NAPOLÉON EMPEREUR. 20S
Telle était la constftution que les représentants cisalpins ne firent qu*aecepter; puis, s'humiliant jusqu*à Faveude leur impuissance , ils déclarèrent qu'ils ne connaissaient personne plus digne d^étre président de la république que P^apoléon Bona* parte ■ (26 janvier). Il leur adressa ces paroles : « La république cisalpine , née du traité de Campo-Formio , a subi de nombreuses vicissitudes , et les efforts f^its pour la soutenir ont été vains. Envahîerécemntent , elle semblait perdue, quand, pour la seconde fois , le peuple français est venu vous venger et vous rendre Tindépendance. Depuis lors , que n'a*t-on pas tenté pour vous démembrer? Mais la France vous a protégés; vous avez été de nouveau reconnus à Lunéville ; votre territoire s*est accru d^un cinquième; vous existez avec plus de force et d^espérance. En vous donnant des magistrats , je n'ai songé ni aux lieux , ni aux factions , mais seulement à vos intérêts. Je n*aî trouvé parmi vous, pour les fonctions éminentes de président , personne d'assez accrédité, assez libre de préjugés, ni qui ait assez mérité du pays par ses services. J'adhère au vœu qui m'a été exprimé, et je conserverai , tant qu'il sera nécessaire, la grande pensée de vos affaires. » Cet État , qui se composait, comme te disait Bonaparte , de dix nations difierentes * , reçut le nom de république italienne. Alors commença Tune des époques les plus calmes et les plus prospères dont ait joui ce pays. I^e président était éloigné; Melzi, qui en remplissait les fonctions à sa place , était bienveillant et aimé. Le mérite et les talents furent bien traités , le commerce, Tarmée dans un progrès croissant, les transactions faciles, les espérances pleines d'ardeur.
Maïs , dès ce moment , tes esprits prévoyants disaient que la république italienne était le prélude d'un royaume. En efibt , quand Napoléon fut devenu empereur, le vice-président et tous» les liommes influents lui demandèrent un roi qui ne relevât pas directement de la France, qui n'employât que des fonctionnaires
* €*est la première fois que ces deux noms se trouvent rénnis.
* Mttamiis, Mantouans, Bolonaiit, Navarrata, Valtelinois, Romagnols» Vénitiens solxlivisés en Bcrgamasqties , Rr<4nasqiies ei BreM^tans.
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îtalieas, et sans arniée française. Joseph Bonaparte fut désigiié (180S] ; mais comme il refusa , Napoléon crut pouvoir disposer à son gré d'un État que lui-même avait créé , et mettre sur sa tête la couronne de fer. La création du royaume d*Italie Élisait pressentir la ruine de ces autres républiques écloses au bruit du canon , de ces constitutions qui n*étaient basées ni sur les moeun ni sur Thistoire ; et Ton prévoyait que Napoléon , qui n'aimait pas les États faibles , arriverait à réunir Tltalie dans un grand corps. Il rassura les princes , en leur déclarant qu'il s'agissait uniquement d'un changement de titre , et que du reste il ne s'étendrait pas. Néanmoins, pour empêcher les débarqueoM&ts des Anglais, il trouva que Gênes» Lucques et Livoumeloi étaient nécessaires. Gènes 9 dit-il, est destinée à former des matelots : elle doit avoir six miile hommes à bord des escadres, et foi besoin de vieux marins. Ce prétexte lui parut snflisant, bien qu'il eût promis au sénat français qu'il n'ajouterait pas une province à l'empire. Les patriciens génois, pooss» par Saliceti, vinrent eux-mêmes s'offrir (juin); et il adoucit pour leur pays la perte de l'indépendance, en y envoyant pour l'organiser l'architrésorier Lebrun, homme conciliant et prudent '. Napoléon avait promis à Paul V^ de restituer le Piéaiont à la maison de Savoie. Mais ce prince une fois mort, il s'embarrassa peu de sa promesse, et il garda ce pays comme division militaire, sous le commandement de Jourdan. Sa politique oe manqua pas d'y entretenir les rivalités et les intrigues, et il êitorisa l'aristocratie piémontaise : après avoir restitué au royaume d'Italie les pays qui avaient appartenu anciennement à la Lombardie, il réunit le reste à l'empiipe français. 11 faisait ainsi dépasser à la France ses limites naturelles ; il fondait une autre domiastion étrangère dans cette Italie, qu'il avait promis de délivrer da joug étranger.
■ Il lui écrivit de Boutogne, te 11 août 1S05 : « Je n*ai réuBi Gèm que pour avoir des matelots. Aves-voos espAné goavemer des penplo sans les méoooteDter d'abord? Vous savei bien qu^en fUt de pmwttm' moài^ justice veut dire force comme vertu, Seraîa-je assez déo^ pour qu'on pût me faire peur du peupte de Gènes? La seule réponse à celte dépéclie, c'est : Des mateloU! des mateloU! »
TBOlSlillE COAUTIOR. ^ PAIX DK PBBSBOUie. 306
Le doc de Parme et de Plaisance» n*ayaDt pas toqIii accepter PÉtrorie qui lui était offerte eo échange, resta en possession da docbé jusqu'à sa mort (oct. 1802); la France, après, lui fit ad> ministrer ce petit État sans destination arrêtée, et le réservant comme appât ^ soit pour le pape, qui réclamait une indemnité pour les l^atîons, soit pour la maison de Sardaigne, soit pour Ï^Étrurîe, qui, en sMncorporant ce pays, serait devenue la seconde puissance de Fltaiie. La rupture avec la Russie étant venue afifranchir Napoléon de tous ménagements, les deux duchés forent réunis à la vingt-huitième division militaire de la France (21 juillet 1806). Déjà Hie d*Ëlbe était passée entièrement sous la domination francise (Il septembre 1802 ). Louis , roi d'Étrarie, étant mort en 1804, cet État devait passer à Finfont d'Espagne Charles-Louis , sous la régence de la reine douairière Marie-Louise. Cette princesse reçut en effet le serment; mais Murât fit occuper Livoume, Piombino et le littoral tos-
, ea attendant le moment d^oser davantage.