‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,)Chapitre 24 sur 61 · RÉVOLUTION DB · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION DB

(«esse, et d'en empêcher les abus. Une diète de fioixante-qoatn sénateuffs à vie fut nommée par le roi ; de plus, une chambre de soixante-dii-sept nonces fut élue parles assemblées des nobles, avec cinquante et un députés des assemblées communales, for* mées de propriétaires non nobles, de chefs de fobriques, de gros marchands, d'instituteurs et d'artistes. Tous les emplois devalent appartenir aux seuls Polonais. Mais bientôt des pétitions réclamèrent le jnry, la liberté de la presse; on demanda qae les décrets fussent contre-signes par un ministre responsable. Alexandre, prenant pour des actes de désobéissance la revendication de droits légitimes) flt clore la session ; il répondit (1823) aa conseil de Varsovie, qui avait laissé percer des inqulétiides quant au maintien de la constitution : « Faites compreiidre aux habitants que la patience et la tranquillité sont les seols moyens deconduire la nation à la félicité ; » et, « pour arrêter les abstrae^ tiens insensées de la .philosophie moderne, » qui troublèreot tant d'États , il prohiba les sociétés secrètes et les loges maçonniques.

Alexandre , qui venait de renier la révolution grecque, uniquement parce que c'était une révolution contre ses intéréu, était tout à fait conséquent eu cherchant à étouffer chez loi tout foyer de libéralisme. Quatre ans se passèrent sans qu'il assemblât la diète*, et, lorsqu'il vmt à la rouvrir, il supprima la publicité des discussions, « pour faire jouir ses sqjets de tons les bienfaits que \eut assurait la charte. »

Toute la noblesse polonaise est sur le pied de l'égalité ; si qœiqves nobles possèdent des titres , Us les tiennent de l'étranger, ou les possédaient avant de devenir Polonais. Cette égalité était un moyen d'union et de force; la Russie songea à la détruire en rendant réels les titres honoriflques, et l'on enregistra douze familles de princes, soixante>quinze de comtes, vingt de Larons; ce qui fit naître des jalousies , des ambitions , et procura à la Russie le moyen de récompenser la servilité et de surexciter toutes les vanités.

La constitution polonaiso portait que « la religion catholique professée par le plus grand nombre sera l'objet de la sollicitude particulière du gouvernement , sans préjudicier à lu liberté des

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eoltes, dom la différenoe ne noira pas àla jouiaianoedef Mis chrils et polhiqaes. Les propriétés du clergé romain ou gRO-vii sont inaliénables. U siégera dans le sénat autant d'é? éqÊa c8dM>lk|Bes romains qu'il y a de palatinats , et un évéque éo coite gree-nni. Le roi nomme les évéques et les arcbevéqôes écsdifférenta cultes, les prélats et les dianoines. »

Le ezar en usa pour s'arroger sur le clergé catholique une ioqnetioa qu^il fit exercer par une commission des cultes et de rnstmctioa publique ; il détermina une nouvelle cireoascrîptioB écsdiocèacs, entrara les rapports avec Rome, et bientdt ne iiiiiinin phm son rœa de rteiir tous ses sujets en une seule

Cependant la Pologne reeueillait, elle aussi, les bienfaiis de la paii : les soutes, les édifices, les canaut, s'étaient multipliés ; le commerce et i*agriculture avaient prospéré ; la dette publique cuit éteinte; psrtooton travalUait la laine , le colon , le Un; on exploitait les mines de fer, les salines, les carrières de marbre; les filles s'embellissaient, et Tm^ersité de Varsofie était fio* rinDle. Mais la pensée de la nationalité perdue ne meurt pas, et les sociétés secrètes travaillaient à détruire Tœuvre de Catberiae ; toes se r^pelaient les promesses d'Alexandre , alors que ce prince croyait qu'il était de son droit de les reprendre comme il les avait données, en vertu de la même autorité. Il en résulta d'un cdté des complots , et de l'autre des châtiments» Défense lut Hûte aux jeunes gens de se rendre aux universités d'Allemagne ; la presse fut enchaînée; on accueillit les delà* lloos , on persécuta les écrivains *. Le prince Constantin, qui eonaumdait Tamiée, pouvait ce qu'il voulait, et ses volontés étaient absohies. A la mort d'Alexandre, envers qui les Pok>* sais conservaient de la reconnaissance pour la constitution qu'il

' Le célèbre poêle Mlbhtewits fat transporté en Rassie; mais là aussi il ndta des sympathies dangereuses. L^exil loi donna de nouvelles faites ; et, ayant vu de loin soceomber sa patrie, il chanta les Pèlerins polMols CB style biUiqoe, et coaserva une ici imperturbshie dsm le trioaylie de la liberté. Il a cra deraièremcat Tapercefoir dam une révâÉliea et oae reUgioa nouvelle.

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leur avait donnée, Nieoias se fit couronner rot de Pologne; et, en recevant le sceau, la bannière, Tépée, le manteau, le sceptre et la couronne , Il jura « de régner pour le bien de la natioo polonaise, conformément à la charte donnée par son prédéeesr seur. «

La nouvelle de la révolution de Paris produisit aussi une vive impression dans ce pays, et les préparatife de Tempereur contre la France accélérèrent Texplosion. La frano-maçoonerie, introduite en Pologne par Dombrowski, s^était propagée dans Tarmée, dans les universités et parmi les citoyens V et faisait voir de très-mauvais œil une guerre contre la France. Les généraux eux-mêmes y répugnaient, persuadés qu'ils n'avaient qu*à y perdre. On avait de Targent , des armes, riiabileté nécessaire pour s*en servir ; et Tavant^i^rde de la Russie Gt voile-face contre elle , comme on Ta dit avec raison. La police, qui avait connaissance de trames secrètes, fit de nombreuses arrestations ; mais Constantin ne se montrait pis effrayé. La révolte éclata le 39 novembre 1830, et il y eut de nofflbreuses victimes; Constantin vit cette belle armée, dans laquelle il sejcomplaisait, se tourner contre lui. L'aigle blanche fut arborée partout , au chant national : a Non, Pologne, ta ne manques pas de défenseurs ! » et après une bataille sang^te Varsovie fut délivrée. Les Polonais ûrent un dictateur deChlopicki , ancien soldat de Napoléon , «lors en disgrâce , qui n'avait pas pris part à la lutte. Sans foi ardente, et croyant surtout aux gros bataillons , il songea à négocier plutôt qu'à combattre. Alais tout accord était impossible, et bientôt ce fut à qui offriraii son or et son sang. Les femmes firent appel à la valeur de leun parents ; des jeunes gens riches renoncèrent à leur patrimoiae, lesofllciers à leur solde; des propriétaires partagerait leais terres avec leurs métayers , pour leur faire prendre les armes ; les clochers fournirent du bronze pour les arsenaux , et les sacristies de l'argent pour battre monnaie. Les propriétaires de maisons.situées dans les faubourgs de Varsovie y mirent eux-mêmes le feu, pour qu'elles ne pussent pas gêner la défense. Biais tandis que le peuple voulait rétablir la Pologne et marcher sur la Lilbuanie , Chlopicki , ( ui avait accepté la dictature sans

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croife à la rév<rfution , la renfeniiait dans les huit palatinats. Cat aiasi que les hommes da juste milieu entraraient la encore eetâan qui pouvait seul assurer la yictoire.

Lltalte, qui avait tenté en I82t de remuer sous les baïonnettes, était retomba sous le joug. L'Autriche poursuivait Pao eomplissement de ses projets , sans gêner la prospérité matérielle des fertiles pays qu'elle occupe. Le Piémont cicatrisait les plaies ; et , à la mort de Charles-Félix, la branche de Savoie- Cirignan * s*était vue appelée au trône , où monta un jeune roi âeré an milieu des armes, des études et des espérances ( 27 ami 1891 ). A Naples, Ferdinand If, jeune aussi, commençait soB règne sous les meilleurs auspices, donnait une amnistie, et promettait de remédier aux maux du passé.

Mais les févolutiens laissent toujours après elles de longs res- KBtimeats et des pensées de vengeance chez ceux qui ont souff«ft, comme chez ceux qui ont triomphé, un désir de repréaiihsinntiles après les répressions nécessaires. Un grand nombre de r£fegiés épiaient du dehors la moindre lueur d'innovations , pRMnpcs à aocDeillir tout ce qui flattait leurs espérances; ils «MtaaieDt des intelligences dans le pays , soit avec les débris des aneiras carbonari , soit avec les nouveaux mécontents. La fo&ot partout était aux aguets; et en 1829 le pape , sur les iostanees de rAutriche, après avoûr renouvelé l'exoommuni* atàaa contre les sociétés secrètes, institua une commission

' Généalogie de Carignan :

Ctiarles-CinmaDoèl I.

Thomas- François, marié avec Marie de Boiirboo.

Emmanoel-Philiberi-Aniédée.

Vlctor-Ainédée. Eugène-Maurice,

ï marié a? ec Olynpe Mancinl.

Looia-yictor-Amédée. I

1 Le célèbre prince Eugène de Savoie.

GI«ilei.Albert , né en 1798 , ni le 17 avril 1S31 , mort en 1S49.

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spéciale, qviit le proeès à vingt-û eaibniari. Dès qu'ils apprireot les éfénemcBts de Pvis, les gouvcrnemeali se mlreot en défense, sans bien prévoir enoore contre qui ils «unûent à

agir.

En effet, à cdté des Kbéraox, qui projetaient des înnoTa* tions dont le peuple devait être Tinstniment, il y avait les Sanfédistes, qui voulaient auaa Tindépendance italienne, mais aree Tappui des princes nationaux. Certain chef libéral traita , dilron , avec le due de Modène pour mettre la haute Italie sous son sceptre; négociation sans bonne foi de part ni d'autre.

Rome rendue au pape en 1814, avec toutes ses posseasions, tressaillit de revoir dans ses muis le Laocoon, TApoUon du Belvédère, la cour pontificale, les solennités religieuses, et cette pluie d'or qu'y lépandaient les touristes étrangers. Pie VII, grâce aux conseils du ministre d'État Gonsaivi , promulgua un motu proprio, où il était qnestbn de centralisation des pouvoirs, d'unie de sjrstème , d*indépendance de l'autorité judiciaire , de reqwnsabilité des fonctionnaires; mais les règlements Tinrent démentir ces préambules, et les codes promis ne parurent jamais. L'État resta divisé en dix -huit dâégatirais, comprenant quarante-quatre districts et six cent vingt-six commîmes à la française; de même pour l'administration des finances, pour les hypothèques, pour le timbre et l'enregistrement. Hais les emplois ne furent pas sécularisés; on ne fixa pas de terme aux appels; il ne fut plus question de municipalités ni des autres améliorations , d'autant plus désirées qne la domination précédente en avait &it connaître ou du moins pressentir les avan* tages.

Léon XII , après Pie VII , fit examiner par des jurisconsultes ce même motu proprio, et se proposa d*all^er par l'économie les charges qui pesaient sur le peuple : il nomma même une congrégation d'État ; mais il s'en repentit ou on l'en fit repentir aussitôt, et il en fit une assemblée consultative. Alors Farbitraire que Gonsalvi avait corrigé reparut de toutes parts. L'organisation des délégations et des tribunaux fut aussi changée. Les droits des communautés furent étendus; b noblesse y resta distincte : la juridiction épiscopale fut rétabtie, et iea

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furent chargés d*instraire et déjuger les procès des laî- ;, ainsi que de diriger renseignement. Le saint office reses attributions; les privilèges de mainmorte s*aecnirait; la tnbanaux de district furent abolis. Le collège romain fut doofflé am jésoites, et des commissions ecclésiastiques semèrent rcffimi dana les lestions, sous l'administration de Rivaroia.

Les bandits qui infestaient Tanden pays des Volsques, «itve les Apennins « les marais Pontins , les monts d*Albana et de , étaient la ruine et la honte de l*État pontifical. Cette avait appartenu jusqu^en 1816 à la ùmille Colonne, qui ât appris aux habitants qu*à se servir des armes , à cause de ses démêlés avec les Orsini et les papes. Les papes y étaient sans poatair; tout au plus donnaient-ils aux honnêtes gens un bievet de derc /pour les soustraire à la juridiction territoriale. Les Français bouleversèrent cet état de choses; mais les excès delaeooseription, en 1818, firent reprendre les armes à la pupolalioB ; et des bandes de polUiquet entreprirent des excursions eoBbe Joaehim Murât. Ils s'enhardirent encore plus sous le ftîMe guuf ernement qui lui succéda : n'obéissant qu'à un seul dieC, chargés d'armes etde reliques, ils parcouraient, au nombre pÊtêm de cent hommes, la campagne dépeuplée, et rendaient cxtrâmement dangereuse la route de Rome à Naples. Personne n'ooit refuser le gîte et des vivres à ces brigands redoutables, ei la gouferaemcnt fut maintes fois forcé de s'abaisser jusqu'à tiaiter arec eux : heureux lorsque quelqu'un d'entre eux, venant à résipiscence, allait suspendre à la chapelle de la Madone son poignard ensanglanté! Gonsalri travailla à les détruire; il s'en* tendit avec le gouverneur napolitain pour que tout refuge leur ^ fermé sur ce territoire ; il fit mettre le feu aux maisons , aax villages où ils se retiraient; et l'on établit une fête en BiéaMiie de leur extermination. Mais il resta encore beaucoup à fûn an gouvernement de Léon XII.

On connaît l'aspect mélancolique de la campagne de Rome, oe désert empesté de deux cent mille hectares, où, pour épargnei Tiatervention des hommes et les frais de culture , les propriétaires se contentent de la production naturelle, c'es^à-dire du pâturage, méthode qui réduit Thomme à rien. Les mesures par-

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tielles, les décrets du gouvernement n'aboutirent à rien, faute de plan. En 1839, une compagnie étrangère proposa d'afiermer toute la campagne romaine, à la charge d*une annuité au gouvernement, et à chaque propriétaire d*une somme égale à ce qu^il tirait alors de son fonds ; au bout de cinquante ans chacun serait rentré en possession de ses terres améliorées. Dans cet intervalle la société aurait défriché la campagne , desséché les marais Pontins , ceux de Macarele et d'Ostie ^ rendu le Tibre et le Teverone navigables dans tout leur cours, offirant ainsi un débouché aux produits delà Sabine; elle aurait construit des villages avec des églises, des écoles, des hospices, des routes ;utiiisé les eaux minérales et sulfureuses; formé des fermes modâes pour rintroduetion de produits nouveaux, tels que Findigo, la canne à sucre. Tous ces travaux n*auraieat empl<Mré que des gens du pays, logés dans des lieux salubres , et congédiés pendant les mois les plus pestilentiels.

Pie VIII (Xavier Castiglioni), le successeur de Léon XU (31 mai 1829), accueillit avec joie cette proposition; mais il existait des gens qui avaient intérêt à y mettre obstacle, et on la laissa tomber. Pie VIII mourut (30 novembre 1830 ), et la ra« cance, quise prolongea, fut tumultueuse; les ambassadean excluaient ou commandaient tels ou tels choix pendant les opérations du conclave ; puis la ville, de plus, tenta de se soulever pour changer le gouvernement. Grégoire XVI arriva au trôae au nùHeu de ces agitations, « s'engageant librement, à la faee de TEurope, à faire ce qui serait nécessaire pour associer les intérêts du trône et ceux de la nation '. «

Pendant ce temps la France prodiguait les promesses et les encouragements ; il lui importait que la puissance qui prédominait en Italie s'y trouvât occupée, pour empêcher qu'elle ne tournât ses forces contre elle. Le ministre Laffitte avait dit à la tribune ( 1^' décembre ) : « La France ne permettra pas que le principe de la non-intervention soit violé; » et Dupin ajoatait (6 décembre) : « Si la France, se renfermant dans un froid

' Réponse de Tambassadeur Lutzow à lord Sojmour, 12 septembre tS32.

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é9Mflie,aTaitdit qu'elle n'interviendra pas, c'eût été de la léehelé; mais dire qu'elle ne souffrira pas qu'on intervienne, e'ot Ja plus noble attitude que puisse prendre un peuple fort et géoéreux. » Les patriotes italiens crurent, en conséquence, que 1 origine démocratique de la nouvelle monarchie la portenità iouteoir une révolution démocratique qui ne pouvait s'aceofflplir que par les armes, puisqu'ils n'avaient oi représentation, oi droit de pétition, puisque les simples vœux étaient considérés oMome rébellion. Tout était prêt à Modène pour unsoulèîeioeDt; mais le duc le prévint : il attaqua les conjurés dans la n»on de Ciro Menotti , et les fit prisonniers (3 février 1831 ). Cependant, en apprenant le lendemain que Bologne s'était in* srrgée, il s'enfuit dans le Mantouan, emmenant avec lui ce chef, qu'il livra à l'Autriche ; et il laissa son pays en feu. Bologne ^^t accompli sa révolution, pure d'excès comme les autres ; et clie se propagea dans toute la Romagne. Le cardinal légat Benfeooti tomba entre les mains des insurgés ; Ancâne se rendit îttx colonels Sercognani et Armandi. Le drapeau italien flotta à Otricoli, à quinze lieues de Rome ; Marie-Louise s'éloigna de f^vme et de Plaisance , également soulevées. .

Aiasi une conflagration générale était imminente : la Grèce fie tentait renaître ; l'Espagne et le Portugal relevaient leur ban- Dîère abattue ; FAlleroagne voyait le moment venu d'obtenir ce ^i lui avait été promis ; la Suisse avait déjà commencé à réformer K9 institutions dans un sens populaire. En Angleterre , se méhJt la voix terrible de la multitude, qui demandait du pain au ^ da radicaux qui demandaient la liberté.

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