‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,)Chapitre 5 sur 61 · COLONIES EN AMERIQUE · texte numérisé non relu

COLONIES EN AMERIQUE

Quand la Révolution française menaçait de bouleverser TEurope, Pitt crut utile de fortifier la domination anglaise dans le Canada. Profitant de l'exemple des ÉUts-Unis, il le partagea en deux provinces ( 1701 ), avec un sénat et une assemblée populaire , dont les bills eurent force de loi , si le roi laissait passer deux ans sans les approuver. Il accorda au pays Yhabeat corpus, le jury, et le vote de l'impôt

En conséquence, le Canada et la Nouvelle-Ecosse restèrent

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idèks à rAngletflrre durant la guerre contiDentale; plus tard, ih rédamèrent de nooveaux droits et la liberté des cultes contre rinloléraDee anf^icaDe. Plus d'un confit s*est élevé depuis eotie la métropole et la colonie , où l'Angleterre s*est montrée Kvèie dans la répression de toute tentative d^iodépendanee. La désaffcetioii qui s*en est suivie iait incliner les esprits de plus ai plus vers la confiédération anglo-américaine. La perte de cette contrée serait très-dommageable à la Grande-Bretagne , qui en tire d^immenses approvisionnements en bois de construction , eo viandes salées et en farines, ainsi que d'excellents matelots.

Ifotts avons déjà dit combien la révolte d'Haïti avait coûté de sang. Le nègre Christophe, qui se donna le titre de roi dans la partie méridionale de cette tle, établit des écoles, des fabriques, des fonderies. Péthion, son rival, qui dominait dans le sud, craifDaot que les nègres n'allassent se joindre à son ennemi , les entretenait dans la paresse, opposait la licence au despotisme, et M montraît indulgent, même à Tégard des crimes ; puis, ayant Rnanié la constitution, il institua en sa feveur la présidence arie.

A sa mort (1816), Boyer, sa créature et son successeur, suivit ses traces. Pois, Christophe s'étant tué (1820), l'Ile entière forma la république une et indivisible d'Haïti (28 janvier 1822 ), qui fbt reconnue par la France, moyennant Findemnité stipulée < sous la présidence de Boyer. Il continua à gouverner l'île despotiquement, jusqu'au moment où, les élections s'étant faites <laDs le sens radical (janvier 1844), il en sortit une nouvelle révolution. L'armée populaire étant restée victorieuse, Boyer fut réduit à fuir, après vingt ans de présidence; considéré par les OBS comme un Washington, dénigré par les autres -pour avoir maintenu le peuple dans l'ignorance, affaibli le pays, désolé les Tffles, et laissé les champs sans culture. D'après la nouvelle

' Pîiée à 150 mitlioiu de francs ( fSSS ) , elle fat réduite ensuite à so (tSM), mais qui n'ont point été payés. — En 1789, Saint-Domingue M Hâi eiportait pour la France U5 millions en denrées coloniale*, A M ariiiioBi pour d'autres pays.

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constitution, aucon blane ne pat obtenir les droits de citoyen, réservés seulement aux Africains, aux Indiens et à leur des> cendanoe ; elle accordait, du reste, la liberté de la prene et les autres droits habituels. Le pouvoir passa suoeeBsivement dans les mains de plusieurs dieflB, jusqu'au jour où Fanstin Sonlou* que, le dernier, se déclara empereur (1849). Mais la paix est loin de régner dans le pays ; et cette colonie , autrefois si florissanté, aujourd'hui pauvre, inculte, déserte, produit à peine de quoi nourrir ses habitants, toujours ivres de vin et de tabac. La liberté ne s'improvise pas.

Durant les guerres de l'Europe contre Napoléon, l'autre hémisphère se trouva aussi ébranlé; et la secousse produisit l'un des événements les plus importants de notre siècle, à savoir, l'émancipation de rAinérique méridionale.

A la différence des colonies anglo-américaines, s'étaient formées les colonies espagnoles et portugaises, constituées uniquement pour le proGt de la mère patrie, ou, pour mieux dire, du roi , qui ooncédait les terres selon son bon plaisir, et les foisait gouverner par un de ses lieutenants. Ne recherchant que les métaux précieux , on y négligeait la culture des terres les plus fertiles.

Charles-Quint avait imposé aux Indiens et aux propriétaires Vacavala, droit de 5 pour 100 sur toute vente en gros, et qui fut augmenté plus tard jusqu'à 14 pour 100. Les besoins croissants de la métropole firent imaginer d'autres taxes , telles que le papier timbré, le monopole du tabac, du ^ivre, du plomb , et des cartes à jouer ; outre la cruzada, que l'on percevait tous les deux ans, et qui allait de 35 sous à 18 livres, suivant le rang et la richesse , pour obtenir VinduU, c'es^à•dire la permission de manger de certains aliments pendant le carême. En ICOl, l'Indien payait 33 réaux par an de tribut, et 4 de corvée, ce qui équivaudrait à 23 francs, qui furent par la suite réduits à 15, et finalement à 5 francs. Dans la plus grande partie du Mexique , la capitation s'élevait ^ 1 1 francs, outre les droits paroissiaux qui allaient à 10 francs pour un. baptême, 20 pour certificat de mariage, 32 pour enterrement.

Les colonies espagnoles avaient cependant deux grands avan-

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i^ei car les eolonies Bnglaîses^ Le premier , c*est qtie les esdaves j étuent beaueoap mieoi traita, et protégés par le clergé, qn, eomme dans tons les pays eatholiqùes, y pouvait beau* eoop. L*aotre , c'est qu'an lieu de se détruire , la race indigène s^yeooserva par le mélange des deux peuples, et que beaucoup dlndiens et plus eaeùre de métis acquirent des richesses, des propriétés, de l'Importance, autant qu'on en peut obtenir daos UD pays où la couleur confère une sorte d'aristocratie. Ce fatcoeore rceavredu clergé catholique qui, dans le nouveau eoomie dans l'ancien monde, s'appliqua à fondre ensemble les tahioaB et les vainqueurs.

A eonp sûr, des éléments si nombreux de prospérité se senient développés, si les moyens employés avaient été moins absurdes. Le monopole le plus rigoureux y fut systématiqueracat établi : deux escadres qui partaient de Sérille et y revenaient toodier, frisaient seules tout le commerce entre l'Europe et les colonies. Les galions destinés au Pérou , au Chili , mouilbicnl à Garthagène et à Porto*BeUo, y taisaient de riches échanges avec les produits du pays ; puis la flotte se rendait à la Vera«Cniz, où dlt^recevait les trésors de la Nouvelle-Espagne. Les denx escadres se ralliaient ensuite à la Havane , pour Rveair de conserve en Europe. Elles réunissaient à peine un ehaigcnient de 27,600 tonneaux ; ce qui était bien au-dessous des bcmis de œs vastes colonies, qui se trouvaient dès lors mal approvisionnées, et ne l'étaient qu'en qualités inférieures. Aussi la esBtrclMnide, comme il arrive toujours, venait-elle y suppléer, malgré les sévérités atroces auxquelles on eut recours '. Ua panpie enivré, comme Tétaient les Espagnols, de la facilité avec laquelle ils trouvaient des monceaux d'or et de peries, auraient traité de fou cehii qui leureât dit : a il n'y a pas de pnfit à dévaster un champ fertile pour creuser une mine. L'aboodanoe croissante de l'or ne fait que renchérir les denrées que Ter sert à payer. » On abandonnait les pays les plus fertiles, qui raMaient incultes , pour se porter en foule vers les districts les

' EUeélail punie de la peine de OBort, oo le contrebandier était livré ^rMqiriiUioB»coanieft*U eût été coupable d'oaelnviété. (As. R.>

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plus pauvres, d*où Ton tirait For et Targent; et Ton ensevelissait, pour y mourir en blasphémaol dans les mines, ces naturels qui auraient vécu heureux en travaillant cette terre assez féconde pour satisfaire les maîtres les plus avides. Aujourd'hui même, les pays d*Antiochia et de Chioco, à Touest de la Cordillère centrale , trèss-riches en filons d'or, ne sont pas exploités par défaut de bras : on y a trouvé un fragment d'or de 25 livres, et le lavage du sable y a fourni jusqu'à 22,000 marcs par an. Cest bien, mais il n*y a pas même de routes pour pénétrer dans le pays , et le sol le plus fertile du nouveau monde n'est peuplé que d'un petit nombre d'Indiens et de noirs esclaves. Un baril de farine des États-Unis s'y paye jusqu'à 90 piastres, et à chaque instant des famines horribles déciment la misérable population de ce riche pays.

La métropole, par ses exigences, arrêtait l'essor de la production coloniale : ainsi , Ton n'y pouvait planter ni vignes ni oliviers; il fallait tirer d'Europe le bois et le fer; puis, tout en demandant à ces pays des richesses immenses, ou les gardait avec une négligence étrange : on songeait à les agrandir plutôt qu'à les faire prospérer; on les donnait en fief, on les vendait. On ne s'inquiétait pas, pour les gouverner, de la nature des peuples qui les composaient. Personne ne s'occupait de former des médecins, des administrateurs, des instituteurs, des ouvriers pour les colonies; on y envoyait l'écume de la nation; on y déportait les malfaiteurs ; on y laissait le champ libre an fiinatisme. Le Brésil doit sa population aux Juifs, tourmentés dans le Portugal ; il fallait être Castillan^ c'est-à-dire du pays le moins industrieux de l'Espagne , pour avoir droit de passer en Amérique. Tandis que l'Angleterre faisait marcher de pair ses forces navales avec l'agrandissement de ses colonies, le Portugal et l'Espagne réduisirent leur flotte, quand leurs colonies eurent pris le plus d'extension.

Les colonies espagnoles n'avaient fait qu'empirer sous les derniers princes de la maison d'Autriche et pendant la guerre de la succession, quand l'Angleterre et la Hollande eurent interrompu toute communication entre elles et la métropole. Poiir qu'elles ne manquassent pas du nécessaire, l'Espagne dutse re-

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lâdMr de foo système exclusif, et admettre que les Français tra- IKqnsMDt avec le Pérou ; ce qui permit aux habitants de Saint- Halo, par un privilège spécial de Louis XIV, d'y introduire des OBiebâiidiaes françaises à des prix modérés, et les désbafaitBa d'aroîr affaire avec r£spagne. Philippe V, sitôt que la paix fat rétablie, interdit les ports du Chili et du Pérou aux navires ctnngers, et ehaasa des mers du sud les flottes qui n'y-étaient pios aéeessaires. Pour s'assurer l'amitié des Anglais, il leur aceorda non-seolenient Vassi^to, mais, de plus, la fiiculté d'expédier chaque aonée à Porto-Bello un bâtiment de cinq cents tooaeaux , chargé de marchandises d'Europe. Les abus commis par ks Anglais et la résistance des Espagnols produisirent la goerre^qui unit par affranchir ces derniers de Vassiento , en les lûn&t régler le conunerce à leur gré , moyennant une indemoité de 100,000 livres sterling à la compagnie anglaise.

Différentes améliorations furent introduites alors : au lieu de makanmâr la périodjdté des expéditions au détriment des né- ^KmoÊM et à Tavantage des fraudeurs, on permit que des bâtif Bw&ts de regUire fussent expédiés dans l'intervalle par des mareliands de Séville ou de Cadix , avec des licences achetées éa ooDseii des Indes. Le nombre s'en accrut au point qu'en 174S oo renonça aux galions, et que le commerce fut abandonné aox particuliers. 11 est vrai que ce négoce se trouvait encore entiavé par fancienne habitude de tout réglementer.

Les communications étant rares, l'Espagne ignorait la condition de scscolonies, et le gouvernement y languissait. Charles III voulut y remédier en établissant des bateaux-postes (1764) qai perlaient tous les mois de la Corogne pour la Havane , et toosks deox mois pour la Plata ; chacun de ces bateaux pouvait pfcadre la moitié de son chargement en marchandises espa* , et revenir avec une quantité égale de denrées améri-

La concession s'étendit plus tard, et tous les sujets espagnols

ftnent admis à trafiquer avec les lies du Vent, Cuba, Hispa-

i,Porto-Rico, la Marguerite, et la Trinité; puis avec la

, et avec les provinces de Yucatan et de Campéciie.

Ce n'était pas im petit mérite de s'attaquer à un préjugé qui

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datait de deux siècles; les résultats furent immédiats, car en dix ans le commerce doubla dans quelques contrées, et tripla dans d'autres.

Les avantages de la liberté une fois connus , on abolit les peines rigoureuses portées contre toute correspondance entre les provinces situées dans les mers du Sud (1774); loi désastreuse autant que tyrannique , qui empêchait d'équilibrer Tabondance et la disette, en obligeant à faire venir tout d'Espagne.

On avait prétendu reproduire dans les colonies Tadministration de la métropole, bien qu^elles différassent essentiellement de civilisation , d'origine, de position et de produits. Le Canada, cinq fois plus étendu que la France, n'avait qu'un gou-- \'erneur; leMexiquCt qu'un vice-roi; et la seule audience de Guatimala étendait sa juridiction sur trois cents lieues. Ces vice-rois ou ces gouverneurs arrivaient dans le pays dépourvus de connaissances locales et comme dans un lieu d'exil , premier édielon pour s'élever à des postes plus avantageux : Dleuest trèshaut, disait l'un d'eux, le roi très-loin ; et le maître ici, c*t$t moi.

' Nous voyons , par la statistique publiée dans le Mercure Péruvien ^ qu^en 1791 , sans compter les provinces de Quito et de Bucno6*Ayi-es, ni le riche Potose, il y avait en exploUaUon dans TintendaDce de Lima quatre mines d'or, cent quatre-vingts d'argent, une de mercure, quatre de cuivre ; en outre, soixante-dix mines d*argent almndoonées : dans le district de Tanna, deux cent vingt-sept mines d'argent, outre vingt-deux abandonnées, et deux de plomb; dans celui de Truxillo, trois d*or et cent trente<|uatred*argent, outre cent soixante et une abandonnées ; dans Tinlendance de Huamama, soixante d'or, deux cents d'argent, une de mercure, plus trois d'or et aoixanle-troia d'argent abandonnées; dans le district de Cusco , dix-neuf d'aiigent; dans celui «rArequipa, une d'or, soixante et une d'argent» outre quatre d'or et vingt-huit d'argent abandonnées; dans celui de Huancavelica, une d'or, quatre-vingts d'argent , deux^de mercure, dix de plomb, et on en laissait reposer deux d'or et deux cent quinze d'argent. Ces mines produisirent, depuis le commencement de 1780 jusqu'à la fîn de 1789, 35,359 marcs d'or à vingt -deux carats, et 3,739,763 marcs d*argcnt. La valeur du premier étant de cent vingt-cinq piastres , et celle de l'autre de huit piastres au marc, le total s'élève à plua de 1S4 miiliODs de francs. En 1790» elles produisirent 411,117 marcs d'argent.

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Les posBessions e^agnoles étaient divisées en neuf États, pRsque indépendants les uns des autres : c'étaient, dans la zone torride, la TÎce-royauté du Pérou et de la ^'ouveile-Grenade, et ks capitaineries générales de Guatimala , de Porto-Ricco et Caracas; entre les deux tropiques, les vice-royautés du Mexique rt de Buenos-Ayres, et les capitaineries générales du Chili et de la Havane, où étaient comprises les Florides. Les fonctionnaires recevaient un traitement du roi, qui se trouvait repré- §eoté par les viœ-rois, che& de Tadministration et de l'armée. Investis d^un pouvoir despotique sur les sujets, ils tenaient une eoor semblable à celle de Madrid, des gardes à pied et à cheval, des drapeaux à leurs armes; leur juridiction s'étendait sur des pays lointains et inaccessibles , dont ils ne connaisnient ni les intérêts, ni même la situation '.

Lenr autorité absolue n'était limitée que par les audiences , cours de justice établies sdr six points différents, sur le modèle de la cour âé chancellerie dli^pagne, qui prononçaient en der- Dief ressort sur toute affaire civile ou ecclésiastique, jusqu'à concurrence de six mille dollars; elles pouvaient adresser des reinontrauees aux vice-rois, qu'elles remplaçaient pendant les vacances, et correspondaient directement avec le conseil des Indes.

Les membres de l'audience , investis de grands privilèges, ne conoaissaîent d'autre intérêt que celui de la mère patrie ; ni eux ni le vice-roi ne pouvaient contracter d'alliance ou de parenté dans le pays soumis , ni y acquérir de propriétés.

Plus d'une fois les vice-rois tentèrent de se saisir d'un droit qui n'existe que dans les pays les plus asservis, celui de rendre la justice en personne, en place des magistrats; ce qui aurait

* Parmi icB cinquante vice- rois qui ont gouverné le Mexique, de 1535 À taoa, il n*y en eut qu'un seul né en Amérique, le Péruvien Jean d'Aoigna, marquis de Casaforte. Bon admintgtrateur et très-désinférefié,U fit regretter son gouvernement » qui dura de 1722 à 1734. Un descendant de Colomb, don Pedro Nuno Colon, duc de Veraguas, et on delfonleinma,don Gluseppe Yallailores, comte de Montezuma, furent aussi vioe-rolfi du Mexique.

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