‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,)Chapitre 4 sur 61 · BÉGBABAATION DE LA GRECE · texte numérisé non relu

BÉGBABAATION DE LA GRECE

dotétn un titre aux emplois. Les lois devaient sauvegarder la |iro|mété,rhonneur, la sûreté des citoyens; enGn Tindépendioce de la Grèce fiit proclamée. « On déclara que la guerre

• n'était inspirée ni par la démagogie ni par la rébellion , mais ■ qu'elle était nationale et sainte ; qu'elle avait pour but de réin-

• tcgrer la Grèce dans tous ses droits touchant la propriété , 1 rboDoeor et la Tîe. » ( 29 janvier 1822. )

Jusqu'alors quiconque déployait un drapeau , et entraînait à sa suite une poignée d*homnies résolus, avait le titre de capi< taioe, et Élisait le plus de mal qu'il pouvait aux Turcs. On forma dès ce moment des corps nombreux et organisés , soumis ù une biérarehie militaire. Le bataillon des philbellènes se composa d'étrangers. Des fonds de terre furent assignés au lieu de solde, et Toa recouvra ainsi la propriété territoriale.

Seio chercha à demeurer neutre dans le soulèvement, soit pour conserver son riche commerce, soit par crainte du voianage des Turcs. Ceux-ci lui demandèrent quatre- vingts otages, pour are renfermés, quarante à la fois, dans la citadelle, où ils mirent en outre un corps de troupes qui s'y comporta comme co pays ennemi. Cependant deux mille Samiotes mal armés se jetèrent sur nie , plutôt pour la saccager que pour la délivrer. U flotte turque survint, et extermina les habitants , sauf quarante mille qui furent vendus ( 23 mars 1822 ). Scio ne fut plus çi'on monceau de ruines, où la luxure se donna carrière. Les <lenriches ivres exécutèrent leurs danses parmi des milliers de t^ fichées sur des pieux , et les agas se montrèrent parés de colliers d'oreilles. Mais , au milieu des fêtes , Canaris vint attacher QQ brâlot au vaisseau du capitan- pacha , qui sauta avec l'Ois mille Turcs gorgés de vin. Au même instant, l'étendard âeU croix flotta sur la citadelle d'Athènes.

Le sort de Scio prouvait aux Grecs qu'ils avaient tout à reculer des Turcs, et qu'ils n'avaient rien à espérer que de leur c^wage. Les efforts décisifs devaient se faire dans la Morée, qui embrassait vingt-quatre cantons avec neuf cent soixante-cinq villes, et un demi-million d'habitants. C'était là que Démétrii's Ypàlanti avait dirigé l'effort delà guerre. Il s'y rendit maître de Tripoli et de Corintlie, où éclatèrent d'horribles réactions, (jui

49 KÉGÉNÉRATION DB LA GBÈCS.

donnèrent la mesure de Toppression soufferte. Dix-huit mille Grecs tenaient bloqués dans Nauplie , point extrême du Péloponnèse, cinquante-cinq mille Turcs.

Ce fut sur ces entrefaites que le château de Tébélen fut emporté par les Turcs ; mais Ali se retira dans un souterrain rempli de poudre, avec ses trésors et ses femmes, prêt à s'ensevelir sous les ruines avec ses vainqueurs. Ceux-ci , saisis d'effroi , se retirèrent, et lui promirent sa grâce dès que la mèche incendiaire serait éteinte ; mais , trahi lui-même après tant de trahisons , il fut assassiné ( 5 février 182S ).

La Turquie, enoi^ueiilie de son triomphe sur Ali-Tébélen et de la faveur des puissances , releva la tête contre la Russie , et leurs différends se compliquèrent. Alexandre exigea de ses alliés qu'ils rappelassent leurs ambassadeurs de Constantioople ; mais l'Autriche, en haine des révolutions, et l'Angleterre, dans l'intérêt de sou commerce , ne secondèrent pas ses intentions , et persuadèrent à la Porte de nommer des hospodars dans les principautés, en les prenant parmi les nationaux.

Tout cela n'avait pas ralenti les hostilités, même dans ces deux provinces , et Jassy fut réduite en cendres. Maurocordato se proposait d'étendre l'insurrection de la Grèce, en franchissant les Thermopyles pour soulever TÉpire; et, à la tête de deux mille hommes seulement, il alla soutenir les Souliotes. Marc Botzaris le seconda avec sa troupe héroïque ; mais , cernée par des*milliers de musulmans, redoutante chaque pas des trahisons , il fut contraint de se retirer vers Missoïonghi. Le Grand Seigneur distribua ces contrées à divers officiers, à la condition de les conquérir ; et, en attendant, il mit sur pied plus de forces que jamais la Porte n'en réunit. Cent trente voiles partirent de Ténédos; Méhémet-Ali s'apprêta à attaquer Candie; les Barbaresques parcoururent l'Archipel , tandis que les Grecs se disputaient entre eux, et se livraient à de déplorables excès. Dram-Ali franchit, à la tête de trente mille hommes, les Thermopyles abandonnées (juillet 1823 ) ; il prit l'Acrocorinthe, mît les biens au pillage , incendia les maisons , et passa tout ce qu'il trouva au fil de l'épée. Les Péloponnésiens firent retirer leurs troupes sur les hauteurs, et cachèrent leurs récoltes dans

BâGiNÉBATlOlf DB LA GRiCl. 41

la cifcmes , eo laissant à Tabandon leurs campagnes dévastées; et le gouveroement se réfogia sur un vaisseau.

On ne tient nn pays qu^autant qu'on tient les hommes. Dénétrias Tpdlantî , renfermé dans Argos , arrêta eette avalanche jusqn^à ee que la Grèce eût préparé sa résistance. En efTet , ColDCOtiooî coupa la retraite aux Turcs , et , à la tête de huit mille montagnards, il exerça l'autorité suprême. Les Maînotes et les Areadiens, qui se lèverait en masse, se joignirent à lui pour harceler l'ennemi , qui n'aspirait plus qu'à sortir du pays ; mais, assaillis aux Thermopyles par I9ioétas, surnommé le Mangeur de TVrcs (22 août ) , ils furent taillés en pièces, et Dram«Ali en mourut de chagrin. Les brûlots de Canaris porté- Kfll k Ténédos l'extermination dans la flotte turque, secourue en vain par les Anglais et les Autrichiens, armés contre la croix.

Alofs les affaires des Grecs s'améliorèrent : ils dégagèrent Minoiottghi, défendue par Botzaris et Maurocordato; ils se raidirait maîtres de Napoli de Romanie , la plus forte place de la Méditerranée, qui leur procura un arsenal et un port, ou leur marine devait trouver un abri , et le gouvernement un hen de sûreté. L'Europe applaudissait à ces héroïques efforts ; les rcHs s'effrayaient De l'argent , des munitions , des hommes étaient envoya aux Grecs par les philhellènes ; secours souvent interaptés par les croisières anglaises et autres. Les ennemis les plus dangereux ne venaient pas de Coostantinople, mais bien de Coriba* Quand les Turcs se trouvaient réduits à l'extrémité et refoulés vers la mer, les bâtiments autrichiens et anglais airivaient à leur aide , leur fournissaient des munitions , ou les transportaient sur des points plus favorables. En conséquence , les Grecs prodaroèrent que tout bâtiment portant des troupes ou des munitions serait passé par les armes. En vain les jour nam mercenaires poussèrent des cris d'indignation contre la piraterie des Grecs ; une pareille résolution leur valut ce respect que n'avaient pas obtenu leur gloire et leurs infortunes.

Hms déjà les Grecs s'étaient divisés, et tournés les uns con* Ue les autres. Leurs députés tinrent leur seconde session au milieu des cèdres d'Astros. Ypsilanti y représentait les premiers efiorts des héléristes , Ulysse, la valeur farouche; Colocotroni ,

43 BSQBNÉB4T10N DE LA OBÈGB.

le talent des capitaines; Maurocordato, Fhabileté politique; et autour d'eux se pressèrent les héros et les martyrs. Ils décidèrent que le pouvoir exécutif ne pourrait fiaire de lois, et que la constitution serait modifiée : mesures incertaines , dictées par des jalousies mutuelles, et par la manie de dénigrer tour à tour les hommes politiques et les soldats.

Le suUan, s'obstinant à recouvrer Missolonghiet tout le Péloponnèse, mit en campagne cent mille hommes et quatre-vingtdix-huit voiles en mer. Mais Colocotroni battit les Turcs dans la Phocide; T infatigable Miaulis tint en respect avec sa Ootte celle des Ottomans , et Marc Botzaris se montra un nouveau Léonidas. Un étranger lui disant, ^otre vaillance fait Ccdmiration de ma patrie, et nos journaux rapportent vos actions magnanimes ; — Dans mon pays, répondit-il , on écrit aussi les faits extraordinaires, et ce sont les noms des lâches se**lement qui sont gravés sur le marbre. L'assemblée nationale lui envoya le brevet de gouverneur général de la Grèce occidentale ; informé que ce titre lui était envié par d'autres , il baisa la dépêche et la déchhra : Dorénavant, dit-il, nous écri^ rons nos brevets avec notre sang. Que ceux qui veulent mériter celui-là viennetit le prendre avec moi dans les tentes de Mustapha. Il se dirigea en effet vers le camp du pacha , dans l'intention de le surprendre , avec deux cent quarante Souliotes, à qui il donna cet ordre : Si vous me perdez de vue, marchez droit à la tente de Mustapha, vous m'y retrouverez! Dieu nous voit et nous guide. Et tous répétaient : Dieu nous voit et nous guide; que Dieu nous soit en aide ! Ils pénétrèrent en effet au milieu des ennemis ; et Botzaris devança les plus intrépides, jusqu'au moment où, frappé à mort, il tomba sur un monceau de cadavres , en s'écriant : jémis , vengez-moi !

Le célèbre poëte anglais Byron , imbu des préjugés de son pays et de sa caste , blasé par les jouissances et mécontent de tout , proposa enûn à son activité un noble but , et alla combattre pour la Grèce. Bien qu'il arrivât avec une faible suite et peu d'argent, il fut reçu avec enthousiasme, comme la Fayette l'avait été en Amérique. 11 dit à Maurocordato : Si la Grèce veut être comme la ralachie et la Moldavie ^ elle te peut de^

ABGBNBltàTlOIV DE LA GBÀCX. 4S

Mam; si comme t Italie, aprèsrdemain. Si elle veut devenir litre ^ il faut qu'elle te décide aujourd'hui,

Eo effet , il s*en fallut de peu que THellade ne redevint turque, ou ne se changeât en une province européenne. Alexandre, chez qui la froide politique avait amorti, sans les éteindre, les sentiinents généreux, proposa aux cours un traitéde padûcatiou qui consistait à diviser la Grèce en trois principautés soumises a la Porte , comme les doux hospodarats : la première comprenaot la Grèce orientale ; la seconde , la Grèce occidentale ; la troîsîènie , la Grèce méridionale : on aurait laissé les Iles de rArefaipel se gouverner munieipalement. Mais, d*un coté, les caliinets européens» voulaient que rien ne fût obtenu par Tinsomction ; de Fautre, la Porte s'irritait qu'un souverain proposât im traité qui lésait les droits d'im autre prince. Les Grecs maicnt bien qu^ils auraient ainsi prodigué leur sang en pure perte, et que leur indépendance allait être compromise dans les mains des diplomates, ils persistèrent donc, et combattirent la quatrième armée dirigée contre eux , après en avoir détruit trois. Bjron , avec une ardeur qui trouva enOn à se déployer noblement, leur offrit sa fortune et négocia un emprunt; mais il moiimt ( 19avril 1834) presque aussitôt, pleuré de toute l'Europe.

Le sang des braves coulait, mais il assurait le salut de leur patrie et hvmiiiait Toigueil de Mahmoud. Les pachas cherchaient à éluder ses ordres ; les janissaires refusaient de s'aventurer sur une terre qui engloutissait ses ennemis. 11 ne lui resta plus qu*à s'adresser aux rois de l'Europe , leur demandant d'arracher b croix du front de ceux qui avaient osé secouer son joug de ter; mais ceux-ci commençaient à voir que la tâche pourrait bien surpasser leurs forces.

Mébémet-Ali, pacha d'Egypte, réussissait dans ce pa3's, où il ehereliait à introduire la civilisation européenne. 11 avait transplanté sur les rives du Nil le cotou du Brésil et l'indigo ; il établissait des collèges , des télégraphes , des bibliothèques , une imprimerie; faisait le lever des cartes; il disciplinait les nègres de la Nubie. Après avoir exterminé les Mameluks, il songea à réorganiser son année a Teuropéenne. Comme les Turc^^

^4 BÉGÉFfÉBATION DE Lk GRÈGE.

y répugnaient, et que les nègres périssaient par centaines, il osa armer les fellahs, c*est-à-d!re les Égyptiens indigènes, qu*il tirait ainsi de la condition d'esclaves. Il alla jusqu'à choisir parmi eux ses officiers, ce qui indigna les Turcs; et son fils Ibrahim, instrument docile mais intelligent de son père, aurait fait davantage, si Méhémet ne lui eût représenté qu'ils n'étaient que quinze mille Turcs au milieu d'un peuple entier courbé sous leur joug. Lorsque éclata le soulèvement de la Grèce, il se tint sur ses gardes, se procurant, à l'aide des télégraphes, de promptes nouvelles, et laissant les chrétiens vivre tranquilles en Eg}'pte. Il se préparait toutefois à la guerre , et l'Europe était persuadée qu'il profiterait de l'occasion pour se rendre indépendant. C'eût été une diversion extrêmement favorable, quand bien même il n'aurait pas fait cause commune avec les chrétiens. Mais la politique des cabinets suggéra au sultan l'idée de mettre aux prises ses deux ennemis, les Égyptiens et les Grecs, de sorte qu*il pût profiter également et de la victoire et de la défaite. Le sultan investit donc Méhémet-Ali du pachalik de Morée , et celui-ci chargea Ibrahim de Texpédition qui devait en opérer la conquête. Trente-cinq bâtiments autrichiens et vingt-six navires anglais se chargèrent de transporter rarmée qui devait renverser la croix sous l'effort du croissant ; en même temps le rusé vice-roi ramassait l'or qu'il destinait à soudoyer des traîtres, qui dans les guerres de la Grèce ne nuinquèrent jamais.

La Porte , connaissant que la principale force des Hellènes était sur mer, dirigea alors ses coups sur les lies grecques. Lors donc que les flottes de Constantinople et d'Alexandrie eurent opéré leur jonction , au nombre de trois cents voiles, Mahmoud envoya le capitan-pacha contre le petit écueil d'Ipsara, frontière maritime de la Grèce, en lui disant : At tacheté à ton vaisseau , et remorque-le à Constantinople. L'amiral turc , sachant qu'il y allait de sa tête , mit en œuvre l'audace et U ruse, et , grâce à l'assistance d*un traître, il s'en empara. Mais la citadelle sauta avec ses derniers défenseurs , mêlés aux assaillants; les femmes et les enfiints, qui s'étaient réfugiés sur un rocher, se précipitèrent dans la mer, en voyant s'avancer les

AIGKlfÉBATlON DE Lk GEiCB. 4&

Tors , enflammés de cupidité et de luxure. La Grèee entière pritlcs annca : ce fut à qui se jetterait le premier abord de ses bricks intrépides. La flotte turque n*osa les attendre, et Miaulis reprit Ipsani ( septembre 1824 ). Ses brûlots et ceux de Canaris M laissèrent de trêve ni jour ni nuit aux vaisseaux ottomans, B bien que le capitan-pacha, loin de traîner Ipsara à Constantiaople, n*y ramena que sa honte. L'Europe applaudit, mais eoouoe à un théâtre : les poètes chantèrent, les comités philbelléniques recueillirent des souscriptions, et les rob hincèrent des menaces*

Gooduriotis, chef actif et prudent, investi du pouvoir exécutif, chercha à maintenir Tordre, le respect des lois, régla les finances ' ce rinstruction. G>locotroni, au contraire, poussait à la guerre, àbtéted^un partideméoontentsquien vinrent jusqu'à la révolte; mais il eut le dessous, et fut jeté en prison. Maurocordato crut alors pouvoir dominer, et prit les armes à son tour. Pendant ce ieio|B, la Morée restait sans défense ; et Ibrahim , qui y était débanjué, s'emparait de Hle de Sphaoteria et de Navarin (mai 1 825). Od rendit alors à Coloeotroni sa liberté et son épée, et il aocoumt pour défendre Tripolitza, mais en vain. Démétrius Ypsilanti, ioadif depuis deux ans , défendait Nauplie , où il avait pour second le colonel français Fabvier. Le danger suggéra l'idée de se placer sous la protection de l'Angleterre ; et Maurocordato, chef éa parti anglais, publia une proclamation réclamant l'appui de ce gouvernement, « qui n'avait jamais, disait-il, soutenu le croissant contre la croix. » Ce fut le signal de la désorganisation et de nouvelles dissensions parmi les Grecs.

Karaîsfcakis, voyant la fiction anglaise disposée h sacrifier rindépendanœ du pays , se fit l'âme d'un parti patriote qui ne demanda plus qu'au peuple le salut commun; et, prenant le commandement en chef de la Roumélie , il obtint d'importants

Cest à ce moment que survint la fin mystérieuse de l'empereur Alexandre ; et Nicolas, son successeur, moins mystique et moins facile que lui, avait besoin d'occuper au dehors ses armées inquiètes. Les rois de l'Europe redoutèrent donc une gnerre de ce cdté, et la diplomatie fit jouer toutes ses intrigues.

46 RiOBMÉRATlOM DB LA GBBCB.

Le duc de Weltington fut envoyé près du czar, et convint avec lui qu'il s'interposerait pour réconcilier les insurgés avec la Porte , en maintenant la Grèce sons la dépendance turque. La Porte et la Russie tinrent congrès à Akkerman , et la première s'obligea à observer le traité de Bucharest , à respecter les privilèges de la Moldavie et de la Valachie, ainsi que les frontières des deux empires en Asie, et à maintenir aux Serviens les avantages stipulés.

La Porte retira ses troupes des principautés (mai 182C), pour redoubler d'efforts contre les Grecs ; et tandis que les ï)gyptlens soumettaient le Péloponnèse , Je Grand Seigneur adressait àReschid, pacbade Roumélie, un ordre ainsi conçu : Ou Missohnghi, ou ta télé! Cette capitale de l'Étolie, sanctifiée par les tombeaux de Bolzaris, de Byron, de Ririacoulis, et dont les tours portaient les noms de Guillaume Tell, de Franklin, de Rigas, allait redevenir le théâtre de la guerre.

L'armée ottomane , dirigée par des officiers européens , repoussa les troupes grecques. Les citoyens étaient pleins de courage , mais ils manquaient de pain ; et , réduits à l'extrémité , ils firent une sortie dans laquelle se mêlèrent les femmes , vêtues de l'uniforme du soldat. Il en périt un grand nombre, parce qu'ils furent trahis ; ceux qui étaient restés firent sauter la moitié de la ville avec les barbares qui l'avaient envahie ( avril 1826 )•

Les réformes en Turquie ne peuvent être qu'administratives et militaires ; elles ne sauraient être morales. Mahmoud avait été élevé dans les idées mahométanes ; or, lorsqu'il vit son em pire prêt à succomber, il en conclut que la civilisation européenne était la meilleure, puisqu'elle était la plus forte : il l'a* dopta donc, sans trop la connaître. Il fit porter ses premières réformes sur l'armée ; et, se souvenant de Sélim son maître, il songea à tirer cent cinquante hommes de chacune des cinquante et une compagnies de janissaires, pour en former des régiments à l'européenne. Les officiers , après avoir entendu la déclaration du muphti , jurèrent de se soumettre , et reçurent des fusils à baïonnette, avec des uniformes; mais bientôt les marmites furent renversées , et les janissaires mirent Gonstantinople à feu et à sang. Mahmoud , dans sa colère , appela de tous côtés des

BBGÊR ÉBAT ION DB LA GBECE. 47

troupes el de Tartillerie; il déplofa la robe du prophète* (Id juin] ; et, bénissant la foule accourue autour de cette relique, il loi commanda d*assai1iir les janissaires rassemblés dans Tbippodrome. Le fer, le feu , la mitraille , tout fut employé pour f xtenniner ceux qui avaient été si longtemps les défenseurs et ref&oi de Tempire. Quatre mille d*entre eux furent tués dans une seule nuit , et jetés dans le Bosphore ; vingt-cinq mille curait le même sort dans les jours suivants. On égorgea , on noya leors femmes, leurs enfants, et tout fut anéanti jusqu'à leur Dooi. Cest ainsi que rottoman croyait se faire Européen, quand il oe faisait que se couper les nerfs; car il enlevait au peuple sa rrojance fataliste , à Tarmée cette énergie farouche qui seule pouvait encore être sa force : après cela , il ne resta plus que le sentiment de la décadence. Dans un État vermoulu , c'est détruire que de réformer.

UEurope entière exhalait sa sympathie pour les Grecs , jusqu*à obliger au silence les gouvernements qui s'étaient faits ses adversau-es. Mais tandis que les rois discutent, les Turcs égor^ grnL Les victoires de TÉgyptien en Grèce avaient été chèrement dcbeiées. Ne pouvant anéantir les Hellènes par les armes, Ibrahim parcourt le Péloponnèse en le ravageant , arrache les oliviers , incendie les récoltes , massacre les habitants désarmés. Tout Teffort des Grecs et des Turcs se concentre bientôt sur Athènes ; mais la cause des premiers est compromise par leurs dissensions : ainsi Colocotroni oppose à Rassemblée d*Égine rassemblée nationale d'Hermione. Les deux Anglais Church et Coehrane, qui avaient combattu pour la liberté dans les divers pays où elle avait tenté de reparaître, arrivent en Grèce, et, calmant les inimitiés, réunissent les divers partis h Trézène. On j reconnaît enfin de tous côtés la nét^essité de la concorde à rintéfieur et d'un appui au dehors. £n conséquence, les com*

* L^éleodard de Mahomet, à Constantinople, se conserve dans la salle Hrs rdiqncs , enveloppé dans quarante couvertures de soie, et la tuntqiie du prophète dans cinquante. Le quinzième jour du ramadan, on découvre cette tunique en grande solennité , et on Pexpuse an baiscneot de la cour.

48 RBOÉMÉBATION DB LA OBÀCE.

mandements et les magistratures sont conOés à des étrangers d'élite , et la présidence est déférée à Capo d'Istria (27 mars 1827). On rédige un nouveau 5to^i/^ politique (17 mai), et Napoli de Romanie est déclaré le siège du gouvernement.

Capo d'Istria, « cédant au besoin d'être utile, sans avoir autre « chose en vue, disait-il, que les intérêts de Dieu, des Grecs et « de rhumanité, s'était fait violence à lui-même, et avait con- « senti à être élu président ; » mais il mettait à son acceptation quelques conditions que Ton n'osait lui refuser, parce qu'on était persuadé qu'il parlait au qom de la Russie. En même temps il s'adressait à tous les peuples , demandant dans toute l'Europe de l'argent, des amis, la faveur des cours; prodigue de pro- Viesses vis-à-vis des Grecs , tandis qu'il les dépeignait comme des pirates et des barbares auxquels il pouvait seul imposer un frein. Arrivé à Égine , il se trouva entouré de ces chefs énergiques qui n'étaient redevables de leur puissance qu'à leurs exploits et à leur mérite personnel , plus &its pour commander que disposés à obéir. Capo d'istria , au contraire, voulait dominer, et attendre toutefois les ordres du dehors. 11 savait comment se mène un peuple constitué, mais non comment on le crée. Il ne concevait pas que l'on jurât fidélité à une indépendance qui n'existait pas. Il persuada donc aux Grecs , s'ils voulaient constituer l'ordre et obtenir de l'argent par son concours, de suspendre l'acte constitutionnel. 11 obtint cette concession, et lorsqu*il se fut fait décréter une autorité entière, il s'occupa de donner à la Grèce des routes, des écoles, d'activer la culture; mais il ignorait les lois et les coutumes du pays. Il retint en prison Maurocordato et d'autres hommes qui disaient obstacle à sa toute-puissance; il s'entoura de ses créatures. II repoussa les propositions que lui adressait la Porte , par l'intermédiaire de l'Autriche , de pardonner aux rebelles s'ils rentraient dans l'obéissance; et il obtint des subsides de l'Angleterre et de la ïVance. Quant aux Grecs, il ne leur demandait que le silence.

La Grèce donc étant tombée dans les mains d'un homme , ses destinées se débattirent dans les cabinets des princes, et elle eut autant à espérer de leurs jalousies secrètes que de l'efifort de ses armes. Laisser les Grecs reconquérir le sol enlevé à leurs

BteilIXAATION DS LA OBàCB* 49

t, était nue idée aussi simple qae juste «eomine celle de nhstitiier, ànne nation qui se r^isaitanx intentions pacifiques et drilisatrices de TEurope, une nation qœ s'y serait prêtée. Mais ks rois craignaient l'exemple d'une révolution heureuso- ■MBt accomplie ; en outre , ils nourrissaient des projets ambiticnx, pomr la réusûte desquels ils [déféraient un empire fidble qû leur réservât une proie ûidle dans l'avenir. Il fot proposé aaeréanioii des cinq puissances, h l'effet de concilier les dif* UteuàM qui existaient entre elles : fort de Tappui de l'Autriche, qui avait déclaré qu'elle ne consentirait jamais à Êdre descendre le fldtan an simple titre de seigneur suzerain des Grecs , le di» nu répondit que le droit des gens n'admettait pasde négocialioas de souverain à sujets.

Cependant la France et l'Angleterre conçurent des craintes àrendroit delà Russie, qu'eUes suspectaient de vouloir foire ioanier les affaires de la Grèee à son profit particulier. Elles Bgiièrent donc , conjointement avec le czar, un traité ( 6 juil* let 1837) dans le but de terminer une lutte qui entravait le cobh ■me de TEurope : arrêtant que si , dans un délai d'un mois , b Porte n'acceptait pas la médiation proposée , elles se rapprocheraient de la Grèce , et emploieraient tout pour amener une paix nécessaire désormais entre deux peuples fanatiques et acharnés. Ce traité, d'un genre tout nouveau en diplomatie, créait un éM de guerre en pleine paix. Les Grecs acceptèrent volontiers cette espèce de reconnaissance de leur indépendance ; mais le divan se considéra comme offensé, et s'irrita contre rAutrkhe , comme si elle eût manqué à ses promesses.

Les puissances obtinrent un armistice d'Ibrahim*Pacha ( 2S sqitembre ), à qui son père avait envoyé quatre-vingt-douze voiles sous Navarin. Mais une occasion favorable se présentant, il viola la trêve, et parcourut le pays en dévastant tout. Les amiraux des trois puissances le rappelèrent à l'exécution de sa promesse; mais il leur renvoya leur lettre sans l'ouvrir. Alors l'attaque fut décidée : l'amiral anglais Codrington prit le comnaodement en chef, et la flotte ottomane, foudroyée , fut entièrement détruite (28 octobre 1827 ).

L'Europe apprit avec étonnement ce coup inattendu ; le roi

•?0 aiCBRBBATION DE LA OBÈCS.

George d'Angleterre le qualifia , dans le discoars du trdne , d'événement malheureux, car Taffaiblissement de la Turquie ctait tout à l'avantage de la Russie. Cependant la Porte ne s'en montra pas efû:«yée ; elle demanda que la question grecque fût mise à l'écart dans les traités, el qu'on l'indemnisât pour la perte de sa flotte. Les ambassadeurs quittèrent Constantinople, et le Grand Seigneur proclama la guerre sainte. La Turquie traitait sans respect le pavillon russe, elle fermait le Bospliore, et troublait son commerce avec la Perse, r^icolas se décida enfin à lui déclarer la guerre, en protestant que ce n'était pas par ombition et pour étendre son territoire , mais pour rendre Factivité au commerce de ses sujets , pour ramener à l'exécutioa des traités , et assurer la navigation européenne dans le Bos* phore. Le czar cependant négociait près du gouvernement français pour s'assurer sa neutralité, lui promettant, non-seule* ment la Morée s'il obtenait des résultats positifs , mais encore le remaniement des frontières de la France, en les portant jusqu'au Rhin, et destinant à la Hollande et à la Prusse des oom* pensations d'un autre côté.

Le divan, peut-être influencé par l'Autriche, s'opiniâtra : il énuméra ses grieCs contre la Russie , la dénonçant comme l*instigatrice secrète de la révolte. • De quel droit , dit-il , une puis» « sance vient-elle s'immiscer dans le gouvernement intérieur « d'une autre, et dans ses débats avec ses sujets ? » Les hostilités commencèrent donc : Wittgensteiu passa le Pruth avec cent mille Russes ( mai 1828 ). La tactique des Turcs était de se retirer devant l'ennemi , pour se concentrer dans les grandes places , où ils combattaient avec beaucoup de résolution. La Russie savait cela par expérience : elle commença par s'assurer des places de Jassjr et de Bucharest ; puis elle poussa en avant. Les sympathies du libéralisme se portèrent, une seconde fois, sur l'armée russe. Le Grand Seigneur, redoublant de zèle, multiplait pour défendre sa cause les récompenses et les manifestes. La France et l'Angleterre redoutaient de voir tout le mérite et le profit de la délivrance de la Grèce et de la bataille de Navarin demeurer à la Russie ; elles s'arrangèrent pour constituer h Grèce sans entrer dans le différend de la Rus-

BteiNUAiioif JDB LA eatei. 41

mmnt la Porte. Les hMtatioiis de TAntriche lui fifent perdre tsale ioffloeDoe en celte occasion; Mettenûeh époavantécberdia ai vain à entratoer la France dans une alliance contre Tambîtion ■cnçante de la Russie. Paskéwitch laissa ses triomplMB en Pêne , pour tomber sur rAnnénie tarqae ; mais l'action divisée ssr quatre points n*eat de Tîgueur sur aucun, et les Turcs don* ■èrentà leurs amis le spectacle df une énergie dont on ne les aïK nit plus JQisès capables. Enfin, les trois potssances se déciderait à envoyer une armée; la France se chargea de chasser Usahim de la Morée; Tamiral angais Godiftigton convint avee MéhéoMt-Ali que les Grecs emmenés en esclavage sur les bords dn Nil aéraient restitnés; de plus, qu'il ne tiendrait de garnison en Harée que dans dnq (daœs fortes; et la péninsule devint libre.

L*Aiig)eleRe ne vonlaitrien foire perdre de plus à la Turquie ; la Franœ, fibérale à demi, voulait davantage pour la Grèce; nsis le Grand Seigneur persista obstinément dans ses refus, et les puîssanees se virent dans l'impossibilité d'empéeher l'expédîtioD russe. Le général Diébitch prit le commandement de viagt-qoatre mille hommes , qui , prot^és par denx flottes postées inoplDéoent aux flancs de Constimtinople, s'avancèrent par le Baikan ( février 1839 ). La Porte leur opposait cent quatrevingt mîtte hommes , recrues novices en face de vétérans, et à qui la diseipUne europécmie, récemment introduite dans leurs rangs, montrait le péril sans leur enseigner à l'éviter : en même temps les ulémas répandaient parmi le peuple le bruit que Mah- Dioud, ayant violé le Koran par ses réformes, ne pouvait espérer la victoire. Rescbid-Padia, le vamqueur d'AK-Tébélen, défendit le Bdikan avec acharnement; mais l'algie russe n'arrêta ion vol que sur Andrinople( 90 août), la seconde capitale de rcapire. De son cdté, Padiéwiteb avait traversé le Caucase et attaqué Eraeroum , qui tombût en son pouvoir ( 9 juillet }.

Cou était ùii de Constantinople, si la diplomatie de la France et de TAnglelerre n'avait arrêté Nicolas. Le divan, perdant foui espoir, se résilia à concéder l'afiranchissement de la Grèce, à raonveier les aneteos traités avec la Russie , k lui aooorder hMbertéde la navigation dans la mer Noire, et à indemniser

bl mÉeÉRiBATIOZf DB LA GEÈCV.

■on eomnieree des pertes qn*il avait éproayées , sous la eonditkm que rintégrilé de sod territoire en Europe et en Asie serait oonservée.

Aux termes de oe traité ( 14 septembre), les principautés de Moldavie et de Yalacliie étaient rendues à la Porte, sauf aux hospodars à régler librement les a£Faires intérieures. Elle recouvrait aussi les places de Ja Ronmélie et de la Turquie d'Asie, à l'exception de cdies que la Russie se réservait comme sûreté. Le passage des Dardanelles dut rester libre pour les bAtiments de toutes les puissances en paix avec la Porte; elle s'engagea à payer cent trente-cinq millions pour indemnités et dépenses de guerre, et souscrivit d'avance à ce qui serait décidé par une conférence qui devait siéger à Londres pour la pacification de la Grèce.

La Russie s'assurait amsl le commerce de la mer Noire^ et de bonnes frontières du o6té de la Perse et de la Turquie : avantage d'autant plus important pour elle, qu'elles la séparent de la première^ et lui laissent le passage ouvert sur le territoire de l'autre.

La France et l'Angleterre, qui enviaient à la Russie la (^oire de décider du sort de la Grèce, cherchèrent à y participer en émancipant tout à fait ce pays, sauf à ménagerie Porte en ree» serrant les limites de ce nouveau royaume. 11 fut donc décidé que la Grèce formerait un État libre, ayant pour frontière une ligne tirée de l'Aspropotamos au Sperchius, en laissant ainsi à la Porte l'Acarnanie en une partie de l'Êtolie ; que son gouvernement serait monarchique; qu'il serait accordé une amnistie entière, et que ceux qui voudraient quitter le pays auraient une année pour vendre leurs biens.

La Grèce, se croyant en droit de se ûdre entendre dans une assemblée où son sort se décidait (1880) , représenta que les frontières qu'on lui assignait n'étaient pas susceptibles d'une défense suffisante; que c'était une dérision que d'appeler Grèce la Moiée et la Livadle ( le Péloponnèse et THellade ) , quand on en détachait les provinces les plus populeuses, TÉpire, la Thessalie, la Macédoine. La Crète, Samos, Ipsara, Sdo, théfttres d'exploits glorieux , se plaignirent d'avoir à retomber

AMÉBIQOS. — 1.BS BTAT8-UIfI8. &3

m le joug des Toits ; enfin, la Grèee demandait un roi qui fnteât a propre religion.

Capo d*Istna , qui conservait, sans le laisser voir, toute sa yraJOection pour la Russie, protectrice naturelle, selon lui , de b liberté grecque, vit de mauvais œil le choix s'arrêter sur le prince Léopold de Cobonrg , candidat de rAngleterre. Il représeata à ce prince qu'il n'avait pas été dit un root de constitutiee; que dès lors les alliés voulaient ou soumettre le pays au fflautnemcnt despotique, on laisser au nouveau prince, qui «rtanement n'avait pas l'intention de ré^aer sans formes légales, le ârdeau dangereux de lui donner des institutions. U lai dépeignit en même temps la condition misérable do pays, et la nécessité d'y apporter des sommes immenses; de sorte que Léopold refiisa le sceptre qui lui était offert, ne voulant pas CMBDiencer par la servilité envers les cours et la tyrannie envon les peufilee. Des événements que l'avenir recelait encore deiaient aider à résoudre la question.

âMÉRIQIJX. - LES érATS-CNIS.

La fiireur de nos guerres européennes avait gagné l'autre hé« Bûspbère ; mais , d'un autre côté, les idées agitées parmi nous y prenaient radne et s'y trouvaient en pleine vigueur, alors qu'elles succombaient en Europe.

L'Amérique septentrionale ^t sortie libre, mais épuisée, de la longue lutte dans laquelle elle acquit Findépendanoe : elle n'avait ni argent, ni industrie, ni concorde intérieure. L'exagération des espérances se trouva dépasser de beaucoup la réaliié; il en résulta une grande souffrance. De graves difficultés provenaient du manque de lien entre des pays distants et sepnés d'intérêt; l'opposition d'un seul suffisait pour entraver toute mesure d'intérêt général. On sentait la nécessité d'être oais pour payer les dettes communes, pour réprimer au profit de tous la turbulence de chacun , et en conséquence de réfoc-

54 AMEIIQUE.

mer le paete fédéral improYisé dans le fea da combat Eo eeoi' rassemblée n'était pas souveraine et l^islative : c'était seulement une réunion de députés, dont les pouvoirs étaient tellement restreints que ses décisions devaient être ratifiées par chacun des États ; d*où il résultait que souvent elle échouait devant l'inertie ou la résistance d'un seul de ses membres.

"Les fédéraiiêteê ne niaient pas la souveraineté de chaque État; mais ils voulaient, dans l'intérêt commun , que tous se fbndissent en un seul , et constituassent un pouvoir central , illimité, exerçant son action sur tous les États, comme les États particuliers exerçaient la leur sur chaque individu , et assez fort pour astreindre ces gouvernements, comme les particuliers, aux prescriptions de la loi ; que ce pouvoir disposât de l'arméeiet de la marine; en un mot, que les treize États de* vinssent une nation.

Les ^jfiocnrfet sentaient aussi la nécessité d'une action emn-^ traie ; mais ils la réduisaient à une alliance entre les États indépendants : ils s'efifrayaient de tout pouvoir fort, voulant cette indépendance exagérée qui conduit à l'individualisme, et sacrifie la socialité au désir de la liberté. Franklin et JefTersoa appartenaient à cette opinion ; Washington et Adams partageaient celle des fédéralistes. Quelques-uns proposèrent même une monarchie tempérée, sous un frère du roi jd* Angleterre; enfin, la nouvelle constitution (1787) fut arrêtée dans le congrès de Philadelphie, et mise à exécution en 1789.

L'égalité native des hommes s'y trouva proclamée par on pays où subsistait et où subsiste encore Tesdavage. L'Union ne détruisait pas ces constitutions particulières ; et pour que le gouvernement fédéral pAt représenter un corps unique en faee des autres puissances, on lui attribua tout ce qui regarde la paix, la guerre, la diplomatie, les traités ; en outre, ce qui contribuait è assurer la communication des États entre eux, les monnaies, les routes, la police, les arrangements commerciaux, les postes > ,

* La CarollDe ne voolat pas admettre le tarif généFalarrèté en ISSS. ht système des routes, où raccord était si important, Ait établi non par voie d*aaloiité , mais an moyen de négociations^

LBS BTATS-UHIS. S5

fC fmtUngt é$ tootes les eontestations d*État à Eut. Dans Ml les cas qui sont de sa oompéteDee, le gouvernemeot fédénl agit d'aune aianière directe et immédiate, sans recourir k ËÊB autre autorité. La loi émanée du ooogrès est confiée aux oflidcn drib , nommés par le pouvoir fédérât

Uaetion du gouvernement central ne s*exerce entière que sur kMrki fédéral, qui ne compte que cent quarante-sept kilométrai carrés, est régi par les seules lois fédérales, et administré éireetanent par le président et par le congrès. On y fonda la lifle 4e Washington, dont la populaticm atteint à peine le ehiftre ée Tîagt mille habitants, et où les maisons se trouvent dissémi* aées sur un vaste espace, car ce pays n'est pas commerçant. Cétait le centre de l'Union avant que les provinces se tussent amènes vers roœst; cette capitale en outre se trouvait avantapmanmi sitoée pour les communications avec les pays étrau-

Four tout ce qui eonceme Tadministration intérieure, les rehtiom entre les citoyens, les progrès de la vie iatellecfiuelleet morale, et la civilisation matérielle , les Américains préférèrent kl Ws particulièies et la souveraineté de chaque État, attendu ^"il n'existait pas entre eux une homogénéité suffisante pour pe le pouToir fédéral représentât fidèlement les idées et les labîtades de (pvv. Us voulurent ainsi combiner Tindépendance de chacun avec la sûreté de tous , et ringt-quatre législations diverses vinrent r^ler les aiiaires des difiérents États.

Le pouvoir exécutif fédéral réside dans le président , responleble des actes de son gouvernement. S'il vient à mourir, il est Kmplaeé par le vice-président, jusqu'à l'expiration des quatre lanées assignées à la durée de ses fonctions.

A Pouverture des sessions, le président expose dans un me^ oge les afibircs à traiter; et , comme il n'y a pas de ministre pour soutenir la discussion dans le congrès, on nomme, pour oaminer chaque genre d'affaires , des comités permanents , doQt le chef présente les conclusions, et fournit à la chambre les documents demandés.

Le prS^ident et le sénat nomment tous les fonctionnaires publics, y compris les juges du tribunal suprême. Ceux qui oc-

66 AMtelQfJB.

copent les emplois dépendant do gouvernement de l'Union ne peuvent siéger dans les chambres.

L'une de ces chambres représente le sentiment spontané da peuple, les intérêts présents et les idées nouvelles : eue est Mfi»nale; elle compte un député par quarante-huit mille âmes *. Les antécédents, Texpérience politique , la réflexion et la tradition , ont pour organe le sénat, élu pour six ans par les assonblées législatives des différents États, non pas à proportion da nombre de têtes, mais à raison de deux membres par £tat; il représente ainsi l'anden système indépendant des colonies. De cette manière, les États-Unis forment une seule nation dans la chambre basse, et une ligue d'États indépendants dans le sénat. Ce corps participe au pouvoir exécutif, en le surveillant et en ratifiant la nomination des ambassadeurs et des fonctionnaires désignés par le président, ainsi que les traités conclus.

Afin que les deux autorités parallèles n'eussent pas Poccasioa de se heurter, on attribua au pouvoir judiciaire une autorité inusitée ; car s'il arrive que le congrès outre-passe ses droits, tout citoyen lésé peut démontrer que la loi est inconstitutionnelle, et si le tribunal la reconnaît telle, il lui enlève son effet.

L^ États-Unis empruntèrent donc à la constitution anglaise ce qu'elle avait de meilleur, c'est^-dire la Juste combinaison des trois pouvoirs essentiels, en leur étant leur vicieuse organisation. La constitution d'Angleterre n'a pas prévu le cas de désaccord entre les deux pouvoirs souverains. Aux États-Unis, il est établi que, dans le cas où le président rejette une loi, elle* peut passer à la session suivante, si les deux chambres la votent à la majorité des deux tiers. Seulement, il n'est rien prévu pour le cas de dissentiment entre les deux chambres.

Dans les différents États, les gouverneurs sont nommés, pour

' Par addition à la constituUon de 1811 , il a été décidé qu'il serait envoyé un représentant au congrès par trente-cinq mille habitants , en y comprenant les trois cinquièmes d^esclaTcs; que les territoires où il se trouverait huit mille individus mâles se feraient représenter ù la chambre par un député qui prendrait part à la discussion, mais non au Tote.

LES BtATS-DNlS. S7

OQ OM^DS long, par rautorité léf^athre oo par râeetMm popnlaire. La cbamlire basse y est le plos souvent iBaBdie,ec]a chamtnre hante éloe pour deux ans on quatre au phs; d'amies principes généraux résident plutôt dans le sentÎBMBt général que dans la légation : ainsi Tégalité politique te hommes, et par suite le suffrage universel; la souveraiaelé de la raison commune , et par suite Fautorité légitime du pn|ile; le principe de la perfectibilité humaine , ce qui écarte iDol respect superstitieux pour le paisé dans l'application du droit sedal.

Ces doctrines, grefiGtes sur le fond commun de la législation «glaise et sur le protestantisme, of&ent une certaine unifor* ■ilé qui se révèle aussi dans les moeurs.

Le droit électoral varie dans les divers États, mais il est tou- JMDs démocratique; dans quelques-uns il faut avoir, soit un menu de soixante^sinq à cent francs, soit un capital ou une pepriété de sept cents k douze eents francs. Dans les provin- «s du centre et de l'est, tout individu payant une taie à l'État ou savant dans la milice est appelé à donner son vote , à l'ex* dinon des mendiants et de ceux qui sont poursuivis criminel* kncBt; le vote s'exprime par des boules. Les hommes de ooakar, même dans les pays où ils sont émancipés, ne sont point sdaiis dans les assemblées âeetorales.

Une pareille extension donnée au droit de suffrage entraîne Is aécessité de répandra l'instruction dans toutes les classes ; aoBi, dans aucun pays , les écoles , les feuilles publiques , les communications par la poste , ne sont-elles aussi nombreuses.

Les législations particulières ont pour fond la loi commune aoglaise, mais avec beaucoup de modifications. Les sobstitutioBS ont été abolies; mais rien n'oblige le père au partage égal des propriétés entre les enfisnts. Cependant, jusqu'à présent, les liéritages se trouvent partagés sans trop de disproportion. Le plos souvent le fils aîné d'un cultivateur succède à son père : il lûse è ses frères les capitaux, ou leur donne des hypothèques ; ^ ils se livrent au commerce, ou adiètent des terres dans les psjs vierges.

U peine de mort est très-rare ; un procoreur criminel épargne

€8 AMBBIQCTB. ^

aux offensés les firais de pounuite,Daiis laprooidueciTile, les Américaiiis n*oiit pas repoussé, comme les Anglais, de «du* laires ioiiovatioDS par respect pour des formes suiannées. Vou* lant former une nation sans perdre leur individualité, ils ont conservé non pas la tolérance, mais rentière liberté de religion « de conscience, d'enseignementi au point de n'avoir pas de culte salarié, et de dispenser les quakers du serment en justioe et du service militaircy par le motif que ces deux choses ne soot point conciiiables avec leurs croyances. En somme, la partie spirituelle de Thomme y a été soustraite en tout à la loi ; mais Tintolérance y est restée intérieure, individudle, conformément aux habitudes anglaises.

Après cela, après ce qui s'est passé dans ces dernières années, nous nous garderons bien de conclure que cette constiUitioii soit parfaite , tout en la regardant comme la meilleure pocsible, si Ton eousidère la prospérité inouïe du pays. Avec, la pas* sion commune de la liberté , sans fanatisme religieux, sans Tarrogance des privilégiés ni la turbulence des gens oisi& , sans habitudes de domination ni de servilité, les idées démocratie ques ont pris dans ce f^ys un développement prodigieux, et d'une immense efficacité. Il est vrai que la nouvelle république avait l'avantage de posséder un territoire immense, sans voisins menaçants, et par là sans guerres extérieures; aussi l'armée fédérale n'excède-^elie pas douze mille hommes; et le département de la guerre , qui absorbe comme un gouffre les finances de TEurope, n'y dépense pas au delà de 21 à 27 millions de francs.

La même cause écartait les périls intérieurs , attendu que l'industrie y trouvait un champ sans limites ; que l'homme pouvait y tourner librement son activité contre la natiue, et donner essor à ses penchants sans nuire en rien à autrui. Il n'y a donc ni oisifii ni mendiants, ces fléaux des républiques; car quiconque a bonne volonté y trouve à travailler et à s'enrichir.

La constitution fut adoptée, malgré l'opposition de ceux qui la trouvaient ou trop large ou trop restreinte. Les fédéralistes et les démocrates s'accordèrent pour appeler' aux fonctions de président Washingt<Hi , dont le nom avait encore grandi

LES STATS-UmS. bO

dans ia rénération de tous âe|Hiis qu'il avait déposé le pouvoir.

Mais lorsque la Révolution française vint faire éclater dans le monde un nouvel incendie, les démocrates se prononcèrent poorcUe, en déclarant que c'était une obligation de soutenir DB peuple litire et un peuple ami. Les fédéralistes voulurent gwïer la neutralité, et traitèrent avec l'Angleterre. Bien que le parti anlifédéral prévalût dans le peuple, lorsque Washington rcsigiia le pouvoir, on lui donna pour successeur John Adams, fédéraliste, qui avait été envoyé à Versailles avec Franklin, â qui avait été le premier ambassadeur de la république è Londres. 11 dota son pays d*une force maritime qui bientôt l'élera au rang des principales puissances , en même temps qu'il recueillait tous les fiuits^de la liberté.

La population, qu'un accroissement extraordinaire eut bientôt quadruplée, s'adonna avec succès à l'agriculture ; les fiMéts ksplus profondes, traversées par des routes immenses, lui foursirait des matériaux de construction à l'aide desquels elle tira parti de la position si favorable du pays pour le commerce ma» ritiBie. Aucune dkraane n'y entravait l'exportation des denrées, et le droit établi sur les marchandises importées était restitué lorsqu'elles sortaient de nouveau. Le commerce put dency lutter arec celui des nations les plus florissantes, qui bientôt traitèrent nr le pied le plus favorable avec les États-Unis. L'Angleterre eUe-méme, aliNrs en guerre avec la France, s'entendit avec eux pour régler les frontières de leurs possessions respectives, et leur accorda la fiiculté de commercer librement dans ses coloaies occidentales avec des bâtiments de soixante-dix tonneaux , et de naviguer dans ses possessions d'Orient. Quant aux droits des pavilloDS neutres , à la contrebande et au blocus, les principes anglais furent réciproquement adoptés.

Les bâtiments des États-Unis parcoururent doue toutes les mers durant les guerres de la Révolution ; mais comme il leur Buaquait une marine militaire, ils ne pouvaient se soustraire an avanies , devenues alors ime nouvelle espèce de droit.

Cependant ils disaient de grands efforts pour devenir puis* sance maritime, et l'occasion s'en offrit bientôt. Quand l'Espagae cédala Louisiane à la France (1^' octobre 1800), le séna-

00 AMÉBIQUR.

leur Ross, de la province de Pensylvanie , fit entendre ees paroles : « Puisqu'un traité solennel est violé, n'hésitons pas è « occuper un pays sans lequel la moitié des États ne saurait « subsister. Il est temps désormais de montrer que la balance de « rAmérique est en nos mains; que nous sommes, dans cette

• partie du globe, la puissance dominante; que notre adoles-

• cenoe est finie , et que nous entrons dans Tâge de la force. » Cétait un défi jeté an vieux monde. Pour le moment toutefois, les États-Unis restèrent en repos; mais bientdt Napoléon, ne pouvant protéger la Louisiane contre TAngleterre , la leur eéda (1808) moyennant quatre-vingts millions, avec ses dépendances, telles qu'elles étaient sous la domination espagnole. Ce beau pays, encore sauvage, situé au centre du nouveau monde, et traversé par le plus grand fleuve de la terre, navigable dans une longueur de douze cents lieues, ne comptait que soixaate^inq mlUe habitants ; mais les Américains y appliquèrent aussitôt leur travail et leur intelligence. Le territoire de la république se trouva doublé par cette adjonction, qui lui donna , avec le Mississipi et le Missouri, la domination dans le golfe du Mexique. Son commerce s'en accrut prodigieusement, surtout avec l'Espagne, par la frontière de la Louisiane et de la Floride occidentale, de même qu'avec celle du Nouveau*Mexique.

Les États-Unis y introduisirent par degrés leur constitution, en conservant les anciennes lois. Livingston, après avoir défendu la Louisiane , de concert avec Jackson , contre une tentative des Anglais, lui donna un code, où il introduisit des améliorations précieuses, abolit la peine de mort, sauf les cas de meurtre.

Le territoire s'étendit donc jusqu'à l'embouchure de la Co* lombia , dans le Grand-Océan ; plus tard les États-Unis , ayant beaucoup à réclamer de l'Espagne pour dommages causés par ses corsaires , conclurent avec cette puissance un traité (32 février 1810), moyennant la cession des Florides, provinces longtemps ambitionnées, parce qu'elles facilitaient leur commerce avec Cuba et le Mexique, en même temps qu'elles protégeaient leur frontière méridionale, et leur fournissaient des bois de construction.

Le nombre des États s'accrut ainsi de dix-sept à vingt-deux ,

LBS ETATS-UNIS. 61

lapofRibdoo de six à onze millions, et le revenu de dooze à qoatnze milJions de dollars. Ils ne changèrent point leor oonsdHitioD, mais ils continuèrent à effacer les traces du système eolonal, et à améliorer les statuts particuliers. Ils ressentaient toutdbis fous les inconvénients du dé&ut de centralisation. Aqsb s'y fomia*t-il des partis très-acharnés : les démocrates remportèrent au centre et au midi dans les contrées favonUa au système agricole ; les fédéralistes , phis portés an f^stèaie commercial , dominèrent dans le nord; d*où Ton vit, dnnntla longue lutte de T Angleterre avec la France, les prenien pencher pour celle-ci, et les seconds pour la Grande- «reiagiie.

La guerre européenne étant devenue une guerre de comnerce, il était impossible qu'elle n*enveloppâf point un pays éoot le commerce est la vie.

Ea 1805, les Anglais, prétendant exercer le droit de visite sur les neutres, comoieneèrent à capturer les bâtiments des États- Unis; mais ceux-ci, pour éviter la guerre^ prirent la résolution inouïe de suspendre volontairement leur navigation. Enfin, il fut arrêté que le commerce avec les colonies ennemies nepourntt se foire que par Tentremise des ports francs appartenant w An^is dans les Indes occidentales. On renouvela les traités de 1778, en se restituant mutuellement les prises, et Ton idiDit le piindpe de la neutralité, proclamé par la France. Napoléon crut devoir déroger, en faveur de T Amérique, aux tigoeors de son système continental ; cette puissance tendit tee à se rapprocher de lui, et finit par se brouiller avec TAn- Si€larre (1813). Les fédéralistes et les démocrates, la guerre oae fois déclarée , se réunirent contre l'ennemi commun , et combattirent sur leurs frontières, principalement sur celle du Canada ; ils n*avaient qu'une feible armée et un petit nombre àft vaisseaux. La guerre continua dans ces contrées quand elle finissait en Europe. Mais si la Moovelle-Orléans fut courageu- Kmeot défendue, les Anglais Gochrane et Ross incendièrent b eapiule de l*Union (24 août 1814). La paix se fit à Gand (31 décembre ). Les firontières du côté du Canada furent dé-

tenninécs dans le traité ; chacune des parties restitua ses con-

62 AMEBIQOB.

quêtes, et s^obligea à abolir le oomnteroe d'esdaTes, mais en laissant indécise la question principale, c'est-à-dire celle da droit de Tisite.

La guerre avait grossi la dette publique; mais elle arait afTermi l'Union au moment du danger commun. Profltant de Tinterruption du commerce extérieur, des manufactures et des fabriques se fondèrent de toutes parts; la marine devint bientôt le soin principal du gouvernement ; et à peine la paix eut-elle rouvert les mers, que son pavillon se montra partout.

Le droit maritime des États-Unis consiste dans une stricte réciprocité ( 1*' mars 1817). L*aete de commerce défend Tintroduction de marchandises étrangères autrement que sur bâtiments nationaux , ou provenant de pays dont le sol ou les manufactures les aient produits, pourvu toutefois que ces pays acceptent le même principe (3 juillet 1815). Ils ont stipulé avec l'An^eterre la franchise réciproque du commerce et des droits, le libre trafic dans les ports anglais des Indes orientales, excepté le cabotage, pourvu que le transport ait lieu directement dans un port américain.

Ces deux gouvernements ont déterminé de nouveau, depuis cette époque (1842), leurs limites réciproques; le commerce des esclaves et Textradltion des criminels , points difficiles dans ces vastes contrées, y furent également réglementés. Mais le tarif, que les États-Unis adoptèrent alors contre les produits étrangers, nuira au débouché de leurs propres manufactures.

La race blanche, et principalement la race saxonne, joue le premier rôle dans le prodigieux accroissement de la population américaine. Un gouvernement qui permet h Tindividu le développement le plus complet de son activité encourage les entreprises les plus hardies, ce qui produit ce progrès merveilleux.

L'instruction n*est nulle part aussi répandue : on comptait dans le pays, en 1842, 47,209 écoles primaires, 5,242 académies, 178 collèges et universités, dont quelques-unes n'ont toutefois que des écoles de médecine, de droit ou de théologie ; on y compte au moins 1,600 journaux affranchis de droits et de cautionnement. Les expéditions scientifiques des États-Unis

LES BTATS-UniS. €3

liialîMDtavcc cdtes des ppiasances de rEarope.Ils 9ut senoncé an cotonici d*otttre-mer depuis les deux tentatives malheureum 6ites «ni Marianes etàI9oukahi?a; et, en punissant iuexonUeiM&l les attentats des pirates, ils s'épargnent la nécessité et protéger ieor commerce par des forces militaires considéra** Mes; teurs expéditions rivalisent avec celles de l'Angleterre, et lears baleiniers remportent sur les baleiniers aillais. I^ uv^rtion à vap^ir, qui a commencé dans ces contrées, y a pris an immense développement.

Ouy comptaiià peine, en 1808, quatre filatures de coton; il y CB avait, en 1841, 1340; elles travaillaient, en 1814, 20,000 kibgnmmcs de coton; le résultat, en 1841, s'élevait à 40 millioBS de kilogrammes. Aussi la valeur de cette exportation, qui, en 1836, ne dépassait pas 5 millions et demi, s*élevait, ea 1841, à 18 nûlUona. Les salaires sont élevés dans ce pays où ksbias sont rares; la vie y est à Ixm marché, parce que la terre j ert à discrétion ; aussi n'y connalt-on pas le paupérisme.

Ij dette fédérale , qui, en 1790, était de 79 millions de doUais, et qui en 1816, par suite de la guerre avec les Anglais, l'éuit aeeme jusqu'à 127 , était tout à fait éteinte en 1834, Mcn qu'on n'employât à l'amortissement que le produit des éroits d'entrée, des biens domaniaux , et de la vente des territoires de l'ouest non encore colonisés : tant les gouvememeats à bon marché ont de ressources >. Les États particuliers ont ansBÎ lears dettes, dont le total monte à 300 millions de éollars; mais ils sont représentés par des ouvrages d'une grande atilité , tels que les chemins de fer, sur une étendue de 14,609 kilonèbres, évalués à 186 millioos de dollars, et 10,771 kilomètres de canaux navigables, dont un seul, celui d'£rié, a coûté 20 nûiliona de dollars. En même temps des villes nouvcAles s'élevait de tontes parts, et huit cents banques entretiennent Tactivité dn commerce et de l'agricultore.

Comme il arrive dans toutes les confédérations, les intérêts

' Le tniteoMut du préndent ait de vingt^eiaq mille dollars ; celoi du vioefrérideiBt.dednqniUe. Les Américains ont contracté diepais une ddte de dix milttou , au moyen d'un emprunt remboursable.

64 AMKBIQDE.

des uns sont en opposition avec ceux des autres , et le pouvoir eentral n*a pas assez de forée pour changer l'antagonisme eo une active émulation. Les États manufacturiers et commerciaux du nord-est ont aboli l'esclavage ; ceux du sud le regardent comme nécessaire. Ceux de l'ouest déploient une activité hardie et inûtigable; on y voit moins de villes, mais plus de villages , et la population y double en vingt années. Le nord-est possède les meilleurs ports, des cités vastes et populeuses, des canaux , des routes, des écoles , des banques. Dans le sud, il y a peu de villes; les campagnes y sont mal cultivées, et Ton n'y rencontre que l'habitation du mettre, entourée des huttes des esclaves.

Les habitudes que l'esclavage engendre dans les pays du sud y altèrent les sentiments, les moeurs et les relations sociales : elles fovorisent les penchants aristocratiques, inconnus au nord ; aussi l'émigration afflue-t-eile dans les Étals septentrionaux ; le commerce, la navigation, l'industrie, y prospèrent à ce point que le gouvernement eut l'idée un moment de restreindre le nombre des manufactures. L'Angleterre ayant frappé de lourdes taxes sur l'importation des grains du centre et de l'ouest, les bois du nord et le riz du sud, les États-Unis lui rendirent la pareille en imposant ses produits. Biais les pays agricoles du sud, moins avancés , se récrièrent alors sur le rendiérissement des objets manufacturés, dont profitaient seuls les pays industrieux, tandis que les cotons, leur unique richesse, portaient tout le poids de ce système prohibitif. Us refusèrent donc, en vertu de leur droit particulier de souveraineté, de se soumettre à la décision du congrès, qu'ils déclarèrent inconstitutionnelle. La constitution n'avait pas prévu le cas d'une résistance pareille : on pouvait donc redouter un bouleversement au moment où les pouvoirs du président Adams riendraient à expirer ; mais il fut remplacé par le général Jackson, représentant de ropinion populaire, qui proposa d'alléger le tarif, onéreux pour les agriculteurs.

Jackson, homme andacieux,infatigable, au coup d'œil prompt, à la volonté et au corps de fer, caractère loyal, et patriote aussi ardent qu'actif, avait combattu les Anglais en 1813 et 1818, toujours avec intrépidité, mais non pas toujours avec habileté;

LES iriTS-UNIS. <S6

et, eonme il arrive dans les démocraties , le succès militaire lui éNina one grande popularité. Jusqu'alors les présidents aTaient éiéfiMéralistes ; les démocrates arrivèrent au pouvoir avec JacksoD.Réiiiidiant les vertus paisibles des héros de Tindépendance, tl TQoiut rexpansîon, la conquête, qui peut sans doute faire prévaloir dans ce vaste continent la race britannique, mais qui peut aussi mettre en danger cette liberté que la modération de W^DDgton avait fait respecter et honorer. Incapable de tolérer les lenteurs do suffrage universel, il agit dictatorialement, mit à fécart les ménagements dont on avait usé jusque-là, envahit la Fknide en pleine paix , et faussa la constitution fédérale , qui avait besoin d*étre maniée avec délicatesse, pour résister à la démagogie.

La Caroline du Sud (1832) ayant aboli le tarif de douanes établi par le congrès , Jackson se prépara à Fattaquer ; mais ou parvint à le calmer. Alors il 6t la guerre à la banque, encore par réaetiofi contre la centralisation.

Les billets de banque payables au porteur facilitent la cîrculatioo lans avilir le numéraire, pourvu quMls représentent des valeors réelles ; mais s'ils sont multipliés et fractionnés sans mesure, ils deviennent une espèce de droit de fausse monnaie. Il importe donc que ce privilège soit maintenu sous la juridiction piiblk|iie.

DèsPorigine, on songea, en Amérique, à alimenter le crédit général an moyen d*une banque centrale , soutenue et modérée par fÉtat. Celle de Philadelpliie, dite banque des États-Unis, fondée en 1760, au capital de 10 millions de dollars, et pour «ingt et un ans , eut en dépôt les revenus du gouvernement fédétal. L'exemple en fit établir d'autres, jusqu'au nombre de 68, an capital total de 43 millions de dollars. Mais comme la banque de Philadelphie seule pouvait faire le change dans toute rUaion , die fit la loi aux opérations des autres , en leur ouvraat nn crédit ou en le leur retirant. Elle fut d'un grand secours surtout lorsqu'au temps de la guerre continentale, les Américains eurent en main le commerce du monde entier; mais quand la banque de Philadelphie fut supprimée à Texpiratiioade son terme, l'accroissement exagéré des banques parti-

▲MBB1I2UE.

«uKères, et la paix qui survint, produisirent en 1814 une première crise, qui fut telle que les banques du sud et de l'ouest suspendirent leurs payements (1816). On songea à remédier au mal en rétablissant la banque centrale, au capital de 36 millions. Cette institution reprit les payements en espèces, moyennant un traité avec les différentes banques, auxquelles elle accorda des facilités de crédit, à condition qu'elless'obligeassent à restreindre rémission de leuis billets. Mais la précaution ne dura pas, et le désordre s'accrut au point qu'une crise générale eut lieu en 1837. Neuf cents banques, qui avaient acquis une espèce de puissance politique, étaient alors en activité ; on avait entrepris une foule de spéculations téméraires, et exagéré les travaux publics en détournant les capitaux de leurs applications véritables, c'est-à-dire, du commerce et de l'agriculture.

Le démocrate Jackson craignait qu'il ne se formât une ans* tocratie de grands capitalistes, assez forte pour devenir l'arbitre du commerce et de l'industrie. En conséquence , il fit retirer les fonds publics de la banque centrale, et abolir son privilège, en l'obligeant h payer en numéraire les droits de douane et les taxes pour concessions de terre. Les fonds passèrent alors dans les caisses des États particuliers, qui i^'en payent point rintérét; et l'on vit éclater les conséquences d'une concurrence illimitée, déréglée , et d'un crédit sans fondement. Il s'ensuivit une banqueroute générale, et une secousse fatale à la fortune publique : mal irréparable , si le sol et Tesprit d'entreprise des habitants n'eussent offert des dédommagements à ceux que cette catastrophe avait frappés.

Sous le rapport politique, l'abolition de la banque fortifia les gouvernements particuliers, représentants de la démocratie, qui étouffa l'aristocratie dans son berceau. La crise une fois passée , l'expérience ramena à des pratiques plus régulières et plus sages : aujourd'hui la banque de Pensylvanie, qui a obtenu le renouvellement de son privilège, conserve la prépondérance de ses immenses capitaux.

Le fait est que , même au milieu de ce désordre, le crédit avait produit dans le pays une immense prospérité matérielle. Les villes des États-Unis n'ont plus à craindre , comme a Té-

LSS iTATS-UKIS. 67

fotpêde la dernière guerre-, d'étiré bombardées par l'eniieaiî, car vioguleiu mille bouches à feu protègent le littoral ; et les cfaenÉBS de fer, plus nombreux que partout ailleurs dans ees pays fierges, où l'on trouTe du bois et du fer en abondance, faalitait le transport des troupes. Il a été établi que Tannée poornit être portée de douze à cinquante mille hommes; elle a en outre, derrière elle, une mUice nationale de dix-huit cent ■ûfle citoyens, et les redoutables chasseurs des forêts de Touest. La douanes rappcntent au gouvernement fédéral cent quarante fflillioDs de francs au moins.

Mais la question capitale h Tintérieur, c'est resclavage. Quand rindépendanee fut proclamée, Tesclavage s'étendait partout : pendant hi guerre, la Pensylvanie adopta des mesures qui demmA promptement le détruire. Le Massacbusets le déclara Bcompatible avec les lois, et la plupart des États au noid du Potomaek l'imitèrent, le Maryland et le Delaware exceptés, ib pouvaient le fidre sans grand dommage, attendu que les esdaves ne formaient qu'un vingtième ou un quinzième de la population. Mais dans les États du midi la proportion était besocoup plus forte, et tout le travail domestique et agricole y pesait sur les nègres ; aussi l'esclavage s'y conserva-t-il. Il s'acemt cneore par l'acquisition de la Louisiane et des Florides. Il fut amorisé dans les nouveaux États, tels que le Missouri. LUnion comptait, en 1790, 660,000 esclaves; en 1830, deux BiilUotts, en 1840, trois millions et demi.

Affranchir les esclaves quand ils sont si nombreux, ce serait bouleverser de fond en comble les fortunes et l'industrie ; iussiles États du sud défendent-ils avec acharnement cet état de choses. Il en est résulté mainte fois des collisions sanglantes ; et la menace de briser le lien fédéral a éclaté plus d'une fois. Le raidi lend par tous les moyens à faire que les États à esdaves remportent par le nombre sur ceux qui n'en ont pas; de là Tesprit de conquête, et l'ambition d'adjoindre à l'Union de non* veaux États, ainsi que le nouveau Mexique, l'Orégon, le Texas , la Californie, récemment incorporés. Les abolitionnistes taf beat de leur côté que l'esclavage ne soit pas autorisé dans ces nouveaux annexes; les autres le veulent introduire là même

08 COLOniBS £If AlliBlQlIB.

OÙ il n'existait pas , comme dans les pays jadis espagnols; mais la saprématie passe de Jour en joar du cAté des premiers, d'où Ton peut oondure que les États à esclaves devenaut minorité , on verra disparaître la servitude , cette brutale nécessité de la conquête. Telles sont les difficultés qui menacent de dissoudre lUnion un jour ou Tautre, et qui servent de prétexte aux ennemis de la liberté pour faire ressortir les faiblesses du pou* voir fédéral vis-à-vis les États, leur indocilité à son égard , le désordre des finances, Tirrésolution de la politique, et enfin la nécessité , pour Tavenir, d*un pouvoir dictatorial.

Bien que la liberté religieuse existât dans ce pays dès Torigine, les semences de fenatisme qu*y avaient portte les premiers colons s^y développèrent bientôt en exagérations mystiques, pardonnables si cet excès ne conduisait à Tintolérance. Mais à c6té de ces abus de la croyance, grandit aussi Fincrédulité. En même temps que la nouvelle secte des marmoM apportait une Bible qu'ils prétendaient plus ancienne que celle des chrétiens, et fondait des villes sous la direction de Joseph Smith, il se constituait à Mew-York une congr^tion d'athées, qui se réunit tous les dimanches pour nier l'existence de Dieu. En outre, la philosophie d' Emerson est là pour montrer que les Américaina ne sont pas moins hardis à explorer les déserts de la pensée que ceux de la nature.

Page 1