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objections fûtes contre le catholicisme; il fut prescrit d'élever dani b religion grecque les en&ntB nés des mariages mixtes ; la dhedion des écoles fut remise aux mains des laïques, et les élèifi le virent forcés d'aller achever leurs études dans des uniicnitéi sdûsmatiques; on prodigua toutes sortes de faveurs an prêtres apostats, et ceux qui persévéraient dans leur foi se îÎRot molestés. Le catéchisme des catholiques russes, imprimé à WÛDà en 1833, s'exprime ainsi, en expliquant le quatrième préeepte du Déealogue : « L'autorité de l'empereur procède ononaoe directement de Dieu. On lui doit culte , soumission, «riee, prindpalement amour, actions de grâces, prières; eu BBOMit, adoration et amour. Il £aut l'adorer en paroles, en signa, en actions , dans le fond de son cœur. Il faut respecter la aotorités qa'il nomme, parce qu'elles émanent de lui. Griee à l'ineffiEdile action de ces autorités, l'empereur est partout L'autocrate est une émanation de Dieu ; il est son vicaire et ion ministre. » Enfin , le gouvernement finit par obteoirqne tout le haut clergé apostasiât; et, malgré les fortes résstaoces d'en bas , le très-saint synode déclara que « la soidisDt union effectuée depuis 1596 dans les provinces occidentaks de la Russie, par la désertion d'une partie du clergé de CCS contrées, et qui avait déchiré pendant deux siècles la famille nnse, avait cessé en 1839, par l'acte synodal de Polotsk. »
£q beaucoup d'endroits, les nobles, même schismatîques, protestèreot contre la violence , disant que c'était porter le trouble dans la conscience des paysans , que de les contraindre «Tadoptcr un rit qu'ils détestent ; et qu'en les atteignant dans la religion, on sapait chez eux la base de toute vertu civile. Dès que les plaintes des catholiques opprimés eurent retenti à Borne, le pontifo se fit l'interprète éloquent et sévère des conscienoes tourmentées; et l'allocution de Grégoire XVI, du 22 juillet 1843, restera comme l'un des monuments les plus mémoraUes de l'histoire ecclésiastique : « c'est le tableau lamentable <fe tous les maux sous lesquels gémit la religion catholique <lsQs la vaste étendue des possessions russes, ainsi que des efforts incessants et toujours inutiles du saint-père pour en arrêter le cours, et pour y remédier. » Quoique le pape y parlât plutôt
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le langage d*iiiie profonde tristesse que celui de rautorilé, qo*il lui appartenait de prendre en élevant la voix au nom d*im peuple opprimé, cette allocution n*eut pour résultat que d'augmenter les rigueurs impériales. Cependant quand le czar se rendit à Rome en décembre 1845, il eut un entretien avec le pontife, et montra une modération qui rendit Tespoir aux catholiques et laissa respirer rÉglise.
Ce fut aussi en vue d'établir cette unité religieuse que b persécution se tourna aussi contre les juifs. Plus d'une tentative a été foite dans ces dernières années pour réunir cette nation. On a songé même à relever le royaume et le temple de Jérusalem, comme une barrière entre TÉgypte et la Turquie. Mais on a cru recoonaftre que tout effort pour réorganiser la société juif e serait inutile avant sa conversion. La Pologne compte deux millions d*israélites. Depuis Casimir (1834) , ils ont étédédarés idonei et fidèles , avec de grands privilèges, peu respectés depuis, par les antipathies populaires. Ils ont pris une grande part aux derniers mouvements de la Pologne , car ils avaient de bonnes raisons pour déplorer la cbuté de ce royaume. En conséquence, Nicolas les a forcés au service militaire, doot Alexandre les avait exemptés moyennant une certaine contribution , tout en prenant leurs enfants de douze à quatorze ans pour la marine. Une école qu'ils avaient à Varsovie a été sopprimée à la révolution. Depuis lors Nicolas a obligé aussi les juifs à la loi religieuse de Tempire (1844); on dit même que son projet serait , s'il est maître un jour des provinces occidentales de l'Asie, de les transférer tous audelà du Taurus, sur quelque point de leur ancienne patrie.
Ces maux intérieurs , et la guerre interminable du Caucase, sont la plaie d'un empire qui joint à tant de ressources matérielles les liens inrisibles dont il enveloppe la conscience des Grecs , des Arméniens , des Bulgares , des Serves , et raflfeetion de toute la race slave , qui vénère dans le czar le futur rédempteur de sa nationalité : ce sont ces embarras qui rendent moins effrayantes les menaces que , du fond de ses frimas, la Russie fait , de temps à autre , gronder sur l'Allemagne et la France.
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AFFAIRES D'OaiBNT.
La diplomatie n'avait rien arrêté quant an sort de la Grèce, qui restait encore en suspens, quoique, depuis la bataille de Navarin , elle eût perdu Tespoir de rajuster les chaînes musolnaanes à ce peuple baptisé. Après la mort d'Alexandre, qui, après avoir provoqué Tinsurreetion des Grecs, les abandonna par ecMidescendance pour ses alliés, Nicolas les soutint, en vue de les aonmettre h un protectorat semblable à celui qu'il tarait sur les principautés du Danube. L'Angleterre se souctût pea de voir se constituer cette nation nouvelle , qui pourrait un jour rivaliser avec elle. Cependant, entraînés par l'opinion et craignant que l'entreprise ne réussît sans eux , les Anglais lui tendirent la main, mais sous la condition oue le nouvel ttat fût assez fiiible pour se voir obligé de rechercher leur appui. La France, amie désintéressée, soit* par caractère, soit qn elle ne fût dirigée par aucune espérance immédiate, voulait ea&ire un État indépendant, qui n'eût à subir la tutelle ofBànte de personne.
Cape d'iatria, habile administrateur, mit fin , durant sa présidence, à la piraterie, organisa les Rouméliotes, et propagea rinslnietîon publique; mais les patriotes le considéraient ton-* jouis comme le prête-nom de la Russie , et ambitionnant , d'ac* tord avee cette puissance et avec la Porte , de se faire le chef du Péloponnèse. Les anciens chefs, après avoir versé généreusement leur sang, en étaient récompensés par la prison ou par lexil, La révolution de Juillet vint encore enflammer toutes ces hunes; plusieurs journaux s'emportèrent si loin, qu'il fallut les supprimer. Quelques-uns des mécontents, s'étant réfugiés à Hydn, j domràrent le signal de la guerre civile. Constantin et George Mauromicali , frère et fils de Pierre, détenu alors en prison, égorgèrent le président dans une église. Conuntin fut Uiésnr la placé, et George périt sur Téchaûiud. La Grèce s'ap*
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p]audit d*étre délivrée de celui qu*elle avait regardé si longtemps comme soq libérateur ; elle lui donna néanmoins pour saccesseur sonfrère Augustin, qui déclara criminels d*État le général Goletti et les autres cbe£s opposés à la Russie. Pendant ce temps, la conférence de Londres , qui statuait sur le sort des peuples sans les entendre, appelait au trône de la Grèce le prince Othon, fils du roi de Bavière ( février 1833 \ qui arriva aviec une flotte, de l'argent, et des conseillers étrangers.
Cest ainsi que se trouva constitué en Europe un État nou* veau, simulacre de royaume, que la diplomatie substituait à Tespoir d'un empire grec ressuscité. Il a cela de particulier, que le royaume y porte le même nom que PÉglise, quoique les Grecs ne veuiUent pas rester dépendants du patriarche grec, pour écarter tout péril de suprématie russe. Pourvu de bonnes for* tîGcations et d'une excellente marine, le pays compte douze millions d'acres, dont un neuvième appartient aux particuliers, et le reste à l'État , qui a succédé aux anciens maîtres ; les propriétaires eux-mêmes sont presque des fermiers , car ils ont à payer une dlme eÎ! nature, dont la perception est vexatoire et péoible. Les terres laissées en friche depuis si longtemps, les anciens aqueducs étant détruits, les marécages et les landes se sont multipliés ( on dirait que la nature elle-même a diangé. Le Cépbise, qui arrêta l'armée de Xerxès, sufQt a peine a^joll^ d'htti à l'arrosement des jardins; c^t à peine si l'tnachus et rUissus reparaissent à la saison pluvieuse dans leur lit desséché. Des bois du mont Lycabettus , où se cachaient les oon , il ne reste plus que quelques arbustes; avec l'insouciaooe ottomane et le découragement de la servitude, THymette, le Pentéliqne, le Parnasse , ont perdu leurs abris ; et la terre végétde est descesdue dans la plaine, qui en s'exhanssani a enseveli les édifices antiques. Dans la Morée, on compte à peine soixaote-dix-sept hommes par mille carré; vingt-six sur le continent, treote-ciiiq dans les Iles.
Cependant la Grèce est envoie de progrès, comme un pays doqveau ; et lorsqu'on 1 886 elle n'avait pas plus de 76 1 ,077 habîtaols, elle en comptait, dès 1840, 856,470. 1.es oliviers et les mûrieis y croissent spontmément ; le coton y est très-abondant Au lieu
AFrAIAES O'OIISIIT. 379
<fu lieu proploe pour y bâtir une capitale nouvelle, par respect pour les souvenirs historiques, ou fit choix d'Athènes, ville ariëe, malsaine, et où de mesquines constnictîoos modernes caotnsleDt avee Tancienne magnificence; elle. renferme aujwrdliQi vingt-six mille habitants. Le territoire est divisé en oonuDimes de trois classes, selon que Ton y compte dix mille, daa mille ou deux cents habitants; quiconque est âgé de nn$^-cîiii| ans se trouve électeur ; les communes répondent des îioicaoes et des vols commis dans leur juridiction, mesure in- (Hipeasable pomr contenir une population habituée aux coups de mala. Un tiers de la population, vit de petit commerce ; les pu négodants ont des maisons au dehors. Les affaires les plus importantes se font avec Trieste ; mais jusqu*à présent les cspitamc sont rares , et il ne s^est point encore ouvert de nourfiilei voies. Une banque nationale a été fondée en 1841 ; la mer, U fertilité du sol^ une activité extrême, promettent un bel avenir à eepeople r^énéré.
La renaissance des études avait devancé en Grèce la révolulion. La langue grecque avait cessé d*étre employée dans la littérature; FoscoloetMustoxidi se servirent de Titalien. Il faut dter avee reconnaissance Coray, médecin de Smyme, qui traduisit d'abord Beccaria en grec moderne, puis s'associa avec les frères Zozimos pour composer une Bibliothèque grecque et des dictionnaires. Greco Ducas voulait que l'on fît revivre Tancienae langue : ce serait vouloir ramener les Italiens au latin. Cataisdy prit parti pour Tidiome populaire, et d*heureuses tentatives, tdles que les poésies lyriques de Cbristopoulos, le mirent en faveur. Coray, tenant le milieu entre le purisme des éradits et Tinstinet populaire, voulait purger la langue parlée des locutions étrangères, partout où Ton pouvait y suppléer par des formes anciennes correspondantes : principe arbitraire dont on abusa , comme il arrive toujours. Il en résulta qu*on ne fut ni compris dû vulgaire ni approuvé des érudits; et Rigo se moqua, dans une comédie, du nouveau jargon den doctes. Mais le gouvernement parlementaire donnera i la langue le so^e et la vie, et la question se trouvera décidée par le fait. Quoi de plus beau que le spectacle d'un peuple qui se régé-
360 AFFAIBSS D*ORTERT.
nère ? Mais la liberté ne naît pas sur nn lit de rote. Le géoie de ia discorde ne tarda pas, comme toujours, à diviser les Grées. Les emprunts , résultant de la guerre ou de rétablissement de la monarchie, pèsent lourdement sur le pays; et les puissances , qui s'en sont portées garantes , s'en font un prétexte pour s'immiscer dans le gouvernement. La forme d'abord en fot absolue, et Ton donna au roi enfant un conseil de régence; l'administration fut entièrement dans les mains dra Bavarois. Il en vint d'abord quatre mille avec le roi; d'autres aocourureot pour foire fortune aussi et avoir leur part des grandes charges, grassement 'rétribuées. Armansperg, tuteur d'Otbon, appuyé par les puissances, voulait maintenic l'absolutisme; de sortie que les anciens patriotes, exclus non-seulement du commandement, mais encore de la représentation , dont ils avaient joui pendant l'insurrection, subissaient en frémissant le joug de ces étrangers. Le roi. renvoya Armansperg, et prit en main le gouvernement; mais cette administration imposée et despotique, tout en faisant quelque bien, ne put se réhabiliter aux yeux du pays. Le moment étant venu où les troupes bavaroises devaient quitter la Grèce, les idées qui fermentaient se produisirent au grand jour; et, en dehors de toute influence étrangère, par l'énergie du seotiment national , le roi fut amené à accepter une constitution fondée sur la séparation des pouvoirs , avec les garanties habituelles ( septembre 1S44 ). Tout ce qu'elle offre de particulier, c'est l'obligation, pour les rois à venir, de professer la religion nationale.
Ainsi la Grèce recouvrait toutes les libertés qui lui avaient été enlevées , avec les assemblées délibérantes , pour lesquelles et à Taide desquelles elle avait combattu. L'esprit de nationalité y fut même poussé si loin, qu'après avoir déclaré, dans la première assemblée révolutionnaire , que tous ceux qui croient en Jésus-Christ et parlent la langue grecque $ont Grecs , on en vint à exclure plus lard des fonctions publiques tous. ceux qui n'étaient pas nés dans les limites du royaume actuel ( hétéro' efUhones), Coletti , principal auteur de la révolution, et représentant du parti français en face de Mai^pcordato, chef da parti anglais , s'opposa vainement à cet autochtkonwne : c'était
AFFAIBBS D*OBIENT. 381
mie léaetîon non-sealement contre les Bavarois, mais aussi coDtre les riches, et snrtoat contre les Phanariotes, qui, sans avoir pris part à la lutte, étaient accourus à la cuféB >. Les innées de l'Europe reconnurent la nouvelle constitution , à la condition que ce royaume renoncerait à s'étendre; voyant bien que le reste de la Grèce et l'Asie Mineure ont les regards tooroés fers un pays auquel ils seront un jour réunis , bon gré mal gré. Hais, de ce moment, tous ceux qui s'y étaient râ^giéi tombèrent dans la plus triste position , et durent songer à abaDdonner l^ir nouvelle patrie. Les émigrés d'Ipsara s'éloiguèrent; el aussi ceux de la Crète ( Candie ), tle qui ne cesse de s'agiter, au grand contentement de l'Angleterre, qui convoite les belles rades de la Suda et de la Canée.
Les Russes , dès le dernier siècle , s'étant aperçus qu'ils ne poonraieot rien contre la Turquie sans la Valachie , s'attachèrent à fiivoriser les mouvements de ce pays, où ils entrèrent en 1837 comme libérateurs. Le traité d'Andrinople, qui constitua b Moldavie et la Valachie , confirma tout ce qui y avait été fait par les Russes , et soumit ces provinces à un tribut annuel de s millions de piastres envers la Porte. Il fut établi des constitutions distinctes pour ces deux pays , avec approbation de la Russie. Le principe représentatif y domine à ce point que le chef de rÉtat lui-même y est éki par une assemblée formée de cent vingt boyards, des évéques, de trente-six députés des districts , et de vingt-cinq délégués des corporations de la capitale, n partage le pouvoir avec l'assemblée nationale , qui se compose d^on métropolitain président, de trois évéques, de vingt*cinq boyards, de dix-huit députés des districts ; elle n'a point à s'occoper d'affaires politiques , que les deux puissances se sont réserrées. L'abolition de la servitude y a été prononcée , et tout iodividu peut maintenant acheter des terres et devenir noble ; mais il feut du temps pour que le peuple s'y habitue. Le général russe Kisselef , qui fut longtemps président , donna pour prince au pays Démétrius Ghika ; mais ces provinces , travaillées par rintxigue étrangère, sont le théâtre de fréquentes révolutions.
* GokKi est mort en «^lembre 1647.
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On compte dans la Servie douze mille mahométans disséminés au milieu de neuf cent mille chiétiens , peuple pieux , déroué à ses prêtres , et qui espère voir toujours rétablir sa religion; vif dans ses attachements, plein de respect pour les femmes, qui , effrayées de la brutalité des Turcs, excitèrent plus d'une fois le courage des hommes de leur nation. Le soulèvement , qui date des premières années du siècle, eut pour chefii George le Koir, puis enfin Milosch , que la Porte reconnut pour prince iadépeadant en 1833, en se r^rvant la citadelle de Belgrade. Le premier pas vers la vie civile fut de rendre aux prêtres les registres de l'état civil ; car avant il n'était pris acte ni des naissances, ni des mariages, ni des décès, Milosch établit des fabriques, des ponts, des hôpitaux, des quarantaines, des postes, un lycée, une imprimerie, des écoles pour la langue nationale, des prisons pénitentiaires : peut-être même niareha-t-il dans cette voie avec trop de rapidité. Mais sa férocité fit éclater une révolution (1840), qui lui substitua son fils Michel , repoussa Tinfluence russe et les employés étrangers , croyant par là donner satisfaction à la nationalité. Aujourd'hui le pays profite des franchises qu'il a acquises ; et il y a déjà à Belgrade des journaux , une académie , et un code y a été promulgué ( 1844 ).
La prépondérance russe va se fortifiant toujours en Moldavie. Prenant pour prétexte la fermentation produite par les événements de 1848, le czar a fiiit pénétrer dans les principautés une armée d'occupation, déclarant qu'elle n'en sortirait qu'alors que la tranquillité serait tout à fiiit rétablie. Quoi qu'il en soit, voilà des tribunes de politique libérale et d'émancipation chrétienne élevées aux portes de la Turquie.
Les anciens oppresseurs des Grecs et des Slaves ont suivi une autre voie. Ceux même qui exhaltent Mahmoud comme réformateur peuvent-ils approuver le temps qu'il clioisit et la manière dont il s'y prit, faisant consister avant tout sa réfoimeà remplir le sérail de femmes grecques , et à s'enivrer tous les jours ? D'une volonté ferme, faible d'esprit, point guerrier comme doivent l'être les réformateurs , il dénatura son empire. Il établit des imprimeries , des papeteries , une gazette; détruisit sans songer au lendemain ; et il arriva qu'après avoir mis basFancieo
APFAIBBS D*OBIKIfT. 383
éfifiee , il n'élera rien pour le remplacer. Il ccmtinaa ses réfbnnesaprà la paix d'AndrinopIe ; il institua de nouyelles miliees régulières et une décoration; il renonça à l'isolement séculaire de la Turquie , il envoya des ambassadeurs près des poisanees étrangères; il voulut qu^on vénérât son eiBgie, comme celles des autres rots de TEurope; il fit construire des baleiox à Tapeur, prit des mesures de précaution contre la peste, liistitoa des commissions pour le commerce, Findustrie, pour la révision du code. On vit à Péra un théâtre et un cabinet de leeUire. Mahmoud s*occupa même des belles-lettres; mais plus il crut faire pour elles, et plus elles déclinèrent, car la ma- Bière européenne s'y introduisit comme dans tout le reste. Les calligrapbes turcs ont perdu leur habileté vantée , depuis l'introdadion de la presse ; les poètes croient avoir bien mérité de la patrie lorsqu'ils ont composé des chronogrammes , c'est-àdire des sentences énonçant quelques faits historiques, dont ils indiquent la date è l'aide de certains signes alphabétiques. Mir- Alemsade , fils du porte-étendard, est l'auteur d'un millier de strophes historiques non moins exactes quant aux chififres que pMvres de pensées. Au milieu de tant d'écoles, de tant de lettrés, Constantinople n'a pas un nom à citer; les ulémas, hiérarchie seientifique, unique symbole ottoman de Tintelligence, restent cramponna au passé. Il s'imprime des journaux , mais ils ne sont lus que par quelques Francs; les livres ne se répandent pas; à côté d'une histoire de commande, on ignore les investigations historiques, et la liberté qui en est l'essence ; l'almanach impérial ne consiste guère qu'en astrologie , et en distinction des jours propices ou climatériques. On fait apprendre par cœur aux en&nts des sentences qu'ils ne comprennent pas , ce qui paralyse leur intelligence avant tout développement. Dans les colites (madrassahs) de Boukhara, dont l'université , type de toutes les universités musulmanes , peut donner la mesure du haut enseignement de Vislam, on compte annuellement neuf à dix mille étudiants de l'Arabie , de l'Afghanistan, delà Turquie, de l'Afirique, de l'Inde. Chaque collège a un nombre fixe d^étndiants, sous un ou deux professeurs. Chaque étudiant achète de quelque autre, en arrivant, la place qu'il occupait dans le ma-
384 AFFAIRES d'OBIBNT.
drassah; et il y peut rester toute sa vie , pourvu qu'il ne se marie pas. Ils se préparent aux leçons des maîtres par la lecture, et des discussions sous les portiques. Les ouvrages classiques sont au nombre de cent trente-sept : le professeur £iit lire d*abord par un bachelier quelques sentences sur le thème proposé; il invite les élèves à discuter entre eux les opinions qu*ils oat émises; puis il critique , corrige , et finit par donner sa propre décision. Les sciences enseignées sont le droit et la théologie, la langue et la littérature arabes; la sagesse, c*est-à-dire la logique, réthique, et la métaphysique; mais tout se réduit atu éléments et à des définitions. Voilà cependant Tunique source de la théologie musulmane actuelle, de la littérature et de la philosophie. Les Persans ont seuls, comme schyytes, leur université particulière. Ainsi tout se borne à des questions de théologie casuiste , qui , préjudiciables au sens commun , ne sont bonnes qu*à faire des sophistes, des fanatiques, des esprits stationnaires. Les gens d'étude ne sortent pas des classiques, non pour y puiser des idées nouvelles, qiais pour les surcharger de notes , d'appendices , de scolies et de commentaires.
Ainsi les réformes ne devaient avoir pour résultat en Turquie que défaire perdre aux musulmans leurs qualités originales, sans leur en donner d'autres. On parlait aux femmes d'émancipation, mais les harems ne s'ouvraient pas, et ce qu'on leur concéda de liberté n'était propre qu'à amener du scandale et à augmenter la corruption. Les musulmans ne pouvaient donc voir dans Mahmoud qu'un renégat; et les cadavres flottant sur le Bosphore révélaient à la fois et le mécontentement et le châtiment. Un derviche , vénéré comme saint , alla un jour apostropher le sultan en ces termes : Infidèle, rCes-tu pas rassasié (f abominations? Tu rendras compte devant Allah dt ton impiété, TU détruis les institutions de nos pères, to ruines Fislam , tu attires la vengeance du prophète sur toi et sur nous. Dieu me commande de te déclarer la vérité, d il ni'a promis la couronne du martyre. Il ne manqua pas de l'obtenir en effet, et Ton vit son cadavre entouré d'une lumière éthérée.
Sur la fin de sa vie , Mahmoud proclama la tolérance envers
AFFAIBBS d'orient. 385
ks ebrétiens , autorisant l'archevêque Maxime Mazlum à gou* verner les catlSoliques des provinces d'Antioche , d'Alexandrie et de Jérusalem, et à exercer librement les fonctions spirituelles. Il défendit à tout musulman de dire aux catholiques : Pour» quoiiisez-vous les saintes Écritures? Pourquoi aliumez'vous des cierges f Pourquoi avez-vous des chaires, des images? Pourquoi brûlez-vous de C encens, exposez-vous des croix? Il interdit aux chrétiens toutefois de pratiquer en public. 11 pmnit de les entendre comme témoins, et lit défense de les eoQtratndre sous aucun prétexte à se faire musulmans; Tarehevéque fut autorisé à porter son costume distinctif, ainsi que la croix ; à avoir des mulets et des chevaux , et chacun fut tenu de respecter ses décisions en fait de religion et de discipline.
Mahmoud laissa amsi un royaume a^aibli à son Gis Abdul- Medjid, qui lui succéda bien jeune (1^' juillet 1839), et se trouva environné de dangers extérieurs. Le hatti-schérif > de Gulhané (3 novembre), qu'il publia aussitôt, fut pris pour une coQstitution par ceux qui croient possible de régénérer un peuple avec une charte. Cet acte réformait le vieux système d'administration, en garantissant à tous sujets la vie, les biens et rbonneur; promettait de répartir et de percevoir régulièrement ks impôts , et de procéder de même pour la levée des soldats; il ordonnait en outre la publicité des jugements rendus selon la loi divine avec sentence régulière, et défendait de faire mourir personne en secret. Il voulait que les biens fussent possédés paisiblement et transmis aux héritiers, même ceux des condamnés. Ces dispositions étaient applicables à tous les sujets de Tempire, sans distinction de religion. Enfin le jeune sultan promettait des codes et des lois sur toutes les matières. £n y regardant bien, peut-être trouvera-t-on que ce fut là un acte imprudent, car il diminua Tautorité des magistrats, sans accroître
< Le feiwa est nne décision religtease on juridique, émanée du mufti, ou do ministre de la loi; le firman est une décision politique ou administrative, émanée do divan suprême. le hatiischér\f on kattitckérifeU un acte de la volonté personni-Ue du souverain, signé le {tlus souvent de sa main. ( An. R. ) .
S86 AFFÀIBES D ORIENT.
la sécurité des sujets. Il confessa qu*il existait de graves désordres avec la volonté d*y remédier, mais en même temps avec l'impuissance d*y réussir. Il enleva aux Turcs les privilèges de la conquête, sans leur réconcilier pour cela les raîas. C'est une œuvre qui ne peut s'accomplir que bien lentement, et seulement peut-être par la ruine de Fun des deux peuples.
Cep^dant les regards des croyants se tournaient d^un autre côté, et ils voyaient dans Méhémet'Ali , vice-roi d*]tgypte, le restaurateur futur de l'islam. Nous avons déjà parlé de ses progrès, et dit comment il avait songé à relever l'Egypte. Ce fut en despote aussi , sans s'adresser aux éléments nationaux, mais à la civilisation européenne. Il lui fallait, pour y parvenir, n*avoir à redouter ni la violence au dehors, ni la désobéissance au dedans ; mais, en vrai Turc, il ne connaissait d'autre moyen que la force, et pour se la procurer, l'argent.
L'Egypte, cette grande vallée africaine dont le Nil a fait le plus fertile de tous les pays, est placée dans de telles conditions naturelles , que la propriété y a toujours été réglée par des systèmes particuliers. Quand PArabe Amrou conquit l'Egypte, peu de temps après la venue de IMahomet, les droits précédemment établis y ilireut maintenus , et les premières transmissions de propriété se firent moyennant une rétribution au prince; usage qui continua sous les khalifes et les mamelouks. Sélim r% sultan ottoman, voulant abaisser les hautes classes, décréta que les terres déjà concédées par les princes appartiendraient au souverain : en conséquence, les propriétaires ( motr/tezim ) ne furent plus que des usufruitiers, a la mort desquels les terres faisaient retour an fisc ; mais les héritiers les rachetaient d'ordinaire à un prix fixé arbitrairement. L'usufruitier ne pouvait vendre son domaine , s'il était accablé de dettes ; le fonds retournait au fisc, qui en investissait un autre. Soliman H, en confirmant toutes ces dispositions, confia l'administration des terres à un deflerdar, lequel en tint registre, sous l'inspection d'un pacha siégeant au Caire, qui donnait un firman provisoire au nouvel investi pour les propriétés du fisc, institutions conformes à la nature du pays , et qui se maintinrent par ce motif. Les terres qui appartiennent au gouvernement sont cultivées
AFFAIfiES D*OBIENT. 387
par des fellahs , auxquels il fournit les instruments et le bétail, en les payant à la journée ; ce sont les terres les mieux cultivées, grâce à la TÎgilance du maimour de chaque canton, qui en prescrit le mode de culture. Après la récolte , ce qui n*est pas destiné à la consommation est livré au gouvernement à des prix fixes, et transporté par les fellahs dans les magasins établis pour chaque canton. On laisse le cultivateur disposer des céréales moyennant une rente. Les villages avaient beaucoup de terres provenant de fellahs morts sans héritiers, et de ceux qui, inhabiles à les cultiver, les cédaient pour de Targent. D'autres étaient affectées à des établissements publics et à des mosquées. Lm terres dont Tadministration était confiée de temps imméniorial aux Cophtes ne changèrent point de régime , parce que toQt changement aurait préjudicié à leur intérêt et à leur réputation. Les Cophtes remplissaient aussi les fonctions de géomètres et de notaires ; mats , sur la fin du règne des mamelouks , leurs «oies furent fermées, et il fut défendu d'enseigner leur langue. Quand Bonaparte parut en Egypte, les biçns des émigré furent confisqués , mais il respecta ceux des habitants inoffensifs ; les impôts vexatoires furent abolis, et les biens passèrent aux héritiers, moyennant un droit d'enregistrement.
Sous Mébémet-Ali, à mesure que les mamelouks s'éteignaient, leurs propriétés passaient dans les mains du pacha, qui accorda des pensions aux moultezims survivants. Plus tard il fit rentrer au fisc les propriétés des mosquées et des éta- Uissem^ts publics ; il n'eut besoin pour cela que de les contraindre à produire les documents authentiques qui prouvaient la propriété. 11 renouvela ainsi l'opération de l'Hébreu Joseph ', K faisant l'unique propriétaire du sol , et ne laissi.nt posséder à titre particulier que les maisons. Cependant il concéda à de^ particuliers certaines terres en friche, à la charge de les mettre
' Joceph , diaprés la traditîoo biblique, avait conseillé au pharaon de prélever à son profit le cinquième du produit des terres pendant ^ années d^abondance : quand les temps de disette furent arrivés, les cQltîTateurs abandonnèrent le sol au roi pour obtenir du blé.
( Am. R. )
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en culture , avec exemption dlmpôts pour un temps déterminé : et moyennaut redevance. Il substitua à Tancien mode la grande culture, plus convenable pour les inondations ; il multiplia les canaux, appela des agriculteurs et des jardiniers d*£urope. La garance, le coton, Fmdigo, Topium, le riz , le maïs, le froment, les mûriers , les meilleurs fruits, prospérèrent sur ce sol si fertile , et les manufactures s*y multiplièrent.
Mais le peuple y gagna- Ml quelque cbose? non : ce fîit un monopole tout au profit du vic«-roi, qui revendit au feibh toutes les choses nécessaires à la vie, et au prix qu*il voulut. En même temps il répandait Tinstruction , fondait des écoles et des académies, mais dirigées toujours par des Francs, et dans le seul but de former son armée. Les soldats albanais, qui avaient été les instruments de son élévation , devenant indociles à la discipline , furent ramenés à Tobéissance par les procédés habituels ,* et le colonel français Sève forma ses troupes aux manœuvres européennes. 11 porta ses troupes de ligne à cent trente mille hommes; et en y joignant les Bédouins irréguliers, les ouvriers des ports, la milice ^ les élèves des écoles militaires, il en eut jusqu*à deux cent soixante mille. Marseille et Livoume fournirent à Méhéroet-Ali les premiers bâtiments dont il se servit contre la Grèce. Lorsque Ibrahim eut évacué la Morée, son père Taccueillit après sa défaite avec une résignation toute musulmane, et le traita presque en triomphateur; puis, s*appliquant à réparer ses pertes, il forma, avec Taide d^ofGciers francs , une cavalerie , une flotte et un corps d'artillerie. Sur le promontoire d'Alexandrie , qui était encore désert en 1D28, on vit s'élever dès 1834 un arsenal vaste et bien organisé, d'où sortirent dix vaisseaux de ligne de cent canons, et force bâtiments d'un raug inférieur, quoique le pays ne fournît ni fer, ni bois, ni cuivre, ni ouvriers, ni officiers enûn pour diriger cette armée navale.
Aujourd'hui l'Egypte possède tous les établissements dfs pays civilisés , jusqu'aux télégraphes : grand argument contre ceux qui mesurent la civilisation sur les chiffres de la statistique et sur les institutions gouvernementales. Méhémet-Ali ne s'est servi des ressources de l'Europe que pour organiser le despo-
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tisme asiatique; et Ton ne saurait trouver une pire condamnation de la civilisation musulmane, que Tessai tenté par Malimood et par Méhémet : tout y est matériel , fictif, superficiel, iofractaeux. Liberté de pensée, dignité, légalité, humanité égale répartitioQ, tout ce qui, en un mot, est la gloire ou Tespérauce des pays chrétiens, est ignoré en Egypte comme en Turquie : le peuple, pareil aux bétes de somme achetées pour le service, ne travaille que pour un seul ; la conscription y est une chasse d'hommes ; Tadministration , une hiérarchie d*oppressions ; le bâton y est la loi et le châtiment universel , quand il n'y va pas delà tête. Les habitants sont entre eux solidaires de l'impôt : si le paresseux ne paye pas, le vice-roi tombe sur le sujet laborieux; il s*en prend à la bourgade entière, afin que son fisc ne le trouve pas en déficit. Ajoutez à cela qu*il paye annuellement 3 millions de pensions à des femmes sorties de sop harem , mariées à des personnages du premier rang , aux grands dignitaires de rÉtat.
Cest ainsi que les revenus du trésor se sont élevés en Egypte jusqu'au sextuple ; mais la population y a diminué d'un tiers , et œ qui reste y est misérable, ignorant, sans jouissances, comme nos pensées et sans dignité. Il y a là des fabriques d'armes , et point dliopitaux ; des écoles de génie , et point d*écoles pour apprendre à lire; des palais éclairés au gaz, et point de réverbères dans les rues. Les premiers venus que Ton peut saisir sont enrôlés de force pour creuser un canal ou élever un fort, pour y travailler des mois entiers sans salaire, quelquefois même sans nourriture. Là où le peuple ne meurt pas, il s'enfuit; et le pacha d'Acre ayant refusé de rendre six mille fellahs qui s'étaient réfugiés chez lui , il en résulta une guerre qui faillit envelopper l'Europe entière.
La Syrie se trouve liée à l'Egypte par son origine, sa langue , son histoire ; de telle façon que qui possède l'une doit aussi posséder fautre. Méhémet comprit de bonne heure le parti qu'il tirerait de ce pays, pourvu des ports et des forêts dont le sien manque, et qui lui ouvrirait une route vers la Turquie. Il eommen(^a par s'assurer l'amitié d'Abdallah , ^ .«re, et do
Ternir Beschir, souverain du Liban , en leur obleu^ t le pardon
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de la Porte pour leur rébellion. Mais Abdallah ne se prêtant pas à ce qu^on exportât du Liban des bois pour la flotte égyptienne, favorisant en outre la contrebande et accueillant les fugitifs égyptiens, Méhémet envahit la Syrie. Le choléra, qui moissonoa des centaines de mille hommes dans TArabie et TÉgypte, désorganisa Tarmée et retarda l'expédition; mais elle fut reprise : Ibrahim attaqua Saint-Jean d*Acre et 8*en empara (27 mai 1832), malgré cette réputation d*inexpugnable qu'elle avait acquise depuis que Bonaparte échoua devant ses murs.
Une telle victoire ouvrit les yeux au Grand Seigneur, qui arma aussitôt pour réduire un vassal devenu si menaçant. Ainsi, deux armées turques , disciplinées à Teuropéenne, se trouvèrent en présence. Vainqueurs à Konieh , les Égyptiens se trouvaient libres de marcher sur Constantinople, où Thorreur des réformes de Mahmoud faisait désirer Méhémet , comme le représentant de Torthodoxie musulmane. Mais alors une flotte russe parut dans le Bosphore pour prendre en main la cause du Grand Seigneur, qui, pressé en outre par les Français et les Autrichiens, finit par conclure la paix de Koutayeh ( 14 mai 1633), pariaquelle il accorda le pachalik de Syrie au vice-roi d*Égypte , qui Be reconnut vassal de la Porte.
C'était consacrer Tagrandissement de TÉgypte au détriment de la Turquie : toutes deux s'épiaient d'un œil soupçonneux et avide, la main sur le cimeterre. Les deux pays eurent à subir de nouveaux sacriûces , et plus encore la Syrie , déchirée des deux côtés à la fois. Méhémet ne se voyant d'autre garantie, pour la conservation de ses États, que la diplomatie européenne, sentit plus que jamais le besoin d'une grosse armée. Il en usa pour épuiser la Syrie , où il déploya une rigueur pire que celle des Turcs, et Gt naître une collision entre les Druses et les Maronites , afin de dominer les uns et les autres. Au lieu d'exciter l'enthousiasme musulman, il n'employa que des hordes armées, composées de chrétiens, d'Albanais, de Turcs. Son vaste monopole parut d'autant plus lourd que le commerce était toujours demeuré libre dans l'empire ottoman. La Syrie, frémissante sous un pareil joug, finit par s'insurger; et les hostilités durèrent jusqu'à la fin de 1839, avec une horrible destruction
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d'hommes, et au grand contentement de la Porte, qui voyait ses emiemis s*af£aiblir réciproquement. L'Égyptien devenait* iJ menaçant? la Porte se tournait alors vers la Russie, qui finit par lui arraeher le traité d'Unkiar-Sckelessi, très-dommageable pour l'intérêt turc. S*efiFrayant bientôt des pas que cette alliée Êûsait vers elle, la Porte la conjura de s'arrêter; puis, croyant le moment Tenu de reprendre les armes contre son vassal rebelle, elle prononça la déchéance de Méhémet-Ali. La défaite de Mézib anéantit presque Tarmée impériale, tandis que le capitan-pacha, en haine du grand vizir, faisant voile vers Alexandrie, allait livrer la flotte turque au pacha(juillet 1839).
Ce fut pendant cette guerre que Mahmoud mourut ; et le jeune Abdul-Medjid se vit près d'être détrôné par le vice-roi d'Egypte , dont la dynastie nouvelle semblait faite pour régénérer rÉtat turc , en y versant Télément arabe. Si les musulman* s'accommodaient de ce changement , laRussie s'inquiétait de voir la conquête de Constantinople reculée indéfiniment pour elle; l'Angleterre, de voir surgir un nouveau concanrent à ses possessions d'Asie ; les libéraux^ de voir grandir un nouveau représentant du principe despotique; Metternioh, de ee qu^une occasion s'offrait à la Russie d'intervenir comme protectrice. L'Autriche déclara donc qu'elle entendait qu'on ne détachât de l'empire ottoman que le moins possible, et qu'elle serait pour quiconque fonderait un empire fort , grec ou turc. Hais, pour en finir avec ces rivalités jalouses, on s'arrêta à l'idée de conserver la Porte faible avec des vassaux puissants, et de restreindre Méhémet-Ali à l'Egypte , dût-on employer la force an besoin. C'est dans ce but qu'une alliance fut signée à Londres ( 16 juillet 1S40 ) entre les grandes puissances, à l'exclusion de la France. Déjà en dissentiment avec elles pour les affaires de la Grèce, de l'Espagne et du Portugal, la France, au moment où elle balançait entre l'Angleterre et la Russie , se trouva insultée par les rois et isolée des peuples, elle qui était la terreur des première et l'espoir des seconds.
Cétait la première question grave qui se fût élevée entre les princes depuis 1815, et tout le monde crut que l'Europe allait être en feu. La Russie visait à Consuntinople , l'Angleterre à
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Alexandrie : malheur donc si elles se mettaient d'accord ! Il est établi par les documents officiels, que rAutriche et la Prusse, pour troubler la bonne intelligence de TAngleterre et de la France , firent cet outrage à la dernière, compromettant ainsi la paix et leurs propres intérêts. Les whigs anglais, qui pendant on demi-siècle avaient proclamé Talliance avec la France , se mirent à la renier, pour la traiter en rivale. Les révolutionnaires crurent le moment venu de donner une meilleure solution aux af&ires de Tltalie, de la Pologne , de la Belgique, et de la Grèce. Les esprits sages accusaient les cabinets d^avoir lancé rétincelle sur la mine, et croyaient la France en état de se présenter dignement en lice pour une si bonne cause, sans avoir besoin de réveiller les passions révolutionnaires.
Mais pensant qulbrahim s'attendait à des secours de la France , qui était plus forte dans la Méditerranée i|ue FAngleterre, et qu*il venait de s*engager.au delà du Taurus (29 octobre), un ministère d'action était remplacé à Paris par un minis tère de réflexion ; et la paix de FKurope, compromise par les cabinets , fut rétablie par deux faits inattendus , Tinaction de la France et la faiblesse du vice-roi. Après avoir sommé le pacha d'abandonner la Syrie, les puissances Tattaquèrent par les armes et par les révoltes. Elles prirent Beyrouth de vive force; et la flotte anglaise , se présentant devant Alexandrie , donna vingt-quatre heures à Méhémet pour accepter Vultîmafum, c'est-à-dii^e se contenter de TÉgypte. Le pacha, qui dominait du ^il au Taurus, se résigna à recevoir son pardon et le gouvernement héréditaire de rÉgypte; à payer 10 millions de tribat; à ne pas garder plus de dix-huit mille hommes sous les armes; à renoncer à son drapeau, à ne nommer que jusqu'au grade de colonel; à ne point construire de vaisseaux de guerre sans permission expresse : restrictions ridicules, quand le vaincu peat, dès qu'il le voudra, battre le vainqueur ; mais derrière ces deux fantômes il y avait deux puissances réelles, l'Angleterre et k Russie.
Le !3 juillet 1841 , les ministres d'Angleterre, de Russie, de Prusse, d'Autriche et de Turquie, déclarèrent que les Dardanelles resteraient en temps de paix fermées à tout bâtiment de
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guerre étranger; et que les motifs de leur alliance ayant cessé, ih déclaraient nul le traité du mois de juillet précédent. La France reprit sa place dans Taréopage européen , mais avec un affront, et après s*étre bien convaincue qu*elle restait isolée , et que le concert de ses ennemis pourrait toujours faire échec à ses projets.
Hébénaet-Ali , rejeté de ces provinces qu*il croyait si bien à lut, continua de civiliser tyranniquement TÉgypte , et tourna ses regards vers TArabie, impatient d'y fonder un empire qui le dédomnoageât de ce qu'il avait perdu dans TAsie Mineure. Mais si Mébémet-Ali fut écrasé, le Levant ne fut pas paciGé pour ce'a , ni Fempire rajeuni ; et les provinces abandonnées par le vice roi ne retournèrent pas à la Porte , mais à Fanarcbie. Il y eut partout des soulèvements : la Thessalie et la Macédoine rédamèrent les droits des Grecs ; la Bulgarie se souleva contre des exactions violentes, et les Amantes envoyés pour les réduire y portèrent le carnage. Candie et la Syrie furent tout en feu , et les puissances se virent obligées d*employer la force pour abattre la croix, qui osait se dresser sur rida et sur le Liban. l^ Porte D*y put rétablir sa domination qu*en entretenant la ciscorde entre les peuples du Liban ; et la lutte intestine , les irassacres réciproques deces races chrétiennes, seraient pour les paissances deFEurope un spectacle lamentable, si la politique avait des entrailles.
IjCs Maronites et les Druses sont les principaux peuples de la Sjrie : les premiers habitent les vallées du centre, et les chaînes les plus élevées du Liban, depuis le voisinage de Beyrout jusqu'à Tripoli ; les Druses occupent le Liban méridional , sur le revers de TAoti-Liban et du Gobelsceik. Les Maronites n*ont de loi qiie b coutume ; leurs villages sont indépendants les uns des autres , les matières religieuses exceptées. Le peuple vit d'agri • culture; les propriétés sont Gxes et respectées. Laborieux, Itospitalters , ils sont restés fidèles à FÉglise romaine, qui s*est montrée envers eux très-conciliante, leur accordant le mariage des prêtres, la liturgie en langue vulgaire, la communion sous les deux espèces. Le patriarche est nommé par le clergé, il est confirmé par le iégat pontifical qui réside dans le couvent d'As-
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toura^ leurs évéques, nombreux et respectés, demeurent dans les monastères. On compte dans le pays beaucoup de moines, soumis à une règle très-rigoureuse ; et comme ils ont de Tiostruction , ils servent de secrétaires à des Turcs même et à des Druses. Attachés à Rome , ils ont en aversion les Grecs schismatiques. Le besoin d'opposer Tastuce au despotisme explique leur fourberie, comme la franchise des musulmans vient de ce qu'ils sont les maîtres depuis des siècles. Les Druses sont une tribu arabe qui s*est réfugiée dans ces nrontagnes à Tépoque du grand schisme musulman ; plus guerriers et moins nombraax que les Maronites , ils cultivent le mûrier pt la vigne , le coton, les grains. L*émlr, qui réunit Fautorité civile et militaire, reçoit Tinvestiture du pacha turc, et perçoit le tribut que la Porte s'adjuge sur les vignobles, les mûriers, le coton et les grains; en cas de guerre, c'est lui qui fait appel à toute la po* pulation. Les Druses passent pour un peuple très-hardi, et extrêmement jaloux de l'honneur. Ils n'ont qu'une seule femme, dont l'infidélité est punie de mort par ses propres parents : le mari, dans ce cas, la leur renvoie avec le poignard qu'il a reçu d'eux le jour des noces ; le père et les frères lui coupent la tête, et font passer au mari une mèche ensanglantée de ses cheveui.
Hospitaliers, mais pleins d'orgueil, ils ont en horreur lescao' dale; peu leur importe la faute qui n'a pas eu de témoins, lli ont greffé, sur un fond d'islamisme , des pratiques idolâtres il toutes sortes de superstitions empruntées aux croyances des différents peuples parmi lesquels ils vivent. Chez eux, pointai prières, poiut déjeunes ni de circoncision , comme chez les mu*, sulmaus; ni interdictions, ni fêtes. Ceux qui en sont jugés cat* pables passent au rang A^akkal, c'est-à-dire dMnitiés, tandis que les ignorants restent diael. Les akkals de premier d^rési distinguent par des turbans blancs, symbole de pureté; ils fuient tout contact avec les étrangers, et se réunissent secrètenieot dans certains oratoires élevés ( kalné ), fermés aux profane Ils paraissent adorer le veau, et ont une grande foi dans lei amulettes : du reste, toujours prompts à se faire chrétiens m musulmans, mais en demeurant Druses au fond.
Après avoir vaincu Fakreddin (en 1600), les pachas turcs
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fendml les lottes de la Grèce , se laissèrent séduire , en 18)8 , par des promesses étrangères ; mais iks se trouvèrent abandonnés à la paix. Les beys chrétiens indigènes furent détruits ai 1830, ce qui permit aux rajas de respirer. Comme le pacba #Égyple les poussait à la révolte, ppur Caire une diversion, les Turcs firent sauter tons les forts^ et ils introduisirent dans le pays ee gouvernement bâtard, appelé réforme à Constantinople. En 1835, ils se soulevèrent en arborant la croix; et, comme les astres insuigés de ces eontrées, ils réclamèrent la fraternité rdigieusedes Grecs, et leur réunion à cet État naissant; mais la diplematie s*y opposa. Aujourd'hui les Albanais du nord ont une tendance vers llUyrie, tandis que ceux du sud se mêlait aux Grecs : tous repoussent le joug qu'ils ont porté tant de sièdes en frémissant.
Les Bulgares sont aussi à la veille de se relever, maintenant que le Danube et la mer Noire deviennent un moyen d'agir sur TAsie. Cette race, moins connue que les Turcs, ses maîtres, parce que peu de gens portent leur attention sur les vaincus, et parée que la crainte de la peste Tisole du monde civilisé, comme les antres sujets de la Turquie , ne dépend que nominalement du synode de Constantinople , et chaque évéque y agit de son chef; et son influence sociale ne peut qu'en souffrir. £n 1812^ après la guerre avec la Russie, les Bulgares furent replacés avee la Servie sous le joug ottoman. Eu 1821, les heiduques bulgares, s*éveillant au bruit de la révolution grecque, coururent aux armes ; Botzaris était un des leurs : mais ils ne voulurent paseorobattre avee les Russes en 1828, comprenant qu*ils ne fmâent que changer de maîtres. Ils formèrent depuis une associatioD libérale à Tomow ; mais ils furent découverts, et massacrés. De nouvelles associations s'organisent, et le frémissement de Findépendanee s'y propage, sans rien qui puisse Tarrréter.
Toute la Bulgarie fut émue, en 1840, d'une prophétie qui lui promettait l'affranchissement. En 1841, la violence exercée sur unejemie fille souleva les Balkans; une guerre de dévosutkNi s'ensuivit, et la Porte répandit son or pour corrompre les lâches ; beaucoup cherchèrent un refuge dans les moulagues on en Macédoine, parmi les Klephtes grecs. Aujourdhui les
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Bulgares, qai forment une population de quatre milttoDS d demi, se ressentent fortement de l'influence de la (kèee; Hs sont poussés aussi par les Russes , qui voudraient prendre pied dans leur beau pays.
Au commencement de ce siècle, le Monténégro sentit le souffle révolutionnaire pénétrer au fond de ses vallées; le grand vladika Pierre, qui lutta contre Napoléon , et mourut octogénaire en 1840, fit de longs efforts pour constituer son pays. Pierre II, qui lui succéda dans la série des prêtres héros, fit des réformes dans le même esprit ; et , s*étant rendu iodépeodmit de TAutriche et de la Russie, il assouplit les mceois de ee peuple et le fit renoncer aux vengeances héréditaires, rem* plaçant les vengeances par des procès. Il réussit à établir l'impât. L'Autriche s*étant refusée à faire atu Monténégrins de légitimes concessions, ils sont devenus ses ennemis, et ib inquiètent Cattaro, dont TAutriche, de peur de nuire à Tiieste, B*a pas voulu développer la prospérité.
Parmi les populations slaves soumises à la Turquie , les Bosniens seuls sont catholiques, comme les Croates, aux moaveméats desquels ils s'assodent Llmpulsion, partie d'Agrane, arrive à eux par les rapports de race et de religion; et ils ne sont jamais sourds à ces appels. Le pays qu'ils habitent est bouleversé comme par la lave d*un volcan en éruption, et Too prétmidrait en vain déterminer comment ils se trouvent ainsi jetés, et encore moins ce quMIs deviendront Pour que des mil- Hons de chrétiens continuent à obéir, aux portes de TEurope et avec l'exemple de la Grèce, h une bande armée et à un gouve^ nement inepte et avili , il faut la protection des cabinets européens; or le Turc compromet cette protection par ses propres imprudences, qui font éclater à chaque instant de nouvdiff insurrections. Les deux partis ennemis sont donc continuellement aux prises. I^s populations gréco-slaves soupirent après le drapeau qui .flotte sur le Pirée, et qui peutiétre est destiné à réunir tout le Levant européen. Mais que de difflcultés dans cette entreprise-là, où des conquêtes séculaires ont tellement mêlé les populations!
Le vieil Orient est devenu le point de mire de la diplomatie;
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plnsieura fois il a été au moment de mettre aux prises les puisances européennes : ce sont elles qui dictent au divan ses dédsioiis, qui décident Pélévation ou la chute des ministres de Sa Haotesse. La Russie a la griffe toujours allongée sur cette proie qni lui est désignée ; l'Angleterre cherche à s'établir sur Tisthme de Suez, et à acquérir une espèce de patronage sur les pachas et les émirs de Syrie, afin que Toccupation de Constantinople par la Russie ne soit pas toute au profit de cette puissauce. Elle a même installé un évéque anglican h Jérusalem , comme poui babituer les Orientaux à la considérer comme leur protectrice. La France, qui ne voudrait pas rester déshéritée dans ce partage, concentre ses forces dans la Méditen*anée. L'Autriche a les yeux fixés sur les bouches du Danube , dont elle convoite aussi les sources. Il y en a enfin qui, dans ledéchirement de Tempireture, entrevoient la possibilité d'un remaniement européen qoi remplacerait la division arbitraire des territoires , par la démarcation naturelle des nationalités.