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guisées des puissances copartageantes, peut briller l'espoir d'une réuDÎOD ; déjà ce vœu a été exprimé en termes clairs là où il pouvait rétre,et ailleurs par un retour aux coutumes nationales, par le rapprochement des seigneurs et des paysans, par des tentatives d'amélioration morale pour ces derniers, et leur participation à tous les droits. Bien des projlbsitions ont été faites au czar pour rétablir la Pologne entière, et grouper autour d'elle toute la famille des Slaves; ce qui placerait pour barrière entre la vraie Russie et l'Allemagne un grand peuple, un peuple nouveau, et par là réservé peut-être à de hautes destinées.
La guerre avec la France avait laissé à la Russie une dette éuQrme, et une armée qu'il fallait occuper. On y pourvut a Taide des colonies militaires, dont le plan fut proposé en 1819 par le général Araktchéief : c'est à la fois une milice et une population agricole. L'empereur désigne les villages destinés à la recevoir. Ceux des habitants qui ont passé soixante ans deviennent patrons des colons. Chaque patron reçoit une certaine quantité de terrain , sous la condition d'entretenir un soldat avec sa famille et son cheval ; de son côté , le soldat cultivateur doit l'aider dans ses travaux quand il n'est pas retenu par le service. Les autres habitants constituent uue hiérarchie militaire, en vue de laquelle les enfants sont élevés ; en même temps que la lecture , l'écriture , le calcul, on leur apprend le maniement des armes et l'équitation. Ainsi Ton substitue la troupe à. la famille ; on décompose celle-ci pour recevoir des hommes acctdentellement ; les liens naturels se relâchent ; et l'iostruction oe sert qu'à faire sentir davantage la servitude.
En 1847, la Russie comptait 82,000 soldats soumis à ce mode de colonisation. La population de ces colonies militaires ainsi que leur production s'étaient notablement accrues ; mais œ qui importe davantage, c'est que l'empire russe possède par ce moyen une belle armée, prête à tout, et qui cependant ne lui coûte rien. L'Autriche aussi a établi des colonies militaires, qui ont pour but de protéger sa frontière contre les incursioas des Turcs ; mais elles convertissent l&paysan en soldat. Sous le régime russe, au contraire, un régiment est placé dans une colonie qiU le fait vivre, sans que le soldat s'y transforme jamais
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en rentable laboureur. Ajoutez à cela que toutes ces forces militaires stationnent sur les frontières occidentales et méridionales, c'est-à-dire qu'elles menacent TEurope.
Le territoire russe offre les débris, on pourrait dire les sédiffleots, de toutes les révolutions de F Asie moyenne; dans le gomremement d'Astrakhan surtout, les populations qui s'y lODt iroorées aux prises ont perpétué les usages et les croyances cliques : Russes, Slaves, Cosaques , Circassiens, Grecs, Tores, Kirghiz, Tchérémisses, Arméniens, Géorgiens, Persans, Indiens, Huns ou Avares, Mongols, Finnois, Baskirs, se trouvant en eontact sur cette frontière de l'Asie et de l'Europe , et «transforment par degrés sous la pression de la Russie. Les gooremements de Kasan et d'Orenbourg sont mêlés aussi de populations diverses; il en est de même de la Sibérie, où la pnpnlation elair-semée est mahométane, boùdhiste, idolâtre, c^véticnne, et parle le russe, le finnois, le turc, le mongol, le t^M^gonse; elle est néanmoins entièrement subjuguée.
la Russie poursuit sans cesse ce grand projet d'attacher ao (ol et à la civilisation les populations de cette contrée de l'Asie centrale appelée autrefois Grande Tartane. Elle com- OKoceà lui assigner les limites qu'elles ne doivent pas outrepasser, mi en été, soit en hiver : s'il s'élève des différends entre ^«1 elle en profite ; elle attire au cœur de l'empire leurs chefs h plus influents, et leur inspire le goût des titres et des honnems, ainsi que le désir de rester attachés à la cour. Les fonc- ^naires qu'elle envoie 4]ans ces contrées asiatiques y ont des f^idenees fixes, avec une église, un hôpital, une école, une '^seroe, qui deviennent le noyau de nouveaux villages dépendais de Il Russie, et des rudiments de civilisation. Sauf le inoQopole du sel et de l'eau-de-vie, le gouvernement n'impose point de taxes ; mais ce que les habitants ne tirent pas de leur P<^pre fonds , comme les fruits et les mines , lui appartient. ^>ux qui améliorent les terres ont des récompenses. De cette "^ière les steppes se sont rapidement converties en campa- ^ci; les tribus nomades et les Turcs s'en sont éloignés; les îartares Nogaïs ont péri dans les guerres, ou se sont retirés en Asie ; quelques-uns encore se sont faits agriculteurs dans la Crimée
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etsur la mer d'Azof. Des Russes, des Cosaques, des Allemaud!», des Juifs, des Bohémiens, se sont répandas sur le pays conquis, où ils sont tous respectés, mais tenus de travailler. Les Arméniens y ont apporté les yers à soie; les Allemands, les métiers à tisser et les pioches; les Italiens et les Français , la culture de la vigne. Aussi la Crimée devint-elle bientôt le jardin de Saint- Pétersbourg, le vignoble de Moscou , le grenier de Tltalie et de l'Angleterre. Odessa, Taganrog, Kertsch, Ismaîl , ontgnfbdij vue d*œil ; d'autres villes se sont fondées. Les Russes se sont civilisés de même au nord du Caucase, de la mer Caspienne, du la' Aral, du Pont-Euxin, procédant avec mesure et patience, alternant la force et la persuasion, les conversions et la tolérance, et adaptant les institutions à la nature de chaque pays. Les Kirghiz mahométans ont transporté leurs tentes dans le vaste territoire qui s'étend entre la rive gauche de l'Irtyche, la côte orientale de la mer Caspienne , et l'Iaxarte. Les Kalmouks, qui leur ressemblent , grossiers sectateurs du lama , relèvent des ^uvernements d'Astrakhan et du Caucase; ils ont vingt mille tentes dans les plaines situées entre le Caucase et la mer Caspienne.
La Russie s'assimile de plus en plus les Cosaques; elle commença à les organiser en troupes légères, du moment où elle eut subjugué les Tartares. Les premières lignes cosaques dont elle s'entoura s*étendaient du Volga au Don , et de ce fleure a» Dnieper, autrefois les limites de l'Ukraine. Après la conquête de Kasan et d'Astrakhan , ces nomades s'en éloignèrent, et maintenant ils entourent le Caucase et les steppes des Kirghiz. En 1804 , les Cosaques de la mer Noire furent organisés comme ceux du Don , mais avec plus d'indépendance et avec le droit d'élire leur chef. Ceux du Dnieper et de l'Ukraine sont déjà soumis à un gouvernement. Ce peuple, qui se modèle facilement sur ceux au milieu desquels il vit et fait la guerre , fournit une avant-garde légère et hardie , dont la rapidité contribue efficacement h tenir dans l'obéissance des populations disséminées sous des climats très-différents. Mais si cette ligne de circonvallation préserve la Russie du danger d'être envahie, elle pour rait aussi se retourner contre le centre; de là la nécesâté de
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famoser par des guerres, dontle mauvais succès même tourne aa profit de Tempire.
AiDGÎ eet empire russe est semblable au Pô, qui menace tosjoDis d'inonder les campagnes qui l'environnent; et TEu* npe civilisée est toujours contrainte dans ses progrès d'avoir rcÊil tourné de ce côté, dans la crainte que des hordes ennemies ne se mettent en marche pour étouffer les mouvements qne pourraient tenter soit la Pologne, soit JNaples, soit l'Es-
Avee ee qu'il a gagné même au sein de la paix, l'empire russe embrasse 261,000 lieues en Europe, 684,000 en Asie , 72,400 n Aosérique; et, au moment où nous parlons, il s'accroît encore. Moseou , sortie de ses cendres , compte trois cent duipianle mille habitants; bien mieux située que Sain^Péte^sbooig, elle est toujours considérée comme la capitale réelle et sationale ; et s'il arrive qu'un Jour le colosse se partage en deux, Bae Russie moscovite restera attachée au Kremlin ; une autre , finnoise et allemande, s'appuiera sur la Baltique, avec la Courlande, FEsthonie, la Livonie, la Finlande, dont les autres pro- ^iaeesenvient les privilèges politiques, ainsi que les droits municîpna ^ , conservés depuis le moyen âge à travers tant de conquêtes. Les colonies russes ne sont pas, comme celles des autres nations , détachées du territoire de la métropole , bien qu'elles s'étendent de l'Autriche à la Chine, de la mer Glaciale au Kaboul. La nature a prodigué bien des richesses à ce vaste empire ; ronral, qui abonde en fer, en cuivre , en platine , fournit miintcnant de Tor en abondance; l'Altaï, des porphyres précieax; le Caucase , a peine conquis , du plomb et du cuivre; et pem-^tre y trouvera-t-on bientôt l'argent et l'or dont la Sibérie aussi abonde. Depuis 1823, la Russie a tiré plus de 400 millions <le ses mines.
Beaucoup de terres sont encore couvertes de forêts; d'autres mtent en friche et en marais; mais la Russie n'en possède pas moins de deux cent cinquante mille lieues carrées, aussi fer-
* Cilow en particulier eekl qui exdut de la bourgeoiaie tout individu fiénwe.
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tiles que les meiUeares terres de la Pologne : aussi expone-telle un quart de leurs produits.
La capitation , qui est de quatre à cinq francs par homme libre, figure pour 70 millions dans les finances rosses ; Vahrok^ cens annuel de dix francs environ par chaque serf mâle de la couronne, pour 75 millions; pour 100 millions, le monopole de Teau-de-vie, qui n*atteint que les pauvres, attendu que ks seigneurs peuvent en distiller pour la consommation de leur famille; pour 15, les mines ; les douanes, pour 50. Mais Tannée de terre seule coûte 160 millions; la marine, 40; et Tadministration , 325.
Les manufactures se sont multipliées dans ces derniers temps; rimportation des machines s^est accrue de cent cinquante poor cent ; les matières premières tirées du dehors pour les fabriqua étaient évaluées, en 1833, à 90 millions de roubles; elles s^élèvent à présent à 130 ; et l'on croit favoriser Tindustrie nationale par des prohibitions rigoureuses qui écartent la concurrence, mais n'imposent pas la nécessité d'améliorer. Le commerce intérieur est facilité par d'innombrables canaux, à l'aide desquels vont , de la mer Caspienne h Saint-Pétersbourg, sur Un parcours de 1,434 milles, des produits tels que le thé de la Chine, Topium de Perse, les fers et les pelleteries de Sibérie. La Russie fait un trafic immense avec l'empire chinois , bien que certaines lois restrictives ne le permettent pas sur tous les points de contact des deux États, mais seulement par KJecbta : ce quelle ambitionne aujourd'hui, c'est de pouvoir remonter le fleuve Amour, pour y débiter ses fourrures. Que sera-ce quand tout l'empire sera sillonné de chemins de fer.'
La Russie manque de débouchés extérieurs; aussi lui importe-t-il d'acquérir des mers qui la mettent en communicatioD avec l'Europe. Il y a un siècle à peine qu'elle était encore entourée d'ennemis; et le port d'Arkhangel, sans cesse bloqué par les glaces, ainsi qu'Astrakhan sur la mer Caspienne, étaient les seuls points maritimes de ses relations extérieures. Ce fut en vue de les étendre que Pierre le Grand s'opiniâtra dans ses guerres avec la Suède ; et la paix de Piystad lui donna le littoral des golfes de Livonie et de Finlande , puis toute la Finlande et