Mais les cabinets étrangers, qui tlMrchaient à éviter une guerre , et qui songeaient moins à une ■^nration complète qu'au démembrement du royaume , ne * bâtaient pas de satisfaire leur impatience. •

Les princes de'Gondé , qui s'étaient mis à la tête des émigrés, ^^tet animés de sentiments chevaleresques, mais sans aucune ^'Périenee ; le comte d'Artois n'entendait rien à la guerre ; Ca- ^^e II lui ayant fait présent, à Saint-Pétei-sbourg , d'uue '^épée, afin qu'il s'en servtt, « comme Henri IV, pour re- ^'i^érir le royaume de France , «> il la vendit à Londres quatre ■flïe livres sterling, pour secourir ses compagnons d'exil, Gustave de Suède, qui brâlait du désir de faire une campagne

■»ST. DE Cf.!«T AM. — T. I. «l

362 ASSBMBLÉB LEGISLATIVE.

conbre la France , élait trop éloigiié ; et bientôt d'ailteursii périt frappé par un assassin. Catherine II avait encore à faire en Pologne; et elle se contentait d'écrire de sa main des conseils à Marie* Antoinette : Les roU doivent poursuivre leur cke-* mhiy lui disait-elle, sans faire ptus d'atteniion aux criaUleries du peuple que la Urne aux aboiemenis des Mens*, La Prusse, qui avait tant de fois marché avec la France, s*unit à son ennemi déclaré, et fit à Piinitx (27 août) une ciwiifion avec Tempereur Léopold, proclamant que Tétat de la France importait à tons les princes , et qu*il était de leur devoir de se réunir pour y établir un gouvernement qui assurât les intérêts du trône et du pays. Chacun prépara donc son contingent de troupes ; réunion hétérogène , où la cause des peuples n'était pas celledes rois, où il y avait une telle disproportionentre les ressources financières et les forces militaires, que personne ne pouvait marcher sans des subaides étrangers : or l'Angleterre, qui payait pour tous, avait des intérêts différents de tous.

Tandis que la Prusse et TAutriche afficliaient des sentiments généreux, prétendaient faire une guerre de principes politiques et sociaux, elles convenaient eu secret que la seconde ne s'opposerait pas aux prétentions de la Prusse sur la Pologne : en même temps elles réclamaient de la France de nouvelles cessions de territoire , songeant moins à s'imposer des sacrifices qu'à faire des conquêtes. Le comte de Provence, depuis Louis XVIII , déployait une activité extrême pour obtenir des subsides et des troupes , et pour se faire reconnaître régent. Il se refusa néanmoins toujours à ce que l'Autriclie devint maîtresse de la Franche-Comté, de la Lorraine, de l'Alsace et de la Bourgogne. Quand, plus tard , il fut question de donno^ ces provinces en dot à la fille de Louis XVI , qui aurait épousé Tarehiduc Charles , c^te princesse refusa généreusement ce parti , et donna sa main à un Bourbon exilé comme elle, le due d'Angoulême.

I.es diplomates , accoutumés à traiter avec les cabinets et les ministres, mais non avec les peuples , avaient depuis des

' Madame Gamr>an , Mém., H , 106.

Là CONVENTION. 163

le monée par la rase, sans trop s'ini|aiëler de la justice. Ikmt Tirent daos la RévolutioD ^e la chance d'acquisitions MBvdks Y sortoat l'espoir d'humilier la France : ils ne coinpjrent paf que désormais il s'agissait » pour les rois , non pas iepoaséîder plus ou moins de territoires» mais d'exister ou de Asparattre. Les puissances savaient les Fnmçais dépourvus de nlériel de guerre ; leurs officiel , appartenant presque tous à liDohleaBe, émigraient à l'envi : qui aurait pu croire qu'ils attaîent improviser une armée et des héros? Mais l'insulte et la Moaee sonlevècent la Franee; chacun courut aux armes, et kl agitations intérieures en reçurent une nouvelle impulsion. Ls émigrés de Gobleutz ne cessaient de jeter feu et flamme; fosemUée leur répondit par des décrets et des confiscations , a dépeuflUoit le roi de ses titres et du trône , et en foudroyant kéeigé. Avignon avait été arraché au joug papal pour être rendu lia liberté, c'est-h-dire à Jourdan Coupe- tête, qui fit égorger h niéeoBtents.

A peine la proclamation des droits de l'homme eut-elle re* tuui dans les colonies , que les nègres et les hommes de couleur le soulevèrent, et massacrèrent leilrs maîtres au nom de Dieu d de la liberté. Dans l'ouest de la France, l'agitation se propagea ; IB en aeeusa le clergé ; et comme les prêtres réfractaires regndaient les autres comme sehismatiques, et entraînaient les bhitaim dans des lieux écartés pour leur dire la messe, ou Ibv interdit même l'exerdee du culte intérieur ; mesure tyranii|Be d*im pouvoir menacé.

Louis XVI opposa son veio à ces excès; mais alors on mit de eéié les égards dont son autorité avait été l'objet jusqu'alors, laard disait : « Que signifient ces capitulations ? On vous parle le pouvoir d'un roi , d'un homme dont la volonté entraver celle de la nation entière, d'un homme qui

* reçoit trente millions, quand des milliers de citoyens lan-

* (pttsent dans la misère. On vous parle de ramener la noblesse.

• Quand tous les nobles du monde devraient nous assaillir, les

• Français, l'or dans une main, le fer dans Fautre , combattront « eme raee orgueilleuse , et la contraindront à subir le supplice « de l'égalité. Pariez aux ministres , au roi , à l'Europe , comme

%Cfi ASSEMBLÉE LÉGISLATIVE.

« il convient aux représentants de la France. lite^ aux miiiis- « très que vous êtes mécontents d'eux , que par responsabilité a VOUS entendez la mort. Dites à l'Europe que vous respeeterex « les constitutions de tous les États ; mais que, s'il survient une « guerre des rois contre la France , vous susciterez une guerre « des peuples contre les rois. >

Il fut décrété , au milieu des acdamations et des embrassements , que le roi s'adresserait aux princes allemands pour les sommer de dissiper les rassemblements formés sur la frontière. Louis XVI obéit, et fit marcher trois armées, commandées fax Rochambeau , Luckner et la Fayette. Mais les hésitations de Léopold irritèrent les esprits, et les vieilles haines contre TAutriche s*aigrirent encore davantage, quand, Léopc^d étant venu à mourir (1792), François II, son successeur, demanda le rétablissement de la monarchie telle qu'elle étmt en 1789. A cette prétention insultante de faire abolir une constitution jurée fu le roi, l'indignation éclata : on y vit un attentat contre la souveraineté nationale et une excitation à la guêtre civile ; le miaistère girondin se vit contraint de déclarer la guerre au rcH de Bohême et de Hongrie ( 7 février ).

La France prit donc les armes , parce qu'elle était provoquée. Les gardes nationales demandèrent à marcher à rennemi ; plusieurs généraux offrirent leurs services , entre autres Duraeuriez, qui, nommé ministre de la^uerre, se promit de conquérir les Pays-Bas soulevés. Mais , au premier engagement, l'arméi révolutionnaire fut mise en fuite : les rois en conçurent un heureux augure. Bientôt les Prussiens se joignirent aux Autrichieos, etl'on ne douta pointque les vieux soldats de Frédéric ne dissipassent aisément ces conscrits d'hier, peunombreux et mal équipés.

L'humiliation aigrit les esprits : les partis se calomnièrent, ks prêtres excitèrent les paysans ; ils en furent du moins accusés : en conséquence, on décréta que , sur la dénonciatioa de Ireott citoyens, ils pourraient être déportés. Les ministres, fournis tour à tour par les clubs dominants ,-épièrent chaque pas du roi, dénoncèrent toutes les marques d'intérêt dont il était l'objet, et un comité de surveillance épia les soupirs et les plaintes. Des attroupements envahirent le palais , et ne cessèrent de demander

LA CORVENtlOff. 866

à grands eris la mort de la reine. Le roi, ne voyant en perspeetite qu'un poignard ou un échafaud, n*osa plus faire usage da veto. Sachant mieux souffrir que vouloir, il mit sa dernière espérance dans les émigrés , et resta inaetif, en les attendant Le parti populaire, avec Robespierre et Danton en tête, profila du moment. Robespierre, avocat d'Arras, lauréat d*académie, qui, dans un éloge de Gresset, avait glissé Téloge de Louis XVI et des moines, avait siégé à rassemblée constituante. Son visage chagrin « sa parole lente et verbeuse, sa voie enrouée, n'y avaient eu qu'un médiocre succès. Dévoré d'une envie implacable contre toute supériorité parce qu'il était médiocre, du premier jour qu'il se montra jusqu'au dernier, il ne fit que déooQcer, parlant toujours de trahisons, de complots contre la aaïkm, adulant le peuple et s'adulant lui-même, travaillant à établir que lui seul était pur. Il disait avec vérité : On ne vajamm si loin que lorsqu'on ne sait où ton va. Danton, inculte, ^norant, mats doué d'unagination, avait un corps athlétique, des passions brutales : moins envieux que l'autre, il se croyait propre à tout, et c'était pour lui un besoin que d'exercer ses teihés comprimées : Que mon nom soU maudit, s'écriait-il , mtdâ que la liberté triomphe! Lorsqu'une grande fin s'offrait à ses regards, il ne se ûiisait pas scrupule sur les moyens, à la diflérence de Robespierre, qui voulait se donner des airs de vRtn ; et, tandis que celui-ci était dévoré d'une basse animosité contre ses adversaires , Danton , tout en se passionnant pour le bot où il tendait, se montrait tolérant pour les individus. Il fut le premier à proclamer qu'il fallait /otre peur aux aristocrates. En conséquence, il ne mesura ni ne justifia les sacrifices : c'était assez pour lui que la nécessité les commandât. « Dans des temps calmes , disait-il , on épargne le coupable y de crainte de frapper rinnoeent : c'est le contraire dans la révolution, qui est la société accélérant son action en tout, même dans la justice. » Telle était sa manière de penser. Au milieu même des massacres, il tonnait encore contre « le modérantisme, cause de ruine pour la Révolution. » Que faut-il pour triompher f à\s^'ï\. De T audace^ toufours de taudace. Comme Mirabeau, il était puissant sur les passions : capable de se faire payer, mais ûon de manquer à

ai.

SGC SSEMBLÉS LÉaiSLÀTlVE.

la cause qu'il avait épousée < , il ii® croyait à rien , et ne voyait devant lui que le néant.

Ces agitateurs qui représentaient la passion, tandis que Tissemblée ne repr^entait que faiblement la raison, envoyèrent des émissaires dans les départements méridionaux : ib se ooooertèrent avec Paoli, le libérateur de la Corse, et allaient eriant que la liberté périssait; qu*il fallait la sauver. Trente mille hommes du peuple (30 juin) se présentèrent à Tassembiéi en chantant le Ca irai et hurlant A bas ie neio! vivaU k$ sans-cuiottes l Guidés par le brasseur Santerre, bourgeois à la voix tonnante, ils firent irruption dans le palais, environnèreiu Louis XVI, rélevèrent sur une mauvaise table, lecoifièreatéa bonnet rouge, et répétèrent & ses oreilles : Plus de teto !pb» deprétres!plusdrariskHTates! Ils te trompent, Us ie trompenL

Avec cette formule païenne, La patrie est en danger^ b salut public devint la loi suprême. On rendit les séances pc^ manentes, cm arma tous les citoyens, on étaUit un comité insurrectionnel, dont Marat fut TAme. Cet homme , né en Sois» près de Neufchâtel, était un médecin qui, dans son journal intitulé VJmi du peuple, poussait à Tefifusion du sang avec uib sorte de bonhomie dO&ontée. Confiné dans une cave pour échapper aux poursuites , il se vengeait de rhorreur pabliqiM en demandant des têtes : Donnez-^moi, disait-il, deux cesi$ Napolitains avec la cape et le poignard, et, parcourant aset euœ la France, Je me charge de faire la révolution. Cette fureur éclata à Tarrivée des Marseillais, républicains forcenés^ et à l'apparition d'un insolent manifeste lancé contre la France fMur le duc de Brunswick, qui commandait Tarmée austro-prassienne. Les jacobins préparèrent un soulèvement, sous la direction de Danton, de CoUot-d'Herbois, de Billaud-Yarennes et de Bobespierre, dont on voulait faire un dictateur. Mais il aurait fallu, pour cela, qu'il eût autant de vigueur d'ambition qaH nourrissait de haine.

Ce mouvement, contre lequel on ne prit aucune préeao-

' La prétendoe fidélité de ce tribun vénal eel démentie par différenls téaiolgnages qne nous citons quelques pages plps loin. (Ai. B.)

LÀ COIfVE^TION. 367

tin, qneiqa'il fût prévu, éclata le 10 août. Les Suisses et un

petit nembre de serviteiirs fidèles défendirent les Tuileries ;

nais Louis XYI n'eut pas la fermeté de monter à cheval et

de se mettre à leur tête. 11 se réfugia au sein de rassemblée avec

Si fimille, en disant : Je suis venu ici pour prévenir un

frand crime. Je me crois en sûreté au milieu des représen-

Mi de la nation, et fy resterai jusqu'à ce que te calme soU

réêsbà. Là, abreuvé ■ de dédains et de sarcasmes, il fut ren-

iinié avec les siens dans une loge étroite, d*où il vit périr la

nmardiie, et entendit déclarer la suspension du roi.

Opeodant le massacre continuait au dehors : des femmes en

lariç se baignaient dans le sang, et les Marseillais rivalisaient

^ rage avec elles. Le canon vomit la mitraille contre les Suis-

Ks, qui se défendirent en héros. Jusqu'au moment où, ayant

ccaêle fea sur un ordre du roi, ils furent forgés, et le palais

^ cuporté *. liCS jacobins firent retomber sur le roi les crimes^

AeeCie journée, dont la liberté voudrait effacer de ses fastes

la sio^ts souvenirs. Danton demanda la république , et

mlotqae tous , jusqu'aux femmes, eussent le -droit de suf-

hse. Uarat cria à la trahison contre tous ; Robespierre eut Part

^K feire passer pour incorruptible; les départements se firent

inédios de Paris. Et ce redoutable triumvirat fit fermer les

Ms, ibailler les maisons pour en enlever les armes : quicon-

^se trouvait dans la maison d'autrui fut arrêté; les maisons

^forent ouvertes par la force, puis mises sous les scellés;

Mb fiit entouré d'un cordon, pour, que nul ne pût fiiir ; enfin

>B tribunal révolutionnaire commença des perquisitions dans

^ BHésQoa, fit le procès des suspects , et publia des listes de

P^Meription sans fin.

' n reneontra le peintre David, et lui deanaiida s'il aurait bientôt fini ^ portrait Celui-ci hii répondit : * Je ne ferai Jamais le portrait d^un ^ qae loraqo'll poeera devant mol , la tète trancliée. »

' Oa Mmit à Ure on horribles scènes, décrites si plttoresqoement par l'BtttiaedaBsaon Histoire des Girondins, Il est pins affreux encore ^^ ce poète termnier par l'indolgenoe M même par renlbousiasme^ ^ description de eeèaea qui feraient roegir d'être homme, sans Tiadw Wfc» qa'on en ressent.

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