REVOLUTION DE
Le ministère qui fut constitué après les trois jours fut une confusion de volontés disparates : entre les républicains, les impérialistes, les monarchistes de juillet, les légitimistes, il était difficile de marcher, comme il arrive toutes les fois que l'autorité est renversée, que le pouvoir est sur la place publique, et qu'un parti est triomphant, mais sans bien savoir encore où il veut se diriger, et sans pouvoir juger des obstacles. Le parti modéré , ne pouvant suffire à la tâche, se retira. Alors se forma le ministère Lafiitte ( 3 novembre ) , « qui voulait à l'intérieur un a trône entouré d'institutions républicaines; au dehois, sou- « tenir en tous lieux la liberté , et venger la France des bon- « teux traités de 1815. » Mais, en voulant contenter tout le monde , il ne satisfit personne; et le banquier sortit ruiné d'un ministère où d'autres savent s'enrichir. Alors on se tourna vers ces hommes qui tiennent compte des faits et non des idées ; et Talleyrand , l'un de ces politiques qui trouvent que la première nécessité est de gouverner, entreprit de maintenir la paix et de rétablir l'ordre.
Restait à effacer Taffront des traités de 1815. Les rois, fidèles au dogme de la Sainte- Alliance , s'armèrent de toutes parts} et déjà les Cosaques montaient à cheval pour inonder de nouveau les rives du Khin et de la Seine. La France , presque
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, ^tée de plus par les secousses récentes d*une révolotMO, D*avail que deux partis à prendre pour conjurer le péril : M s'allier sioeèrement aux peuples décidés à Fimiter, en ex« ptsaot rSurope entière à un bouleversement radical ; ou se Inraer à ûivoriser les soulèrements partout où ils éclateraient , autant qu*il le faudrait pour occuper ses ennemis, et se garantir elle-roéôie en sacrifiant les autres. Cest à ce dernier parti qu*elle
La Russie s'étendait alors vers TAsie , et convoitait avideoKBtle Bosphore. Le mécontentement de Tltalie et Tambition de la Prusse tenaient TAutriche en éveil. L'Angleterre déclinait en Orient par les agrandissements de la Russie, et à Tintémor avait peine à contenir une population affamée. En Espagne, Ferdinand VU avait mécontenté le parti absolutiste, qm jusqu'alors avait fait sa force, en épousant Marie-Cbristine ée Btmrboa , et plus encore en abolissant la loi saiique, ce qui écartait du trône don Carlos, espoir de cette faction. En Por* tDgal, la couronne était aussi disputée entre dona Maria, fille iledon Pedro, et son frère don Miguel. La Belgique était irritée contre le roi Guillaume pour motifs religieux, et à raison de ses préférences pour les Hollandais. En Pologne, la noblesse anit tenté plusieurs soulèvements. La Prusse luttait avec les (itmaces rhénanes; partout, en un mot, les peuples demandaient une réforme.
Us tournaient avec angoisse leurs regards vers la France , ^ admiration devant ce qu'elle s'était donné : la liberté de cens» eienee, et la délégation conditionnelle du pouvoir, faite par les ^vemés aux gouvernants; on supposait qu'elle porterait au (leboisrardeurdont elle était enflammée, qu'elle proclamerait la ttiote-alliance des peuples, comme Alexandre avait proclamé la saiste-alliance des rois, et qu'à la garantie mutuelle des usurpations elle substituerait la garantie mutuelle des droits.
Mais le libéralisme propriétaire et savant était intéressé à la paix ; et là encore, cherchant sa voie dans un juste milieu et n'osant proclamer la solidarité des peuples, il inventa, comme symliole de sa nouvelle politique, la non-intervention, La Sainte- AUiaiice avait proclamé que les rois pourraient se mêler du
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gouveniement intérieur de chaque État, poar y barrer le passage aux institatioDS libérales : une révolution faite au nom de la liberté pouvait-elle faire moins que de proclamer un principe opposé à celui qui Tavait comprimée jusque-là? Mais la France, en mettant en avant ce principe, répudiait le noble rôle de protectrice des peuples. En reconnaissant néanmoins à chacun le droit de régler ses aiïiaires intérieures comme il Tentendait, c*était prendre un engagement contre quiconque voudrait y porter obstacle.
Les libéraux du dehors suivaient avec une attention inquiète les débats de la tribune française , pour connaître comment serait expliquée la non-intervention; puis, Tentendant proclamer telle qu'ils la désiraient , ils se mirent à déchirer avec le glaive cette carte deTEurope que le glaive avait tracée en 1814. Aussi la révolution de Paris s'étendit-elle bien plus rapidement que celle de 1789, attendu qu'elle était politique , tandis que la première était sociale.
Au temps où Napoléon distribuait aux siens peuples et cou* ronnes, la Hollande avait été donnée comme fief à Louis Bonaparte, puis réunie à Tempire comme complément de territoire. Mais, à la chute de Napoléon, à peine Molitor sortait-il d'Amsterdam, que les autorités françaises prirent la fuite; on abattit les signes de la domination étrangère et du blocus, et Guillaume d'Orange-Nassau se proclama prince souverain par la grilcede Dieu. Il paria en monarque, et au nom de ses hauts alliés ; en un mot, il transforma Tantique république en monarchie, promettant toutefois une constitution , comme tous le faisaient alors.
Et en effet on en proclama une , par laquelle le roi s*attribuait le pouvoir constituant et une grande partie delà puissance législative. Les communes et les provinces se virent réduites à l'administration de leurs intérêts particuliers ; les états provinciaux furent chargés de les réprimer au besoin. Ceux-ci devaient élire les membres des états généraux, mais sans pouvoir ni dicter leurs votes, ni leur donner des instructions. Point de jury, du reste, point de responsabilité ministérielle, point de liberté de la presse ; Tinstruction publique était dans la main du gouver-
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Goîllanme, pendant les Cent-Jours, prit le titre de roi dciftjs-Bas, donna à son héritier celui de prince d*Orange, etnaïaiiia la constitation : il établit deux chambres, se réser* nnt la nomination à la chambre haute ; il laissa aux états provinciaux le droit d*élire h la chambre basse; tous les cultes forent déclarés égaux, et les emplois accessibles à tous, sans distinction de religion.
Les Belges, que Napoléon avait réunis à la France, s*en étaient détachés en 1814, et ne s*en rapprochèrent pas dans lesCent Jours. Ainsi la France, comme jadis rAutriche,les avait eus avec la victoire, et elle les avait perdus avec elle. Us n'anient point de dynastie dont on put invoquer la légUimité; ils o'araieot point songé à se constituer en république. S'il survivaitqnelques regrets de Tancienne administration autrichienne, on se rappelait les bouleversements apportés dans le pays par ^phll. En conséquence, la Belgique fut donnée à la maison d'Orange à titre d augmentation de territoire y avec le granddocbé de Luxembourg, qui fait partie de la confédération gerutoiqoe.
U constitution hollandaise dut s'appliquer aussi aux Belges ; oiais les Wallons et les Flamands ne s'étaient jamais fondus sTee aucun des peuples qui les avaient subjugués; ils n'étaient devenus ni Espagnols, ni Autrichiens, ni Français. La prépondérance donnée si imprudemment à deux millions de Hollandais sur quatre millions de Belges n'en fut que plus lourde à ceux-ci , ^la difiBérenœde religion; un roi protestant ayant à gouver- Ber un pays où l'idée politique était depuis longtemps identifiée avec ridée religieuse. Ils jurèrent donc fidélité à Guillaume I^'', • taof les articles qui pouvaient être contraires à la religion ealboUque. » Puis les évéques de Gand , de Namur et de Tour- Bay firent paraître un Jugement doctrinal contre l'esprit de la constitution , touchant laquelle Rome fit aussi des réclamations. Le roi , irrité , persécuta les réclamants , et remit en vigueur ^ articles organiques promulgués par Napoléon à la suite du concordat : ilexigeaque la nomination des curés fût approuvée par le gouvernement; que des prières publiques fussent faites pour le roi ; que tes juges prétassent un serment absolu à la consti-
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tution. Ceux qui s*y refusèrent ou qui y apportèrent des restrictions furent destitués sans forme de procès. L*abbé Foere, rédacteur du Spectateur befge, journal ecclésiastique, fut traduit devant une cour spéciale. La création de nouvelles universités supprimait aussi le droit des évéques sur renseignement théologique, ce dont ils se plaignirent. L'évéque de Gand notamment fut poursuivi « pour avoir entretenu une correspondance sur des matières religieuses avec une cour étrangère, • c*est-àdire avec le pape. Il fut condamné à la déportation et au carcan. Il prit la fuite , et son nom fut placardé au pilori, entre ceux de deux malfaiteurs. Le roi exigea que ses vicaires généraux continuassent à administrer le diocèse; sur leur refus, ils furent suspendus. Les prêtres qui censuraient les actes du gouvernement furent sévèrement atteints; des curés et des chanoines virent leurs traitements confisqués , et les voeux irrévocables lurent défendus.
Depuis la réforme , les catholiques hollandais étaient en relation avec le nonce apostolique résidant à Bruxelles, qui envoyait les dispenses et conférait leurs pouvoirs aux archiprétres. Guillaume voulut intenter un procès à celui d'Amsterdam, parce qu'il avait correspondu avec le représentant pontifical; et ce fut à peine si l'émotion qui se répandit parmi les catholiques put le décider à y renoncer. Il favorisait au contraire Tancienne Église janséniste hollandaise , et les élections schismatiques des évéques d'Utrecht, de Deventer et de Harlem. La publication du jubilé fut interdite ; le clergé eut défense de s'assembler pour des exercices dans des lieux de retraite, et de partir pour les missions; les sièges furent laissés vacants ; une partialité si mani* feste exaspéra toutle clergé catliolique. Guillaume alla, en 1825* jusqu'à prétendre que toutes les écoles et tous les professeurs fussent autorisés parle gouvernement; que ceux qui faisaient j leurs études au dehors ne seraient point admissibles aux emplois; puis 11 abolit les petits séminaires, cherchant à foire passer dans les mains des protestants la direction des collèges nouveaux et de l'enseignement philosophique , attendu que les clercs ne pouvaient entrer au séminaire qu'après avoir passé par le collège philosophique.
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GaUaome <f Orange fiiîsait donc revivre en grande partie les
jiRiatioDs de Joseph II, sans en redouter les suites; et ceux
9» avent que toutes les libertés se tiennent par la main , s'ef-
hmaa de le voir s*attaquer aux plus sacrées , celles qui tou*
dient à la conscience et au droit domestique. Qu*en résulta-
t-il?e'est que les libéraux s'allièrent aux catholiques, qui, sans
s'inqniéler de l'épithète de jésuites, reconnurent ce qu'il y avait
de noble et dlmportant pour tous dans cette résistance à l'aiiii-^
tnire. On voyait en outre de très-mauvais œil la dette publique
s'Mcrottre, en même temps que les richesses du roi de Hollande
ngmeotaient Puis , un pays que sa nature , sa langue , ses in-
loto rattachent étroitement à la Fran<se, prenait naturellement
oemple sur elle; tranquille quand la France était en repos, il
>'4gitait aussitôt qu'elle. Ainsi la Belgique portait ce joug en
inoiissaat. Dans les dernières années elle était irritée, de plus,
delà disproportion qui existait entre la représentation nationale
^ ics contributions, et de ce que le roi, qui se défiait d'elle, la
saoiiait à la prospérité des Hollandais, qu'elle détestait autant
qD'eDe en était méprisée.
Ia Journaux , surtout le Courrier des Pays-Bas, servaient d^orgnes à ces mécontentements; mais le gouvernement y ap-' P^aa une v^ression rigoureuse , car le jugement par jury n*ét>it pas accordé aux délits de presse.
DuM la seconde chambre des états généraux il s'était formé ■M majorité onx>sée au gouvernement; de toutes parts pleurent des pétitions pour obtenir le jugement parjurés , l'indé- P^oduee des magistrats, la responsabilité des ministres, la li- ^de la presse et de renseignement, la pleine et entière cxéoition du concordat en faveur de l'Église catholique.
Il avait été établi, en 1819, que les chambres voteraient l'im- Pôt pour dix ans, après quoi un nouveau budget serait réglé pour ^ niéaie laps de temps par les états généraux. Mais les catho- %Ks, alliés aux libéraux dans la seconde chambre , refusèrent ^ 1628 d'accorder les impôts, s'il n'était fait droit aux récla- "^^lioBs générales. Le peuple battit des mains , et le gouvemenentfoteoBtraiat de céder, mais il destitua touslesmagistrataqui avaient |rô part au vote. DePotier, mOmxvà'iamHiitoirêpkèio'
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sophique des conciles, avait fini par reconnaître dequel cAté était la liberté, et par rire de ta peur quMnspiraient les jésuites lorsque la servitude était imminente : il se mit à la tête des catholiques libéraux, et proposa une souscription nationale pour indemniser ceux qui souffraient pour la liberté du pays. Il en résulta une confédération qui bientôt fut assez forte pour repousser les ordonnances au nom de la loi, et qui publia une espèce de manifeste (22 février 1880). Le procès intenté contre Potter, Tiel* mans et Barthels, ouvrit Tarène à des débats très-fâeheox pour le gouvernement, et Texil infligé aux prévenus ( 30 avril ) fut regardé comme un affront national.
La matière ainsi préparée, il ne manquait que Tétincelle pour Tembraser, et la révolution de Paris la communiqua. Le 26 août, après une représentation de la Muette de Fortici, les Bruxellois se soulevèrent, demandant leur séparation de la Hollande, et un prince de la maison d'Orange pour roi. Un mois se passa en pourparlers avec la cour de la Haye ; puis le prince Frédéric, second fils de Guillaume, crut trancher la question en marchant sur Bruxelles. Là une bataille s^engagea dans les rues ( 27 septembre) ; Tennemi succomba, et la place des Martyrs rappelle encore le sang qui fut versé dans ces journées.
L'insurrection s'étendit dans tout le pays; partout les troupes hollandaises furent battues, et Timplacable maison de Nassau fut renversée.
Un parti poussait la Belgique à se déclarer en république, et à donner ainsi l'exemple à l'Europe ; mais les modérés pensèrent que le premier besoin du pays était l'indépendance ; qu'il ne fal* lait pas se mettre en hostilité avec l'Europe, mais profiter au contraire du moment favorable pour obtenir une monarchie nationale. Gerlach, Nothomb, Yan-de- Veyer, Lebeau et Rogier, dont la révolution vint mettre en scène le caractère et les talents, soutinrent ce qui convenait au pays, surent résister à des exagérations généreuses , et firent adopter la monarchie constitutionnelle, l'exclusion de la maison d'Orange, l'indépendance de l'autorité ecclésiastique vis-à-vis le pouvoir civil , en abolissant le ptacet, les investitures royales, les concordats, et en proclamant la liberté de l'enseignement, delà prédication, de la oousdence.!^
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t, qm avaient pris une si grande part à la régénémioD de leur patrie, furent admis à siéger dans les chambres.
Cependant la Hollande redemandait ses provinees révoltées; h Fnnee leur ouvrait ses bras pour les absorber, eomme sous l*En^. La confédération germanique et la Prusse se croyaient neoaeées, à cause du Luxembourg et du Limbourg ; et ce petit pays 6it au moment d'embraser TEurope. Les puissances qui miat consommé la réunion de la Belgique et de la Hollande sint«poaèrent.en proposant un armistice, et la médiation se eoafcrtiten un arbitrage qui, traînant en langueur, n'amena pas moins de quatre-vingts protocoles.
La révolution polonaise coûta plus de sang, parce qu'eHe naît pour cause des maux plus profonds. C'était avec raison qi'cB 1816 les vieux Russes, voulant avant tout la grandeur et lenr empire, murmuraient de voir donner à la Pologne une eoartitntion particulière. Mais, d'un côté, les puissances auràtnt vu de mauvais oeil sa réunion à la Russie, et demandaient poordledes formes légales ; de l'autre, Alexandre, qui était alon dans la ferveur des idées libérales, voulut constituer ce pays ca Eut particulier ( 27 septembre 1815). Le nouveau royaume fut proclamé à Varsovie dans oneassemblée solennelle, par un hénataux aimes de Pologne, ainsi que lestatutde 1791 . Le serment ée fidélité fut prêté au nouveau roi avec l'enthousiasme de l'espérance ; partout flottèrent et l'aigle et les étendardsde Sobieski ; chaque palatin parut au couronnement avec sa bannière et ses eouleurs. « Je sais, leur dit Alexandre, combien le royaume a souffert; mais des institutions libres pourront le relever. • Il chai|cea des patriotes illustres du soin de préparer sa constitntioo , qui fut rédigée en cent soizante-dnq articles , et qui oonaéra rindépendance du royaume. L'impôt et les lois durent être volés par la représentation nationale, les lois et les actes <s en langue polonaise, la religion catholique maintenue avec Ks propriétés , les juifs tolérés , le clergé luthérien salarié par le trésor public, les paysans affranchis graduellement, les juges inamoribles ; l'armée polonaise conservée comme corps distinct, sans pouvoir être employée hors de l'Europe. Une commission de rinstruction publique fut chargée de protéger la liberté de la