FRANCE
Une indemnité fut votée aux émigrés pour leurs biens confisqués par ia Révolution, malgré les efforts de Toppositioii libérale, « aGn de récompenser la fidélité malheureuse, et de montrer que les grandes injustices obtiennent, avec le temps, de grandes réparatious. » Un milliard, en rente trois pour cent, fut affecté à cet objet : c'était condamner la Révolution à rembourser ceux qui l'avaient désertée. La répartition qu'il y eut à faire entre les intéressés mit à la disposition du parti royaliste de nombreux emplois. Cette mesure accrut sa force, en même temps que la valeur des propriétés immobilières. Ce fut aussi un habile expédient financier, qui créa des rentes trois pour cent destinées h rembourser les autres. Mais la classe très -nombreuse des reutiers , habitant Paris pour la plupart , à qui Ton enlevait d'un coup de filet environ cent vingt millions de revenu, en fut très* mécontente.
Les idées nobiliaires se réveillèrent de plus en plus : on alla jusqu'à proposer de rétablir le droit d'aînesse et les substitutions, alors que le code civil consacrait l'égalité de partage entre les enfants. M. de Barante avait raison de dire : « Les lois qui ne sont pas en rapport avec les habitudes et les opinions d'un peuple ne sont que des mots, et rien de plus. » Les communautés de femmes fiirent rétablies , ce qui était un acheminement vers les couvents d'hommes. Des lois furent votéei contre le sacrilège ; et Chateaubriand ayant rappelé que « la r^ ligion chrétienne aime mieux pardonner que punir ; qu'elle doit ses victoires à ses miséricordes, et n'a besoin d'échafauds qu6 pour ses martyrs, » M. de Ronald lui répondit : « Si les bons doivent leur vie à la société comme service, les méchants la lui doivent comme exemple. Oui, la religion ordonne à l'homme de pardonner; mais elle enjoint au pouvoir de punir. Le Sauveur demanda grâce pour ses bourreaux , mais son Père ne l'exauça pas; auoontraire, il étendit le châtiment surtout un peuple. Quant au sacrilège, par la sentence de mort vous l'envoyez de* vaut son juge naturel. » C'est dans le siècle de l'indifférence que l'on osait proférer de telles paroles !
Ainsi se discréditait le gouvernement; et l'aversion se manifestait en toute circonstance, lors dfs processions du jubilé i
LA BESTAUAATIO?r. 2^3
les eérânoDies funèbres. Quand le général Foy, Adèle à
flw opposition ennemie de tout désordre , vint à mourir, ne lais- OBt d^aotre héritage qu'un nom glorieux, la souscription ouverte a£neiirde ses enflants produisit un million. La garde nationale eria , pendant une revue : A bas les ministres î à bas les jésMUes ! Le roi, irrité , licencia la garde nationale. Cétait un eoop hardi dirigé contre la classe moyenne, mais qui supprimait 00 intermédiaire utile entre le roi et un peuple insurgé.
Il n'était pas possible de continuer à marcher de ce pas avec la liberté de la presse : on proposa donc d'y mettre un frein SB nom de la religion, de la pudeur, de la vertu , de la vérité (avril 1827). Un frémissement s*éleva parmi les écrivains ; la paisible Aeadémie elle-même protesta, et Charles X frappa plu* lieurs de ses membres; ce qui ne lit qu'irriter davantage, et ajouter aux difficultés. Lorsque ensuite le projet de loi fut retiré, ce triomphe de Topinion fut célébré par toute la France avec ■ne joie bruyante ; et des milliers de brochures circulèrent, dévmant le blâme sur tous les actes du gouvernement. Vil- Ide alors se décida à dissoudre la diambre septennale, et à faire appel au pays légal (6 novembre 1827).
Il s'était formé, en regard de Tadministration publique, une soeiécé ayant pour devise Aide^toi, le ciel f aidera : c'était un BKlaiige de libéraux et de royalistes , qui se proposaient de combattre les intrigues du gouvernement et de révéler ses fraudes. Celte sodélé travailla les élections, qui envoyèrent à la chambre les principaux chefs du libéralisme. Alors le ministère fut attaqué de tontes parts ; il y en eut qui poussèrent ouvertetnent le due d'Orléaus • à échanger son blason ducal contre une courumc. . . civique. » • Courage, prince ! lui disait-on ; il reste dans Dotre monarchie un beau poste à prendre, le poste que la Fayette occuperait dans une république, celui de premier citoyen de la France '• »
D'autres livres étaient pleins de la même pensée; et Armand Carrel» dans son Histoire de la Révolution d' Angleterre, fai^it évidemment allusion à la nécessité d'un nouveau 1688 : c'est-
' Caocbois-Leinaire , Lettre à Af. le duc d'Orléans
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