SG LOUIS XY
La disposition d*une fête donnée par madame de Pompadour; inconvenant caprice du roi, qui faisait dîner en tiers avec elle et lui ie frère de sa maîtresse ; la chronique lubrique des nouvelles victimes royales, tels étaient les graves intérêts dont s'occupait la cour.
Pendant vingt ans, cette courtisant titrée conduisit à la baguette un gouvernement dont nmpéritie et la fiiiblesse apparaissaient de plus en plus. On voyait Timpératrice Marie- Thérèse lui écrire familièrement. Aussi , flattée de cette démarche et blessée des épigrammes de Frédéric, madame de Pompadour fit-elle conclure avec TAutriche, par le traité de Versailles, une alliance impolitique, et réprouvée de toute la nation. Pour consommer ce;traité, elle Otde Tabbéde Bernis, sa créature, un ministre des affaires étrangères; mais comme il la détournait d'une guerre contraire aux intérêts de la France, elle lui substitua le duc de Choiseul. Avec son concours, elle consomma cette alliance, au grand détriment du royaume; car la France y perdit , après d'immenses sacrifices d'hommes et d'argent, le Canada, la Louisiane , sa marine militaire et marchande capturée ou détruite', dans toutes tes mers , par les Anglais.
Louis XV croyait , comme son aïeul Louis XIV, que les rois étaient supérieurs au reste des hommes , même aux yeux de Dieu. Une fois qu'il menaçait le duc de Choiseul de Teufer, celui-ci lui répondit qu'il courait les mêmes risques : Pour moi, reprit-il , c*est autre chose! je suie l'oM du Seigneur. Il pensait que ses désordres lui seraient pardonnes , s'il se faisait le champion de la religion catholique; et il consentit à s'allier à l'Autriche, par l'espérance de détruire le protestantisme avec la monarchie prussienne.
Blasé à trente ans , il ne cherchait les ploisics que iKMir édiapper à l'ennui ; incapable de manier le pouvoir avec suite, il ne comprenait que l'autorité absolue, et il en aCGcbait les forint quand la ferme volonté lui manquait. Toujours il entretint une correspondance secrète avec ses ambassademrs près des cours étrangères, où il eavoyait, en outre, des agents particuliers et des espions. I^s uns et les autres étaient chargea de lui faire
ét$ apports rédigés avec plus de franchise qu'on n'en met d*ordînare dans la eoirespondance officielle. A cette manière peu d^ de suiprendre la yérité, il joignait la £aiblesse de ne pas avoir en profiter, et laissait son conseil prendre des mesures qœk eonnaissance des faits aurait dû lui flaire rejeter.
Les guerres occasionnées par une politique de boudoir, et les dispendieuses ignominies de la cour, ruinaient les finances ; il MlutdoDC mettre de nouveaux impôts, et les faire accepter par les parlements ; en cas de refus, on les exilait, on les cassut, on les soumettait par la frayeur.
Les esprits, à qui Law avait donné Téveil, étudiaient les bases de là riehesse, et oonstruisaient maintes théories dans le but de supprimer les guerres, la pauvreté, Foisiveté, Toppression. Les |dns célèbres de ces systèmes furent ceux du docteur Quesnajr et de Tinlendant Vincent de Goumay ; l'un préconisait ragriealtore , et l'autre l'industrie, comme unique source ^e x richeBa. Quesnay, trouvant injuste le système fiscal qui frappe eeDt fois le propriétaire et le cultivateur, entrave la circulation et l'exportation des grains, proclamait la nécessité d'un imp6t nuque sur le produit net des biens-fonds. Goumay, poussant . phis loin Tesprit d'analyse , démontrait que les di?ers genres d*iodttStrîe se donnent la main , demandait uniquement que le goovcniement ne leur opposât point d'obstacle, et ne cessait de icpéler : Laissez faire, laissez passer!
Mais le gouvernement s'entendait peu à ces doctrines , et les appliquait encore plus mal. Pour seconder les idées des physio- Qites et relever la marine languissante, il fut permis d'exporter des grains de certains ports déterminés, sur des bâtiments 'nnçais, sans qu'un semblable commerce fit déroger les gentilshommes qui l'entreprendraient. Mais la fraude s'.en mêla , et des bâtiments étrangers eurent bientôt épuisé les magasins. Il fallut en conséquence suspendre forcément Texécutlon de eette mesure , qui demeura discréditée par sa mAtf^aise applienioD.
L'incrédulité s'enliardissait au milieu des désordres intériews, et se décorait du nom de liberté de penser. On pouvait ^ apercevoir ses tendances dans quelques actes du gouverne-
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ment. Eti même temps que les philosophes proclamaient qpt tous les citoyens doivent contribuer également aux charges publiques , on songeait déjà , comme allégement aux charges de rÉtat , n abolir les couvents pour s'approprier leurs biens. I^s édits de cour, des arrêts de parlement intervenaient dans les questions théologiques» Des deux côtés, ces décisions étaient également vexatoires, tyranniques, et la moitié des catholiqiirs aussi bien que les protestants avaient à souffrir de cet arbitraire. Les libres penseurs , qui commençaient alors à devenir à la mode, prirent en main la cause du parlement; et tous les ordres de rÉtat furent bouleversés , attendu que chacun d'eux aspirait h Findépendance. Il n'y a guère de sectes qui mettent le#poignard à la main de leurs affiliés; mais lorsque l'on a déclamé contre le pouvoir, qu'on l'a dénoncé comme mauvais , fiineste, tyrannique, le peuple, logicien absolu , va droit aux conséquences. Au moment donc où l'on se déchaînait partout contre le tyran , un nommé Damien songea à en délivrer la terre. I^ouis reçut à peine une égralignure ; mais le peuple, la bourgeoisie et jusqu'aux dames de la cour, se firent une fête d'assister h son supplice , qui fut des pins atroces. Cen fut assez pour que le rot recouvrât l'amour de la nation, qui, éminemment monarchique, était habituée à considérer les joies et les douleurs de cour comme les siennes. Le parlement se réconcilia aussi avec le roi, qui révoqua les édils les plus odieux, et sacrifia les jésuites.
Le Dauphin , en butte aux railleries pour la régularité de ses moeurs, était l'objet de beaucoup d'espérances ; mais il mourut à trente-six ans , et il fut suivi au tombeau par sa femme et par sa mère. Peu de temps après, mourut madame de Pompadour, qui conserva le pouvoir jusqu'à son lit de mort. Les gens de lettres la regrettèrent; Louis XY l'oublia ; le peuple la maudit, et espéra.
Leduc de Choiseul hérita de sa toute-puissance, tandis qu'une prostituée de bas-étage lui succédait dans son titre de maîtresse. Mademoiselle Lange ( c'était son nom ) trouva bientôt un comte du Barry, son ancien amant, pour lui donner sa main et un titre. C'était en vain que les chansons et les libelles, appelés seuls par Fusagc à tempérer l'absolutisme monarchique , rappe-
bientauroksesceDt pfédéees$eiijrs. Cette Âme énenrée, qui
D'eot jamais de courage que pour braver le scandale , voulut gae la du Banry fût présentée à la cour : ce fut d*elle que dépendirent le ministère , Téquilibre de FËurope , le sort des colonies américaines. Daus cette monarchie qui se^faisaît encore redouter par sa police secrète et par ses coups d*État, mais qu'une immoralité odieuse, des dilapidations sans fin, des spéculations abjectes sur la misère publique tSVaient r^due méprisable , si la Rérolution faisait des progrés, qui pounràits'en étonner?
Cboiseul, ministre brillant, qui poussait à des réformes utiles et SDneillait Tagrandissement des puissances européennes , ue put se résoudre à plier devant la nouvelle favorite ; et , soit di* gnité , soit dépit de n'avoir pu lui substituer sa propre soeur, il M cacha pas le mépris qu'elle lur inspirait; peut-être même exdta-t-il sous main le parlement daus la nouvelle guerre qu'il déclara alors au roi. A ce sujet on rapporte que la du Barrv fit placer dans son boudoir un tableau de Van Dyck, qui repréleotait Charles l^'^ fuyant devant ses persécuteurs; et quand le roi entra, La France y lui dit-elle (c'était le nom qu'elle lui donnait), m Jre-toî dans cette peinture., Si tu laisses faire le pariemetU, il te fera eavper latéie, comme celui dC Angleterre d Charles P'.
Le duc de C^oiseul fut exilé; et quoique le peuple ne l'ainit pas, il suffît de sa disgrâce pour lui attirer à profusion les dànomtrations d'intérêt et presque d'idolâtrie. Son portrait était partout; c'était à qui obtiendrait la permission d'aller à ChantekMip , lieu de son exil , pour s'y désinfecter près de lui , disait^)n« de Fair de Versailles, ii offrit, chose rare, le spectacle de la disgrâce courtisée à l'égal de la faveur.
D fut remplacé par le duc d'Aiguillon , petit-neveu de Riclielieu, qui, rival du roi dans les faveurs si prodiguées de ta du Barry, avait été riastrument de cette courtisane pour ren • vcner ChoiseuL L'abbé Terray, devenu contrôleur général, inagiDa force eipédieots pour rétablir les finances, et parvînt, aa moyen de la réduction des rentes, à diminuer annuelle- Bcnt de treize millions les intérêts de la dette publique, qui (onrtam montaient encore à 63 millions; le déficit annuel
40 MOEUBS.
était de 25 millions; il s'élevait à 120 et 180, cm débtU de et règne.
Louis XV suivait les progrès de Tesprit public ; mais, sans chercher à le diriger, il vit bien qu'une révolution était inévitable, et se renferma dans son égoTsme. Il sentait la monarchie s'écrouler; mais il pensait qu'elle durerait autant que lui, et il ne s'inquiétait pas de ce qui arriverait après sa mort. Lorsque, atteint de la petite vérole, il touchait à ses derniers moments, son aumônier s'exprima en ces termes : Bien que le roi ne doive compte de sa conduite qu'à IHeu , il regrette d'avoir causé du scandale à ses sujets, et déclare ne plus vouloir vivre que pour soutenir la religion et pour faire le bien de ses peuples. Ainsi il n'était pas jusqu'à un devoir d'humilité chrétienne qui ne devint un acte d'orgtieil d^ |a part de cette monarchie près de se dissoudre, et qui pourtant protestait encore de sa toute-puissanee.