ÉRUDITION
sion de savants, dont il se fit accompagner, recueillit et rapporta en Europe des reliques précieuses de ce mystérieux pays , qui . donnèrent naissance à des investigations nouvelles, et font espérer de voir un jour tomber les voiles de la mystérieuse Tsis. L'inscription de Rosette , en trois langues, fait particulièrement es* pérer la découverte de Talphabet hiéroglyphique; mais les systèmes divers proposés par Champollion, Klaproth, Jonny, Seiffiirth, Phasiri et autres, n*out pas produit jusqu'à ce jour les fruits que Ton espérait.
En présence des découvertes dont TÉtrarie a été le théâtre, il est permis de se demander si sa civilisation n'a pas été antérieure à celle de la Grèce. On a comparé, dans ce bot, les monuments pélasgiques répandus dans toute Tltalie moyenne et basse, à ceux du même genre qui se rencontrent dans le Péloponnèse , r Attique, la Thessalie , TÊpire et l'Asie Mineure. Les tombes et les vases étrusques qui ont été découverts eurent encore plus d'importance. Ces derniers étaient fort rares encore , lorsqu^en 1827 on trouva de nombreux tombeaux au nord de Civita-Vecchia , et dans le pays où s'élevaient Targuinie, Cere , Clusium , Bomarzo, Vulci et autres cités toscanes. Grâce aux fouilles entreprises par Lucien Bonaparte, prince de Canino, l'on avait réuni, avant la fin de 1828, plus de trois mille vases peints qui, dispersés plus tard, ont passé sous les yeux des hommes de l'art. Les fouilles continuèrent; et les trésors vinrent non plus seulement de l'Ëtrurie, mais de la Grande-Grèce, de la Sicile, de la Gampanie, de l'Apulie, des environs de Rome; la haute Italie et la Grèce fournirent aussi leur contingent. Outre la variété et la beauté des formes, on put admirer aussi les peintures, le style original de chaque pays, quelques-uns offrant des sujets fournis par la mythologie et les poètes grecs, d'autres' sans rapports avec* les types classiques. Il se trouva aussi dans les chambres sépulcrales des ornements d*or et d'argent d'une finesse exquise, des bijoux en tout genre, des statues de pierre et de métal.
Mais une révélation plus importante encore fîit celle du monde oriental : les langues de l'Asie, que l'on cultivait dans un but seulement religieux, se trouvaient limitées à l'hébreu et
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à ftabt. Les papes 8*efforcèrent toujours de faire instituer det diaRs dans les universités pour ces langues. Les questions suscitées par la réforme accrurent le nombre des orientalistes , léne hors de Fltalie et des rangs du clergé. Ainsi , Guillaume Postel publiait à Paris, en 1538, les alphabets des langues hébruqae, chaldéenne, syriaque, samaritaine, arabe, indienne [éthiopienne \ grecque, géorgienne, serre, Ulyrienne, arménienae, latine : c*était une tentative pour ramener tant de langues à Tonité, et qui devançait la philologie comparée. Conrad Gcssoer fusait connaître en 1565, dans le Mithridates, cent trente langues et dialectes, et donnait vingt-deux traductions de rOraison dominicale.
V introduction avx langues chaldéenne, syriaque et armènknne , à* Axtkhrovsie Lomeliino (1539), et le commentaire De ratione communi omnium linguarum ac lUterarum , du SoÎBe Bibliander, furent composés dans le même but. Le cardîoal de Richelieu faisait acheter par Brèves , ambassadeur à Goostantinople , de très-beaux caractères orientaux pour Tlmprifflerie rojale. Les travaux de David Michaëlis , professeur de Gôttiogue, sur Texégèse biblique, méritent encore d'être consultés. Des dictionnaires javanais et malais étaient publiés à Amsterdam; et le grand orientaliste Erpénius donnait une grammaire arabe, qui resta la meilleure jusqu'à celle de Sacy.
L'Angleterre produisait de son côté,' outre les hébraïsants, Mocke, traducteur d' Aboulfarage , et Hyde, qui traita de la religion des Persans. En Italie , Grégoire XIV avait fait fondre des caractères orientaux et imprimer une foule d'ouvrages; le collège de la Propagande et sa bibliothèque aidèrent à ce genre (fêtndes. VOEdipus «gyptiacus du jésuite allemand Kircher, publié à Rome, appela le premier l'attention sur les hiéroidjpbes, qu'il disait inventés par les prêtres pour tenir leurs doctrines cachées, et qu*il se vantait de pouvoir expliquer. •labloQskt, son compatriote, le continua dans le Panthéon égyp- ^^«(1750), où II scrute, d'après l'idée de l'Anglais Wilkins, le sy^hmz religieux des Égyptiens , en interprétant, à l'aide du eophte, les noms des divinités; tandis que de Guignes prétendait apliquer les hiéroglyphes à l'aide du chinois. George Zoéga,
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qui avait puisé le goût du grec et des antiquités à Pécole de Ueyue, ayant quitté le Jutland, sa patrie, pour se rendre à Rome et embrasser le catholicisme, classa les manuserits du musée fiorgia, flt imprimer les médailles égyptiennes , et fut chargé par Pie VI de décrire les obélisques de Rome; mais des decou* vertes ultérieures ont donné un démenti à ses élucubrations. Il avait étudié la langue cophte , et soupçonné Texistence d'un élément phonétique dans la langue sacrée.
Les jésuites nous avaient fait connaître les premiers la langue chinoise, en traduisant les livres sacrés et quelques chefad'œuvre littéraires du Céleste Empire. D'autres apprirent Tindien , assez à fond pour composer en sanskrit V Ezour-Fedam, et le faire prendre aux encyclopédistes pour un livre original qui remontait à dix mille ans. D'autres nous révélaient Tétat des connaissances et des opinions de ce pays. Le père Giorgi donna les premiers renseignements sur FAsie centrale dans YAlphabetum thibetanum (176S). Il n'y eut pas d'autre livre sur cette matière jusqu'à la grammaire de Scbrœter eu ia36, et à celle de Cosma de Kôrôs en 1834, qui vaut mieux. Etienne Borgia vendait jusqu'à son argenterie pour acheter des objets rares , surtout ceux que les missionnaires expédiaient du fond de l'Asie. Il en forma un musée à Vellétri , et fit imprimer le Systema brahmanicum de Jean Werdin , connu sous le nom de P. Paulin de Saint Barthélémy, qui montra des analogies entre le sanskrit et le latin , la parenté du premier avec le zeiid, et les ressemblances de la mythologie brahminique avec les autres. Clément XI acheta beaucoup de manuscrits orientaux d'Abraham Échellense, des manuscrits arabes, cophtes, éthiopiens, de Pierre della Valle; et il fit dresser par Assemani de Tripoli , qui avait toujours vécu à Rome parmi les Maronites , le catalogue des manuscrits syriaques et arabes de la Vaticane : il lui commanda en outre divers travaux d'érudition orientale. Adler s'appliqua aux antiquités cuûque^ , de même que Menter et Ungarelli aux antiquités cophto^memphitiques. Saint-Martin se voua principalement à l'arménien , et en fit profiter V/iùtoire du Bas-Empire de Lebeau. Le père Méchitar, de Sébaste, qui fit tant pour ranimer parmi les siens les travaux de rinlei-
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^ étouAcs depuis leur séparation de TËglise romaine, oUiBtda sénat de Veniae rfle de Saint-Lasare (1717), où il éiihlît roidre de Saint- Antoine , abbé , et une impriascne d'où miiraat beaucoup de llfres de scienees, et des tradactiona; eoffloie des autres imprimeries du même ordre existant à Vkoaei k û>nstantiDople, à Smyme, à Moscou et autres villes rnsses. Ces publications ont propagé la littérature arménienne, qu, tmitennous initiant à l'histoire de cette importante contrée, coDiriboe à jeter la lumière sur les pays ▼oisins.
Déjà Lâbnitz avait répandu des vues élevées sur la philologie, et reconnu de quel secours peuvent être les langues pour lliistoire des temps reculés , et pour constater la parenté des papin. Les connaissances positives durent beaucoup à Niebuhr et aux antres savants que Frédéric Y, roi de Danemark , envoya (■ Orient pour connaître les idiomes, l'histoire , les monuments deFArabie et de l'Egypte. Pallas publia en 1786 son Focabu* 'rirv de toutes les langues du monde, et en 1800 l'Espagnol Hmat, le Cùialogue des langues des nations connues. AdeloDg fit paraître à Berlin son Mithridates en 1804. De Guignes nttacha le premier, dans son Histoire des Huns, les vicissitmfas de l'Euiope à celles de l'Asie centrale , et y retrouva des naâons dont le nom était à peine connu. Anquetil-Duperron, qai avait été dans Tlnde pendant la domination française, appliqua réruditioQ aux religions , en publiant les livres sacrés àe la Perse et VOupanishad des brabmines (1771). Une fois qtt*tb eurent mis un pied dans ce pays , les Anglais firent phis oieore; ils approfondirent le sanskrit, et de plus les divers tdioaes qui en dérivent; on peut dire que ce fiit un monde aoQvcan qu^ils trouvèrent là , avec l'empreinte de l'état social le plus ancien. La nécessité de connaître les lois et les usages (ToQ peuple qu'ils voulaient non-seulement conquérir, mais' gouverner, leur û\ un besoin de connaître à fond sa langue et les trésors de sa littérature. Hastings fonda à Calcutta une aca* déniîe orientale (1784), d'où sortirent les Institutions dAkbar parGladwin, les Ao{« de Manou par Jones; puis une série de f^élamges, où Jones, Wilkins, Coiebrooke, Prinsep, Wilson. Tirent connaître ce que la littérature et la philosophie de ce pays
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avaient de plus saillant. Une société se forma à Londres pour propager œs ouvrages, bien que le clergé anglais trouvât ce zèle oriental on peu dangereux. Jones considérait la littérature orien« tais comme un vaste ensemble destiné à devenir me base pour l?histDilre universelle , et où chaque partie servirait à éclairer le tout : c'est un but bien défini, mais que nous sommes encore loin d'atteindre. Le goût désintéressé de la sdence poussa r Allemagne à méditer sur les découvertes des autres, et à y ap* pliquer sa patiente et profonde critique ; aussi finit*elle par créer une science toute nouvelle , la linguistique. Lorsque le livre de Frédéric Scblegel sur la philosophie et la langue des Indiens (1808) eut fixé l'attention de ce côté , Bopp se mit à étudier le sanskrit, et en donna la grammaire en 1827, après avoir critiqué œlle de.Wiikius, qui avait paru en 1808; puis il publia à Londres le système de conjugaison sanskrite comparé avec les conjugaisons grecque , latine, persane et allemande.
D'autres marchèrent sur ses pas, tels que Lassea, Rosen, Uumboldt. Après de longs voyages, Klaproth publia VJgie polygiotte, et les Mémoires relatifs à l'Asie, En France , la convention avait créé des chaires d'arabe, de turc, de tartare, de persan, auxquelles on ajouta ensuite l'arménien, le chinois, le malais* le tibétain. Ghézy fut le premier qui professa publiquement lesanskrit en Europe. De Guignes et lui commencèrent l'importante publication des Notices et extraits des manuscriU de la Bibliothèque royale, Sacy publia en 1810 sa grammaire arabe, très'forte d'analyse, et où se joint la connaissance approfondie de l'hébreu, du chaldéen et du syriaque. Rémusat rendit le chinois aussi accessible aux esprits patients que peut l'être toute langue qui appartient à une autre souche que celle de notre pays. Pauthier, Julien, Bazin » Pavie, Biot, ont donné de nombreuses traductions. Le Journal de la Société asiatique, établi à Paris ( 1823 ), sert d'archives aux études orientales dans toute l'Europe.
Dans rinde, les Anglais ont continué leurs travaux, et envoient fréquemment en Europe des éditions et des traductions des Védas, des Pouranas, des poèmes sanskrits; ils poursuivent les diverses ramifications bouddhistiques. Déjà Ton connaît
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doneents inscriptions dans ces diverses lances, cinqtiante mSk médailles, et d'innombrables sculptures. Wilson a reesoBi, dans V Ariane antique (Londres, 1842), tout ce que fro arait sor les médailles de tout âge trouvées jusqu'à présent daas rinde et dans l'Afghanistan. Des travaux pareils ont en lieo sur rÉthiopie. Quant à FÉgypte, on peut dire qu'elle a été réeemment découverte ; et si chacun prétend avoir trouvé ladrfdes hiérc^lyphes , on s'accorde au moins sur la nécessité de eommeneer par connaître la langue qu'on veut traduire, c*ert4^1ire le cophte.
Lliistoire peut donc puiser aujourd'hui à d'autres sources fo'aox ouvrages classiques. Les médailles sassanides, les monumats de Cil-Hinar, les œuvres de Calidasa , de Mirkhond, de rvdoQsi, le Dabistan , Moïse de Gorène , et toute une bibliothèque indienne et tibétaine , sont venus en aide à Thistoire. Ia recherches philologiques ne se bornant plus à des étymologies, mais ayant pour but des comparaisons sur la connexité des langues, aideront à débrouiller les temps antérieurs à Ilûstoire, ainsi que les migrations des peuples. Ainsi les regards n'auront plus pour limite l'horizon du Sinaï, de l'Olympe on do Palatin. Tandis que les antiquités orientales ne jouaient, dd temps de Winkelmann et de Visconti, qu'un rôle accessoire dans rarchéologie , voilà qu'elles en sont aujourd*hui la préface indispensable; et il finit convenir que l'antiquité classique doit ?wlque chose à sa devancière. Les langues de l'Inde deviennent Bcoessaires à l'explication des monun)ents figurés , comme le ptmvent les travaux de Princep , Lassen, Wilson sur les. médriks de Lahore , ceux de Feilows sur Licia, de Froyer sur Cachemire , etc. H faut interroger la Bible quant aux monu- Jnenti de Babylone, de Phénicie, etc., sur lesquels il n'existe pn de documents écrits. La prétendue découverte de Ninive pvait nous menacer d'une révolution dans cette science, comme Ta Eut rexpédition d'Egypte. On retrouve dans les livres de 2oroaslre les traces d'une civilisation très-ancienne, et d'une iviigion qui a. survécu jusqu'à ce jour parmi les Guèbres. Rask a démontré l'antiquité et l'authenticité delà langue zend et du 2end'Àv€tta, Eugène Bumouf, dans son commentaire sur
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Ylacna (1834), a créé l*étude'de cette langue ; il a reconnu que le pali était un dialecte vulgaire du sanskrit , porté de Tlnde dans rindo-Chine avec le bouddhisme ; et, en faisant le xend antérieur au sanskrit, c'est sur les piateam de TAsie qu*il marque le point de départ des plus anciens idiomes, pour les suivre de là , avec la civilisation et la religion , comme il Ta fait au nord avec le bouddhisme. De l'Asie orientale, la civilisation se répandit dans la Médie et la Perse, sur les mystères desquelles on interroge récriture cunéiforme. Le Danois Munter fut le premier qui s'en occupa, en 1798, dans l'Académie de Copenhague, mais sans en fournir suffisamment la clef. Cest à quoi ne réussirent pas mieux Tycbsen, Herder, Ucbtenstein. Grotefend affirma que la langue de ces inscriptions était le zend ; Rask et Saiot- Martin s'en sont emparés pour déchiffrer quelques-unes de celles de Persépolis, Puis Burnouf fixa l'alphabet cunéiforme, en démontrant son origine sémitique et proprement assyrienne; résultat dont Lassen avait aussi approché. Ainsi surgirent partout les recherches et les discussions : les académies , celles de France, de Gôttingue, de Leipzig, de Turin, de Calcutta surtout, prirent à tâche de résoudre des problèmes spéciaux ; il se forma des sociétés pour la découverte, la conservation, l'interprétation des monuments , comme on en voit pour les fouilles d'HerouIanum et de Pompéi, pour l'archéologie romaine. Les souverains Grent à Penvi étudier et copier les monuments de ril;gypte, de l'Inde, de la Morée... Chaudler, Choiseul-Goaffier, Cockerell, Gell, Leake, Dodwel, Pouqueville, Hokelbeiy, Texier, explorèrent la Grèce-, la France profita pour cela de son expédition de Morée; lord Elgia enrichit le Musée britannique des dépouilles du Parthénon; la Bavière fit l'acquisition des marbres d'Égine ; la France et la Toscane envoyèrent des expéditions scientiQques en Kgypte. En 1840, Flandin et Coste voyageaient en Perse par Tordre du gouvernement français; Ker- Porter et Texier nous faisaient connaître les roioes d'Istakhar; des inscriptions encore indéchiffrables étaient recueillies à Babylone ; dernièrement , Botta exhumait les débris i grandioses de Kinive. En Amérique, on découvre à chaque moment des villes entières, et plus souvent des monuments,
HISTOIBB. 315
1 9» sont rett^ muets jusqu'à présent, comme ia tradition. La géographie aussi, qui n*est plus un répertoire de noms et ■ anal de cbiffires, se croit obligée d'enregistrer chez les pnpia tMB les éiëmeots de civilisation. Le Danois Malte«Brun nt y ailier Fintérét et la couleur poétique aux notions positives; foPnHDen Guillaume de Humiioldt y associa la minéralogie, rhoniogie, la elimalologie, l'ethnographie, sans que les sciences aatanUes fissent rien perdre de son coloris et de sa vigueur; CMes Rilter a traeé avec éclat les grands aspects de la géo* pifàie comparée, en déterminant tous jcs caractères de noUre globt, et llnflnence que sa configuration extérieure a exercée sur la phéoomàies physiques de la surfece, soit sur les migrations, nitiar les lois, soit sur les principaux événements des peuples <3ai Habitent. Les relations des voyageurs, des raissionuaires , Mv révèlent mieux chaque jour la nature humaine, les mys* Ira des pnys fointains , et les voies de la civilisation.
Lluatoire a mis à profit tant de recherches , et mieox encore Tcqiérienfie des événements contemporains. Kous avons rap- ^ dans un chapitre précédent, comment, dans le dernier nède, rhîstoîre s'était trouvée enrôlée dans la croisade dé toutes lo seienoes^ pour prodiguer Topprobre à tout ce que le monde iM|tf alors avait respecté, en substituant aux fhits, cettie langue eïeraelle de Dieu, les opinions^ qui ne sont que la langue éphé* me des hommes. Ce dénigrement fanatique des coutumes et ^ inslîtations du passé se faisait jour dans les épigrammes , ^onMM dans les immenses volumes de Y Encyclopédie, ha cri-* ^us évitait de combattre à visage découvert les nobles, le cleiy^, les princes contemporains; mais elle prenait pour but ^ ses traits les pontifes béatifiés , les barons sculptés dans les pierres sépulcrales. Les croisades i\'étaient à ses yeux qu'une ex*pl<KJ0Q du fanatisme ; saint Louis, un honnête homme halluciné ;
Cbarleniagne , un clerc armé de pied en cap; Croire VII et Innocent IH, deux ambitieux qui mêlaient le règne de Dieu à celui des hommes. Ainsi l'histoire avait encore plus trompé qu'elle n*avait corrompu les esprits ; et la nation française, faute de la bien connaître, ne put modérer par l'expérience la fougue révolutionnaire qui la précipita vers l'avenir au milieu des ruines et du sang. On a trouvé depuis, en cherchant aérieuaement la liberté , qu'elle est chose ancienne; que c'est le despotisme qui est nouveau * ; et qu'H n'y a de durable que les institutions qui se fondent sur les coutumes, c'est4-dlre celles qu'eogeiidrent spontanément le caractère des peuples et leurs évolutiaiis progressives.
Le hasard une fois écarté, on reconnut que les accidents s'encbataent; que les petits événements sont parfois l'occasion mais non la cause des grands, dont la raison réside dans les institutions et dans les mœurs; que le génie naît dans des circonstances déterminées ; qu'il n'est donné à aucun législateur de façonner le peuple à sa guise, le peuple, qui, sans arguments subtilis, démêle pourtant à la fin ses propres intérêts, ses amis et ses ennemiSf et juge les hommes autrement que les historiens de profession. Il faut donc étudier le peuple , au lieu de se moquer de ce qu'il a aimé et vénéré à d'autres époques; approfon^ dir jusqu'à ses erreurs, qui ne sont que les solutions temporaires des grands problèmes que rhumanité se propose à chaque période, et dont elle cherche à chaque période une solution nouvelle.
Ceux qui savent que l'histoire vit de liberté, ne s'étoniieront pas que les grands événements de la Révolutipa et de l'Euiiiire n'aient pas trouvé de dignes interprètes dans ua temps où l'on en était encore aux pâles généralités du siècle précédent , avec
■ La liberté est ancienne assarément ; mais le despotisme est-tt aéoveao ? Ces deux phases opposées de la vie sociale n'apparaiasent-ellea pa« dans tous les temps? Les noms de Denys^de Tarqnin, dt Tibère» de Louis XI , de Henri Vil! et de mille autres ne viennent^iU pa« noiii rappeler que le despotisme n'oocupe pas moins de place dans Thistoire que la liberté? (Am. R.)
HISTOIAB. * 217
Ffrthnomwnie démolisseur de moins. Disciple de la vieille école, qu'à aime Y redoute, looe et dénigre tour à tour, Lacretelle inquiète peu de puiser aux sources; dans son récit déclamatoire, boursouflé, il s'attadie à la pompe extérieure, à rétégauce sonore, au lieu d'aller au fond de la société; il garde le ton sentimental, les haines des encyclopédistes; mais il ne eooipiiend pas mieux le grand mouvement social qu'il ne pénètre les rapports intimes des cabinets. Michaud a étudié avec plos de soin la grande époque des croisades ; mais son ordon- ' oance académique défigure les originaux ; il a fait de ces expéditions, dans son histoire, ce que le Tasse en a fait dans son poêoie; il a supprimé les détails caractéristiques, et s*est ri d'une erédulité qui pourtant avait mis en mouvement le monde entier. Sismondi représente toutes les idées de son temps ; mais on lui leproebcm toujours de désenchanter, comme à plaisir, la jeu - Ma» de tout œ qu'il y a d'élevé et de magnanime '. Ginguené,
' Il serait superflu de répéter ici C6 que nous avons déjà remarqué, à rei^t, dans une note précédente (t III, p. 152) : combien M. C. Cantii » OKiotre rigoureux , et nous pourrions dire peu équitable , à Tëgard des historiens français. Lacretelle et Michaud sont-ils caractérisés eoDimc fl convient dans ces sortes de verdicts brefs et tranchants? Estce parler de SisaMindi avec le sentiment que commandent ses grands Ifsvaax? est-ce le traiter selon sa mesure? Et est-il permis de direquMI « déieachanle eomme à plaisir la jeunesse de tout ce qu'il y a d'élevé cl de iiasptaitimrP • Est-ce que les sentiments de moralité, de justice, àt respect pour la vie , la lilierté et la dignité humaine ne comptent point parmi ce qu'il y a d^élevé? Et peut-on contester cela à l'auteur de rmaloire des Français. Ce n'est pas le lieu d^engager une controvene sur ce grand et substantiel ouvrage, qui laisse à désirer sans doole du côté de Fémotion sympathique et de Pintelligence profonde de moyen Age, mais qui se recommande au respect par d'autres qua- Mes : par une méthode sincère, une main sûre, des recherches approiMdies, un jugement sérieux lors même qu'il se méprend , et enfin la pins parfaite probité qui ait jamais conduit la plume d'un écrivain. Simoudi était en droit de dire, dans la dernière page qu'il a tracée : • J'ai donné k la nation française ce qu'elle n'avait pas, un tableau complet de son existence, on tableau consciencieux dans lequel rameur DE cEirr AHs. — T. ni. 19
7tS* HISTOIRE.
dans son Histoire UUéraire de riialie, a compilé Tirabosciii , tout en substituant aux discussions chronologiques raDal}'se de livres ou trop importants pour que cette analyse puisse suffire , ou trop médiocres pour mériter cet honneur. Il y a semé force traits dMrréligion , et c*est ainsi qu*il a écrit le livre que Ton recommande h la jeunesse italienne. Chose étrange , que les Italiens veuillent aller chercher Thistoire du pays qui est à la tête du catholicisme chez deux auteurs qui, non-seulement furent hostiles au catholicisme, mais qui ne le comprirent même pas.!
I/>rsque la chaîne des traditions nationales se fût renouée à la paix, la jeunesse, rebutée de la littérature du dix-huitième siècle et de TEmpire, voulut rendre à Thistoire ainsi qu'au drame la vérité, la vie, le mouvement, en écartant les types de convention, la personnalité de Tauteur, Torobre du temps présent se projetant sur le passé; elle se mit h observer les faits, les temps, Thomme, le pays, au lieu de n'étudier que les livres; et elle crut que ce qui se rapproche le plus du vrai était ce qui remplit le mieux les conditions de Part.
Ce fut alors que Ton reprit en France le travail sur les antiquités nationales , qui avait été entrepris par les Bénédictins, et que les patriotes ardents avaient délaissé. On y apporta moins de patience peut-être , mi|is plus d'intelligence. Dans les années qui précédèrent la "Révolution , Bréquigni publia de nombreux documents. Ses dissertations sur les communes et sur la lH)ur^ geoisie prouvent qu'il avait compris le problème des libertés municipales du moyen âge, et ce qui se mêlait de droit romain aux conquêtes faites par les nouvelles communes insurgées. Bien qu*il ne reconnût ces conquêtes qu*autant qu'elles étaient consa- <Tées autbentiquement par des concessions royales , il enseignait à retrouver les origines du tiers état d'après un mode qui aurait souri aux révolutionnaires, s'ils avaient eu le temps de s'occuper de livres.
Montlosier publia, sous les Bourbons, une Histoire de ta Mo-
ou la haine, la crainte uu la dattcrie ne m^ont jamais porté à déguiser autune yérlt^, r> ( Am. Réwf.E. }
nareàk française, qui, tenaol le milieu entre les systèmes de Mootesquieo, de Dubos, de Mably et de Boulatnvillters, uie la eooquéte an cinquième siècle, l'admet dans le douzième, et Uâioeles eommunes aussi bien que les rois d'avoir attenté aux droits de la noblesse. 11 convint bien que Tancien peuple était n lotte avec le nouveau ; mais prenant parti pour les Francs, c'est-à-dire pour les nobles, les privilégiés, il aida à la réaction eoQtre-iévolution nai re .
Dautres apportèrent des solutions différentes , expliquant la Révolution comme un conflit entre des vainqueurs et des vaiocus, mais où les plébéiens se faisaient gloire d'être les uiocus d*autrefois, parce qu'ils se trouvaient les vainqueurs d'à présent. Augustin Thierry fait sortir la liberté, non des coDcessîapa des rois , mais de l'effort des hommes de métier qui (iaodèient les communes; c'est ainsi qu'il rattache la gé- Dération actuelle à celles qui nous ont précédés. 11 appliqua re point de vue à deux faits, qui présentent une révolution identique : rétablissement des races germaniques dans la Gaule et edui des Normands en Angleterre, dernière conquête des bar- Inres. La nouveauté du point de vue, le respect qu'inspirait un écrivain qui conservait, au milieu des souffrances et dans une rédté précoce, la force opiniâtre de sa volonté; l'appui que cette thèse apportait au libéralisme, empêchèrent d'examiner si ce splème n'attribuait pas trop d'influence aux races, combien de questions il laissait sans solutions, combien il se trouvait cornpromis par ses préjugés irréligieux et sa haine pour la constitution anglaise, qui avait servi de modèle à la Charte.
M. Guizot commença à écrire quand les encyclopédistes n'a* raient pas encore de disciples puissants; aussi les traite- t»il a*ec de fpfands égards ; et dans une réimpression de Gibbon , s*\\ le réfute sur quelques points, il y apporte beaucoup de ménage* raents. Du reste, sans haine comme sans enthousiasme , il ap fdique à rhîstoire la philosophie éclectique et le sens commun ilcbercbe les généralités dans ce moyen âge, où l'on était ha hitué à ne voir que désordre ; il y discerne les causes de la oom position el de la recomposition sociale, et l'influence de Torgani sation e clésiastique. Pour loi, la civilisation est le développe
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inent simultané de Tétat social et de Fétat intellectuel dans le rapport intime des idées et des faits. Aujourd'hui la science est fondée sur les faits , et le principe qui domine la société actuelle est la science , ou le mouvement des idées. Les leçons de M. Guizot, quoique inachevées, ont contribué à ilargir les idées historiques, et à montrer que Thomme, par Timpulsion de la force et des croyances, aspire à un état toujours plus complet , où il ait la faculté de développer, son intelligence, ses sentiments et son activité.
L^histoire dut, par malheur, prendre, comme tout le reste, un air d'improvisation et de polémique; et les ouvrages qui ont fait le plus de bruit en France sont ou des leçons inspirées par Tauditoire et recueillies par le sténographe, ou des lettres et des articles de journaux ; oela peut bien excuser les fautes et les imperfections , mais ne peut autoriser la conGance, qui ne se fonde que sur la méditation et la patience. Les écrivains en état de concevoir et de combiner un long ouvrage, d'embrasser un système, de le soutenir dans une suite de volumes , en y apportant de rintérét et un style abondant, sont en fort petit nombre. En publiant son Histoirt des ducs de Bourgogne , Ikl. de Barantè inaugura Fécole descriptive , ce qui est une forme, mais non une nouveauté i»pitale ; et beaucoup d'écoliers après lui ont abusé du pittoresque. D'autres portèrent leurs regards sur des pays étrangers , comme M. Villemain dans son HisMn de Cromweil, M, Guizot dans celle de la Réoolution dAngktent; c'est ce que flt aussi Armand Carrel dans ï Histoire de ia cmtre-rénolution de ce pays : ouvrage écrit avec ime mâle simplicité et le ton décidé d'un soldat, mais où se rencontre à chaque page l'allusion à la Révolution française et aux fautes de la Restauration, dont il prophétisait la chute. M. Thlers, dans son Uisloire de la Héoolation, arrive à justifier ses excès, grâce à un système de fatalisme qui fait qu'un acte dérive inévitablement d'un autre , et que les hommes accomplissent ce que eompo^ tent le temps et les circonstanoes. C'est faire trop bon marclié de ce libre arbitre qui est le premier don de notre nature : système dangereux et déplorable. L'auteur a négligé l'étude des cabinets étrangers ; mais il s*est attaché à peindre les scènes
ongcoses des assemblées , à recueillir les échos de la tribune; il a retracé au ^if les luttes des factions, et mieux encore les failaflles : aussi la jeunesse, qui pendant longtemps ne connattra cette ^K>qu6 que par des pages énergiques , pourra considérer eorome principal ce qui fut tout à fait accidentel, c'est-à-dire k mooTement guerrier.
Le livre de M. Mignet, plus concis et plus égal, met en relief eelte philosophie révolutionnaire, et y ajoute un danger de plus pour Timagination : c'est de donner aux hommes de h Terreur des proportions grandioses et souvent mensongères. L'ffistoire parlementaire de Bûchez et Roux nous a conservé BK partie de ces verbeux débats dont les assemblées et les ehifas ont retenti pendant tonte la période révolutionnaire; ils r ont joint des théories particulières où le jacobinisme est glo* hfié. Ceux qui ont jugé la Révolution du point de vue de Fanoenne monarchie, se sont adressés aux morts; d'autres ont commis un crime social : ce sont ceux qui ont voulu diviniser le spectacle le plus abominable qui puisse s'offrir a Tâme humaine, c'est-à-dire, comme Fa dit Chatham, la force dépouillée du droit.
Parmi les richesses de la France il faut citer encore ces mémoires historiques, où les événements sont si étranges, les actean si nombreux, et qui font éprouver des impressions vives, si elles ne sont pas toujours justes. Les Mémoires dont Napoléon est le sujet, publiés pour la plupart sous la Restauration, étaient, comme tout le reste , un moyen d'opposition ; il y est dépeint du cdté le plus favorable, mais aussi le plus faible; car, pour Topposer aux Bourbons, on Ty a représenté comme un homme excellent, familier, spirituel, plutôt que dans ce qui faisait sa grandeur. Les plus importants de ces Mémoires sont sans contredit ceux de Sainte-Hélène, pourtant altérés, attendu qu'ils forent dictés ou recueillis de souvenir; la vérité en outre y subit des variations qui s'expliquent parle changement des circonstances. Les écrivains à venir pourront chercher dans tous ces écrits ce qu'aucun contemporain n'a pu à lui seul retracer, un demi-siècle qui a changé tant de fois d'idole et de nom , une luonarchie finissant sur Téchafaud, une autre sortant d'un soulè-
vement de trois jours, une nation couronnée, des tribunes élevées et bientôt détruites, le même éehafaud se dressant pour des entreprises opposées, des prospérités et des infortunes inouïes, des pouvoirs se ruant les uns sur les autres, et, à peine établis, condamnés; la république, Tempire, la restauration, une nouvelle révolution , tous enfin n*ayant guère que le temps de décliner leur nom à rappel de Thumanité , et ne faisant que disparaître.
Des histoires nationales ou étrangères ont paru à profusion en France dans le cours de ces cinquante années : les unes ont popularisé les laborieuses recherches des Allemands ; d'autres ont été Porgane de tel ou tel parti, pour mourir avec eux. Trop souvent une légèreté inexplicable se rencontre à cdté d*une érudition rare et d'heureux aperçus. En général, elles s'éloigneut trop de cette sobriété essentielle à Thistoire , et se perdent eu détails romanesques ou en élans lyriques qui diminuent fort le crédit de Fauteur.
Ij* Histoire de dix ans, par Louis Blanc, que les espérances socialistes rendaient originale et attrayante , est le dénigrement systématique du gouvernement créé par la révolution de 1830, qu'elle calomnie intrépidement , en le montrant toujours aussi inepte que pervers. L*auteur a voulu tirer des faits contemporains la démonstration de quelques principes sociaux, chose facile quand on n'a point à aborder en face des difCcultés réelles. Lamartine divinisant, dans ses Girondins, les ennemis de la liberté et de la dignité humaine, y a trouvé de misérables sucr ces et de longs remords. Montalembert, dans la vie de sainte Elisabeth, s*est ouvert un champ nouveau, où d'autres se sont engagés à sa suite, quoiqu'il soit donné à bien peu d'interpréter la naïveté des légendes et des traditions sacrées , de manière que la piété en profite sans que le monde s'en scandalise.
Jetons un regard sur l'Italie : Charles Botta (1757-1837) compte plus parmi les littérateurs que parmi les historiens. En racontant l'histoire de l'indépendance américaine, dont il ne savait à fond ni les choses ni les hommes, il garde cependant la dignité de l'historien, parce qu'il était sans haine et sans parti, et que, défiant encore, il ne se hasardait pas à trancher. ÉtabU
dans un pays où la presse était libre, il écrivit, s6us Finstigatrao des Bourbons , son Histoire (F Italie , depuis 1790 ; puis , tffjà Tiem, il fit en quatre années celle de trois siècles remplis d'ércnenients, et dont chacun aurait exigé des années de recherches. Aussi n*est-oe qu*une compilation, qui, pauvre de choses^ ne se relève que médiocrement par une rhétorique élégante. l£ moyen ége^ selon Botta, est une époque extravagante, éeheve' ke, qui rC offre que mauvaises chroniques, moines et ckâtetainn ignorants ; ttn misérable temps où la machine sociale nerfone* fUmnait que grâce aux menaces et aux promesses de la nie/U" tïïre, \jt grand triumvirat italien y remédie en partie ; puis la lumiéiv apfkamt enfin avec les Médicis. Comment de cette grandeur sortirent les malheurs de Tltalie, c^est ce qu*il n*a garde de raouater, c^est en efifet ce qu'il ne comprend guère ; mais il décrit ks misères et les souffrances sans gloire du pays depuis 1584. hrité de Tarrogante domination des étrangers , il ne voit dans les Italiens que bassesse et férocité, jusqu'à l'heure oà ils *vien- Dcnt à sueeomber : alors il se met en frais de compassion, 4*excQscs et d'éloges. Il ne voit pas la seule grandeur qui est restée à ritalie. Les papes en sont toujours à ses yeux le fléau; il parle en riant du concile de Trente, à la manière de Sarpi qu^il a copié; et il ne voit dans les moines que des vauriens fainéants ou de rasés fripons. Enfin, les princes, dirigés par des philosophes ou des jansénistes, allaient réaliser en Italie des progrès merveilfeux, quand une armée de Jacobins français s'est ruée sur elle, commandés par un aventurier qui, en dépit de fautes continuelles, sortait vainqittur de toutes les batailles. Botta déclame contre Tavidité et la tyrannie de ces administrations militaires , et contre les imitateurs des folies françaises. Il emploie la plus gnnde partie de son livre à raconter ces égarements, et il re- ■»n|ae à peine la création d'un royaume, qui fiit un objet é'étonnement pour ses ennemis même. C'est à peine s'il sait qa*tnie armée italienne a combattu en Allemagne , en Espagne, m Itilie , en Russie. Il parle de Bonaparte avec un courroux qoi touche au mépris. Bonaparte avait cependant tout ee qu'il fallait pour plaire à Botta , qui n'aime pas Vautoriié amoin" ^», ni ces constitutions qu'il maudit , jusqu'à s'écrier qu'en
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Italie les assetnbiées nationaies sont de vèritabUs pestes. Il ne croit ni ao progrès, ni à la raison, ni à la sympathie. La race humaine^ ^t-W ^conserve des instincts de bête fauve y et le diabie la pousse; bien fou qui veut répandre purmi les hommes de ce temps des semences salutaires!
Il y aurait à lui demander de tout ceci un oompte sévère , s'iJ existait chez lui cette unité d*idées et de sentiments sans laquelfe il n'y a pas d*œuTre sérieuse. Mais c*est un engouement d^école; il aime les événements extraordinaires, les choses horribles, comme étant les plus pittoresques; et alors il s'embarrasse peu de choisir. Il s'étend là où il trouve des matériaux tout préparés. Très-habile à décrire les choses extéiîewes, il 8*anÀ6 longuement aw( marches, aux batailles, aux tremblements de terre, aux famines, et répond à tout avec les mots « destiii, fortune, nécessité. » Personne ne voudra apprendre daos Botta rhistoire italienne ; mais on le lira toujours pour la Tatiété et Tagrément du style. A part ce nom célèbre, Tltalie a peu donné en fait d'histoire, et c'est déjà beaucoup qu'elle ait donné quelque chose. Séduits par de brillants exemples, plusieurs ont îàkx de la rhétorique, et ont mis des fleurs où il fallait des fruits. Un discours d'Alexandre Manzoni sur l'histoire de Lombardie vint transporter en Italie les idées françaises sur la conquête, et sur les rapports entre vainqueurs et vaincus ; d'autres , suivant ses traces , ont étendu la matière. Beaucoup ont fait de l'histoire municipale , mais point d'une manière neuve , et sans se préoccuper de chercher dans l'événement local les causes ou les symp> tomes du mouvement général. Les recueils commencés dans le siècle précédent seront continués avec plus dlntelligenoe ; ils seront la condamnation de ceux qui sont restés en adoration de> vaut les principes arriérés et les vieilles haines. L'histoire denotre temps ne pouvait pas s'écrire en Italie lorsque les impressions personnelles, les rancunes de parti, les affections de famille, les préjugés de classe, ne se sont pas encore effacés.
Les écrivains anglais du dix-huitième siècle n'ont pas été égalés , à beaucoup près , de nos jours. Le positif étouffe dans ce pays le sentiment qui est indispensable pour comprendre le passe. Hallam, dans son livre h\xï CEurope au moyen âge,
te preoeeope partout du développement des constitutions plus que des péripéties de la guerre ; mais il ne voit pas le peuple^ il M pénètre pas Tétat social. Compilateur de son propre aveu « 0 s'en tient à ees généralités qui peuvent se passer de preuve, et mettent à Taise toute espèce d'opinion. Il est toujours hostile n catholicisme , et ne comprend pas ce qu*il y a de beau dans cette unité dont le monde lui est redevable.
Les jénnaks de C Europe de PÉcossais Arcbibald Alison, qui vont de la révolution française jusqu'en 1815, se recommandent surtout par le récit des discussions du parlement britannique. Thomas Carlyle (tkefrench Révolution)^ qui a fait sensation de nos jours , grâce à un style anglo-tudesque obscur, plein de fomrales et de métaphores , mélange d'ironie et de drame , raconte les plus grandes catastrophes sous forme burlesque : inaccessible à l'enthousiasme et au mépris , il regarde aree pitié les acteurs de l'immense tragédie, qu'il divise en trois : la Bastille, la Constitution , la Guillotine '.
' Ob y trouve des chapitres inlitalés Aitrée revient sur la terre «uf im wou. — Les sacs à vent ^ etc., etc. iHous citerons, comme un échutîlion de ce livre étrangi», le passage suivant, dans lequel Carlyle décrit roaverture des états généraux :
« Voici le baptême de la démocratie; le temps Tengendra après le MMBbre de mois nécessaires, et II s'agit de baptifier la nouvelle née. La féodalité reçoit rextr^me-ooction; il faut qu^il meore ce système ■marchiqae décrépit, usé par le travail , car il a travaillé beaucoup , qnuid ce ne serait que pour vous produire, avec tout ce que vous avez et tout ce que vous savez ; il faut qu'il meure , épuisé par les rapines et par les combats appelés glorieuses victoires, par les voluptés et les wnsualités : il est vieux , très-vieux , il tombe en enfance. Au milieu des angoisses de Ta^nie et des douleurs de renfantement, un nouveau •T^tème va oattre. Quel ouvrage I O ciel , ô terre \ que résultera-t-il de cette révolution F Des batailles et du sang versé : massacres de sep- (cmbre, pont de Lodi, retraite de Moscou, Waterloo, réformes parkmaitalres, guillotines, journées de Juillet. — Et, à partir de l'heure 00 BOUS écrivons, il s^écoulera encore deux siècles de combats ( s*il est pennis de prophétiser 1 et deux siècles c^est peu dire ) avant que la t^émocratie traverse ces tristes et nécessaires époques de charlatano-
326 HlSTOlfiE.
' La guerre d^Espagne a fourni un noble sujet au comte de Tereno ■ ; iJ produirait plus d^effet s*il était plus bref, et 8*il avait pluscherché rélévation et la profondeur, sans se tant préoccuper de la forme de ses célèbres prédécesseurs. Don Manuel Quintana
eratie, avant qa^un monde empesté s*en aille au cimelière, et qu*im noode nouveau, verdoyant et frais, apparaisse à sa place.
<c Membres des états généraux réunis à Versailles , réjouissez- vous : le but lointain et définitif apparaît à vos yeux ; mais vous ne voyez pas respaoe ialerroédiaire. Aujourd'hui une sentence de mort est lancée contre le mensonge, une sentence de résurrection en fovear de la vérité.
« En attendant , observez les deux battants de l^égUse de Saint-Louis qui s'ouvrent; une grande procession s^avance vers Notre-Dame , et un vaste cri, un cri unique frappe Tair. Spectacle vraiment solennel et splendide! les élus de la France, puis la cour française, tous rangés par ordre, avec leurs devises respectives et à leurs postes assignés; nos communes en petits manteaux noirs et en cravates blanclies; Is noblesse en velours brodé dV, aux nuances éclatantes , couverte de rubans, ombragée de panaches; le clergé en rochet et en surplis, daiis sa splendeur ecclésiastique ; enfin le roi lui-même et sa maison, tous étalant la plus grande magnificence.
« C'est le dernier jour d^nne pareille pompe! Quatorze cents hommes, apportés par le tourbillon politique de tous les points de rhorizon , se réunissent pour une œuvre inconnue et profonde. Oui , dans cette foule qui s*avance silencieuse , il y a de favenir qui dort. L'arche symbolique ne marche pas devant eux , comme devant les anciens Hébreux. Ils ont cependant, eux aussi , leur alliance; eux aussi président à une ère nouvelle dans Thistoire des hommes. Tout Tavenir est là : le destin les couve sous ses sombres ailes; Pa venir impénétrable et inévitable gtt dans les cœurs et dans les pensées flottantes de ces tiommes. Singulier mystère ! Ils ont en eux Tavenir, et ni leurs yeux ni ceux d^aucun mortel ne peuvent le découvrir ; le secret est à Dieu seul. II éclOra de lui-même , je vous le dis , an milieu des éclairs et des tonnerres , dans les assauts et sur les champs de bataille, dans le frémissement des étendards, dans le piétinement des conralers , dans Pincendie des villes embrasées , dans le cri des nations
■ Hiitoîre du soulèvement , de ia guerre et de la révplut/ixm d^ Espagne.
HISTOllS. 3S7
Fceole classique dans les FiesdesEspagftoU céléàret, doQt le style est simple, dégagé et rapide. Ferdinand de :Nava- Rle a éerit les aventures des navigateurs espagnols ; son ouvrage est ridie de documents curieux; mats Albert Lista, de Sévillc,
ésDrgte. Yoitt les ciMMes qui restent cachées, profondément enveio|ipée»aa food de c^te joornée du 4 mai. Elles y étaient déposées depuis boclenips, et à eette heure elles se dégagent. En vérité, combien n'y a-t-il pas de miracles dans chacun des jours qui naissent , si^ous sa- TMNB les dévoOer! heureusement nous n'avons pas les yeux assez perçaots. La plus dédaignée de nos journées n'est-elle pas le confluent de àeax éternités?
> Or, suppose , ami lecteur, que nous prenions place comme tant «Taotres sur celte eoraicbe, sur cette architrave. La muse Clio nous k pemaet sans miracle. Jetons un regard passager sur cette procession , at cet océan de vie humaine, mais un regard prophétique, qui n'appvtieat qu'à nous seuls d'aujourd'hui. Nous pouvons y monter, et y xesler sans peur de tomber. »
ki Carlyle passe en revue les principinx personnages de la Révolution.
« A coup sûr, dans quelque coin peu honorable rampe ou glisse en gPS—Bflant un petit homme laid , pAle , plein de pustules , puant le uif et les eataplasmes. C*est Jean- Paul Marat , de Neufcliâtel. O Marat ! réaofateor de la science humaine, auteur de traités d'optique, vétériaaîre des pins distingués , ci-devant médecin des écuries du comte ^Artois, dis-moi, que crois-tu voir à travers tout cela? Ton ftroe malade est abattue, enfermée dans un corps engourdi, misérable, empoiuaaé. Est-ce un faible rayon d'espérance , une aurore après les ténèkra, ou seulement une lumière sulfureuse et des spectres bleuâtres? laforfnnes, douleurs , soupçons, envie et vengeance sans fin, voilà , je pCKe, ce que tu vois uniquement....
« !foos distinguerons encore deux autres personnages seulement : rboaune puissant et rousculeux , aux sourcils noirs, à la face écrasée, assançant une force sans emploi , comme un Hercule qui attend sa coièfe. Cest un avocat sans clients, et qui a faim; il s'appelle Danton : n^rde^-le bien. 11 y en a un autre, son confrère , maigre, mmce, au lôat bronzé, aux longs cheveux bruns et frisés, à la physionomie de unect merveilleusement éclairée, comme si une lampe de pétrole brûlait au dedans de lui. C'est Camille Desmoulias, jeune homme de péaétratk», d'esprit, d'une force comique infinie; et, parmi ces millim d'hommes , il y a peu d'intelligences aussi nettes et aussi vives.
3Î8 HI8T0IBB.
remporte sur lui en profondeur dans Tappréciation historique. Nous mentionnerons aussi les ^finales de Finquirifion jusqu*en 1834, époque de son abolition, et V Histoire législative de t Espagne après la domination des Coths^ ainsi que de nombreux
PaoTre Camille , qu'on dise ce qu*on Toudra , il est difficile de ne pst se sentir porté à t'aimer, étourdi , brillant, léger Camille !
« Parmi ces sii cents députés des communes en cravates blanches, réunis pour régénérer leur pays, quel sera le roi? Car II faut un roi, un cliefà tons hommes rassemblés pour une œuvre quelconque, uo homme qui, par sa position, son caractère, ses facultés, soit le plos apte de tous à racoomplissement de cette œuvre. Cet homme, ce roi mm élu , ce roi nécessaire h Ts^enir, marche au milieu des autres et comme un autre. Serait-ce ce député à la chevelure touffue, au grincement terrihle, comète flamboyante devant laquelle vacilleront les trônes? A travers ses épais sourcils, dans ses traits taillés à coups de hache, sor son visage tout labouré par la petite vérole, tu Ils le libertinage et la banqueroute, mais en même temps tu y vois la flamme du génie. Il est le type des Français de 1789, <5hmme Voltaire fut le type des Fraoçais de 1750. Français dans ses désirs, dans ses espérances, dans fies conquêles, dans ses ambitions , il résume, il exprime, il a au suprême degré les vertus et les vices du temps ; il est plus Français qu'aocan antre , au moins aujourd'hui. Voilà pourquoi il est le roi de France en fait et en vérité; puis, intrinsèquement, profondément, c'est on homme , et un homme très-viril.
« Si parmi nos six cents régénérateurs celui-là est le plus grand , quel est donc le pins petit ? C'est un individu chétif avec des lunettes, d'une physionomie peu expressive, maigre, inquiet, Tœil incertain lorsqu'il 6te ses lunettes , le nez en l'air comme s*il aspirait vaguement je ne sais quel avenir inconnu , d'un teint atrabilaire et formé de nuances diverses, mais o(i le vcrdâtre domine; homme couleur de mer. Cest
Robespierre Son intelligence rigide et triste, son esprit méthodique,
prompt mais étroit, ont plu à tel homme en place, charmé de ne lui trouver aucun génie , mais seulement les qualités négatives qui conviennent à l'homme d'affaires. Il ne voulut pas condamner à mort un accusé lorsqu'il fat nommé juge parTévéque, et se retira. C'est uo homme austère, voyez-vous, un homme strict et scmpoleox, uo homme peu fait pour les révolutions, dont la petite âme , transpareot« et pure comme de la bière simple , se pique comme elle facilement. Peut-être que plus tard il pourra Nous verrons, etc. v
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doeoniaits relatifs au passé. Martinez de la Rosa a^donné dans a» EsprU du siécie un tableau politique et philosophique de Tcpoque artoelle. Le PraUstantUme comparé au catholicisme coee qui touche à la cîTilisation européeune, par Jacques Balmes, est un beau pendant à Touvrage de M. Guizot.
Le Suédois Lindberg , qui fut coudamné à mort, puis gracié et relenn prisonnier, sans plier ni sous le châtiment ni sous le pankm, a écrit et jugé arec une extrême liberté le règne de Bernadocte.
Lliistoire primitive de la Russie a été traitée par Schlôzer et par Knig. D'autres ont écrit les événements des dernières guerres; Bulgarin a publié un tableau historique, statistique, ^n^paphique et littéraire de ce pays, et Ustraiolof une histoire 00 U considère la Grande-Russie comme le point central autour duquel gravitent la Petite-Russie, la Russie Rouge, et la Litboaoie.
L'Allemagne a poursuivi ses études avec conscience et perléfërance ; elle a secoué le joug du génie français dont elle s'ctaii faite la suivante au temps de l'invasion de Napoléon , etàFaide de l'école publiciste de Amdt et de Jahn. Une conpius apiHTofondie du droit public devint très-utile à ; et les travaux de Runde, de Danz , de Mittermaier, et surtout ceux de Eicbhorn ( Histoire du droit public et pn'ré), portèrent la lumière sur les états successifs par lesquels la société moderne a passé , en ce qui concerne le droit , dont les antiquités se trouvèrent éclaircies. Ces écrivains en même temps ont exhumé les anciens poèmes, les légendes, les monumeots, les statuts de villes, de villages, de corps divers.
En 1812, les deux frères Grimm (Jacques et Guillaume) ércouvrtrent le poème de Hildebrand et Udebrand ; et ce chant national, applaudi dans la réaction de cette époque, déviât un grand sujet d*études. Jacques publia la Grammaire tudesgue ( 1819), où quatorze idiomes sont ramenés parallèlement à des lois uniformes ; puis, dans les j4ntiquité$ du droit Mesque, il déduisit d*auteurs anciens , de codes barbares , de vipill» chartes, la législation primitive des nations allemandes; «nfin il acheva , par la Mythologie tudesque ( 1 835 ) , la recons-