TROISIÈME COALITION. — PAIX DE PRESBOURG
Napoléon promettait l'ordre et la gloire, en compensation de laliberté; il sentait la nécessité d'illustrer son nouveau titre par des victoires : d'autre part, en se donnant pour le successeur de Cbarlemagne, il annonçait qu'il n'y avait point place pour lui dans le système politique de l'Europe, et qu'il aspirait à y prédominer. En effet, il foula aux pieds non-seulement le droit des gens eu violant le territoire neutre de Baden pour y enlever on prince voué à la mort, mais il fit voir qu'il ne respecterait les agents diplomatiques ni dans l'Empire , ni même dans les pays neutres. 11 fit arrêter en Hanovre le ministre d'Angle* terre; d'autres, à Munich et à Stuttgard, ne durent leur salut qu'à la fuite ■• Il avait cru surprendre aussi, avec le duc d'En-
' Userait juste de rappeler qne Ie8 agents que nous avons nommés
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ghien, Gustaye-Adolplie de Suède, roi chevaleresque, qui pfo lesu contre l'assassinat du prinoe. Alexandre de Russie pro« testa également; il aspirait à se poser en proteeteur du coqs germanique, quand F Autriche et la Prusse laissaient faire en silence.
En réalité rAutriehe restait indifférente à tant d*ootrages, Men que son titre impérial lui commandât de prendre en main la défense des droits germaniques : elle ne 8*occupait que de ses propres af&ires. Tout en donnant à la France des aasuraneci de paix, elle mettait sur pied trois cent mille hommes, à TeiCB* pie de Napoléon. Voyant son influence perdue en Allemagne, et qu*un empereur pourrait bien être élu en dehors de sa maison, elle mit pour condition à la reconnaissance de Napoléon la faculté de pouvoir attacher le titre impérial à ses États héréditaires. En conséquence, François II s*intitula empereur do d'Allemagne et empereur héréditaire d* Autriche (1 1 août 1804). L'effroi paralysait les autres princes allemands, qui saluaient n tremblant le nouvel empereur, tout en faisant des vœux pour l'Angleterre, qui reprenait une attitude hostile. A peine l'homine de la guerre, Pitt, fut-il rappelé au ministère (1805), qu*il demanda aux communes cinq millions de livres sterling pour soutenir la politique de sécurité , c'est-à-^dire pour faire que chacune des puissances de l'Europe fût assurée de son existence : il entraîna ceux qui hésitaient, en déclarant ennenns lei Ëtats neutres , ce qui s'adressait à la Hollande et à l'Espagne. La Russie accéda à cette ligue formée pour la paix ^ findépendance de l'Europe, Le czar devait fournir cinq cent mille hommes; et l'Angleterre, un million deux cent mille livres stn** ling par mois , pour chaque cent mille soldats que ferait marcher la Russie. Une fois d'accord, les deux puissances demaa* dèrent l'évacuation du Hanovre, du nord de l'Allemagne, de l'Italie et de 111e d'FJbe , le rétablissement du roi de Sardaigoe avec augmentation de territoire , l'indépendance du royaume
pins haut se trouvaient compromis, par des lettres et des pièces aothcatiqiics, dans les complots qui menaçaient alors la vie de Napolëoa.
( Av. R. }
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de Naptes. EHes exigeaient que l'Europe îùt organisée de inti- Dîére à la rassurer eontre de nouvelles insurrections , et à garantir rkidépendance et la nationalité de chaque puissance. Pas un mot, au reste, du rétablissement des Bourbcms ; elles pro* testaient même qu'elles ne se mêleraient en rien du gouvernement intérieur de la Fïanee, et ne feraient point de conquêtes pour eiles-méines.
L'Autriche se laissa aussi séduire par les avantages considérables qui lui furent offerts ; et, sans sortir de sa dissimulation, elle mit sur pied trois cent vingt mille hommes, avec promesse de trois millions sterling en 1806, et de quatre l'année suivante. Les coalisés entraînèrent facilement les puissances secondains.Pour décider aussi l'Espagne, ils n^épai^nèrent ni ses rares bâtiments ni ses nombreuses possessions, et Ton se tint pour anoré qu'au premier revers de Napoléon elle se tournerait contre lui, ce qui ferait une puissante diversion. Le Portugal mardnit avec TAngleterre ; Caroline de Maples adhéra en secret à l'allianoe, la Suède ouvertement, et la Turquie elle-même entra daiis la coalition. Le Danemark resta neutre, ne pouvant se résoudre à s*uoir avec la Grande-Bretagne après les insultes qail en avait reçues. Il en fut de même de la Saxe. La Bavière resta Gdèle à I9apoléon. La Prusse, royaume de création récente, n^avait pas hésité, bien que frémissant encore du meurtre du duc d'Enghien, à reconnaître ISapoléon ; elle s*obstiuait dans une neutralité désormais impossible, et que Napoléon lul-ménie avait violée. 11 lui offrait, si elle voulait faire cause commune avee lui, le Hanovre, la Poméranie suédoise, et les villes hanséatiques. Alexandre menaça, pour lui fûre adopter le parti contraire; elle leva des troupes , et s'obstina dans une inaction qui allait compromettre le succès des efforts dirigés contre la France.
L*Europe s^avançait donc de nouveau contre elle, ayant pour trésoriers les Anglais, la Russie pour arrière-garde : cette fois ce n'était plus pour étouffer la liberté chez une nation qui l'avait conquise, mais pour rendre aux populations leur indépendance, menacée par l'ambition d*un conquérant C'est ainsi que la Révolution voyait son triomphe proclamé par la bouche de Tarmée qui naguère avait marché contre elle.
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Les annateun français faisaient chaque jour de ridies tures sur les Anglais ; et riapoiéon eut la pensée d'envoyer dans rinde trente^six mille hommes en aide aox Mahratles, pour arracher cet empire à ses conquérants. Mais Nelson etSîdn^ Smith eurent ordre de couler bas tout bâtiment capturé qui jaugerait plus de cent tonneaux, d'expédier les autres à Malte, d^incendier les ports et les rades de TËspagne. Surinam fat occupée par les Anglais , ainsi que Corée. On ne respecta ni pavillon ni territoire neutre, et cette violation du droit des gens parut justifiée par celles de Napoléon. De nouveaux projectiles semèrent Tincendie dans les ports. Restait cette foule de bâiiments réunis à Boulogne par Napoléon ; mais, bien que les brâlots sous-marins inventa pour les détruire manquassent leur effet, toute tentative de descente fut empêchée par la supériorité de la marine britannique, et les 8oixante*dix vaisseaux qui devaient protéger la flottille se trouvèrent dispersés ' . Dès lors il fallut renoncer au coup hardi qui, dans la pensée de Napoléon, devait trancher à Londres les mailles du filet dont TEurope entière cherchait à Tenvelopper.
Napoléon s'attribuait le rôle de la modération, et pcétandât avoir voulu la paix ; mais la France frémissait * en se voyant
' La supériorîté de la marine britannique n'eût peut-être pas eneipéché la descente, si la conception de Tempereur avait été exécutée par mi amiraux. Le plan de Napoléon coosistait à foire opérer à la Martinique la jonction de Villeneuve avec les Espagnols; à dâ>loqaer, an moyen de ces deux escadres réunies, la flotte qui était à Brest » oom» mandée par Gantheaume ; et à entrer immédiatement dans la Manche avee tontes ces forces, pour y protéger le débarquement La première p«fie de ce plan avait réussi; mais Pamiral Villeneuve , après son navigation de la Martinique, qui avait dépisté ks Anglais, perdit tout à coup et trompa Tattente de l'empereur, qui Pattendait dans la Manche; il se retira , déconcerté, vers Cadix, qui devait être bienUt le théâtre d'un grand désastre. On peut consulter à cet égard I» Études sur les guerres maritimes, par M. Jurieu de la Rovière, homme du métier, et très-habile écrivain. ( An. R. )
* La France put regretter la paix, mais sans accuser aon gouvernement, qui en cette circonstance avait témoigné, par ses offres, un désir sincère d'accommodement.
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Mhiée dans une guerre générale par Tambition d'un homme i|a*ette «ralt élevé pour rendre le ealnie an pays. Les yains effarts tentés à Boulogne avaient épuisé le trésor: eneonséquence, Tempenoat oUigea la banque de France à lui donner cinquante ■liniaiis; de plus, il avança la conscription de 1806, raviva les
l'étranger, etréveiUarentliousiasmemiUtaire.L*Auqui avait mis sur pied tous ses archiducs, renonça à ses de temporisation : au Heu d'attendre l'arrivée d'un deoû-millicin de Russes, elle crut mieux foire de passer Tlnn, afin d*enipéeher la Bavière de s*unir à la France. Elle résolut doue d*oeeuper Ulm, puis de se placer sur le Danube, en chercfaamt à entraîner les populations de Wurtemberg et de fiaden : alors la Prusse renoncerait probablement an neutralité armée, ee qui formerait un front redoutable. En même temps une seconde lig^e opérait en Bohême , flanquée par un corps russe* Maek devait par le Ty roi s'appuyer sur Tarmée du prince Charles en Italie, tandis qu'on appellerait le pays à l'indépendance, aiosi que la Suisse. François II et Alexandre devaient former me arrière-garde formidable ; l'Angleterre assiéger la Corogne, et favoriser en Espagne une révolution de cour; on exciterait Naples à seconder le prince Charles, en prenant ainsi à rêvera le royaume d'Italie.
Fottché avait dit à Napoléon : // vous/itut un autre Marengo, ei cela dans les premiers mois; tout refard est mortel. En effet, l'empereur flt partir l'armée réunie à Boulogne; et, méditant un de ces coups hardis que le succès seul justifie, il se dé* ôda à se porter en arrière du corps de Mack, pour lui couper toute communication avec les Russes. Il savait qu'en violant le Icrritotre de la Prusse il s'attirait cette puissance sur les bras; mais il n'hésita point. Bientôt Mack fut enfermé dans Ijlm, et trente-trois mille Autrichiens mirent bas les armes, sans qu'il y eât une goutte de sang versé (octobre 1806) ; fait si honteux , qu'on a voulu l'expliquer par la corruption. L'Autriche punit sévèrement les généraux qui avaient donné un si lâche exemple. Le prince Charles, qui manqua de son habileté ordinaire eontre Masséna , eut peine à se tenir sur la défensive en Italie , et battit en retraite vera Vienne, tandis que Napoléon devait à
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ses mardies stratégiques des victoires qui ne Ini eoûtaient que des pertes légères. Quarante-quatre mille Autrichiens étaient prisonniers ; il rebvoya sur parole cinquante-trois officiera supérieurs, après les avoir gagnés par des louanges et des distinctions.
Mais déjà les Russes s'avançaient rapidement. Akaandie arriva à Berlin poor déterminer le roi de Prusse à se déclarer; il importait donc beaucoup à Napoléon d'atterrer sans retard ses ennemis. En conséquence il marclia droit sur Vienne» où il entra en maître, et data ses décrets du palais impérial de Scban* brunn. S'étant emparé par surprise du pont du Danube, il passa en Moravie, décidé à livrer une grande bataille. Il en avait besoin pour tranquilliser Paris^ où déjà se manifestait qurique disposition à détacher la cause de Napoléon de la cause natio« naie. En outre, Je danger était toujours imminent du côté de la mer. La flotte française et espagnole, composée de trentetrois vaisseaux, ayant reucontré à Trafalgar celle des Anglais^ qui en comptait vingt-sept, avait été écrasée; mais l'Angleterre avait payé de la vie de Nelson ce succès , comparable à cchâ d'Aboukir.
Une victoire était donc indispensable à Napoléon. Les alliés s'étaient concentrés ; ils avaient derrière eux d'autres Russes qui s'avançaient, et la Prusse qui hésitait encore. Ils ne pouvaient soupçonner que Napoléon voulût s'écarter de sa base d'opérations, pour s'aventurer dans un pays dangereux. Il eut l'art d'entretenir che2 eux cette confiance ; puis il engagea a AusterlilE (2 décembre ) une bataille qui démontra ce que peut Tandace du génie , avec des forces inférieures. Le carnage fct l)orrib1e : les Russes et les Autrichiens y perdirent quarante mille hommes, tués ou blessés; neuf généraux et huit cents officiers restèrent prisonniers. *
R Soldats, dit Napoléon, je suis content de vous I Vous avez « à la journée d*Austerlit2 justiOé tout ce que j'attendais de votre « intrépidité : vous avez décoré vos aigles d*une immortdle « gloire. Une armée de cent mille hommes, commandée par les « empereurs de Russie et d'Autriche, a été en moins de quatre " ï»e"res coupée ou dispersée. Ce qui a échappé à votre fer s'est
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Doyé dans les lacs. Quarante drapeaux , les étendards de la
• garde impériale de Uussie, cent vingt pièces de canon, viofçt « généraux, plus de trente mille prisonniers^ sont le résultat « de cetle journée à jamais célèbre. Cette inâinterie tant vantée, « et en nombre supérieur, n'a pu résister à votre choc^ et désor-
• mais Toos n'aves plus de rivaux à redouter...»
Mais une bataille ne décidait pas du sort de la guerre, alors q«e des forces innombrables restaient encore aux alités. Cepen« dant si les Busses brûlaient de prendre leur revanche, les Au* triehiens étaient plongés dans un tel découragement, que le parti de la paix remporta. Une entrevue fut ménagée entre FRinçofts II et Napoléon, qui aimait ces conférences royales; et Penipereur d'Autriche y fut amené à eonchire une paix se*» parée.
Alexandre, blessé de se voir abandonné des Autrichiens quUl était veno secourir, évacua leur territoire. Napoléon put alors traiter sans façon ses ennemis déclarés ou douteux; il obligea b Prusse à foire de nouvelles concessions de territoire et à oeraper le Hanovre, en la fiEusant mentir à l'Angleterre , avec qui elle négociait alors.
Talleyrand traita de la paix à Presbourg avec Lichtenstein et Gittlay, tous deux portés pour la France. Napoléon put donc *T des différents pays comme il Tentendait « pour asla paix. » Talleyrand lui avait représenté qu'il fallait laisser subsister T Autriche, pour maintenir par sa masse Téqutlihre de l'Europe ; lui enlever le territoire vénitien , le Ty* roi , la Souabe , pour l'éloigner de la Suisse , et l'empêcher de fomenter éternellement des guerres en Italie , mais en lui donnant pour dédommagement la vallée du Danube, fleuve autrichien, avec la Moldavie, la Valachie, la Bessarabie et la Bulgarie septentrionale. La composition*de cet empire eût été ainsi plus homogène, et aurait procuré à Napoléon le titre de civilisateur; cette grande mesure eût réellement affermi la paix. Mais, fidèle à son système d*affaiblir les États^ il ne voulut ni se concilier le vaiocu , ni le détruire : il ne fît ainsi que créer des mécontentements , et se condamner lui-même à combattre sans cesse ceux qu'il ne pourrait vaincre toujours. Voilà pourquoi les