CONFEDERATION SUISSE
La constitution unitaire que Napoléon donna aux Suisses { 1803) ne répondait ni aux traditions ni aux besoins d*un pays façonné depuis des siècles à Tindépendance cantonale et coii>- Biuale. Cétait une fédération , où les bourgmestres de Fri* boorg, de Berne, de Soleure, de Bâle, Zurich et Luceme, devacnt être, à tour de rôle et pendant une année, landamann et chargés des rapports diplomatiques. Il y eut entre les villes et les campagnes égalité de droite politiques ; les juridictions ecdésastiqaes disparurent ; chaque canton eut son grand et son petit conseil; partout Pesprit démocratique vitson action enrayée.
La Suisse éprouva dans les guerres de ce temps tous les maux auxquels le faible est réservé : territoire et constitution furent violés tantôt par une puissance , tantôt par une autre. Genève et le Valais avaient été réunis à la France, et le canton eu Tésin occupé par les troupes italiennes.
Cependant la Suisse vit TAutricbe, son ennemie séculaire , rrjetée loin d'elle par les vicissitudes de la guerre; et elle parut recouvrer, au mUieu de tant de secousses, la vie, les arts, Tesprit d'association. ^Lors de la catastrophe napoléonienne , elle fut de nouveau foulée par les armées étrangères, et elle eut sa part de ces promesses de réintégration et d'indépendance dont on était prodigue alors. Située dans la partie la plus élevée de l'Europe, comme une citadelle qui domine les principaux États , occupant le versant oriental du Jura , couvrant cette grande étendue de la frontière française, et pénétrant, par les hautes vallées de l'Inn, du Tésin et du Rhin, dans les bassins du Danube, du Pô et du bas Rhin, la puissance qui y dominerait pourrait à l'improviste verser sur les autres des forces écrasantes. Aussi trouva-t-on qu'il importait à la paix de l'Europe de la déclarer neutre, à la condition qu'elle conservât les formes extérieures de son organisation et son ancien territoire.
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En conséquence, les cantons, après plus d*un orage, jurèrent une éternelle alliance ( 17 août 1815 ); et la confédération fut reconstituée , en y ajoutant Genève et le pays de Vaud, partie du pays de Gex, et tout le Léman ; de sorte que le Jura devint sa limite avec la France. Du côté de la Savoie, une ligne neutre fut tirée du lac d*Annecy à celui du Bourget et au Rhône. Une partie de Tévéché de Bâle fut attachée au canton de ce nom , et le reste à celui de Berne. Les Grisons ne recouvrèrent pas les vallées italiennes, ni les cantons montagnards les bailliages du Tessin, dont il fut formé un canton ; Tévéque de Constance perdit tout pouvoir sur la confédération. La Suisse s'obligea à tenir sur pied une armée de trente mille hommes, dont chaque canton, en cas de péril, serait en droit de réclamer le secours. L'empereur Alexandre, sous Tinspirationdu général la Harpe, son ancien précepteur, se réserva la réorganisation de ce pays ; il y eonserra beaucoup de bonnes choses « et accorda peu a ceux qui demandaient la souveraineté absolue de chaque canton, et des garanties pour empêcher Tun d'entre eux de prévaloir sur les autres. Les députés des vingt-deux honorables cantons , réunis alternativement chaque année à Zurich, Berne et Luceme, délibèrent sur les affaires communes , votant à raison d*une voix par canton , selon les instructions qu'ils ont reçnes, et décidant à la majorité. C'est la diète qui décide de la paix et de la guerre, et qui a mission d'aplanir les différends intérieurs. Cette espèce d'unité, qui empêche les cantons de contracter des alliances particulières , ne détruit pas l'indépendance de chacun ; mais la diète fut déclarée puissance souveraine, quoique liée par les instructions que chaque canton donne à son député; comme si les puissances qui dictèrent le pacte fédéral avaient eu pour but d^affaibiir le principe démocratique de l'individualité cantonale , et de diminuer en même temps l'indépendance du pays. Enfin, l'égalité de vote, entre des cantons si différents en force, empêche les plus importants de prévaloir ; mais les résolutions en sont souvent retardées.
En dépit de cette influence étrangère dont le pacte fédéral porte le cachet, et de la précipitation inévitable dans tous les actes de cette époque, la Suisse y trouva un progrès incontes-
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taUe. £a efTel, tout en s'intituJant république, elle n*étalt, a?aiit la B^rolution, qu'une oligarehie (heimaioibsen ), avec des sujets, atee une raœ proscrite, espèce de zingaris ou de parias, sans inUs ni lois. L'absurdité des pays si^jets disparut, avec la eomiptîMi qQ*y apportait la vénalité des charges; toute hiélarchie entre les cantons fut supprimée. Le cas où Ton verrait les Suisses combattre contre les Suisses avait été prévu ; et cependant le pays n*en continua pas moins de fournir des régiments aux Bays-Bas, à la France, à Naples, à TEspagne, d'autant pitas condamnable en cela que ces troupes mercenaires jae se bornent plus à parader devant les cours, mais sont enrôlés pour servir contre les peuples.
Chacun des cantons se donna sa constitution particulière, modèle sur la constitution générale , restreignant aussi les droits, fortifiant les s&ats aux dépens des bourgeois, qui à leur tour furent mieux partagés que les habitants de la campagne. Uri, Scbwitz, Glaris, Zug, Appenzell, Unterwald, démocraties pures, éliient leurs magistrats en assemblées générales, et délibèrent vraimentsur leursintéréts. Chez les Grisons, le pouvoir suprême réside dans l'ensemble des conseils et municipalités des vingtdnq communes, qui peuvent être considérées comme autant de petites républiques , qui forment trois ligues. Dans les autres cantons, la souveraineté est exercée par un grand conseil, nommé par le peuple à Sain^Gall, Argovie, Thurgovie, dans le Tésin , le pays de Vaud, et à Genève ; tandis qu'à Fribourg, Berne, Solenre,Luceme, Schafifouse, Zurich et Bâle, cette élection est à peu près dans les mains des bourgeois.
Les communes embarrassent le pouvoir législatif par des résistances locales, et perpétuent des préjugés et des abus; elles se refusent à toute imposition nouvelle, ce qui force à conserver les anciennes , lors même qu'elles sont absurdes ; elles confondent les pouvoirs , suscitent des jalousies , oublient la natioi» pour le clocher. Le roi de Prusse ne put ^ en 1815 , abolir la torture à Neufchâtel que par une ordonnance inconstitutionnelle.- L'une des plaies de ces pays, c'est qu'ils n'ont ni unité d'origine, ni unité de foi, de langue, d'éducation. Dans la Suisse romane, qui comprend le versant oriental du Jura , le lac de MeufebAtel-,
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la rite nord du lac de Genève, la vallée du Rhône au-dessus de SkNif la partie orientale est réformée, Fribourg, ardente calholiqoe, et rindustrîeose Neufcbâtel, protestante. Les Allemands y sont très-peu nombreux, tandis qu*ils forment le fond de la Suisse allemande, où rè^ne la religion réformée. Quant à Genève, elle n*est plus la ville d'autrefois , calviniste ardente et exclusive; et les catholiques, en assez grand nombre, y vivent sous la protection des puissances étrangères. La Suisse italienne est toute catholique. Le canton des Grisons , le plus étendu et le moins peuplé, est un mélange original de roman et de teutonique.
Lacantons, à Tépoque delà paix, se donnerait des codes ; celui duTésin fut modelé sur le code italien. Celui de Genève, ouvrage du professeur Belot , est, en fait de procédure , ce que Ton connaît de meilleur. Les menaces de la Sainte-Alliance ont souvent forcé les Suisses , soit à repousser de leur sol hospitalier des réfugiés politiques, soit à conserver des règlements intérieurs reconnus mauvais , tandb que diez leurs voisins ils se sont vus enlever certaines franchises commerciales dont ils jouissaient autrefois. La civilisation cependant a pénétré chez eux avec la richesse; les cantons de Tonest et du nord ont prospéré par rmdustrie; Genève, Neufcbâtel , et Bâle, sont comptées parmi les places de commerce les plus solides; des routes à travers les montagnes sont venues fiiciliter .le transit, qui est la richesse de certains cantons; Téducation s'y est perfectionnée par de nouveaux systèmes, et la réforme pénitentiaire y a trouvé aussi des exemples dont on a profité.
Les loges maçonniques , que le général la Harpe et Tbistovïea Zschokke avaient propagées, poussèrent beaucoup à ces innovations., Les illuminés d* Allemagne s*y réunirent, à Fiostigation du Prussien Just Griiner, qui avait contribué activement à constituer en Prusse la Tugenbund; enfin les carbonari dltalie et de France, réfutés en foule dans le pajs après leurs revers, établirent des ventes sur la frontière. A leur suite, il se forma des sociétés pour le chant, pour les arts, surtout pour le tir de la carabine (schûtsen-gesetischafl)^ mais imites au fond ayant pour but des changements politiques, |dttsd*une
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des changements sodaux, on Êdsant consister le progrès à rendre de noareau la Soisse unitaire.
Ces éléments fermentaient déjà, lorsque la révolution de 1830 vint y mettre le feu. On invoqua bientÂt les droits du peuple ; des milliers de pétitioqs demandèrent des réformes. Quant au parti aristocratique, il ne pouvait guère compter sur les rois étrangers, occupés li se défmdre eux-mêmes , ni sur les troupes aotriehîeones» employées à surveiller le Tyrol et Tltalie. Partout s*or|^nisait , au dehors, un corps avec lequel on marchait sur leebef-lieu; et bientôt la constitution était changée , les privilèges de naissance et de localité étaient mis a terre du même coup; et, de proche en proche, il se répandait une pluie de constitutions où l'égalité, la liberté de la presse et des personnes étaient proclamées. Neufchâtel voulut s*afiranchir de la Prusse; mais elle essuya une répression sanglante. A Bâle, ce fut une hme adiamée entre la ville et la campagne , et toute la Suisse y prit part ; c'était à qui remporterait du grand nombre ou du petit; enfin la campagne de Bâle resta séparée de la ville.
Les mêmes foits se passèrent dans d'autres cantons, augmentant de plus en plus le morcellement Tous les privilèges de nanssance tombèrent; il fut interdit d'accepter à l'étranger des titres, des pensions, des fidéieommis; les jugements furent rendus pubKcs, les juges indépendants du pouvoir exécutif; le droit de pétition fut donné à tous,etla presse se trouva affranchie tout i &it. Hais on fàt moins pressé de réaliser d'utiles propositions, telles que l'uniformité de mesures et de mminaie, l'extradition des crimmels, et la création d'une université fédérale ; aussi étère-t-on la jeunesse suisse dans des établissements dont ks doctrines sont tout à fait opposées. Quant à l'administration, exercée gratuitement par les familles riches , elle est devenue coûteuse avec la démocratie. 11 restait à refondre le pacte fédéral, qui, fait à la hâte comme tous les actes de 1815, avait mal déterminé les rapports des cantons entre eux. Ils s'étaient alliés dans l'origine par l'unique besoin de la défense, mais ils n'avaient jamais conçu l'idée d'une confédération forte et gé* Bcrale ; et l'ardeur qu'ils mirent à se dégager, dès qu'ils le pu* rent, de celle que Napoléon leur avait imposée, attestait com*^