‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 55 sur 127 · LA. CONVENTION · texte numérisé non relu

LA. CONVENTION

montra une promptitade et une confiance qui oontriboèrant à rassurer les esprits. La journée de Valmy (20 septeoubre) ne fut pas décisive ; mais les Français avaient tenu tête à rennemi ; e*en fut assez pour relever la confiance, et dissiper le prestige de Ja supériorité que Ton attribuait à la tactique allemande. La Prussiens découragés , réduits par les maladies et le déâmt de vivre, battirent en retraite. Si Dumouriez eût nuotM sur les Pays-Bas , il en eût fait infailliblement la conquête. Bien que son désaccord avec Kellermann eût favorisé la retraite de Ve/h nemi, peut-être parce que lui-même aimait mieux faire uitpoiit d'or aux vaincus que de risquer de nouveaux combats, fl avait sauvé la France de ce premier péril. Peu de temps après, la Enfants de la patrie avaient envabi toutes les frontières. Du* mouriez battait les Autricbiensà Jemmape8,etr£urope voiait de nouveau qu'il lui faudrait compter avec les Français.

Dans la Belgique , il y avait un parti qui voulait Pindépen^ dance ; un autre, les anciens pOriviléges ; un troisième , Tégafilé française. Dumouriez entra dans ce pays avec Tiffiâllion d< respecter les propriétés et les opinions, quoicpi'il se trouvât «un argent , à la tête d'une armée indisciplinée , où chacun voulol commander au nom de l'égalité. Il passa des marchés' avec ks Flamands, qu'il intéressa ainsi au sort de son armée ef^ son tenir le cours des assignats. Mais le ministère lui prescrivit m autre système : toutes les administrations militaire forent rat tachées à un comité des marchés révolutionnaires. La èonoiir rence cessant alors, les denrées renchérirent, les munitioD* naires volèrent à l'envi , et l'armée resta sans pain et sans effet; d'habillement. Dumouriez lui en procura sous sa propre garantie ; puis il écrivit des lettres dans lesquelles il se plaigni avec violence et amertume, menaçant de donnai sa^démîssioD La jalousie républicaine en prit ombrage, et les injures ne fureol pas épargnées au César Dumouriez. On excita contre lui ta départements et les soldats : entravé dans ses projets, il ne pal opérer avec hardiesse , et pousser la conquête de la Belgiqw jusqu'au Rhin. Il ne put arriver à Cologne pfjpir soutenir h pointe aventureuse de Custine , qui , après apr^ avoir pris la immenses magasins des coalisés à Spire , et la forteresse de

L4 GONYENtlON. 577

Msfenee , s'étaic aventuré sur Francfoit, et fut obligé de se Rpijcr.

Le géoénl Montesquiou avait envahi la Savoie; mais apprenant bientôt qu'il était mis en accusation , il émigra. Bien que les dépenses s'élevassent à 180 et 200 millions par mois, les troupes étaient mal armées , mal approvisionnées : elles avançaient cependant courageusement. Les forces maritimes faisaient reconnaître la république à Naples et à Gènes. Enfin , h eoQvenlîQn déclara « qu'elle accorderait fraternité et asntance à tous les peuples qui voudraient recouvrer leur li^ berfé.»

Mais à Fintérieur les provinces de Touest commençaient à s*ag^; la disette se faisait partout sentir; Ta venir se chargeait et nuages : jacobins et girondins ne luttaient plus pour la liberté, mais pour la popularité.

Là famille royale était prisonnière au Temple r privée des olyelB les plus nécessaires, n'ayant qu'un serviteur resté fidèle à liiifiHtQne , il lui fallait endurer la présence de ses ennemis, ce jusqu^à leurs insultes.

La fière et classique madame Roland, âme étroite et mâle ÎBlelligence, avait beaucoup dénigré Louis XVI, et surtout b reine. On dit qu'en apprenant les détails de la journée du 30 juin, à laquelle l'ambition de son parti n'était point restée étrangère , elle s'était écriée : « Comme j'aurais voulu voir Antoinette avilie , humiliée 1 »

Les dui» ne cessaient de demander avec la dernière violence b mise en accusation du roi. La France souffrait-elle de la disette ? c'était à ce retard qu'il fallait s'en prendre. Craignaiton llnvasion .' le remède à tous les maux était la mort du tyran. La convention céda à ces sommations furieuses, et ouvrit le débat sur cette question : « Le roi peut-il être mis en accusation ? 9 Ge*qu'on entendit de plus hardi en théorie, de plus étrange en logique, dans cette discussion, fut le discours d'un jeune député de b Montagne, Saint-Just : « Le roi, dit-il , n'esi poi un citoyen, if est un ennemi; ce n'est pas du code quHl t'agit avec lui, mais du droit des gens. » Puis il citait les Romains meurtriers de César et de Catilina , et le pacte social, qui

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oUignait les citoyens, mais non le roi. « Juger, (^esi ia§^pUqutT une loi; une hi est un rapport de justice : quels rapporU et justice extsie't-U entre f humanité et tes rois *î »

* « On s*étoiinera qo'au dix-huitième siècle on ait été moins mwmucé que dn temps de César : le tyrao fut immolé en plein sénat » sans autres formalités que vingt-deux coups de poignard , sans autres lois que la liberté de Rome. Et aujounThui Pon fUt avec respect le proeès d*un homme assassin d'un peuple , pris en flagrant délit , la oiaiD daM le sang, la main dans le crime !... Les hommes qnl Tost juger Louis oui une république à fonder, et ceux qui attachent qnelqne importanee aa juste châtiment d'un roi ne fonderont jamais une république parmi nous: la finesse des esprits et des caractères est un grand obstacle k la liberté. On embellit toutes les erreurs, et le plus souvent la vérité n'est que k séduction de notre goût

« Depuis le rapport, une certaine incertitude s'est manirestée : chacaa rapproche le procès du roi de ses vues particulières ; les uns semMeat craindre de porter plus tard la peine de leur courage ; les aotrea ■'oat point renoncé à bi monarchie. Ceux-ci craignent un exemple de verta qui serait un lien d'esprit public et d'unité dans la république..... Nens nous jugeons tous avec séYérité , je dirai même avec Aireur ; nous ne songeons qu'à modifier Pénergie du peuple et de la liberté, tandis qu'on accuse à peine Tennemi commun , et que tout le monde, ou rempli de Mbiesse ou engagé dans le crime, se regarde avant de frapper le premier coup. Nous cherchons la nature, et nous vivons arm^ comme des sauvages furieux ; nous voulons la république, Tindépendance et runité, et nous nous divisons, et nous ménageons un tyran I

« Citoyens , si le peuple romain , après six cents ans de vertus et de haine contre les rois ; si la Grande-Bretagne , après Crorawell mort, vit renaître les rois malgré son énergie ; que ne doivent pas craindre panai nous les bons citoyens, amis de la liberté, en voyant la baclie dans nos mains , et un peuple , dès le premier jour de sa liberté, pecter le souvenir de ses fers! Quelle république voule»-vous établir an milieu de nos combats particuliers et de nos faiblesses communes ? On semble chercher une loi qui permette de punir le jroi ; mais, dans la forme du gouvernement dont nous sortons , s'il y avait un homme in* viobible, il l'était , en parlant dans ce sens , pour chaque citoyen ; maia de peuple à roi, je ne connais plus de rapport naturel. Il se peut qu'une nation , stipulant les causes du pacte social, environne ses magistrala d'un caractère capable de faire respecter tous les droits , et d'obi^er chacun ; mais ce caractère étant an profit du peuple, Ton ne peat j^

LA COirVSlVTION. 379

Cm jémîBiseeiiees daasiques , qui fournirent tant d'arguatnwtt, inspirèrent un mouvement magnanime à Lan* a, quand» menacé par les tribunes, il s'éeriait : '* Je m nkfoi um jvge, puitqtCU est mon hôte. Je fCoublierai pas ffUest venu dans celte enceinte pour nous y demander asile. isà mes yeux le jnfemier des droits^ celui des suppliants.

Um XYI en réalité n*était plus n)i depuis le 10 août. S'il Ut roi aux ternes de la constitution, il était inviolable ; mais iqà llonol^ilité paraissait un débris absurde de Tandenne Hpoté. La nation , ce dieu unique, comuiC Imbert l'avait prodîné, ne pouvait &i]tir, et ses députés devaient être juges. Ro« bnpiorre déclara avec plus de franchise qu'il ne s'agissait pas ht acte de Justice, mais d'une mesure politique pour le salut k f État; qu'un tyran pris les armes à la main était déjà jugé, it fit la république ne pouvait conserver celui qui avait une Uiéléiot. c Si Louis est absous, ajoutait-il, la république est Mdanée; si, comme il est d'usage dans les jugements, il lA éHe présumé innocent jusqu'à sa condamnation, nous IMHS tous coupables. 0 crime ! 6 honte I la tribune française (nMi du panégyrique de Louis XYI I Juste ciel! toutes les

Mil ifumer contre lui d*iiB caractère qu'il donne et retire à son gré. Isn rioYiolabUité de Louis n'est point étendue au delà de son crime et inMurectlon;ou si on le jugeait inviolable après» si même on le Mbit en question , il en résulterait qu'il n'aurait pu être déchu , et f^ nrait eu la faculté de nous opprimer, sous la responsabilité du

on roi comme on dtoyea 1 ce mot étonnera la postérité , c'est appliquer la loi. Une loi est un rapport de justice. M nyport de Jnstlce y a-t-il donc entre Phomanité et les rois P N^aiil de commun entre Louis et le peuple français , pour le mé- IBSiVrès sa trahison? ^

■ Toat roi est un rebelle et on nsurpateor . Les rois même traitaient- I aatraneat les prétendus usurpateurs de leur autorité ? Ne fit-on pas P'^i'^à la mémoire de Cromwell? Et certes Cromwell n'était pas plus ■n*lcor que Charles 1*' ; car, lorsqu'un peuple est assez l&che ■V se liiaer dominer par des tyrans , la domination est le droit du M» yfua y et n'est pas plus sacrée et plus légitime sur la tête de ^ Wsur ceDe de l'autre. »

380 LÀ GOÏrVfiNTlOIf.

hordes féroces du despotisme s'apprêtent à déchirera douvm le sein de notre patrie au nom de Louis Xfl \ yM$ àmè encore contre nous du fond de sa prison, et Ton dMe sYM coupable, si l'on peut le traiter en ennemi ! On denfsmdo qàâ lois le condamnent ! on invoque en sa faveur la conditatioi La constitution vous défendait tout ce qpie vous avez fàl \ Louis ne pouvait être puni que de la déchéance, vou i pouviez la prononcer sans avoir instruit son procès; vi n'aviez pas le droit de le retenir en prison. Il a ceàm de é mander des dommages et intérêts , et son élargissement : constitution vous condamne. Allez auz pieds de Louis invoqi sa clémence. Pour moi, je rougirais de plus discuter sâM ment ces chicanes constitutionnelles : qu'dles restent suri bancs de l'école et du tribunal I Je ne saurais disenter là os suis convaincu que c'est un scandale de délibérer. »

On n'admit point cependant que le meurtre se oodsom si vite , et on voulut bien lui donner la forme légale. LouisX) fut donc appelé à la barre de la convention (déeembre). B I fut même accordé des défenseurs; et, parmi ceux qui boBm talent cet honneur, Tronchet, l'avocat Besèze et l'ancien ■ nistre Malesherbes obtinrent la préférence, appelé deitxp dit ce dernier, dans te conseil de celui qui fut mon maUre, une époque où cette charge était ambitionnée par tout le numi je lui dois le même service lorsque c*est une fonction | bien des gens irowent dangereuse, Louis XVI e£faça da pi doyer de ses défenseurs la péroraison, qui était d'un style | thétiqne : // me suffit, dit-il , de démontrer mon iMoee^ je ne veux pas les émouvoir.

Desèze émut pourtant son auditoire : il représenta que fi violabilité promise à l'accusé ne devait pas être un ptége, que Louis avait droit aux égards dus à tout citoyen : « Je dieiri parmi vous des juges, s'écria-t-il, et je ne vois que des accrt

teurs Louis, monté sur le trône à vingt ans^ y porta Feieini

des mœurs ; il n'y porta aucune faiblesse coupable , aucune pi sion corruptrice : il y fut économe, juste, sévère, et il s'y vùsaA toujours l'ami constant du peuple. Le peuple désirait l'aboliA d'un impôt désastreux qui pesait sur lui, il le détruisit ; le pe^

LA CONVENTIOIV. 381

voulut rabolîtion de la servitude , il commença par Tabolir luiméioe dans ses domaines ; le peuple sollicitait des réformes pour radoudsseuient du sort des accusés dans la législation criiniiielle, et il fit ces réformes ; le peuple voulait que des roil- Imis de Français, privés jusqu'alors des droits de citoyen par la liigBeur de nos usages, acquissent ces droits ou les recoupassent, et il les en fit jouir par ses loi$; le pÇuple voulut la Aaté,etJl la lui donna : il vint même au-deyant de lui par m saçriices. Et pourtant c*est au noin ^ ce même peuple |i*(» deQiiyide aujourd'hui.... Je n'achève pas, citoyens..., je fe'VT^ devant l'histoire : songez qu'elle jugera tm jour votre aiment, et que le sien sera celui de$ siècles. » ; Mais tout ce qui partout ailleurs aurait protégé un roi, une ^Mgoe dynastie, les bien&its de ses aïeux, la msyestédu trône, b coDfiéeration religieuse, les alliances de famille, fievenaient Maotde charges contre Louis XVI. (Test -en vain que sa sérér ^, que l'humiliation à laquelle il^fait en butte avaient tou- Hké beaucoup de conventionnels : SaintJust et Robespierre réiMîrait qu'il y avait des principes indestructibles, supérieurs ta rubriques consacrées par l'habitude et les préjugés; et que ^devoir suprême des représentants du peuple envers la patrie ^i d^étouffer les premiers mouvements de la compassion welle, pour le salut d'une grande nation et de l'humanité

Èiui pieds. » La sensibilité qui immole l'innocence au »t cruelle; la clémence qui pactise avec la tyrannie est

^ (I79S) Comme le sénat romain tremblait devant Tibère, la «ATention tremblait devant un peuple qui lui criait : Ou sa vie, ^kiienne! et la peur décrétait les crimes. Les girondins, que F>n habitudes d'hésitation rendaient plus aptes à comprendre HihMtoations de Louis XVI, traitées de trahisons par les ^asr, cherchèrent à le sauver; et, désespérant de tout autre ^eo, ilr eurent recours à l'appel au peuple. « Ce n'est point Nter à la guerre civile , disait Vergniaud , que d'en appeler t b souveraineté du peuple. Vous dites qu'il faut avoir le ^Knige d'exécuter son propre jugement , sans s'appuyer sur tiTis du peuple. Du courage , il en fallait pour attaquer

Saa LA CONVENTION.

Louis XVI dans sa toute-puissanoe : en fout-il tant pcmr envoyer au supplice Louis vaincu et désarmé? Quel eoangt

trouvez-vous dans un acte dont un lâclie même serait capable?... Aujourd'hui Ton accuse de tous les désastres, de toutes les souffrances, les prisonniers du Temple : lorsqu'ils ne seront plu là, tout retombera sur la convention... (^e deviendrait alon Paris, Paris, dont la postérité admirera le courage héroîfM contre les rois, et ne saura comprendre rignominieoi as8fl^ vissement à une poignée de brigands, rebut de la race humaine, qui s'agitent dans son sein , et le déchirent en tout sens, pa les mouvements oonvulsifo de leur fureur et de leur ambitioft! Qui pourrait habiter une cité où régneraient la terrew et h mort ?. . . Citoyens industrieux, qui avez fsdt tant de sacrifices pofl la liberté, les moyens d'existence vous-seraient enlevés ; si m demandiez du pain à ces hommes , ils vous diraient : f'oU du sang et des cadavres ; nous n'avons pas cTtnttre pùtttn** Cette éloquence humilia la faconde médiocre de Robespierre, mais ne sauva pas le roi. Sur 749 votants, 669 déclarèrent Loin coupable ; puis, au vote public, deux membres opinèrent pour le fers, 286 pour le bannissement ou la réclusion, 46 pour la mort mais avec sursis , 861 poui^ la mort sans condition '. L'amStlii notifié à Louis XVI : on lui refusa un délai de trois jours mais il obtint Tassistance d'un prêtre , et il lui fîit dit ^ A nation 9 toujours grande et juste, s'occuperait du sort de n famille. 11 avait supporté la prison avec une résignation qti

■ Louis XVI, d'après ces chiffres, n'aurait point été eondamné i mort, car la majorité absolue n'anrait point été atteinte. La ooa vention se composait de 749 membres ; mais 28 ponr cause d'abseseei prirent point part au scrutin , ce qui réduisait le nombre des votaiitti 721 , et fixait à 361 le chiffre de la majorité absolue. Dans le vote m latif à rapplication de la peine, 361 votèrent pour la mort sans coadt tion : c'était le chiffre même de la majorité absolue; mais on y ajoati 26 voix qui avaient voté la motion de Mailhe, c'est-à-dire la mort, a y joignant le vœu qu'il y eût une discussion sur le fait de aitoir si conviendrait qu'elle fût ou non différée : par là, la majorité se trovn portée à 387 voix; il j avait eu 334 voix pour la détention, le ment, ou la mort avec sursis, etc. ( An. R. )

LA TEBBEliB. — LA VENDÉE. 38^

ilois s*cieva à rbéroîsme. SéfMuré de sa femme, de aa soeur, ^sescniBila, il s'écria : Du moins ils hissèrent à Charies r* itsêmispisqtiCà réehafaudl II se pUdgoit de n'avoir rien à en aouvenir à ses avocats : Malesherbea le pria de les

Qiand, an pied de récbaâud (21 janvier), Tabbé Edgewortb, foi \m avait donné les consolations religienses, prononça ces fHoicseélèbres, Z*!^ desaM Louis, maniez au ciel ILaa\s XVI tVcria : Français, Je meurs innocent ! je pardonne à mes enr ueuiis; Je désire ^ue ma mort,... A cet instant, Santerre com* ■aada un roulement de tambours, et bientôt des épées, des pîfics, des mouchoirs étaient trempés dans ce sang qui venait iètxt versé au milieu des cris de f'ioe la république!

Soipris par une révolution si grande, sans génie pour la corn* fRadn, sans volonté pour la conduire, ou sans vigueur pour li r^rioier, Louis XYI eipiait une suite de fouteaqni n'étaient fK la siennes.

, I.A TEEEBUR. — LA TEIIDÉB.

L'Europe fut atteinte de stupeur : les peuples cessèrent d'adnirv la Révolution, les souverains de la mépriser ; et les cours, iQjuit que tout ce qui. avait été tenté pour sauver Louis XVI i*afait fait que hâler sa perte, comme pour protester de l'indé- Undimcfi nationale, n'osèroit rendre de pompeux honneurs à n mémoire , ni accueillir ouvertement les émigrés. La Russie pnfitait de ce découragement pour compléter l'occupation de b Pologne. En Angleterre, Foi lui-même avait réprouvé, pmdani le cours do procès, ce qu'il avait d'illégal et de barbre. Uaîntenant que tout était consommé , Pitt espérait que Éieieès de la liberté la rendraient tellement odieuse, qu'elle llMiffinaU chez les Anglais tout désir de réforme * , et qu'il y

' Ptlt BvaH fivorMé , dans le principe , les idées d'égalité de Thomas tafw ; anais, après les avoir vues mises ea pratique, il disait : « Tliomas N|aea raisni; mais ses adeptes n'ont pas le sens commun. Si je fisvoiaii leors doctrines qu'arriverait il ? Des liommes sans lonùèreset sans

384 L4 TEBBEUB.

aurait en Europe un tel bouleversement , que TAngleterre pooi rait s'emparer des colonies, et poursuivre la conquête des Inde En effet , elle consolida son établissement au Canada , elle ex dut les Français du Royaume-Uni ( jélienrbiii) , souleva contr eux toute l'Europe. La nécessité d*une guerre avec la Fraoe fut désormais reconnue ; ce fiit une guerre à mort. L*Espagii et la Hollande se joignirent à la Grande-Bretagne, la Prusse < TEmpire. Le roi de Sardaigne affronta un péril imminent pov rester fidèle à ses devoirs de parenté. Partout la passion e rhumanité remportèrent sur les calculs de la politique.

La France accepta le détl, en disant : Quiconque n'est pa pour moi est contre moi. Sa déclaration, qui était un acteé propagande, avait fait une vive impression parmi les peuples Rien ne parut impossible à viii^;t-cinq millions d*hommes : a se procurera de Targent avec les biens des émigrés; les riches e les pays affranchis payeront le surplus. Partout où pénétrerm les armes de la France , le pouvoir révolutionnaire sera étaMi la féodalité et les autres abus abolis, la souveraineté du peupi' proclamée. Point de demi'révoluiions , dit Cambon ; que tw peuple qui ne voudra pat ce que nous proposons soit traité fi ennemi. Paix et fraternité à tous tes amis de ta liberté ; guerr à tous les vils partisans du despotisme ; guerre aux châteaux paix aux chaumières.

L'ennemi commença les hostilités. Cinquante-six mille Pnis siens, vingt-quatre mille Autrichiens, vingt-cinq mille homme fournis par la Hesse , la Saxe , la Bavière , menacent les bore du Rhin , deMayence à Coblentz. Soixante mille Autrichiens e dix mille Prussiens s'avancent contre les Français sur la Meuse quarante mille Anglais , Hanovriens , Hollandais , arrivent é la*Hollande. Les Français sont contraints de se replier, et rap pellent Dumouriez, qui s'était rendu à Paris, soit pour tenlerdi sauver le' roi , soit parce qu'il se trouvait hors d'état de réalid ses projets , et qu'on l'accusait d'entraver la révolution en Bel'

masun ft^empareraient du pays ; nous aurions une révolution sanglaote La questioo changerait , si chacun n'agissait que conformément à la loi du devoir, m

(ri<|ue, en 8*opposant au despotisme des agents révolutionnaires.

De retour dans les Pays-Bas, it réprima l'arbitraire, Gt restituer

wi ^dises leurs ornements , répro(*va les vexations au nom de

b France, et s'exprima sans ménagement sur le compte des

intrigants qui tyraïuiisaient Paris. C'en fut assez pour exciter

dans la capitale les plus grandes . fureurs. On vota une nou-

nlle armée; le drapeau noic> fut arboré en signe. du danger

et la patrie : mais avant le départ il ne fallait pas , disait-on ,

lainer derrière soi lie conspirateurs , c'est-à-dire qu'il fallait

égorger ou rançonner les riclies.

Les jacobins demandèrent un comité de surveillance; ils tirent suspendre les recherclies commencées contre les auteurs àts massacres de septembre , dont ils avaient accusé le roi. A b terreur se joignit la famine. Tout avait renchéri , et la muniôptlité, obéissant à ses préjugés économiques, achetait pour revendre à bas prix ; ce qui faisait disparaître les grains , et affluer à Paris une foule affamée. Ce peuple , aveuglé par les mêmes préjugés , demandait que Ton ûxât le maximum des terées. Les nombreux serviteurs de la noblesse demeurés «ai6, tous ceux qu'elle faisait vivre , demandaient du pain. Alors on n'entendit plus parler que d'accapareurs, de mouopoleoTB, de ci-devant nobles, de mandataires inGdèles du peuple , qui encoarageaient le crime par l'impunité. Le pillage s'organisa ; et Marat , écho de toute accusation et de toute injure , dédara que le peuple avait raison , et Robespierre-, qu'il était infaillible.

Domouriez, battu à Nerwinde et aussitôt déchu dans l'opi- Dion, se vit contraint d'évacuer la Belgique. On lui fit un rrime d^avoir été malheureux , et sa tête fut mise à prix. Alors , débouté de la irépublique telle que les jacobins l'avaient faite , et ne cachant pas ses dégoûts , il songea à rétablir la constitution en élevant au trône Louis-Philippe d'Orléans , qui avait vainoi avecluià Jemmapes; il espérait y réussir, en se joignant au prince de Cobourg. Il passa donc aux Autrichiens, mais 8ai>s réussir à entraîner l'armée ; il refusa pourtant de servir sous les drapeaux ennemis, en disant qu'il aurait agi avec les Français « jamais avec les étrangers. Général fécond en ressources, mais

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inégal, bon administrateur, diplomate habiie, il fit&ee am premiers dangers de la Révolutioii , et soutînt le pranicr rhonneur de ses armes.

Sa désertion rendit les jaeobîns fîirieui : ils 8*écrîèrent qa^ils étaient environnés de traîtres, de nobles, de prêtres; et Ton ordonna, comme en Chine, d'inscrire sur la porte de chaque maison le nom de tous les individus qui Thabîtaient. On proposa (39 mars) d'instituer un tribunal révolutionnaire composé de neuf juges, qui, sans être astreints à aucune forme, devaient prononcer, sans appel ni recours en cassation, le châtiment des conspirateurs et des cpntre-révolutionnalres. Vergniaud s'y opposa, comme à une inquisition mille fois pire que celle de Venise. Danton appuya le projet , en disant : « Ce tribunal doit « suppléer au tribunal suprême de la vengeance populaire. A Rien n*est plus difificile que de déCnir les délits polîtiques; « mais ne faut-il pas que des lois extraordinaires, en dehors des « institutions sociales, épouvantent les coupables? Soyons teiri- « blés, pour dispenser le peuple d'être cruel. • Une terreur générale s'empara de tous ceux qui ne terrifiaient pas. Le peuple s'agita en tumulte aux p<Hrtes de l'assemblée , et l'on redouta un nouveau massacre ; les députés si^eaient toujours armés. Enfin, ce fut a grand'peine que Ton parvint k obtenir l'adjonction de jurés aux membres du tribuoisl.

Pendant ce temps les journaux redoublaient de fureur : Camille Desmoulins disait : Qu'estoc que la vertu, si Robespierre n'en est peu timagef Dans ses Discours de la ùtn* terne aux Parisiens , il mêlait son rire et ses épigrammes au bruit grinçant de la guillotine. Marat , dans son Ami du pevpie, se vengeait de tout ce qui était grand ou distingué, proclamait l'égalité, parce que toute supériorité faisait son martyre; il inaugurait la démagogie par la démence. Le peuple se passionnait pour ces écrits, qui lui enseignaient à apaiser ses frayeurs avec le sang, comme les anciens avec des sacrifices.

L'abtme se creusait chaque jour pour les girondins : accusés de complicité avec Dumouriez et Philippe-Égalité, ils se disculpèrent, en reprochant a Robespierre et à Marat les crimes dont ils s'étaient souillés. IMarat , convaincu d*avoir excité le

people à la révolte contre la convention , fat mis en accusatioo, mais absous à rananimité par le tribunal révolntionnaire. Cet ami du peuple fut couronné de branches de chêne , et faoené en triomphe dans rassemblée sur les bras des sanscokrtleB. Devenu plus furieux que jamais contre les modérés, a ne cessa de répéter qo*il était temps de passer des discours su actions. Il flt instituer un comité de sûreté générale , avec ^eins pouvoirs, ou à peu près, pour accélérer Faction du pouvoir «Mutif. De là partirent les propositions les plus incendiaires. Les rinolutions ou les condamnations étaient dictées par un peuple furieux. Robespierre poursuivait sans relâche les gironios de se» dénonciations. Enfin, le 31 mai, sous la pression d'un Douvenent populaire, la convention céda, et permit leur arrestatioo, roiottvelant contre elle-même ce qu'elle avait fait contre h monarchie. Alors , dans toute la France , les modérés se mirèrent des municipalités, où les exagérés restèrent les ■nftres, avec tout pouvoir pour exercer des perquisitions tels les maisons et sérir contre les suspects. Robespierre et Marat ruèrent dans Paris.

I^ nouvelle constitution fut votée; elle attribua à tout ci-* toyen âgé de vingt et un ans la plénitude des droits politiques. On devait élire un député sur cinquante mille âmes : rassemblée pouvait faire des décrets exécutoires sur-le-cbamp, et des lois sur les objets d'intérêt général; sa durée devait être annuelle. Le pouvoir exécutif était confié à ringt-quatre membres , qui nommaient les généraux et les ministres , les dirigeaient, et en étaient responsables. Il fut enjoint à la nation d'aeeepter, dans le délai de trois jours, ce statut républicain.

Au milieu de ces triomphes du jacobinisme, une jeune fille, Charlotte Corday d'Armans, partit de sa province pour Paris, se fit introduire près de Marat, et le poignarda. Arrêtée à l'instatox même, elle soutînt avec intrépidité l'acte qu'elle venait d'accomplir : J^ai tué un homme, dit-elle, pour en sauver ttMt miiie ; un scélérat , pour sauver des innocents; une béte féroce , pour donner le repos à mon pays. Elle mourut avec ealsBe et sérénité. • Qu'à eette époque redevenue païenne, une jeune fille, qui

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avait rêvé une république toute de gloire et de vertu, devieonc homicide avec des intentions saintes et se croie une héroïne, on ne saurait en être surpris ; mais ce dont on est en droit de sVtanner , c'est qu'elle ait été traînée à féchafoud par eeui qui préconisaient Briituset Cassius; car il n'y avait pas moins de grandeur ches «ekte Glle abusée.

Ce meurtre, dont la politique démontrait même rinutiliié, fut imputé aux girondins. La convention assista aux funérailles de Alarat , à qui elle décerna les honneurs du Panthéon ; et ce forcené devint un saint pour ceux qui prenaient les saîDts en pitié. Robespierre s'attîibna une partie de cette ovation , en s'écriant que le hasard avait dirigé le coup sur Marat, et mm sur lui ; et que le meilleur éloge à faire de celui qu^oii avait perdu était de le venger.

Saint-Just , bourreau sentenciettt >, fit déclarer le gouvernement révolutionnaire, c'est-à-dire la suspension de la ocmstitution et rétablissement d'une dictiture, avec' une armée à ses ordres. La loi des suspects frappa quiconfiie avait écrit en faveur de la tyrannie ; quiconque ne pouvait présenter un certificat de civisme ou justifier de ses moyens d'existence ; ceux qui n'agissaient pas dans lesensde la Révolution, ou ne parlaient pas dans les sections, ou passaient pour être de mauvaise foi. Tous les anciens fonctionnaires, les nobles , les prêtres ^ fun»t considérés comme suspects ; il en fut de même des émigrés rentrés ou de leurs parents, et, pour les faire arrêter, il suffit de la simple dénonciation des comités.

XjB France s'habitua ainsi à voir punir les délits d'opinion; el le comité révolutionnaire , rassuré à l'intérieur, s^oeoupa d'envoyer les citoyens , soit à l'armée , soit à la guillotine.

' Voici quelques-unes de ses sentences : « Tous sont coupables quand la patrie est malheureuse. — Buzot a été le premier à jeter ici la discorde. : la vertu n*a pas tant d*&preté. — Quand les girondins fnreiil accusés de complicité avec Dumouriez , ils teurirent : la dtsaimulatîoii »>iii-it, la vertu s^afOige. — Dans les révolutions, celui qui est ami d*un traître est justement suspect. — Il y a quelque chose de lerriMe <Ian8 le saint amour de la patrie : il est tellement exclusif, qu*ll inHnole tout sans pitié , sans crainte , sans respect humain , à PintérM puMic. »

n ne's'élail encore manifesté au dedans aucune réaction violente; les espérances et les craintes se tournaient plutôt du talé de Coblentz. Mais toutes les villes étaient en révolution y seule manière de vivre depuis qu'il n'y avait plus rien pour alimenter les métiers et le commerce. Les geus de la campagne étaient aftranchis des corvées féodales; la première assemUée avait beaucoup fait en faveur du peuple. La confiscatioa des biens de mainmorte créa une nouvelle classe de pro* priélaîres, qui , ayant acquis des biens à vil prix et avec des amgnats sans vali^r, étaient intéressés à s*opposer au reU)ur dn passé, et pleins d*ardeur pour la Révolution. Les prolétaires remplissaient les municipalités et les comités; les assignats étaient dans leurs mains ; la propriété morcelée avait passé dans ksmams dn paysan : beaucoupd*entreeux, qui tenaient des terres WQs la seule obligation de services féodaux, restèrent, lorsqu'ils fàrait abolis V propriétaires absolus. D'autres usurpèrent, à la mort dn maître, dont Irâ titres avaient été brûlés, les biens qu'il iaîsaît, et la Révolution couvrait le vol, ou y applaudissait; les nooTeaux possesseurs firent bientôt fructifier ces terres.' L^artîsan se trouvait sans ouvrage; mais les secours publics lui venaieot en aide lorsquMl allait, coiffé du bonnet rouge et la pique à la main , se mêler aux émeutes. Gomme l'unique occupation était la guerre , il en résultait la nécessité des séditnns ou des batailles, pour devenir fonctionnaire ou général. 0 n'y avait point de commerce, soit faute de crédit, soit par Feffetdes deiusses mesures économiques. Mais les fournitures et Tagiotage procuraient d'énormes bénéfices à ceux qui spéculaient sur la misère publique. Tous ce-s gens-là, se croyant sans cesse menacés , perpétuaient le désordre , et voyaient un complot aristocratique dans tout ralentissement. Ajoutons-y ceuxlà qui pensaient que la raison et la justice avaient eu leur part la Révolution, et que des saturnales sanglantes,, mais éphé- , ne l'empécberaient pas de porter des fruits précieux et doraUes.

Mais les sentiments religieux et monarchiques restaient vivants parmi les habitants des campagnes, dans la Bretagpe , le Poitou , TAnjou , la Touraine , dans l'Orléanais, dans une. partie

390 LA TEIEEUI.

du Marne et de la Normandie ; les villes , bien qpie rètolatioiinées, restaient avee les modérés et les girondins. Les vnAÀm bretons , aristocrates opiniâtres , avaient émigré à Jersey el Guemesey , d'où ils entretenaient le méoontentement et pré^ raient Tinsurrection.

Dans le Bocage, vaste pays de pâturage, qui 8*étenddela Loire aux Sables d'Oionne, et unit dans le Marais au bord d# rOcéan, le propriétaire vivait paisiblement au milieu deseï biens , à c^té de son fermier et dans la société da curé. Là oV vaient pas pénétré les idées philosophiques, et la Révolution B*f avait pas été comprise. Les droits féodaux et lea dîmes y continuaient d'exister, quoique abolis. On y futchoqHé surtout di serment imposé aux prêtres. De Taveu de leurs ennemis méois, ces paysans étaient de bonne foi ; ils demandaient la foeultéde célébrer tranquillement leurs offices, en dehors des églises d» servies par des prêtres assermentés ; ils faisaient bénir leur nnriage et baptiser leurs enfants, non par ces intrus, maispv les ecclésiastiques déposés. De là , division dans les fiimillestf schisme religieux, puis, comme conséquence, schisme politique; car Tesprit de paroisse se soulevait contre la centralisatiooeC Timpiété de Paris.

Des troubles avaient commencé , dès le mois d'octobre 1791, sur les deux rives de la Loire; mais ils avaient été réprimés. Une grande levée ayant été ordonnée, ces paysans pensèrent qm ce serait pour eux un crime de servir la convention régicide. Puisque vous devez combaUre , disaient les mères, comr battez dans le pays, prés de nous, qtd vous secourroiu d vous vengerons.

La guerre civile commença (mars 1798). Le voiturier ûrtiMlineau se mit à la tête des insurgés, et ce héros populaire lenr donna l'exemple. La noblesse fournit aussi ses héros, Leseore d la Rochejaquelein. Celui-ci n^avait que vingt ans; il brava tous les dangors pour joindre les insurgés qui l'appelaient : Je sds bien jeune, leur disait-il ; mais, par le courage, je me tuer trcrai digne de vous commander. Si f avance, suioezrmoi; » Je recule, tuez-moi ; si je meurs, vengez^moi.

Cette exaltation royaliste et religieuse valut plus d^onefoisl*

nOmwa'uumrgiés smleÊ soldats révolutioimaires, qui, dans cette gaefre de détail, ne pouvaient déployer le courage de rotboQûasme, et finissaient par se lasser. Les Vendéens, , femmes, en&nts, combattaient sans ambition au de Dieu et de Louis XV11, en chantant des litanies et te Te Dtmn. Ce fîit en vain qu'on voulut rabaisser cette in- Mieclîoo, en faisant passer pour des bandits et des assassins ài fgem qui obéissaient à des convictions profondes.

Li Vendée et la Bretagne paraissent faites exprès pour la pan dvile : le sol inégal et agreste de ces deux pays offre aux Mes âne infinité de refuges : les routes, encaissées entre fai erêles hérissées de broussailles, sont comme autant de iMiéB profonds; les petits mors qui entourant les champs sont te retraocbements qui ft vorisent les embuscades. Les troupes ii|é|iiait dans un labyrinthe de chemins de traverse et de sente : id des bois , là des marais et des canaux que masquent fé^ boissons; ailleurs, des landes immenses couvertes de itelsée la hauteur d*un homme. La défaite du paysan vendéen tel de peu d'avantage pour l'ennemi, attendu qu'il n'avait que iii Mtoa et un fusil, tandis que chaque victoire fournissait des AnitloDS aux insurgés. Mis en déroute sur plusieurs points, ils ^teobèreot, et allèrent se rallier, de l'autre cdté de la Loire, iBbiides de Bretons désignés sous le nom de chouans, et ils iBtMtiBrent encore après que la Rochejaquelein eut succombé.

Li viOe de Lyon , ouvertement fédéraliste , reconnut la con- Mion, mais refusa d'obéir aux décrets qui évoquaient à Paris k procès commencés contre les patriotes, et ordonnaient de tetitierles autorités municipales. Voulant échapper à tout prix ^joug des jacobins, elle s'insurgea. Marseille, après s'être sipriée par un républicanisme outré, communiqua son roéeon- ^■teacnt à Toulon, qui proclama Louis XVIT et appela les A>CUi. Il y avait alors dans ce port, le meilleur de la Méditer^ Me, quinze vaisseaux de ligne et cinq frégates, qui tombèrent *> psQfoir de l'ennemi sans coup férir.

Aûtti la guerre civile éclatait en Bretagne, en Normandie, ^ eam de la France au midi. La guerre étrangère s'étendait ^ toute la ligne du Rhin aux Pyrénées et aux Alpes. S'il y

302 LA TEBE&UR.

avait eu de Tunité et du dësintéressement parmi les rois allies, la France eût-elle échappé à tant de coups ? Mais ces rois n" raient qu'à des acquisitions particulières : TAutriche ^ à s' parer des forteresses de la Belgique; 1* Angleterre, de Donkerque; le Piémont, de la Savoie. Cependant, après la défection de Dumouriez , Tétranger gagna du terrain : Mayenoe , Gondé « Valenciennes, tombèrent au pouvoir des l^russiens; et si, » lieu de s'endormir aux frontières, ils eussent marché sur Paris, tandis que les Autrichiens et les Piémontais s'avançaient par le midi , que l'Espagne secondait l'efifort des Vendéens, et quêtas Anglais fournissaient à tous des subsides, c*en était fait de la fé* publique. Mais l'Autriche était mal disposée pour la PmssSt celle-ci ne lui ayant rien donné dans le nouveau partage de il Pologne. Les Vendéens remportèrent des victoires sani^M; mais ils ne furent pas secondés par tes Anglais , et les princas n'eurent pas le courage de se mettre à la tête de ceux qui se faisaient tuer pour eux.

La convention , au contraire , agissait avec une activité pet* digieuse : travaillant nuit et jour, ne transigeant jamais, db sauva la patrie par les moyens- les plus désespérés. Le papip^ monnaie perdait à ce point, que pour un franc on en avait six • assignats : on chercha néanmoins à leur donner de la valeiir fff des expédients , et l'on fixa le maximum du prix des grains, iê science vint en aide à la Révolution , qui pourtant s'était mm trée hostile envers elle , en abolissant académies , univcraitél^ facultés. Comme le salpêtre de l'Inde arrivait difficilement^ en petite quantité, alors qu'il était si nécessaire, on établit il un moment des manufactures dans le pays : non-geulenient4| parvint à l'extraire du sol, mais à le purifier, et l'on en fitdell poudre, sans se servir des moulins ordinaires, qui aoiaitfi, demandé trop de temps et de dépenses. Cette poudre fat n^ (înée et séchée en peu de jours, par des procédés nouveMH> On recueillit en neuf mois douze millions de livres de salpta en France, tandis qu'on n'en obtenait auparavant qu'un milM par an. Chaque maison devint une fabrique de poudre, €t ce travail devint une fête. Des méthodes nouvelles permirent deM procurer promptement du fer, de l'acier, des armes. Qaim

LA YEIfDÉE. S93

fonderies pour bouches à feu donnaient mmueUement sept laiik pièces de bronze ; trente autres pour les pièces de fer en doDiiaient treize mille. Il y eut vingt manCiùctuies d'armes « MlifD d^ane qui existait précédemment, il se fabriquait dans Puis cent quarante mille fusils par an., outre ce que feurms- »eDt ks départements; et cent huit ateliers réparaient les ar- ■es de toute espèce. Les piques , qui ne servaient ploe. qu'aux iaralides, armaient de nouveau des bataillons entiers; les cloées étaient fondues pour faire des canons ; les monastères se ftansfomiaient en arsenaux et en nitrières. On tira du pin le fMdroD pour la mariae ; le télégraphe accéléra les commum- CMioBs; 00 prépara en peu de jours les cuirs , dont le tannage tageât aaparavai^i plusieurs années ; l'art de faire le saven lut ferfaiiciiuié, et livré à l'industrie commune. L'on , en fabrifBDtla soude , sauva les verreries et le^ papeteries du danger di rester en chômage , faute de recevoir les alcalis d* Amérique ; •laatre trouva le secret df'extraire le soufre des p^srites; celutéftépsn l'alun et Tacide solfurique; celui-là améliora le pain i^moîtian. E» semnie, la France parut n'avoir qu'une peu- Pi qu'une seule affaire , la guerre.

'^ Si donc la Révolution flt p^u de cas des théories, elle poussa |tt applications, et Camot les rendit néeessaîres. Le savant Ibnge, démocrate ardent, qui devint plus tard sénateur et

C, appliqua les mathématiques à l'artillerie ; il prêta au sa tête comme d'autres leurs bras , et fonda l'École poe. Fourcroy , Cbaptal , Berthollet , s'occupèrent de aux matières dont les arrivages avaient cessé ' . Cabanis les hôpitaux ; Larrey introduisit le premier le9 ambu- ToLiites, qui offraient le moyen de donner des secours ^ Uerf^pendant que la mêlée durait encore ; le peintre Datid dirigea 1^ préparatifs des fêtes révolutionnaires, dont Gossec

: * Us daix compagnies d'aéronautes qui opérèrent à la bataille de V'"^ offrirent une application bizarre des découvertes nouvelles. Un ^^ ttpUf servait à observer les mouvements de l'ennemi , et à en ^^'>nKr le général à Taide de signaux. On veut qne cette innovation l^effnyé ks «uienûs; mais elle ne fut pas adoptée

394 LA TISBBUB.

composa la tnittiiiue , et Joseph Chénier les chants lyrapic inspirés par la philosophie du siède, et dans leqoeb il «*« plaudissait d*arraeher « la double eooronne du fanatisiDe et i la tyrannie. »

Un million deux cent mille citoyens coururent aux anne les uns par enthousiasme de la libierté , en haine des tyrans ; I autres, pour se soustraire à la terreur. Ceux qui ne roulaient pi prendre part aux émeutes sanguinaires se réfugiaient aux a mées, çui restèrent toujours pures d'excès ; ceux qui craignaîe d'être immolés se sauvaient dans les camps, prêts à mourir, ms du moins avec gloire, pour une patrie qu*on ne cessait pasi chérir. Poussés bon gré niai gré sous les drapeaux, beaueoi d'entre eux y révélèrent des talents dont ils n'avaient pas méfl ridée, et devinrent d'excellents généraux. Les noms qui dés gnaient les anciens corps furent effacés, car Fidée d'é|^ité é minait aussi dans Tordre militaire : comme tous d'aillea étaient égaux, tous volontaires, il n*y eut point de distinctis entre Farmée et la garde nationale. L'une prit l'unifome Ui de Tautre, qui entra pour les deux tiers dans bi formation A corps ; et les volontaires , qui n'avaient pris le fosil que pei défendre les frontières menacées, se trouvèrent eontraiats d suivre la carrière des armes.

L'art de la guerre changea alors de faee : non-seulement h engagements de tirailleurs et les charges à la baionnette nu placèrent Icstonmois méthodiques, mais la grande guerre, A venue nécessaire , fit comprendre la puissance des masses , ctl besoin de vaincre avant qu'elles fussent rompues. Commd les généraux auraient-ils pu soumettre à une pratique toute ri gulière, qui aurait entravé leur ardeur, des soldats mal ani^ sans habitude des manœuvres? Ils firent mieux de les ata donner aux inspirations soudaines de leur courage; de Ifl laisser se précipiter, protégés par des batteries et par qoelqiM escadrons aguerris, sur les lignes et sur l'artillerie enneoiie< genre de guerre mieux fait pour entretenir l'ardeur et réniob' tion. Les Français apprirent peu à peu à se rallier, à se seira contre la cavalerie, à profiter des accidents du terrain poori^ rapprocher de l'ennemi , à l'assaillir avec une turie contre ta*

LA YENBBE. 395

it impoiMante la tactique de soldats dont la seule li^ était de fiûre leur devoir.

Cette obâssanee passive , qai éteint Tâme , passait pour l'élé- Bvtcnentîei des armées : la Révolution la fit disparaître. On ERfiit à ia néeeasité d*une longue expérience , et la Révolution nipiaça les officiers qui appartenaient à l'aristocratie, par des nMffidera; elle créa une armée citoyenne pour une guerre . Des troupes qui manquaient de tout devaient inune manière d'opérer nouvelle : à défaut de tentes , IsbinNiaquaieDt; n*ayant avec elles ni train, ni magasins, ipnnnons, elles s'inquiétaient peu de couvrir leurs lignes , I «niaient à Fimproviste , avec une mobilité extrême, sur des Wnis seeoutiiinés à des marches méthodiques.

la convention, dans sa pensée de tout niveler, n'avait pÊMtk à abolir aussi les corps d'état-major, qui réclamaient âelnpts études et qui paraissaient indispensables; elle leur ■Istitiiades officiers nouveaux. Le système des vieilles armées NléoDc détruit ; et la tactique de Frédéric, qui consistait à Inerdes cordons de troupes, à opposer corps à corps, à hmer longuement une ligne, avec le soin de ne pas se déiivrir et d'opérer comme sur un cbamp de manœuvres, ^lactique ne pouvait plus convenir. Ce n'était plus le roo- Nt des guerres combinées, qui permettaient de s'observer, de ^Uie, de choisir des positions, de défendre ou de surprendre !M place pour parvenir à occuper quelque petite province : il Nntait désormais de tenter de grandes invasions, de prendre ■capitales, d*anéa«tir des armées.

I^'inlear belliqueuse du pays fut dbrigée avec vigueur par le Nié de salut public, ou plutôt par l'un de ses membres. Car- M- Gomme la Révolution demandait l'Impossible, il s'appliqua ■ Kgoiariser tant de fougue. Il ordonna de frapper des coups déiin&sar le point stratégique le plus important >, de rompieles

' n He biidrait point conclure de cette assertion que Carnot fut nfeotair de la tactique modeme. La guerre de menée, à laquelle sont kks grands succès de la RéTolation et de l'Empire, se trouve indiquée ■a» le mémoire adressé au comité de dérense générale par le général

S96 L4 TEBBEUA.

communications, de réduire l'armée eninemie à i'inipimsaiMX au lieu de chercher à s'emparer d'une forteresse oii d'une pa celle de territoire. Aux théories de Vauban sur l'attaque et I défense des places, il substitua un nouveau système de fortii cation et de défense, qui consistait à employer altematifemei les feux verticaux dans des casemates, pour accabler sans pér l'ennemi, s'il s'avançait en grand nombre, et les coups de m» hardis lorsqu'il n'était pas en force.

L'histoire moderne n'offre point d'exemple dHine caropagi plus remarquable que celle de 1793 contre toute TEurope. h plans de Camot furent mis à exécution : la bataille d'Hond choote délivra Dunkerque des Anglais. La dictature tout puissante du comité opposa aux Autrichiens et aux Prossieoi qui s'étaient avancés sur les deux versants des Vosges, d< moyens de défense multipliés. La bataille de Watignies fit leti le siège de Maubeuge , et Kellermaiin refoula les Piémoati au delà des Alpes.

Le comité dit à l'armée qu'il envoya en Vendôê : Soldatsi la liberté, il faut que ces brigands soient exterminés avant i fin d'octobre : le salut de la patrie Cexige, CimpaiUut fl peuple français le eommùlidey son courage doit VexécuUr.l effets Léchelte et Kléber écrasèrent les insurgés en Veadée en Bretagne. Le jeune général Hoche, chargé de recouvrer 1

Grinioard , en janvier 1793 : « Le moyen le meiHeur, dit-il , est de &i une guerre de masses, c'est à-dire de diriger toujours sur les points d^ taque le plus de troupes et d'artillerie qu'on pourra. >• Il est à prsf de faire remarquer que cette idée Ait déjà mise en œuvre par le gm Frédéric lui-même, qui sou veut concentra Tattaque, soit sur roaed ailes, soit sur le centre de l'ennemi. Quant au système de Carnol, semblerait différer beaucoup de cette néliiode , selon Topinion do g néral Jomini : a -Lé système favori de Carnot, dit-il (Histoire é guerres de la Révolution , t. IV, p. 14, note ) , était d'opérer sur I deux ailes, manœuvre dangereuse à nombre égal, puisqu'elle dos aux forces une direction centrifuge : à peine serait-elle conTcaih pour une armée fort supérieure, puisqu'on obtiendrait presque toojoo des succès plus cevtains en opérant sur une des ailes seulement. *

(AM. ft)

lignes de Wissembourg, repoussa les Autrichiens et entra dans le Palatinat, tandis que Toulon était repris sur les Anglais.

Nais la convention comptait sur un autre moyen de salut, la tirreur. Danton avait mis Tinitiative aux mains de ceux qu'on appelait les sans-culottes , en faisant décréter une solde de quarante sous à ceux qui assisteraient aux assemblées de section : il 6t déclarer la nation créancière de tous les riches, et demanda que toutes les subsistances, les richesses, les armes, fussent mises en réquisition ; puis Tcm décréta la levée en masse.

Les biens des proscrits étaient toujours une ressource abondante. Le comité de salut public dressa en outre un projet, qui était de Êdre démolir les châteaux, les églises, les palais et les baliitations royales , pour en donner les matériaux aux sans^ culottes, avec six arpents de terre à cliacun, moyennant Tobli-

« gMîoQde se bâtir une maison et de prendre femme. On voulait aias eréer un nombre considérable de familles républicaines , qni auraient défendu, au prix de leur sang, leurs propriétés inprovisées. Dès lors la Révolution, politique dans son origine, defint sociale dans sa forme ultérieure; puis elle se changea par degrés en monopole. Les jacobins dénaturèrent la gêné-

\ ntiià de ce grand mouvement , lorsqu'ils nièrent le principe de

[ l'uiteUigence, faisant reposer toute souveraineté dans le nombre, et donnant à croire au peuple que la force faisait le droit. De

' là, rextermination de tous ceux qui résistaient à leur dictatore. La Révolution avait rompu avec tous les principes de.la milisation européenne; et les disciples de Rousseau s'endurosant, au nom de la raison, dans une logique intrépide ; verttieat le sang avec autant de froideur que les plus détestables ^laas.

Le conventionnel Laplanche , ancien capucin, disait dans VQ rapport : • J*ai mis partout la terreur à Tordre du jour^

* partout j*ai mis à contribution les riches et les aristocrates, > partout j*ai fait fondre les cloches et réuni les paroisses; jai •dcstitDé tous les fédéralistes, incarcéré tous les suspects,

■ mis la force aux mains des sans-culottes. Dans les maisons de

• réclusion les prêtres avaient toutes leurs commodités, tandis

■ que les sans-culottes ooucluiient sur la paille; mais j'ai donné

IIICT. DC CfcST ANS. — T. 1. 34

308 LA TEBBEUB.

•• à ceux-ci les malebs de ceux-là. Partout j'ai fait des mariages « de prêtres; partout j'ai électrisé les cœurs et les esprits, or- « ganisé des fabriques d'armes , visité les bâtiments, les hôpi- « taux , les prisons ; foit partir plusieurs bataîHons de la levée « en masse ; passé en revue une quantité de gardes nationales « pour les répubHcaniser, et fait guillotiner beaucoup de roya- * listes. £n somme , f ai suivi mon mandat impératif, ei f ai « opéré partout en zélé montagnard , en représentant révola- « tionnaire. »

« A liaguenau, dit un représentant, une soixantaine de daines firent toilette pour aller au-devant des émigrés leurs parents, qu'elles espéraient revoir avec Tarmée autrichienne : mais un détachement de cavalerie française les découvrit; il ne laissa à Tennemi que leurs cadavres. » Le représentant Rochefort annonce qu'il vient d'établir un tribunal révolutionnaire ; « mais « il y manquait, dit-il, le dernier et le plus indispensable de ses <N membres. Alors je me rendis h l'assemblée des patriotes , et n leur dis : Qui veut donner à la répuhUque une preuve de son « patriotisme? Il manque un bourreau : gui veut en accepter « les fonctions? Moi, s'écrie un bon citoyen. Et je le mène aas- «. sitôt déjeuner chez moi ; nous avons trinqué à la victoire des « sans-culottes, et avons inauguré la magistrature suprême de « la république par de copieuses libations. » Une commune envoya une caisse de saindoux pour graisser la guillotine, et l'assemblée lui vota des remerclments.

' Lyon, ce grand centre de l'esprit méridional , où les méeonlents auraient pu se rallier et les étrangers tenter ime pointe, fut bombardé pendant six semaines impitoyablemenl. Après une vive résistance il succomba (9 octobre) , et on y vit s'accomplir d'horribles massacres ; le nom même de la ville fut aboli. L'envoyé de la convention, Couthon , chez qui la fureur suppléait à Fart , y fit démolir les plus beaux édifices. Le comédien CoUoi d'Herbois, qui, dix ans auparavant, avait été sifflé par les Lyonnais, mit ses rancunes particulières au compte de la vengeance nationale. Les cinq juges et le bourreau allèrent se plaindre à lui qu'ils mouraient de fatigue; il leur répondit : Enflammez^^pous comme moi de F amour de la pairie, et recouvrez de nouvelles

forces. Trouvant un moyen d'accélérer la tache « il s'écria : Comme la vengeance de la pairie est sflencieuse! dest à coup$ de foudre qu'elle doit frapper ses ennemis. De longues files de prisonniers furent alors conduits dans une vaste plaine, et la mitTaille les moissonna. CoUotdit, dans son rapport : « L'infrr « trament de mort ordinaire ne fonctionnait pas assez vite, 1^

• marteau démolissait lentement : la mitraille a détruit les

• hommes, la mine a détruit les édifices. Ceux qui sont DM>rts ■ avaient tous souillé leurs mains du sang des patriotes ; Toeil

• t«s distinguait sans se tromper. »

Les mesures éna^îques étaient toujours accompagnées d«

mesures cruelles, sous prétexte de trames ourdies par les Au^ glais. Dans Torigine, les suspects pouvaient du moins sortir la OQttde certaines cachettes pratiquées pour s'y tenir durant le jour; mais il fut alors décrété que les visites domiciliaires se fe« meot aussi de nuit. Personne ne fut plus en sûreté. Hébert^ aodea vendeur de billets à la porte d'un théâtre, qui écrivait le journal intitulé i!e Père Duchesne, feuille plus dégoûtante encore que celle de Marat, avait été nommé substitut du procur reurde la commune. Il alla jusqu'à accuser Marie-Antoinette, devint ses juges, d'avoir corrompu son propre fils. A cette imputation , beaucoup de jacobins eux-mêmes furent saisis de dégoût; Tinfortui^ée en versa des larmes, et s'écria : J'en appelle' à toutes les mères ici présentes. Condamnée à mort ( 16 octo^ l>re), elle entendit son arrêt comme une délivrance, et subit la mort eomme elle avait enduré ses longues infortunes. La Révohition confia l'éducation de son fils à un savetier, nommé Simon : et, en attendant que le dernier rejeton de cette race de rois s'éteignit misérablement , les cendres de ses aïeux âirent arrachées te caveaux de Saint-Denis, et jetées au vent.

\as girondins devenus à leur tour les modérés , accusés de fomenter la guerre et les troubles du Midi , avaient été livrés, après la journée du 31 mal, au tribunal révolutionnaire. Quelques-uns d'entre eux parvinrent à fuir, et allèrent organiser à . Caenun mouvement qui avorta. Vergniaud, Brissot, Fonfrède , Gensonnet et vingt autres, condamnés à mort à Paris , furent conduits à l'échafaud au milieu d'une poimlace hideuse qui se

400 LA TEBBEUB.

plut à les couvrir d'outrages ; ils y montèrent, le front calme , en chantant des hymnes à la liberté et à la France. Après eux, ce fut le tour de la belle et courageuse madame Roland , derenue un objet de haine pour ces jacobins qui un moment avaient été ses amis ; elle se refusa à révéler la retraite de son mari , et périt sans désespérer de la cause républicaine , en s*écriant : O liberté, que de forfait* on commet en ton nom! Quand son mari apprit son exécution, il se donna la mort Gondoroet se consolait dans sa cachette des crimes dont il était témoin, en rêvant toujours la perfectibilité humaine. Il fiit découvert et arrêté; mais le poison dont Cabanis avait pourvu ses amis lui permit de se soustraire à Téchafeud. Le duc d'Orléans , atteint comme les autres, malgré tant de gages que la Révolution lui avait arrachés, fut mis en jugement, et alla au supplice avec le courage de rindififérence.

Le spectade de la mort frappait si souvent les jeux, qa*elle ne causait plus d'effiroi. Des liens d'amitié et d*amour se for* maientdans les prisons; on se créait des occupations , des amusements; on s'exerçait à recevohr dignement le coup fatal. Chaque matin, lorsque paraissait legeôlier, sa liste à la main, on l'entourait avec anxiété : l'appel fait, on disait le dernier adieu à ceux dont le nom avait retenti sous ces tristes voûtes ; les autres comptaient un jour de plus pour pleurer, pour se divertir, pour se préparer à les suivre. Lavoisier continuait sous les verrous ses recherches chimiques; Destuttde Tracy étudiait son idéologie ; Jolivet concevait Tidée de son système hypothécaire , mis depuis à exécution. André Chénier composait des vers , et se liait d'un sentiment tendre avec une jeune et belle personne de \ingt ans ■• Condamné à son tour, il s'écria en touchant son

C'est elle qu'il chantait dans Ia Jeune captive ;

Aimi , triito et captif , m lyre toutefois S'érelUait, éoooltnt ces plaintes, cette voii ,

Ces Toeoi d'une Jenne captive ; Et , secouant le Joug de mes Jours languissants. Aux douces lois d«s vers je pliais les accents -

De sa boudie aimable et nafvc.

front : Mourir si jeune ! Et pourtant il y avait quelque chose là. En marchant au supplice, il rencontra sur la fatale charrette le poète Roucher, Fauteur des Mois; il lui adressa, en Fembrassaot, ces fers de Racine :

Oui , puisque je retrouve un ami si fidèle Ha fortune Ta prendre une face nouvelle.

Des scènes semblables de stoïcisme ou de tendresse se re* prodoisaient chaque jour.

Le fougeux parlementaire d'Esprémesnil , que nous avons vu a guerre avec la cour, tomba un jour dans les mains du peuple, fô le maltraita et Fallait jeter dans un égout, quand des gardes aationaax le sauvèrent. Il disait à Pétion , qui le visitait : Moi msi je fus r idole du peuple, et voyez ce qu'ils ont fait de moi! On le sauva, dans les massacres de septembre, en lui mettaat un couteitu à la main comme à un égorgeur, et il s'enfiiit, les pieds dans le sang. Condamné, il se trouva sur la cbar- Rtte avec Chapelier, qu'il avait eu pour adversaire. Cest une féeUion à décider, lui dit Chapelier, que de savoir à qui de Kwt deux sont adressées les huées du peuple. — A tous les deux, répondit d'Esprémesnil.

Une foule ivre , en effet, attendait chaque matin la charrette iuoèbre, et la suivait à travers les rues populeuses de Paris, Idasphémant, raillant, la couvrant de boue et de crachats. Qn ait trop Thorrible rôle qu'y jouèrent les femmes. Mirabeau ivait dit dès le commencement : Si les femmes ne s'en mêlent, M ne fera rien ; et il les poussa à Cgurer dans les émeutes ; elles f commirent des profanations dont le cynisme des hommes se Wl réfolté. Ce furent des femmes que Ton vit les premières envahir le palais, porter les têtes en triomphe; elles calomnièrent

Ca chaoti, de ma prUon témoins harmonieus, Feront à quelque amant des loisirs studieux

Cberdier quelle fut cette belle :

La grâce décorait son front et ses discours ; Et, comme elle, craindront de voir finir leurs Jours

Ceux qui les passeront près d'elle.

402 LA TESBEUB.

dans la reine ThoDoeur de la femme et Tamour maternel ; les scènes de massacre leur devinrent indispensables comme celles du cirque aux Romains. Lionnes pendant la bataille, hyènes après la victoire, elles mutilaient les cadavres, leséventraient, en maogeaient quelquefois le cœur. La plus monstrueuse futThéroigne de Méricourt, capitaine de ces hordes cannibales; d*autres remplissaient roffîce journalier dHnsuUeuses du supplice, ou assistaient aux séances de la convention en tricotant des bas; on les appela les tricoteuses de Robespierre.

£n regaid de ce hideux tableau , hâtons-nous de dire qae hs femmes n'eurent que trop aussi leur part de souffrances , et ne manquèrent pas d'occasions de se montrer sublimes. Douze jeunes filles de Verdun furent mises à mort pour a^w dansé avec des Prussiens. Les religieuses de Montmartre Ina^ chèreut à Téchafaud avec leurs élèves , chantant des psaumes autour de leur abbesse nonagénaire. Plusieurs, ne pourant sauver leurs parents, voulurent mourir avec eux. Dans Paris seul, douze mille femmes furent envoyées au supplice en quatre mois : parmi elles la du Barry , qui donna Je spectacle d'une honteuse faiblesse, auquel on n'était plus accoutumé; puis soi ancienne rivale, madame de Grammont, sœur du duc de Choiseul, coupable d'avoir fourni à Marie- Antoinette du linge, dont elle manquait dans sa prison. Madame Elisabeth, sœur da roi, princesse vertueuse et pure, fut conduite au supplice, confondue avec d'autres condamnés. C'était ainsi que Tégalité se réalisait.

Deux cent mille individus étaient incarcérés comme sus* pects en novembre 1793 ; il avait fallu, pour cela, convertir en prisons les palais, les collèges, les mionastères. On arrêtait en |§asse, par quartier, par religion , par famille, par pays. En une seule nuit, trois cents familles du faubourg Saint-Germain furent arrachées de leur domicile ; quarante - cinq magistrats de Paris furent envoyés ensemble à l'échafaud : une autre fois, trente-trois membres du parlement de Toulouse; une autre. vingt-sept négociants de Sedan. On s'inquiétait peu de trouver un délit ; la parenté suffisait , la richesse , un grade , un nom bistorique ou parlementaire.

L'abbé de Féaeion, qui avait recueilli les pauvres enfants savoyards, fat accompagné à Téchaâiad par une foule de ces enfinis, et ce vieillard de quatre-vingt-neuf ans leur donna sa bé- ■édidion avant de mourir. Mal^erbes paya de son sang le QOBmge qaMl avait eu de défendre Louis XVI et de secourir quelques émigrés. Il fut conduit à Téchafaud avec sa fille , sa petil&llle, et le mari de cette dernière : trois générations dispanûaieDt ainsi sous la main du bourreau.

Alors périrent les anciens ministres, les membres des parleuts, les maréchaux, les financiers ; et les paroles mémorables fie phneurs d*entre eux firent entendre au dernier moment MBlRDt leeourage qu^înspirent la vertu ou Thabitude. Qiielques avals échappèrent à la mort, parce qu'ils étaient occupés éeh reforme des poids et mesures. Lavolsier, qui avait prépé arec Foorcroy et BerthoUet les moyens de soutenir la pme, fat arrêté avec trente-deux fermiers généraux , accusés 'aroiriDis de l'eau dans les tabacs; tom furent condamnés, et ^ctt eo vain que Lavoisier implora un suivis pour mener à fin *K décoaverte de chimie. On liii répondit que « la république ^t pas besoin de savants. »

l^x cents membres de rassemblée constituante furent im- ■tl^deméme, entre autres Bailly, savantillustre, cecur simple t^sMeux, qui voyait la main de Dieu dans le cours des astres, À ToD ne voulait plus reconnaître que le choc de la matière. Il ^^ jeté dans la Révolution avec les espérances naïves de tous ; iie vit condamné à périr à son tour (t 1 novembre) : l'écbafaud :^<lres8é sur un fumier, dans Tintention de rendre sa fin plus *^. Un de ces sans-culottes qui suivaient la charrette lui *">, en le voyant frissonner sous une pluie glacée : Quoi ! tu ^bkt, Bailiyî — Oui, mon ami, répondit-il ; mais c'est de /^- La hache révolutionnaire atteignit aussi Bamave, qui , ^(casédans sa retraite d'avoir donné des conseils a Louis XVI, *^ victime sans avoir été persécuteur, ^^^stine , qui avait succédé à Dumouriez dans le comman-< ^''At, ayant conçu le projet de soulever l'Allemagne, s'était '^'ncé inconsidérément dans le pays , d'où il avait ensii'He *^eciué une retraite prudente. On lui fit un crime de cela ,

404 LA TERSEUB.

mais surtout de s'être montré triste le 31 mai^ et d'avoir tnité Robespierre et Marat de perturbateurs. Comme le tribunal réYolutionnaire hésitait à prononcer sur des accusations h vagues , les juges eux-mêmes ' furent accusés à la conventioa de procéder avec lenteur , et d'employer les formes légales. 11 fallut le sacrifier, ainsi que d'autres généraux.

( 1794 ) Jamais il ne s'était vu tant de facilité à recevoir oo à donner la mort, sdtà la guerre, soit sur l'échafaud, sans idée de péril ou de sacrifice, par système, par habitude. Montraitoo par hasard de la pitié? c'était pour s'emparer de l'opinion par )a clémente, et usurper le pouvoir. Le tribtmal lévolutionoain conservait un reste de formes : on pouvait, dans sa défense, dîR encore la vârité. Cétait trop : pour peu qu'il y eût preuve nutérielle ou morale , il n'y avait point besoin de témoins. On ne devait aux conspirateurs d*autres défenseurs que la oonsdenes des jurés. 11 n'y avait pas d'autre peine que la mort. Foaquitf- Tinville, l'accusateur pïd)lic, poussa si loin la démence, que son collègue €ollot d'Herbois lui dit : « Mais quoi, tu veux doue démoraliser le supplice? » G'étalt.par charrette qu'on conduisail les accusés au tribunal; on les jugeait, et on les menait «| supplice par fournées. Il y avait là des méprises de toute sorte Un détenu fait remarquer au tribunal que son nom n'est pa porté sur la liste des accusés : « Qu'importe ? dit Fouquier ; je vu l'y mettre.- » On Élisait l'appel de gens déjà exécutés , on tuail l'un à la place de l'autre ; cela importait peu. On imprimaii d'avance les sentences de mort, avec les motife en regard; il M restait plus qu'à y inscrire les noms. Les exécutions étaient d( cinquante à soixante par jour : « Ça va bien, disait Fouquier; ta têtes tombent comme grêle. Gela ira mieux encore la décade prochaine : il nous en faudra au moins cent cinquante. > Bil« laud-Varennes s'écriait : « Le tribunal révolutionnaire croit fiairi merveille, quand il fait tomber soixante-dix à quatre-vingts têtes. Un nombre uniforme ne fait plus d'effet : il faut redoubler. » Vadier disait : « Il faut mettre un mur de têtes entre le peuple et nous. » Le nombre fut élevé à cent cinquante pai jour. 11 fallut creuser un égout pour donner de l'écoulemenl au sarç.

LÀ VERDÉS. 40&

Ces fournées faisaient place chaque jour à des centaines de Bomeaux prisonniers; mais pour qu^ii fût possible de condamner tant de gens inconnus, dont le crime ne pouvait se fbnniiler qoe par le titre de modérés, on se dit que naturelle- BNnt ils devaient souhaiter de sortir de prison, et par conséquent teatcr de s'échapper. Ils étaient dès lors coupables; et, sous ce prétexte, on condamnait ceux à qui on ne pouvait reprocher «tre chose. Les prisons furent remplies d'espions qui y velaieDt créer le délit, ayant mission de faire parler les détenus, fom les dénoncer après. C'est ainsi que la défiance s'ajouta à la terrear qui y régnait.

Da scènes semblables se reproduisaient dans toute la France. Gnier, qui tuait par instinct, par volupté, exterminait en Vendée ks prétendus aristocrates par troupes de cent, de deux cents indiviias; et il ne répondait aux réclamations des infortunés, à eeflei des magistrats, qu'en les menaçant de la guillotine. Il y anrt dans les prisons de Nantes près de dir mille détenus ; or la Mlade lui paraissant trop longue, indépendamment de la difficile d'ensevelir tant de cadavres, il les fit noyer par centaines itt la Loire, au moyen de bateaux à soupape. 11 fit périr les enhiits des Vendéens quelapitié des Nantaisavait recueillis; quatre n dnq mille furent sacrifiés en peu de jours. On mitrailhiit I Bordeaux , à Marseille, à Toulon , surtout à Lyon; et si l'on rtrimait contre ces atrocités, le comité répondait : La liberté tti we vierge dont on ne doit pas lever le voile.

Maignet , envoyé dans les départements de Vaucluse et des Inehes-do-Rhône, écrivait à Couthon : « Tu m'ordonnes de ■ faire transporter à Paris les conspirateurs. Mais il y en a de

* douze à quinze mille : ce serait donc trop de dépenses et de

* dangers. Puis il faut épouvanter, et le coup n'est effrayant ■911e sous les yeux des complices. » En conséquence, trois toit quatre-vingts personnes périrent dans la seule ville d'O-

Aefaard éerivaii-à Gravier : « Encore des têtes, et toujours > des têtes 1 Quel délire , si tu avais vu avant-hier cette justice

* nationale de deux cent neuf scélérats ! Quelle majesté ! quel ^toD imposant! Combien de grands misérables ont mordu la

400 LA TEBREUA.

« poussière dans ce jour! Quel ciment pour la république? Fj « voilà pourtant déjà plus de cinq cents; il en passera encof « deux fois autant; et puis en avant < ! »

Collot d*Herbois s'exprimait ainsi : a Que vous êtes énervés « vous , habitants de la molle capitale ! C'est de la timidité qi « d'égorger les ennemis de la patrie : il faut les mitrailler, i « vous l'ai dit cent fois. »

La mission de Lebon à Arras et sur les frontières du nori dit Prudhomme , peut se comparer à l'apparition d» foriii L'orchestre, les jours de fête, était dressé à côté de l'échaÊiad et Lebon disait aux jeunes Glles : « Suivez la voix de la natHM abandonnez-vous à vos amants. » 11 se faisait suivre d'une baod d'enfants corrompus , qui étaient les espions de leurs familta C'était une mode d'avoir de petites guillotines ; et l'on se difoi tissait à couper la tête aux oiseaux et aux souris. Lebon , apn avoir abusé d'une femme qui s'était livrée à lui pour sauver 90 mari, fit guillotiner cet homme sous les yeux de cette malbei reuse, à qui il ne resta plus que l'horreur de son sacrifice : geu d'infamie dont les exemples ont été nombreux.*

L'ironie se mêlait à toutes ces atrocités : ils appelaient fi de file les procédures expéditives; la noyade était le baptéii républicain, comme le mariage républicain le supplice d'il homme et d'une femme que l'on liait nus ensemble, et quefif précipitait dans le fleuve. Coffînhal disait à un maître d^ crime condamné : Pare cette botte-là! Le président Dumas d sait d^une dame qui était sourde : Elle a conspiré sourdemeâ Il disait à une jeune fille qui lui répondait qu'elle avait sa( ans : Titenas quatre-vingts pour le crime; à un vieillard qÉ la paralysie empêchait de parler : Ce n'est pas la langve fi nous voulons , c'est la tête,

Cest ainsi que la peur multipliait lesvictimes : l'âge, lesoj le rang, la profession , le crime et la vertu , étaient frappés sM distinction : égalité terrible ! C'était ainsi que le peuple ignora réalisait ce que les savants avaient préparé , et que b sodil était régénérée dans le sang ! On a dit que la terreur sauva 1

' Rapport des vingt et un ; pièces annexées , n'

RéroiiilJoD et la liberté : on ne sauve pas les causes en les déshooonot.

Cependant la famine et les besoins croissants augmentaient le mécontentement; Tespionnage, les cruautés se multipliaient i b suite. L*athéi8me bientôt eut ses fêtes publiques : l'un de ks apôtres les plus fervents Ait un baron allemand, Anacbarsis Cleotz ,• qui s'intitulait Torateur du genre humain et iammi personnel de Dieu, Il s'était fait aussi Tapôtre de la lÉpnblique universelle, et voyait dans la Révolution , non pas |l déreloppement de la liberté française , mais celle du monde *. La convention était , à ses yeux , la représentation de « Les corps nationaux , disait-il , comme les corps « frorindanx , sont les fléaux du genre humain ; et il en résulte Atei^oerres, qui autrement se réduiraient à des procès. Abat- •'lez les barrières nationales, et Fâge d'or renaîtra, et une

• hanaoBîe inaltérable couvrira le globe d'une paix perpé-

• taelle. » En conséquence, au lieu de Fioe la nation Ion deill crier Five le genre humain! 1a .constitution devait être

pour toute l'espèce humaine , et se réduire à ce que la inspirait , en rapprochant le» hommes de manière que instinct commnn pût se manifester. Clootz arrivait ainsi , les mêmes idées que les fédéralistes , à un résultat tout é, à la fusion absolue de toutes les nations. Un nouveau système de poids et mesures fut alors introduit. icalendrier reçut des noms nouveaux ; les décades reroplait les semaines, avec l'adjonction de cinq jours compléappelés sans-culottides ; ils étaient consacrés au au travail, aux belles actions, aux récompenses. Le ', pendant lequel chacun pouvait dire ce qu'il pensait , sous le patronage de l'opinion. Par amour du système dé- I, on alla jusqu'à diviser la journée en dix heures. Toutes iabitudes furent changées ; toutes les marchandises durent vendues à des prix déterminés; le pain fui réduit à une qualité, encore était-elle mauvaise.

La guerre fut déclarée au Roi du ciel comme aux rois de la La conTention ayant décidé que Dieu n'existait pas, et Tunique religion étaitMa volonté du peuple, on abattit les

4CS LÀ TEBAEUft

églises, on détruisit les reliques, les che&-d*œuvre de Tart; c convertit le mariage en « sacrement de Fadultère; > etTefCg de Marai remplaça dans les rues les tabernacles des saint Comme tout dans les comédies prêtait à Tallusion , on lei sobstitua des fêtes populaires. Dans celle de Tathéisme, une ca tatrice nuereprésenta la Raison ; et «elle fiit conduite en triompi de la salle de rassemblée, où (ombèreni ses voiles, à Noti Dame , dont Tautel fut consacré à la nouvelle déesse.

Mais les philosophes de la Révolution s*indignaientdéjà qtt*i simulacre de culte survécût à la religion ; ils préféraient inai gurer Tadoration abstraite d*uu Dieu, sans forme, sansdcgin et sans rites. La multitude s'était crue délivrée de tout devoi dès qu'elle s'était vue délivrée de Dieu.

Des scènes de cette nature n'étaient point du goût de Danli et de Robespierre, qui voulaient exercer leurs cruautés série sèment, tandis que les autres cherchaient à les égayer. Robi pierre désapprouva donc cette manière de « troubler la libei a des cultes au nom de la liberté, et d'attaquer le £anatisi

a par un fanatisme nouveau L'athéisme est aristocratiqa

« dit-il ; ridée d'un grand JÈtre veillant sur l'innocence oppiin « et punissant le crime triomphant est toute populaire. Si Di « n'existait pas, il faudrait Fin venter. »

Les divisions éclatèrent ainsi dans la Montagne victorieu Les membres de ce gouvernement se haïssaient entre eux, nécessité seule les tenait unis; et lorsqu'ils étaient rassasiés sang , beaucoup d'entre eux se rassemblaient dans les or;gi Robespierre, a qui sa réputation à' incorruptible proQtait aui lieu de tant de fripons , semblait un Rousseau, armé de la d tature ; il exécutait ce que l'autre avait pensé. 11 proclamait Dit le peuple, la justice, l'humanité, la main sur la guillotine;! perturbable dans le crime, parce qu'il le croyait nécessaire pc ramener le règne de la vertu. « L'homme est bon , mais lai ciété est pervertie par un petit nombre de méchants. » La pos rité.doute encore si ce fut délire, si ce fut hypocrisie, ou cetteeo' innée qui le dévorait, mais qui fut pourtant utile, car il s'attac à discréditer les membres du comité, qui se consolidaient, gri aux triomphes des armées , dont ils s'attribuaient le mérite.

Les malédietioDS d'abord étaient tombées sur le roi : lorsqu'il est disparu, oo s>n prit aux girondins, dont on disait : Us brtnetgens n'eurent Jamais cTéfiergie. Les girondins renversés, restaient Hobespierre et Danton; et il fallut que l'un d'eux devint le bouc émissaire. 11 n'était pas possible d'accuser de modération Robespierre , qui haïssait tout le monde ; il n'avait pas besoin de se justiÛer, attendu qu'il passait pour incor* niptibie, et qu'il n'avait profité eu rien de la Révolution.

La. Révolution a été comparée avec raison à un char qui, se ralentissant, éerase celui qui le conduit. Or Danton s'était ra* lenci : livré à des plaisirs tranquilles, il amit paru prendre en dépAt les désordres féroces , et il çarla de clémence. Il fut secondé * par Camille Desmoultns, qu'on écoutait parce qu'il était parfois âoquent, et qui combattait, mais trop tard, dians le f^ieux cor- Mer, une anarchie sanguinaire. Il y donnait la traduction d'un pange de Tacite , faisant ressortir la ressemblance de cette époque avec le règne de Tibère ; et il propos^ un comité de démence.

Robespierre saisit cette occasion de frapper sans égards quiconque voulait refréner la Révolution. Il traduisit au tribunal RTolutionnaire Danton , Desmoulins , Westerman l'exterminateur des Vendéens, et douze autres conventionnels. Us étaient jeunes , d*ane grande influence, capables de se défendre avec toute la fureur de gens sacrifiés par leurs complices : leur procès [ pouvait donc avoir des conséquences terribles pour ceux qui ' avaient été leurs collègues et leurs instruments. Robespierre y ' pourvut : Nous ne voulons point de privilèges, s'écria-t-il, nous ne vouions point d*idoles; puis il les fit déclarer séditieux, et condamner en toute hâte. Aux questions qui lui furent adressées , Danton répondit : Tai fâge du sans-culotte Jésus-Christ quand il mourut; et après une défense éloquente et cynique , il concluait : Ma demeure sera bientôt le néant; et mqfi nom testera dans le Panthéon de T histoire. Puis il ajouta : Je meurs content , car je sens que J'entraîne Robespierre à ma suite, le lâche n^auraii eu que moi pour le sauver,

ïja terreur en était donc venue à se dévorer elle-même : Danton l'avait crue une nécessité fatale-, Robespierre, une justice

410 LA TEBBEUB.

rigoureuse. I^ premier, prenant pour règle Topportunité , pensait qu'elle devait cesser; Tautre voulait la maintenir jusqu^à rentière régénération de la société. Le principe jacobin, le fanatisme de régalité sociale, se montrait dans Saint- Just , diez qui la férocité avait une espèce de loyauté , plus que dans Robe^ierre. Ce fut lui qui soutint le courage de lïneorruptible lors de ce coup d'État hypocrite, après lequel il fut tout-puissant.

Robespierre , désormais sans rivaux , exposa alors ses doctrines : « Le principe du gouvernement démocratique est la « vertu , et le moven de l'établir, la terreur. Sdlistituer la mo- « raie à l'égoïsme, la probité' à l^onneiv., les principes aux « coutumes , les devoirs à la politesse , l'empire de la raison à la « tyrannie de la mode, le mépris du vioe>au mépris de l'infor- « tune , la fierté à l'insolence, la magnanimité à la vanité. Ta- « mour de la gloire à celui de l'argent , les bonnes gens à la « bonne compagnie, le mérite à l'intrigue, le génie au bel es- « prit, la vérité au clinquant , les joies du bonheur aux ennuis « de la volupté , la grandeur de l'homme à la petitesse des « grands, un peuple magnanime, puissant, heureux, à un « peuple aimable, frivole, misérable, c'est-à-dire toutes les « vertus et les miracles de la république à tous les vices et aux * ridicules de la monarchie , telle est notre intention. » Il fallait pour cela un gouvernement capable de surmonter tous les obstacles. Saint-Just, de son côté, disait : « Un parti veut changer « la liberté en bacchante ; l'autre , en prostituée. Vous avez œnl « mille détenus , et le tribunal révolutionnaire a condamné déjà « trois cent mille coupables. Mais , sous la monarclùe , il y ava^ •• quatre cent mille prisonniers; on pendait par an quinze mille A contrebandiers, on roualtquinze mille individus. Aujourd'hui « même il y a en Europe quatre millions de détenus dont voos « n'entendez pas les cris, tandis que votre modération parricide « laisse triompher les ennemis du gouvernement. Nous nous « chargeona de reproches ; et les rois, mille fois plus cruels que « nous^, s'endorment dans le crime. »

I.a populace applaudit, comme elle fait toujours , à ces exaspérations insensées , et l'on en conclut qu'il fallait sévir contre les ultra-révolutionnaires. En conséquence, Hébert l'énergu-

LA YB]fDB£. 4ll

inèae, et Chaumette, Tapotre de la Raison, se virent incareéras avec les suspects , que leur nom seul faisait trembler. Tous furent condamnés à mort, selon la règle ordinaire* ; et eomme Hébert disait en gémissant que la liberté était perdue •: La tiberié perdue, s'écrieRonsin, parce que quelques mùérables indwtdus vont périr! La iiberié est immortelle : nos ennemis skeeomberont après nous , et la liberté nous survivra à tous.

De toutes parts pleuvaient des adresses de félicitations ; le comité était flatté conune un roi. Saint-Ju3t proposa d*autres violences : il dcAianda que tous les uobles et tous les étrangers fnsent chassés. Les ministères furent abolis, et remplacés par éa eommissions du comité. On arriva ainsi à centraliser jusqu*à ropinion; et Robespierre, empruntant le style et les idées de Roonean , parla de la vertu, déclama contre ses ennemis, c*estardiie contre ceux qu'avait fauchés la guillotine; enfin, il adqpta comme base de sa politique l'immortalité de Fâme.

« L'idée de son néant, dit-il , inspirera-t-elle à Thomme des

• sentiments plus purs et plus élevés que celle de son immor-

• blité.' Lui inspirera-t-elleplus de respect pour ses semblables

• et pour lui-même, plus de dévouement pour sa patrie, plus

• d'audace à hrarer la tyrannie, plus de mépris pour la mort ou

• pov la volupté .> Vous qui pleurez un ami vertueux, vous « aimez à penser que la partie la plus belle de lui-même a échappé

• an tr^as. Vous qui gémissez sur le cercueil d'un fils ou d'une

• épouse , étez-vous consolé par celui qui vous dit qu'il ne reste

• d'eux qu'une vile poussière? Malheureux qui expirez sous les

• coups'd'un assassin , votre dernier soupir est un appel à la •Jostiee étemelle. L'innocence, sur l'échafaud , fait pMir le < tjian sur son char de triomphe. Aurait-elle cet ascendant, si « la tombe égalisait l'oppresseur et l'opprimé? *

Q s'attadia ensuite à démontrer la nécessité des fêtes, et fit sdopcer par acclamation un décret portant que « le peuple fran

• çais reconnaît l'existence de l'Être suprême et l'immortalité

' La cfaiite des hommes de la commune, Chaumette, Hébert , etc., fâ ftwiBaic&t le parti ultra-révolutioniiaire, précéda celle de Daoton et *•»««». (An. R.)

412 LÀ TEBBEUB.

« de rame; que le culte le plus digne du Créateur est la pra* « tique des devoirs de rhomme. » De là une série de fêtes consacrées aux différentes vertus; de là la liberté des cultes; et toute la France applaudit à ce décret , comme elle avait fajl naguère à «elui qui mettait sur les autels la déesse Raison^ La vertu et VÉlre suprême retentirent dans toutes les bouches. Kobespierre sacrifia quiconque lui paraissait contraire à fa vertu ; tout écrivain fut placé sous le coup de la vague menace lancée contre tous ceux qui dépravaient ies mœurs. £q m#inc temps les restes de Rousseau , qui avait déclaré que la libertc lui paraîtrait chèrement achetée au prix du sang d*un seul ôtoyen , étaient transférés au Panthéon, à côté de Marat. Il esl vrai que des torrents de sang avaient été versés au nom de ses doctrines.

Ces idées de recomposition prématurée devaient amener k déclin de Robespierre : en effet , contredit par le comité , î se retira avec le dépit de la vanité offensée. Billaud-Varennes < Collot d*Herbois, et ce Barrère, célèbre par des mots élégamment atroces, qui trahissait tous les partis en se comparant à Am tide et à Cicéron , restèrent les maîtres. C*était Barrère qui s'écriait : Nous battons monnaie sur la place de la Révotutitm, On répétait encore de lui ce mot : Frapipons ! il n'y a gtre ia morts qui ne reviennent point.

Robespierre, néanmoins, se voyait flatté comme un roi vénéré même comme un saint. 11 était entouré de femmes em pressées à Taduler, à le servir, qui lui supposaient une espèei d'inspiration supérieure. Jouissant d'une réputation d'inoor ruptikilité, comme il en faut pour se faire adorer des masses étranger à la pitié qui perd les révolutionnaires ; ayant cet or gueil qui prône sans cesse ses propres mérites , il s*était forroi un parti nombreux. Il sentait la nécessité d'exterminer ses oot lègues , pour se conserver lui-même ; mais ils se hâtèrent de h prévenir. Tallien le dénonça comme coupable d'avoir fait plasieurs actes.de clémence, et de ne pas aimer Marat : on cru A bas le tyran! Ne trouvant dans la Montagne que des amê tièdes ou des adversaires acharnés, il osa invoquer « les hommei purs et vertueux de la Plaine , » qui détournèrent la tête. CTes

LES THSBMIDOBIBNS. 413

CD faîn qi/U demanda la parole an président; un député lui cria : Le sang de Danton f étouffe! et il fut décrété d'arrestation. Rendu presque aussitôt à la liberté, il eût triomphé peutêtre, s'y avait su agir; et la guerre civile fut au moment d'éeteter. Le conventionnel Barras fut mis à la tête de la force armée , tandis que la municipalité , proclamant Pinsurrection , fit enise commune avec Robespierre, à qui manquait Faudace nécessaire pour la soutennr. Se voyant perdu , il se tira un coup de pistolet, qui lui fracassa la mâchoire, et ne put se soustraire à réchafôud. Saint-Just appela , comme Néron , un ami qui voulût lui donner la mort ; et Lebas , à qui il s'adressait , lui répandit : Fais comme moi, et se tua. Les autres n'eurent que k courage de s'injurier entre eux , et ils furent arrêtés vivants. Le tribunal révolutionnaire , à qui pesait sa complicité avec les ^aîncos, se hâta de s'en laver en les condamnant (9 thermidor). Le véritable but de la Révolution, pour les jacobins, était d'é« leier les prolétaires, quel qu'en fût le moyen : Périsse le monde, pourra que le principe triomphe ! La convention , en les tuant , se tna elle-même, et n'eut à invoquer pour sa justiGcation que h crainte d'être prévenue. A dater de leur mort ,.la Révolution cesa sa marche ascendante, et le règne de la multitude comoeoça à décliner.

LES THJEEMEDORIENS. — SECOND PARTAGE DE Lk POLOGNE. -

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