LES TROIS JOURNÉES DE JUILLBT
Le peuple triomphait ; un parti voulait la république ; mais les baoquiers, les gens de lettres , les propriétaires, effrayés, gagnèrent du temps : beaucoup d'entre eux voulaient que Ton traitât avec la cour, la charte , que Ton invoquait, déclarant le roi inviolable ; mais il était trop tard. La Fayette, Thonnéte homme, créé tout exprès pour venir après toutes les insurreetions et les couvrir de son nom, retrouva sa popularité d'autrefois; il dé* claraà Thôtel de ville que Charles X avait cessé de régner.
Le banquier Laffitte s'était fait un grand renom de probité : gouverneur de la Banque dans les dernières années de Tempire, il refusait un traitement de cent mille francs; Napoléon, en partant pour Texil , avait remis ses capitaux entre ses mains; les Bourbons dans les Cent-Jours en avaient fait autant: Louis X Vlll lui avait àù des adoucissements pendant son exil ; Paris lui avait été redevable de pareils services pendant l'occupation. Il avait résisté aux oppressions , contribué à restaurer les finances publiques; il voulait rendre le pays plus éclairé et plus libre. Défenseur de la charte contre l'arbitraire, il avait fait de sou hôtel le quartier-général de l'opposition; les exilés, les perse* cutés trouvaient près de lui des secours. Louis-Philippe d'Orléans, à qui il avait fait passer des fonds en 1815, lors de $a fuite, étiit devenu son ami. Ce fut donc dans son liAtel quelles champions du libéralisme se réunirent pour décider du sort de la France, qu'ils avaient soulevée; et, devenus des héros quand le courage avait cessé d'être un danger, ils songeaient à s'approprier la victoire du peuple ; et, se plaçant entre lui et Tordre de choses qu'ils avaient renversé, ils firent passer, selon leur habitude, un parti moyen. Louis-Philippe d'Orléans avait noblement soutenu l'adversité ; il était éclairé, libéral. Depuis sa rentrée en France, il était le but des espérances et des intrigues du parti qui, triomphant enfin, le pressa de prendre la oooronne. Le peuple et la jeunesse, qui par instinct vont droit, au fond des choses, et mettent de côté les transactions pour arriver à la réalité des situations politiques, ne voulaient pas seulement quelque chose de mieux que ce qui venait de périr, mais bien quelque chose de nouveau; non pas de simple changements de personnes , n^-'^is la consécration du gouverDe«
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représentatif. Us se serraient à Tbôtel de ville autour de b FflfeCle , pour avoir la république.
Les libéraux, déjà effrayés de leur hardiesse, n'avaient pas soo§é, en renversant le gouvernement de Charles X, aux noveos d*en constituer un nouveau ; ils flnirent par triompher des hésitations de Louis-Philippe, qui se décida à monter à cheval, et, s'avançant à travers les rues dépavées, se rendit à Thôtel de nlle. La Fayette l'embrassa ; et cet embrassement rétablit le trône des Bourbons au lieu même où l'on venait de combattre pour le renverser. La France, accepta cette royauté noavelle comme symbole d'un principe. La Fayette avait rédigé on programme tout aussi vague que la déclaration des droits, de 89; diargé de le présenter à Louis*Philippe> il lui dit :
• Tous savez que je suis républicain, et que je regarde la cons-
• titDtion des États-Unis comme ce qui existe de plus parCût.
• Elle ne convient pas, quant à présent, à la France; ce qu'il « toi 6ut , c'est un trône populaire , entouré d'institutions ré-
• poblicaines. » La phrase eut du succès. Huit jours après la rérolntion , Louis-Philippe d'Orléans était déclaré roi par une chambre des députés qui n'avait pas reçu ce mandat; et il promit que « la Charte serait désormais une vérité. »
Charles X et son fils envoyèrent leur abdication, et l'ancienne dynastie s*achemina vers Cherbourg pour quitter la France; le peuple la regarda passer d'un air indifférent et digne, montrant par li combien sa condition morale s*était améliorée depuis la fuite de Varennes. Paris se mit à repaver ses rues , et se trouva de nouveau monarchique; la France, habituée à ne vivra et à ne penser que d'après Paris, applaudit à la royauté nouvelle, comme elle avait détesté l'autre, toujours à Finstar de Paris.
Ceux qui expliquent dynastiquement l'histoire de France comme une lutte continue entre les deux branches de Bourbon, crurent que le triomphe de la dernière supprimait la cause des agitations. Les libéraux s'applaudissaient de leur sucfès : ils avaient obtenu la garde nationale, le jury pour 1m déKude presse, la responsabilité des ministres, l'intervention des citoyens dans la formation des administrations départementales et municipales, la réélection des députés promus à
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desfonetions publiques. Ce trône, érigé au Palais-Royal, au milieu des boutiques qui garnissent ses galeries, était salué comme le triomphe de la bourgeoisie et de la classe moyenne sur Taristocratie. Mais on tremblait de reconnaître la souToraineté populaire en donnant à la nourelle monarchie la légitimation du suffrage national, et Ton s'en tint à une quasi4égUimité de fait accompli. Le peuple, qui avait été le hâros de la bataille dont la bourgeoisie recueillait les fruits, le peuple resta encore sans consistance et sans représentation.