‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,)Chapitre 11 sur 61 · I.*iCOLft BOMAHTIQUB. Ut · texte numérisé non relu

I.*iCOLft BOMAHTIQUB. Ut

ftfBtt Jcs podes qui pincent toojoon la même eorde, qui oereent lean ailes dans un horizon étroit, qui chantent 1m tiaditiflos et les généalogies de chaque eastel.

Cal de Schiller et de Goethe que la poésie allemande a reçu Il fimne dassique ; mais d'autres surent l'amener à des innofa* tionjaifois originales, et réussirent à mêler les rêves du mys* tiôBeauz raoBun prosaïques de leur patrie. Tieek, fimeux critiqae -de Téeole romantique , lui communique un sentiment pioirelîgîenz, plus palpitant» plus esMUtiellemeat tndesque; il éooae à la forme plus de mouvement, de passion , de simplicité Mflosembleetde liberté, oequi le rend le poète le {4us aile* ■sai, rinterpcèle le plus éloquent du moyen âge, soit du côté cMicn, soit du côté païen. Il fait revivre les traditions sous SB aipeet nouTona , en leur conservant la naïveté particulière à rcafimee des peuples. Dans le fanlastcf, dialogue sur le véritable ooetère de la poésie, il oppose celle du moyen âge, celle de Sbkipeare, de Galderon, de Dante, à la poéne banale de nos josn; la mâle simplicité et rbérolsme de ces temps, aux ra& issiMntsaetmla; la profondeur et lu chaleur de seotinient qui MBiaiiliBStaientdans la retigion, dans l'amour, dans l'honneur, à llateUigeDoe superficielle qui se révèle par rincréduUté, par régoîsaie, pur la vanité. Trèi^fin dans l'observation et dana répi^amuM, il dirige sa satire, non, comme tant d'autres, cMire reialtatioa des noUes sentiments, mais contre l'esprit eakiilatenr ut la prudence ég0iste. Menzel et l'école de Schle- ^. qai procède de Xiecfc, le placent au-dessus de Goethe; les moins enthousiastes le mettent à côté de lui. Bien qu'il dise qae le mérite d'une uomposttkm se mesure au plaisir qu'elle nctie, quel qu'en soit le scyet, il inspira pourtant le respect to traditions nationales. Il servit la cause de sa patrie dans

>• H e*est plaiflir que de voir comme flft nous traitent. Aujour- 'koi ou n'appartient pfosàson siècle, comme cela devrait être, mais <uprélaud raliaorber en soi toet entier : puis, al tout ne va pas à lenr ftiisms, les voilà broulMs avee le moade^ méprisant le vulgaire , et K «aqMii du public;... » ewMe eus ndkrtm ptrtôtOkhm Vt^ l«aet dorfesis/ZI , Asf Joua Fau, p. 103.

160 LITTERÀTOBB.

rinsorreotioii contre l'étranger; mais ce mouvement donna Fes- 8or à une poésie qui n*eut pour but que d'exciter les sensations.

L'école suève, illustrée par les noms dlJhland, de K.ôrner, de Schwab , imprime à la poésie un sentiment religieux, grave, passionné, et des formes populaires plus libres. « Que « celui-là cbante, dit Uhland, à qui fut donné le chant dans la « forêt des poètes allemands. O joie ! d vie! lorsque chaque arbre « répète sa chanson I Le chant n*est pas l'héritage dTon petit « nombre de génies fameux, la semence en est répandue par « toutes les terres de TAllemagne. Confie à de libres aceents ce « que ton cœur te dicte intérieurement. »

Ce même Uhland, Rûckert à la poésie facile et libre, Amdt, Schenkendorf, Stagemann, Follen, Kleist, et d'antres encore, combattirent en chantant; c'est au bruit des odes de Rdmer que la jeunesse des universités s'élançait , intrépide, contre les étrangers (181S). Une fois le triomphe et la. paix survenus, les p(^tiqae8 déplorèrékit les déeeplions qui suivirent , et décochèrent leurs traits contre ceux qui les avaient abusés. Dans la même route se tigùala aussi rAutrichien Grnn ( Auersperg). Gollin, à qui Vienne érigea un monument comme à un poète national, excellait, nonobstant son penchant pour l'histoire grecque et romaine, à âûre vibrer aussi l'esprit germanique.

Les poètes libéraux ressuscitèrent en 1830; mais bientôt, retombés dans le silence, ils laissèrent retentir encore la voix des poètes du passé. Malheureusement la muse se rend parfois l'organe des déœolissenis religieux- et des espérances oommo* nistes.

Kotzebue alla fouiller dans les fmtnondices sociales, né visant qu'aux coups de théâtre et à l'effet, déla}'ant dans un style diffus une morale triviale, et idéalisant sans cesse les vices comme les vertus. IfQand, auteur du Joueur^ combattit les révolutionnaires dans les Cocardes; mais ses intentions morales ne rachètent pas sa fiaicture relâchée. Aujourd'hui, les aateais de comédies se rappeiUent trop la manière française. Grilparser, Bauern&ld, Charles Hugo et d'autres ont fait des tragédies qui méritent de vivre; Raupach dramatise toute une génération dans les Hohenstaufen. et toute l'insurrection grecque dans

L*ÉGOI.B ROHÀNTIQUB. 101

01^ H iUiphaéL La faUllté de Werner (1768*1822) est plus

lenible et pins dooloureose que oeile des anciens, parce qu'elle al transportée da palais dans la YÎe domestique.

De Déme que le mystkisme de Novalis venait de Taspiration vcnrafasoiii, Técole humoriste introduisit Fironie dans l*art; mais le rire traduit une souffrance intérieure, et la moquerie lé^, une méditation profonde. Le père des humoristes est Ikfalenheiig, qui, de même que Lessing, regardait la révolution eomme une phase du progrès de l'esprit humain, et tendait à ^tritoaliser toute chose. Il se moquait des inventions de ses eoBtemporams, et parodia les théories de Lavater dans sa Phytkmomie des queues. Jean-Paul Richter, génie étrange, mêla dais ses eompositions ee qu'il y a de plus trivial et de plus élevé, des connaissances profondes et des superstitions, des idées et dei sentînients de tout ordre, de tout état, de tous siècles; et tout cela dans un style plein d'ellipses , de parentlièses, de souscotendus, en phrases incohérentes ou en périodes interminabk,. Ceux qui peuvent débrouiller ce péle-méle y trouvent un sentiment profond, une appréciation très-fine de la nature humaioe et de son époque, des révélations qui éclairent les replis les ploB secrets du cœur. Ces éléments si hétérogènes, on croirait à première vue y voir l'œuvre d'un fou; puis, à mesure que ta loèôe s'éclaire, vous découvrez un poète passionné pour toute ▼ertu, indigné contre tout vice; un poète tout occupé à cheràm dans la nature et dans son siècle tout ce qu'il y a^de beau, 4e tendre, de mystérieusement sublime dans la destinée de llioinme.

Hoffmami, pilier de tavernes, après s'être échauffé l'esprit par le vin et les vieilles légendes, composait ses Contes fantastiques, remplis de diableries et d'inventions étranges, que l'on CRiiratt à peine émanés d'un homme jouissant de sa raison. niamissqa fut moins original, mais plus intelligible. Solger apandit le rôle de l'ironie dans l'art, en établissant que le but de Tait est de révéler à la conscience humaine le néant des riioses finies et des événements du monde réel ; et que le génie consiste à se placer à ce point de vue de l'ironie divine qui se fait un jeu des dtoses créées, des intérêts, des passions, des luttes,

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des GoHteioiis de la vie humaine, de nos soufifiranees eomme de nos joies, et à faire planer sar ces tragi-comédies la pulasance immuable de Tabsolu.

Les romanciers se Jetèrent snr les traces de ces écrivains et sur celles des auteurs étrangers ; la nature et l'histoire ne leur sufDrent plus; ils cherchèrent des sujets dans le monde ftntasti<iue. Rarement les Allemands s*élèvent à un noble idéal. Dans leurs ouvrages scientifiques, Tentassement des détails diminue l'impression et la valeur des idées générales. La facilité de leur langue si riche les rend négligés dans la poésie , et plus encore dans la prose; en même temps leur philosophie, hérissée de formules, s*enveloppe d'obscurité.

Dans les pays Scandinaves, la plupart des écrivains emploient la langue allemande. Les ouvrages originaux ont le caractère sévère dont la nature se revêt dans ces contrées : les expressions sont roides et sans ornement, mais puissantes; point de frivolité élégante, point de modes éphémères. Les vieilles traditions, la vie toute particulière du mineur, les mystères de la nature, y engendrent cette poésie qui s'éloigne de TEurope.

La mélancolie donna h Vitalis des ailes pour s'élever entre Téeole mystique allemande et l'école toute r^lière de Boileau, qu'il combattit par la satire. Tegner, évêque de Vexio , introduisit le romantisme, et chanta d'une manière originale r//if* Mre de Priihiof; mais ces écrivains restent presque inconnus à l'Europa, comme Geier, poète et historien, comme l'évéqus Franzen, Atterbom, Nicander, Andersen, Baggesen, et le poéts. islandais Thorarensen. I^es romans de Frédérique Bremer, qui n'ont rien de l'ivresse démoralisante des créations en vogue, commencent à foire du bruit parmi les étrangers. Le théâtre danois, créé par Holberg (1720-1760), s'est soutenu depuis. Œhlenschleger, la gloire de la Scandinarie, a traité avec puissance dans ses tragédies des sujets nationaux ; mais il a défendu la religion d'Odin contre le christianisme, avec les idées surannées de Volney et de Dupuis.

La Hongrie n'a Jamids eu une littérature florissante, bien, que cette langue harmonieuse et énergique ait été parlée plus d'un siècle à la cour de Transylvanie, et qu'il existe des ouvrages

L'ËGOLS BOUANTIQUE. 1G3

«es &BnaU dialeetea. Elle tend pourtant aojoiird'hui à I» constituer, comme l'expression de cet e^t national qni f'ertsoolefé plus d'nne fois contre les dominateurs. Faludi Ta njernue arec talent* Quelques écrifains , déjà célèbres par dea oonageseompoGés en allemand, se sont appliqués au madgyare : il al employé dans Tadministration et dans renseignement; il l'ot plié à des ouvrages de grammaire et d'orthographe , à des tradnetions , à des jounuiux, et au théâtre; mais il nous est vriTé de Toir reproduire sur la scène hongroise, comme sur tàk de rAUemagne , les pauvretés brillantc^es auteurs fran* t».

La langue finoique a fait des progrès dans le dernier siècle, en laisant de côté les imitations pour y substituer les traditions , ks usages et les sentiments nationaux. Après Lenoqvist, qui publia le Miroir de la superUition des anciens Finnois (178:1) , et Gaoander, qui retra^ la Mythohgiefinnique ( 1 789 ) , le doclor Lonnrot fit paraître le Kalewaia ( 1836) , épopée qui est la aouree la plus pure de la mythologie finnique. Depuis la lômion de la Finlande à la Russie , la vie intellectuelle s*y est dérdoppée, et Ton y publie aujourd'hui des journaux, outre des livRs élémentaires et des traductions. Il slmprime des gram« nains jusque chez les Lapons , ainsi que des livres ascétiques cttsehniqocs.

La littérature de la Bohême , s'appoyant sur une langue qui fat longtemps celle des savants et de la diplomatie en Allemagne, lorsque Charles IV eut imposé aux électeurs de l'apprendre, tttte littérature a dépéri , du moment que la contrée a été souvâie à TAutriche: mais elle se réveille aujourd'hui. Sehaffarik et Palaeki s'occupent de dictionnaires et d'archives; Koliar chante les anciens exploits nationaux; les journaux et les tra« daetions s'étendent, et la littérature slave a beaucoup à espérer de la renaissance de ce pays.

Ad temps de Pierre le Grand , le peu^de livres que la Russie poaiédalt , la plupart sur des matières religieuses , étaient écrits ^ un vieux slave mêlé de latin , de polonais et de russe vulfi>>ra; jargon lettré, incompris du peuple, dont la littérature cwsislait en chansons et eu traditions orales. Le cxar Pierre fit

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prévaloir le russe ; mais comme cet idiome ne suffisait pas aux éléments introduits soudainement dans cette civilisation , il se mélangea d'expressions et de phrases suédoises, allemandes, françaises, hollandaises, mosaïque avec laquelle une littérature n*était pas possible. Lemonossof, qui parut dix ans après la mort de Pierre le Grand , peut être considéré comme le premier qui ait écrit dans la langue russe. Au commencement de ce siècle, elle sortit de ses langes, et produisit Karamsiii pour la prose, et le gracieux JoukoQ pour la poésie : ni Fun ni l'autre ne furent pourtant originaux. Derjavine, hardi et poétique autant que le comportaient les formes mesquines alors en usage et rindocilité de la langue, montra plus d^originalité ; de même que le fabuliste Krylof , rempli de bon sens malicieux et d'une finesse particulière aux Slaves.

Ces écrivains appartiennent encore a l'époque que Ton pourrait appeler philologique, attendu qu'ils profitèrent moins à la littérature qu'à la langue. Cette langue est arrivée aujourd'hui à la précision, à la finesse , à l'universalité, autant qu'il le faut aux auteurs et aux lecteurs de ce pays; elle tend à se purger des mots étrangers. Le Dictionnaire de l'Académie de Pétersbourg , dressé par ordre de racines , peut servir de modèle. L'empereur Nicolas , qui veut la nationalité jusque dans le langage, a décrété qu'à partir de 1845, personne n'obtiendrait les grades académiques sans avoir subi un examen rigoureux sur la langue russe.

Les écrivains russes, bien que les nationaux nous les citent en foule, manquent de cette originalité qui les rendrait dignes de l'attention des étrangers, et utiles dans leur patrie. Gryboiedof a fourni beaucoup de proverbes à la haute société dans sa comédie : Malhetir aux gens de (aient ! Tout en imitant Byron , Pouchkine conserva le fond et l'Ame russes. Il donna , dans des vers énergiques et harmouieux , la plus haute expression poé^ tique delà vie nationale, avec ses joies et ses douleurs, en homme qui a beaucoup éprouvé, et qui exprime ce qu'il a ressenti avec chaleur et liberté. Maître au point de vue de l'art, son influence fut plus littéraire que morale. 11 eut une fin prématurée, et fut tué en duel ( 1837). Lermontof ( 1839) seul

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posnit loi être comparé dans la poésie et dans les oootes : on iBtf chez loi le besoin d*agîr, stimuié par une inaction forcée; lert rempli de ces inspirations généreuses, dont il a été jusfild le meilleur interprète parmi les Slaves. Les écrivains se mt divisés sur leurs traces en classiques et en romantiques, ks ms tendant a Timitation, les autres à Toriginalité. Nkolas Go^ a peint la vie de lUkraine avec un coloris vigoureux 'et lataiel : s'étant depuis fixé dans la grande Russie , où sa langue s'eit psriectioniife, il a fait des romans fort répandus, des eo- Bédia qui ne manquent pas de force comique , et des portraits de h nature slave aussi fidèles pour le mal que pour le bien.

Les études philologiques sont très-répandues en Russie. On eosngne dans toutes les universités Tarabe, le persan, le turc ; dan qiidqueB-unes, le sanscrit, le mongol, le kalmouk, langae que le père Hyacinthe a fût connaître. On forme à Pétershourg des missionnaires et des ambassadeurs pour la Chine ; et e'cttebeK les Rosses, plus flextUes et plus insinuants que lea Ai^glaB, qu'il faut chercher les meilleaxs renseignements sur FAsie centrale.

Les poètes n'ont pas manqué aux Polonais pour déplorer les. Bialhenrs dé leur nation, ou pour réveiller ses souvenirs. En ]80f , une université fut fondée à Varsovie pour Tétude de la bogue nationale, étude h laquelle trop de désastres ont mis obstade. Aujonrd'lnii la plupart adoptent la langue russe. •

La iittératuie hellénique se forme chaque jour au sein d'iostitations libres , et à cété d'elle grandissent les littératures v»* laque et illyrienne.

Las écrivains espagnols , remués par les événements et par* ksahematives de l'exil , ont entrepris de régénérer la littéral Ine aatioorie. Arguelles, Quinlana , Gallegos, Prias, Gallardo, MartineB de la Rosa , Ange Saavedra , Trueba » Toreno et d'aun ticsoieore, ont écrit dans des temps d'infortune, ou loin de leur pafs. Beaucoup d'Espagnols ont déployé de rétoquence à la tribone, on de l'énergie dans les négociations. En contemplant leur |ays bien-aimé, ils montrent moinsde sympathie pour r^poque monarchique, que de regrets pour l'époque féodale. Miâsv ^dmodonnaail aux faciles inspirations françaises, ils pré-

166 urriEiTUBS.

fèrentla sobriété de pensée, la finesse du goût et le ban sens, à la brillante imagination des modèles nationaux* Sans parler de ceux qui, comme Burgoe, Martinez de la Rosa, Lista, Mo* ratin, restèrent fidèles à Téoole classique, les romantiques eu* mêmes , au lieu de recourir à cette inspiration spontanée des grands écrivains qui avaient servi de modèles à eux et aux autres, se sont mis à suivre les pas de Walter Scott ou de Goethe , et ceux des Français même. Plusieurs d'entre eux ont ealtÎTé les genres humoriste et piccaresques notamment Lam, Mi^ fiano, Mesonero ; et, parmi les satiriques, François SenexiE a sa choisir un sujet heureux, en essayant de fidre mi don Quichotte moderne dans son monsieur Legrand^ héros philosophe , chevalier errant, réformateur de tout le genre humain.

La littérature portugaise , qui a eu Thonnenr de former un cycle complet, s*est ressentie, après le règne de Louis XiV, de Tinfluenee française dans Técola créée par Xaner Haneiès , aii« teur de la Henriade. L*Horace portugais , Gerrea Gveao , Iondateur de l'Académie des Arcades , qui fleurit depuis 1766 Jns» qu'en 1778, s'étant attiré , par sa rédaction de la GoMelêg^ la colère de Pombal, mourut de misère en prison. On se mit alors à traduire les productions anglaises ; enfin , Manuel da Costa , Denis de Cruz et Silva , se hasardèrent dans des voies noo* velles. Barboza du Booeage, qui mourut à l'hépital en 1805 ^ fut un véritable poète. Dans l'agitatioa incessante de notre siècle , les lettres n'ont point grandi ; mais le goût littéraire se propage ; te théâtre ne s'est pas encore relevé de l'espèoe d'opprobre qui a pesé sur lui , et il reste abandonné à des éerivams subalternes. On se platt à l'Opéra, mais encore plus aux combats de taureaux.

Parmi tant d'écrivains cités ou omis, combien ea est-il qai parviendront à la postérité , si , dans ce fracas de répntathms qui se supplantent, il en est qui croient à la postérité ? La littérature est devenue un tourbillon; les Journaux, qui se multiplient à mesure que les livres diminuent, en sont devenus les représentants; les livres même sont contraints d'en adopter la forme, et parfois Jusqu'au ton. Le public aime les compilations ; il court aux encyclopédies et aux Journaux, qui kû ap-

L ÉCOU lOHAHTlQUB. 107

pMM la icieoee eo détail et la piémnption en gros. De lii la fMfefM rien n'est plus fiieile que d'écrire ; moins on a de cftoM à dire, pinson «àroitaiséd'yréassir; chaeon vent dire œ pi MBt atant de l'avoir médité ; on regarde la moindre idée flonne on véritable enfantement; toute lubie est comme one étiaeeile qui doit briller an milieu de la foole. N'a-ton pas dil qa*a litlératore il suffit de plaire et d'émonvoir > ?

La politiqne élant devenue la préoccupation de notre siècle, csBuae la religîon était la passion du seizième , trop souvent hqantion littéraire s'est trouvée confondue avec la question pofiliqae. La liberté de l'art a été proclamée, comme la liberté dfils;et Ton s'est trouvé diqiensé de toute rech^che quant an tliéorîes du bien. Mais la liberté, là comme ailleurs , n'existe p'i la condition de l'ordre.

Le fcire s'étant glissé dans la littérature comme dans la muet dans la peinture, la grâce simple, les scrupuleuses de l'art ont disparu devant les basses pratiques éa aiétier, et les procédés mercantiles sont appliqués à la malipalation comme à la vente des livres; r<m traduit et l'on eopie; les Muses tiennent boutique , et Ton aspire à la vogue , pvcequ'clle est un moyen de lucre. Les ouvrages qui demanéest des années de travail à l'auteur, et de l'attention au lecteur, ont peu de partisans; on commence sans savoir où l'on abontin , en promet sans tenir ; de là tant de travaux laissés inachevés*; ou, lorsque arrive la fin du livre publié à son de caisse, bs opinions ont changé; les conclusions démentent le début. On n'a plus que la fécondité des avortements , objets de dédain povr les pères eux-mêmes, qui n'en montrent pas moins ou pebB^, en révélant ainsi une de nos plus grandes plaies , un orgacil intrépide et le mépris du sens commun. Il en est plus d'un

* « L*uitear a'est pas de ceux qui reconnaissent & la critique le éroK de qoestJooiier le poète sor sa fantaisie, et de loi denoander poor- ^ 3 a choisi tel sujet, broyé telle couleur, cueilli à tel arbre, poiaé ^tclleaoQK)t..»I]oco.

* KooscMeroQs, ptnni les meilleurs, plusieurs ouvrages deMontl, tes levsw die Fauriel , de Vtlleasain , Gaiiot , etc. (C. C. )

168 UTTiiirniB.

que k culte do bon goût rend ennemi de toute innovalîoii: c'est oublier que , dans les langues et dans Festhétique , les révolutions dépendent de tout autre chose que du senlimeiàt des écrivains. Cest ce que méconnaissent aussi ceux que la déoDaugeaison de roriginalité fait courir après le paradoxe et Textravagance , qui prennent Tinforme pour le colossal , Tétrange pour le neuf, et le défaut pour le système.

Trop de gens ont cru que Tinnovation consiste dans la forme des idées et non dans les idées mêmes, dans la vérité historique et non dans la vérité morale : la faute en est à une éducation médiocjre, toujours dirigée vers les objets extérieurs. Gomme on changerait de casaque en conservant le même drapeau , on a substitué de certaines formes d*école à. d'autres , mais sans qu'elles résultent d'un sentiment ou de croyances communes. On s'est cru novateur en ressuscitant des croyances non-seulement tombées, mais conspuées, la magie, les gnomes, les spectres ; ou bien Vçn renouvelle le moyen Âge sans la foi , qui en était la vie. Combien de drames, chrétiens quant au suyet , n'offrent, au fond de leur tissu bizarre, que scepticisme ou fatalité, mais non cette lutte du bien et du mal, ce conflit des principes , l'énergie qui n'exclut pas la tendresse , le péché que rachète une aspiration élevée! Combien de romans qui ne peignent que la vie exceptionnelle, une société restreinte et des croyances personnelles, Taccident, et non le vrai durable et universel !

Quand le culte de la nature redevint en honneur, on crut en trouver le sentiment dans les livres, sans avoir connu les grandes joies et les grandes souffrances, qui sont pour les flmes énergiques comme de hautes montagnes d'où se découvre le fleuve entier de la vie. Dans la poésie lyrique, on exprima avec de nouvelles formes et plus de vérité la même nature de sentiments. On chanta la patrie au lieu des amours, mais avec des accents de haine et de mort, avec des doctrines politiques théoriquement frivoles, et dangereuses en pratique. Rappelons donc que l'aspiration vers la venté encore inconnue, que l'on ne doit pas railler même quand on en doute, est la source la plus abondante des inspirations lyriques , parce qu'ella participe de l'infini , et que

L*iC0LB BOMANTIQUB. 160

bplK grande réeompenfiç , poar un auteur, est d'avoir éveiUé éau les coeurs une étincelle d'amour.

El cependant il Oaut des croyances fortes, des convictions profoodesà ]a poésie lyrique; car le doute ronge les cœurs, et la raison individuelle livre à Tanarchie les âmes énergiques; les êenvaitts blasphèment ou gémissent, selon que leur nature et les premiers événements qui les frappent les disposent à considérer b vie comme une comàiie ou comme une tragédie. Aussi voyons- «N» prédominer la satire et Télégie, qui sont l'expression de ces fpoqoes où Tezercice de la pensée est devenu comme un tourmeot. Mais ces élégies et ces satires n*ofïreDt guère que plaintes ^tcriles, héroïsme vulgaire. Le spectacle de la décadence hu- BBÎoe porte à la mélancolie, nous le voulons bien; mais aujoordlim on prend à tâche d'exagérer les douleurs. Si jadis on pzouiUait de petits vers, si la poésie était à Teau de rose ; malnteoaat on ù\t étalage de souffrances : après avoir épuisé les sources àû pathétique , on va le chercher dans les situations violentes, dans la eouche adultère ou sur les planches de Téchafaud. Ces la« menutjons sans fin ne sont pas la révolte de Prométhée contre la tyrannie des dieux , mais le fruit de cette éducation molle qui De laisse que le courage pusillanime de se plaindre et de gémir , c*est la faiblesse qui se révèle par la prédominance de la pensée ftdela parole sur Taction.

Le sentioient religieux lui-même a pris tantôt le costume monastique, tantôt un jargon théosophiste : nous ne parlons pas de ceux qui n'offrent dans le Christ et les saints que des formes matérielles , et non l'expression du lien qui rattache les choses visibles aux choses invisibles. Peut-être dans aucun pays Tinspiration religieuse n'a-t-elle eu autant d'influence qu*en Italie, KTÂce aux deux ouvrages que le monde entier connaît ' : l'un r^ignantdes peines imaginaires, l'autre des souffrances réelles, la conclusion de tous les deux est : Pardonnez !

Il fout que le poète soit aujourd'hui comme la voix des nations; et, comme la colonne de feu dans le désert, il doit mar-

' H ft'ugit ici proliablemeDt dœ fiancés de Manioni , et du livre :

Uu Priions, de Sylvio Pillîco ( Av. R. )

170 BEADX-ABTS.

cher en tête des peuples, pour les guider vers la terre promise de l'ordre, de la morale, et de Thonneur. Le bon goût, qui est la partie la plus pure du bon sens, finit toujours par répfiidier les œuvres du vice; et, dans le désaccord des esprits, tous s'aeeordent pourtant sur les idées morales. C'est donc là que doit tendre celui qui aspire à une noble influence ; il doit gourmander la misanthropie, la paresse, l'indifférence ; peindre le vice , mats pour le rendre odieux ; inspirer la générosité, rabnégation, la charité; ne pas porter les cœurs à la haine, mais à la bienveillance; ni au découragement, mais à Faction; réhabiliter l'amour au milieu de l'égoîsme; réveiller l'enthousiasme de la vérité et de la vertu dans un siècle où la jeunesse se désespère de ne pouvoir rien exécuter de généreux, et finit elle-même par ne plus croire ; raviver enfin les forces de l'esprit au milieu des désordres produits par les calculs de l'intérêt.

BB4UX-A.nTSb

Les découvertes précieuses et les travaux critiques qui signalèrent la seconde moitié du dix-huitième siècle, vinrent ranimer l'amour de l'antique , et rendre à l'art une meilleure direction.

Les Allemands apportèrent dans l'étude des beaux-arts un sentiment plus large qu'on ne l'avait fait encore , foisant de Festhétîque une branche de la philosophie, c'est-à-dire lui donnant pour base la connaissance de la nature humaine. Nous avons déjà donné à Lessing , à Winckelmann , à Suizer, les éloges qui leur sont dus. Mais l'efficacité pratique de leurs doctrines ne se fit pas sentir en Allemagne , où il ne se forma point d'école alors.

Diderot leur emprunta quelques idées, selon son usage, pour livrer bataiUe au goût mesquin de son époque. Ses lettres à Grimm, sur l'exposition de 1705, attirèrent l'attention par une critique originale , où il y avait beaucoup de vérités , roâées à beaucoup de passion. Watelet , Lévesque , Mengs , et d'autres.

BEAUX -ABXS. 171

fim pour V Encyclopédie des artides saos liaison entre eux, et ooo moins incohérents quant à la méthode. Mengs étale une foeoeepédantesqne. Il réduit les peintres à Raphaël pour le desin et Teiqiression, à Titien pour le coloris , à Ckurége pour la giiee et le dair-obscur ; il porte Tidolâtrie de Tantique jua- ^*à proposer la Hiobé pour type de la Fierge de douleur»

Algarotti, dans YEssai sur la peinture^ est superficiel oommo da» tout le reste ; mais moins encore que Reuonîco et autres pédants, qui extravaguent après le beau idéal dans une bogoe toute de convention. V Histoire de la peinture, de Laozi, plaît par sa clarté ; mais il morcelle la matière , et manque de cette pratique qui rend les jugements de Yasari nota et îBitnictifo, alors même qu'il tombe dans Terreur. Du reste 9 ces écrifains , de même que Reynolds, se contentent de pr^ehar rnoitation éclectique des moddes , au lieu de recourir à la na* tore. Milizia au contraire, plein de hardiesse, se pose en vé« litible Baretti des arts; il prononce ses jugements d'un ton quoi Ton prandrût pour de Tindépendance et de Foriginalîté , ei Tea se s'apereerait qull copie les encyclopédistes , sans s'inquiéter de fsm diqierattre leurs eontradictieos. Passionné, vietent, BU égards, il jfénigre Michel-Ange et exaJie Meng^

D' Agmeomt, qui» venu à Rome pour y passer quelques Jean, jiesta clnquanie ans, entreprit de réhabiliter les aitsdu meye» Ige. Maisaon exécution futdes plus mesquines ; il y apporta des idées d'éeole, et il ne sut pas pénétrer sous la forme pour saisir rioipiration et le sentiment. Il ne faut pas, au surplus, exiger tiop d'un siècle qui ne voyait, dans le moyen âge , qu'erreurs, barbarie, ignorance. Les temps étaient loin généralement d'être proiMces aux beaux-arts en Italie. L'inspiration religieuse languissait ; les galeries s'enrichissaient de gravures plus que de tableaux ; le luxe se déployait en olsjets éphémères et en iiDîtations françaises. On avait cependant sous les yeux les grands modèles; le hasard en révélait d'autres, d'autant plus observés qu'ils étaient nouveaux. Les ruines des thermes de Titus, les peintures de Sahit-Jean de Latran , les mosaïques de Palcstrina, furent décrites par tiabbé Amaduzai, par Gassola ds Plaisanoe , par l'Anglais Mayer, par le Français de la Gar-

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dette, et par Paoli ; de même que les monuments romains par Gontucci et par Galeotti.

Les protecteurs généreux ne manquaient pas aux artistes. Le cardinal Albani réunit dans sa villa ,^rès de Rome, tant de trésors, qu'après avoir enrichi plus d*un musée, elle fait encore Tadmiration des connaisseurs. Le Parnasse qu*il y Gt peindre par Mengs est le meilleur ouvrage de ce peintre. Le cardinal Valent! fit dessiner par l'Espagnol la Véga onze des loges de Ra* phaët en quatre-vingts feuilles ; il réunit dans sa villa , près la porte Pie, des objets rares de tous les pays, et suggéra à RenottXIV l'idée de créer au musée du Capitole une galerie de tableaux. Ce pontife acheta les précieuses antiquités de François Vettori. Clément XIV, outre le musée qu'il commença , réunit la collection des papyrus décrits par Marini , et prit des mesures pour que les antiquités qu'on viendrait à découvrir ne fussent ni déthdtes ni vendues. Pie VI hérita de cet amour éclairé pour les arts. Le prince Marc Rorghèse rassembla les richesses du <)élèbre musée qui porte son nom. L'ambassadeur d'Espagne Azara', Gavino, Hamilton, Jenkins, lord Harvey, comte de Bristol, soutenaient le zèle des artistes par leur munificence.

Hors de ritalie« l'électeurde Bavière favorisait aussi les beauxarts; Frédéric-Auguste de Saxe enrichissait VAugusteum des antiques de la collection Chigi; Frédéric- Auguste II, qui fut roi de Pologne , y plaça les trois premières statues trouvées à Herculanukn , acheta pour 4,800,000 livres la galerie des ducs de Modène, et pour 17,000 tiocats la f^ierge de Saint-Sixie, par Raphaël. Il en résulta que cette collection ne le céda , de l'autre côté des Alpes , qu'a celle de Paris pour les chefs-d'œuvre italiens. Ce prince fonda à Dresde l'école de peinture que Frédéric-Christian , son successeur, organisa ensuite sur un meilleur pied, d'après le plan du poète Frédéric Hagedom.

La gravure, qui répandait les chefs- d*(BUvre en les multipliant, eut aussi quelque succès à cette époque (1780 ). François Bartolozzi grava en Angleterre les tableaux d'Angélique Kauffmann, et valut à ce talent gracieux, mais sans sûreté de touche ni vigueur d'expression , une réputation «ipé#ieure à son mérite; il en garda toujours un peu de douceur efféminée. Pour se conformer

BSAUX-AKTS. 173

as fuk anglais, il travailla aa pointillé , genre dans lequel il se

fbçt an premier rang.

Jeaii-Raptiste Piranesi , architecte vénitien, publia des vues de Kooe remarquables par la verve, et qu*il fit accompagner de descriptions. Rosaspina^de Rimini, se fit surtout uas riéputatîon à rétnnger. Bartolomeo Ptnelli , artiste romain, grava à Teauibrte Thstoire grecque et romaine ; il prit des sujets dans la Divim Comédia, dans le Tasse, l'Arioste et Don Quichotte, SoD Meo Pattaca est une des gravures les plus originales que Ton eonnaisse.

Jean Yolpato , de Bassano, grava h Rome les loges du Vatieao : il y fiit seecndé par le Napolitain Raphaël Morghen ; qui devint ensuite son gendre ; et leur ouvrage , fort reclierché, eut me grande vogue parmi les amateurs. Ils trouvèrent des émules dans le Milanais Joseph Googi et Garavaglia, qui formèrent une Iwnne école.

La lithographie, qui eut pour inventeur Louis Sennefelder, de Prague, vînt rivaliser avec la gravure sur cuivre. Engelmann nntrodoisit à Paris, et Ulmandel à Londres. Elle répondit ao besoin, qui est devenu universel, de mettre à la portée du public les ouvrages de toute nature , et permit au peintre, sans em* pninter le secours d*un interprète, de reproduire son œuvre Ininnéme dans sa nouveauté.

François Ghingi , de Sienne , travailla les pierres dures avec UD art admirable , de même que le Napolitain Gostanzi. Les piores gravées de Sirletli , de Natter, Pazzaglia, Amastini, Marchant, Gader, Capparroni , Rega , Gerbara, des Pichler, peuvent ae comparer à celles des anciens. Lippert sut reprodoire règlement les pierres antiques, avec ses empreintes en verra et en soufre. Les mosaïstes aussi réussirent à faire pour la Vatican d*admirabies copies des tableaux des grands maltoea.

Ainsi b réforme des beaux-arts commençait en KaUe. Louis Vanvttelli ( 1700-1773), originaire d'Utrecht, et déjà architecte de Saint-Pierre à l'âge de vingt-six ans , éleva à Naples Téglise de rAnnonciade, riche en colonnes et de bon goût, bien qu'une partie se trouvé masquée. Gharles 111 voulut ériger h Caserte uu

là.

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palais qui ne le cédât à aucuo en Europe. Le pian conçu par VanYitelH se distingue par son unité grandiose, et il eut le bonheur de conduire lui-même TédiGce à fin, sans ees temps d*arrét dans Texécution , qui déparent tant d'ouvrages d'architeeture. 11 fit lenir Peau d'une distance de douze milles poar les Jardins , perçant cinq fois les montagnes sur son passage , et la soutenant trois fois au-dessus des vallées au moyen de ponts à trois rangs d'arcades superposés, de 1618 pieds de long sur 1 78 de hauteur; ouvrage qui ne le cède à aucim de ceux de l'antiquité.

Le comte Pompéi , de Vérone , publia les Cinq ordres de Farchitecture civUe de Michel SanrMicheli. H combattit les travers à la mode, et il exécuta divers travaux dans sa patrie, notamment la Douane et le Portique, où Scipion Mafïeî disposa les pierres antiques. Un autre patricien de cette ville, Jérôme dal Pozzo, écrivit sur Tart, et attacha son nom à plusieurs monuments. Vicence continuait à profiter des exemples de Palladio; et Othon Calderari , excellent artiste, à qui les occasions seules manquèrent , pourrait passer pour appartenir à un autre siècle.

Barthélémy Ferracino inventa , sans avoir étudié , des machines hydrauliques extrêmement ingénieuses; il reconstruisit à Bassano le pont de Palladio. Ferdinand Fuga, de Florence, travailla beaucoup à Rome , oik il éleva le palais de Monte-Cavallo et la façade de Sainte-Marie-Majeure ; il agrandit l'hôpital du Saint-Esprit, bâtit le palais Gorsini ; Naples doit à cet artiste la Maison de refuge pour huit mille pauvres. Nicolas-Gaspard Paoletti transporta à Poggio-Imperiale une voûte sur laquelle étaient des peintures de Roselli. Cerati, de Vicence, érigea dans Padoue TObservatoire et l'Hôpital, et décora le Pré de la Vallée.

Joseph Camporèse, de Rome, grâce à Tétude des anciens, lutta contre le mauvais goât. Il donna le plan de l'église de Genzano , et travailla au musée du Vatican , où l'on remarque surtout le vestibule et la salle de la Biga ; puis il fut employé , pendant l'occupation française , à découvrir et à restaurer de grands débris antiques.

Pierre Marini , de Foligno , élève de Vanvitelli , vint à ftlilan

BSADX-ABTS. 175

k- 1 )i.n« r w"fni;;

ramirer le palais dueal , et y dirigea des ioportaotcs, entre autres la villa royale de Monza « avec son jadn anglais , chose alore nouvelle, et les deux théâtres royaux. UaccHait à triompher des obstacles, età se plier à toutes les oéoesités; il voyait bien les défauts de ses devanciers, mais ans QSff s'en affranchir; U se rapprocha de la manière fran* aise psr une facilité sans grandeur et des formes sans relief. Pohefc tmailla aussi à Milan dans le même goât. Simon Cantoni, deU^ano, ^us eorrect, quoique moins connu, éleva dans le Uilaoais plusieurs palais, et à GÎânes la belle salle du conseil, où, poar écarter le danger du feu , il substitua au plafond en bois ne Toâte hardie, sans defii. Son compatriote Joconde AlbertoUi tniiailladans cette ville comme omementiste , et ressuscita le hJR d« artistes du seizième siècle , en décorantd*ouvrages en stoeles églises et les palais de Florence, de Napies et de la limbiniie. Il introduisit dans TAcadémie milanaise , nouvelle* ■MBt créée, un goût très-correct d'ornements architectoniques, tccn publia une série de modèles.

Cest aussi de Milan que sortit André Appiani , qui , répudiant franchement dans les fresques de Salnt-Celse les débats de ses contemporains, associa la force à la légèreté, la vivacité à rharmonie, la correction à la hardiesse. Déjà vieux , il rqiréscnta dans le palais du vice-roi, à Milan , V Apothéose de Sapoléah avec une grande richesse d'imagination et les procédci do style mythologique, revenu alors à la mode.

Cependant Rome n*avait à montrer en sculpture que de pau« nts essais; et si le cultedu Bemin était abandonné, les caprices, 1> neberebe , continuaient encore. Cest ce qu'on voit dans le ^ Vl d'Augustin Penna, qui déeore la sacristie du Vatican, telles ^iiyes de SaM-Charkt aa Corso, du même artiste, et <hos la /wtt/A tant vantée d'André Lebrun. Les Sirène* de k plaee Fantana à Milan , par JcMieph Franchi, de Carrare , sont iToDeneîlleore exécution.

Antoine Canova, dePossagno ( 1747-1822 ) , conduit à Rome ptr l'ambassadeur vénitien Jérôme Zuliani, se prit h douter de M-méme, lorsqu'il y vit régner un goût si différent de celui qu'il ictait formé. Néanmoms il sot associer tant de naturel à l'art

176 BBÀUX«ABT8.

antique dans son groupe de Dédale et Icare, qu'il anraeha les applaudissements. Il fut ebai^ du tombeau qu'un particalier faisait éleyer au pape Ganganelli. Son génie se révéla à ses propres yeux "dans ce travail grandiose ; et , se dégageant des mauvais exemples, il représttenta le pontife avec noblesse, en montrant, dans les plis et dans les détails de son vêtement, qu'il ne le cédait nullement en habileté de main à ceux qui s'en targuaient le plus. Il symbolisa la Tempérance et la Mansuétude avec un sentiment bien supérieur à celui de cette époque, et peutêtre Canova n'a-t-il rien produit de mieux. II avait alors vingtcinq ans : ce fut peu de temps après qu'il entreprit le monument du papeRezzonico. Dans Timmense édifice de Saint-Pierre la correction prenait facilement une apparence grêle; mais si les partisans du baroque avaient trouvé moyend*obvierà cet inconvénient par des masses à grand effet et par des conceptions bizarres , Canova arriva au même but en composant avec largeur, quoique avec régularité. Comme l'œil , fatigué des bizarreries étourdissantes qui déparent ce temple, le plus grand de la chrétienté, se repose avec plaisir sur ce monument!

Canova dut à ces diverses occasions le magnifique développement de 80» talent. Mais il étudiait sans relâche , et exécutait tout par luUmêniet'et-s'il produisait moins, le peu d'ouvrages qu'il créait 5^<gl^gfftteien «perfection. Il réunissait réellement les qualités qut^enil^tèiid'B^exclure chez les artistes : sagesse de composition', éKf^slon des physionomies, dessin châtié, vigueur de ciseau, et habileté patiente pour finir les extrémités, les cheveux, et donner au marbre le moelleux de la eliair, à ce point qu'on le soupçonna de vernir ses statues. Mais il répondit aux reproches de l'envie par de nouveaux travaux ; et, proclamé le prince de la sculpture , il redoubla d'efforts. Son monument de Christine d'Autriche, à Vienne, avec ses neuf statues de grandeur naturelle, est un véritable poëme. Sa Madeleine n'est pas, comme tant d'autres , une pécheresse étendue , plus voluptueuse que pénitente ; mais la sobriété du relief, l'expression de la tête, l'affaissement du corps , éloignent toute idée profane. Comme on lui reprochait d'être froid , il fit IJercule et Lycas, Thésée et le Centaure, l'Amour et tsycké, groupe»

BEAlil-ABTS. 177

pirâide feu , où la nature est prise sur le fait. Il excella aussi

imMtt les bas-reliefe, sans en confondre les effets avec ceux

ée la peiotnre.

Le scolpteor a , moins que tout autre artiste , le libre choix ki sujets; et Ganova dut se résigner à représenter Napoléon en demi-dieu, Ferdinand de Naples sous la figure de Minerve « et telles princesses sous Taspect de muses et de divinités. Beau prétexte pour dénigrer ce maître, trop exalté peut-être par ses oonteoporÛDSl Si cependant la fénut et le Persée qu'il fit pour reopbeer, dans le Belvédère , les chefs-d'œuvre enlevés par les FADçais, ne les ont point égalés, nous n'admettons pas qu'on éeÎTecn conclure que Tart italien le cède à l'art antique , mais Molcaent qu'il ne peut pas déployer ses ailes quand il se réèntàrimitation.

St la nudité mythologique pouvait convenir à Pauline BorfStiéw, qui posa devant lui comme modèle pour la statue d'une: Griee, Napoléon ne fut pas charmé de se voir travesti en Her- Qtle, lui qui devait aller à la postérité avec sa redingote grise et son petit chapeau. Canova eut occasion, en travaillant à sa itatoe, de faire entendre quelqu'une de ces vérités qui dépassent nranent le seuil des palais , et lui dire combien Rome avait perdaà réloignonent du souverain pontife. L'artiste vécut assezpoar voir le pape rendu à sa capitale; et il fut alors député par les États italiens pour recouvrer les chefis-d'oeuwe 4'art que la

fooqaêKe avait enlevés à leur patrie , et que la conquête repre-

naiL

Ce fat en Italie que le Danois Thorwaldsen exécuta tous M ouvrages : quelques-uns fournirent a sa patrie des modèles <l'on beau très-correct ; et il en a laissé même en Italie , surtout ^ le bas-relief, qui pourraient le faire ranger parmi les flasiqnes. Il se montra de force à rivaliser avec Canova. Mais , appelée lutter avec lui dans Saint-Pierre pour un monument f90SKréh Pie VII, il conçut froidement les symboles de ce çnod pontificat, dont le triomphe avait inspiré à tous, catholi- <ioesounon catholiques, tant d'allusions heureuses. Les beauxvts forent appelés par la Révolution, puis par le conquérant, à imptoviser des fêtes, des tableaux, des monuments. Maiseestra-

178 BBAUX-ABT8.

Taux, si graDdiosesqu*iIs passent être, n*enllammèrent pas le cceur des artistes , qui ne surent pas sortir de la classe des imitateurs. Les fêtes impériales étaient dirigées à Rome par Camporesi , qui dessina ensuite la place du Peuple et le jardin contigu à cette place. Louis Cagnola, après plusieurs travaux éphémères , éleva à Milan Tare de triomphe du Simpton, Tun des plus grands et le plus beau qui existe en ce genre. 11 en projeta un autre qui devait être placé sur le mont Cénis, avec cent querante-quatr« colonnes de dix pieds de diamètre. Il a laissé des églises et des clochers, ainsi qu'un château majestueux qu*il construisit à son usage. Maintenant arrêtons nos regards sur la peinture.

Raphaël Mengs( 1738-1779) quitta la Bohême, sa patrie, pour s'établir à Rome, et il y devint l'artiste le plus célèbre de son époque. Mais quelle différence de lui aux maîtres de Part! Que son faire brillant est encore loin de Hi vérité ! Que de convention dans son dessin et dans ses couleurs t On pourrait croire qu'il se défiait lui-même de l'enthousiasme de ses contemporains , car il chercha jusqu'à la fin à perfectionner sa manière. Pompée Batoni , qui était de Lucques , après avoir étudié à Rome Raphaël et les meilleurs maîtres, parvint à acquérir un coloris varié, transparent, quoique conventionnel. Il mania le pincean habilement, sans avoir pourtant un style à lui, et porta, du théâtre à l'atelier, une idée vagne et confuse de l'acrtique, ainsi qu'une manie stérile d'innovation.

Le Français David , élevé dans la manière de Boucher, son grand-père , se rendit à Rome, où 11 ne tarda pas à changer de style devant les oeuvres des maîtres ; et, prenant l'art au sérieux, il rapporta , dans sa patrie ( 1780 ) son tableau de la Peste de Marseille. Jacobin effréné, David représenta les scènes de la Révolution, en commençant par le Serment du jeu de paume, qn^ii exécuta au crayoo. La statue du Peuple, qui devait être formée des débris de celles des rois et placée sur le Pont-Neuf, était un Hercule portant inscrit sur le front. Lumière; sur la poitrine, Nature et vérité; sur les bras. Force et courage. C'était une pauvre coneeptiott. Dans sa têortêe Maraty emploi remarquable de toutes les ressources de l'art dans un sujet odieux, David eonctntra tout rintérêt sur ce scélérat et non sur Cbariotte

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Conbf , qui pourtant dêrait paraître une héroïne aux apolo-

|iiki de Bniln& Membre du comité d'instruction publique , il

ft MJgMT 3,S00 francs de pension, pendant cinq ans, à de jesoa artistes qui furent envoyés en Italie et en Flandre pour s*y potaioQiier. II dirigea Tinstitution du Musée national; et, en proposaot la formation d*un jury appelé à juger les monuments en beau-arts, il disait : « Les moaiiments des arts n'atteignent pu seakoient leur but en charmant les yeux, mais en pénétrât rime, en ûusant sur l'esprit une impression profonde. » Il lednait, mais il ne le sentait pas, lui toujours classique dans tseonpositions et dans sa conduite, terne dans le coloris, tbéitnl dans les mouTcments , dur dans le dessin.

Kapoléon lui paya 500,000 francs son tableau du Couronne'maU, le plus grand qu'il y eût en France ; et 75,000 firanes, la l>isiributkm des aigks ; pages théâtrales et froides. Il réussît nùm dans le passage du Sàint-Bemard , où il exprima ce désir de rempereur : Faiies^moi calme sur un cheval fougueux, Aprà le retour des Bourbons , le Lêonidas et VEnlécemeni des Sakiâes lui furent payés chacun 60,000 francs. Mais , proscrit eoame régicide, il mourut à Bruxelles ( 1828).

Cot de David et de son école qu*est sorti ce que Ton a appelé le style de l'empire; genre qui s'étendit avec les conquêtes tam être soutenu par les inspirations classiques ou républi* oîBes, ca ne conservant que ce qu'il avait de pire, la partie technique.

Génvd ( 1770* fB3l) peignit dans de vastes proportions VEntréede Henri i^, les BataiUes (TÂusterliiz et de Marengo; il oéenta les pendentifr du Panthéon , et mit plus de sentiment tes sa Carimne au cap Misène, ainsi que éansV Extase de Mille Thérèse. Mais il réussit mieux dans les portraiti.

A cette éeole classique se rattachent d'autres peintres d'un ta* kat grandiose et froid, comme Girodet en France, Camuccini et BcDvenutî en Italie, tous deux issus de Mengs, et d'autres encora <fà eurent l'excessive régularité, sans ce qui fait la valeur. Les sûats furent modelés , par habitude académique, sur le type des iUtaes grecques ; on attribua à des édifices d'une destination DOttTelle le caractère de l'antiquité ; le Panthéon et la Maison

ISO BEAUX-ABTS.

Carrée devinreiit des églises à Paris et a Naples ; les bourses et les douanes singèrent les Propylées , ou le temple de Thésée. On peut Toir, par les dissertations de Joseph Bossi sur la Cé/u de Léonard de Vinci , et par l'Histoire delà sculpture de Cicognara, qu*on ne jugeait du beau que sous le rapport de la forme. IJn^biographe de Canova kû fait dire « qu'avec les principes chrétiens aucun beau idéal n'est possible; qu'il n'existe d'art véritable que chez les anciens; et comme ils ont épuisé toutes les formes de la pensée et du sentiment, il ne reste qu'à imiter les Grecs et les Romains. > L'on se flatta d'encourager les arts en fondant des académies : celle de Milan se fit remarquer par le goût pur que les Albertolli déployèrent dans romementalion; dans celle de Venise, Matteoni lit de bons élèves, tels que Denini, Polili, Lipparicci , Grigoletti. De l'école de Ferrare sortirent les sculpteurs Zadommegi , Fraccaroli , Ferrario.

Mais bientôt le romantisme s'introduisit dans les beaux-arts, et marqua un retour vers le moyen âge. Aux Brutus et aux Atrides succédèrent les Stuarts, Jeanne Grey, l'inquisition, les doges , avec une fidélité de costumes que certains artistes regardèrent comme un mérite suffisant ; de même qu'ils se crurent originaux parce qu'ils changèrent de sujets et de personnages, conservant toutefois le faste, les scènes passionnées, en un mot , la seule vie extérieure ; et, dans les statues, ils abandonnèrent le contour classique , jusqu'à tomber dans l'amaigrissement et la laideur.

On se figurait ainsi qu'on réformait en cliangeant des détails; mais on ne vit pas surgir un véritable maître, parce que ces croyances pieuses ou héroïques qui sont les ailes de l'art manquaient généralement. Les expositions, devenues de mode partout, ont bien fait voir à quel point les artistes se sont écartés du droit chemin , faute de temps et de méditation. Pour se conformer au goût du public, souvent bizarre et amoureux de la nouveauté, on a plus songé à l'effet du moment qu'à des succès durables. Les maisons modernes , en outre , se prêtent mal à recevoir ces grands ouvrages , qui révèlent à eux seuls un artiste. S'il s'en présente, on les confie à des vétérans émêrites, dont l'imagination est déjà épuisée, et qui s'en tiennent à

BEAOX-ABTS. 18t

b pranère ooiieeptioo ventl^, toat extérieore et matérielle, cc éast le travail patient eonfié à des élèves ne supplée <}u*imyarùitemeut à PînsofBsance an sentiment.

KcD pcn d'artistes eompreqnent que le beau est la plus hante qpifMou dn vrai ; que l'art n'est pas sa fin à lui-même , ni «M sinpie jouissance pour les sens ; que son but suprême est la rérilé représentée dams le sentiment, et que la forme doit être le Téleaient des idées. Les théoriciens placés à ce nouveau point de ne ont eherebé l'expression qui va à Tâme plus qu'aux sens ; ib vssleat d'abord redresser le sentiment , avant de songer au onde employé à sa manifestation : seul moyen de faire que les beaox^ans soient la langue universelle de Thumanité, une source d'éoMioD sans égale , une guerre déclarée à TégoTsme.

Mais les théories académiques prévalent en Italie , qui se croit siBs rivaux dons la partie technique. Riche en dessinateurs, en ntioristes, en paysagistes, l'Italie incline du c6té sensuel; et on qui prêchent l'idée y font bien peu d^ prosélytes. On y ^oràt \Àen des sujets du moyen âge, de la Grèce et de l'Italie nodenes; mais ce qui doit constituer la réforme, ce n'est pas ■a pni plus de vérité dans le costume et dans l'expression , plaide poreté dans les lignes, plus d'ordre et de goât dans la teâmtion, mais bien le soufDe intérieur, et le désir de faire ^ beau im oioyen d'enseignement.

La senlptnre a mieux fait ses preuves; et les noms de Finelii, deTenerani iront à la postérité, comme Fœuvre colossale qui fmmmae l'are du Simplon et le groupe du Vendredi Saint. MattwureQsement les ateliers regorgent encore de Vénus et du lidss, tandis que le peuple demanderait autre chose. Dans les oïDctières, lieu de méditation et de triste réalité, la vérité est «tssi rare dans les figures que dans les inscriptions. Il est peu <le senlpteors qui sachent donner une âme à la simple statue '^ ^on ange priant , d'une Vierge résignée, et qui abandonnent la beauté de convention.

L'architecture civile s*est évertuée h reconstruire des villes ^fitiètcs , et plus encore à les embellir ; à élargir les rues devant l« nombre toujours croissant des voitures , à établir des ports , its chantiers , des arsenaux , des canaux, des ponts , des routes,

Blir. N ceMT Aies. ~ T. III. 1^

183 BBAUX-ABT8.

desquaU. Dans quelques pays, sivtool en Amérique, oit ne songe pas au beau, mais seulement à Futile, au convenable, à réconomique ; dans les autres contrées , on n*Qse se hasarder à Caire du nouveau , même lorsqu'il s*agit de satisfiiira à des besoins nouveaux. Les architectes italiens ont eu nooins oeeasioa de s'occuper d'églises et de palais que d'élev» des théâtres, genre d'édifices dans lequel leur supériorité est reconnue. Mais ee n'est pas seulement dans ce pays qu'il faut déplorer le manque de grandeur dans les monuments , que l'on condamne en les appelant jolis. Une architecture sans originalité indique que le peuple en manque lui-même.

Die beaux et vastes édifices se sont élevés en Russie ; Pierre le Grand avait posé, sur le bord de la Neva , la première pierre de l'église de Saint- Isaac, dont le Moderne avait fourni le plan. Catherine résolut d'en faire un monument digne du héros qui l'avait projetée : elle la fit recommencer par i'arobitecte Rinaldo ai 1768 , la voulant construire tout en marbre. A sa mort elle fut continuée en briques, et il en résultait un ouvrage mesquin, lorsque l'empereur Alexandre la fit reprendre par l'arclittecte Montferrand, et a(\hever dans de telles proportions, qu'elle ne le cède en grandeur qu'à Saint- Pierre die Rome , et n*a guère de rivales pour la richesse des matériaux >. Moscou s'est releié de ses cendres plus magnifique que jamais, et le Kremlin peut se comparer aux plus beaux palais. La plupart des artistes que la Russie emploie sont Italiens, f^rincipalearant du Tésin; quelques»uns Rengagent jusqu^au fond des plus lointaines contrées, et aujourd'hui même ils préparent dans le Caucase des cités et des villages pour la civilisation future. Le Russe Brulof s'est fait connaître de l'Eurojie par ses tableaux pleins d'imagination, mais incorrects.

• C'est une croix grecque de trois cent quarante pieds ; du sol jusqu'à rextrémifé de la croix , elle a trois c^nt cinquante pieds. Quatre clochers s'é!èvent autour de la coupole , qui a cent douze pieds de diannètre , et est entourée de colonnes monolithes de granit , dbtantes de quatorze pieds. Les murailles sont en marbre ; cent six colonnes monolithes de granit rouge de Finlande, avec des cliapiteanx et des bises PB bronze, ornent t'extériear.

VEAlîX ABTl 183

L'iagielerre a des peintres , mais point d'école; et elle a pro dut, a somme, peu de travaux remarquables, à Texoeption des agavcHes. La rel^;ion D*y convie pas les artistes à peindre dans ion temples la terreur ou Tespéranee, et l'enthousiasme n*est fttlafpialité dominante chez eux:aus8i préfèrent-ils le paysage, les poctrûts, les fantaisies, et les scènes tirées de leurs poètes. Us aat pris en conséquence pour modèles les Vénitiens et les HoUaMiais ; et, tout en recommandant l'antique en théorie , ils t'abmdoonent au caprice, et négligent la correc^n des formes. Beyoolds (1733-1797) s'éprit de Bapbaél, en lisant le traité de RictuRkoD snr la peinture ; aussi fiit-il heureux dès qu'il put aller ta Italie étudier les ouvrages du grand artiste. Mais , plutôt que àt ie mettre à copier les classiques, il pensait qu'il fallait s*ins* pnr de leurs ceuTres, et se ooîtfer ensuite à son propre génie. De retaur dans sa pptrie, il y devint le premier peintre de por* traits; fûble en deuin, mais cherchant scrupuleusement k SAlure, il visa au fini avec une extrême opiniâtreté. Malheunosement, à force de retoucher sans cesse, son pinceau perdit éesa fiemieté, et il finit par tomber dans le sec. Il décora le châtesH de lord Égremont, à Péterworth, de vingt tableaux qui nat ks nieilleiirs ouvrages de ce pays, surtout la Mort du car" dmalde Beau/ort.

Reynolds contribua beaucoup h la fondation de l'Académie éei beaux-arts de Londres. Le nombre des artistes et des ama* mrs s'accrut alors en An^^eterre. Ils furent autorisés à former aae anociation, et à faire une exposition annuelle. Benjamin West, soeeesseur de Beynolds, fut à la fois affecté et négligé eomaie les Italiens d'alors. Sa Cène et son Parakf tique guéri, 9û lui forent pay^ trois mille livres sterling, et qu'on voit dans 1> galerie de Londres, ne sont bons qu'à redoubler le désir (l*irriver à la salle où sont conservés les maîtres italiens. Il ténaà mieux dans les marines et dans le paysage ; le Combat de i9 Hoffue et la Mort de H^off rendirent son nom populaire; mais toat leur mérita consiste dans l'œuvre du graveur. Cest aussi éanla gravure qu'il &ut voir les ouvrages de Hogarth, qui, lOQjours ingénieux et rationnel dans la pensée , sait tirer une noralilé profonde d'un incident léger, que le sujet qu'il traite

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soit burlesque ou sérieux. Meilleur coloriste, il tûx été Fégal des Flamands.

L'école anglaise doit à ces deux artistes, ainsi qu*à Wilson , Gainsborough et quelques autres, un faire particulier, vigoureux, malgré son imperfection. Barry devint populaire en couvrant des panneaux immenses d'allégories gigantesques, sans savoir ni originalité. Flaxman traduisit, dans des dessins énergiques, Hésiode, Homère, Eschyle et Dante; il inventait et composait bien ; mais il tombait, en modelant et en sculptant, dans l'exagération.

Henri Fuseli, de Zurich (1741-1825), après avoir été peintre , devenu poète , écrivit sur la peinture et sur les études qu'H avait faites dans les galeries d'Italie. Il est épris de Michel- Ange , et comme lui il n'admet pas qu'il existe de la dignité sans action, ni du sublime sans exagération. Il/néprisait tout ce qui n'était pas médité et creusé à fond ; et il peignait de telle sorte, que Piranési lui ditun jour : Ce n'est pat là dessiner un homme, mais le fabriquer. Il eut ses succès à Londres par des peintures bizarres, comme h Cauchemar, la galerie de Milton, et plus encore par celle de Shakspeare, qui lui offrit une série infinie de caractères. Mais il réussit mieux dans la gravure, où l'on n'est pas blessé par l'étrangeté du coloris.

Beaucoup d'étrangers portèrent alors leur talent en Angleterre , où les chefs-d'œuvre étaient payés par les seigneurs et par les établissements publics à des prix énormes : aussi peut-on en admirer l'ensemble le plus merveilleux dans le pays qui en a le moins produit. Lord Elgin, ambassadeur à Constantinople , obtint l'autorisation de transporter d'Athènes à Londres beaucoup de sculptures et d'inscriptions , entre autres les statues de Th^ée et de Tllissus, les bas-reliefs et les métopes du Partfaénon. Achetés par l'État , sur l'estimation de Quirinus Visconti, au prix de 35,000 guinées, ces débris devinrent le plus bel or-nement du Musée britannique; mais l'Europe se récria, demandant pourquoi, au moment même où l'on restituait aux autres peuples les monuments qui leur avaient été ravis, on enlevait aux Grecs ces che&d'oeuvre de leurs ancêtres ?

L'Angleterre, cette terre classique des arts utiles, plutôt que

BEÀUX-ARTS. les

àtbmii-arts, eot pourtant une période assez heureuse de 1815 2 iS30. Formés à une école étrangère, les artistes affectent un 6iif iirasque et heurté ^ qu'ils appellent à la Rnbens : leurs jroofes sont à peine indiqués ; ils méprisent la forme et la pré- «ioB, cherchant plutôt des effets d*ensembleet de premier jet fw la coffTection et hi pureté. On prendrait certains tableaux anglais poor des palettes, à la fin d*une journée de travail ; ce D est qik force d'observer qu'on y distingue quelque chose. Eadins à Texagération et à la bizarrerie , ils ne procèdent que |ar sauts, dans le coloris comme dans la composition ; peintres dePeffet, ils sont excellents où il faut du faire et de Thabileté de BMÎD. Il en résulte que Tart y tourne facilement à l'industrie , comme on le voit dans les livres d'étrennes et dans les illustra^ tkns. Les Anglais conservent encore la supériorité dans Faquareiieet l'aqua^tinta.

A dé&ut d'inspiration religieuse ou de sentiment, les artistes aaglais produisent, lelon le caprice des particuliers, des portraits, des tableaux de genre, des scènes de poèmes et de romans. Les portraits de Lawrence, élève de Reynolds, négligés du reste, &ODK remarquables dans lestâtes par la dignité qui y respire, et qui convient à un peuple libre. Dans les sujets historiques, les Asgias recherchent avec prédilection le détail , les petits effet*!, raneedole. Wilkie représente des scènes familières et fantastiqves, tantdt gaies, tantôt pathétiques. D'autres rassemblent dans de petits cadres une infinité de personnages, comme Famer, «itcor d'^/jtnl^a/ sur les Alpes, de la Fondation de Carthpgef des Pluies d Egypte, et Martin , habile à leur donner ce vague, ce£mtastîque qui séduit l'imagination. Turner, meilleur paysagiste que Martin , produit plus d'effet dans les tableaux que dans les gravures, tandis que c'est le contraire pour Martin , qui n'a point de coloris.

Dans la sculpture de portrait ou à la manière italienne, West< maeott, Gifason, Chantrey , Soanne, Rennie, se sont £ut une belle réputation. Flaxman s'est fait connaître par les monu* ments de Collinsà Chichester, de lord Mansfield à Westminster, et les statues de Washington et de Reynolds. Wyatt a terminé en 1646 la statue équestre de Wellington, dans des propor-

lions énormes et en costume moderne; elle t coAté M/KM> livres sterling.

L'architecture est toujours restéoen Angleterre une entgcpriia et un métier. On bâtit plus à Londres que dans aucune Tille do monde , mais il ne s'y fait rien de beau ni de grand : on peut citer cependant la salle de Westminster, reconstruction gothique de Barry, dont la dépense s*est élefée à un million sterling^ rhdtel Wellington , et les Êiçades menteuses de ReioentVPark.

Cunniogham, dans son Histoire de Céook anglaise, déterrant force mérites inconnus , prise beaucoup trop des œuvres médiocres, et traite Tart sans se préoccuper de Tépoque où vécut l'auteur dont il parle, ni des circonstances qui ont agi sur sou talent.

£n Amérique, le peintre d*histoire TrumbuU (1 725-1 80S) s'est fait un nom populaire , dans ce pays peu fovorisé de Tait, en décorant le Capitole de Washington.

En France, le premier des peintres de genre, Greuze, 8*était fait une grande renommée dans le siècle passé. Ses rivaux d'abord le trouvaient trivial, parce qu'il était vrai. Il fit le voyage de Rome ; mais, tenant à garder son originalité, il trouva qu*!! valait mieux étudier le beau ciel du pays, ses belles femmes, et il chercha la poésie dans la vie et non dans les réminiscences; il ne s*entendait guère à représenter les rois, les héros, les Gfees et les Romains. J*ai trempé mon pinceau dam mon eotur, disaitil. I^'observant pas par les yeux seulement, plus poète qu'aucun de ses contemporains, au lieu de peindre des scènes de cabarets et de cuisines, il peignit la vie de famille , comme dans le Père paralytique, la Bonne Mère y la Malédiction patemelie, la Dame de Charité* 11 tombe quelquefois aussi dans le théâtral , et répète les mêmes caractères de têtes , bien qu'on retrouve dans leur fini ses qualités de peintre de portrait. Il né* gligeles draperies, et cherche trop le relief. Lebas, Cars, Martenasie, IVlacret, Massard, Porporati, et Flipart mieux encore, ont gravé ses ouvrages; mais il mourut pauvre et ouUié dans son pays, alors tout absorbé par la vie politique.

A cette époque, où Julien, Houdon, Moîtte, Cliaudet, ramenaient la sculpture vers l'antique, on voyait dans la peinture

BEIUX-ÂBTS. ^ 187

Siceéder, aux traditions de Vanloo et de Boucher, le goût uoble eîjo£eum, mais académique, de Tien, Ménageot, Barbier, Reennlt, Tinceot, et surtout David. logres effectua la transition eoin les principes de la statuaire qui avaient gouverné Técole de David, et le mouvement qui s'est produit plus tard. Il retrouva dans son dessin les qualités de l'ancienne école. Delacroix nedle dans le coloris propre à la peinture historique. Delaroche imt de l*an et de Tautre ; il recherche les sujets dramatiques, et wie ses compositions avec l'entente la plus habile des procéiâ de Part La peinture religieuse â peu d'éclat en France, où Ton se repall de la gloire militaire et patriotique. La première est eocooragée cependant par des prix, par des récompenses, et par noe publicité qui n'a point d'égale dans aucun autre pays. Le roi Louis-Philippe a ouvert à l'autre un noble champ , lorsqoH a ^t de Versailles un temple consacré à toutes les gloires lutioDales. Ia marine et le paysage ont eu en France leur moment d'éclat. Aotoine Vemet, peintre d'Avignon (1714-1789), fut le père de ce Joseph qui pendant son séjour en Italie s'éprit de passion pour la mer, et qui se fit lier aii mât d'un vaisseau pendant une ^pêie,afin de mieux la contempler. Après vingt ans de travaux n Italie, appelé par Lonls XV pour peindre les ports de France, il s en acquitta avec une habileté qui a fait sa renommée , et sut jeter de la variété, de l'intérêt dramatique , dans ces sujets uni* formes. Son fils Carie (1758-1 83e), qui excella surtout dans les ctiocsde cavalerie, représenta plusieurs batailles delà république. Horace, son fils, se conforma à l'esprit d*une époque qui subs- ^ la prose au vers, le roman à l'épopée, la gazette à l'histoire; il abandonna résolument le grec et le romain en vogue sous rempire, où, même dans les sujets de circonstance, on calquait les bas-reliefe antiques. Improvisateur du pinceau, il reproduisit la multitude sans idéal , les soldats dans toutes les situations de la vie militaire , avec une fécondité qui empêcha sa vogue de se refroidir. Le sentiment napoléonien, qui s*était noimé sous la restauration comme une protestation contre elle , demanda incessamment des scènes de la grande armée ; puis , lorsqu'il pouvait se trouver épuisé, la révolution de Juillet

18S BIUUX-ABTS.

et la guerre d'Alger viiureot lui fouroir de nouveaux sujeti.

Les marines de Gudin , les scènes champêtres de ce Léopold Robert qui se donna la mort à Venise ( 1883 }, les sujets tendres et profonds d*Âry Scheffer, éveillèrent les sympathies , en s'adressant à dessentiments universels. Dans son tableau du Chrisi au milieu de$ affligée, Scheffer a symbolisé tous les genres de souffrance : c*est une mère privée de son fils, un poète dédaigné, un Grec et un nègre chargés de chaînes , un Polonais égoi^ , des vieillards succombant sous le poids des infirmités, des ouvriers affamés; tous entourent le Sauveur, en qui se peint la bonté, la compassion, Tamour de cehii qui a souffert pour ceux qui souffrent.

Après le Naufrage de la Méduse par Géricault, dont Tapparition produisit une sensation profonde et fraya la voie à une nouvelle école, les novateurs cherchèrent, ayant tout, le drame et la passion. Mais en France, comme ailleurs, il n'y a plus d'écoles aujourd'hui ; il n'y a que des individualités. Les artistes, sans lien avec ceux qui les ont précédés , sans égard pour ceux qui les suivront, jettent sur la toile les premières conceptions venues ; on se sert de la religion comme d'une mythologie à'iaquelle on ne croit plus.

La sculpture, en France, a été bien servie de nos jours, et les sujets ne lui ont pas fait défaut : David d'Angers a reproduit avec une grande vérité les contemporains illustres, ftlaroelietti, Bosio, noms italiens, ont exécuté des travaux remarquables ■ . La Belgique en doit aussi quelques-uns à Geefs, qui a immortalisé les héros de sa dernière révolution.

L'école de Mengs à la fin du dixrhuitième siècle, et celle de David au commencement de celui-ci, avaient détourné la peinture allemande des traditions originelles : méprisée par les étrangers, elle s'estimait elle-même; et, appliquant à ses types les idées classiques de Winckelmann, adoptées aussi par Goethe ei

I On pourrait, saos trop multiplier les noms propres dans cette rapide revue, en ajouter quelques autres ( et ce serait justice ), tels que : Pradier, Cortot, Dumont, Durct , de Tlnstitut , et la princesse Marie d^Oiléaps, (iQnt la Jeanne (TArc est un chef-d'œuvre devenu populaire. (An. K.)

pvies autres eritiqucs. elle se résignait à robecurité des imi-

tHWB; aossî ne eonnaissait-onpas ao dehors Koch, Wschter^

Sdàà^ Hartmann. Quand les études se furent retrempées dans

le sotiment de la nationalité , on se dégoûta du mythologisme

icadonque. L'esthétique , fondée sur la psyehologie , enseigna

rmoitf de Fart arec la philosophie, avecla religion , avec PhiS"

taire; le résultat fut la restauration du style chrétien , et une

nrte de dérotion de l'art. Mais les novateurs se laissèrent en-

tnteer, surtout à la suite de ScbelUng, dans une esthétique

toâreuse, qm oonsista plus en règles qu'en pratique. Us af-

taèfcnt une âmplicité puérile, une étude de la vérité triviale ;

ei, peu sûrs de leurs forces , Os cherchèrent des types non pas

diQs la nature , mais chez les Byzantins , dans Cimabue, dans

Besuaeling, sabstituant une ioiitation à une autre, et non la

Write.

Ils sentirent hien que Fart doit représenter Tétat social, et foe par conséquent il doit être chrétien ; mais ils ne virent psiasKz que le christianisme, immuable au fond, est soumis as progrès dans ses formes. Ne retournez point en arrière on raDoolei jusqu'au berceau, mais ne vous arrêtez pas à un point vMaire; gardez-vous de copier, mais apprenez comment on (ioit imiter la nature. Adonnés à Tarehasme, trop ûcile à des époques d'érudition, les Allemands sacrifient, la forme et la couleur à la pensée, lorsqu'il faudrait produire tout d'un même jet Ils veulent que la forme soit une et spontanée, mais ils n'en recherchent pas la perfection, comme s'il suffisait qu'elle exprimlt certaines abstreetions.

Or, les abstractions sont encore un de leurs abus. En s'étudiaot nn-mémes, ils perdent cette naïveté à laquelle ils veulent arriver par l'élude ; en cherchant le symbole, ils deviennent obscars, et ils auraient besoin de longs commentaires. Owerbeck, l'on des plus sages , eut besoin d'écrire un livre pour expliquer fOA triomphe de la religion dans les arts. Les meilleurs ont un Matiment profond , mais avec des formes débiles; et ils embellissent la maigreur ascétique d'un placide sourire , qui ferait confondre l'amour et la foi. Ces artistes, étrangers au luxe de la société élégante, ont peu d'ambition, et cultivent rai| avec

1M BEÀUX-ABTS.

ooDMîetioe. De petits princes, et méoie des villes, ont dépensé des sommes énormes pour favoriser les arts. Il Êiut citer à leuF tête le roi Louis de Bavière, dont la capitale est devenue Fathènes de F Allemagne. Des rues entières ont été bordées de parlais imitant les styles romain\ florentin, gothique. PUKîenrs églises, construites sur les dessins de Kleuze, de Ohlmûller, de Gartner, de Ziebland, ont reproduit les édifices byzantins, les basiliques, les cathédrales du moyen âge; et leurs vastes murailles se sont offertes aux habiles pinceaux de Zimmecmann , de Schadow , de Rottmann , de K olbach. Dans ie palais du roi , une suite d^appartements est décorée de sujets anciens on mo* demes ; le bazar est consacré à Thistoire bavaroise '. Puis c'est à peine si l'atelier du sculpteur Schwantfaaler et la fonderie de Stiegelmaier peuvent suffoe aux importantes commandes de l'Europe entière.

Cornélius, qui a peint à fresque dans le palais les légendes germaniques, dans Saint-Louis llmmense Jugement uninersd, dans la Glyptothèque les histoires des artistes, mélange de mythologie, de christianisme et d'allégorie, où Fortoul croit voir le système de Fichte personnifié, Goméltus s'est trop épris* de Michel-Ange ainsi que de la peinture décorative eonventioniielle, et il a voulu associer le gigantesque aux chastes pensées de Part chrétien. Schnorr a f^mlies Niebeiungen avec un talent des plus hardis ; il y a empreint le grandiose et la rudesse, qui sont le cachet de l'époque. Hess a fait, avec un sentiment profond de Tart chrétien, les Vierges et autres peintures, dans Saint-BoniÛKse, basilique à la romaine, et dans la chapelle byzantine de Tousles-Saints.

Ce fut le 18 octobre 1849, anniversaire de la bataille de Leipsick, que les arts fêtèrent Fouverture de la Walhalla près de Ratisbonne, le plus vaste monument de l'Allemagne, bâti par Kleuze, que le roi de Bavière a consacré à tout ce que la

* Cette inscription frappe les yeux en entrant : « Sans histoire de la iKitrie, il n*y a pas d^amoar de la patrie. ( Ohne Gesehichie det Varterlandes gibt as Keine Vaterlandsliebe. )

* F^oul, De Part en Allemagne , 1842.

BBADX-ABTf. IM

pwée oo k forée onl ftodeit d'illoslre eo Allemagne, et aifiel ODt mis la main tous les artistes dont la Bavière peut iloMrar. Cesl un temple doriqtte, sitaié a» mie émioence, M ta monte per trois rangs de terrasses aux escaliers variés, K 4oet le revêtement est dans le genre ejrclopéen. An^demis l'aère ee vaste parallékigramme entouré, à rextériear, d'en férisqrle oonronné d*wie frise, où Martin de Wagner a repré- RBiê, lar deux cent vingt-quatre pieds de développement, des ajeti tirés de rhistoire d'Allemagne* Les deux frontons 6U|^x)rlat cfaaeun quinse statues de Scbwanthaler. Dans la-ealle in» tôisofe sont placés, à difiEérentes hauteurs, des bustes, des statues, ou au moins les noms des Allemands célèbres; le tout ca anriwe Uane, avec des orarailles ookHrées , an plafond peint •t àvé, an pavé en mosaïque, orné de celomies et de tous les èenx de roigrmpe Scandinave.

Dsas les pays protestants mémOtOn a senti le besoin de reicsir à Part chrétien; témoin les écoles de Berlin et de Bassel» dorf.Hactnaan de I>resde, savant en dessin et en composition, tstaiivé à se faire une main hardie. Le Christ depani PUate, pv Hemael, est du nombre des bons tableaux réligieiBE. Ascbembaeh. Leasing et quelques autres, ont réussi dans le paysage. Kapdveiae et Domhauaer ont su plaire et toucher. Joseph FîMch, de Bohême, se distingue parmi les cbampiona de la pdaCare eat^iolique.

L*école actuelle de HoUande est moins connue qu^elle ne le Béfiie; nuâs les paysages de Vanhaanen sont admirés dans teuse l'Eorepe. ^

La Suisse aussi compte phisiedirs paysagistes, en Itte desquek il fr ut nommer Galanie.

En résnmé, le culte de la pensée dans l'art tend à se substituer à celui de la force pure, et nous promet une sorte de renaissance i^us vraie peut-être, et eo tout cas différente, de celle qui 8*est accomplie il y a quelques siècles. Toute grande nfimne n'est que l'expression collective des convictions indiviéwilcs et de Tidée sociale ; mais toujours le sentiment individuel devance de longue main et prépare le sentiment public ; il faut du temps pour que les académies, les commissions , les

19fi BEÂUX-ABT9.

gouvernements arrivent h comprendre ce qn*nn esprit d*âite a deviné.

L'esthétique aujourd'hui établit ses lois, non sur des préceptes arbitraîreSt mais sur les enseignements de l'histoire; plusieurs systèmes sont en présence : les uns veulent faire prévaloir le sentiment individuel sur l'autorilé des exemples et des traditions, d'où résulte plus d'indépendance que de Justesse; d'autres voient plos de profit à observer les lois générales de la convenance et de l'harmonie; mais tous s'accordent à reconnaftte que l'art atteindra son but suprême, quand la ré* forme sera l'expression vraie de l'esprit et des besoins de notre temps.

On étudie avec passion l'histoire de l'art, quoique les efforts ne répondent pas toujours à la grandeur du sujet. 11 n'est ni homme ni monument qui n'ait son panégjrrique ou sa monographie. On interroge les archives pour en exhumer les souvenirs perdus, ou corriger les erreurs qui ont œurs. En se plaçant à des pohdts de vue nouveaux, on porte sur les œuvres anciennes de nouveaux jugements, on hasarde des théories qui renversent les anciens systèmes de l'école.

Répudier les mauvaises pratiques du siècle passé ; rendre à l'imitation la force qu'dle a perdue ; rompre avec certaines conventions admirées par la société plus aristocratique d'un antre temps; donner aux ouvrages une autre valeur que celle de la perfection matérielle; suivre Tindépendance de rinsfuration : telle est la mission difficile des artistes. Celle des critiques est de porter leur aflention non point seulement sur la forme, mais avant tout sur la pensée qui a dû naître dans l'âme des artistes avant de prendre corps dans le marbre ou sur la toile.

MOflQUB. tH

NCSIQCC

V0fén «n Italie eomàxtà d'abord dans un speetaele où la poésie, léchant, rinstrameatation, la décoration, se troQTèrent anooéi. On ]eaaé|mra plus tard ; la poésie n'y eat ensuite qu'an riNeMocDdaire, funa on se passa de cet accessoiie dans les symphwifs, et enfin rinstrufflcntatîon prévali]^.

Le ballet vint après, qui fit concorrence à Topera. A peine coBUDcaçait*!!, qne le silence se faisait dans les loges, où Fon Btieffaisit point, pendant le ehant, pour causer baut, jouer etnsBs«r. Les danseuses avaient, pour se fiiîre applaudir, des «ftfiBi qn^ii eât aisé de deviner.

n n'est pas étonnant que la musique ait acquis dans les soàétés modernes on empire inconnu aux anciens. Le peuple alors m contentait do pain et de spectacles ; chez les modernes la classe âcfée, manquant d'occupations et ayant besoin de se distraire, chtrehcrait à se mêler des affaires publiques, si les gouvemeneits, dansoertaioB pays, ne songeaient à l'amuser et à retour- 4t* Anssi, deposs le tempe où les ménestrels égayaient les fêtes teeonrti^énières, nous voyons la musique jouer, dans la sodété , on WMe qui ne £ait que croître à mesure que celle-ci se nOna. Tout prince avait a son service des troupes de musiciens ; fopéfa passa de l'Italie dans les autres pays; et, dans le dernier liède, plus d*vn roi, non-seuleaoent joua de quelque instrument, BHis aefil eompoaiteor. Le régent de France composa la musique éàFmUkée:l»m GeorgeéUbliiiiLoQdBesropéitaitalienenlTlO, et envoya fisendel à la recherdM des. meiUeores voix. Léo» poid I^ rinuodnîsit à Vienne; Charles VI fit un opéra qui fut chanté par les principaux personnages de sa cour, tandis que luifiusait sa partie dans l^rehestre, et que ses deux filles sur la scène. Frédénc II, si parcimonieux, entretenait «n tiiéfitre sur sa eassette, et envoyait lui-même leslûllets d'in* citation. Les bonnes tragédies et comédies devenant rares fivnt

la fortune de Topera, malgré ses défauts etson Whienee em^ ruptrice. En France même , ce n'était point déroger que de chanter en public. Bien d'autres villes que Paris avaient des salles, des concerts et des académies de musique; c'était man* quer d'éducation que de ne savoir ni chanter ni jouer dHm instrument Le luth et le téorbe, qui avaient lait les déliées du siècle précédent, firent plaee è la basse de viole et au daveein', désormais en &veur ; mais le violon et raecompagnement étaient si peu considérés alors, que le régent n'en trouva pas pour fiare exécuter les sonates de CorelK. C'était eueore le vègne de Lambert et celui de Lulli, révéré comme invienteur« parce qu'on ne connaissait ni Carisaimi, ni CâvaSi, ni tous ceux qu'il imita. A peine un air de Lulli eommen^t-il a?€0 oe prsifo aux cadences marquées, que tout Tauditoire se mettait à raœooi* pagner. C'était une musique ûieile, expressive, bien lianno* nisée, qui s'exécutait sans effort, et qui n'usait jx)înt les ehan* teurs. Elle exigeait plus d'inspiration que d'étude; et en effet, sous la régence, le mousquetaire Destouches oooiposa un opéra sans connaître le contre-point Mais partout SLilleurs la musique italienne avait prévalu, et l'Italie produiaait me foule d'excellents chanteurs; Bologne et Naples forent surtout favorisées. Baltbasar Ferri , de Pérouse, « qui d'Une haleine deseendaitet remontait deux oetaves entléns atec un trille eontina sans accompagnement, » fut l'objet d'un eathousiagmie imiverseL On pliait au-devant de lui à trois milles de Fk/Renee; ce n'était que portraits , médailles, sonnets en sen honnev. Farinelli, à la voix vigoureuse et flexible, rAsevalt à Madrid quarante mille livres par an, pour chanter ehaque soir devant Philippe Y. Les chanteurs étaient payés largeoMut, surtout les castrats, qui alors se maMplièrent Du reste, beaucoup de prétentions et de rIdieiAeschet ces artistes ;les virtuoses bottaient la mesure avec leur sceptre ou leur éventail, riaient avec les loges,

* Le forte-piano n'a pas été lovent^ comme on Ta dit, par P AHenasd fiehrœter, mais par Barthélémy Cristofori, de Padoue, qaf ITappeb cembaio a merleflelli. Ultl l'améUora eneoite. (OMti, Œwres, I. XIV. )

MUftlQIiB. ifto

éa Ubac» traitaieat le souffleur d'âne bâté , se délamieiu ehanter, et finissaient par se trouver à moitié

MakiUés. Goadagni, gui jouait le rôle d'Aétius, s^habillait Ci Ibéiée à la dernière seène, pour se donner le plaisir de eonbittre le Minotanre.

Déjà rordiesti» s*attri]»aait Tlmportance prinfcipale ; on companitla onisiqoe «vmt les paroles , les récitatifs étaient n^gà, €t repéra buflb, qui ne faisait que de naître , était prostitué. Aiif«|ilQs, la musique d*église n'était pas plus digne que celle ds tliéâtre : elle était Imijante jà Teicès ; les instnunents à vent éiMt iotcrditsdaas eertttos rites, on les faisait jouer au dehors.

Le dii huitième siècle pourtant produisit d'excellents mattaftdsque Porpoi«, Féa, Gorelli, Tartîni. Pergolèse, inimitable de liiBplicité et de grandeur, porta très-loin Tbarmonie; et il se soait eorrigé de tes déûiuta, s'il ne fût mort à vingt-six ans* Il n'ent que daa nfflets de son vivant ; à peine avait-il rendu le denier soupir» qu'il était proclamé le Raphaël de la rouaqae; en effet, son opéra de la Servante maltresse est un des cbeU'œuvfede Fart.

Rieelas Jomeiii (17 14-1774 ) s'immortalisa par son Miserere, ddiBs plusieurs drames de Métastase perfectionna la musique de théâtre. Jean Paesicllo (1741-1806) perfectionna la symphow, et employa largeoMnl les instruments à vent, mais de mawreà ne point eouvrir la partie vocale. Il introduisit le final deai repéra sérieux , les chœurs dans les airs , et il réunit à rmé die la pensée mille variations : son Te Deum et sa FoUe par amour sont des modèles dans des genres opposés.

Deminique Cimarosa ( 1754-lgOl ) fit la musique de plus de cent Tiogt opéras, qui se distinguent par d'heureux effets seéûqacs, par Tunité des partitions et par la richesse des acoom- Kaemeats. Son Mariage secret est encore représenté aujourd'hui. Sacchini, qui séjourna longtemps en Angleterre , platt pv us fine aimable et facile , par la douceur et la mélodie. Son f^:dipe à Cotone parut en France le comble de Fart. CaffancUo sot adapter les moti& au sentiment du poète. Tous trois <^eBt Napolitains. Nommons encore Pachierotti , le philosophe de la musique , et Ferdinand Bertoni , de Salo.

106 MUSIQOB.

En France la théorie se perfectionnait : Rameau publiait, en 1724, son premier recueil de sonates pour le claveoin, en employant cinq clefs au lien de neuf. Deux ans après, il supprima encore les trois clefs ^ut, en ne laissant subsister que celle deyb pour la main gauche et ceHe de èoI pour les notes aiguës , système qui est encore suivi aujoindHiui. Il s^élait élevé contre le go^t français dans son Traiiêlh VHûrmxmie; mais il resta obscur jusqu'au jour oô il en vint à TapplicatioD de ses préceptes, c'est-à-dire douce ans plus tard. Dix^sepl opéras composés en peu d'aimées attestèrent sa fécondité; et, bien que les partisans de Lulii le trouvassent dur et outré, sa musique prévalut. Alors son Syttème de la basse fonda' mentale se répandit, et pendant un demi-siècle on n'écrÎTit plus que d'après des formules commodes, mais dans l'application reconnues contraires aux faits que fournit l'expérience. Rameau, de même que Tartioi, cherchait l'explication philosophique de l'harmonie , à l'aide d'ingénieuses expériences d'acoustique. 11 est certain que de pareils moyens n'étaient pas à la portée du commun des compositeurs, et qu'ils réduisaient à un pur calcul la philosophie d'un art dont la principale puissance réside dans le sentiment, et chez lequel les explicatioiis de Facoustique ne rendent jamais compte du rhythme.

Ces recherches attirèrent sur la musique l'attention d'esprits supérieurs, tels que Rousseau, d'Alembert, Diderot, liais tandis que le premier voulait rejeter tous les moyens d'expreasioa que l'harmonie foumità la musique, d'Alembert disait : Comaie géomètre f Je crois devoir protester contre l'abus que f on/ait, en musique, de ia géométrie. Martini (1706-1784), de Bologne, écrivit aussi sur les rapports de la musique avec les mathématiques , et fit un recueil très-étendu de traités sur cet art II associa à la théorie une excellente pratique, quoiqu'en montrant plus d'art que de génie. Dans tes trois volumes de son Histoire de ta musique, il ne va pas au delà des Grecs. Il voulait que l'on conservât à la musique sacrée le caractère grandiose, sans les mignardises du théâtre et le fracas de la place publique.

J.-J. Rousseau soutenait, avec Grimm, qu'il n'y avait de bonne musique que celle d'Italie, et qu'aucun compositeur ne

UtSlQUE. 107

rcoperbit sur Pergolèse; son petit intermède du DeviH du fiCÎyedétMlia les Français, par sa facile et gracieuse sîmplidtét dosvilèfiiede Rameau. L'italien Duni et le Français Pfailidor, flompostoirs d^opéras-eomiques, ainsi que Monsignj, eontriteèrênc à fiiire ooMier entièrement la lourde musique française. Gène réfolotion fui comi^étée par Grétry ( 1741-1818) : défi f/eosatik à Tâge de quatre ans au rtiythme musical , il s^épnt deb Bianière italienne en entendant un opéra de Pergolèse , et répudia ks méthodes mesquines de son pays. Il arriva en Italie avec une étrange compagnie , dont il raconte , dans ses Mé* iDoires, les aventures joyeuses. Les beautés de ce pays, dit- il, fveni la première leçon de musigue que Je reçus en Italie; k chant des belles Milanaises laissa vn éternel écho dms mon àme. Les minenti de Rome, les églises et les palais, produisirtnt sur lui autant et plus d'effet encore. 11 aborda la musique rdigieuse , qui , grâce à Clément XIII , se dépouillait de ce qa*elle avait gardé de profane ; puis il se donna au théâtre.

Lorsqu'il eut triomphé des premiers obstacles qui attendent dans Paris ceux qui vont y chercher la gloire , il fut porté aut Does, et devint, dans quarante-quatre opéras, le créateur d'une musique française, aimable, gaie, vive comme la société. Il chercha le sentiment plus que le bruit, la grâce plus que la force, Hnspiration plus que la science; et il disait : Je veux faire des fautes; tharmonien'y perdra rien.

Tandis que l'art se réformait dans ropéra-comique, les adeptes de la musique française suivaient encore ses vieux errements dans le grand opéra , lorsque parut Gluck. Associant à la profoodeur de la science harmonique des Allemands Tinspiration mélodique des Italiens et la justesse dn sens français, il obtint à la fois harmonie, mélodie, expression convenable, et créa enfin la véritable musique dramatique par V Orphée, représenté à Vienne en 1774. VArmide, YJlceste, les deux Iphigénie, montrèrent jusqo où peut aller le génie musical. Toujours ûdèle à l'expression dramatique la plus sévère, il n'admet pas les doux repos de U cadence naturelle; aussi n'a-t-il pas les tours larges et symétriqœs , ni les ondulations de chant , ni les passages inattendus des compositeurs italiens .

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Gluck fut soatena par la protection de Marie- Antointfle; mais ses nombreux adversaires appelèrent à Paris Nicolas Pie* ciai, élèfe de Durante, qui s'était placé du premier coup au rang des matuce par la Zéaobie de Métastase. Il introdaint d'heureuses innofatieM^ les deni-tons dans lepatliétiqiie« plus d'art dans les morceaux d'enseosble , et les instruments à Tcnl dans les orchestres. Il substitua dans le genre bouffe Texpression gracieuse et Tharmonie , à la musique de notes et de pa* rôles. Il avait déjà fait représenter cent opéras quand il arriva en France, où se forma aussitôt le parti des pîccinistes, qui se firent une arme de ses beautés pour combattre la vériié mttfî* aile dramatique au nom de la mélodie pure. Ceux-là soutenaient que la musique consistait dans la mélodie et qu'elle succomberait s'il lui fallait suivre les inepties des poëtee. Les gluckistes, au contraire, soutenaient que la vérité de l'expression est inséparable de la véritable beauté dramatique, dans laquelle la poésie et la musique doivent se donner la main.

Des musiciens illettrés, des gens de lettres qui n'entendaient rien à la musique , la foide des oisifs et les pbik>sophes hargneux , se prirent de querelle pour ces deux rivaux. Quelques ▼érités pourtant se firent jour; mais, au milieu de mille extrava-t ganees , on ne comprit pas que l'expression minutieuse de disque syllabe ne peut logiquement produire en musique que le récitatif; tandis que la mélodie n'est qu'un moyen de charmer Foreille. Il y a pourtant un point de jonction, quand la mélodie, sans s'asservir à chacune des syllabes, saisit le sentiment da personnage et en rend l'expression , autant qu'il est donné à 1^ d'y atteindre.

MéhuI, enthousiaste de Gluck, comprit, avec l'instinct de rharmonie plus qu'à l'aide de fortes études , le parti qu'on pouvait tirer de certaines formules italiennes. Son Euphrosinej qn'il donna à l'Opéra-Comique, offrit des morceaux d'une facture large, une orchestration soignée dans les détails, et des modulations inattendues pour couronner la cadence finale. Mais il a peu de variété, et moins encore de grâee.

liC Conservatoire de musique ayant été réorganisé après la Terreur, le théâtre se releva. Comme on revenait en tout ap passé,

bwB^iiepntleméiBediMnki, grAee au Fkmollii CbeniiMm ( f 7M-1S43 ), qui éenvit pendant pli» d'un demi-siècle. A vingt* fiBlieaiMvil avait iM^ âût sept opéras applandis : ayant quitté Laaini pour Paris , il adopta un fittrenooTeau, qui tenait tout àliftwde nmiea «t du Êmaçais. Dans aa LodtiUka (17»t ), il daaaai la musique unaeitaitionineottnQeetdcf {noportions ifittliées, tant dans le dMnt que dans Torchestre. Spontini à qui Ton doit la Festoie et Fernand Cariez^ Nioolo» Boiddieu, esKat la vogue dans les dernières années de Tempire.

Haoïdel avait porté très-haut roralorio en Allemagne. Mozart (17S6-179I ) excella dans tous les genres. Son Don Juan et sa FUie enehamiée aont des chefs-d'œuvre, de même que ses nesKS, son Requiem, sa musique pour le piano. Il e^ grave, ivofond, penseur^ autant que Qmarosa est vif et flexible : i*un est pins intime, Tautre plus extérieur; le style de TAllemand ca large et ferme, celui de Tltalien chaleureux et de premier jet; l'on touche TAme, Fautre oharroe les sens. Gréiry, à qui Napoléon demandait ce qu'il pensait de ces deux maîtres, lui lépondit : GmaroHt met la statue sur le théâtre et lepiédes* talému VartheMfyre ; Mozart fait le cmUraire.

Avec rAutrichien Haydn ( t7S9*1809), le Michel-Ange de la laariqoe, oommença une révolution dans la partie instrumentiic, qui jusqu'alors n'avait été que Taccompagnement de la mosiqoe vocale. M^nt à profit l'habileté de ses compatriotes daBsl%xéeution, il créa la symphonie, en perfectionnant les éivenes oombinaisons d'orcliestre, et surtout en trouvant la véritable forme des phrases, des périodes , des dimensions, qui coDYenaient à la musique détachée de la poésie, alors qu'il faut sappléer à la parole par des comblDaisoos musicales propres à faire naître chez l'auditeur le sentiment voulu par le maître : c*était d'abord l'unité du motif, c'est-à-dire le choix d'une fornale mélodique ou rbytlimique, renfermant les germes de développements de toute nature, dérivant Tun de l'autre, de sorte que le compositeur pût déployer sur son thème toutes les ridiflues de l'harmonie, de la modulation et de la sonorUé de roichestre. Une pareille unité ne peut exister sans monotonie dans le drame, à cause du changement des situations; et la

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