FRANCE. — LA B ESTAI! RATION
La Révolution s'était faite au profit do tiers état. Bésirem de garder ses conquêtes^ il était devenu hostile à l'Empire , et avait prêté les mains à la restauration des Bourbons. ]] avait obtenu d^eux une charte qui consacrait tout ce que 89 avait promis, puisqu'elle déclarait tous les privilèges abolis. La royauté était' rétablie comme une magistrature héréditaire; mais la noblesse que la Révolution avait firappée demeurait abolie comme insti* tution.
La charte proclamait tous les Fkunçais égaui devant la loi , et admissibles à tous les emplois; elle consacrait la liberté individuelle, la liberté de la presse et des cultes , tout en déetoraot la religion catholique religion de TlCtat; elle garantissait finviolabilité des propriétés, Toublides opinions et des votes, Tabolition de la conscription. Le roi , diaprés la charte de 16f 4 , eit inviolable; il a le pouvoir exécutif: chef de l'État et désarmées, il déclare la guerre, ftit les traités, nomme aux emplois. H propose les lois; pois, lorsqu'elles ont été discutés et votées parles chambres, il les sanctionne et les promulgue. Ilfaitlesrèg^ements et les ordonnances nécessaires à leur exécution, ainsi qu*à la sdreté de TÉtat. Il a des ministres qui répondent de ses actes , et qui doivent se conformer, dans leur politique, aux décisions da parlement. Les pairs sont nommés par le roi ; leur nombre n'est point limité ; ils sont héréditaires. Les membres de la fiunille royale siègent de droit dans la chambre des pairs; les crimes de haute trahison loi sont déférés. Les députés sont nommés pour cinq ans , et renouvelés chaque année par cinquième. Ils doivent être âgés de quarante ans , et payer mille francs de contributions directes. 11 faut, pour être électeur, avoir trente ans révolus, et payer trois cents francs de contributions directes. Aucun impôt ne peut être perçu , s'il n'est consenti par les deux chambres et sanctionné par la couronne. Les deux chambres
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eooTOfaéa chaque année et en même tempe par le roi. Il pnlifsoudFe la ehamlira dee députés , c'est-^-dire la renvoyer émot «s Joges nalnréb; mais il doit en convoquer une non- Tcfledans les trois mois.
L'aolorité royale se trouve ainsi tempérée, mais en conservant la pléutnde du pouvoir ezécmif, exercé par des ministres resposMWw L*one des deux chambns^ est héréditaire, l'autre élective. A la difféience de TAnglelerre, Tinitiative appartient au roi i0Dl< Les minietres siègent et 4>pinent dans les chambres. Ils panent être mis en accusation par les députés, et traduits devant les pairs pour trahison ou concussion. Le système Judi> éàn et le code civil de TEmpire sont mainlenus , ainsi que les lois qui ne sont pas contraires à la diaite. La confiscation est abolie; le droit de grâce appartient à la cooronne.
fJbeée comme institution, la noblesse conservait pourtant an prestige sur l'opinion et son influence sur les basses ckisses. Le deigé aussi avait perdu son existence politique collective; mail, sorti du peuple généralement, il restait en commmiauté de Kotiments avec lui, tandis que son éducation le rapprochait de la bourgeoisie, et ses opinions politiques de la noblesse. Les dasns inférieures n'avaient point de part aux affaires publi« qoes; mais la voie par où l'on s'élève était ouverte enfin devant elles.
La charte avait été octroyée en pur don par Louis XVllI ; mais ce qui était un présent à ses yeux, la nation le considérait ttome on droit. La mise en pratique de cette charte devait reoeontrer de grandes difficultés dans un pays qui n'était habitaé ni aux formes constitutionnelles ni à la publicité, et où se heurta sans cesse une liberté nouvelle contre un despotisme invétéré. Ceux qui croyaient encore aux bienfÎDÎts de l'abaolutisme accueillirent b Restauration comme un retour à l'ancien n^me; mais ib s'aperçurent bientdt qu'aucun des débris du passé ne pouvait revivre. Les disciples de V Eneyelopédie^ d'un c^ voyaient partout un retour vers le moyen âge; les jacobins et In bonapartistes, qui s'étaient alliés pendant les Gent-Jours , regardaient de mauvais oeil un tréne qui, quelque désarmé qu'il ftlt de la poissancequi brise ce qui lui fait obstacle, faisait échec
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aux idées répubUcnnes. Ce trône était sans éclat aux jreox du vulgaire, parce qu*il ne se montrait pas entouré de drapeaux victorieux. La Restauration enfin privait en partie les gens de finance de ces bénéfices énormes dont ils avaient été redevables aux prohibitions et aux monopoles.
Les roydistes, d'un autre edté, revenus avec des idéeade ven* geanee et de réaction , réolafflaient , en récompense de leur fidélité oisive on de leurs intrigues d'émigrés , des emplois pour eux,, des cbâtiments et des rigueurs contre les auleuis « des pr^ miers for&its et des derniers désastres. » Comme ils doaûoaieot dans la chambre de 1815« ils exigèrent la mise en jugement du maréchal Ney, dont la condamnation « ne fut pas juste « parce que la défense ne fut pas libre. « Les cours prénétales rétablirent, par des exécutions sanglantes « la tranquillité partout où elle fut compromise. L'amnistie, cette première mesure de tout gouvernement qui n*a point le vertige, éprouva de Topposition, et fiit limitée par des exceptions. L'Institut vit exclure plusieurs de ses membres ; on traita la science comme une faction ennemie. La tribune retentit de déclamations furieuses contre la Révolution, bien souvent de la part de ceux qui, n'ajrant pas eu à souffrir de ses violences, profitaient de ses bienfiadts; puis, comme le gouvernement se montrait plus modéré que la faction qui le soutenait , celle-ci constitua une opposition qui travailla à ressusciter la prépondérance ecclésiastique et le vieil esprit provincial.
11 se forma donc, hors des chambres, une congrégation de royalistes forqenés, qui chercha à recruter tous ceux qui pouvaient agir sur les masses par la science , par les richesses , par la parole ou par les prières. Ils avaient des assemblées , des conférences , sous le patronage du comte d'Artois, depuis Charles X, et d'autres princes , qui voyaient avec répugnance les limites apportées au pouvoir royal. Louis XVIII lui-même cjberciiait volontiers à faire montre de son autorité, en laissant de côté ces foraws constitutionnelles qui voilent le roi pour ne laisser parattre que le ministre. Mais les vrais amis du trône s'attadnîent à la charte ; Chateaubriand voyait en elle la seule ancre de salut ; le général Foy disait : « Quiconque veut plus que la charte ,
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moiii que la cbarte, autremeot que la eharte , manque à tes
Qwces luttes, que ees conflits nous servent d'enseignement àjKNB étrangers; appliquons-nous à les bien comprendre, pinqae nous les voyons se reproduire partout où commence la TïeeoDstitHtionnelle. Pious prenons la France pour modèle, et 00» œ sav<ms pas profiter de ses fautes et les éviter.
Ce pajs avait de larges plaies à cicatriser. Les alliés avaient nmiase £ure indemniser de leurs frais de guerre et de leurs fnstan. La déplorable invasion de 1815 coâta cinq cents millions. II fallut en payer sept cent cinquante , en trois ans , pour Toccupation étrangère, puis deux cent quatre- vingts plus tard. Leseiéaocesmr le gouvernement, réclamées surtout parles pays abaDdonués sur le Rbin , s'élevaient à un milliard six cents mil- IkNis; la oiédiation de Wellington les fit réduire à deux cent quraote. La dette publique monta ainsi d*un milliard deux cent ioiiaate miUious à trois milliards sept cent soixante millions. Cétaitime rude punition infligéeà la gloire, mais qui manquait ài^ndeoce de la part de ceux qui professaient Tamour de la paix; car ils forçaient par là le gouvernement à des mesures oppmnves et irritantes. Ce qui indignait surtout la nation , c'était la joie insultante des étrangers; c'était de voir flotter sur ks TîUes les drapeaux qui portaient encore la trace du pied de ia France victorieuse. L'armée d'occupation fut réduite, en 1817, ^ trente mille hommes ; puis les souverains alliés décidèrent à Aix-iaCbapelle l'évacuation complète (septembre 1817). Alors le SDafemement devint libre, et, comme tel, il entra aussi dans laSaiate-Allianoe; mais la France en fut blessée, comme d'une meDaee qui montrait un retour plus marqué vers les idées absolatiates.
Ces idées avaient soulevé contre elles l'opposition parlement ^ire; mais il en existait une aussi hors des chambres. Vingt mille officiers, rqetés du bivouac dans l'oisiveté, tournaient leurs fcgvds vers Sainte-Hélène , ou vers l'enfant qui grandissait sous la nain de F Autriche; ils espéraient que cette puissance leur vieodrait en aide, soit pour élever au trône le fils d'une archidoehesse, soit pour satîsfiûre à d'andennes jalousies dynasti-
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gues. lyautret rêvaient la répubtique : eeui-ei, a?ee la Fayette, la voulaient paisible et casanière, à Faméricaine; ceux-là , se reportant vers 93, la demandaient vigoureuse, extrême, conférant les droits les plus larges, se faisant la terreur des rois et l'espoir des peuples. Un troisième parti, les yeux anétés sur la révolution d'Angleterre, se rappelait que ce pays, pour la oorapléter, s'était vu contraint de renverser la dynastie restaurée, pour lui en substituer une autre n'ayant ni regrets du passé, ni vengeance à exercer, et devant tout à la Révolution. Tous ces partis s'appelaient libéraux , et cberchaient à gagner la classe moyenne en excitant ses craintes ou ses espérances, en accuefllant tous ceux que les Bourbons mécontentaient , en se servant des journaux et des caricatures, en battant en brèche les missi(Hinaires et les jésuites. Ce dernier nom servait à désigner le clergé et son parti.
L'opposition légale s'exerçait au scindes chambres, à qoi la charte attribuait un rôle important. Depuis deux siècles , la politique se fait au grand jour en Angleterre ; d'où il résulte que l'opinion la surveille , et l'oblige à se régler d'après Tintérét do pays. En France , cela était nouveau : la politique y était dès lors mobile comme les ministres, pilotes novices qui prenaient le moindre vent pour une tempête , et qui dès lors croyaient tout perdu. Le peuple aussi n'étsdt point fait à de telles diseussions , et son imagination fiidle s'enflammait aux débats de la tribune et aux accents de ses orateurs favoris.
L'opposition surtout s'attachait à deux points : la loi Rectorale et la censure. 11 ne saui'ait y avoir de gouvernement représentatif sans la liberté de la presse ; aussi était-elle défendue même par des royalistes, tels que Chateaubriand, qoi semblait dire aux Bourbons : Je soutiendrai votre sceptre , pourvu qoe vous respectiez le mien. « Je ne veux pas , s'écriait-il, que, s'il « naissait des Copemics et des Galiiées, un censeur pût, d'un « trait de plume, replonger dans l'oubli un secret que le génie de « l'homme aurait surpris à l'omniscienee de Dieu. • « Lacensure, « ajoutait Daunou, est essentiellement partiale, et le fut toe- « jours, il lui est impossible de ne pas Tétre, comme il est im- « possible à l'arbitraire de s'arrêter... • Royer^Gollanl , qui
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ma auBà demsidé des restrietioDS à la liberté de la presse , dûat» afee une amers ironie : «Ce lut une grande impré. « maoee, au grand jour de la création^ de laisser rbomme s'é-
• dnpper libre el intelligent au milieu de Tunivers. De là le « ni et rerrear. Une sagesse plus baute vient réparer la faute
• éela Providenoe, restreindre son imprudente libéralité, et « raidie à l'humanité, sagement mutilée , le service de l'élever « à la bienheureuse innocence des brutes. •
Quant auxéleetîons, base du gouvernement représentatif, le fwieiuement cherchait à les dominer. La lutte s'établit d'abord cBirt les ultra-royalistes et les royalistes modérés ; puis entre les Biodâés, les ministériels et les doctrinaires, et enfin entre les illraet les libéraux.
Roycr-Collard avait combattu le taisualisme de G>odillac » esauDe cause de Tasservissement des esprits sous Napoléon, et eu despotisme brutal de la Terreur ou des baïonnettes. II puisutsao âoquenee dans la contradiction et dans sa baiue contre m système faieD plus que dans l'amour du peuple, qu'il voulait, aieontraife, laisser en dehors de la constitution; car il avait été désabusé de la souveraineté populaire par le terrorisme , et i eoosidérait la chambre comme élective, plutôt que comme mptésentative. Pour lui, les députés étaient avant tout les eooseiUcrs du roi. Royer-Collard acquit une grande imporlinee en parlant peu, et en écrivant moins encore. Comme iirésomait d'ordinaire le débat sous une forme dogmatique, en répétant souvent le mot doUrine, son parti reçut le nom dedbdrinairey mot vague du reste, comme toutes les désignations de parti, et que chacun interprétait à son gré. C'était une léottion aases nouvelle de littérateurs et de publicistes, qui s*étiient fiût certaines maximes , d'après lesquelles ils prétendaient icgicr la politique. Par opposition cepeiMiant aux esprits absolus, qui n'envisagent qu'un seul côté des choses , les doctriaaires tenaient compte de tontes ces puissances de fait qui réiolteot de la propriété, de la richesse, et autres avantages de positioo ; se proposant d'aoeorder entre elles ces puissances sociales à Faide de transactions : contraires en cela aux libéraux , qui amraioit vouhs restreindre leur action, et nous y soustraire le