‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,) (volume 2)Chapitre 77 sur 127 · RÉPUBLIQUE CISALPINE · texte numérisé non relu

RÉPUBLIQUE CISALPINE

tetpée ntuée àTextrémité du lac de Come, ioiportaute seuie-

mC parce qu'elle servait de passage entre lltalie , le Tyrol et

hSdsse., était tombée depuis le quiozième siècle sous le joug

èi Grisons, qui pesait lourdement sur ce pays. La Yalteline,

pcleodant qu'ils n'observaient pas à son égard les conventions

tfipiilées, porta ses plaintes à Bonaparte : celui-ci, acceptant

le rôle dVbitre, enjoignit aux Grisons de venir se justifier; et

«MBue ils De comparurent pas , il prononça la réunion de cette

«Bée à la république cisalpine; Bologne , Imola et Ferrare lui

fnt données aussi. Elle comprit ainsi vingt départements, et

Chmpo-Formio consacra l'existence de cette fille aînée de la ré-

pUique française. On célébra avec solennité dans le lazaret de

la fédération des peuples italiens, qui y envoyèrent leurs

es et leurs gardes nationales, pour y jurer la liberté et l'éga-

l'autel de la patrie. Songe brillant, qui ne devait laisser

ipéilm que de longs regrets!

Hooaparte aspirait à la gloire du législateur. Il avait créé un

ftmàéèe dix membres chargés de préparer une constitution

i|sv la rqrabUque cisalpine ; mais le Directoire insista pour

tp'oD donnât à l'Italie la constitution française , et le général

phHBême nomma pour la première fois les quatre directeurs. Il

Mitua quatre congrégations : la première, chargée de la cons-

EioQ; la seconde, delà jurisprudence; les deux autres, des lees et de la guerre. Les conseils législatifs furent encore Mnmés réellement par lui. On compta cent soixante membres te le conseil général , et quatre-vingts dans le conseil des Mens. Ainsi on enlevait à un pays les libertés municipales te il jouissait déjà, pour lui donner la constitution d'un pays fB n'en possédait pas. On lui avait imposé un nom , un dra- PVQ, une armée, avec l'espoir de voir unir le gouvernement ■RHaire et d'en conserver les fruits. Il est vrai que les agio- Ittïs faisaient des fortunes scandaleuses , que des brouillons 'jfiûtni la confusion dans les lois et dans la justice : cela n'em- Pochait pas beaucoup de gens , même parmi les plus distingués, fc te laisser abuser naïvement à ces apparences de gouverne- *n^ libre, et de nourrir une confiance imperturbable dans l'ttité italienne, r^ousne saurions louer ni ne voudrions blâmer

tout ce qui se fit dans le cours de ces trois années, parée f les Italiens qui y coopérèrent n'agissaient pas librement, poi ses qu'ils étaient par des inspirations étrangères.

Bonaparte , qui déjà ne déguisait plus ses vues ambltîRM affectait de protéger les écrivains et les savants < , tandis qi' traitait avec hauteur les députés et les dignitaires. On poun voir dans l'hôtel de Montebello , qui déjà s'appelait son pila les abeilles du manteau impérial apparaître sous Tédiaipe i publicaine. Il savait représenter aux Italiens les funestes c« séquences de leurs divisions , le besoin d'acquérir le satàm de leur propre dignité , et de s^habHuer au maniement é armes. Il projetait déjà la route du Simplon, pour faciliter li communications de iMtalie avec la France. Puis, à stm éèfÊ laissant Berthier en Lombardieà la tête de trente mille Immmm il adressa cette proclamation aux habitants : « La liberté v« « a été donnée sans factions, sans massacres^ sans révolslipi « sachez 4a conserver! Vous êtes appelés à de grandes eboK « vous, la république la plus riche et la plus populeuse apriii « France. Ne faites que des lois sages et modérées; &itei4 « exécuter avec force et vigueur; favorisez la propagation é « himières et respectez la religion ; composez vos

* Il écrivait à Oriani , le 24 mai 1796 : « Les sciences qui bosore l'esprit , les arts qui emliellUsent la vie et transmettent les grandes a tions à Tavenir, doivent être en honneur dans les républiques* ^ homme distingué dans les lettres et dans les sciences est Fraaçai^i^ quelque lieu qu^il soft né. J'ai appris avec peine que les safialt i jouissent pas à Milan de la considération qn^ils méritent; que. ^ dans leur cabinet et dans leur laboratoire, ils «rat hevrenx qaaad ii rois et les prêtres no les tracassent pas. Aujourd'bui loiit est diaasi la pemtée ^ libre en Italie; plus d'inquisition» plus d'tntolétaid plus de discussions théolosiqu». J'invite les savants à se réutkt m'exposer tes moyens de donner aux sciences et aux beaux-arts ai nouvelle vie et un nouvel être* Ceux d*entre eux qui voudront alkrc France y seront accueillis avec iionneur t le peuple français fait P de C41S de racquisition d*un malliématicien , d'un peintre , d'un sJW" que de la plus riche cité. Citoyen Oriani, ftiltes connaître aux saw» de la Lombardfe ces sentiments du peaple français. »

HiPUbLIQUE CtSALPIfIfi. 91

« non pas de gens sans ftvea , mais de citoyens loyaux ; ayez le

• KDtiraent de votre forée et de fotre dignité, tel qu*i) convient t à des hommes libres. Après tant d*&nnées de tyrannie^ vous

• a'feutiei pu recouvrer par vous-mêmes la liberté ; mais bientôt « Toos pourrez la défendre "par vous-mêmes. Je vous quitte

• toos peu de jours. Un ordre de mon gouvernement ou un

• danger imminent de la république cisalpine me rappelleront « soils au milieu de vous. Conservez, en attendant, la certi- « tnde que j'aurai toujours à coeur le bonbeut et la gloire de

• votre république. »

Os sentiments étaient loin de ressembler aux proclamations feribondes des républicains : en effet, Bonaparte sentait la léeessité de Tordre. Dans le Piémont, qui, remué par les novateors, avait vu éclater la guerre civile, il se montra bien* veillant envers la cour, qui remporta, grâce à son appui, et qui sNt contre les plus compromis de ces factieux. Gènes se voyait maltraitée, comme Test toujours le fisdble au ^ aulien des forts ; les aristocrates et les démocrates continuaient f^iy combattre avec acharnement; les derniers étaient stimulés l^jpttles journaux et les émissaires de Milan, ainsi que par le I eommissaire français Faipoult. LMnsurrection éclata dans la Polcevera , et elle fut sanglante (mai 1797). Cette guerre civile Lfot apaisée par Bonaparte, qui, tout en se plaignant que des ; Français y eussent été tués, et en malmenant Taristocratie, moi diGa la eonstitution dans un sens qui n'avait rien de trop \ fopalaire. Uancien sénat fut aboli ; les deux conseils iégislatife ' cootiouèrent de subsister, avec un sénat exécutif présidé par un ' doge, La banque de Saint-George, la dette publique furent galantiis, les privilèges supprimés; enfin , des hommes modérés <t appartenant aux diflfêrentes classes étaient appelés aux emplois. Hais le peuple , qui ne connaît pas de mesure , se laissa >Uer à sa fièvre ordinaire d*imitation : il brûla le Livre d*or , ibattit la statue d*André Doria, « le premier des oligarques, • consacra à la régénération ligurienne la maison du droguiste Morando , où s'étaient formées les réunions républicaines ; et le territoire exigu de la république fut divisé en quatorae déptrteaaettlB.

Les divffirs agents du Directoire avaient pour inslructions de se montrer modérés, de ne point fomenter d'insurrections , ni de faire naître trop d'espérances. Mais les passions , une ^ns excitées, ne se gouvernent pas aisément, et d'ailleurs Texerople parlait assez haut : Tannée était remplie d'ardenr républicaine, et partout-la demeure du diplomate français était un fojrer de soulèvements.

Rome, indépendamment de Thumiliation qu'elle avait saine, recevait des provinces qu'elle avait perdues des regrets et des instigations. Le pape avait été contraint d'agir comme les révolutionnaires, de s'emparer des ornements des églises, de taxer les ecclésiastiques, de vendre un cinquième des biens de mainmorte , de faire trêve aux cérémonies et aux pompes do colle catliolique. Ces actes faisaient murmurer ses sujets, déjà snndaliaés des riobesses amassées par son neveu Brasclii. Les jansénistes reprenaient crédit et élevaient la voix; on parlait de vieilleries sacerdotales , de royaume des cieux détaché de oelin de la terre , de réforme , de sécularisation. La création d'on papier-monnaie porta le mécontentement au comble, et onéM^ le moment venu d'enlever aux prêtres le gouvernement. Les ' artistes français qui étudiaient à Home jetaient de l'huile sur le ' feu, et ils tentèrent un soulèvement : le général Duphot fut tue dans la mêlée (28 octobre). Cet accident fut traité d^assassinat ' et de violation du droit des gens. Joseph Bonaparte, alors ambassadeur à Rome, demanda ses passeports, et se retira ; puis le Directoire envoya Tordre à Tarniée, qui ne demandait pas ] mieux, de marcher, sous les ordres de Berthier, contre la non- ''■ velle Babylone. Ce général s'avança sans rencontrer de résistance (février 1798), disant aux soldats qu'ils allaient diâtier le gouvernement, qui seul était coupable, sans porter préjudire au peuple ni blesser ses habitudes religieuses, dans cette Rome ' que protégeait le prestige des souvenirs et non la force des armes. I^e château Saint- Ange se rendit, à la condition que le cuite, les établissements publics , les personnes et les propriétés seraient respectés.

A peine le peuple eut-il vu les drapeaux tricolores arborrs, qu'il se proclama libre. Berthier s'établit sur le Quirinal ; l'arbre

BBPUBLTQUB CISALPINB. 93

de b liberté s^^era en face du Capitole; les noms de Brutus et de Sdpion se trooTèrent sur toutes les lèvres. Le pape, retiré dans le Vatican, refusa d'abdiquer la souveraineté temporelle, attendu qu'il n'en était que le dépositaire. On le fit en conséqnace partir pour la Toscane. Les palais de TÉtat et ceux des eardinaux étrangers furent dépouillés , ainsi que les églises. .On lopprima la Propagande , « comme une institution inutile. » Sa riche bibliothèque fîit mise au pillage, et ses archives eurent à peu près le même sort. Les propriétés privées ne furent pas MB pins respectées , et les riches furent frappés d'énormes eoBtributîons. Masséna, qui succéda à Berthier, commit et laîM commettre une foule d'exactions. Les plaintes des troupes, fd D'âaient pas payées, te firent remplacer.

YicBoe et Naples réclamèrent contre cette occupation ; les îiastévéïins et les campagnes se soulevèrent; le sang coula; |rii, rinsurrectlon calmée, on donna au pays la constitution Mnaire. Chose remarquable! dans le centre du catholicisme , la'y était pas dît un mot de la religion. Selon l'usage, il fallut iMrserment de haine à la monarchie. Pie VI déclara, par une li^ique, qu'on ne doit haTr aucun gouvernement; que Ton |M toutefois jurer d'obéir à la république, et de ne rien tramer tare elle. Ces paroles conciliantes, comme on peut le croire, iéplorent aux exaltés, qui célébrèrent sur la place du Vatican kl fille de la Fédération.

Eo Hollande , les orangistes regrettaient le stathouder , les fédéralistes les anciennes administrations provin- ; les jacobins voulaient l'unité et la démocratie pure ; les une constitution unitaire, mais tempérée, et ils Kiîeiit le IMrectoire pour eux. Mais quand les fédéralistes ftmt été écartés pour donner une constitution unitaire au P!%{71 janvier) , les démocrates , qui prétendaient l'enjporter iradusion de tout autre parti » acquirent une grande force : ftpendant le général Daendels, le chef des modérés, parvint à IttaAwttre, et les chassa du corps législatif à coups de baion- Mes.

94 CONFÉBBBATION HBLYtaQUI.

CONFEDERATION HELVÉnQmB.

La Suisse , dont Texistence avait été reootintte à la paix 4 Westphalie, resta calme et immobile pendaot toute la dinéM dix-septième siècle. Si tout lien fédéral est fiûble^ sauf lad de péril, cela est vrai surtout pour la oonfédération hetvétiqil où s'ajoutent les dissentiments religieux et la dominatioo eoi mune sur des provinces sujettes. \

Les cantons s'étaient constitués de telle s<Mrte que la d dominait à Luceme, à Berne, Fribourg et Soleure. La bourgeoisie avait la prépondérance à Zurich, BAle^ fouse et Salnt*Gal, et tenait la campagne sous la su] de ces villes^ Les cantons démocratiques eux-mêmes v leur noblesse, mais sans privilèges consacrés par la loi. T les formes de gouvernement existaient là en oontact ; roocratie pure à Schwitz, l'oligarchie à Lucerne, l'arisi Berne, la monarchie constitutionnelle à I^eufchâtel; le vemement théocratique à Porentruy. Toutes les oombiDaîi| des pouvoirs municipaux se rencontraient à Bâie, a Zoridi^ Genève, à Saint-Gai 1. La capricieuse brutalité des factioni^ moyen âge régnait dans les Grisons, découpés en centdnqMll républiquetles rurales , qui n'étaient rapprochées entre elles || par les deux puissantes factions des Planta et des Salis. ^ les degrés de dépendance existaient dans les contrées sojett^ et les cantons, dominant tour à tour sur ces pays, y ^^ saient successivement leurs coreligionnaires» et s'accusall réciproquement d'injustice et d'abus. I

Les villes faisaient peser leur tyrannie sur les habitants 4 campagnes, ilotes à qui ils ne laissaient que le droit detravai et de payer. Des baillis, arrogants et avides, punissaient! moindres fautes avec une verge de fer, épuisaient le pays pv * amendes. VenaitK>n à réclamer? les magistrats étaient soatefli dans les conseils et devant les tribunaux par leurs paieot^

COIfFÉDÉBATION HBLT^TIQUB. 95

l« nobles, etlear impunité encourageait les subattemes. Après la rérocation de Tédit de Nantes, et plus tard au temps éa penérations de I^uis XV, beaucoup de protestants tétaient iéftigiës en Suisse, où ils avaient apporté leur industrie. Ils telfoduisirent la culture de la vigne dans le pays de Vand , et Ib alentours de Vevay doivent à ces réfugiés leurs terrasses verilfyaDtcs. Ils établirent à Lausanne un séminaire entretenu aux pElâs de diverses puissances protestantes. '^ Au milieu des guerres de cabinets , qui forent pour TEurope WÊt cause d'abaissement autant que de ruine , la prudence des iMi helvétiques sut résister aux intrigues des rois, qui voukint entraîner la Suisse dans leurs démêlés. Le pays grandit par les arts et l'industrie; il compta des hommes tels que , Rousseau, Bodmer, Hottingler, Steinbockel, BemouUi, , Lambert , les naturalistes de Saussure et Bonnet, les mé- Tissot et Zimmermann , rbistorienMûUer» Lavater, dont théories sur la physionomie sont tombées en oubli , mais dont peuple n*a pas oublié les chants patriotiques; etGessuer, qutt t des scènes de la vie pastorale, charma les imagi«

Suisse n'était plus cependant le pays poétique de la pure : Tamour des richesses et du pouvoir y avait atteint les . Flattant les étrangers et les servant non«seulement par armes s noais par les intrigues, ses habitants recherchaient es, les décorations, les colliers. Les petits cantons, nour* it des rancunes contre les cantons riches qui dominaient, ient à se protéger par des alliances étrangères , et les am« des puissances fomentaient les haines dans le pays, les an dehors, les Suisses devenaient orgueilleux à Tin- . Un petit nombre d'oligarques dominaient sur une mul« Énde abaissée, et un égotsme imprévoyant leur faisait perdre p me la patrie pour le canton, et le canton pour la caste. ^ A eôlé^ d'une noblesse aussi servile que celle des monarchies.

^ 'U Suisse avait on million et demi dMiabitants, dont un tiers apkfirtenait aux cantons de Berne et de Zurich. Trente-huit mille d^entre oi restaient pendant quatre ans au service étranger.

96 QPNFBDBRATIOIi HBLVÉTIQUB.

le vulgaire s*y trouvait beaucoup plus mal. Persoune ne A quiétait de Téducation ni des nouveaux besoins qui se faisaia sentir. Il n'était pas permis de s'élever par FinstnictiOQ ans veau de ceux qui dominaient ; les emplois civils , militaiics « religieux, étaient d'un accès difficile. L'industrie et le ooamwR étaient même interdits à certaines localités, attendu, préleDdai on, qu'ils étaient le privilège des grandes villes. La liberté deJ presse n'existant point , le silence gardé sur les af&dres du pif empêchait qu*il ne se formât un esprit public. Aussi, bien |^ restée quatre-vingts ans sans guerres intestines , la Suisse ni vu sa tranquillité fréquemment troublée par des haines iall rieures sans but élevé, et toujours nuisibles à sa oonsidéralii au dehors. I

Outre les treize louables cantons, la Suisse ayait dix alliÉ savoir : l'abbaye de Salnt-Gall , la vilte du même nom , lel lais, la principauté de Neufchâtel, les villes de Bienne^ de Mulhausen , les trois ligues grisée , et la république de fil

nève. . {

La principauté de Neufchâtel , qui avait apparlenii sueepil vement à la Bourgogne, à l'Empire, aux maisons de ChâloDS,i|| Hochberg et de Longueville, échut par héritage à Frédéric F,ii de Prusse , qui jura d'en respecter les lois et les coutumes. B^ était une qui donnait à la rille le droit de percevoir les impôlH les revenus du prince dans tout le pays. Frédéric H cepeodM les afferma en 1 748. Les habitants s'en irritèrent , et leur méeti tentement éclata ; mais en 1 766, lorsque Frédéric voulut ioM duire dans la province une forme unique de perception, on décM déchu de ses droits quiconque participerait à la ferme. Le eos missaire royal protesta, et demanda qu'un code fût rédigé pofl régler les droits réciproques : on vit alors, spectacle nouîcMi un grand roi discuter contre ses sujets devant un tribunal eaatonnai, celui de Becne, qui avait été choisi pour juge. Le ri gagna sa cause, et e» fut le signal d'un tumulte : le proeoretf général Gaudot , ayant tiré par sa fenêtre sur la multitude, M massacré. Bientôt la réaction commença : plusieurs citorotf furent condamnés à mort, d'autres à l'exil ; tous furent désarmés- EnGn la ferme de l'impôt fut restituée à la ville , la coostitatioa

^ COlfFfoÉBATIOlf HBLTAtIQUB. 97

fnntîe, la chasse déclarée libre, la législation améliorée selon kToni du peuple.

Chez les Grisons, alliés des Suisses, deux fisiniilles puissantes, fe Planta et les Salis, s*étaient longtemps disputé la prépondénon. Ces derniers, devenus les plus forts, s^étalent attribué les énges, les fermes des droits, les commandements des troupes Mseniee étranger, et les magistratures dans la Valteline. Les flanta voulurent contester cette suprématie : il en résulta des teandales et des haines furieuses. L'irritation fut au comble hisqae TAutriehe, par une violation flagrante du droit public, ft arrêter sur le territoire grison , d*accord avec les Planta ou •fke à leur connivence, Sémonville, ambassadeur de la répu- Kque française.

A Genève, la population était répartie en quatre classes : les fcpfaii kabUants, -sans aucun privilège, tous protestants ; les ti^f, non admissibles aux fonctions de TÉtat, et à qui le inmeroe était interdit * ; les bourgeois, qui avaient part au gou* tnementet à la législation, mais non aux charges supérieures; È$cUoyens\ qui pouvaient prétendre à tout. Enfin, il y avait ms^fett ou étrangers, qui étaient exclus des droits de dté. ' Genève était devenue, par l'indastrie, une des villes les plus idies du continent. Bonnet, Burlamachi, Rousseau , étaient des tais i^eux pour elle. Voltaire attirait à Femey, dans le teinage, les curieux de toute TEurope; les révolutions sois* ^dont il se moquait , étaient, disait-il, « des tempêtes dans ife verre d'eau; » et, pour narguer le rigorisme calviniste, il ierait un théâtre à deux pas de Genève.

' Ob appelait natift la maMe deB populations induslrielles , coin- |Née d'étrangers andennenient établis dans le pays» et qai, bien ^*adnis an titre dliabitants , n'avaient pourtant aucun droit politique, il étaient exclus d*un grand nombre de professions. Voltaire accueillit àFeraej les natifs exilés, dans Pespérance de fonder une colonie de ^ hiUlcs ouvriers. ( Ah. R. )

'Cdni-là était citoyen, qui était né dans la ville , d*un citoyen on ^ booii^is ; aussi les mères venaient-elles , même de fort loin , ac- I ville , pour ne pas priver leur flis du droit de parvenir aux charges de la répufoliqne. ^

9a GOUF^DÉRATIOlf HBLViTIQOB.

La prospérité croissante engendra le luxe; die acerut ^a^ rogance des conseils, et la plèbe tyrannisée ne cessa de pousser des plaintes. Les Lettres de ta Montagne, de Jean-Jacqiies Rousseau (1764), firent éelater l'incendie qui couvait depuis longtemps , en proclamant la souveraineté du peuple inaliénable et imprescriptible, en vertu de quoi il peut à toute hem la reprendre à ceux auxquels il Ta confiée. Les Genevois, appli* quant cette doctrine, disaient que les conseils n^étaient pas souverains; mais que par-dessus les conseils il y avait Fasseaiblés des citoyens, c'est-à-dire des quatorze cents individus qui seub avaient la plénitude des droits de cité.

Les bourgeois nommèrent des délégués chargés de ports leurs représentations au conseil, etTobliger à les traosmettii à rassemblée générale , afin qu'il y fût fait droit. Les noUa niaient que cette assemblée eût aucune juridiction surlepA conseil, et les noms de représentants et de négatifs deviarnl des désignations de parti. La condamnation par contumatti^ que le grand conseil prononça contre Rousseau» accrut enodl ; Tirritatiou des esprits. La France, les cantons de Reroeetlll Zurich, s'interposèrent comme médiateurs; mais leur teat»tif|j n*ayant point réussi, la France établit un cordon militaire fl| nuisit beaucoup à Tindustrie; elle se proposa même de fooàll à Versoix une ville qui devait enlever à Genève son commereiii Les Genevois, avec cette fermeté que nous leur avons vu dé*.: ployer dernièrement encore, prirent tous les armes, et 11 France fut forcée de les laisser s'arranger entre eux.

Après de nouvelles agitations, ils s'arrêtèrent à un gouveni»' ment démocratique, et promirent un code (1768). Maisc^éo^ une œuvre difficile à mener à bien; car il existait d'andeiuMS lois très-obscures , et d'autres dictées par un calvinisme rigo>^ reux, qui étaient de nature à exciter des discordes ; ce oodearait en outre pour adversaires les représentants, qui entraînèrent dl leur côté les natijsy artisans pour la plupart, nés de réfugiai i français , et n'ayant d'autres droits que celui de tourner leuis tyrans en ridicule. L'expérience ayant appris aux représenta»tt ce que l'union engendre de force, ils formèrent des œidesel des associations, où l'on s'obligea à siii?re l'opinioii d'un M»

CONFÉDÉRATION HELVéTlQOB. 99

Lear projet était d^introduire une âémœrfttie complète : la fhnee en prit ombrage, et intervint comme médiatrice. Mais Radépeudance du pays en parut blessée, et elle renonça à sa Riédîation. Alors les dissensions intérieures éclatèrent avee plus ie force (1783) ; le sang coula , et il fallut établir un comi/é de tirtté. La France, qui avait renouvelé son alliance' avec la Siâsse en 1777, pour la défense réciproque des deux pays, nagea à calmer les partis par d'autres voies que celle desexhor- Irtions. Elle s'entendit à cet effet avec la Savoie et avec Berne ; et avant occupé Genève , elle y institua un gouvernement confcme an règlement de 1788, soutenant les natifs, humiliant la iénocratie, h ce point que cinq cents citoyens à peine conservèrent le droit de suffrage , et que les autres ftirent réduits au tfenee et désarmés. Mais bientôt cette dure tyrannie amena lae réaction sanglante»

La condition des pays assujettis était encore plus pénible, ittendu qu*il n*est point de joug plus dur à porter que celui tes républiques. Argovie et le pays de Vaud relevaient de Berne, qui dominait aussi, conjointement avec Zurich, sur le taité deBaden et sur le Rapperschwil; avec Fribourg, sur laatre bailliages du côté de la France ; avec Zurich et Claris , tar les Offices libres du nord, tandis que la partie au midi relevait des huit cantons. Ceux-ci avaient aussi Thurgovie et le ttmté de Sargans , indépendamment du Rheinthal , qu*ils partageaient avec Appenzell. Sur le versant méridional des Alpes, le canton d^ri donnait des fois à la Levantine; tJri , Schwitz ttUnterwald, à la Rivière et à Bellinzona ; les douze cantons «semble, à Lugano» Locamo et Valmaggia; la Valteline flb&aait aux Grisons.

Cétaient des pays pauvres ^ livrés à la merci de magistrats (gnoriots qui , ayant acheté leur charge , ne songeaient qu*à tentrer dans leurs fonda avec usure ; ce quMls appelaient entre iQx avoir fait un bon gouvernement. Le plus souvent le bailli lehetait sa charge de ses compatriotes ; puis il s*en allait la tetendre à quelqu'un chez les st^ets, et , après avoir fait un bon taiéBce, il retournait ches lui la bourse pleine, gardant le titie ^ SOS. De là une justice vénale, dea excès tolérés, et Tmipu*

100 CONFÉDÉRATION HfiLTÉTIQUB.

Bité vendue en blanc |M>tir les méfoits à commettre. La Letn&« tine , qui osa se soulever (1755\ en fut punie par des exécution sévères et par la perte de ses privilèges. Dans la Valteline, toot délit pouvait être rachetéà prixd*argent, sauf le meurtre qualifié. Mais comme les procès rapportaient beaucoup, les podestats, ne trouvant pas suffisant de découvrir les délits , s^arrangeaieot pour en faire commettre: ils s*entendaient avec de malheureoseï créatures pour séduire quelque galant, et Taccuser ensuite; ib excitaient des soulèvements, qui donnaient prétexte à dfli confiscations '.

Le pays était donc rempli de mécontents ; il n*y avait aoea esprit public , aucune grandeur dUntentions , aucun patriotisai On considérait comme étranger non-seulement quiconque finit en dehors des limites du canton , mais le paysan lui-même, et une portion des habitants de la ville.

Voici de quelles couleurs Zimmermann a peint les peiila cités aristocratiques de la Suisse : « Les tètes y^ sont seaveit aussi vides que les rues... Un horrible ennui est le partage di tous les gens de condition, qui croient leur compagnie tropbo* norable pour les bourgeois... Dans aucun lieu une tyrauM plus odieuse ne pèse sur Tesprit que dans ces petites républî* ques , où non-seulement un citoyen s* érige en maître sur sel concitoyens, mais où rhorizon intellectuel même de ce misé* rable despote devient celui de toute la ville. Le tout-puissant tf prétentieux magistrat tranche du dictateur envers tous , eommi envers sa cité. Dans sa bicoque , B*est le plus grand homme (k monde. Le citoyen honnête se présente avec oaînte et toil tremblant devant cette redoutable majesté, parce qu^cUi pourrait lui nuire dans le premier procès. La colère d^unséaa» teur est plus terrible que la foudre , attendu que celle-ci frappe et passe, tandis que Tautre reste toujours. Les femmes des conseillers se gonflent, affectent la gravité, gouvernent, <»^

' On peot consulter le livre IX de VOUMre du diocèse de C^> par M. César Cantii , où se trouve rapportée une leltfe de BoBstet^i encore vivant alors, dans laquelle il retrace d'une manière pittorcm<ti la tyrannie de ces baillis.

CONrÉ0BBATIO.X HELVÉTIQUE. 101

, llftmeiit , injurient à tort et à traviers. De leurs bonnes iMm on de leur défavefir dépendent hi réputation , le crédit « ktobeHr... Les mots leur manquent pour exprimer leur déduo pour eeluî qu*on leur montre du doigt comme ayant fait un .. Le jeuae homme qui aspire à la gloire n'est encouragé, , compris dans aucun cercle; on le considère comme B Ira, on extravagant qui, au lieu de diercber à se rendre IpéaUeaiix grands de son pays, de vivre comme tout le monde, Ém mieax Ihre et griffonner chez lui... Lorsque qu*il voit Tt- ^Kranee et la stupidité orgueilleuse obtenir beaucoup plus d'es* Ane que D*en obtient la saine raison , et lV>pinion se laisser irigerparles bavardages de Thomme le plus inepte; lorsqu'il liît la philosophie traitée de misérable délire, et la liberté f aprit de révolte ; lorsqu*it n*est possible «de se pousser que Pirine complaisance serviie et une basse soumission, que JM-t-il à faire à un jeune homme honnête , sinon de se relier dsns la solitude? »

Le reste de TEurope avait changé son système militaire , que k Saisse s'en tenait encore à Fanclen. Maintes fois il av»t At proposé de renouveler le pacte fédéral , en vue de le res- Mdre. Partout il s'était établi des loges de francs-maçons, *Moiit à Genève, à Soleure, et dans le pays de Vaud. Ce fut 'Mgine de la Société helvétique, dont les séances annuelles • tenaient aux bains de Schinznact (1761) : son but avéré était k 9*opposer à Findividuathme cantonal. Hirzel de Zurich, Vno de Luceme, ZeHveger d'Appenzell, cherchaient à ré- |M« les idées de conciliation ; mais ces réunions portaient ^>kage à des gouvernements qui n'avaient que trop à redou- 1» la censure.

La Suisse se trouvait donc bien peu préparée aux mouvements fiaHaient éclater, aux agitations produites par Pexemple de k France, et à la guerre européenne qui devait en sortir. La térolatlon vînt réveiller toutes ces discordes intérieures; il y «Wdea mouvements h Bâle, 5 Zurich, à Genève; Tesprit démocratique se répandait dans tous les cantons oà Ton pariait hacais. Berne se prononçait pour le parti contraire , et laissait te champ libre aux émigrés français qu*elle avait accueillis. Le

109 CONFÉDÉRATION HELVBTIQUB.

pays de Vaud^ que lé duc de Savoie avait cédé en 156S, awall izarantie de la France, porta ses plaintes au Directoire, en M représentant la tyrannie dont il avait àsouflTrir. La France, q« délirait introduire aussi dans les montagnes de THelvétie II république une et démocratique, prit les Vaiidois sous sa pro» tection, et envoya le généi^l Menant camper près de Geoèf«, et Schauenbourg dans les envirdAs de Bâle.

Aussitôt les Vaudois se soulevèrent ( 1798) : ils cbassèial leurs beillis, plantèrent Tarbre de la liberté , et proclamèreatk républi<}ue du Léman. La France occupa leur territoire, etfl| garantit l'indépendance. Oelis^ qui avait fomenté cette instfrectioD, rédigea une constitution sur le modèle de la constîM» tien française, et elle fut répandue au loin dans les montagoMi

Les eampagnee demandaient partout à jouir de droits é|pai à ceux des villes. Pour opposer une .digue à ces préteotioas, k gouvernement de Semé convoqua la diète générale à Aarau, fli réunit des troupes. Il ût répandre parmi les cantons aHenwMh le bruit que la Suisse fran^se méditait de se détacber de la confédération I et de substituer TaUiéisme à la foi : il excita 11 fanatisme des montagnards de TOberland. Mais le peuple se souleva dahs Aarau même, et la France prit les insurgés snm sa protection.

Les i^ranchissemeuts volontaires du forcés se roultlpiièrMl alon. Berne ayant maltraité un envoyé diplomatique i laFrai4 lui déclara la^guerre; et ces républicains qui combattaient ptsi les rois furent bientôt vaincus par des républicains ré^ridcs^ qui entrèrent tout souillés de sans dans Berne , d^où s'échiffe avec peine l'avocat Steiger, le Cbef de cette oligarcbie» Cest aâiii que les républiques étaient renversées au nom de la liberté « il il en ooâtait à Bertie 43 millions.

Le reste de la Suisse était en proie à Tagitation. I^ gHâai Brune avait été chargé d*organiser la sépublique du Rbôae| mais le» Suisses semblaient pencber^ la majorité du moins, vsf une seule république. Beaucoup cependant y répugnaient, surtMl dans les cantons montagnards , où se répandait le bruit que b France voulait les réunir, pour les enrôler dans ses guerres avee r Angleterre. Ils s^opposèrent doncà l'unité projetée, etSchaue»

BXPéDITlOn D^ÉGYPTB. 101

èonrg fut obligé de les réduire par la force. Il en fut de même km le haut Valais. Au mois de mai 1798, le gouvernement keUétiqne, composé d'un directoire et de deux conseils comme a France, se léunit à Aarau. Mais là, ainsi qu'en France et piitotit, tto parti une fois abattu ^ il fallait abattre celui qui lui mit succédé. La France s'empara de toutes les caisses, et déd»a nuis les lois et les décrets du gouvernement en ce qu'ils Mnient de contraire aux volontés de la France. Les libéraux «tir^ffiémes furent blessés d'un tel acte^ et l'indignation se fit jblir psrtout. Pourtant le mécontentement s^apaisa i les deux i^Mîques firent alliance; Genève fut réunie à la France (l9aoât), et les bailliages italiens, qu'il avait été question de nttaeher à la république cisal|»ne, constituèrent un nouveau IMoo helvétique.

feXPÉOftiOiN D'EOtPTËv

fioaaparie, depuis son retour à Paris, s'était retiré dans une Station modeste, n'afiichant nulle envie d'entrer dans le fDVfemement. Cette simplicité le grandit enc4)re. La rue où I demeurait s^appela Inentdt la ruedeia Victoire; lesjourpliu relataient ses démarches , ses paroles, comme on le fait toor les rois. Il affectait les dehors les plus simples ; et s'il IB montrait dans les théâtres et les salons , c'était pour coin- *|riaireà Joséphine sa femme, veuve du comte de Beauharnai^, iMir la«tuelle il se montrait plein d'amour et de reconnaissance, kommé membre de rinstttut , il s'y rendait en costume de satint. 11 recherchait l'entretien des hommes les plus distingués, ^tsoia de diriger la conversation sur les matières dont chaîna s'occupait particulièrement : on s'étonnait qu^au milieu de i>at de gloire il eût si peu d'ambition. C'est qu'en effet il n'avait poiot cette ambition étroite qui se complaît dans de petites in* Ingucs; et ses regards |iortaient trop haut pour que le vulgaire pût le pénétrer.

104 BXPBDITIOIV D'ÉGTPTE.

Le Directoire lui confia le eommandenieiit de rannéedoliiiée à opérer contre F Angleterre; mais un déiiarquement qui ne pouvait avoir pour but que de ravager le pays et d'irriter les populations lui souriait peu : il se sentait plutôt attiré ms l'Orient, « berceau de toutes les grandes choses. >

La possession de TÉgypte, cette route de Tlnde, sembliit indispensable pour faire de la Méditerranée un lac frao^ Maître de la marine de Venise et de son matériel naval, B9> naparte avait envoyé Tamiral Brueys dans le Levant , y prenén possession des Iles vénitiennes, dont il connaissait rimportanoei pour dominer dans ces parages , et s'assurer la route directe vm rOrient, si Tennemi venait a occuper leeap deBonne-Espéraoee. Cette idée, dont il était travaillé, lui Élisait désirer vivemol une expédition de ce côté : ce qu'elle présentait d'inattendu ft de romanesque était pour lui un attrait de plus.

Le Directoire hésitait à exposer aux hasards d'une bataiOi navale quarante mille hommes, et le général qui inspirait h plus de confiance aux soldats et le plus de terreur à l'eDDemi; mais le vainqueur de l'Italie insista. Il obtint trois millions dij trésor de Berne, et fit ses préparatife en secret Les génénA Desaix et Kléber voulurent le suivre, ainsi que d'autres déjà !• lustrés sous ses ordres. Aux munitions de guerre il ajouta lai imprimerie orientale, enlevée à la Propagande de Roine;| recruta des savants et des dessinateurs ; puis il s'embarqn emmenant avec lui Télite des braves. La nation inquiète se dti mandait de quel côté il allait se diriger, et le mystère graodii^ sait encore le jeune héros. L'Angleterre , effrayée , t^rpM Nel£on de surveiller sa marche , en même temps qu'elle lM| tous les potentats en haleine, par l'effroi de la propagande lé^i publieaine.

Bonaparte partit de Toulon , avec les vieilles troupes dltalit» le 19 mai 1798. L'escadre, commandée par l'amiral Braefsj comprenait quinze vaisseaux de ligne, dont deux vénitieasdl soixante-quatre canons, quatorze frégates, dont six vénitienM^I soixante-doiise bâtiments plus petits , et quatre cents de int^ port; en tout cinq cents voiles, quarante mille soldats, et dis mille marins.

EXPÉDITION B^BGYPTB. f05

L*ordre de Malte s^était efifaeé , dans le cours du dix-huisiêde, au milieu de petites discordes intérieures et de coDjuratioils avortées ; sa mission était finie. Les riches cornffluderies quMl possédait dans tous les royaumes de T Europe teieot le partage de chevaliers oisifs et débauchés, recrutés parmi les cadets des grandes familles. Sa marine , qui aurait dA tit I*efifroi des Barbaresques dans la Méditerranée , consistait ï peioe en quelques galères qui ne servaient qu*à des courses l'agrément, tandis que les Algériens s'en venaient audacieuse- Kot ravager les c6tes de Fltaile.

Cet ordre devait done périr, et il était à prévoir que l'Angle» Ivre saisirait la première occasion pour mettre la main sur l'île. Inaparte voulut la prévenir. U débarqua à Timproviste, et, ^m une faible résistance , le grand maître de Hompesch ca- (Hoia, sous la promesse d'une principauté en Allemagne , ou ftaw pension viagère de 300,000 francs *.

Après avoir mis garnison dans Tîle (1^'' juillet), Bonaparte ntinua sa route sans rencontrer Nelson , qui le poursuivait à botes vmles, et toucha près d'Alexandrie. U débarqua avec kaaooup de difficulté , et s'avan^ , avec sa seule in&nterie , BiBtre la ville des Ptolémées, proclamant qu'il venait ia déli- Vier du joug des mameluks. Il y trouva peu d^obstacles, et s'en Nndit maître.

Les Cophtes , race primitive , étaient plongés dans la servi* Me et ravilissement. Les Arabes conservaient encore l'appa- NBcedes conquérants, mais leurs conditions étaient diverses. Qielques-uns , comme les cbeiks , représentants officiels de la Htion, avaient de l'instruction; d'autres, en grand nombre, tawDt petits proiHriétaires ; le reste ne possédait rien en propre , K cultivait les terres , sous le nom de fellahs ; les Bédouins 6r- Meot dans le désert^ adonnés au trafic et au brigandage.

' M. de Tignlé , Pun des baillis de Tordre, qui fut témoin du fait, afbBe que Bonaparte n'engigea point le feu contre la ville , parce que !■ Maltais conspirateurs étaient convenus de massacrer tous les cite- HKers à ce si^al , et que le général français ne voulut point treini»er te cet odieux complot. ( An. R. )

f06 ËXPÉUtttOlf D*BOYPtB.

Mais une conquête postérieure avait substitué les Tures m A rabes. Un pacba, envoyé de Constantînople, était char^ defo» veruer TËgypte. Afln d^empécher ce pacha de se rendre iod^ pendant de la Porte , Sélim avait placé pr^ de lui les inaw* ïuks, milice recrutée parmi les plus beaut esclaves cbrcasâcDS, qui, élevés sans parents ni patrie, n*avaient d^autre sentimoS que celui de leur force. Ils obéissaient à vingt-quatre beys, doal chacun avait cinq ou six cents nlameluks sous ses ordres, d chaque soldat avait deux fellalis poUr le servir. Les manieliAi étaient entretenus par les beys , du produit des terres et te différentes taxes dont les Cophtes , agents , scribes , espions te maîtres de leufs mattres , étaient les percepteurs. Il n'exislÉ entre les beys d*autre distinction que la force « dont ils usaM les uns contre les autres* Las d^obéir au pacha * ils se Fassent rent par degrés , s'en firent un instrument, et allèrent Josqrt lui refuser le miri , impât foncier, qui représentait le droit é| conquête de la Porte. Cétait donc une féodalité composée dl^ digènes, esclaves d'un peuple vainqueur des premiers habitan^f et d'une milice victorieuse à s(m tour des uns et des autres 1 1^ état de révolte contre le souverain.

Bonaparte reconnut que le point important était d'abattre bl^ mameluks, hostiles aux Français, tout en montrant de ladéft rence pour la Porte, ancienne alliée de la France; decaretftf les clieiks , en leur offrant l'espoir de relever le nom dokl d'inspirer la confiance en respectant les biens , les personoflit les femmes, la religion : ménagements Inconnus aux eooqafr rantfi antérieurs.

Une proclamation, en style oriental, annonça quelaFraafl^ voulait réprimer les pirateries des beys; que les Français aviicBt pour Mahomet et pour le Coran plus de respect que les maoi^ iuks : « Nous sommes tous de vrais musulmans « disait-elle; nous avons détruit le pape , qui prêchait la guerre aux m mans ; nous avons détruit les chevaliers de Malte , qui croj^ que Dieu commandait de combattre les musulmans. »

Bonaparte se borna à instituer à Alexandrie une miùûài lité et des receveurs pour le recouvrement des impôts. Après avoir mis la place en état de défense » il se dirigea va» le Caire.

EXPÉDITION d'ÉGYPTB. 107

lei faînqoeurs de Tltalie , en se Toyant au milieu îles saiilefl Murants d'un désert sans bornes, sous un ciel brûlant, sans en pour étancher leur soif, avaient à peine assez de oonGanca àos leor jeune général pour endurer ces fatigues inaccoutu» Béa. Hourad'Bey avait rassemblé ses mameluks en avant de nnuDense cité; mais leur intrépidité ne put résister au feu i^ier de ces vétérans , animés par la présence de ce général foi venait de leur dire : Du haut de ces pyramides, quarante ^la vous contemplent! Les mameluks défaits furent réduits è brûler ce qu'ils avaient de plus précieux. Il en resta cepentat encore assez pour satisfaire leurs vainqueurs, qui trou* lirait an Caire du repos, de Tabondance et des plaisirs, des nniers arabes et des chameaux. On les vit assister aux eéré- ■ODJes musulmanes; et Bonaparte, récitant les prières, édifiait bfeople par sa dévotion.

n fMida rinstitut d* Egypte, composé des savants qui l'avaient inottpagné en Orient , et qui fut chargé , sous la présidence de looge, de pénétrer les mystères de cette contrée , d'en donner Il description , de proposer ce qui pourrait contribuer à sa Pospérité. L'ingénieur Peyre, legénéral Andréossi, Leièvre, IMiB, explorèrent les lacs et les canaux; Arnolet et Champy, IHmiDéraux d«« rivages du golfe Arabique; Delile, les plantes ^ Delta; SaTÎgny, les insectes du désert. Regnault analysa l^da Nil; Bartbollet, Tair du Caire; Costaz, lessabl^ du dâert Kouet et Méchain déterminèrent les latitudes ; Denon tnôDà les monuments de la haute Egypte. On découvrit la f^de Roaette, les zodiaques de ]>erderah et d'Esneh , qui ternirent longiemps matière aux discussions savantes et phi« kophiques.

Bcstait la haute Egypte à conquérir ; mais la fortune sembla onner un moment celui qui se reposait tant sur elle. La

e, qui pouvait entrer dans le port d'Alexandrie, avait Jeté dans la rade d'Aboukir, où elle s'était presque échouée.

y fut poursuivie par Nelson, qui l'attaqua ( 1*'' août) ; Brueys fat tué , et la flotte détruite. Ce désastre irréparable laissa

mée d'Egypte sans communications , sans appui , sans espoir finpoeer à la Porte , qui , f^iis la pression de l'Angleterre, dé-

109 LES JACOBINS A NAPLB8 ET EN PlillONT.

elara la guerre à la France , et s'arma pour reconquérir rÊgypk. Nelson fut accueilli en triomphe à Naples avec sa flotte, eotf* pit des traités. On crut Bonaparte perdu sans retour, et Vesf^ rance vint raviver les haines implacables des princes de ntib et de l'Europe entière.

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