PBEMIEASS CAMPAGNES DE NAPOLÉON
fljuk. Bientôt les bords de TAdige furent ensanglantés de nou^ lou; la victoire de Rivoli (14 janvier ) acheva la ruine des Aur Miiens; Uantoue fut contrainte de capituler (3 février), livrant ■Bâ à la France l'Italie siipérieure, après dix mois de combats lAiirables contre toutes les forces de TAutriche.
Mais Tambition de Bonaparte allait grandissant avec sa gloire. On l'avait vu , seul arbitre de toutes les affaires, n*éoutant que ses propres inspirations , accorder paix ou trêve ai princes, maltraiter les-eommîssaires qui n'agissaient pas à M gré, et gagner ceux qui, comme Qarke, étaient envoyés four robserver.
Non moins habile en politique qu*à la guerre, Bonaparte JÉolutde constituer Modène, Bologne, Ferrare^ la Romagne, k Marche d'Ancône et Parme, en république cispadane, qui Merait alliée de la France lorsqu'il lui faudrait restituer ia Lombardie. Tantôt il pensait à donner Rome comme com« fosation au duc de Parme , ou bien à réunir le Piémont 1 la France, en donnant la Lombardie à la maison de Sa-
Le pape devait être la victime expiatoire des maux qu'on im- ^pBtiit au clergé. Le Directoire écrivait à Bonaparte que la reli* ^D catholique était inconciliable avec la liberté, et servait de iliétexte aux ennemis de la France. Il lui enjoignait donc de ^•nther sur ce centre d'inimitiés, de le détruire, et de livrer ^Miaiépris ce gouvernement de prêtres^ voulant que le pape et kl cardinaux fussent réduits à chercher un asile hors de 11- Ulie. Bonaparte , né pour organiser, n'était point hostile aux Mées religieuses; mais il se proposa de faire une incursion sur kl États du pape, pour se procurer de l'argent, avec lequel il ■archerait ensuite sur Vienne. C'est en vain que le général Coifi tenta de Tarréter à la tête des Napolitains : Bonaparte dé* poailla le sanctuaire de Lorette (19 février); puis il reçut à Tolentino tes envoyés du pontife, avec lesquels il conclut la paix, moyennant cession à la France du comtat Yenaissin; et i la république cispadane, de Bologne, de Ferrare et de la Ro« ■Migne. Il exigea le payement de trente milliona , le désaveu de l'assassinat commis sur la personne de Basseville , avec une
Hutemnité pour sa famille, et, en outre, un certain nooilm de manuscrits et de tableaux.
Les Français pouvaient dire, à coup sûr, qu'ils en usaient généreusement avec les Italiens , leur faisant don de la liberté au prix de leur sang, et ne réclamant que descontribations*.
Alors, par une marche des plus hardies, Bonaparte tooina TAdige pour aller assaillir Vienne , ce que n'avaient pu faire Moreau et Jourdan. L'entreprise était d*une audace extrêfoe, si Ton considère qu'il laissait derrière lui tm pajs à peine^ conquis, et beaucoup d'ennemis; mais il avait oonOanoeoi son génie , et dans cette belle armée d'Italie à laquelle il ne voyait aucunes troupes à comparer. Vainqueur au Tâ^liaraent» (16 mars 1797), il passa le fleuve, et l'archiduc Charles fot eoiK^ traint de se retirer, la baïonnette dans les reins. SiBonaparteavail tout à gagner par la célérité , il importait à son adversaire ê» traîner la guerre en longueur; et le temps en effet diminuait ks forces de l'un, tandis qu'il augmentait celles de l'autre. La gueiri d'Italie, qui d'abord n'était qu'un épisode, avait acquis désor-i mais l'importance principale : c'était dans ces contrées, et net! plus en Allemagne , qu'il s'agissait de forcer l'empereur. LSi Alpes Noriques étaient au pouvoir de Bonaparte; mais l'aniiéfll (lu Rhin ne paraissant pas pour seconder son mouvement, 1 proposa la paix à l'Autriche, et les préliminaires du traité fi^ rent signés h Léoben ( 18 avril ).
La France avait fini par comprendre qu'il était impossible dii rendre toute l'Europe démocratique : c'est cependant ce qneles^ révolutionnaires prêchaient, et le gouvernement laissait faire' pour sauver les apparences. I) en résultait un désaccoid flagrant entre les proclamations des généraux et les traites fiails
' Napoléon perçut en contributions : de U Lombardîe , 25 miliioMi de Maotoue, 800,000 Tr.; des fiers impériaux, 200,000 fr ; de Modène, 10 millions; de Ma^sa et Carrara, 600,000 Tr.; de Parme et dé Plaisance, 20 millions; du pape, 30 millions; des magasins anglais, 8 million; de Venise , 6 millions. « J*ai envoyé en France au moins 50 millioii pour le service de TÉtat. C*cst la première fois , dans l'histoire moderne. qu*nne armée fournit aux besoins de la patrie, au lien de lui Hxtk' cliarge. • Midm. de Sainte- Hélène,
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pir les mmistrea , entre le langage adressé directement aux peuples et celui qu*on tenait aux gouvernements. On laissait la Lembardie planter des arbres de liberté, arborer des drapeaux tfén cocardes tricolores ; et cependant elle était destinée à être ime à l'Autriche. Mais Bonaparte lui avait voué une affection pKtiailîère , comme à son ouvrage; Il lui répugna de sacriGer no indépendance , et peut-être y voyait-il le preimer degré de réehelle qu'il commençait à gravir : il songea à chercher quelque Win eoropensation pour l'Autriche .
n hri proposa la Bavière : mais à peine la Prusse en eutée connaîssance , que , redoutant extrêmement de voir cette prioance s'agrandir en Allemagne, elle dépêcha à Bonaparte bdiesiDi, qui combattit ce projet , et lui dit , en lui serrant la nia : Eh bien !Je compte sur le vainqueur de l* Italie, C'est en que l'idée vint de sacrifier Venise.
€ette république était en butte h mille accusations, comme il Bire toujours à ceux dont la perte est décidée ; et les intrigues pgaèn mises en usage contre la Pologne se renouvelèrent à tu égard. Les nobles dont le nom ne figurait pas au Livre d'or Mnoaient contre l'oligarchie ; ceux de Bergame, de Brescia , b Crème, ayant noué des intelligences avec les Cisalpins, pro- Iknèrent leur indépendance. Mais les montagnards se levèrent Mre les novateurs ; Salo repoussa les républicains , et ils fu- Nit massacrés à Vérone. Les Français accoururent à leur seinn, tandis que Venise envoyait ses Esclavons pour réprimer lu Biouvements. Les insurgés l'emportèrent ; Vérone fut châib durement , et Venise perdit la possession de la terre ferme.
Ainsi qu'il était d'usage dans les circonstances graves, le gou- Knement vénitien avait fait défense à tout navire étranger iVatrer dans la rade. Un bâtiment corsaire français (17 avril), Nnuivi par les Autrichiens, se réfugia sous le canon du Lido, ià il fut foudroyé et pris par les Esclavons irrités. On fit grand ^ de est incident; et Bonaparte répondit aux députés que la ie lui envoya pour s'excuser : Je serai un autre Attila f^enise : plus d'inquisiteurs d'État, plus de livre dor^ W resHs de la Ifarbarie ! f^otre gouvernement est décrépit. Et Ihi déclara la guerre, de sa propre autorité. Après avoir lus-
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titué des municipalilés sar )a torre fenne, il s^tvança eonh Venise.
Venise , a^ee de la constance et de l*éne^e , .poaTait se w tenir, même après la perte du continent; mais ce n'était pli le temps de la ligue de Cambrai ! « Défendue par seslaguoa par de nombreux bâtiments armés , par une garnison de qaioi mille Esclavons , elle pouvait recevoir de nouvelles troupes pi TAdriatique : elle avait en elle la force morale de ces ùiniTk souveraines, qui devaient combattre pour leur existence pol tique. Qui pouvait apprécier combien de temps Tentreprise (tH terait aux Français? Et, pour peu qu*eUe durât, quel effet I résistance ne produirait-elle pas sur le reste de Tltalie '? •
Mais ses plus dangereux ennemisétaient à Tintérieur. Les on seils étaient sans énergie ; bien des membres de la noUesseioi geaient à déserter la cause de la patrie , pour obtenir des fon tions dans le nouveau gouvernement ; et la seule plainte que I entendre le doge Manin fut de dire : Nous ne sommes pas mU en sûreté dans noire lit pour celte nuit. On envoya doncâ Pai pour traiter, à quelques conditions que ce fât; on essaya de n pandre de Tor, dans Tespoir de les rendre moins dures. Legm conseil renonça à raristocratie héréditaire , reconnut legouv« nement populaire ; il demanda une garnison française, etoflil aix millions , vingt tableaux , et cinq cents manuscrits. Mais A conspirations y dont le chef était un nommé Villetard,^ rent à Tintérieur ; et le grand conseil , poussé par elles, dérréi rintroduction immédiate des troupes françaises. Une municip lité nouvelle fut instituée ( 16 mai) ; on ouvrit les horriMespoU les fameux plombs , et Ton y trouva un prisonnier. EonapM^ refusa de ratiCer les conditions posées par le grand coasdl,^ alléguant sa déchéance ; mais il maintint toutes les obligatii^ stipulées. Il ordonna Tabolition de Taristocratie et le chiM des inquisiteurs d^État ; il exigea trois millions en argent, m en munitions navales, trois vaisseaux de ligne, deux IrégiMl
* Mémoires dé Sainte- Hélène. I
* Dans la Correspondance inédiU de NapoléoB aveele Dii«H les italleofl sont traités comme rengeaaoe la plus mkéntk : ^
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ans OQUier la oontrîbation obligée en tableaux et en mamucrits. îl enleva les chevaux de Constantinople , les lions du Fine, ainsi que deux cent mille sequins remis en dépdt par te duc deModène.
Au milieu de tant de chutes, nous insisterions moins sur celle dTane république vermoulue, si de glorieux souvenirs et les artifices mis en jeu pour la. perdre n'appelaient Tintérét sur IM agonie. Il y en eut qui condamnèrent cette destruction par éa motifs intéressés ; tous blâmèrent la manière dont Févéne- •oit fbt consommé. Les maisons des Jacobins furent saccagées firiesEsdavons; il y eut des mouvements et du sang versé éa les Dalmates, qui avaient en horreur le nom et les doc- IriBcs françaises , et~qui s'indignèrent des outrages faits à leurs toopcs qui servaient en terre ferme.
Celle occupation violait les préliminaires de Léoben ; mais FiBtrielie, loin de s'en plaindre , songea à en profiter. Elle oc* t^ nstrie et la Dalmatie, dont elle exigea un serment de fidéfei. Les habitants de ces provinces ne pouvaient s'y résigner, à versaient des larmes en remettant au général autrichien l'é* Éadard de Saint-Marc. Les Vénitiens supplièrent Bonaparte vbterTenir, et de chasser rAutrichien ; mais il l'entendait tout
iBlrement, et songeait au marché qu'il avait en vue. Dissimu* pu toutefois, il fit préparer une expédition contre les ties du Jcvant, comme si son intention eût été de les rendre à leur pakîe expirante. La seule compensation que Venise obtint fut de Mr piâmter dans ses murs l'arbre de la liberté, qui devait y inor si peu. La paix fut bientôt signée à Campo-Formio ( 17 octobre). Le
> aile vt ai décadence, depais U découverte du cap de BoDne*Es(iélaMe et la naissance de Trieste et d'Anc6ne ; eUe peat difficilement MrrîTre aox coupa que nous venons de lui porter; population inepte, Hciie, et nullement faite pour U liberté. Sans terre , sans eaux , il parait Mtorel qu'elle soit laissée à ceux à qui nous donnons le continent Nous fircadrons les vaisseaux, nous dépouillerons l'arsenal , nous enlèverons toos kl canons, nous détruirons la banque, et nous garderons Corfou . dABcAae. > (26 mai 1797.)
Directoire avait imposé à Bonaparte l'eotier affraBchissenieDt ritalie; mais il n'en tint nul compte, et assigna à la républi^ cisalpine, dont l'existence fut reconnue, TAdige et Mantooc la France, le Rhin, Mayence et les ties Ioniennes : le Brisgan compensation au duc de Modène , et un autre territoire ea i lemagne au stathouder de Hollande. Il abandonna à la mais d'Autriche Venise si longuement convoitée, avec le FricolJ trie , la Dalmatie, les bouches du Cattaro.
En perdant les Pays-Bas, qui lui étaient plutôt à cha qu'avantageux, l'Autriche acquérait un nouvel accès surT driatique; et, en se rapprochant de Gonstantinople, elie trouverait prête pour intervenir un jour dans le partage de Pei pire ottoman. Quant à la république cisalpine, ellepréT<9B bien que sa durée serait éphémère, et gardait l'espoir an oouvrer ce pays. Si l'Autriche, après tant de défaites, (ÀMi pareilles conditions et s'indemnisa si largement de ses pot accumulées, c'est que son ministre Cobentzel avait su caren l'ambition de Bonaparte, qu'il pénétrait.
Les Parisiens, las de la guerre, montrèrent tant de joie dt conclusion de 4a paix , que le Directoire n'osa en témoignem mécontentement au vainqueur, qui écrivait, après la paixi Campo-Formio : « Je crois avoir fait ce que chaque membre^ Directoire eût fait à ma place.... Il ne me reste plus qu'à renti dans la foule, à reprendre le soc de Cincinnatus, et à donn l'exemple du respect pour les magistrats et de l'aversioa pour! régime militaire , qui a détruit tant de républiques et péri plusieurs États. »
Il s'agissait donc de livrer à ses maîtres cette Venise qu'Q avait poussée h une révolution , sous prétexte de raffranclurd joug intérieur. Serrurier vida les magasins , coula les bâtimaA qu'il ne voulut pas emmener, enleva tout ce qui aurait pu serri à l'empereur pour se créer une marine, et brûla jusqu'au Bit centaure , pour en détacher la dorure. Villetard , qui afait à l'instrument sincère peut-être de cette trahison , fut chargé d'annoncer à la reine de l'Adriatique le sort qui lui était réserré, en promettant , à tous ceux qui voudraient s'éloigner, un asi^ et une patrie , soit en France , soit dans la république cisalpine.