LES MINISTÈRES ET LES PARTIS EN FKANCE
protection d'une garde nationale composée de bourgeois désireux de conserver. L'hérédité de la chambre des pairs serait-el!e maintenue? La jeunesse, au nom des principes abstraits, le peuple, par aversion pour ce reste d'aristocratie» demandaient qu'elle fût abolie. L'hérédité fut combattue dans les chambres par ceux qui avaient le sentiment de la dignité populaire ; les hommes d'État et les publicistes la défendirent ; et comme les doctrinaires avaient jugé nécessaire de conserver rhérédité dans le pouvoir suprême, ils devaient, pour être conséquents, Tadmettre aussi dans la pairie, afin de fortifier la couronne. Ils eurent le dessous , et la chambre haute elle-même vota pour rélection ; mais comme cette élection fut abandonnée au roi , cela aboutit à faire de la pairie un collège royal , n*ayaot sa base ni dans le privilège héréditaire, ni dans la propriété , ni dans le vote populaire, et qui se trouverait dépouillé même de ces traditions que donnent la pratique des affaires et Tindépendance. Le principe de la souveraineté nationale fut cependant substitué au droit divin.
Ainsi la constitution resta dégagée de ses entraves, et la ii:onarchie se combina avec le plus haut degré possible de liberté. Mais il n'est pas de tempête qui ne laisse les flots longtemps agités. « Le gouvernement de Juillet, a dit M. de Broglie, est né au sein d'une révolution populaire. C'est sa gloire , c'est son danger. La gloire fiit pure , parce que la cause était juste ; le péril est grand , attendu que toute insurrection heureuse , légitime ou non, produit, par l'effet de son succès, des insurrections nouvelles. »
La chute de l'ancienne dynastie avait froissé les sentiments et les intérêts de bien des gens ; beaucoup d'autres, dont la nouvelle ne pouvait contenter les espérances , n'étaient pas moins mécontents ; puis le conflit est inévitable là où coexistent trois pouvoirs ; car lorsqu'une majorité a prévalu , reste une minorité qu'il faut satisfaire ou comprimer. La révolution de 1830 navait pas adopté la république, parce qu'elle ne pouvait manquer d'entratner la guerre étrangère : mais sufïisait-il d'élire un roi pour échapper à ce péril et à celui de la guerre civile? Les dcmirésolulions ne pouvaient convenir à la multitude, ni à ceux-là qui
LES MIKISTÈRES ET LES PARTIS EIT FRANCE. 2Ui
avaient combattu. Le gouvernement n'ayant pas la main assez forte pour réprimer Fanarchie , il en sortit les émeutes , le déduioenient des passions personnelles , et l'étemel courroux de ceta qui n'ont rien contre ceux qui possèdent : c'était une oj)potition sauvage qui déshonorait l'opposition légale.
LjoQ fiit le centre d'un soulèvement où la faim eut plus de part que la politique ; le gouvernement y répondit par des coups de canon et des fortifications. La Fayette, qui faisait son métier de républicain avec la candeur et la générosité d'un enfant, était incapable de se plier à tous les artiGces qu'entraîne la pratîqQedes afEaires ; et Ton pouvait dire de lui , comme des Bourbons, qu'il n'avait rien appris ni rien oublié. Chef des gardes utîooales du royaume , il se trouvait le véritable maître de Paris : il était donc à propos de lui enlever cette autorité exorbitante; mais on vit là un premier pas contre la révolution.
Cependant les républicains dépassaient de toutes parts les coDstitationnels : Armand Carrel par ses écrits, Garnier-Pagès à la tribune, Philippon avec la Caricature, Barthélémy avec la Némàu, bien d'autres au moyen des journaux, battaient en brèche le système ; et le nom du roi ne fut pas épargné dans des procès scandaleux. Une foule d'associations tendaient à la république ; mais on y trouvait plutôt les sentiments que les opinions du républicanisme; on y voyait , comme trop souvent dans ce siècle , une critique sans but , habile à détruire, mais ne sachant pas édifier. La Gazette de France, organe des légitimistes , avait proposé le suffrage universel ; les républicains l'adoptèrent ; et ce principe donna quelque unité et un symbole à ce parti, qui n*en avait aucun.
Des idées religieuses se mêlèrent aussi à ces luttes : Tabbé Cbâtel prétendit fonder une Église française, avec une liturgie dans la langue nationale. Mais Lamennais eut une bien autre influence. Dans son livre du Progrès de la révolution et de la guerre contre V Église ( 1 826 ) , il avait signalé comme ses enneniis le libéralisme et le gallicanisme. Il sentait bien que l'œuvre de Dieu ne peut s'appuyer sur des dynasties périssables, mais qw Vidée religieuse doit se greffer sur la démocratie. La résolution faite, il la salua comme « un avenir de grâces célestes