G0 RUSSIE
de son caprice; ces seigneurs forment la cour du czar; or s*ils ne peuvent agir directement sur lui, ils le peuvent sui sa mère, sur son frère, sur sa femme; ils commandent les armées recrutées de leurs paysans, qui, en sortant du service , re< tomberont dans le servage. U est donc facile de comprendra qu'un prince, même désireux du bien , ménage une aristocratie entêtée du passé et opiniâtre de ses privil^es.
Alexandre se montra zélé pour Tinstruction du peuple : il voulut des écoles , des académies , la libre introduction des )i^ vres, peu dangereuse, à la vérité, dans un pays où le peuple ne lit pas, où il n*y a pas de classe moyenne, et où l'aristocratie est bien plus tyrannique que le souverain. Après avoir aboli le knout et la torture, établi un sénat conservateur des lois, avec droit de remontrance , il exigea de l'économie dans sa cour« et se montra lui-même sous les dehors les plus modestes. Mais; les idées généreuses et désintéressées qui déconcertaient la politique furent bientôt étouffées par la peur des révolutions et par la défiance qu'inspiraient au czar ses propres conseillers ^ si bien qu*il croyait devoir s'occuper de détails qu'un grand monarque abandonne d'ordinaire à des subalternes. Mettemidi réussit à lui inspirer l'horreur des révolutions; les rigueurs contre les livres augmentèrent ; il réforma , il exclut les Bibles, et il s'apaisa à l'égard de la Porte, en même temps qu'il devenait soupçonneux envers la Pologne et la liberté.
Les sociétés secrètes s'étaient propagées durant la campagne de 1813, surtout celles de V Union du salut, ou des vrais et fidèles enfants de la patrie; mais, au lieu de se composer* comme parmi nous, de Içi classe moyenne, elles se recrutaient dans la classe supérieure , surtout des cadets et de la jeunesse. Elles étaient distribuées en trois classes : les frères , les nomroci» et les boyards ; elles se proposaient de changer les institutions, de faire cesser les concussions et autres abus de l'administration. C'était aussi le but où tendait la Société des chevaliers et V Union du bien public. Avec une organisation centrale et des ressources considérables , elles projetaient une république qui , formée de semblables éléments , n'aurait pu se résoudre qu'en oligarchie. Celle des Slaves réunis espérait réunir en con-
BUSSIB. 361
fiédéntion huit États slaves, savoir, la Russie, la Pologne, la Bohême, la Moravie, ta Dalmatie, la Hongrie, la Servie et la Tnuttjlvanie, avec la Moldavie et la Valachie. Pestel, Torga* BÎsatear des sociétés secrètes, avait préparé un code russe que Ton devait publier après la^ictoire que Ton se promettait. Ces sodéces prirent plus d'une fois la résolution de tuer Alexandre ; et cda sans avoir étudié le pays , ni examiné si une révolution de principes était compatible avec un pareil état de civilisation.
Les sociétés qui travaillaient à Findépendance de la Grèce agissaient au contraire ouvertement, et obtenaient toute la bienmllaiMe d'Alexandre, qui n'était retenu que par les frayeurs de ses alliés. Cependant, en 1825 , il était au moment de prendre aoe décision sérieuse en faveur de la Grèce : il partit alors pour b Oimée , qu'il parcourut pour connaître les frontières de ses immenaes États. Mais il tomba malade à Taganrog, et rendit le dernier soupir en fixant ses regards sur son médecin, et s'écriant : O crime! L'impératrice ne tarda guère à le suivre au tombeaijf. Comme dans tous les événements imprévus , les conjectures ne manquèrent pas. Ceux-ci attribuèrent le coup à ses frères, ceux-là aux libéraux ; d'autres, à FAutriehe, contrariée de l'intérêt qu'Alexandre montrait pour les Grecs. La situation se eomi^iqua encore lorsque dans les papiers de l'empereur on trouva une dépêche scellée, dans laquelle le prince Constantin déclarait renoncer au trône, « ne se sentant ni la volonté , ni la capacité, ni la force nécessaires pour régner. » En conséquence la couronne passait à son jeune i^ère Nicolas.
Les conjurés , surpris àl'improviste par la mort d'Alexandre, songèrent au moins à obtenir une constitution , et se soulevérent, en proclamant que Constantin n'avait pas renoncé à la eouroDue. Ils propagèrent la révolte parmi les troupes , et marchèrent contre le palais , après s'être donné pour dictateur le prioee Trubetxkoî. Mais Nicolas , après avoir invoqué le Seigneur, sortit intrépidement à leur rencontre, parcourut le front des troupes mutinées, et les subjugua par sa fermeté. Quelques coups de canon dispersèrent les rebelles, et la Sibérie fit le reste.
Cela ne pouvait se terminer autrement dans un pays où il existe un si vaste abîme entre la classe noble et la multitude;
am. DC CENT Ans, — • T. 111. 31
363 BUSSIE.
les soldats ne s*étaieiit laissé émouvoir que par Tidée de soutenir les droits de Constantin et de la consiiiuiion, qu'ils prenaient pour la femme de ce prince.
Nicolas trouva opportun de rétablir par la guerre la discipline de rarmée ; et, moins docile que son frère aux suggestHms de Mettemicb, il reprit les projets contre TOrient.
La Perse embrasse quatre peuples différents : les tribus indigènes qui vivent en nomades dans les montagnes entre le golfe Persique et T Arménie ; elles n*ont jamais été soumises , mais elles sont tenues en respect par les tribus des Tartares et des Turcomans, qui ont successivement conquis cette eontrée. Enfin les tribus arabes, qui habitent le pays découvert, traCqnent sur le golfe, et ne sont sujettes que de nom.
Dans le siècle dernier, la Perse fut déchirée parles factions des Kurdes et des Kadyiars, jusqu*au jour où ceux-oi eurent le dessus; et Aga-Mohammed-Khan resta le seul maître de la Perse, eh 1794. Elle était tombée dansTétatle plus déplorable , sans commerce , sans agriculture, réduite à dii millions d'habitants, sur un sol capable d'en nourrir quatre fois davantage.
Mohammed, justicier implacable et cruel par caprice, réussit, plus encore par sa tête que par son bras , à y rétablir la tranquillité. Il fut assassiné à Tâge de soixante-trois ans , au mois de novembre 1796. Feth-Ali, son neveu etson successeur, fut bientôt en guerre avec la Russie pour la Géorgie.
Ce dernier pays, en 1795, était retombé sous le joug de la Perse-, mais le czar Paul le déclara incorporé à Tempire, préludant ainsi à la conquête de toute la péninsule qui s'étend de la mer Caspienne à la mer Noire. Cependant le gouvernement qu'il y établit fut tellement dur, que les populations irritées s'insurgèrent. Alexandre , pour s'assurer le pays par de meilleures frontières , fit occuper les rives du lac Goktka , en offrant des indemnités à la cour de Téhéran. Napoléon, qui projetait de traverser la Perse pour aller attaquer l'Inde anglaise, envoya à Feth-Ali des ambassadeurs et des officiers, qui formèrent ses troupes à la tactique européenne ; mais les Anglais surent déjouer l'influence française , et se firent médiateurs de la paix entre la Russie et la Perse (I813). Par cette paix, qui fut