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à -dire, à remplacer un roi qui considérait la charte comme une concession, par un autre qui se reconnaîtrait redevable du trône à la charte et à la chambre.
Le ministère y illèle devait succomber, et il ne laissait à celui qui lui succédait que des armes émoussées, avec la nécessité de concessions qui devaient paraître autant de faiblesses. Au lieu de s'appuyer franchement sur un parti quelconque, Charles X se confia à M. de Martignac, plein de bon vouloir, mais irrésolu , et n'ayant derrière lui aucune influence puissante , pas même le roi. Il démontra la nécessité de proposer des garaaties administratives et constitutionnelles , pour recouvrer la coufiance perdue, et de substituer la loyauté à Tintrigue. La loi sur la presse fut modifiée ; le droit de fonder des journaux fut rétal)li, en même temps que leurs délits encoururent des punitions sévères. Le ministre lui-même' eut Tart de s'entourer de gens de lettres. Des ordonnances hostiles aux jésuites et à Tenseii^Df*ment religieux furent de nouvelles concessions à l'esprii du temps : aux termes de ces ordonnances , le nombre des élevés fut limité dans les petits séminaires , avec défense d'y recevoir des externes. Ce fut une faiblesse dont les pères de famille eurent droit de se plaindre. Les évéques s*en plaigiiirrnt aussi, comme d'un triomphe pour les philosophes et d*une cause de ruine pour l'Église catholique : quant aux jésuites, ils ne voulurent pas se soumettre à l'université, ni subir Tobligation imposée aux professeurs de déclarer qu'ils n'appartenaient à aucune congrégation ; et ils demeurèrent exclus de renseignement. Ainsi un roi plein de scrupules se trouva exposé aux anathèmes sacerdotaux. Le ministère , sans amis , se traîna languissant au milieu des ambitions des deux partis extrêmes, jusqu'au jour où Charles X le congédia, pour appeler à son aide le prince de Polignac.
Le nouveau cabinet (1829) chercha franchement à reformer une majorité monarchique, non pas en détruisant la constitution , mais en la confiant aux royalistes : ce que Wellington avait fait en Angleterre. La bourgeoisie ne vit dans le nouveau cabinet que le vengeur des émigrés, et protesta bruyamment de toutes parts en faveur des idées de 1789. On songea , tout
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en restant dans les voies légales, a réduire le gouvernement à l'atrânité, par le refus de TimpÂt. Les journaux jetèrent feu et flamme, la déflance entra dans tous les esprits; le gouverne- BMot 7 vit un outrage que les tribunaux refusèrent de punir ; et le minisière se crut dans Timpossibilité de se soutenir autreflient qu*en violant la charte.
L'opposition légale, en quelque sens que oe fût, se reportait toujours à la charte. On lisait, en juin 1830, dans le fititkmal, le journal le plus hardi du temps, dont M. Thiers était ondes fondateurs, cette phrase signiGcalive : « Les peuples
• iODt le plus souvent contraints de s'insurger pour avoir la «liberté; aujourd'hui, grâce à la charte, qui met la légalité de > ootre côté, e^est an pouvoir de se révolter et de s*exposer aux « risques de TinsuRection , s'il veut nous arracher la liberté. »
Ce fut dans de telles dispositions que s'ouvrirent les chambres ; et la discussion de l'adresse révéla l'état des esprits. Le roi avait dit : « Si des manœuvres coupables suscitaient à mon goover- « oenent des obstacles que je ne puis, que je ne veux pas prévoir,
• je trouverais la force de les surmonter dans ma r^lution de
• maintenir la paix publique , dans la juste conûance des Fran-
• çais, et dans l'amour qu'ils ont toujours montré pour leur roi. » Paroles imprudentes , qui fournirent à la chambre une oc»
casion de déployer son drapeau; elle dit, dans sa réponse : Le concours permanent des intentions politiques de votre gouvernement avec les vœux de votre peuple, est la condition indispensable de la marche régulière des affaires. Sire , notre loyauté nous condamne à vous dire que ce concours n'existe pas. Une défiance injuste des sentiments et de la raison de la France est aujourd'hui la pensée fondamentale de l'admi* nistration... Entre ceux qui méconnaissent une nation si fidèle , et nous qui venons déposer dans votre sein les douleurs de tout un peuple jaloux de l'estime et de la confiance de son roi, c'est à la haute sagesse de Votre Majesté qu'il ap« partient de décider. > Uo grand débat s'éleva dans la chambre; on alla aux voix , et deux cent vingt et un membres, sur quatre cent deux, se prononcèrent contre le ministère Poiignac. Ce chiffre de deux
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cent vingt et un devint la terreur du cabinet et la joie du peuple. Mais Charles X répondit , du haut de son trdne : • Je « comptais sur le concours des deux chambres pour faire le bien u que je méditais ; je regrette d'entendre les députés déclarer « que ce concours n'existe pas. Mes résolutions sont immua- « blés. » Et la chambre fut dissoute. Les événements se précipitaient vers une solution ; tous le sentaient, et la couronne espéra un instant la retarder, en portant Tattention ailleurs.
Nous avons dit le rôle que le cabinet français avait joué dans la politique extérieure : voulant mettre un terme au long différend de la France avec Haïti , il y expédia une forte escadre, mais en proposant de reconnaître Tindépendance de 111e moyennant un traité de commerce avantageux et une indemnité pour les colons. En effet , la convention fut conclue (juillet 1835 ) , et 150 millions furent promis à la France.
Uîle Bourbon lui avait été restituée à la paix : dès lors die fit de nouveaux efforts pour consolider son établissement de Madagascar; mais elle y fut traversée parles Anglais, qui avaient gardé Tîle de France ; et les choses allèrent si loin , que la France fut forcée d'y faire une expédition en 1829.
Dans les affaires de la Grèce , la France s'était montrée à la hauteur des autres puissances ; et , dans le remaniement de territoires qui semblaient devoir résulter de cette guerre , elle était peut-être à la veille de recouvrer ses frontières du Rbin.
L'expédition d'Alger vint lui offrir une nouvelle occasion de déployer ses forces. Les remèdes dont on fit l'essai après le congrès de Vienne contre la piraterie des Barbaresques , n'avaient point réussi. Le dey d'Alger, Hussein, réclamait de la France une dette qui remontait à l'expédition d'Egypte ; et le gouvernement entendait en retenir une partie destinée à rembou^ ser les négociants de Marseille , créanciers de sujets algériens. Pendant la négociation , Hussein irrité frappa au visage, avec son éventail, le représentant de la France. Celui-ci s'embarqaa aussitôt , et la France envoya une escadre devant le port d'Alger. Le blocus , trèSHliffîcile à maintenir sur des côtes souvent battues par la tempête , dura deux ans , un débarquement paraissant aux hommes du métier présenter de trop grands
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rai|KS. Eofio, Ja France somma le dey de se décider entre we Rparatioo, ou la guerre (août 1S29). Comme Hussein ré* pondit à coops de canon, il ne resta plus qu*à faire de même. Cette expédition plaisait fort au cabinet; elle donnerait de l'occQpition aox braves, un texte de discussion à tous, et la France ic laisserait prendre, comme toujours, au prestige de la victoire. LeeoBitede Bourmont, ministre de la guerre, obtint le commaodeinent; et cent trente bâtiments armés, auxquels on joi- ^it cinq cent trente-deux navires de charge, partirent de TouloB sous les ordres de Tamiral Duperré , avec trente-sept mille iHNnoies, quatre mille chevaux, et soixante-dix pièces d*artillerie. Ai^ fut contraint de capituler ( 5 juillet 1830 ) : c'était le plus beau fait d*annes assurément que Ton eût vu depuis quinze ans. Charles X crut avoir trouvé dans ce triomphe Toccasion la plos propice pour effectuer ce qu*il méditait depuis quelque temps, et pour affermir la monarchie, en sortant des voies lécales. 11 était incapable de juger des progrès de Topinion, dont les lîbéraax ne se rendaient pas compte eux-mêmes. Ce 0niTemement n*avait d'attention que pour les deux partis aristocratique et bourgeois, et ne s'était point préoccupé du poiple; les libéraux , de leur c6té, n'avaient pas fait davantage. Le& royalistes avaient toujours foi dans l'éternité de la dyoasliede saint Louis, et croyaient le moment venu d'extirper les pousses menaçantes de l'arbre révolutionnaire. Les mécontents , associant la prévoyance à l'irritation de la disgrâce , s'é* taieot serrés autour du duc d'Orléans, qui , sans tramer avec eux, proGtait des erreurs du gouvernement. Les doctrinaires, qui Toiriaient la légalité , et dont il ne tenait qu'à la couronne de se ÎBire des serviteurs dévoués , s'étaient aussi jetés du côté des libéraux.
Mais le libéralisme n'avait songé qu'à la classe commerçante et à celte des propriétaires; ses progrès ne profitaient pas aux masses. Par ses attaques systématiques, justes ou non ^ par rrtte défiance obstinée qui ne permet ni le bien ni le mal , ni h ^blesse ni l'énergie , il avait enlevé au pouvoir la force nécessaire pour se faire respecter. Pour se rendre un certain parti favorable, il mit la religion sous ses pieds. L'économie poli-
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tique ne se préoccupait que de ^augmentation et non de la répartition des richesses. Quelque cliose de plus sérieux et de plus efficace allait se substituer aux doctrines boiteuses du libéralisme.
L'opposition laissa paraître son déplaisir de la prise d'Alger, qui rendait de l'éclat aux armes françaises. Comme l'Angleterre n'en cachait pas non plus son mécontentement, jalouse qu'elle était de ne pas dominer sur la Méditerranée, on pressentait une guerre, sur laqudle les banquiers spéculaient déjà. Mais la guerre était au dedans, où rirritatîon grandis^ sait à mesure que le gouvernement paraissait s'opiiiiâtier davantage dans sa marche anti-libérale. Les deux puissances monarchique et parlementaire se préparèrent donc à une bataills décisive.
LES TROIS JOURNEES DE JUILLFf.
L'épreuve de la dissolution de la cliambre ayant UNuné contre le ministère , il en conclut qu'il n'était pas possible de régner avec la charte, et se décida à la violer par ordonnances. Mais, tyrans tout au plus pour faire un coup d'État, ils ne prirent que des précautions frivoles , au lieu d'employer l'armée tout entière, ri'ayant toujours eu en face d'eux que des gens de lettres, des négociants et des doctrinaires, ils ne s'attendaient qu'à des paroles : illusions funestes, qui, en tombant, ne pouvaient laisser aller après elles que le découragement. Les ordonnances qui parurent le 25 juillet touchaient deux points que nous avons dit capitaux pour l'oppontion : l'élection qu'elles modifiaient au profit du privilège, et le journalisme qu'elles soumettaient à la censure. C'était frapper à la fois la puissance poli* tique dans la législature, et la puissance morale dans la presse; c'était blesser tous les intérêts que la presse faisait vivre, jeter dans l'inquiétude les spéculateurs, et mettre en mouvement tous ceux qui espéraient tirer quelque chose du
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A la première nouvelle des ordonnances , Paris fut consterné. Tlwn, Châtelain et Cauchois-Lemaire rédigèrent une protestatwo eootre la violation des libertés publiques. Les bureaux des JDuniani devinrent des centres de résistance. En dépit des or* doBBaoces, qui soumettaient leurs articles à une censure prétentife, ib forent publiés , et raotorité fat ainsi obligée de recourir à b force pour les supprimer.
Les boimnes compromis s'efforçaient de propager la résistance. Les imprimeurs fermèrent leurs ateliers, et répondirent aai euvricn qui vinrent pour travailler, que c'en était fait de la liberté; que le gouvernement avait décrété la tyrannie et tooles ses conséquences. La rente baissa , des faillites devinrent imminentes; la fermentation s*accrut jusqu'au tumulte (27 juillet 1830).
La cour, étrangement abusée, s'était retirée à Salnt-Cloud , saDsméme donner avis de rien au corps diplomatique. Outre ks Suisses, il n'y avait, pour protéger Paris, que peu de troupes, ajant à leur tête Marmont, sur qui pesaient les souvenirs de 1814. La garde nationale avait été dissoute; et ce peuple, à qui Ton n'avait pas songé, se souleva terrible. Les mouvements oairaeneèrent le soir du 37 juillet. Les élèves de l'École poirtechnique se jetèrent dans ce tumulte , et ces officiers improvisés dirigèrent Félan désordonné de gens qui n'avaient d'autres araies que celles que le basard leur fournissait , principalement les pavés des mes. Les barricades s'élevèrent de toutes parts ; le drapcBU tricolore fut arboré, et l'action s'engagea aux cris de ficeia Charte! Chaque détour devint une embuscade, chaque fenêtre une meurtrière, d'où les tirailleurs abattirent les lanciers et les gendarmes; des actes de oourage, de férocité, de dé- I, de générosité, de sang«froid , se produisirent péle-méle, il arrive au sein d'une foule passionnée qui n'a d'autre guide que sa fiireur. Bien des victimes tombèrent de part et d'autre. lLa colère du peuple se tourna sur la religion , qui était représentée comme l'instrument du despotisme. Les croix furent abattues, des églises dévastées ; l'archevêché fui saccagé. Les troupes, trop peu nombreuses, n'opéraient qu'avec hésitation: et la révolution en peu de temps fut maîtresse du terrain.