AU DIX HUITIÀMB SIÈCLE
hKDt aller à ce découragement qui s*e(traye du bien comme imal.
Bien que Toisiveté et la galanterie fussent Tapanage de la iUesSe lombarde, quelques-uns de ses membres s'efforçaient icoDtribuer au bien du pays. Une Société palatine, où figufCDtles premiers seigneurs, se forma pour donner des éditions IportanteSf telles que Jntiquitates italicx et Rerum Uali' rv» scriptores de Muratori; travaux qui ouvrirent la voie aux nàU d*éniditioD , dans lesquels les étrangers eurent ensuite nntage. Une Société patriotique s^occupa de répandre des Ntoaissaoces et des procédés utiles pour Fagriculture et les ^1 donnait des prix et des gratifications , et avait à sa disposiiivn terrain public pour faire des expériences. Les acadé- |hi perdaient ainsi de cette frivolité qui les avait discréditées. IfcdeMantoue proposa pour sujet de rechercher les abus kleû criminelles, et les moyens d'y remédier; et peu après, f(léfenniner une échelle des délits et des peines, de donner jtSTQctères de la certitude dans les preuves judiciaires ; Pj de tracer les règles d'une instruction prompte et facile. Inarquis César Beecaria, de Milan (1735-1793), après avoir pitépar un opuscule intitulé Du style, composa son livre fa- ■B, Des délits et des peines, qui eut un ^and retentissement IIM). Innocents et coupables, prévenus et condamnés, citoyens srils , tous étaient traités de même , enfermés dans des ', et quelles prisons! puis interrogés en secret et souvent la torture. L'appréciation des délits était injuste , quel-
^ m'indiquât qu'elle s^était aperçue que j'eusse écrit. Mais avant
re un pareil travail je savais qu'il en serait ain-si, et je
rertfnt dominos gentemquê togatam. En Toscane , sur 1»
fcnne vénitienBe, en Ronoagne, il y a le sentiment de la patrie ai
de b gloire nationale* Là du moins une médaille , une inscrip-
;F>l%w , on diplôme d'iiistoriogniplie , quelque signe de vie serait
an moins, afin de pousser à l'émulation ; mais nous vivons lan*
in umbra mortis. On ignorait le nom de Cavalieri ; Agnesî est
1; Frîsi et Beecaria n*ont trouvé à Milan qu*obstacles et amer*
Cest le comble du bonheur pour celui qui oœ faire honneur à sa
I ^\\ obtient d'être oublié d'elle. Peut-être Tai-je obtenu !
14 t*ITALIB
quefois absurde ; rapplication des peines toujours atroce, lois incertaines, les jugements arbitraires, et la société d rignoranoe des rootifis pour lesquels un de ses membres loi ^ arraché. Beccaria s'entretenait sur ce sujet avec ses amis, d*a| les idées alors en vogue; et, dans la chaleur du momeoi écrivait les chapitres de son livre, qui conserve, en effet, caractères et le désordre de Tinspiration.
Beccaria n'était pas en réalité un novateur ; il ne fit qiM duire en un petit nombre de pages ce qui était disséminé dâm nombre infini d'opuscules ou de gros volumes, et il ten en disant , avec cette noble exaltation qui n'est pas exeÉ d'égarements : « Pour, que toute peine ne soit pas une violi « ou d'un seul ou de plusieurs contre un citoyen, elle doit! « essentiellement publique , prompte , nécessaire , la mok « des peines possibles dans les circonstances données, pn « tionnée aux délits et dictée par les lois. »
Appelé à la nouvelle chaire d'économie publique, il coni des leçons Sur tcLçriculture et les manufactures, ouvrage] original que le livre Des délits et des peines. Laissant de) les phrases oiseuses et les digressions , il posa comme m plus grande somme de travail utile, c'est-à-dire celui qui! nit la plus grande quantité de produits négociables. A la | de cette théorie , qui devança celle des valeurs échang^l d'Adam Smith, il proclama la division du travail avant qi même Smith en eût fait son principal titre de gloire. Il i mina le mode de régler le prix des travaux; analysa les il blés fonctions des capitaux productifs, et les vicissitudes ' population ; proposa une mesure décimale tirée du systètf monde; modéra la liberté du commerce des grains. Mais; fourvoya avec la plupart des économistes d'alors , en dé que les manufactures étaient stériles. Il avait peu de en son pays, où , disait-il, « c'est à peine si dans une « cent vingt mille habitants il y avait vingt mille persoi « sireuses de s'instruire, et disposées à sacrifier à la v^ «la vertu. » En effet, il eut des ennemis; mais le gou^ le prit sous sa protection. Son cara<ïtère bienveillant du crédit aux doctrines qu'il professait II écrivit contre'
AU mX-HUITliMB SIÈCLB. 16
krie; et, bien que ses fonctions l'appelassent à assister aux linges, il ne s*y présenta jamais. Paisible cependant et même bide , il ne se croyait pas tenu de sacrifier sa tranquillité h kmoor de la vérité; et de même que Manzoni , son neveu, il Ma le silence quand son nom eut acquis de la célébrité. ^Gaétan FHangieri, de Naples (1712-1788), ne se contenta de toucher à quelques points spéciaux : il embrassa, sous le de Science de la tégisiation, Téconomie politique , le droit I, l'éducation, la propriété, la famille, jusqu*à la reli- CoDdtoyen de Vico, il crut encore à la toute puissanace des itenrs; il concentra toutes les fonctions sociales entre les do prince, dont il fait pénétrer Fautorité partout. C'est lee qu'il s'adresse pour obtenir toute réforme, imbu qu'il cette idée mise en vogue par les philosophes, et confiant
lu les destinées du genre humain '.
reproche à Filangîeri cette faconde seriponneuse et pro-
cette improvisation théâtrale dans laquelle il exposa des
ùites pour remuer les esprits. Mais il ne faut point
de vue qu'à cette époque on croyait que l'éloquence était
>le aux sciences, témoin Hutcbeson, Smith, Buf*
Haynal, Beocaria, Rousseau. Peut-êUre Filangîeri crut»
nécessaire encore d*y recourir pour secouer l'apathie,
1er régoisme, et mettre à nu les outrages faits à l'huma-
I80US ce faste ne perce pas, comme chez les encyclo|)édiste8, îil personnel. Filangîeri aime véritablement l'humanité : déplore les maux ; il cherche consciencieusement quels
y apporter. Cest à cet épanchement de bienveillance due l'influence qu'il exerce sur les lecteurs. Il serait à que tous les jeunes gens l'éprouvassent, dussent-ils pui*
l'ouvrage quelques idées incomplètes ou exagérées.
L'autorité peut tout lorsqu'elle le veut, au moyen a^lne légère Ipease décernée avec un certain éclat. Elle fait naître les génies b les pliilosoplies; die fonine des légions entières de Césars,' de MIS, de Régulus, rien qu^en pressant le ressort de Tiionneur. » Ice (Ma législation II , 16.
16 l'italib
Ce livre était Toeuvre d'un jeune homme de trente ans, c âge où Ton commence à peine à connaître le monde. Filangpi mourut à trente-six ans, avant d'avoir pu apprendre tout qu'il y a de distance entre les lois réelles et les lois possibli avant d'avoir pu connaître dans le ministère des ûnances, a quel il était appelé, les difficultés pratiques et l'impossibilité ( renouveler un peuple. Il fut du moins assez heureux pour ne 9 voir dans une révolution imminente ses utopies s'évanouir den de trop sévères leçons ; et s'il n'eut pas à déployer son éloqoei dans les débats parlementaires de sa patrie , peut-être dut*3 cette fin prématurée de ne point rendre le dernier soupir, peW à la grande vergue du vaisseau de Nelson.
Du reste , ces hardiesses chez lui et chez d'autres veniiei de ce que les Italiens étaient étrangers aux affaires ; il en iM tait qu*il8 n'appréciaient pas les obstacles apportés par les il et par la nécessité aux maximes spéculatives et abstraites, da les pays libres. Le manque même de libertés et de garaBli| légales les poussait dans ce vague et cette exagération, f| n'auraient pu être corrigés que par l'expérience. Mais les bai| cinations qu'éprouve celui qui a vécu dans les ténèbres oftj guérissent pas en l'y replongeant ; il lui fout, au contraire, ai lumière complète.
Peut-é(re, en d'autres temps, des intentions si hardies il raient-elles encouru la réprobation du pouvoir ; mais alors I calme général endormait les gouvernements, qui, rassurés p leurs traités avec les forts , ne s'inquiétaient pas du blâme à faibles, licenciaient leurs soldats, laissaient leurs places foiM tomber en ruines, et, uniquement pour faire quelque chose, ^ laissaient aller au mouvement qui poussait aux Innovatioos^j la condition qu'elles seraient leur ouvrage. Bien qu'ils n'adflV sent guère ces philosophes dans les cabinets, ou qu'ils les tf pelassent tout au plus à quelque magistrature consultative, 3 prêtèrent l'oreille à leurs projets, et permirent qu'ils eussent cett publicité restreinte que les livres obtenaient alors, dans des n mites aristocratiques.
Mieux régler les impôts, et leur faire produire davantage: rendre l'agriculture florissante, et supprimer îes vexations 1»:
AD BIX-HIIlTlilfE SIÈCLE. J7
mâfe» des eiacteors ; abolir les juridictioos ecclésMstiques et KodUct; obliger, le elergé et la noblesse à supporter leur part ifes charges publiques; rendre la justice plus prompte et meilfeve; donner plus de séeurité à iinnocence, plus d'instruction m fulgairef ce sont là des résultats qui profitent aux gouvernebnts eoz-inéoies; car aucun d'eux ne voudrait, de propos délipM, avoir des brutes pour sujets. On laissait donc toute liberté
tpablidstea pour s'ingénier à résoudre ces problèmes ; mais fB auteur italien ne touchait aux bases du pouvoir, et ne Ittochait à tirer le peuple de sa nullité quant à la représentapm poKitiqve, ni à Tarracher à sa frivole insouciance sur les aCûres publiques.
■ An commencement du siècle, les guerres dynastiques Ment écrasé d*împdts la Lombardie. Lorsqu'elle eut été as- Met Charles VI, elle perdit de plus en plus l'esprit militaire, iuftiniissant qu'un régiment de dragons qui avait son canjiBBonent en Hongrie, sous les ordres du comte Marulli. Ce ht avec déplaisir que Ton vit les Allemands envoyer de Tautre mé des Alpes les subsistances et les objets d'habillement pour PR8 troupes, au lieu de répandre dans le pays l'aident qu'ils y kneiUaient.
la crainte de la famine dans les fertiles campagnes de lal/om- Mie suggéra d'étranges empêchements à la circulation des ^ûs, et ils eurent pour résultat de la produire. [ Des inconvénients plus graves encore résultèrent de ce que i perception des impôts fut attribuée à des fermiers, qui se per- Maient les abus les plus révoltants ; ils avaient des sbires à htts ordres pour fouiller à leur gré dans l'intérieur des maisons. Bm ordonnance qui parut sous le gouverneur Firmiani rendit iKpères responsables pour leurs enfants, les maîtres pour leurs domestiques , en ce qui concernait la contrebande du tabac. Le >*pûsdes fiamilles en fut bouleversé : d'infâmes délateurs se fai- Ment les instruments de vengeances atroces ; et l'on n'osait haer de jour ni de nuit une fenêtre ouverte, de peur qu'un malveillant n*y jetât un paquet de tabac ou de sel , et ne causât fa raine de la famille en allant la dénoncer. Les philanthropes élevèrent la voix contre de pareils abus,
et ce ne fut point sans succès : le commerce des grams fui A livré de ses entraves ; les finances furent affermées en 17t| mais avec des restrictions : Ton exigea la présence d'un «ga du fisc; puis, en 1771 , elles forent émancipées, ce qui aam au trésor un bénéfice important
Le mesurage des terres ordonné par Charles VI, et tmnii en 1759, servit de base à Timpôt et au système eonMmmtt.il put ainsi accrottre de beaucoup les contiibulioM et toaUft soulager les contribuables, par la suppression d*ane foule j charges onéreuses, et par une répartition plus ^le. Mane-IM rèse chercha à améliorer l'administration de ces proviasi qu'elle ne revint pourtant visiter qu'une seule fois.
Elle laissa les communes se gouverner librement, ctol liberté, reste de leur antique indépendance, suffit posrt^ pécher la décadence complète du pays. On le vit se rdMl au contraire, et se couvrir de toutes » de canaux ctdetnÉ sortes de travaux profitables aux populations. L'ouveitoif 4 canal de Paderno (1^7) termina l'oeuvre commencée dinsl temps de liberté, et fit communiquer Milan avec leTesvaïi TAdda. On vit s'ouvrir alors des maisons de refuge pour I pauvres, de correction pour les mauvais sujets. Les livres 4 l'état civil furent régulièrement établis; on fonda un systèa d'enseignement depuis l'école élémentaire jusqu'à ruDtvenili on ouvrit pour les artisans des écoles de dessin; i'agrioiltil et l'industrie trouvèrent des encouragements et une diieetioi Enfin, le système monétaire fbt remanié, de 1771 à 1771 d'après les meilleures bases que l'on cx>nnût alors.
L'État lombard, qui ne comptait en. 1749 que neorod mille habitants, en avait onze cent trente mille en 1770; et k vieillards se rappellent ce temps avecbonheury peut-être cal comparant avec ceux qui suivirent.
Milan vit alors ses maisons numérotées , ses rues édairéo il eut un jardin public, des médecins et des pharmaciens ic partis dans une juste proportion. Les meilleurs professetf furent appelés à l'université de Pavie, sans qu'une basse jalouâ eu fit exclure les étrangers. Scarpa, Borsieri,Rezia, Spallaniaai 'nssot, Mangili, Nessi, Carminati, Franck, Brambilla, fire"