EMPIRE BRITANNIQUE
et de nombreux capitaux se trouvèrent compromis. Ces |»opriétaires Grent mettre , comme remède, de lourdes taxes sur les grains étrangers, c'est-à-dire, décréter la famine; Té^ilibre n'existant plus entre les besoins des consommateurs et les exigences des producteurs, ce fut le peuple qui en soufirit. Ces maux intérieurs, que la guerre avait assoupis, venant à se réveiller. Te parti qui demandait la réforme du parlement, en admettant au vote tout travailleur et tout producteur, gagoa du terrain ; les radicaux Grent entendre tout haut que ceux qui n'avaient pas le droit au scrutin ne devaient pas être soumis à l'impôt.
Déj^ la société des Spencéens conspirait dans un but de nivellement (1817); chaque ville, chaque village ouvrait uo club de Uampden , dont le mot d'ordre était : f^eiUe, et sois prêt! Le projet des conjurés était de s'emparer de la Tour, de faire sauter les ponts de la ville, d'incendier les casernes^ et d'arriver ainsi h la réforme radicale du parlement. U fallut, |X)ur les atteindre, suspendre i'y^a6ea5cor/7tf«, c'est-à-dire proclamer la loi martiale.
Un peu plus tard (aoilt 1819) , ce n'étaient plus des conjurations, c'était la faim qui armait les prolétaires à Birmingham et à Manchester, au cri : le suffrage vniversei, la réforme^ ou la mort! Les assemblées, échauffées par Hunt et par Wolselej. se mirent partout à délibérer. Un corps de cavalerie lancé sur une de ces réunions tua un millier de personnes. Il en résulta une explosion de malédictions contre le ministre Castlereagh; Hunt, délivré, fut porté en triomphe. Mais le gouvernement défendit les armes , les exercices, les écrita incendiaires ; il assujettit au timbre les journaux et les pamphlets politiques; et FEurope s'attendit à voir l'Angleterre bouleversée.
Le 9 janvier 1820 mourut ce vieux roi, qui, fou par intervalles, toujours faible d'esprit, avait prouvé le mérite des lus* titutions représentatives (puisque le pays avait pu soutenir sous son règne la lutte la plus terrible et devenir la première nation du monde) ; le prince régent lui succéda sous le nom de George IV. Ce prince, qui déjà s'était fait connaître par le scandale de ses mœurs, apprêta im ignoble spectacle à ses sujets dans
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Je procès qu*il intenta à la princesse de Galles, sa femme. Carolioe avait affiché ses amours en Europe et en Asie. Lorsque 100 époui fut monté sur le tiône , elle demanda que son nom fut inséré dans la liturgie , comme reine. Elle essuya un refus ; on loi proposa 50,000 livres sterling par an , pour renoncer au titre de reine etdemeurer sur le continent, en la menaçant d*un procès si elle venait en Angleterre. Elle y aborda néanmoins, et le roi demanda que le mariage fût dissous, et qu'elle fûtdécla* lée indigne de régner. L'opposition prit fait et cause pour la piiocesse, parce que le roi et Castlereagh Taccusaient; elle m pour défenseurs Canning et Brougham. Ce dernier, membre des communes, s'était fait de son esprit une arme redoutable : tantôt violent, tantôt sarcastique, il excellait à tenir la cbambre en baleine des heures entières. Extrêmement actif, même hors des chambres, il était à la tête de diverses associations : dans les meetings, il maltraitait la foule, il injuriait ses adTcnaires; il haranguait jusqu'à sept fois dans un jour dans des lieux différents, pour vaincre Tor par la parole.
L*appui de ce célèbre avocat vint en aide à la princesse, mais plos encore la &veur populaire. La pruderie anglaise fut outrageusement blessée par Tindécence de certaines révélations. Les jurés n'en déclarèrent pas moins que le délit n'était pas certain ; et le procureur général fut contraint de dire a Caroline : jéUez, et ne péchez plus. Les trois royaumes se livrèrent a des transports de joie» parce qu'une femme coupable restait impunie. Cependant le roi ne voulut pas l'admettre à la eérémonie du couronnement; elle fut repoussée de Westminster,et en mourut de chagrin (7août 182t). Ses funérailles furent une véritable ovation ; et George IV s'écria : f oi/Sdr un des plus beaux jours de ma vie ^l
La mort de cette princesse comme celle de Napoléon, qui arriva presque en même temps, furent attribuées au poison par
* Un autre procès scandaleux avait été intenté, en 1809» au doc d^York , accusé de vendre des places dans Tarinée par Tintermédiaire de miss Clarke, sa roattresse; et, bien qu^absous à nne faible majorité, il tùi contraint de se démettre du commandement en chef.
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la multitude^ on prétendit que le gouvernement avait voulu se délivrer de ses embarras en présence de Forage qui le menaçait. Il est certain qu'alors le parti tory, tout-puissant depuis la chute de Napoléon, dut baisser la tête devant Topinion populaire, que ce dernier débat avait enflammée.
Dans le parlement, on accusait le ministère de marchera la remorque de la Sainte- Alliance, ce qui avait empêché, disait-oo, que, dans les révolutions survenues depuis 1820, la nation se fdt montrée avec la dignité convenable. L'Angleterre, caressée par les rois tant qu'elle avait paru nécessaire pour abattre renoemi communale péril une fois passé, causait de l'ombrage aux cabinets, dont la politique était revenue à l'absolutisme. L'opinion publique voulait qu'on intervint en Espagne en faveur d'une constitution déjà reconnue en 1812 par l'Angleterre; Grey et Brougham reprochaient au ministère de laisser écraser la liberté par une prétendue neutralité : et comme les Anglais , même les moins libéraux , n'admettent guère l'absolutisme des rois, lord Castiereagh soutint au congrès deTroppau et de Laybach que les peuples ont le droit de régler seuls leur organisation intérieure. Mais ce ministre avait perdu sa popularité; et lorsqu'il se donna la mort de sa propre main (9 août 1823 ), le peuple y vit un remords de s'être fait l'instrument de la Sainte-Alliance. Canning son successeur, ennemi de la démocratie , mais propaga ^ leur des idées libérales, s'efforça de rendre à son pays Hnfluence suprême qu'il avait perdue. U prit parti pour les opprimés, afin de diminuer la puissance des oppresseurs, prêt à se rallier à ceux-ei toutes les fols qu'il voyait à y gagner; il louvoya selon les événements, et non selon les principes; il combattit en Europe ceux qu'il soutenait en Amérique , parée que tel était l'intérêt de l'Angleterre. Pitt l'avait fait entrer à vingt-deux ans au parlement (1793), où il attaqua la Révolution française et les idées qu'elle semait en Europe; et il mérita par son habileté, sa facilité, par l'à-propos de ses réminiscences classiques, et aussi par un vif sentiment de la réalité, quelqbefois par la majesté et l'énergie , d'être compté parmi les meillews orateurs. Les principaux actes de son ministère furent la violation de la neutralité danoise, et son alliance avec l'insunectioo
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rspagnole. On l'avait tu sortir du cabinet en J809, par TefTet d'une rupture avec Casdereagb, qui alla jusqu'au duel; et il B'aiait pris aucune part à la reconstruction européenne qui fut iœuvre de ce dernier. Devenu son successeur, il chercha à diminuer la prépondérance des monarchies absolues, à dégager son pays de leur alliance; et il opposa au triumvirat des puissances sa neuircUUé, tout prêt à se tourner du côté des peuples, Si les rois ne renonçaient à leurs projets de surveillance sur r^arope. « A Theure qu'il est, disait-il, une lutte ouverte ou
• sourde est engagée entre l'esprit de la monarchie absolue et
• celui de la pure démocratie. Aucun siècle n'offre une plus
• grande ressemblance que le nôtre avec celui delà Réforme; et « l'exemple d'Elisabeth est là pour conseiller à l'Angleterre de « se mettre à la tête des nations hbres contre le pouvoir arbi-
> traire. Mais Elisabeth était elle-même au nombre de ceux qui « s'étaient insurgés contre l'autorité romaine, tandis que nous,
• nous combattons la monarchie absolue, vaincue depuis long*
• temps dans ce pays. Prêts à porter secours aux opprimés dans
• les deux partis extrêmes, il n'est /pas de notre politique de « nous associer à qui que ce soit. Qu'avons-nous de commun ■ avec les peuples qui se soulèvent pour posséder ce dont nous
> jouissons déjà depuis longtemps ? Nous observons toutes les « phases de ces querelles de la hauteur où nous sommes par-
• venus , non pas avec cet égoïsme cruel qui, selon le poêle, re- « garde tranquillement du rivage ceux que bat la tempête, mais
• avec un désir sincère d^apaiser, d'éclairer, de réconcilier, de
• sauver : toujours en nous offrant comme exemple, et même « en y joignant au besoin nos efforts. Notre position est donc
• la neutralité , non-seulement entre les nations belligérantes , « mais encore entre les principes contradictoires '. »
Indifférence égoïste, en vertu de laquelle Canning laissa envahir l'Espagne , content d'empêcher que la Sainte- Alliance y fignrât comme corps solidaire. L'opposition lui reprocha de laisser triompher sur le continent les maximes de la Sainte- Alliance, pour réagir contre la liberté anglaise et la restreindre.
' Séance du 28 avril 1822.
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Les réfugiés d*Espagne et d'Italie trouvèrent sur le sol britannique protection et secours ; on réclama , on plaignit le sort de leur patrie. Ganning répondait aux reproches : Faut-il, parce que les Français ont occupé V Espagne^ mettre le blocus devant Cadix f Non, jamais ! J'ai cherché une compensation dans un autre hémisphère. Si la France occupe l'Espagne, fe n'ai pas voulu que ce fût avec les Indes ; et j'ai appelé le nouveau monde à C existence^ pour rétablir l'ancien équilibre,
£n effet, TAngleterre grandit avec ce système, qui était d^accord avec les convoitises de son commerce. En Amérique, les nouveaux États, devenus libres, ouvrirent un vaste champ à la spéculation, que les canaux et les chemins de fer élargirent encore plus tard. Dans Tlnde, les Anglais entamèrent, avec les Birmans et les Mahrattes, des hostilités qui devaient aboutir à la conquête du pays tout entier.
Les opérations de bourse en Angleterre passaient toujours aux yeux du public pour une espèce d'usure. En 1802, quand l38 énormes emprunts contractas par le gouvernement vinrent donner à ce Jeu une extension nouvelle , on construisit un vaste palais, où il fut établi des règlements et tout un cérémonial d'admission ; ce fut le centre d'une société politique , toute-puissante dans les affaires de l'Europe, qui ne put entreprendre aucune opération financière sans consulter la bourse de Londres. Le système des emprunts remonte à Guillaume de Nassau, qui Tavait appris en Hollande, et qui emprunta, pour fonder la banque, 1,200,000 livres sterling à huit pour cent, et se trouva avoir contracté, de 1688 à 1702, une dette de 44,100,795 livres sterling. Une des deux compagnies des Indes offrit au gouvernement 2 millions de livres sterling à huit pour cent, à la condition que le capital serait remboursé avant 1711, conditioo qui ne fut pas remplie. Le chancelier Blontaigu imagina en 1096 les billets de Téchiquier, de 20 livres sterling, qui devaient être reçus 4ans le payement de Timpdt, et qui, ne pouvant ensuite être remboursés, furent consolidés à six pour cent. Ce fut l'origine de la dette publique consolidée. Les opérations Gnancières se multiplièrent tellement sous la reine Anne, que la dette s'éleva à 60 millions sterling, tandis que le revenu ne dé-
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pusttt pgs 62 millions. George I*% sous le règne duquel il 8*ëleraà 80 millions» réduisît la dette àS3, grâce aux moyens d*éranooiie qui furent alors pratiqués ; mais, à la paix d*Aix-la- QupeUe, elle était remontée à 76 millions, et, lors de la guerre en Canada, à 160. Plus de 503 millions sterling vinrent s'ajouter à la dette dans les quinze premières années du siècle, si bien qu^ la paix de Paris elles'élevait à 884,622,454 livres sterliog. On profita de l'abondance des capitaux pour convertir le doq pour cent en quatre, puis le quatre en trois et demi ; ce, plus tard en trois. Aujourd'hui le capital consolidé, évalué en fraDcç, s'élève à près de 19 milliards, dont la rente est de plus de642niiliioDS.
La banque étant devenue une annexe du gouvernement, grftce a il communauté d'intérêts, le ministère put, en s'entendant avee elle, étendre ses propres opérations. Elle augmenta ses béuéflces à mesure que la dette s'accrut ; si bien que, depuis sa fondatioo jusqu'en 1790, les actionnaires se partagèrent 51,546,666 li« Très sterling; en 1783, son capital s'élevait à 8,900,000 livres sterling, et en 1816 à 14,955,000. Pendant les guerres de l'em^ pire, le gouvernement emprunta toute la réserve métallique de cet établissement ; son crédit chancela bientôt, et les demandes de remboursement se multiplièrent à tel point, que la banque De se trouva plus en mesure de les satisfaire. Le cabinet alors anoma une grave responsabilité , en autorisant la banque a saspendre ses payements, et à donner cours forcé a ses billets. Le papier remplaça donc tout à fiiit les métaux précieux qui avaient passé sur le continent. La banque , contrainte de faire de nouveaux prêts, fiit forcée d'émettre d'autre papier, ce qui fit hausser le prix de tous les objets. Au retour de la paix, la banque s'appliqua avec prudence à relever la valeur de ses billets d^HTéci^; mais ce ne fut qu'en 1819 qu'elle reprit les paye* oKnts en numéraire et limita l'émission du papier-monnaie. U c(mvoltise a changé de formes en Angleterre , selon les temps. A l'époque guerrière, elle s'emparait, le fer en main, des iHfins des vaincus. Lors de la réforme, elle se substitua am moines oisi/s; elle exploiu ensuite les colonies de l' Amérique, puis elle s'élança sur les Indes. La conquête de l'Asie
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uuefois consommée, elles'y transforma ea nabab ; elle lit le métier de contrebandier pendant la guerre contre Napoléon ; après sa chute, elle spécula sur les actions et sur Tagiotage. Elle s'intéressa, pour des sommes considérables, dans les emprunts des nouvelles républiques d'Amérique, dans ceux de la Grèce et de Naples, dans des exploitations de mines ; deux cent soixaûtetreize compagnies s'étaient constituées pour la pèche , pour la navigation, la culture , pour des fabriques, des constructions, des routes, des pêcheries, des canaux, des distributions de gaz, d*eau , de lait. Quatre milliards ainsi employés obligèrent a émettre du papier en abondance , et il en résulta une aisance apparente ; mais elle était artificielle, et la disette de numéraire ne tarda pas à se faire sentir ; les porteurs de billets demandèrent à les réaliser, et de là la baisse des fonds, la diminution des fermages, la clôture des ateliers, et Tébranlement du crédit. Nous ne dirons pasles expédients mis en œuvre pour conjurer cette panique. Une seule maison paya 1,700,000 livres sterling, et finit pourtant par tomber. La monnaie ne cessa pendant plusieurs semaines de frapper des espèces , avec la rapidité qui résulte des machines. La chute de la maison Goldsmith,qui avait fait les em* prunts pour trois républiques américaines, en amena la dépréciation. On prétend qu*il y eut alors deux mille faillites, c*est-à-dirB plus que dans les trente années précédentes. Des milliers d'ouvriers restèrent sans travail ; le salaire fut diminué. La fureur des basses classes se déchaîna contre les machines à tisser, et U charité publique dut s'imposer d'immenses sacrifices.
Cette crise , dont le monde entier se ressentit , fut attribuée à la trop grande extension du crédit , aux spéculations exagérées, soit en importations, soit en exportations, surtout dans rAmérigue méridionale ; à la transition rapide d'une guerre universelle qui assurait le monopole à l'Angleterre; à une paix qui lui suscitait une concurrence universelle ; enfin aux prohibitions qui détournèrent les capitaux de leur destination naturelle.
Pour apporter remède au mal , le ministère fit supprimer les billets d'une livre sterling , émis par les banques provinciales; celles-ci furent consolidées par l'institution, dans les provinces,
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debaoques dépendantes de eelle de Londres. La banque royale mit 3 millions sterling à la disposition des manufacturiers, à raison de cinq pour cent , avec caution ; on facilita Tintroduction des blés étrangers, ainsi que Témigration; et peu à peu se releva le crédit.
Le 39 août 1833 , un nouveau statut fut donné à la banque ; son capital est aujourd'hui de 350 millions de francs , le fonds de réserve compris , et elle a onze succursales dans les villes mano&cfurières. Elle prête ce' capital à FÉtat ; elle émet le papier-monnaie destiné à faciliter les affaires au public, elle offre aox capitaux ses caisses, comme lieu de dépôt ; puis elle remplit en outre différents services de Gnance , tel que celui de caisse ceotrale du trésor et de la dette, service qui lui vaut par an €,300,000 firancs. Ses escomptes sont assez limités, et à un taux élevé; mais elle émet beaucoup de papier qui a cours forcé.
Cet établissement est sans concurrence dans un rayon de cent cinq kilomètres; hors de cette limite, plusieurs banques et même de simples banquiers ont la faculté d*émission. Mais la crise de 1836 en a montré les inconvénients, attendu que, lorsque la banque juge à propos de diminuer rémission, les autres agissent en sens contraire. En 1844, le parlement voulut y remédier ; et Robert Peel soutint que l'émission des billets était im droit régalien, comme celui de battre monnaie ; qu'il ne pouvait appartenir qu'à la banque, à qui on l'avait concédé; qu'il faudrait néanmoins distinguer en elle deux établissements : l*un agissant simplement comme banquier, l'autre émettant des billets , mais seulement pour la valeur du capital prêté au gouvernement. Il fut interdit de créer des banques nouvelles , mais on n'osa toucher à celles qui existaient ; on limita l'obligation des actionnaires à leur souscription personnelle , en Içs astreignant à publier leurs comptes chaque semaine et à restreindre leurs émissions ; et en les menaçant de leur enlever ce dernier privilège, on les amena à entrer en arrangement avec la banque. C'est là encore un pas vers la centralisation administrative.
Des maux d'une nature bien plus grave accablent l'Irlande , ee royaume de la misère, où Tancienne race endure, avec l'apparence d'un gouvernement libre, une servitude inhumaine sous
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rinfluenee d*une poignée de conquérants. En effet, c'est! titre de conquérants et comme protestants que les Anglaii possèdent les propriétés, si bien que, de 1640 à t788, ja mais un indigène ne put posséder des terres. Gomme les Irlati' dais expropriés luttaient résolument contre les nouveaux mal' très, ceux-ci , n*osant , pour leur sûreté , habiter le pays , loué rent leurs terres à des spéculateurs, qui les affermèrent, ave< le droit de les sous-diviser encore. II en résulta un morcelle ment qui rendit extrêmement précaires et la récolte et la sul^ sietance d*une population entière.
Tout lé territoire appartient donc aux fils des conquérants ( land-lords ) , qui résident ailleurs. Des étrangers et protêt tants y rendent la justice ; d'avides entrepreneurs exploitent la famine , qui s*y renouvelle chaque année. Il ne reste aoi vaincus d*autre ressource que de labourer la terre; et é u*ont pas, comme en Angleterre, le commerce et Tindustrie. pour pouvoir pénétrer dans la société aristocratique. Aoss voit-on là des friches immenses à côté de jardins les mieiD entretenus ; des châteaux magnifiques , au milieu de hotM et de véritables tanières. Le peuple reste sans instruction;! n'y a de routes que d*un château à Fautre. Des pommes à terre d*une espèce grossière , d'un transport dificile , et qi se gardent peu , sont Tunique aliment du malheureux Irltt , dais; d'informes haillons sont tout son vêtement, et il aV pour abri qu'une hutte de paille : souffrances augmentées pi . le spectacle du luxe et de toutes les jouissances , et dans i| pays où tout parle de droits et de liberté. On prit d'abord poi un roman , pour un amas d'exagérations , les dix volumes if folio que publia la commission de 183S, ce récit interminabi d'une série de maux variés à l'infini. '^/
Le gouvernement anglais, à l'époque de la réforme, am^^ nommé, aux trente-deux diocèses et aux treize cent quatre-vingj cinq bénéfices qui existaient en Irlande, des évéques et des chl noines anglicans. Comme les catholiques ne voulurent pas af '^ cepter leur direction, il en résulta que chaque siège et cba(i^7^ paroisse eurent deux titulaires : le ministre protestant, riciH.'heureux, entouré d'une nombreuse famille , mais bien souvcl ,
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ne troQYant pas dans le peuple on seul paroissien ; et le curé eatholique , lauguissant dans l*indigenoe comme tout son troupeau, et qui n*a pour subsister que les aumônes de gens qui manquent de pain. Cliose étrange que d*avoîr pu conserver la rdigion et la nationalité attaquées , poursuivies comme elles le sont jusque dans le foyer de la famiUe et dans les replis de la eonadence!
Diaprés Tenqnéte faite en 1833 , sur les sept millions d*habitmts que contient 111e, cinq millions sept cent cinquante mille étaient catholiques, cinq cent mille anglicans , cinq cent mille presbytériens, et deux cent cinquante mille protestants dissidents. L*Êglise ofGcielle y percevait plus de sept cent mille livres sterling de dîmes ; de plus, la cx)uronne nommait à six cent quatre-vingt-quatre bénéGces, et cinq cents bénéGciers au moins ne repaient pas dans le pays.
En résumé, il y a en Irlande six millions de pauvres, à tel point que celui qui peut manger trois fois par jour des pommes de terre de qualité inférieure est réputé à son aise , et que tnris millions d'entre eux sont , pendant trois ou quatre mois chaque année, exposés à mourir de faim , depuis le moment où CCS tubercules viennent à se gâter, jusqu'à la récolte nouvelle. Que les publicistes nous expliquent comment les mêmes institutions ont produit des fruits si différents dans les deux pays ; comment il en est résulté chez Tun la dignité légale jusque dans rhomme qui meurt de faim ; chez l'autre, ce dernier degré de la misère ou Fhomme cesse de lutter contre le malheur, et se résigne à la malpropreté , au vice , à l'avilissement et, à la bestialité.
La malheureuse Irlande se venge de l'Angleterre en versant sur elle ses flots de mendiants lui offrent leurs bras à meilleur . marché que Fouvrier anglais ; c'est le châtiment de l'injustice ' !
* « L« Irlandais ont donné une funeste leçon anx classes laborieuses de PAngleterre... Ils learoot enseigné à limiter leurs besoius au strict entretien de la vie animale, et de se contenter, comme les sauvages, du nniiodre des moyens qui suffisent à prolonger la vie... Instruites du fatal Merci de subsister avec le uét-essaire anûnal, les familles laborieuses,
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La faction orangiste n*en continue pas moins de câébrer tous les ans avec solennité Tanniversaire de la bataille de la Boyiie, qui fut le dernier soupir de Tlrlande, aigrissant ainsi les haines d*un peuple humilié et affamé , qui n'a pas encore pardonné à ses vainqueurs.
Nous avons vu comment Pitt entreprit de réduire le rojaomc à Tunité , en enlevant à Tlrlande son parlement (1800). Par là elle redevint tranquille , c*est-à-dire que la tyrannie des riches sur les pauvres , des protestants sur les catholiques , y fut affermie. L'Angleterre avait promis alors d'abroger les lois qui frappaient les catholiques d'incapacité civile; mais elle ne tint pas sa promesse , et le pays se plaignait en vain que le commerce des colonies tournât exclusivement au profit de Ttle dominatrice, tandis que l'Irlande n'en recueillait aucun avantage pour son agriculture. L'eiaspération des Irlandais leur fit prêter Toreille aux sollicitations de la république française et de Napoléon; mais le mauvais succès de leurs efforts empira leur condition , et les orangistes se réunirent pour résister à ceflx qui voulaient troubler une oppression à laquelle ils donnaient le nom de paix. Castlereagh , nommé secrétaire général de Tlrlaude , réprima avec vigueur et inflexibilité les petits mouvements qui y éclatèrent encore, de telle sorte que Ton put enfin proclamer une amnistie. Mais après la paix les plaintes se renouvelèrent, compliquées de la question religieuse.
Les Irlandais, reconnaissant, par expérience, que toute action directe ou indirecte du gouvernement dans la nomination des évêques est nuisible à la religion , s*abstenaient des assemblées électives.
Le pape consentit que la liste des candidats proposés fdt pré* ' sentée au gouvernement, et qu'il en pût effacer ceux qui ne lut conviendraient pas. Ce qui le décidait à cette concession, c*étatt |
cédant en partie à la nécessité, en partie à Texemple, ont perdu c( louable orgueil qui les poussait à meubler convenablement leurs mai* sons , à multiplier autour d^elles ces commodités décentes qui contribuent au bonheur. » Docteur Kat, De la condition des classes labo* rieusfs dans les manufactures de coton de Manchester,
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Fe^ir d'obtenir rémancipationdes catholiques etrabelitiondes lob pénales ; mais quand le parlement fut saisi de ces questions , il les rejeta. La longue patience des Irlandais était à bout; ils devlnrôit Âirieux, se réunirent en bandes années; les arrestations, les châtiments ne Grent qu'augmenter la résistance. On ne rêva plus seulement de se maintenir dans la grande unité catholique, maïs de se séparer de TAngleterre , et de se constituer en république , selon les idées qui avaient cours alors ; les whUe-bays ( e est le nom que se donnaient les contuitiaces ) se répandirent au nombre de quatre ou cinq mille , dévastant et brûlant les maisons des protestants ( 1829 ). L'Irlande alors fut mise hors la loi , et tout habitant rencontré hors de son domicile avant le lever ou après le coucher du soleil , courait le risque de se voir déporté pour sept ans.
Les voies légales devaient mieux réussir à l'Irlande que les insurrections ; et elle se mit à réclamer l'émancipation des catholiques au moyen de la presse , des pétitions et des associations. Il s'était ronstitué, depuis 1810, une association catholique , dans le but de diriger les efiforts nationaux; son premier chef fut un ouvrier en soie, JeanKeogh ; et après lui vint O'Gonnell, l'un des hommes les fias extraordinaires de ce pays. Avocat des plus experts , il cellait à fouiller dans l'énorme amas de lois britanniques, cet arsenal d*ane tyrannie fondée sur la loi. Déclamateur bruyant , agitateur ÎD&tigable, rustique aussi bien que courtisan, il n'était pas moins capable de s'élever aux accents les plus nobles que de vociférer dans des tavernes. Dans le même jour on le voyait Ggurer dans des lieux très^oignés, diriger des élections, faire nommer celui- .ci, exclure celui-là, toucher la main calleuse du manant comme celle du vice-roi ; il allait s'agenouiller devant la reine lorsqu'elle visitait l'Angleterre. Ayant tué en duel un adversaire qui l'avait provoqué, il fit serment de ne plus accepter aucun cartel ; ce qui le nûtà l'aise pour dénigrer et insulter ses adversaires. Caressant et impétueux, grossier et pathétique, raisonneur et inspiré, il soulevait et maîtrisait les passions populaires, bravant l'opinion comme le pouvoir. Les violences que l'indignation semblait lui irndua étaient calculées d'avance ; il mesurait de sang-froid jusqu'où il pouvait pousser, sans la compromettre, le peu d'indépen-
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dance qui restait à son pays, et qu'il youlait obtenir complète. Il parlait, il écrivait, il imprimait, il intriguait, associant des id^s qui semblaient incompatibles, Tinsurrection constitutionnelle et Fagitation réglée. Pour trouver quelqu'un à comparer au grcmd agitateur^ Il faut se reporter à ces mâles époques où un Pierre l'Ermite, un saint Bernard, un saint Antoine de Padooe, entraînaient à leur suite des cent mille auditeurs.
Sous sa gouverne, l'association catholique se fortifia ; elle eut ses magistrats, son trésor, ses journaux; elle scmta tous les actes du gouvernement britannique. Grâce à son autorité morale, elle fit sortir l'ordre de son propre désordre; dissoute , elle se reconstitua sous une autre forme. Sa hardiesse s'accrut, et elle ne demanda plus seulement Témancipation des catholiques, mais la séparation des deux pays , le rappel de l'union ( repeal). Elle répartit les affaires entre trois comités particuliers, perçut des contributions dans chaque paroisse par Tintermédiaire des curés, sous la surveillance des évéques, et concentra les plaintes et les vœux des Irlandais, pour les faire parvenir] usqu'au trône. Mais six millions d'opprimés ne se réunissaient pas sans faire trembler le sol, etlesoufOe qui remuait la Grèce et l'Amérique du sud se faisait aussi sentir parmi eux.
Un bill de répression fut alors proposé au parlement (1836} ; on voulait frapper l'agitation au lieu d'en détruire les causes, l'oppression des catholiques. Canning, poussé par l'opinion, devint alors chef du cabinet ; les libéraux l'emportèrent, et les catholiques espérèrent recouvrer leurs droits politiques, surtout depuis la mort du duc dTork, héritier présompt^ de la couronne, et leur adversaire implacable. Mais Canning lui-même, étant venu à mourir (8 août 1827), fut remplacé par un ministère composé de torys et de whigs, Wellington et Robert Peel, qui dominait la chambre des communes, s'étant entendus. L'émancipation des catholiques fut repoussée. Ce fut alors qu^on siège au parlement étant devenu vacant , O'Connèll s'y fit élire lui-même (juillet 1838), avec des démonstrations populaires qu'un gouvernement libre ne saurait dédaigner. Les débats engagés sur cette élection firent connaître à Finlande ses propres forces. 0*Conneli, qui déjà avait exposé aux communes, dans on
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adninble diseoun, les misères de rirlaode, réclama alors l'éilUDcipation parlementaire de son pays. Il éleva la voix, il tonna tant qu'il pat ; mais il ne s'associa pas avec les radicaux du parkoieiit, parce qu'il réclamait la séparation législative : « Savez- Toos, s'écriait-fl, ce que signifie le cri de justice pour llrlande? D*abordrabolition totale de la rente féodale qui sert à payer les ëua; la protection de l'industrie irlandaise ; la stabilité des biiix, de manière à encourager l'agriculture, et à assurer au fermier un profit équitable pour son travail et pour son capital ; ose représentation complète du peuple dans la chambre des commuoes, par la plus grande extension possible du droit de suffrage, et l'établissement du scrutin secret ; l'abolition ou une rtforme radîcalede la loi des pauvres ; enfin le rappel de l'union, qui est l'unique moyen d'obtenir le reste '. »
Ses adversaires s'effrayèrent de ces menaces : des oontre-assoôatioDs se formèrent; on vit les loges orangistes et des clubs brenswîckois se cotiser pour solder l'élection des protestants.
Depuis longtemps le parlement était divisé en deux camps hostiles sur cette question ; qui était devenue comme un brandon de
' TooB les avantages qu'O'Conoell se promettait da rappel de Tunlon Mat éoumérés dans one lettre de janvier 1843, adressée à ses compatriota:
« Roos nous administrerons noos-méroes: la conscience sera libre, il religion de même ; l'enseignement sera libre , et s'étendra à toutes l<B dasses; la presse sera libre; nous aurons un système de ferroa;;e fiuetdéierminé; notre dette publique sera réduite aux proportions primitives ; les manufactures irlandaises deviendront prospères et m6me Mpérieores; on verra les impôts diminuer, et ils ne pèseront que sur' lo produits exotiques qoe notre patrie ne fournit pas. On abolira en* tièrement Todieuse dlme; les impôts extraordinaires, qui s'élèvent jusqh^ 1 millions do livres sterling, ne seront plus une prime offerte par rirlande à Tambitlon de T Angleterre, et celle-ci ne nous contraindra' piiu i payer pour soutenir des guerres auxquelles elle nous oblige à l^endre part. Quatre millions de livres sterling, qu'on lève aujourd'hui (R Irbnde pour les dépenser en Angleterre ou au dehors, resteront ^os le pats pour salarier nos ouvriers, encourager nos manufactures, dfndre notre commerce. »
O'Connell mourut à Genève en mai 1847.
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guerre civile. Les torys, voyant qu'ils ne réomraieQt pas à étiouffer ce germe de discorde, et que mieux valait accorder législativement rémancipation que de se la laisser arracher par la révolte, voulurent en enlever Thonneur aux wbigs : en conséquence, elle fut proposée par Peelet Wellington (mars 1839). Fut reconnu électeur et éligible tout catholique qui jurerait Gdélité au loi et à la ligne protestante; qui s'engagerait par serment à ne pas travailler contre FÉglise établie ; à ne plus regarder les rois excommuniés comme pouvant être licitement déposés ou tués ; ^ à renoncer à cette croyance qu'aucune juridiction temporelle ou civile appartînt au pape dans le royaume. Tout catholique était déclaré admissible aux emplois civils ou militaires, sauf quelques hautes fonctions. Ils étaient néanmoins exclus de toute dignité ou fonction dans les Églises d'Angleterre et d'Ecosse, dans les cours de judicature et les universités.
La chambre des communes était toute disposée à voter ces mesures ; les lords cédèrent ensuite, après avoir longtemps résisté. Cependant ils élevèrent le cens électoral, de 40 schellings h 10 livres sterling. Ce coup, habilement calculé, enlevait le droit de suffrage à la foule des paysans, qui auraient voté sous rinfluence du clergé. Les Irlandais se plaignirent qu*on n'avait pas fait assez ; les protestants, de ce que Ton avait fait trop. Wellington, accusé d'avoir cherché par l'émancipation une popularité dangereuse, et compromis la haute Église et la constitution de 1688, se vit forcé de se battre en duel avec le comte de Winchelsea.
C'était folie de croire que l'émancipation dût guérir tant de plaies 'par enchantement. Un grand pas était fait ; mab Fin justice primitive continuait de subsister en Irlande, où elle est peut-être ineffaçable à moins d'une seconde expropriation. Les land-lords cherchent à améliorer la condition des paysans et des fermiers ; ils tâchent de remédier à cette subdivision sans fin. Mais il est fort difficile de mettre d'accord deux races bostfles : les manufactures, les chemins de fer, ou. autres progrès matériels, les grandes villes, la propreté et toutes les aises de la vie, la fondation d'écoles, la défense de contracter des mariages précoces et de se livrer à la mendicité, ce n'est point dans toutes ces
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choses que peut consister le remède: il ne consiste point, en un mot, à transformer les Irlandais en Anglais, quand le maigtt pffdsément dans cette prétention. On agit sur TAnglais par la téie, en flattant chez lui Tambition, les idées ]ibérales,4*ainour éa confortable. Llrlandais suit les élans de son cœur ; il a besoin de croire à une idée, à un homme, et de s'y abandonner SUIS réflexion. 11 faudrait que le propriétaire crût avoir nonteoleaient des droits, mais des devoirs ; qu'il habitât au milieu des paysans >, qu'il les disciplinât, qu'il fût pour eux un père ; tandis qa'au contraire il est aussi éloigné d'eux par la différence de religion et de languequepar sa résidence habituelle en Angletene. Voilà pourquoi, après avoir obtenu l'émancipation, les Irlandais réclamèrent le rappel, c'est-à-dire qu'on restituât à l'Irlande son parlement distinct.
L'émancipation catholique avait rendu les torys soupçonneux envers le ministère ; les whigs le soutenaient, mais seulement autant qu*il le fallait pour le faire subsister, et se conserver une part du pouvoir. George IV mourut (2Gjuui 1830) un peu avant b révolution de Juillet; et Wellington, qu'on avait cru le seul capable de refréner les caprices de ce prince et sa condesoen* danee pour ses favoris , semblait devenir moins nécessaire. Cependant Guillaume IV, qui prit la couronne à l'âge de soixante* quinie ans, conserva ce cabinet. Les whigs alors passèrent dans Topposition ; déjà elle avait rejeté le budget, qui présentait un déficit de 560,000 livres sterling, et en exigeant que les traite* ments fussent réduits, et surtout que la représentation du pays dans la chambre élective fût répartie plus également.
La réforme parlementaire avait, en 1790» été appuyée par Pitt
' Xortbon, dans ton ouvrage sur l'Irlande, attribue les maux du pays à Tabsence des propriétaires. Selon lui, 111e rend 400 millions de francs : too millions forment le revenu des propriétaires absents ; 37 millions rt demi, celui du clergé, dont plus de la moitié ne réside i>as ; 122 et <1emi passent ep taxes et en dîmes; l'armée en absorbe 82, pour maintenir Tordre dans le pays. 11 reste ainsi par jour, à six millions d^babitants, 3ô centimes par tête. Les inégalités inévitables d'une pareille répartition ne laissent au plus grand nombre que la misère.
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lai-méme, qui Tabandonna ensuite quand la peur inspirée par la révolution française eut fait prévaloir les oonsenratears torys. Ces torys tremblaient de voir toucher à ce yidl édifice, auquel Saxons, Normands, catholiques , protestants, Hanovriens, la liberté et la tyrannie avaient ajouté quelque pierre, et dont on avait surchargé les fondements au point qu'il était facile de Tébranler. Les libéraux croyaient qu*il fallait le saper par la base, en respectant la représentation nationale, mais la régénérant par des élections libres, pures de corruption, et faites au scnitîn.
Les anciens droits , comme il arrive toujours, s'étaient accumulés et répartis d*une manière absurde ; les avantages accordés aux comtés, à l'époque de leur réunion , avaient rendu différents pour chacun d'eux le nombre des votes et les conditions d'éligibilité. On avait essayé en 1801 de régulariser œ chaos, en fixant à six cent cinquante-huit le nombre des députés; quatrevingt-quatre pour les comtés d'Angleterre , vingt-cinq pour les grandes villes , cent soixante-douze pour les bourgs , huit pour les ports de mér, quatre pour les universités de Cambrigde eC d'Oxford, vingt-quatre aux comtés et aux villes du pays de Galles, trente aux comtés et soixante- cinq aux villes et bourgs d'Ecosse, cent à l'Irlande. Outre la très-grande inégalité de cette répartition, beaucoup de localités autrefois très-peuplées se trouvaient réduites à rien, tandis que de faibles villages, devenus des villes très-populeuses, restaient sans représentants. Edimbourg n'avait, sur une population de centmilleâroes, qu'un seul député, nommé par trente-trois électeurs; tandis que certains lords, seigneurs 4e bourgs pourris (rotten-borough) , disposaient de beaucoup de sièges au parlement : un mur en ruine y envoyait un représentant, un petit coteau en avait deux. Le duc de Norfolk disait nommer onze députés; les ducs de Ruthland et de Newcastle, sept ; cent quarante-quatre pairs et cent vingt-quatre gros propriétaires avaient dans leurs mains l'élection de quatre cent soixante et onze députés. Enfin, trois cent trente membres de la chambre 'des communes étaient élus par quinze mille électeurs, et la majorité leur était ainsi asst^rée au milieu de cette prétendue r^résentatlon du pays.
L'aristocratie était donc arrivée à inféoder la députatton dans
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Rs mains , et elle en faisait Tapanage des cadets. Ces bourgs podirris se donnaient en dot, et se transmettaient par héritage. Gelai de Gatton fut, en 1795, vendu 2,750,000 francs ; ainsi un âége dans le parlement s^achetait comme un immeuble. Les aagneors en usèrent parfois pour faire arriver d'emblée à la diambre des sujets qui sont devenus plus tard des hommes dtM Ulustres. Mais était-il possible de dire que la nation y fdt représentée? Le pays voulait qu'un pareil système fût remuiié, de telle sorte que la représentation se trouvât réelle.
A l'ouverture du nouveau parlement ( 3 novembre 1830 ), en sous rînllnence de la révolution de Juillet , le mécontenteoHot édata au point que l'on reconnut que la question de la léfonne ne pouvait être déclinée plus longtemps ; l'efifervescenee populaire se manifesta par des incendies. De nombreux pamphlets excitaient Londres à imiter Paris; on reprochait anx ministres d'avoir imaginé un complot pour s'entourer de baïonnettes. Wellington, en butte aux huées et poursuivi à coups de pierres, céda le portefeuille aux whigs; et lord Grey, qui lui locoéda, prit pour chancelier Brougham , chef de l'opposition, et composa son cabinet avec des hommes d'opinions diverses. Lord Russeli, qui avait proposé dès 1819 la réforme parlementaire, lut alors dans le parlement un bill tout à fait radical. Tout bourg au-dessous de mille habitants perdait la représentation, ce qui excluait cent soixante-dix-huit membres ; elle était attribuée au contraire à vingt-sept villes, et à quelques nouveaux quartiers de Londres. Le nombre des députés devait être proportionné à Fimpêt des terres , et surtout à celui des maisons ; cinq cent mille nouveaux électeurs devaient en outre s'ajouter am anciens , et le nombre des députés devait être réduit.
L'opposition tory, non moins forte que brillante, retarda le triomphe de ses adversaires ; mais l'émotion croissante démontrait qu'on ne voulait plus s'arrêter. Les assemblées politiques se répandaient des villes dans les campagnes : on parlait de droits de l'homme , de^ufifraga universel, de l'abolition de la pairieel de tous les privilèges héréditaires ; il fut question de refuser les subsides à la couronne. On préparait des drapeaux tricolores, et des soulèvements éclataient sur divers points. 11 fallut
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heure aux affaires, elle perd la fiaituité insolente qui distiDgae ailleurs raristocratie. Disons en outre que la pairie , qui confère cette haute position, apanage de la naissance en d'aatres pays, peut se conquérir en Angleterre par le mérite. La couronne a la faculté de créer autant de pairs qu'il lui convient, tandis qu'elle ne peut créer un seul bourg.
Le pouToir judiciaire est exercé par douze juges , qui font chacun quatre tournées par an , en tenant le^ assises dans la circonscription qui leur est assignée. L'un d'entre eux préside le jury , qui décide seulement les questions de fait. Legrandjury, qui prononce sur la mise en accusation , est formé de douze citoyens; le petit jury après cela rend son verdict sur la culpabilité. On peut en appeler devant la chambre des lords; mais cela entraîne tant de frais, que bien peu de gens y ont recours.
La répression des délits appartient aux juges de paix, magistrature locale et gratuite , attribuée à la noblesaei inférieure. Brougham s'efforça d'introduire quelque réforme dans le chaos de la législation anglaise. Dans un discours qui ne dura pas moins de sept heures, il passa en revue ( 7 février 1828) le système judiciaire , et montra les absurdités qu'il contient. Trois tribunaux suprêmes , dit -il , existent à Londres avec des attributions presque identiques , et pourtant très-différents quant à la forme et aux frais. L'un (King's-bench) est surchargé de travail ; les deux autres {Common-piaids et Exchequer) n'ont presque rien à faire, attendu le petit nombre d'avocats qui ont droit d'y plaider. Les juges de paix , institution si vantée , sont nommés parles lords lieutenants des comtés, et rien ne contre-balance leur action. Les lois sur les biens-fonds et sur les suooesioss varient de comté à comté. La propriété immobilière est teiiement privilégiée, que le créancier ne peut jamais la saisir; et pourtant le débiteur failli est frappé très-sévèrement. Les affaires des colonies sont renvoyées , avec des frais énormes, au eonseil privé du roi, qui n'est point au fait des législations très-variées d'après lesquelles elles sont régies. Le pays manque d'un régime hypotliécaire régulier et uniforme.
Lorsque Brougham devint lord chancelier, c'est-à-dire président de la chambre des pairs, et en même temps premier juge
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d'appel, il se mit à réformer autant qu'il le put. Il proposa d'établir plusieurs degrés de tribunaux , au lieu de cette concentratîQD gênante de la justice qui contraste avec la séparation administrative du royaume, puisque les arrêts sont rendus par des joges supérieurs qui résident dans la capitale , et qui statuent arec précipitation , dans leurs tournées annuelles, sur d'innombiaUes a£ûiires, tandis qu*un labyrinthe de juridictions secondaires, féodales ou municipales, juge arbitrairement les petites affaira, selon des règles entièrement différentes '. Riais les avo- «ats, les juges, et tous les gens intéressés à cet orde défectueux, qui rend les procès aussi longs que ruineux , se mirent à la traurw pour faire échouer ce projet;. et la ehambre des pairs le rejeta. Les mêmes motifs firent avorter la tentative de Brougham pour séparer les fonctions politiques du chancelier de ses foiietioos judiciaires.
£n résumé, il n'y a en Angleterre ni concentration de pouvoirs, ai police générale , ni ministère public. Les intérêts de la société y sont sacrifiés au respect pour l'individu. Chaque commune est indépendante pour son administration intérieure , et jamais on 0 y voit apparaître l'intervention du gouvernement. Cependant Texemplede la France, adopté par toute l'Europe, s'y est fait sentir aussi quelque peu. Peel a remplacé les gardes urbaines de chaque paroisse, par les hommes de police , corps spécial t dont l'action est plus prompte et d'organisation uniforme. 11 simpli6a quelques complications de la procédure , imprima au système municipal et à la hiérarchie administrative une apparence , de àéçenâojfice ; ei l'inspection établie sur les chemins de fer et
' Là partie écrite de la loi anglaise consiste dans les jugements rendus ( reports 0/ cases), qui forment déjà tfçis cent cinquante volunies in folio ; et chaque année il 8*en publie huit volumes. Aussi est-il peu de DiétierB aussi lucratifs que celui d'avocat. JLe cabinet de sir Samuel Romllly loi rapportait 400,000 francs par an. Le traitement des juges est en proportion ; et , en comptant leurs honoraires (/eea» aUcwance ), îl s*élève de 100 à 400,000 francs. Celui du lord cliancelier est de 100,000 francs; mais ses honoraires le portent jusqu'à 4 à 500,000. AjoQloQs qu'il eiiste entre les coutumes des différentes provinces une complète diversité.
2d EMPTRE BRITANNIQUE.
sur la taxe des pauvres est un pas dans la voie d'une eentralisation future de l*administration.
Cependant le règne exclusif des torys , ces conservateurs par excellence , ces champions de la couronne, était clos avec la réforme , ^t toute la politique européenne s'en ressentit Sous le ministère Grey, qui réunit les whigs les plus capables, te pays s'achemina rapidement au progrès. On étendit la représentation , on convertit les dîmes en rente foncière, et l'on rendit cette mesure permanente et obligatoire ; on prépara la réforme des lois municipales et l'abolition de l'esclavage.
L'Ecosse, après l'entreprise du Prétendant en 1745 , vit abolir ses juridictions patrimoniales et ses clans; c'était le moyen de dissoudra à jamais ces bandes armées, toujours promptesa répondre à l'appel d'un chef héréditaire. Mais ce fut la destruction des mœurs et du caractère national ; les champs, surtoat les montagnes , se dépeuplèrent ; la foule afflua dans les villes. Le commerce et l'industrie multiplièrent à l'infini les relations avec l'Angleterre, et ouvrirent la porte aux idées et aux usages étrangers. Dans l'ancien système du clan, qui veut dire parenté , le ehef était un père pour tous ; il n'eât jamais songé à hausser le taux des fermages, ni à chercher des bras hors de la tribu. Une fois ce lien brisé , au lieu de subdiviser les terres à l'infini , pour les donner à bas prix et augmenter par là le nombre des vassaux et des soldats , il se forma de grandes fermes; on congédia tout ce qui n'était pas en état de payer , pour donner la préférence b des fermiers de la plaine qui s'établirent ainsi dans les hautesterres. La valeur des biens-fonds s'y accrut à ce point que tel propriétaire qui en t750 touchait cinq ou six mille livres sterling, en eut quatre-vingts ou cent mille dès la fin du siècle. Les fortunes devinrent donc colossales , mais les anciens fermiers du pays se trouvèrent ruinés ; la campagne dépeuplée d'hommes se couvrit de troupeaux, et ce fut le Canada et la Nouvelle-Ecosse qui donnèrent asile à ces vieilles familles écossaises.
L'Angleterre , qui avait prévu ce désastre, laissa h FÉeosse, comme un dédommagement, ses lois municipales , et quelques autresprérogatives honorifiques. Mais tout ce que les agriculteurs perdirent, Tindustrie le regagna bien. Glasgow, qui en 1707
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eoo4rtait à peine quatorze mille habitants, en avait cent cinquante mille à la fin du siècle; elle en possède aujourd'hui deux cent qoatre-fiogt mille. La douane de son port produisait en 1840 Deof cent mille livres sterling, taudis qu'aux temps de Tunion les douanes du royaume tout entier n*en produisaient pas trentequatre mille. Cette prospérité manufacturière et commerciale offre cela de remarquable, c*est que tous les habitants savent lire; le savoir y est solide, et Tbomme de talent est sûr de se faire un nom. Il y a à Edimbourg et à Glascow une foule de sociétés scientiGques et littéraires. VEdimburg'RevieWy fondée eo 1804, compta bientôt douze mille abonnés, et conquit beaueoop d^influenoe sur Topinion.
dtaque paroisse a une école, sous Tinspection du prêtre-, les quatre universités aussi sont dirigées par des ministres presbytériens; rintolérance y régna longtemps; mais elles se ^ont émancipées depuis, et aujourd'hui on y accueille des étudiants détente religion.
Si TAngleterre fait l'admiration du monde par la supériorité de son aristocratie, par ses machines , par ses colonies , par sa liberté , et si elle est la terreur des autres nationalités , elle porte dans ses entrailles un ulcère qui la ronge. 11 ne fut plus possible aax ministres qui arrivèrent au pouvoir à la suite de la réforme, de négliger les classes inférieures. Le choléra fit pénétrer les r^3Fds au fond des habitations , lieux horribles , même dans les principales villes; et les enquêtes qui furent ordonnées en 1833 sur Tagriculture, rindustrie et la moralité publique , resteront au nombre des documents les plus singuliers de Thistoir^ Le nombre des poursuites criminelles avait quintuplé en Angleterre etdansle pays de Galles, il avaitsextuplé en Irlande et en Ecosse '. Le clergé anglican possède un revenu de 236 millions de francs, ^ la totalité du territoire appartient à cinq ou six cents familles. Six cent douze pairs reçoivent de TÉtat 96,598,000
' Ed France, de 1832 à 1836, il y eut trente exécutions capitales; vingt-sept, de 1 836 à 1841. £a Angleterre, malgré rangmentation ef- Irayantedes crimes, il n'y eut que cinquante-huit exécutions de 1805 ^ 1811, et onze seulement de 1837 à 1841.
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francs; le duc de Cleveland légaa encore à son fils, qu'il déshéritait, un revenu de 2 millions. Le duc de Bedford laissa une fortune de 180 millions; le duc de Northumberland jouit d^un revenu de 8,600,000 francs.
L*excès de la richesse exprime Texcès de la misère. Le sol est insuffisant pour nourrir la population ; aussi le nombre des laboureurs est-il moindre de plus de moitié de celui des ouvriers. Mais les machines remplacent chaque jour les bras ; et dans les manufactures où travaillaient naguère cent personnes, il suffira bientôt de deux ou trois enfants pour aider , par des mouvements matériels, Faction d*une immense machine.
Que reste-t-il donc au peuple.' A mourir de faim , comme il arrive tous les ans, daps Londres même, à celui à qui Taumônt* légale fait défaut. La taxe des pauvres, qui en 1748 ue dépassait pas 730,135 livres sterling, s^éleva en 1817 à 9,320,440; elle était de 7,803,465 en 1827. A partir de cette époque » on songea à diminuer, non pas les causes de la misère , mais le nombre de ceux qui recevaient des subsides publics, en les réservant à ceux qui se résignent à être enfermés dans les workhotises ou maisons de travail , pour y vivre séparés de leur famille , à la manière des forçats.
Voilà où en est l'Angleterre, grâce à la complète séparation qui existe dans ce pays entre les deux éléments de la production , le capital et le travail. Le paysan qui jadis possédait un porc , une vache , un jardin , ne les a plus aujourd'hui ; et un seul fermier a absorbé ce qui était réparti entre trente métayers. La plèbe gît entassée dans de misérables bougés , à dix et douze par chambre; les caves, les hangars , où les chiffonniers déposent les guenilles qu'ils ramassent par la ville , deviennent un asile envié pour des malheureux de tout sexe. D'autres ne vivent que des os qu'ils ramassent à la porte des hôtels, jusqu*au moment où ils sont décimés paries fièvres pernicieuses , si fréquentes à Londres , malgré le vent d*oue>t qui la balaye si fréquemment. On sait ce que souffrent ceui qui travaillent aux machines, dans les mines de fer et de houille, véritables animaux, qui n'ont plus de la noble nature de l'homme que la faculté de sentir leur déaradalion.
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Donoer à manger » c*est-à-dire du travail à cette population , tel est le grand problème du gouTemement ; et malheur à loi le jour où il ne trouverait plus de débouchés pour les produits toujours croissants des manufactures ! L'Angleterre a subi, dans ces dernières années, plus d*une crise de cette nature ; mais elles résultèrent toutes d'événements extraordinaires, jusqu'à celle de 1842, qui fut produite uniquement par la diminution des exportations , et qui résultait du progrès de l'indastrie étrangère, surtout de l'union allemande, laquelle éleva ses tarife sur les marchandises anglaises ; car les autres pays se iroQtrent peu disposés à accepter cette liberté commerciale absolue que proclame l'Angleterre.
UEurope , quand toutes les communications se rouvrirent eDt8l4, s'était prise d'admiration pour la prospérité de ce pars, et y vit le résultat des lois restrictives rigoureusement mrintenueS) en dépit de la liberté proclamée par Adam Smith. Malgré Fempire des préjugés , beaucoup d'Anglais cependant étaient revenus de ce système des prohibitions, qui engageait les autres États à l'imiter; Ton songea donc h dégrever l'industrie, ainsi qu'à permettre la libre introduction des marchandises et denrées étrangères.
Cette nouvelle politique fut inaugurée par Huskisson, homme pratique, qui Gt en Angleterre ce que Turgot avait fait en France, en introduisant les spéculations de la science dans le gouvernement. Ami de Canning et secrétaire d'Ëtat, il avait eu put aux affaires pendant la lutte contre la France , et profité les expériences Gnancières faites dans ce pays. En 1819, il pu- >iia un tableau des Gnances de l'Europe , insistant sur la nésessité des payements en numéraire ; il s'appliqua aux réformes, ^utenant les intérérs agricoles, tout en combattant les priiiiéges de la propriété foncière , s'élevant contre Vacte de navigation, qui repoussait les produits apportés sous pavillon tranger. Il réussit à faire adopter un bill pour l'admission des âtiments étrangers, à charge de réciprocité (juin 1822); puis un Qtre pour la libre introduction de la soie ; et par là il ouvrit ne ère nouvelle dans la politique commerciale de la Grande- •lelagne: modèle à suivre pour tous ceux qui ont à triomphtj?
30 EH PIBE BRITANNIQUE.
d'erreurs et d'abus soutenus par les classes les plus puissantes.
Mais la misère, qui dispose les peuples à écouter les agitateurs ou les rêveurs , donne une importance redoutable à la question des céréales. Ce n'est pas une^ question politique entre les dominateurs ; elle est entre le peuple et ceux qui l'oppriment.
Pendant le règne de la féodalité, on ne voit pas que la production des grains en Angleterre soit restée au-dessous des besoins de la population ; le producteur alimentait alors le consommateur qui relevait de lui. Lorsque Henri VU eut affisibli le système féodal , les seigneurs, n'ayant plus besoin de tant de vassaux , demandèrent au sol non le produit le plus utile, mais le plus avantageux. On préféra donc les prairies poar avoir des laines, qui se vendaient très-cher à la Fiandie. Aussi, les grains augmentèrent d'autant plus sensiblement que l'argent diminuait alors de valeur; et tandis qu'au commencement du règne de Henri Vlli un quarter de froment valait 6 schellings et demi, sous Charles l^' il en coûtait de 33 à 40, puis sous Cromwell jusqu'à 88. L'abondance étant revenue avec la paix au retour des Stuarts, causa la ruine des fermiers, qui avaient fait des baux durant la cherté. Les propriétaires, alors tout-puissants , obligèrent donc le parlement à protéger les denrées nationales par des taxes progressives sur le blé étranger, et a faire payer même une prime à l'exportation da blé national. Il résulta de ce double expédient que le blé resta toujours cher et le peuple afTamé, en même temps que le goavemement payait en primes aux exporteurs, à partir de 16S8, jusqu'à 7 millions de livres sterling. L'accroissement extraordinaire de l'industrie et de la -population contribua aureocbé* rissement du grain, et la faim des pauvres enrichit les propriétaires. Mais les industriels avalent aussi acquis de l'inflaence nu parlement, et ils firent rendre la loi libérale de 1773, qui permettait d'introduire des grains étrangers moyennant un simple droit, dès que les prix dépasseraient 18 schellings le quarter.
En 1790, on se relâcha des vieilles entraves du commerce des grains à Tintérieur. Mais bientôt les producteurs, cest-àdire Taristocralie , devenue plus puissante par la guerre contre la France, obtinrent de nouvelles restrictions; et la difficulté
EMPUB BRITARRIQVB. ai
des communications venant s'y joindre , les grains valurent , de 1809 à 1814, le double de ce qu'ils coûtaient de 1789 à ] 794. Une perspective si séduisante attira la spéculation sur le sol auquel on demanda tout ce qu'il pouvait produire , sans épargner les dépenses, dont on espérait être si richement recompensé.
Mais la pafz revenue tout à coup, les mers furent rouvertes, et le blé étranger afQua en Angleterre. Tout ce qui avait été dépensé sur le sol en améliorations se trquva dès lors compromis, et les fermiers se refusèrent à exéeuter les baux signés dans des conditions si différentes. Les riches, en perdant l'espoir de soutenir le haui prix du pain, réclamèrent des mesures rigoureuses contre l'introduction du grain étranger, comme si les qiiders du reste de l'Europe avaient voulu maintenir le sucre et le café au prix élevé sur lequel ils avaient spéculé durant la pierre. En effet, il fut interdit d'introduire des grains du dehon à moins que le prix ne fût à 80 schellings le quarter en Angletoie (36 francs riiectolitre); cherté impossible à mainteotr lorsque se f nt évanoui l'espoir de nouvelles disettes , eimmie celles de 1816. La clémence du ciel triompha de la cupidité des hommes et le pain ( malheur horrible pour l'aristocratie ) devint à bon marché ' .
Cependant la rigueur des taxes, jointe à ce qu'il y a d'incertain dans la production du grain indigène , exposait les cours à des soubresauts monstrueux. Les disettes se renouvelèrent souvent, eu en pareil cas, c'était une opération violente et coûteuse que de faire venir des grains par des voies qui ne leur étaient pas habituelles. La population pauvre et la classe manufacturière souffraient donc, pour enrichir les propriétaires* le nombre de ceux qui souffraient augmentant ainsi que Timportance des industries, ils en vinrent à demander l'abolition des lois sur les céréales *.
' Si dénaturée que l'on suppose rarislocraiie an;;laise, on aura peine à admettre, ici avec l'auteur, qu'elle ait pu révor le retour d'une famine comme celle de 181 6 , où , toutes les récoltes ayant manqué, les fermiers ne purent payer leurs maîtres, qui eurent par là leur part du Hém. (Aii.R.)
* L'Angleterre, pauvre en blé , craint qu'on n*en introduise, et qu'il
8) EUPIBE 1IB1TANN1QUB.
Le mal fut à son comble en 1822; mais le parlement ne voulait pas en avouer la cause véritable. Canning proposa de pei^ mettre Fintroduction quand le grain valait 60 sehellings , et de le soumettre néanmoins à un droit de 20 sehellings le quarter à rentrée, en augmentant ou eu diminuant de 2 sehellings, selon que le blé indigène augmentait ou diminuait d'autant. Il combinait ainsi la taxe dans la proportion du produit ; mais les lords repoussèrent son plan , et il en mourut de chagrin.
La question se réveilla sous le ministère whig de lord !^f elboume; et tandis que Tlrlande réclamait le rappel, les chartistes le suffrage universel , le peuple portait en procession deux pains du même prix : Tun tout petit , tel qu*on le vendait dans la libre Angleterre; Tautre énorme, comme ceux de la Pologne esclave. C'était un raisonnement qui parlait aux yeux. La ligue contre la loi des grains (anti-corn'law league)^ qui se constitua alors, afDcha la modération , professant le respect de la constitution, en même temps qu'elle sapait une de ses principales basess. a Le peuple, disait-elle, a besoin de pain et de travail ; il ne peut se procurer ni Tun ni Tautre, alors que les seigneurs s'engraissent dans l'oisiveté. Dans les magasins des États-Unis pourrissent le blé et les salaisons, qu'on échangerait volontiers contre nos tissus et nos ustensiles, dont ce pays manque. De cette manière nos classes inférieures vivraient à meilleur marché , et auraient plus de travail. Ainsi, abolition du système douanier, point de tarif protecteur, point d'impôts indirects , point de droits sur les matières premières; excepté seulemiht sur le thé, le café, le cacao, le tabac, les liqueurs, les vins, les fruits secs. Point de privilèges en faveur des colonies ; les colonies sont une affiiire ruineuse qui chaque année coûte au pays tant de millions, qu'il épargnerait en s'approvisionnant partout où se présente le meilleur marché. Il n'est pas même besoin de demander la réciprocité aux étrangers : nos manufactures produisant à meilleur marché, les étrangers auront intérêt à s'adresser à nous, et Texeinple agira eûicacement. » A l'appui de ce système on présenta un
ne tombe à trop bas prix; la fertile Lombardie craiiit qu'on n'ea aportCi et qu'il n'en résuHe la disette. Voilà deux systèmes rérélés.
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budget OÙ les frais de perception étaient réduits , et où la recette atteignait à peu près celle de Tannée courante, moyennant DM ûible augmentation de l'impôt direct sur les terres et sur les rerenus.
Des souscriptions produisirent des sommes considérables , qà defaient servir à seconder la réfonne par des journaux, des «ojiges , des subventions , des livres , et à se procurer ( tout deraat être légal dans les efforts à tenter ) cette majorité qui dispense d'avoir raison, en favorisant Télection des réformistes, en promettant partout des routes, des secours , des débouchés pour les produits manufacturés. Richard Cobden se plaça à la tête du oiOQvement, et il fut secondé par des membres du parlement, par im grand nombre de fermiers qui en attendaient une diminu- UoDdans le prix des baux, par les chefs d'établissements, qui espéraient avoir des ouvriers à plus bas prix, et par là se trouver eu état de soutenir avec plus d'avantage la concurrence étrangère.
L'aristocratie, comme nous l'avons vu , avait fait attribuer, dans la réforme de 1831 , le droit électoral aux locataires et aux fermiers : or, en faisant Ggurer comme associés les Gis, les frères et les parents des fermiers véritables , ils étaient arrivés à ^ rendre maîtres des élections des comtés. Leslibres-échangistes, de leur coté, tâchèrent de tirer parti de cette autre disposition gui rendait électeur tout propriétaire d'un immeuble produisant <uschellings (50 francs) de revenu ; et ils poussèrent tous ceux qui avalent quelque argent h acheter une bicoque ou un coin de tfrre. Ainsi les l^urgeois , après avoir fait la guerre aux privi- 1^^ politiques de l'aristocratie , se mirent à la faire aussi à ses propriétés.
U £iat louer ceux qui demandent les réformes et en proclament l'opportunité ; mais il faut réserver son admiration pour ceux 1^ les effectuent. Ce fut encore aux torys qu'échut la tâche de proposer la réforme des tarifis, en présence d'immenses meetings «loQtle mot d'ordre était : A bas le monopole l le pain à bon mrchéî
T^ budget ordinaire de l'Angleterre, sans compter la taxe des l»uvres, les dépenses du culte , l'entretien des routes et des ca-
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naux , ainsi que les dépenses communales et provineiales, s'élève à près de 1,800 millions. Pour y subvenir, Timpôt foncier ne figure que pour une faible partie, et tout le reste provient des taxes sur la consommation. Ce fut en 1798, pour la première fois, que Ton songea, afin de subvenir aux frais de la guerre, à une taxe sur le revenu (income-tax). Elle fut Gxëe à dix pour cent ; et ceux qui avaient moins de cinquante livres sterling de rente en furent exempts. Après avoir été rédiiite , puis supprimée à la paix , elle fut rétablie par Robert Peel lorsqu'il rentra au ministère, afin de combler un déficit de cent vingtcinq millions ; mais il la réduisit toutefois à trois pour cent , et ne la fit peser que sur ceux dont le revenu dépassait cent cinquante livres sterling ( 3,750 fr. ). Les fermiers payant moins de trois cents livres de loyer en sont exempts; les antres sont taxés à raison de la moitié, et en Ecosse d*un tiers. L'impôt tombe donc en entier sur les propriétaires. Il y est suppléé en Irlande par le papier timbré et la taxe sur les liqueurs. Pour le commerce et pour les arts libéraux, les contribuables sont tenus d'affirmer par écrit le montant de leurs bénéfices. Cela fait, Uobert Peel diminua ou supprima les droits sur la
viande , le poisson , le houblon , les pommes de terre , le riz , le blé , les bois de construction , et sur d'autres objets de consommation ou matières premières : hardiesse Immense , et toute en faveur du peuple et du commerce. Ces réformes, qui, tout en comblant le déficit, donnèrent un nouvel élan à l'industrie , faisaient triompher des principes économiques diamétralement opposés à tout ce qu'on avait pratiqué jusque -là, et qui peu de temps auparavant auraient passé pour des utopies. ^Angleterre avait pour règle d'inonder de ses produits les autres contrées, et de n'en rien recevoir. Tout est changé à cette heure : celui qui veut vendre doit acheter, et réciproquement. Tout peuple qui entrave chez lui la production , ou y rend le travail moins lucratif, doit nécessairement déchoir : en conséquence , liberté absolue d'échanges avec tous , sans même s'inquiéter de la réciprocité. Les autres nations ne veulent-elles pas nous imi^ ferf tant pis pour elles, dit Robert Peel ; le contrebandier ré-^ tablira Céguilibre. L'^ingleterre entend acheter à bon marché
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Un/t ce dont eUe a besoin ; si les autres veulent acheter cher. Us en sont bien les maîtres»
ToBS les tari& prohibitif furent donc abolis , et les taxes rédnites à dnq pour eent pour les matières premières , à vingt pmr les produits manu&cturés. Le succès fut tel, que les douanes, qui avaient donné 500 millions de francs en 1841 , après la réforme, rapportèrent 600 millions en 1844'. Un pareil icsuUat suffit pour assurer à Robert Peel une place parmi les gnnds nonrteurs.
Il ne s'en tint pas là : en 1845, il exempta de tout droit les oHtièreB premières les plus importantes , telles que les laines , la eotans^ le tin« le vinaigre ; il abolit toutes les taxes d'exportatiffii, même sur les machines et sur le charbon de terre. Quant an Ué, qui est le monopole de Taristocratie , et au sucre, qui eoastitiie la ridiesse des planteurs , il n'osa alors ou ne put supprimer oitièrement les taxes. Mais la loi du 28 janvier 1847 vint compléter son œuvre , en déclarant : V* Tabolition entière des droits sur les céréales; 2^ un dégrèvement total ou partiel nr les matières premières et les denrées alimentaires ; 3*^ la ré* dnction à quinze pour cent du droit sur les soieries ; 4"* l'affranchittemeot des objets manufacturés les plus communs ; 5"" la rééoetioa à dix pour cent des droits sur les objets d'un travail pbis fin , et en outre de notables améli<»rations quant aux charges qui pesaient sur Tagriculture. Cest ainsi que Robert Peel a su faire entrer dans la pratique du gouvernement le principe delà vie à bon marché. Cest un des résultats les plus décisifs de t*histoîre contemporaine; car la liberté commerciale sera le iien Tîsible de la confédération universelle des peuples.
Déjà la richesse, c'est-à-dire le hien*étre, descend de plus en pins dans les couches inférieures de la société. En 1727 , on accourait d*Édimbourg à une campagne voisine pour assister au ^wetade encore nouveau d'une moisson de blé ; aujourd'hui la coltare en est générale dans le pays; les chevaux, les bœufs, les montons , se multiplient dans Hle entière ; le nombre des voi-
^ L'Angleterre exporta en 1830 pour 1,340 millions de francs , et en 1^4 pour 1,470, c'est^<dire 130 millions de plus.
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tares a plus que doublé à Londres >. La eonsofnination du thé, du café , du sucre, s'élève chaque année ; Tai^enterie est deve^ nue commune ; remploi du fer a procuré une inCnité de com^ modités. Robert Peeï, pour démontrer, dans la discussion soi Vincome-tax , combien la propriété mobilière était accrue d« valeur , établit que le revenu annuel , qui est la base de la taxe ^ avait été en 1812 de 5^,784,533 livres sterling, et qu*en 184S il s*était élevé à 73,800,000; que le capital représenté était en 1812 de 1,391,613,325 livres sterling, et qu'il était en 1842 dei 1 ,830 millions
Au nombre des machines de guerre employées par les libéraux contre Taristocratie , il faut compter Téducation du peuple*. Brougham se signala en particulier dans cette campagne, en re* pendant par milliers les livres élémentaires à très^bas prix; eo fondant des écoles pour les enfants , d'autres pour les ouTrien adultes ( mechanics institutions ) , et l'université libre de Londres, la première qui ait admis toutes les communions. Il considérait Tinstruction comme le boulevard le plus solide contre i la tyrannie du clergé^ de l'aristocratie et du canon. Luttant une i fois avec sa fougue accoutumée contre le ministère Wellington, il s'écria : Le maître décote y pourvoira ; mot qui est devenu \ proverbial. La taxe uniforme des lettres, et le prix réduit des frais de ti*ansport , en a accru le nombre à l'inGni ; les biblioihèques circulantes , introduites d'abord en Ecosse , répandent les connaissances jusque dans les villages les plus éloignés.
Ceux qui voudraient que les conquêtes populaires se oomplé* tassent d'un seul coup ont peine à se résigner à ces voies obli> ques, qu'il faut admettre dans un pays de traditions, et où les principes économiques ne peuvent cheminer qu'à la remorque , des événements politiques. Les deux partis whig et tory ont
' Il y en avait 49,426 en 1812; en tS40 , on en comptait 104,476.
^ La France, pour rinstruction publique, dépensait en 1840 14,77^,660 francs, dont 1,000,000 fr. étaient payés par PÉtat, 4, 658,281 parlcsdépartemenls, le reste paries communes. En Angleterre on demanda en 1839, pour la première fois, 30,000 liv. sterl. pour renseigncraûnt, rt on les obtint par 275 voix contre 273.
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conservé leurs noms ; de même fue dans les républiques itn- Ueones on restait guelfe même en combattant contre le pape, et vice versa. Mais en réalité le symbole des torys a péri, et aojoard'hui ils e£feotuent ce que les whigs avaient proposé, il y a quinze ans, de plus bardi et de meilleur. Ces derniers à tout prendre sont des oouservateurs, tandis qu'en dehors des torys et deswhigs existe Topposition grandissante des radicaux, des chartistes et des socialistes. Car TAngletêrre a aussi et depuis longtemps ses socialistes. L'un d*eux, Robert Owen, qui a cru que la société pouvait se constituer sans Dieu, et que tout devait être rœavre du peuple, asemélecommunisme par des journaux répandus à vil prix, où il prêche entre autres choses la destruction des grandes villes et des beaux-arts; il veut de grands hospices nationaux, où chacun puisse trouver du travail ; il veut que les voyages soient obligatoires; il dit que « la religion, le mariage et la pro- • priété sont le véritable Satan de ce monde, triade monstrueuse, « source inépuisable de crimes et de maux. » Ses adeptes, qui comptaient en 1840 soixante et une sociétés affiliées, déclinent maintenant, tandis que les chartistes font des progrès. Ceux-ci sont Texpression la plus directe et la plus générale de la démocratie moderne ; démocratie hostile aux propriétaires et à la grande industrie, aux gros fermiers, aux boutiquiers et qui se recrute surtout parmi les masses entassées dans les grands centres manufacturiers , artisans sans ouvrages, existences précaires ou déclassées. « La réforme électorale de 1831, disent-ils, n*a fait qu'admettre la classe moyenne aux distinctions aristocratiques, et la classe pauvre reste toujours déshéritée. Ce que nous voulons maintenant, c'est ime charte pour celle-ci, qui ne se soumettra qu'autant qu'elle participera au droit électoral. » Ils réclament doue suffrage universel, vote au scrutin, parlements annuels, abolition de tout cens d'éligibilité ; ils veulent que les membres des communes soient rétribués ; que les collèges électoraux soient divisés en nombre égal d'électeurs, et non pluspar vflles et par comtés. Quelques chartistes réclament aussi pour les femmes le droit de voter.
Le parti modéré a pour chefs, parmi les chartistes, Lovett et Vincent, simples ouvriers, le journaliste O'Brien; et pour organe
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8S EMPIRE BBITÀNNIQUE.
clfins le parlement, le fougueux Feargus 0*Connor. Ils ont souvent déclaré qu'ils n'aspiraient point à la république, ce qui ne les empêcha pas d'y pousser directement, en voulant substituer la force du nombre aux trois pouvoirs conclues , en attaquant le monopole non-seulement dans les chambres, mais dans b presse, qu'ils veulent affranchir de toute espèce de taxe. Il y en a de plus avancés qui veulent réglementer le salaire, et le conserver tel qu'il était en 1835, ce qui serait la ruine des manufactures anglaises.
Ce parti, loin de s'affaiblir par Teffet des réformes philanthropiques, n'en est devenu que plus hardi. « Les réformes, disentil$, ne sont que des concessions arrachées aux aristocrates, en vue de leur conservation : tout le mal gît dans la distribution trop inégale de la richesse sociale. Le peuple parle de justice, et Jes grands seigneurs lui répondent charité ; ils fixent les heures du travail, établissent des bains, des écoles, des récréations ; aumônes déguisées , que Ton jette à ceux qui invoquent le droit. » En 1842, ils réclamèrent, appuyés de 8,317,703 signatures, la réforme du parlement, le vote au scrutin secret, Tcgalité des collèges électoraux. Le clergé seul, disaient-ils, reçoit de l'État assez pour secourir les classes laborieuses; les privilèges exorbitants d'une classe peu nombreuse sont inconciliables avec le bien de la multitude >.
Enfin les socialistes et les chartistes, voyant les entrepreneors ligues pour exploiter les ouvriers, se liguèrent à leur tour contre eux ; et il en résulta des collisions menaçantes, surtout dans le pays de Galles et dans les cantons manufacturiers, jusqu'à faire croire que l'Angleterre était à la veille d'un bouleversement, llebecca, personnage idéal, qui voulait dire la démocratie, commença par renverser les barrières des douanes, puis refusa les dîmes aux prêtres anglicans ; elle voulait que la législation fût réformée, que la justice fût rendue moins coûteuse; et tout cela dans le style des allusions bibliques méthodistes. Elle traînait à
■ On a calculé, en 1831 , que le clergé anglais jouit de 230,439.1 7â francs (le revenus, tandis que tout le reste du clergé chrétien n'e» a que 224,975,000.
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sa suite des masses de pauvres et d*artisans. Cependaut tout ce désordre s*apaîsa presque sans effusion de sang, et avec moins de forces qu'il n'en faut ailleurs contre une poignée d'étudiants. La révolution de 1848 vint relever les espérances des diartistes ; ib crurent que leurs plans allaient enfln se réaliser ; ils convoquèrent les masses, pour porter au parlement d'énormes pétitions ; mais le tumulte qu'ils soulevèrent tomba devant Tattitude delà population.
Quoique l'Angleterre soit réellement, comme on le dit , un pays d'intérêts matériels, la question religieuse y prime toujours; et c'est un fait certain que les révolutions n'y réussissent qu*â Tombre de la religion. En face des dissidents et des catholiques, dont le nombre croît chaque jour, les anglicans sont en minorité dans la Grande-Bretagne; eux-mêmes sont divisés en deux sectes, la haute et la basse Église, de même qu'en Ecosse rassemblée générale et les bénéficiers. De là l'irritation et la peur; delà aussi ces fureurs que la populace déploie contre les papistes ; et quand les chambres retentissent contre eux de cris iotolérants et même homicides, ce n'est pas l'effet d'une colère sincère dans les hautes classes, c'est l'expression du vœu de la multitude. Pour preuve, il sufïlt de voir la plèbe de Londres sort.r de son flegme taciturne, de son calme famélique, pour traîner par les rues un mannequin représentant le pontife romain, et le brûler sous le Monument, en hurlant : Malédiction sur le pape!
La plaie religieuse est surtout à nu en Irlande , où la loi distingue encore parfaitement la condition de chacun. Les pauvres y sont catholiques, les propriétaires protestants.; ceux-ci gouvernent, ceux-là n'ont qu'à obéir ; l'orgueil paraît naturel atu uns, conune aux autres la soumission '. Si l'émancipation
' Aojoard'boi PÉglise anglicane ne compte plus en Irlande que sept cent mille individus, c'est-à-dire à peine un dixième des catholiques. £Ue est divisée en quatre provinces ecclésiastiques : celle d'Armagli (où Ton compte plus de la moitié des anglicans ) , celle de Dublin , de Ga- Ad, deToam, avec trente-deux diocèses, 1,387 bénéfices, 2,450 p<irai«es. La moyenne du revenu d'un évèquc s'élève à I75|000 francs. Il
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a corrigé la lorpolitique, la base féodale de TédiOce subsiste encore, outre que la longue habitude de servir fait que le catholique n*exerce ni ne connaît bien ses propres droits, comme tout esclave émancipé de la veille, O'Connel fut le premier lord maire catholique ( 1841 ) : et on le vit, comoie premier magistrat de la cité de Dublin, en vertu du bill des corporations , se rendre en pompe à une messe solennelle célébrée dans Tégiise catiioiique, en exprimant son espoir de l'entendre un jour dans Tabbaye de Westminster.
£spérait-il tout ce qu'il demandait? Il faut demander beaucoup pour obtenir quelque chose « et, dans les questions de nationalité, le temps ne compte pas. Ceux qui veulent rendre rirlande digne de la liberté, en la façonnant aux bonnes mœurs, tendent au même but qu*Û'Connel. Cest ce que fait entre autres le père Mathew, par ses sociétés de tempérance. Mais le découragement s'empare des âmes, quand on voit dans ce malheureux pays tous les remèdes tourner à mal. C'est ainsi que lors de la disette de 1846 , où des milliers d'individus périssaient littéralement de faim , on proclama la liberté du commerce des grains. Aussitôt les seigneurs de l'Irlande, habitant pour la plupart l'Angleterre, firent sortir le blé de ce pays pour le mieux vendre , et affamèrent de plus en plus la population , ne faisant que trop ressortir la nécessité d'une loi agraire. Le gouvernement dépensa les millions par centaines pour procurer au peuple des travaux publics; le peuple y courut, et laissâtes champs sans culture; en sorte que. Tété venu, la moisson manqua. Il fallut acheter des blés au dehors, ce qui nt sortir de Tlle le numéraire ; d*oii il résulta une inûnité de faillites. Depuis, on en est venu à un remède héroLiue : on a appliqué à l'Irlande la taxe des pauvres; c'est là un grand pas, qui constitue presque une révolution.
y a telle paroisse où il n*y a qu'un seul anglican contre 1,500 ealMi* qucs; dans d'autres, 12 anglicans se trouvent e« présence de 5,393 catholiques; et pourtant les catholiques sont obligés de payer ladlme aux prêtres anglicans.
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Pour se feire one idée de la puissance colossale où TAngleterre est parvcDue, il ne faut pas regarder seulement sa prépondérance dans tous les événements européens, mais encore l'incessante activité avec laquelle elle se répand dans le monde entier, et y propage son industrieuse civilisation. Il n'y a pas depeufrie moderne qui ait eu en partage, à ce degré, rambition petieote et hardie de conquérir et de conserver. En voulant demeurer Tunique maîtresse du sol, raristocratie anglaise a con* tneté tacitement Tobligation d*assurer au peuple tous les profits (feniidustrie,et en conséquence de lui procurer des débouchés, et le nrayen de verser sans cesse dans des pays nouveaux Tabondance crmssante de ces produits. Tout peuple nu que Ton décide à se vêtir vide les magasins de Manchester ; les marchands •Y emploient pour désencombrer leurs maisons, comme les mistionnaires par zèle religieux.
Les Anglab se sont toujours hâtés de reconnaître Tindépeodanoe des colonies étrangères soulevées contre les métropoles, pour y porter au plus vite armes, denrées, tissus, et se trouver en mesure les premiers d*y faire des traités de commerce avantageux. Mais la civilisation leur doit la plus notable partie de ses conquêtes au delà des mers. Ce génie colonisateur de l'Angleterre s*est révélé sur tous les points du globe; mais c'est dans Tlnde qu'il nous apparaît avec une grandeur tout à fait inconnue dans les fastes de rhumanité. Portons nos regards en arrière sur ce vaste pays que la science signale comme le berceau de la civilisation du monde, et dont le riche idiome ( le sanscrit ) passe pour la souche commune de toutes les langues européennes. Ce qui caractérise l'état soaal de cette contrée, c'est sa religion panthéistique, sa foi à I3 métempsycose; c'est sa division en castes, et ce caractère dlmmobilité qui &it qu'à cette heure il est à peu près tel que
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le virent les Grecs quand Alexandre y pénétra. Cependant son histoire fdt marquée plus tard par une révolution importante : ce fut la conquête de Tlnde par les musulmans au IX^ siècle. Vainqueurs et vaincus, depuis cette époque, ont vécu sans se mêler.
L'islamisme ne s'était répandu que dans la partie septentrionale, parmi les Afghans, grâce aux déhris qu\ avaient laissés les armées des dynasties tartares, et au grand nombre de Persans et d'Arabes appelés à la solde des princes conquérants. Cétait dix millions environ de mahométanSy un dixième peu^étre de la population. Distincts des naturels, ils habitaient les capitales, les villes de commerce et les places fortes; jamais la campagne ni l'intérieur du pays, où Tlndien conservait sa foi à Brama ou à Boudha , ses castes , ses prescriptions infinies , et la haine des étrangers.
Chacune des grandes divisions de l'empire était gouvernée par unêubadar, représentant l'empereur. Après lui venaient leafousdars , qui l'accompagnaient dans toutes les expéditions militaires, et qui s'honoraient du titre de nabads ou lieutenants que leur donnèrent les Européens, et qui plus tard devint synonyme de vice-roi musulman , tandis que le nom de radjah s'appliquait aux vice-rois indiens. Ces charges étaient révocables, et les empereurs avaient soin de changer souvent les titulaires, de peur qu'ils ne devinssent trop puissants. Mais le lien s'étant relâché , les nababs s'enhardirent jusqu'à se rendre indépendants , et à transmettre leurs charges h leurs héritiers. Nous ne suivrons pas toute la série des ofUciers subalternes. Tandis que les décisions judiciaires pour les musulmans étaient rendues par le cadi, aux termes du Koran , les Indiens s'en rapportaient à des arbitres , choisis le plus souvent parmi les brahmes. Dans certaines contrées , les princes indigènesse maintinrent en payant tribut , quelques-uns même sur des régions très-vastes , comme les rois de Mysore et de Tanjore, où rien ne fut changé au gQuvernement intérieur.
La conquête ne détruisit pas non plus l'im des éléments essentiels de l'ancienne constitution, le village : là, le poiail veille aux affaires générales et au bon ordre; le karnoum en-
registre les dépenses de culture et les produits ; le tailler iafomie sur les délits. Ces villages existaient de temps imniérnoo rial, sans avmr subi ni altération de limites, ni déplacement de Dunilles, et sans que les changements politiques eussent booleversé leur économie intérieure : petites républiques immuables, sous les vastes monarchies si variables de TOrient. Dans la plupart se perpétue une sorte de communauté de biens et de travaux , d^où il résulte que chacun profite de l'assistance de tous. L'impôt prélevé, le reste de la récolte est réparti à proportion du terrain que chacun a cultivé; celui-ci va au marché, celui-là s'adonne à quelque industrie. Dans certains vilhs^es, les terres changent chaque année de maîtres.
L*impAt était réparti et levé de diverses manières , en estimaot la moisson lorsqu'elle était encore sur pied. Un dewan prenait à ferme toutes les terres d'une province; le zemendar sous-traitait pour les divers districts qu'il distribuait entre les niltivatenrs (ryofs) ou entre les villages; il devenait percepteur des impôts , et se trouvait revêtu , en conséquence , de certains pouvoirs, même du commandement des troupes de son district. Il taisait figure de prince, avec juridiction civile et criminelle.
On pourrait donc assimiler un tel régime a la féodalité , sauf que nos feudataires avaient réellement la propriété des terres et percevaient les taxes à leur profit , tandis que dans l'Inde Tempereor était considéré comme l'unique propriétaire. Il est irai que le ryot jouissait pleinement des droits de propriété , puisqu'il n'en était dépouillé que lorsqu'il manquait à ses obligations, et qu'il pouvait la transmettre à d'autres.
Ao sommet de l'échelle, le Grand Mogol, descendant de Tamerlan, était le dépositaire ou le titulaire d'une autorité illimi- ^. Les provinces étaient administrées en son nom , comme B008 Tavons dit, par les subadars, qui souvent s'en rendaient ■ultres. A côté d'eux existaient beaucoup de princes indigènes, ADdens dominateurs de la contrée. Au-dessous de cette hiérarchie aristocratique et administrative , venait le village. Ainsi se trouvaient ràints le despotisme au sommet, l'aristocratie et la féodalité au milieu, le rounicipe et la république à la base.
Akbar le Grand (t&&5-t605) , sixième descendant de Tamcr*
lao, acheva la conquête musulmane de l*Inde en f^oumettant les Afp^hans, et fut le véritable fondateur de Tempire mogol. Après lui la discorde régna entre les princes ; Fanarchie et les guerres civiles durèrent jusqu^à AurengZeb (1659), qui se signala par ses victoires. Il avait, sous le masque de la dévotion, fait périr ses frères et emprisonné son père ; il resta le maître de Tempire, dont il porta la grandeur à son comble. Son trésor se composait d'énormes lingots d*or et de pierreries, dont un diamant de deux cent quatre-vingts carats, trouvé au sac de Gol* conde '. Ce dont on s'émerveillait surtout, c^étaitde son trûne de paon, ainsi appelé de l'oiseau qui le surmontait, tout en or massif, semé de pierres précieuses, avec un énorme rubis à la poitrine , d*où pendait une perle de cinquante carats. Douze colonnes inenistées de perles supportaient le baldaquin. Aureog- 2Seb séjournait rarement dans les villes , il habitait le plus souvent des cnmps mobiles : trois immenses palais de bois léger, dont les pièces se démontaient, étaient transportés par deut cents chameaux et cinquante éléphants , à un jonr dUntervaUe l'un de l'autre; il trouvait ainsi un palais construit partout où il stationnait. Des centaines de chameaux qui portaient ses trésors, des chiens, des panthères dressées à atteindre la gazcHe, des taureaux pour chasser le tigre , puis cinq cent mille hommes employés pour la cuisine, la garde-robe, les archives, les armes, la réparation des routes, formaient sa suite. Lorsqu'on était arrivé dans quelque vaste plaine, ce demi-million de vova* geurs campait autour du palais du Grand Mogol , et des files innombrables de tentes, dressées en un clin d'œil et enlevées de même , se prolongeaient en ligne droite vers ce palais.
L'empire mogol embrassait, à la mort d' Aureng-Zeb (1706), quarante provinces, s'étendant du 85* au 10^ degré de latitude; et il en tirait dix milliards, bien que les produits valussent un quart du prix qu'ils auraient eu en Angleterre, liais après lui l'empire marcha vers son déclin. Plusieurs prétendants
' Ce cdlèbre d. amant est anjourdMiul la propriété de la ooarcine britannique, et a Rguré parmi les merveilles de TcxpositlDa deLoadres «a ts&l. (Ah. R. }
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se dispatèrent le tr6ne et se renversèrent tour à tour ; le luxe et b débaudie marchaient de pair avec la cruauté, qui faisait rouler le sang entre frères. Pendant ce temps, les radjahs et kssubadars se rendaient indépendants , tellement que la puisiiDoe du Grand Mogol se réduisit à peu près à conGriner le successeur du nabad défunt , en lui délivrant fa patente impériale.
Daos les provinees du nord, entre Tlndus et le Djommah, éuit mort en odeur de sainteté , vers 1539 , près de Lahore , un oertaio Nanek, au tombeau duquel affluaient les dévots et les ^ples qu'il avait recrutés de diverses nations et réunis sous le nom de seîkhs, qui veut dire écoliers. Argiounmal , son SQccessenr, recueillit la doctrine du maître dans le Pothi ou Bible, et de là naquit la secte des selkhs. Cette secte , rejetant les traditions brabminiques, adore un Dieu unique et invisible, et fait de Tamour du prochain la base de la morale ; elle reomnnande , du reste, de pratiquer la tolérance et d*éviter les coatroverses, abolit les castes, en conservant néanmoins la <listinetiun des tribus, ainsi que la séparation des sectaires avec la étrangers; elle permet de manger de la viande , à l'exception de la chair de vache; les idoles et toute espèce d'images sont ndoes de ses temples; les femmes jouissent d'une sorte d'énaodpation. On donne à chaque initié un sabre , un fusil , un vCfUne Oèche et une lance, et de plus une tasse d'eau, où l'on to fondre le sucre avec la pointe d'un poignard.
Cette secte forma bientôt une nation guerrière sous ses gou- 'i^t diefs spirituels qui luttèrent souvent contre le Grand Mogol, se mêlèrent aux guerres civiles, mais perdirent ensuite tout pouvoir séculier. Le pays se divisa alors entre plusieurs sirdars ou chefs , surnommés singhs ou lions. Ce sont ^ qui avaient élevé, sur le trône du Grand Mogol, Moham- "M^-Sebah, qui régnait en 1739, quand II fut attaqué par Na- <lir-Schah, le restaurateur de l'empire persan. Après avoir dévasté Delhi, Nadir laissa le trône à Mohammed ; mais il lui «aleva les provinces situées sur la rive occidentale de l'indus.
A peine s'était-il éloigné, que la province de Bérar se détacha ^ Teropire des Mahrattes. Aoud se rendit aussi indépendant ^tis Achmed-Schah, successeur de Mohammed (1747); il en
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fut de même du Bengale. Le Mogol se trouvait ainsi réduit a une partie des provinces de Dellii et d*Agra. Sous le règne d'Allemghir II (1753), Hamed, roi des Abdallis, nation afghane du Candahar, assaillit Delhi , pilla tout ce qui y était resté, et renversa jusqu*aux murailles pour en enlever les pierres. Cette ville Tut dévastée une troisième fois par les Mahrattes , sous Djiban-Shaw; ils fouillèrent jusqu*aax tombeaux; mais le roi de Candahar les ayant attaqués , en tua, dit-oo, cinq cent mille. Parmi les gouverneurs musulmans qui, après riuvasion de Kouli-Khan, aspirèrent à se rendre indépendants, Dawoust Ali-Kbau, nahab de la province d* A rkot, où étaient situées Pondichéry et Madras, se rendit tellement redoutable, que les radjads implorèrent le secours des Mahrattes.
Cependant des puissances plus redoutables grandissaient sur ces rivages : c'étaient les Portugais , les Hollandais et les Français. Les premiers y avaient pris pied après la découverte du cap de Bonne- Espérance; mais ils n*y avaient pas gagné de terrain ; et s'étaient vus dépossédés par les Hollandais , qui avaient alors les plus vastes établissements de TAsie, des tles de bi Sonde aux côtes de Malabar. Dès le règne de François F^ , les Français avaient tenté de 8*établir dans Tlnde; mais, repoussés par les tempêtes, ils ne franchirent pas le cap de Bonne-Espéraooe. Henri IV établit en Bretagne une compagnie des Indes orientales (1604), qui, après y avoir expédié sans succès quelques navires, ne tarda pas à se dissoudre. D*autres tentatives échouèrent encore, ce qui engagea les armateurs français à se porter plutôt yers Madagascar. Richelieu, voulant ranimer le commerce des Indes , forma une nouvelle compagnie avec de larges privilèges ; cependant elle ne put prospérer. Une autre, instituée par Colbert, avec une dotation de quinze millions et un pririiége de cinquante ans, grandit rapidement; mais elle était déjà en proie au désordre quand Law songea à la relever, en lui adjoignant les compagnies d'Occident, de la Chine et de TAfrique, sous le nom de compagnie perpétuelle des Indes. Nous avons vu (tome P^, page 26] le succès non moins brillant qu'épbémère de cette entreprise : la compagnie survécut au naufrage de Law , et porta ses vues sur Pondichéry, qui avait prospéré ^
griee à des efforts parttculien. Dumas, qui y fut envoyé comme gouverneur ( 173â), la rendit florissante par son admi- Distntion tout à la fois habile et vigoureuse. 11 obtint du Grand Mogol Mohammed-Schah le privilège très-avantageux de battre monnaie; Tacquisition de Karikal et de son territoire, acheté d'un prétendant au royaume de Tanjare (1739) moyennant une faiblesomme et des promesses de secours , fut encore plus utile.
Les Français avaient formé d'autres établissements dans la pnsqulle Indieune. lis s'étaient assuré le commerce du poivre m les côtes du Malabar ; ils transportaient à Surate les tissus et les bijouteries de Lyon ; on pouvait croire qu'ils allaient rivaliser avec les colonies des grandes nations maritimes , d'autant qu'ils fwmt à la tête de leurs établissements trois hommes d'un grand nêrite, Dupleix , la Bourdonnais et Bussy.
A rarrivée de Dupleix ( 1742 } , les Européens n'étaient con* sidérés dans l'Inde que comme des marchands; mais lorsqu'il eot étudié le pays, il conçut le projet d'y dominer, et dissimula cette pensée tant qu'elle ne pouvait paraître que folle ou téménire. Son plan , extrêmement simple, consistait à mettre des corps européens au service des princes indiens, persuadé que bientôt ils y acquerraient de la prépondérance. C'est ainsi qu'il parvint à dominer dans le pays de Ramate, puis dans le Décan, Hir trente^nq millions d'habitants , c'est-à-dire sur presque la iwiiiéde l'empire du Mogol, créant ou détruisant à volonté les établissements étrangers. Les Anglais voyaient d'un œil d'envie <*nx des Français ; ces derniers n'avaient qu'à favoriser un na« ^b, pour que leurs rivaux le prissent en inimitié : aussi conti- Boaient-ils de se faire la guerre dans ces contrées , alors même qo^ils étaient en paix en Europe. Après la paix d'Aix-laOïapelle (174S), Dupleix reprit ses vastes projets, dans la conviction où il était que la compagnie française ne pourrait lutter contre sa râle, à moins de prendre pied sur le continent indien. Maliicureusement les chefis étaient en désaccord et jaloux l'un de ^'antre; la Bourdonnais, à qui Ton devait la prospérité des Iles ^ France et de Bourbon, au lieu de s'unir à Dupleix , qui mé* ditait la conquête de Madras, voulut se donner la gloire d'enlever «^laux Anglais leur plus riche ctablissempot dans leCoromandel.
( 1746 ). Madras était divisée en ville blancbe des Européens, et eo ville noire des Juifs, des Banians, des ArméniciB,des mahométans, idolâtres, nègres, rouges, cuivrés. La Bourdonnais avait Tordre de son gouvernement, qui ne connaissait poim le pays, de ne conserver aucune des conquêtes qui seraient faites : en conséquence, il accepta dix millions de livres pour la rançon de cette ville. Mais Dupleix , qui en appréciait rimportance , cassa la capitulation, saccagea et brûla la ville, et j fit exécrer le nom français. Puis il suscita tant d*obstacles aux oo»velles expéditions de son rival, que la Bourdooiiais se retira; il rentra en France , où il fut mis à la Bastille.
n ne pouvait arriver rien de plus à souhait aux Anglais, qui , ayant réuni des forces , non-seulement recouvrèrent Madras, mais assiégèrent encore Pondichéry. La belle défense à Dupleix , qui contraignit les Anglais à battre en retraite, oou vrit les torts qu il avait pu avoir.
Madras une fois perdu , Dupleix dirigea ses efforts sur le Décan.et le Kamate, où plusieurs prétendants étalent aux prises. Au milieu de leurs discordes, il parvint, après des exploits comme ou n*en voit que dans les romans ' , à donnt^r le trône du Décan à Mousa-Fersing, son protégé, qui agrandit considérablement les territoires de Pondichéry et de Karikal, ethii donna Masulipatnam avec ses environs. Mais bientôt la ccxnpa* gnie anglaise , sans déclarer ouvertement la guerre , vint en ai<ie dans le Kamate à Tadvenaire de Dupleix, qui , mal sotfteoti par ses alliés et par le cabinet pusillanime de Versailles, fiait par succomber. Plein de hardiesse au milieu des difficultéSi inépuisable en expédients , il sut se relever. Ses victoires avaient excité un enthousiasme inexprimable en Europe : on disait que les seules terres obtenues de Chandasaeb rapportaient 39 mil* lions ; on comptait déjà annuellement sur un revenu net de 60 millions : chimères comme celle de Law. Tons comptes tttSi
' On raconte qu'an officier français, nommé de Latoocba, coloti^ par quatre- vingt mille ennemis, pénétra de nuit dans leur camp tvec trois centade aes compatnotes, en tua douse cents, èponvaaUlcsi'' 1res 9 et les dispersa sans avoir perdn plus de deux soldats.
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la ooiii|Miigiiie se trouva en perte de 3 millions, et on inculpa Dupleix , coname si Ton n*avait pas dû prévoir que ses vastes entreprises devaient coûter beaucoup , et qu*ii faudrait dépenser eoeore pour en recueillir ultérieurement les fruits. Irrités donc de se voir déçus dans leurs spéculations ( 1753 ) , les directeurs résolorent de lui donner un successeur ; et le ministère s*y prêta d'autant plus que les Anglais demandaient son rappel, Tacoisant ë'attiser la discorde en Asie ( 1754 ]. Les cabinets de Fnaoe et d'Angleterre s'unirent alors pour réconcilier les deux compagnies, et les mettre sur un pied d'égalité parfaite de for* ces , de territoire et de commerce sur les côtes de Goromandel etd'Orissa, voulant qu'elles pussent jouir cbacune en paix de ses pofisessioois, sans se mêler aux querelles des princes indigènes.
Dupleix sUndignait que scm successeur eût négocié avec les Anglais, au lieu d'employer les troupes qu'il amenait pour assiéger Tridnapali, dont l'acquisition aurait assuré aux colonies fraïu^aiaes et la domination et des avantages immenses. Lorsqu'on voit oe que les Anglais ont effectué depuis, on est porté à croire qu'il conseillait le meilleur parti ; mais il lui fallut obéir. U avait avancé 13 millions de ses deniers, plein de confiance qu'il était dans k victoire , et elle lui était arracliée. Ce fui donc en versant des larmes qu'il abandonna le théâtre de sa gloire.
A son retour en France, on refusa de lui tenir compte de ses avances, et l'on intenta un procès à celui qui avait été sur le point de donner l'Asie à la France. Après avoir dépensé ce qui ^ restait à solliciter une audience de ses juges, il mourut dans ^ misère ( 1768 ), cet homme qui avait eu dans sa main les trésoisde l'indel
Ia compagnie française possédait alors, sur les côtes d'Orissa ^l de Goromandel, Masulipatnam avec quatre districts , Pondi- ^^ entouré d'un vaste territoire, Karikal et l'île de Chéringam ; P<>sKttions considérables, mais trop écartées pour se soutenir "^tttiieUenient. Le marquis de Bussy, lieutenant de Dupleix, avait soutenu l'influence française dans le Décan, et il eût été ^n de confier les choses à son expérience. Au lieu de cela, le
cabinet firançais envoya le comte de Lally ( 1 7&6 ), Irlandais, of5cier plein d'Iionneur et de courage, mais imprudent, et qui n*avait ni le liant ni la modération nécessaire dans des contrées éloignées, et au milieu de circonstances difficiles. Par hutinet national, il abhorrait les Anglais , et disait que sa politique coosistait dans ces quatre mots : Pius d Anglais dans la Péninr suie! Mais il ignorait les lois, les intérêts, la politique de rinde, ets^obstinaîtà ne pas écouter ceux qui aucaîentptt Ton instruire. Son adversaire Coote, au contraire, homme froid, résolu et modéré, savait agir suf tout ce qui Tentourait, et profitait des mtms de Tennemi.
Les premiers actes de Lally réussirent bien; il reponoa Ici Anglais de toute la côte de Coromandel. Mais, toujours à court de ressources , il ne tira point parti de ses succès ; il s'aUésa par la rigueur et par les menaces les administrateurs, et cette tourbe d^employés à qui les abus profitaient :. Tannée ellemême se révolta contre lui , et les Anglais bloquèrent Pondiehéry. Les castes supérieures dans cette contrée répugnent au travail ; les castes inférieures ont des professions déterminées, et se croiraient déshonorées eu se livrant à une autre : ainsi le portefaix , sMI lui fallait tenir sous son bras un iardean qu*il est dans ses habitudes de charger sur sa tête; le soldat, s*i1 creusait la tranchée qui doit Tabriter; le cavalier, s*il Crachait rherbe pour son cheval. Il faut donc qu'une population innombrable suive les armées. Lally, n'ayant pu réunir assez de monde, enrôla par force, sans égard pour les castes et la distinction des travaux, les habitants de Pondichéry, leur imposant les mêmes fardeaux, foulant aux pieds tout à la fois (ce qui était sans exemple) Tordre social et Tordre religieux. Ao milieu de la discorde, des révoltes, de la famine, Lally résista à des forces vingt fois supérieures aux siennes ; mais enfin, réduit aux dernières extrémités, il rendit la place, et fut conduit prisonnier en Angleterre. La prise de Pondicbéry porta le dernier coup à la domination des Français dans Tlnde, où ils ne eonse^ vèrent que des factoreries insignifiantes , tandis que le Coromandel et le Bengale firent la colossale grandeur de TAngletene. A la paix de 1763, Pondichéry fut restitué à la France, mais eo
raine et avec an territoire iosigniGant. La France recouvra aussi Kvikal, Cbandeniagor et ses autres comptoirs dans le Bengalo (1769), mais à la condition qu'elle n'y élèverait pas de fortiGcatioos. La France avait aussi perdu en dix ans ses établissements d'Afrique, une partie de ceux d'Amérique, et tout le Canada. Il eo résulta une grande irritation; et comme il fallait s'en prendre à quelqu'un , on se déchatna contre Lally, dont tous les Ides forent interprétés le plus mal possible, et qu'on accusa même de trahison. Informé de ces accusations, il obtint de venir d'Angleterre pour se disculper ; et il écrivit à M. de Choiseul : f apporte ma iéte et mon innocence. Cetteaffaîre (chose absurde) lit portée devant le parlement : il s'agissait de campagnes, de si^es, dans un pays et dans des circonstances qu'il ignorait complètement. Lally, absous du crime de lèse-majesté, fut condamné comme coupable d'avoir trahi les intérêts du roi et de la eompognîe, et abusé de son autorité. Il fut en conséquence condamné à mort ; il fut conduit à l'échafaud à l'âge de soixante-six •B8 (1766), avec un bâillon dans la bouche. L'arrêt fut plus tard cassé par Louis XVI, et la mémoire de Lally fut réhabilitée.
Mais revenons aux affaires de l'Inde. Souîa-al-paoula, qui régnait dans le Bengale, à Behar et à Orissa, ennemi déclarédes Aurais, surprit Calcutta, leur principale factorerie, peut-être à riostigatÎQn des Français ; et cette place fut obligée de se rendre ( 17$6). Comme il y trouva peu d'or et de marchandises, il crut qa'on les avait cachés ; et, pour forcer les prisonniers à lui découvrir leurs trésors» il les enferma dans un cachot privé d'air et de lumière , qu'on appelait V Enfer noir, et où, dans l'espace dedooze heures, cent vingt-trois périrent étouffés. Les Anglais de Madras frémirent à cette nouvelle; et l'amiral Charles Watton, dirigeant aussitôt sa flotte dans le Gange , fondit sur Caloitta qu'il emporta d'assaut.
Robert Clive (1735-1774), fils d'un petit gentilhomme du Shropshire , avait comme tant d'autres passé aiu Indes , où il NDcontra toutes les contrariétés réservées aux caractères ^er- (iques. Ce nouveau Cortès possédait , comme le conquérant du Mexique, la force de résolution, la promptitude à prendre un parti , la rapidité à exécuter ; il savait Inspirer son enthousiasme
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âax soldats , imposer aux étrangers , agir de son propre mouvement, et pourtant faire don à sa patrie de ce qu*il avait conquis sans elle. Parvenu au commandement deFarmée, // ne convient pas de se tenir sw la défensive , dit-il ; attaquons ! et il livra bataille au farouche nabab, qui périt dans Faction. Son généra) Mir-DjafQer, qui devint son successeur, paya deux millions de livres sterling aux Anglais > 230,000 à lord Clive, avec une pension de 60,000. Mais les vainqueurs ne s^arrétèrent pas là ; et la faiblesse du nabab amenant de leur part de nouvelles exigences, il fut réduit à leur abandonner, pour sûreté des payements auxquels il s'était obligé , trois districts voisins de Calcutta, qui formèrent le noyau de leur futur empire. Puis, lorsqu'il en vint à résister a leurs prétentions , ils le renversèrent, et mirent à sa place Cossim- Ali -Khan, qui leur abandonna deux autres districts , et récompensa largement les fauteurs de la révolte. Humilié aussi de sa position, il voulut se soustraire au joug : il augmenta son armée, et, tombant à Tim' proviste sur les Anglais , il en fît un grand massacre. La France et TAngleterre venaient , à cette époque , de reprendre les armes ( 1767) ; mais la compagnie française, an lieu de s'unir aux princes du Bengale contre leurs communs adversaires, adopta une neutralité pusillanime ; elle refusa des secours à Souîa-al-Daoula. Ce nabab ayant donc succombé , les Anglais, devenus riches et puissants, poussèrent vivement la guerre, pour effacer Thumiliation où Duplelx les avait réduits; et l'on vit avec étonnement quelques bataillons européens triompher des immenses armées de deux confédérations (1760).
Le Grand Mogol Schab-Alepi II avait été chassé par 1*^ Mahrattes de Delhi même, la dernière ville qui lui fût restée, ils avaient mis sur le trône son 61s Dejwan-Boukt. Le Mogol déposé proposa à la régence de Calcutta , si elle le rétablissait dans Delhi, de lui donner Gazipore et Bénarès, qui ouvraient le Bundelcond, dont les diamants étaient un objet de convoitise. Il n'en fut pas tout à fait ainsi. Mais Clive négocia un traité de paix , par suite duquel les Anglais consolidèrent et accrurent leurs possessions, et obtinrent du Grand Mogol Vinvestilure des devantes du Bengale, de Behar, d'Orissa, qui comptaient
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dix jDillioos dlialMtants, et donnaient un revenu net de 3C millions de firancs.
Cii?e, s'étant transporté à Madras ( 1761 ), comprit que rhoire était arrivée pour T Angleterre de se rendre maîtresse du pays; et il écrivit à la compagnie : « Voici le moment de décider si nous prendrons ou non le pays tout entier pour
notre compte L'empire du Grand Mogol (je n'exagère
pas) peut être demain en notre pouvoir. Ces peuples n'ont d'amour pour aucun gouvernement; leurs armées ne sont ni payées comme les nôtres, ni commandées, ni disciplinées. Une poignée de troupes européennes suffira non-seulement pour nous défendre contre tout prince indigène , mais pour nous nodre maîtres, et redoutables au point que ni Français, ni Hollandais , ni aucun autre ennemi , n'osera s'attaquer a nous. Tout nabab dont nous prendrons le parti deviendra infailliblement jaloux de notre puissance, ou envieux de nos posiesaions; Tambition, la cruauté, l'avarice, ne cesseront de nojoier notre raine. Chaque victoire ne nous vaudra qu'une trêve momentanée; tout nabab déposé sera remplacé par an antre qui, dès qu'il pourra entretenir une armée, fera coaune son prédécesseur, c'est-à-dire deviendra notre ennenu... Il fout donc que nous soyons les nababs au moins de tait, sinon de nom... peut-être même, sans déguise» ment , de nom comme de fak. »
Ce n*est donc pas seulement au machiavélisme des Européens QQ'ii faut attribuer leurs succès rapides en Asie, mais à Tempire presque immédiat qu'une volonté bien arrêtée acquiert sur ^'^gens flottants et désunis comme l'étaient ces nababs, ces *(^babs, ces radjahs, qui, après avoir obtenu à prix d'or ^n possessions d'un despote imbécile, avaient besoin du couine et de l'avidité de soldats étrangers pour se détruire en- ^^ eux. Les Anglais eurent l'art de masquer leur domination sous de vieilles formes indigènes, en maintenant un soubob oational; de sorte que les lodous croyaient recevoir du Grand Uogol les ordres qui , en réalité , venaient de Calcutta.
Mais les Anglais ne s'étaient point mesurés encore avec leurs adreisaires les plus redoutables. De Delhi à Tomboudra s'é*
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tendait la confédération des Malirattes : c*esl ainsi que l*on appelait une ancienne tribu du Décan , originaire des montagnes du Hahrat , dans le Visapour; c*est à cette tribo qu'appartenaient peut-être les pirates qui , dès le premier siècle de Tére vulgaire, infestèrent les mers de Tlnde. Population de bandits, ils fournissaient de cavalerie excellente les princes de la Péninsule, et appartenaient à la caste des vaithyas ou marchands; mais le père de Sevadji , soldat d'aventure au service du roi de Visapour, qui avait reçu de ce prince un jaghir dans la Karnate, avec le commandement de dix mille hommes, sortait de celle des khatriya» ou guerriers (1645). Le jeune Sevadji , ayant attiré près de lui , par sa valeur, un grand nombre de braves , sortit avec eux de Pounah , son pays natal ; la contrée montueuse qui s*étend des frontières du Guzarate jusqu'à celle du Kanara, pays moins civilisé, lui fournit aussi des bandes intrépides qu*il lî^unit en corps de nation. Il conquit une pa^ tie du Visapour, ainsi que la forteresse de Sultana ; et Aureng- Zeb ne lui ayant pas opposé des forces suffisantes , il se proclama radjha-majah ou souverain (1674); puis il occupa toas les ports de la côte occidentale du Décan, à Texception deeeox qui appartenaient aux Portugais ou aux Anglais. Aureng-Zeh fit la paix avec son fils , en accordant aux Mahrattes le dixième de tous les revenus du Déc^n , qu'ils furent autorisés à faire percevoir par des fermiers héréditaires préposés par eux. Ja* hon , petit-fils de Sevadji , étant devenu vieux , abandonna le gouvernement (1717) à son premier ministre {pelschwah)^ qui de ce moment devint une espèce de majordome bérédi taire.
Les troupes indigènes n'étant pas payées , les princes du pa}*} confiaient certaines contrées à des chefs militaires , avec Fobligation de pourvoir à l'entretien des troupes : quiconque jouissait donc d'une réputation de valeur trouvait facilement des me^ cenabnes » dont l'appui l'encourageait à usurper Tautorité; bientôt il était en mesure de renverser l'ancien roi , ou de se ivs^ céder par lui l'exercice du pouvoir.
C'est ainsi que s'éleva HalderAli ( 1718-1782), qui d'une oondition des plus humbles parvint au gouvernement de MysorVt
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ctemHle à la soaTeraineté; on le surnomma à cette époque k MdMe de tOrUni.
Ainsi, à la guerre que s'étaient faite entre eux les Européens sméda (1747) la lutte dès Anglais contre l'Inde musulmane. Hvder-Ali, avide d'entreprises, se rendit maître du Bengalore , et iaisn ce pays an radjah de Mysore dont il fit son vassal, et qu'il ëéfeadît eontre les Mahrattes. Mais, soit pour sa propre sdreté, loit psr motif d'ambition, il s'empara deSéringapatnam, capitale do Mjpsore. 11 se trouva posséder un revenu de cent dix mil* iioas , deox eent mille soldats , dont vingt*cinq mille cavaliers, et un corps de douze cents Français. Avec un art admirable, aidé par son fils Tippoo-Saîb, il conclut un traité aux portes da Madras même, et aux termes duquel le nabab d'Arkot, créature des Anglais, dut abandonner la ville d'Oscotta avec sa forteresse, et lui payer un tribut de 1 million 400,000 livres piraa.
Les Anglais eurent à coeur d'effacer cette honte, en faisant dans rindostan des expéditions heureuses. Ils s'y rendirent mal* tm en effet de Cora et d'Allahabad, qu'ils cédèrent, comme noverains, au nabab d'Aoud, en l'obligeant à un tribut de 35 nûllions. Avec l'or de ce nouveau vassal , ils firent la guerre à Eohilkenda, et, Tayant soumis, réunirent son territoire 'à cdai du nabab d'Aoud, en augmentant son tribut de 4 mil* lions, et en se réservant la province de Bénaràs, ville sainte, dont la possession leur permit de s'étendre Jusqu'à l'extrémité du Bei^le.
De tels succès les enhardirent de plus en plus ; et, ne dislimulant plus la conquête , ils imposèrent leur volonté pour loi , donnèrent aux indigènes leurs nationaux pour juges et pour administrateurs; enlevèrent toute autorité au soubab, qoi, tributaire de la compagnie 'et placé sous sa dépendance, fut dépouillé du droit de faire la paix et la guerre, de nommer ses ministres , de commander ses troupes , d'administrer les finances, de rendre la justice à ses sujets. Considérant le pa3*8 comme une mine , le peuple comme une marchandise, les Anglais ne visèrent qu'à exploiter à fond leur conquête. Mais la t}Tanme porta ses fruits : un grand nombre de cultivateurs,
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ruinés par les extorsioos, laissèrent dépeapléset ea friche des terrains fertiles ; beaucoup de tisserands en soie s*€Stropiaieat ou se mutilaient , plutôt que de subir les avanies auxquelles les exposait leur industrie. Les métiers restèrent oisiâ , et la récolte diminua. Le monopole de la société avait détroit Tindustrie nationale, qui produisait ees belles étoffes recherchées en Oocide&t depuis des siècles ; et le pays fut appauvri, tout en absorbant l*argent de r£urope et de rAmérique. De toutes les marehandi» ses anglaises apportées dans le Bengale, les munitions de guerre furent les* seules qui éprouvèrent de Taugmentation. Les famines, les épidémies étaient provoquées par l'insatiable avidité des monopoleurs ; on en dte un qui, arrivé nu dans le pays, envoya 14 millions en Europe. Une corruption ignoble sMntroduisit partout; elle se noélait à la politique, avide de ces présents clandestins qui toujours ont joué un grand rdle dans la diplomatie orientale, et que la loi put restreindre, mais non prohiber.
11 n^existait point de lois qui protégeassent les personnes, point d'autorité qui pût se, faire respecter. L'en&nce de Tindustrie empédiait tout développement de la richesse publique; et ua peuple qui diffiérait tant de l'Européen par la langue, les usages, la religion, était rançonné pardes gens que l'éloignement de leurs mandataires mettait à Tabrl de toute responsabilité. On cherchait à se procurer un emploi dans l'Inde, pour amasser à la hâte quelques centaines de mille Uvres sterling, et retourner épouser en Angleterre la fille d'un pair, acheter un bourg-pourri^ et faire figure.
Qu'eût pu faire unchef honnête en pareille situation ?,Cependant, sous son apparente richesse, l'Inde s'appauvrissait toujours; l'argent se trouvait dans la main d'un petit nombre de gens qui approchaient les Anglais , et qui ne songeaient qu'à pressurer de plus en plus le pays. Une sécheresse désastreuse détruisit la récolte du riz, principale nourriture de ces contrées, et les spéculateurs accaparèrent le reste ; si bien que les plus riches eurent peine à se procurer de quoi vivre. Au milieu de cette horrible famine > les liens de la société furent brisés , mais ceux de la superstition résistèrent ; car on n'osa tuer les animaux , et le bœuf , la vache disputèrent impunément leur pâture
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à des /sens qui mounuent de fiedm* Trois ou quatre millions d'iia* faîtanis périrent au Bengale.
Avec un terriloire si riche et si vaste, avec le privilège du eommeree de TOrient et des exactioDsiasatiables, la compagnie fat eependant obligée de solliciter un secours d'un million et de* mi sterling , au lieu de payer à ses actionnaires le dividende de douse et demi pour cent qu'elle leur avait promis.
Elle avait pendant dix ans tiré annuellement du Bengale 3G ndllioDS, sans compter 200 millions pillés parles exacteurs. Mais la sooiee de tant de richesses était épuisée par les guerres, les révolntioiis, les extorsions; les habitants échappés à la famine étaient dans la dernière misère ; et pourtant les directeurs, dont l'intérêt bien entendu eût élédechercher k remédier à de tellesextrémités, déclarèrent , dans leur lettre générale de mars 1771 , « que c'était le bon moment pour profiter, par tous les moyens possibles , des avantages que promettait la possession du Bengale. » Tant il ffst vrai que la spéculation mercantile est sans entrailles l
Ces misères étaient ignorées en Angleterre, où ne parvenait que le bruit des victoires de Clive, d'autant plus vantées qu'elles eootnstaient avec les revers éprouvés en Amérique.
I#ai« dans rinde des bruits horribles couraient sur son compte; il passait pour fiiire un ignoble monopole du bétel et du tabac , du riz même , Tunique aliment du pays, et pour commettre les de pouvoir les plus révoltants. Burgoyneen porta plainte lui en Angleterre, où Clive , qui avait gouverné la moid^un monde à son gré , sans compte à rendre à qui que ce fât, titt eontraiot de s'expliquer tout haut comme citoyen. Sa en fut altérée, et, retiré de la société, consumé par une de foie , il mourut à quarante-neuf ans. C'est un nom a périra pas; car, sans autre mattre que le besoin et le péril , sot devenir grand général, grand administrateur, et s'arléter à temps. L'histoire est encore dadb le doute sur ses torts. Ce fut à cette époque que le parlement songea à modifier la eoostitutiott de la compagnie , dont il convient de parler ici. Les adionBairM, à l'origine, se réunissaient de temps à autre pour leurs intérélB, et , en se séparant, ils chargeaient un comité d'expédier Icsafïaires courantes. Les moindre intéressés y avaient
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aoeès comme les autres; mais, après Taete d'unioii, il iittot un capital de 500 livres sterlÎDg pour assister h rassemblée des actiomiaires, et de 2,000 pour faire partie du comité. Un président et un vice-président dirigeaient les délibérations, où Ton élisait les directeurs annuels. Des convocations général» avaient lieu en mars , juin , septembre et décembre , et en outre toutes les fois qu'il en était brâoin , même à la requête de neuf actionnaires. La cour des vingt-quatre directeurs se réonissiit quand elle le jugeait bon , et la présence de treize de ses membres suffisait pour valider ses opérations. La compagnie était doue modelée sur la constitution anglaise. Les propriétaires d'actions correspondaient à la nation, leurs assemblées au corps électoral; et le président , assisté des directeurs , au roi et au parlemoit. Les directeurs.se partageaient en dix comités de correspondance , de procédure, du trésor, de magasinage , de comptabilité, d'achats , de navigation , de commerce ; il y en avait un es outre pour Pintérieur et un autre pour la surveillance.
Dans les trois présidences de Bombay, de Madras et de Calcutta, indépendantes les unes des autres, l'autorité suprême appartenait à un gouverneur, assisté d'un conseil dont les membres étaient pris à l'ancienneté , parmi les employés civils de la com* pagnie : chaque décision était adoptée à la majorité des «Dix. Gomme le président et les conseillers pouvaient cumuler pissieurs charges, ils se réservaient les plus lucratives. La compagnie entretenait une armée recrutée en Angleterre ou panai les déserteurs des autres colonies, et composée aussi d'indigènes (elpayes) , qui se plièrent à obéir à des officiers européens.
Quant au commerce , celui des tissus , qui fut toujours le prindpal , avait pour agent un secrétaire (banyan ) , qui se transptv* tait sur les lieux avec un caissier et quelques serviteurs anaéL Il prenait un certain nombre d'employés subalternes qui , se distribuant dans les différents postes, s'y installaient avec des domestiques armés et autres gens de service. Gesagents traitaient avec les courtiers, et ceux-ci avec les pkart^ qui enfin négociaient avec les tisserands ; ainsi il y avait entre ceux-ci et la compagnie cinq intermédiaires. Le tisserand, comme il airiv* toujours , hors d'état d'acheter les ustensiles et les matiètee, rt
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de le Bourrir duriot le travail , cherchait des avances à grot ÎBlérfti : ionqull avait fini sa fHèee, il la portait au banyan, qnils déposait dans un magasin, ta campagne terminée, le bnjan et ses agents examinaient diaque pièce, et la payaient aa ttswraod , avec un rabais de quinze, vingt ^ vingt-cinq pour eem nr le prix convenu : en un mot, le banyan était Fannean 4t comnnmieation entre les deux peuples. Les riches Indiens xbetaicittce titreà grand prix ; c'était un moyen de trafiquer pour kur compte sous le nom anglais. Les marchands libres, c'est* à-iiiit eeux de la compagnie, avaient le privilège de trafiquer (fans k pays sous leur propre nom , mais en prêtant serment d'haliilereBx et leurs familles dans le lieu désigné par la compagnie , et de n'écrire ni faire écrire rien, touchant le commerce de la cMBKBÎe dans PInde, à d'autres qu'à la cour des directeurs.
Le ^tène judiciaire, organisé en 1726 , comprenait quatre eipèoes de tribunaux : chaque présidence eut une cour de maire [mt^or't court) , une cour d'appel, une de première instance , MoB tribunal des quatre sessions, qui réunit les attributions teJQges de paii et autres juridictions inférieures. Deux tribunaux 'CBdâent en outre la justice aux indigènes selon leurs lois , l'un an criminel et l'autre au civil ; le président nommait ou destituait les juges, à sa volonté. La compagnie voulut étendre son poQvoir sur tous lessujets britanniques établis dans l'Inde, qu'ils fiBseBt ou non ses agents; elle obtint h la fin que quiconque y ^l^Nderaitsana son autorisation pût être renvoyé comme infrac^ tev de la loL On avait déjà débattu en Angleterre la question <^sivoir si une compagnie privilégiée pour le commerce pou- ^ excreer la souveraineté , et si ses acquisitions ne revenaient P«à la nation. Il paraissait étrange, en eàet, que la qualité d'actûuiaire dans ime société conférât le droit de se faire conque- '^t et législateur. Le parlement ne décida rien, moyennant ^'obligation prise par la compagnie de payer 400,000 livres sterling de plus que par le passé.
Cependant les guerres mineuses et la mauvaise administration 'Pûnient la compagnie : chacun ne songeait qu'à piller. La dette s'éleva à 330 millions de francs, sans compter les dettes P^rtieulières des quatre présidences, tandis que le capital ne dé-
passait pas en tout 130 millions. Le parlement vînt à son aide (1773) en réduisant les dividendes à six pour eent, et il eliangea en outre l*organination intérieure de la société. Un gouverneur général , nommé pour cinq ans , dut résider au Bengale , arec un conseil de einq membres désignés par la compagnie et institués par la couronne. Les autres présidences relevèrent de ce fonctionnaire, et ne purent faire ni guerre ni traités sans son assentiment Tout porteur d^une action avait d^abord droit d« voter dans rassemblée générale : il fut restreint à ceux qui en possédaient deux. Les directeurs furent nommés pour quatre ans, et durent être renouvelés annuellement par quart.
Un tribunal suprême , formé de magistrats anglais et indé* pendants du gouverneur, fut institué pour décider en dernier ressort, d*après les lois et coutumes britanniqiAs : contradictioo fondamentale avec le droit national. Les Bengaliens voyaient des gens armés traverser leur pays pour prêter main-forte à Texécution de sentences fondées sur des lois qu'ils n'entendaient pas, et pour opprimer les mindars^ c*e8t-à<dire les anciens fermiers héréditaires, devenus depuis grands propriétaires, et révéréi comme les derniers restes des princes nationaux. Blessés dans leur religion et dans leurs coutumes , les Indous s'opposaient souvent par la force à ces exécutions, et. le sang coulait; en sorte que le parlement se détermina a changer cet ordre de choses.
Le privilège fut continué à la compagnie pour un temps limité à la charge de payer à TÉtat 400,000 livres sterling , et de son* mettre tous ses actes au gouvernement»
Les trafiquants s'en revenaient en Europe avec des rieliess» immenses, quels renommée grossissait encore; aussi lesaetions montaient-elles énormément. Mais lorsqu'on veut que Tarbre donne des fruits, il ne faut pas en dessécher les racines. Le Bengale, épuisé, ne produisit plus le revenu habituel. Aussi la compagnie aurait-elle fait faillite, si le gouvernement ne lui edt avancé 81 millions et demi.
Warren Hastings, devenu gouverneur général (1773), essava d*opérer quelques réformes. Frappé du désordre des finances, il chercha à les rétablir, en supprimant les dépenses inutiles H
ks charges excessives , en dimmuant les frais de perception , en centralisant Tadministration davantage ; enfin en instituant des coius provinciales pour s'opposer aux abus. Il fut contrarié par ceox-là dont il voulait réprimer les excès; les expédients auv quds il recourut convenaient peut-être au caractère indien, mais répugnaient aux idées anglaises ; cela le rendit impopulaire , et tous ses actes furent pris en mauvaise part. On voulait conserver Tintégrlté du territoire, et on lui interdisait la guerre ; pois on lui en imputait les résultats :.on lui demandait sans cesse 4e Targent , et Ton désapprouvait les moyens immoraux à Taide desquels il s'en procurait, comme en vendant ralliance et les armes de la Grande-Bretagne à des tyrans ou à des ambitieux. Le parlement anglais, par son intervention continuelle dans des afiaires qu'il ne connaissait pas, augmentait le mal. Hastings sut limiter la conquête et Tagglomérer; mais il n'y avait rien alors de stable » aucune idée arrêtée ni sur la politique extérieure , ni sur la constitution intérieure. 11 n'y avait point d*argent , point de pouvoir» surtout point d'opinion publique. Soit donc pour ion profit particulier , soit pour n'avoir plus à lutter contre les mécootents, ilastings laissa les chopes retomber dans leur ancien état.
Enfin , les plaintes des malheureux Indous furent entendues en Angleterre (1783). Charles Fox, alors ministre, proposa à la chambre une réforme; mais tous les moyens, bonsou mauvais, furent mia en œuvre pour la faire échouer. Pitt, arrivé après lui au ministère, parvint à faire passer /e bUl de l'Inde^ qui attribua au rai la nomination des directeurs, avec six conseillers sous la présidence d'un secrétaire d'État , auxquels la cour des direc* teurs eut à transmettre toute sa correspondance avec l'Inde. Le gouvernement central fut composé d'un gouverneur général et de trois conseillers, que le roi pouvait destituer. Toute conquête ou ag^randissement, toute alliance offensive ou défensive avec les princes indiens , furent déclarés contraires à l'honneur et à la politique ; du reste , une grande liberté fut laissée au gouver* neur général, sous sa garantie personnelle. Mais si un pareil accroissement de force portait remède à certains maux , on re* connut plus tard qu'il avait de graves inconvénients.
€3 COLONIBS AKGLAI8BS.
Les sajeCs anglais relevaient des cours d'Angleterre pour la délits commis dans l'Inde, et les dirers gouTcroeurs pouvaient &ire arrêter et transporter en Angleterre tout individu suspect. Une nouvelle cour de Justice fut instituée à Londres pour eoo> nattre des concussions, des exactions et des actes de violenee commis dans Tlndostan. Hastings fut cité devant cette cour, et son procès est resté au nombre des monuments judiciaires les plus curieux. Sheridan, orateur déjà fameux de la cfasmbre des communes, attaqua le nouveau Verres dans un discours improvisé qui parut le comble de Féloquence ( 7 octobre 1785), et, contrairement à Tusage, il fut salué perdes applaudissements redoublés. Burke, Fox, Pitt, s'accordèrent à dire que jamaii on n'avait vu , dans les temps anciens ni modernes , un exemple pa^il de la puissance du génie et de Faft pour agiter et dominer les esprits. La mise en accusation d'Hastings devant la diambre des lords fut donc votée, et la parole de Sheridan Ty poursuivit avec moins de fougue , mais avec plus d'insistance. Burke , es développant lescbarges, retraça l'histoire de l'Inde, de ses coutumes, et des horribles souffrances qu'elle avait subies. Ao moindre retard de payement, les propriétaires étaient jetés en prison, et réduits à emprunter à usure pour rembourser les billeti qu'i|$ avaient été forcés de souscrire : ils payaient ainsi jusqu'à six eents pour cent. Ceux qui ne pouvaient s'acquitter étûeot appréhendés ; on leur serrait les doigts avec des cordes, et Toa y enfonçait des clous et des épines. D'autres étaient liés deux à deux par les pieds et suspendus la tête en bas ; puis on leur appliquait la bastonnade sur la plante des pieds , Jusqu'à ce que les ongles s'en détachassent ; on les frappait sur la tête , à td point que le sang leur coulait par la bouche et par les oreilles; enGo, lorsque leur corps était déchiré par les coups, on les firottait avec le suc d'herbes vénéneuses. Tels étaient les traitements que Devi-smg (c'est ainsi que les indigènesdésignaient Hastings) faisait éprouver.aux Indous, sans parler des angoisses morales que le pèreetle flls éprouvaient lorsque, liés ensemble pourétie fouettés, l'un ne pouvait se garantir des coups sans y exposer l'autre. Le sort des femmes était pire encore, arrachées qu'elles étalent à leur chaste retraite, pour être exposées nues à des violences brutales.
Un lirétniiiiMiiml d'indignation et de pitié se propagea de I^ADgletore à toute l'Europe, et retentit jusqu'en Asie; mais les enquêtes demandèrent tantde temps, que ce procès était déjà de? CDU impopulaire quand Hastîngs prononça sa défense : il dura de 1786 h 1795 , et se termina par Tacquittement d*Hastingn. Indemnisé de ses pertes et délivré de ses longs tourments, il acbem aes jours fort paisiblement .
Beaucoup de personnes contestaient non-seulement à la compagnie, mais à T Angleterre elle-même, le droit d'envahir l'Inde, et principalement Fox, Burke, Sheridan : c'était la conséquence des principes philanthropiques qui retentissaient partout alors. Pitt avait donc à défendre les conquêtes par la parole, en même tempe que d'autres les armes à la main ; et les héros marchands, en rentrant dans leur patrie, y trouvaient, au lieu du triAmphe, une accusation. Le ministère lui-même condamna à plu* sieufs r^rises les agrandissements de territoire ; mais pouvaiu il en être autrement ? Chaque pays soumis avait un État voisin qui devenait son ennemi, et attaquait s'il» n'était attaqué; battu « il réunissait d'autres troupes, et revenait à la charge : de là la nécessité de le détruire , et on se mettait ainsi en contact avec un nouveau voisin , qui devenait rfn nouvel en-
Oiaries Gomwallis ( 1802 ) , successeur d'Hastings, partit avee la résolution déclarée de rétablir la paix et de la conserver; mais son administration fut en contradiction perpétuelle avec les sentiments et les idées qui l'avaient rendu populaire, et avec les siennes aussi. Au lieu d'obéir en tout au parlement, il s'alliranehit de son autorité ; au lieu d'économies, il fit d'énormes dépenses ; au lieu de ramener la paix , il s'agita dans une guerre incessante. Mais comme on gouverne plus par le caractère que par l'intelligence, il se concilia les esprits : tout de sa part paraissait juste; et, bien qu'il manquflt de grandes qualités tant militaires qu'administratives, il fit voir comment l1)onnéteté peut aller de pair avec la politique. On lui vota une statue, et une pension de cinq mille livres sterling.
A la fin du siècle dernier, le gouvernement des Indes offrait une situation extérieure très-brillante; mais l'administration
intérieure était dans un état effrayant'. Là, comme dans toute r Asie , le territoire appartient au souverain : celui-ci le concède au cultivateur, moyennant une contribution qui alimente les caisses du gouvernement îndo-britannique, héritier lies anciens maîtres du pays. Point donc de division en grands domaines , comme dans la féodalité ; mais un morcellement en petites tenures , que le fermier subdivise encore entre de pauvres gens.
Le gouvernement établit un împ^t sur le premier , le premier sur le second , et celui-ci sur le troisième, qui; accablé par le poids, n'a pas même de quoi acheter une poignée de riz dans un pays si fertile ; et tous , comme en Irlande , meurent de &im. A c4téde ces classes malheureuses il en est de privilégiées : les brahmes, qui ne font rien; les fermiers de certaines terres exemptes d'impôt ( lakhiradjars ) ; les marchands des villes; les grandes familles musulmanes , et ce qui reste de noblesse indigène. Ce sont autant de corps divers sans lien commun; ajoutez-y en outre ceux qui sont issus de sang ajiglais et de sang indien , et qui forment encore une classe à part.
Les sujets britanniques vivent encore plus séparés da reste, ne pouvant ni acquérir la bienveillance des populations îadoue et musulmane, ni changer les habitudes qufprotégent leur indolence et leur apathie. Les parents refusent d'envoyer leurs enliants à l'école , et font plus de cas du dernier pundit que de tous les savants de la Société asiatique. Le petit nombre dindons qui étudient savent mille choses inutiles , le calcul des slokes, les minuties de la grammaire, de la prosodie, des cérémonies des temples et de leurs divinités ; mais ils n'ont aucune science applicable. Les brahmes et les khiradjars sont trop in-
■ En 1793 et 1794 , les revenus des Indes étaient de 8»276,770 Uvres sterl. ; les dépenses, de 6,633,931 ; mais cet état prospère ne dora pas; et, en 1798, les revenus étaient de S,0ô9,8S0; les dépenses, de 8,178,620. A la fin de l'administration de lord Wellesley en 1806, les revenus étaient de 15,403,409; les dépenses, de 15,672,017. Ainsi la dette, qui en 1793 était de 15,962,743, s'élevait, en 1797, à 17,059,f9î, et, en 1806, k 81,638,827 lîv. «tcrl.
Céressés à tes maintenir dans leur ignorance et dans leur coudélion d'autrefois.
A ion les Anglais, près de terminer fa conquête commerciale et politique de Tlndoustan , n*étaient pas plus avancés qu'aux premiers jours dans la conquête morale et religieuse. Eu Toyant cette haine des races indigènes pour ses conquérants , Haîder-Ali, qui depuis deux ans faisait inutilement la guerre aux Mahrattes, conclut la paix, et s*allia contre Tennemi commun avec le nidzam de Décan et avec les Français, que la guerre' d* Amérique avait mis aux prises de nouveau avec TAngleterre. La compagnie se sauva par sa promptitude dans ces circonstances critiques. Elle attaqua ( 1778) les établissements français de Chandemagor, Karikal et Masulipatnam ; elle réduisit Pondichérv à capituler, et en même temps elle réveilla adroitement les vieilles haines des Mahrattes et du nidzam contre Tusurpatenr du Mysore. Cependant Haîder ne se montra pas effrayé : il dévasta le pays de Kamate, et prit Arkot; mais il fut forcé de battre en' retraite devant de nouvelles forces, et du même coup il se vit arracher Calcutta et Mangalore ; sa flotte fut détruite. I.e général anjf^ais Eyre Coote lui fit essuyer plusieurs défaites , mais sans le dompter, et des renforts français relevèrent sa fiMlime.
Tlppoo-Saïb , son successeur, continua la guerre avec des sneeès mêlés de revers. Puis, lors de la paix entre la France et TAngleterre (1783), la première recouvra Pondichéry, Karikal, Chandemagor; et la ffollande, ses anciennes possessions, moins Négapatnam qui resta aux Anglais.
Tippoo-Saîb, demeuré seuf, désira la paix, qui fut signée en rffet ( 1784) avec la compagnie anglaise à Mangalore; les conquêtes et les prisonniers furent restitués des deux parts. Mais Tippoo-Salb haïssait les Anglais autant que son père : plus fier et moins kitelligent que lui , il se crut choisi par le prophète pour exterminer dans l'Inde les Nazaréens, et les poursuivre jusqu'aux enfers. H répétait qu'il aimerait mieux vivre deux jours tigre que deux siècles agneau. Le tigre était son symbole; il le mettait partout, et il en avait plusieurs apprivoisés autour de lui. 11 aimait la guerre pour elle-même, surtout con-
tre les Européens , par fanatisme religieux. Prodigue et avare, astucieux et violent , indolent et énergique , il D*était eonslaitt que dans son courage et dans son amour pour ses enûmts.
Tippoo-Saîb, pour atteindre son but, se servit de Taide des Français , qui , au fort de la Révolution , cherchaient partout des ennemis à TAngleterre. Il trouva des officiers français pour discipliner ses troupes et diriger son artillerie. 11 avaK sur pied soixante mille hommes et un grand nombre drailles. Bonaparte fit passer, du Caire dans l'Inde, de pompeuses proclanaations , où il annonçait qu'il allait venir pour y briser la tyrannie britannique. Lorsque ensuite la bataille d'Aboukir eut fait avorter ces espérances gigantesques et les grands desseins que Napoléoo se croyait destiné à accomplir en Asie, lord Momington, gouverneur de rinde , cessa de ménager Tippoo-Saîb, et ne manqua pas de prétextes pour marcher sur le Mysore. La^ lutte fut ardeate, mais ne resta pas longtemps douteuse.
Les premières défaites abattirent Tâme superstitieuse de Tip* poo-Saîb, qui, renfermé dansSéringapatnam, fut tuéeneombattant comme un soldat ( 1799). Alors tout le Mysore subit le joug des Anglais , et la seule puissance qui pût 7 seconder U France se trouva anéantie.
Ils prirent dans la famille dépossédée par Haîder un fantôme de prince dont ils firent un radjah , pour déguiser l'usurpation. Mais l'Angleterre n'en avait pas fini avec toutes les résistances de l'Inde. La confédération des Mahrattes occupait neuf cent soixante-dix milles, du nord au midi , et neuf cents, de il baie du Bengale au golfe de Cambodje ; elle comprenait qua* rante millions d'âmes , dont un dixième de musulmans , le reste d'Indiens, distribués en cinq Etats, sous la souveraineténominale du radjah de Sattara. Nous avons dit plus haut comment le pesciiua, espèce de majordome, s'était substitué en fait à ce radjah; mais lui-même fut subjugué par Maadji-Scindia. Le père de ee dernier était chargé de garder les babouches que le peschua laisse à la porte en entrant chez ses femmes. Son maître, sortant un matin de leur appartement, le trouva endormi, mais tenant les pantoufles serrées sur son sein. Ce dévouement àsoo devoir lui valut de l'avancement; et son fils, qui lui succéda
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dam m charge , affecta longtemps de porter à sa ceinture une paire de iiabouches, en souvenir de son origine. Il grandit sous une humilité feinte, et flnit par être assez puissant pour lever une grooe armée , disciplinée par un officier savoyard , nommé de Soigne. li convoitait Delhi, quand il y fut appelé par Schah- Aiem, dernier héritier d'Aureng-Zeb, pour se délivrer de la tyraooie de son ministre Goulam , qui Tavait dépouillé et rendu areagle. Scindia courut à son aide, et fit périr l'usurpateur dans m cage, après ravoir mutilé. Mais il retint l'autorité, et ne laissa au monarque aveugle que la ressource de vivre d'aumônes.
Son successeur, Daouiet-Aaa-Scindia , marcha sur ses traces, et se confia entièrement aux Français. S*il eut le tort de laisser OMsommer la mine de TippooSaïb, il refusa de partager ses liépouilles. Les Anglais comprirent par laquelle n'avaient rien à opérer de lui; ils firoit donc savoir au peschua qu'ils lui prétenient assistance, s'il voulait s'affranchir du joug de son puislaot sujet. Le colonel Wellcsley, qui s'était déjà signalé dans ^ gouvernement de Séringapatnam, et qui, sous le nom de lord Wellington, devait tant aider un jour à la restauration des Bout- Iwns, fut envoyé pour rétablir ce peschua. Excellent général et politique habile dans ces contrées où cliaque conquête mettait l'Angleterre aux prises avec un nouvel ennemi , il poussa la goerre contre les Mahrattes , dont la puissance fut écrasée dans la plaine d'Argam (29 octobre 1803); et l'Angleterre, maîtresse des Indes, ayant transféré du sud au nord le centre de son aor lorité , s'étendit jusqu'au territoire des SéUibs.
Les deux chambres cependant ne cessaient de blâmer le système des conquêtes ; il fallut y substituer celui du protectorat et des alliances; mensonge qui contraignit délaisser aux vaincus leurs mauvaises administrations, sans toutefois éviter la guerre. Les successeurs de Wellesley, lord Gornwallis ( 1804), puis George Barlow (1805), se promettaient de ne pUis conquérir, de eonsoilder la paix, et pourtant furent toujours entraînés à la itKnpre. Lord Hinto ( 1813) revint à la politique active de Welk%.Hastings, son successeur (1823), répétait qu'il fallait conservtt à force ouverte ces sources de richesses. A peine arrivé dans rinde , il prévit une crise prochaine, et s'y prépara. Les
Gourkas menaçaieotlafroDtière orientale des possessions britanniques ; les Pîadarris la partie septentrionale ; les Mahrattes et les Radjepontes épiaient Toccasion de secouer le joug. Hastln^ anéantit les Pindarris , réduisit un grand nombre de radjas à se soumettre à l'Angleterre; et la confédération mahratte tomba du même coup. La compagnie ainsi régna directement sur les deux tiers de la Péninsule, et sur le reste par voie dMnfluence. On re- Tôt du pouvoir nominal quelque famille souveraine; mais il est exercé de fait par un résident anglais , qui commande un corps de troupes recruté parmi les naturels, sous les ordres d'officiers européens. Juge des contestations internationales , comme le Grand Mogol dans ses beaux jours , il ne rend compte qu'à son gouvernement.
A peine lord Amherst eut-îl succédé à Hastlngs , qu'il lui fallut porter la guerre dans le Birman , vaste empire despotique, formé de ceux d'Ava , de Pégou , de Mounnipoar, d'Arakan et de Ténassérîm ; situé entre le Thibet au nord , la Chine etSiam à l'est, la baie de Bengale et les établissements anglais au couchant, Malacca au midi. Les Birmans vaincus virent bient^ leurs frontières largement entamées ( 1826 ).
L'empire indo-britannique une fois poussé si loin, il fallut ^o^ ganiser. Bentink s'y appliqua ( 1828 ) sans recourir aux moyens extraordinaires de la guerre , 6n luttant contre les difficultés intérieures, et contre un déflcit de plus de 13 millions sterling. Il fit tout examiner publiquement; il régla Tadministration, réprima les bandits, combattit les coutumes barbares, telles que le sacrifice des veuves; fit des conquêtes dans Flnde centrale, voyagea beaucoup, introduisit ta navigation à vapeur et la liberté de la presse.
Au milieu de ces vicissitudes on arrivait â mieux comiaftre le pays; et la relation de Hoiwell détruisit une partie des préventions qui existaient contre ces populations. Les philosophes s'en emparèrent , pour montrer la supériorité du culte indien sur le nôtre. On exagéra l'antiquité des livres sanskrits; oo déclama contre la civilisation, qui porte ses ravages au milieu des nations voisines de cet état de nature tant préconisé , et qoi , disait-on, jouiraient d'un bonheur parfait, si la superstitiott n^araii
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aussi iatroduit parmi elles ses atrocités. D'autres se mirent à étudier ces peuples avec une intelligence patiente. Ou découvrit une langue extrêmement ancienne, riche en monuments inestimables, qui vinrent partager la vénération vouée exclusivement aux classiques grecs et latins ; des édiOces admirables par leur antiquité et par leur beauté; des doctrines qui devançaient de piuaiears siècles les inventions dont FEurope se glorifie Je plus. En 1784, l^illiam Jones fonda à Calcutta la Société asiatique, pour publier les ouvrages originaux des peuples de l'Inde, appro* foodir leur histoire et leurs croyances. Il y eut bientôt des imprioMries. des journaux, ainsi qu'une académie de médecine et un jardin botanique, dans la colonie danoise de Serampour, à cinq lieues de Calcutta, résidence de missionnaires qui s'occupent de la conversion des Indous. Il a été publié des éditions de la Bible dans les difTérents dialectes de l'Inde , sans compter les auteurs classiques de l'Angleterre.
Les Anglais ne sont point allés dans Tlnde pour y trouver la liberté religieuse, comme dans l'Amérique septentrionale, ou pour y faire des conversions, mais pour y chercher la richesse. Ils y portent leur roideur de marchands, et des habitudes choquantes pour ce pays. Leurs femmes , au lieu des vêtements pompeux de l'Orient, y portent des toilettes passées de n;ode en Europe, et qui sont dans l'Inde incommodes et ridicules. Les hommes mangent et fument tout le jour, vivent isolés , pour se dispenser des convenances; et ils se livrent à ces fantaisies excentriques, déjà communes dans leur patrie. Ils exigent le respect des indi)$èuos, tandis qu'eux ne respectent rieu dans leur conduite extérieure. Ils mangent des mets défendus, laîaent leur femme sortir au bras d'un autre, dansent pendant rété, chantent à table, et se livrent à toutes sortes d'actes qui font autant d'abominations aux yeux de ces peuples.
Au milieu de cette nature exubérante qni fait que tout se trouve chez eux dans la proportion de notre cheval à leur éléphant, les Indiens aiment l'extraordinaire. H leur faut des canons énormes, une poésie immense, une mythologie à millions de dieux, des fêtes de peuples entiers. Les Anglais ont, au con« trairOv un culte prosaïque, des airs compassés, des habitudes
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sans grandeur, une économie étroite, des qualités louables, miii minutiettses.
^esclavage subsiste encore de fait dans rinde. Le monopole du sel pèse lourdement sur des populations qui ne vivent que de végétaux. Le pays , d'industriel qu'il était , est devenu agrieole; on lui envoie des tissus d'Europe, et on lui demande du soere, du coton , surtout de l'opium , dont la culture est imposée par for» et rapporte très-peu. Aussi , loin d'absorber l'argent de l'Europe c'est l'Inde, au contraire, qui en exporte. Le gooveroemeot anglais ne fait point de travaux publics pour le bien de tous : il en résulte que des ruines remplacent les palais , et que les chscals errent aux lieux que les hommefront désertés.
L'Indou est encore, comme il y a un siècle, comme il y en a vingt, paresseux, insouciant, routinier. On ne troufe pas encore dans sa demeure une chaise , une table , une cuiller, une fourchette. Il couche sur une natte, et c'est à peine s'il a assa de linge pour en changer une fois : nous parlons des riches. Us autres n'ont que la terre pour lit, et vont à peu près nus. I/orfévre se sert encore des instruments les plus grossiers pour finir, grâce à une patience incroyable, des ouvrages qui font l'admiration de l'Europe. Le laboureur brise la glèbe avec une béefae longue à peine de deux pieds , ce qui l'oblige à se tenir courbé. 11 blanchira continuellement sa maison , mais ne balayera pas la poussière sur l'aire où il dépose sa récolte; et ce n'est qu'après avoir terminé cette toilette de son habitation qu'il aura qœlque soin de l'intérieur. Il ménagera un fliet d'eau pour son champ de riz , et il ne s'occupera pas du conduit qui le lui amène ; il tremblera à l'idée de périls imaginaires, et 8'eDdo^ mira sur le chemin où passent le tigre et le serpent. Il épargnera sur sa nourriture et celle de sa famille , puis il vendra les bijoux de sa femme et de sa fille pour s'engager dans un procès, pour acheter témoins et juges, seul moyen qui lui semble <^cace. Mats, tandis qu'il soutiendra un procès sans fin pour la valeur d*un centime , il verra sans s'émouvoir son voisin assassiné à ses côtés. Lorsqu'il viendra à marier sa fille, celui qoi s*était réduit à l'eau et à la ration de riz prodiguera tout, inviter} parents et amis, musiciens et danseurs. Il se procurera di
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rargrai à trois pour eent par inoii pour régaler ses convives, les bAergpr tous pen^t quinze Jours , el les renvoyer habillés ée Bcof de la téta aux pieài : l'usage de la caste le veut ainsi.
Ijes enfants vont à Fécole tout nos , et écrivent encore sur la poussière devant la porte. Celles que les Anglais ont établies n*enaeigoeot que leur théologie et leurs lois nationales , afin de §9fiiier des magistrats ; mais sans les préparer à une réforme fondaaaiitale , qui exigerait la suppression des castes. Or, les Anglais oat résolu , au contraire, de les respecter. Lord Bentiock affraneiiît les Indeus de la peine du fouet , alors qu'il la maintenait poor les Européens, ce qui dut augmenter chez les pre« miers rergueil de leur supériorité. Quand des troupes indigènes et aBgMMs*ont embarquées ensemble, il est trte-sévèrement prracrit à eeiles-d d'éviter tout contact avec les cuisines des ladous. On laisse chaque caste préparer s^arément ses alioMota. Jusque dans les chapelles des missionnaires protestants, le brshmine et le khatiya sont séparés du soudra et du paria; et Ton dirait qu'à ceux-ci il n'est edseigné du christianisme que robligatkm de s'humilier, et de pardonner les injures. Or, qu'est-ee que le christianisme sans son dogme fondamental de régalHé?
Cependant les Anglais sont arrivés à bire cesser les sacrifices de venves, l'Infanticide, l'association meurtrière des Tadjis Le nombre des métis va croissant, et des aventuriers européens épooaent des princesses. Il y a peu de temps que lord Ebirdinge déclaïaît que les emplois seraient donnés au concours, à ceux qui aonient le mieux profité, dans les écoles, des cours de langue et de littérature anglaises. Leslndous consentent à s'embarquer, BMlgré leur préjugé contre la mer, et à se laisser transporter au delà da Gange. Pourquoi donc n'entreprendrait-on pas de détruire le préjugé bien plus funeste de la séparation des castes ; de les aoamettre au même code , aux mômes tribunaux ; de les mâer dans les écoles , dans l'armée , dans les emplois ; de les admettre surtout sur le même pied à la communion de la paioie eéleste et du pain consacré?
Sans eèla, les Indous seront à jamais incapables d'émanei* pation; et si par aventure ils étaient arrachés à FAngislBiia»
elle les aurait laissés dans llmpossibiliié de se gouverner eux* mêmes. Les enfants qui naissent dans l'Inde de parents aoglaif meurent presque tous; il s'ensuit qu'il ne pourra jamais se former une Inde anglaise. Nous avons vu que la guerre contre Hyder-Ali et contre la France avait obligé la compagnie de Indes de réclamer du gouvernement un prêt de 900,000 livres sterl. On avait songé alors à réformer son statut : on créa, soqs le ministère Pitt , le bureau du contrôle pour les affairée da Indes , composé de six membres du ministère auxquels furent soumis tous les actes militaires et civils, quoique la compagnie restât encore souveraine quant au commerce. La dette ne diminua pas pour cela; et, en 1799, la compagnie se trouvait en déficit de 1,319,000 livres sterling. Lorsqu'elle se fut agnndie des États de Tippoo-Saïb et de ceux des Mahrattes, le revenu territorial^ qui, en 1797, était de S millions de livres sterling, s'éleva à 15 millions en 1805; la dette augmenta en proportion, car le déficit monta à 3,269,000 livres sterling, et ne fit que croître depuis. Le privilège de la compagnie expirant au mois de mars 1814, on accorda , sous certaines réserves , la liberté de Uafiquer dans l'Inde à tout bâtiment moindre de 350 tonneaux , en laissant à la compagnie la domination du pays et le commerce avec la Chine jusqu'en 1831. I^a compagnie n'éprouva nul préjudice , et ses affaires prospérèrent alors : elleavait encaissé, en 1824, 13,215,300 livres sterling, et elle n'en avait dépensé que 9,490,777 : ainsi elle se trouvait en bénéfice de 3,724,523 livres sterling , malgré la guerre des Birmans.
Robert Peel soumit à la chambre des communes, en 1830, les arrangements pris entre le ministère et la compagnie « pour garantir aux habitants de ces régions lointaines la jouissance de leurs droits , de la liberté individuelle et des fruits de leur industrie; les dédommager des souffrances et des injures passées , les consoler, à foree de bienfaits, de la perte de leur iodé pendance. »
Parle statut de 1833, la patente.de la compagnie fut prolongée dé vingt ans ; non plus toutefois comme association commerciale , mais comme société du gouvernement , autorise»
àpenevoir les impôts jusquVn 1864, et à régler les revenus de soo ancienue conquête au moyen d*une cour composée de ^ingt^uatre directeurs , sous la surveillance du conseil d^État. Ses propriétés mobilières et immobilières furent attribuées à la onurooDe, mais rusufruit eu fut laissé à la société peiiduiit (otite ia durée du privilège. Sou capital de G millions de liues sterling est divisé en actions, que chacun peut acheter et vendre,
là se termine l'histoire de la compagnie des Indes , mais non tons les embarras que ses conquêtes ont causés à T Angleterre. Us déclamations contre son esprit envahisseyr sont devenues uo lieu commun. Cependant en aucun pays on n*opéra avec autant de publicité ; tous ses actes ont été d*abord exposés aux attaques de l'opposition, puis soumis à des enquêtes. Son histoire nous révèle comment un premier pas entraîna inévitablement à un second , et comment chaque conquête donna un nouveau voisin qui bientôt devint un ennemi qu'il fallut comlattre , jusqu'à ce que sa chute mit le vainqueur en présence <l'un ennemi nouveau.
Les Anglais espéraient, il y a peu de temps encore, que l'Indus, sur lequel ils croient avoir le droit que la Providence donne à 1 intelligence et à la justice sur Tignorance et la force brutale, pourrait devenir pour leurs possessions une limite et une bar- ^re, en même temps qu'une voie commerciale ; on supposa qu'il traversait des contrées riches et paciûques. Aûn de reconnaître son cours et de l'ouvrir à la navigation européenne , il< y envoyèrent une expédition, dont Alexandre Burnes nous tnee le récit.
Sitoé entre l'Himalaya, l'Indus et la Perse , l'Afghanistan a ^ la route choisie par tous les conquérants. Les peuples qui l'habitent se donnent pour les descendants des huit tribus juives transportées dans ce pays par les Perses. Le système asiatique se conserve chez eux , et Bûmes y a connu lui prince <pû avait eu soixante enfants, et ne pouvait se rappeler com- ^ il lui en restait de vivants. Les Afghans avaient conquis la Kactriane et le Hérat jusqu'aux rives de l'Oxus, et poussé au midi jusqo'à rOcéan ; après avoir franchi l'Indus , ils soumirent le
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Knchemire, et firent des excursions dans le Pendjab. L'Aiglenislan compte au plus quinze millions d'habitants; caria population y va décroissant comme dans tous les pays maliométaus; on nV trouve que cinq villes : Peschauer, rapprochée de Tlndus; Kandahar, capitale de la partie occidentale; Kaboul , de eelle du nord; Hérat, près des frontières du nord-ouest; Ghazoah, qui donna naissance a Mahmoud Gaznévide, le premier musulman qui envahit Tlnde. Les tribus des Ghilzis et des Doura- Dis sV disputaient la prééminence dans le siècle passé. Cestâ la dernière qn*appartenait Hamed-Schah , compagnon de Nadir, qui , ayant conquis tout le pays , se couronna roi à Kandabar, «*t transmit à son fils Timour Tempire qui fut appelé des Dou* rnnis. Cétait le plus puissant de TAsiè, après la Chine; car il avait 364 lieues du nord au sud, sur 480 de Touest à Test. L'In- (Jus , à l'est, le sépare de l'Indoustan ; il est joint à la Perse par une langue de terre cultivée à traver? un désert de sable. Us quatre fits de Timour se disputèrent ce royaume , qu'ils perdirent; et Mahmoud Kamram conserva seulement Hérat Tandis que Dost- Mohammed , chef des Barouksis , s^établissait àKai)Oul , un de ses frères prenait possession de Ghaznab, un autre de Kandahar, et tous trois restaient ennemis.
La ruine des ISÎahrattes et de Tempii^ mogol (1763) profit non-seulement à Ifamed, mais encore aux Séikhs. Ayant attaqué les Afghans, ils en vinrent à s^emparer deLahore, qui leur assurait la possession de tout le Pendjab ; ils firent de leurs conqoéta douze principautés indépendantes ( misait) sous êes chefs particuliers ( sirdars ), qui se réunissaient deux fois Pan en assemblée générale, pour délibérer sur les intérêts communs. On s«ntit bientôt les inconvénients de cette organisation dans les guerres qu'ils se firent entre eux, et auxquelles Randjit-Sing {roifio^) dut son agrandissement. Voyant l'Afghanistan en proie aux discordes et ce qu'une volonté ferme y aurait de chances de saccès, il fit de Lahore le centre de ses opéra lions, et s'entendit avec lord ,T^ke, gouverneur général des Indes, qui fut trop heureux de s'assurer au moius de sa neutralité au moment où il avait I& Mahrattf s sur les bras. Randjit-Sing s'empara alors de quelques territoires des Afghans, et il introduisit dans son armée Torga
DÎsalioo miliUiFe des cipoyes. Il put ainsi s'ériger en protecteur des autres sirdars, et réduisit sous son obéissance tontes les provinces situées sur la rive gauche de l'indus, entre autres le ftfoultan etleKachemire. L'Italien Ventura et le Francis Allard^ sDdeDsolBders de Napoléon, initièrent ses troupes à la tactique européenne.
Secondé de la sorte , il proflta du moment où les Anglais eombanaient les Birmans , pour passer l'Indus; et lorsque la djnastiedes Douranis venait d*étre renversée par les Barouksis, après une guerre civile qui avait épuisé les Afghans , se jetant au milîea de ce conflit, il leur porta le dernier coup par hi>prise èe Peschauer.
Si nous en croyons les généraux Allard et Ventura, l'armée de Randjit-Siog fut portée de 8,(X)0 hommes à 84,000, dont 20,000 de troupes régulières, avec 376 pièces de canon et 370 escarpinés, transportées à dos de chameau. Les revenus étaient évalués à 125 millions de francs, sans compter un trésor particulier de 2^0 millions. Il n^y avait ni institutions politiques, ni lois écrites, ni système d*administration et de justice : tout y dépendait du caprice du souverain et de la fortune. Il avait pour lui le prestige qui entoure la puissance; quant au peuple, il croupissait dans la superstition et l'ignorance, avili par Texemple de Randjit-Sing, qui ne connaissait ni probité ni pudeur, et ne mettait point de bornes à ses passions.
A sa mort ( 1 889 ), le trônç fut occupé par Shere-Sing, sou fils illégitime, homme résolu, mais sans frein. Le ministre Dhyan- Sing, rayant fiiit assassiner, extermina la famille détrônée; mais il lot tué lui-même par Adjet-Sipg, dont la main avait consommé tous ces meurtres.
Sous lessuccesseurs chancelants de Randjit-Sing, les Afghans aoniient pu s'avancer jusqu'à Delhi, s'ils n'eussent été tenus en respect par les Anglais, qui avaient réuni aux trois présidences de Bombay, de Madras et du Bengale, celle d'Agra, beaucoup plus voisine du Pendjab. Les Sétkhs, grands amateurs de procès, > portent souvent leurs contestations à juger. Dans la crainte que leurs ennemis ne s'emparassent d'un territoire fertile qui leur appartenait, et qui forme la limite orientale du Pend-
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jab, ils cliargèrent les Anglais de le défendre, leur abandoD* nant en retour la succession de tous ceux qui mourraient sans liéritiers. L'opium et Teau-de-fie multiplièrent bientôt les décès, à ce point que les Anglais ne tardèrent guère à se trouver les maîtres du pays. Ils y établirent un fort , avec un surintendant, et prirent une influence dominante sur les Séikhs , au grand déplaisir de Itost-Mohammed , qui , à la tête des forces réunies de la Perse et de l'Afghanistan , épiait le moment de tomber sur les Séikhs, détestés des Afghans^ tant par motif de religion qu'à raison de leur indépendance.
L'intérêt des Anglais est évidemment qu'aucune antre puissance ne prenne pied dans l'Asie centrale, bien que lear but ne soit point d'y étendre leurs conquêtes ; mais les intrigues de la Russie les obligèrent à passer l'indus en 1833 , pour remettre. Scbab-Soudja sur le trdue afghan. Il commirent une faute en voulant, non pas conquérir l'Afghanistan, mais lui imposer un prince méprisé, et en s'aliénant ainsi Dost-Mohammed, qu'ils auraient dû plutôt fortifîer comme barrière contre les Russes. Mahommed alors se tourna vers la Russie, qui envo)ii des ofQciers a^^c Taide desquels les Persans mirent le siège devant Hérat (1838). L'Angleterre se vit contrainte de prendre les armes et de renverser Dost-Mohammed , contre le voeu du pays»
Guidés par Burnes , héros infatigable , le premier Européeo qui ait remonté l'indus, les Anglais conquirent le Sind (1839;; mais les montagnes du Bosan leur opposèrent de graves diflicuités et un froid meurtrier. Les Hindous, chez qui se réveilla le fanatisme religieux, firent comme les Russes à Moscou : ils se retirèrent en détruisant' tout, et entraînèrent ainsi les Anglais dans rintérieur. Fiers d'une première conquête qui servait d'ei* cuse a leur témérité, ils prirent pied dans le Kaboul, point d'iotersection des deux grandes routes qui joignent la Perse à rindoustan.
La chute des valeureux afghans déeouragea toute l'Asie centrale; mais, trois ans après, Kaboul se souleva (3 novembre 1842) : Burnes fut massacré : pendant deux mois, cinq mille hommes sans feu , sans vivres et sans munitions résistèrent à
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cinquante mille insurgés ; ce fut à peine si quelques individus
épors purent s'échapper.
Le pire de cette défaite , ce fut la nécessité de se venger, de conquérir, de s'étendre. Lord EUenborough , en prenant le gouTememenl des Indes , avait désapprouvé son prédéces- Bcor lord Aukland et sa politique agressive, et il avait annoncé la ferme résolution de se renfermer dans les limites du territoite. Il Êillut pourtant foire la guerre aux Afghans pour relever le prestige tombé. Le drapeau anglais flotta bientôt de nouveau à Kaboul , puis il se retira volontairement. Mais quelle frontière donner à l'Inde anglaise ? Fallait-il s'arrêter aux déserts qui séparent le Sind de l'Indostan ? Cependant ce pays domine IVmbouchure de l'indus et le commerce de toute l'Asie centrale. EHeoboroug reconnut donc la nccossilé de le réunir à reiupire. Le Sind , situé entre l'Afghanistan, le Pendjab , le stérile Békmcliîatau et la mer, était gouverné par des émirs indépendants , protégés , depuis 1838 , par des traités avec les Anglais. Ellenborough chercha donc des prétextes, chicana les émirs, et réduisît les traités à des stipulations de servitude ; enfin , il réunit le Sind aux possessions britanniques ( 1844 ). Des accu« catians graTes s'élevèrent à ce siget contre lui, et il fut rap* pelé pour avoir à se justifier devant des juges ; mais il semble que la Grande-Bretagne soit obligée fatalement de s'agrandir malgré die dans ces contrées. A peine se fut-elle retirée de l'Afghanistan, que Dost-Mohammed rétablit dans le Lahore tout ce qu'elle avait détruit; il en exclut ses monnaies, et réorganisa Tarmée.
A peme un nouveau gouverneur, lord Hardinge, eut-il mis le pied dans l'Inde avec les intentions les plus pacifiques, qu'il eut à recommencer la guerre. Tant que l'Angleterre espéra trouTcr parmi les Sdikhs un chef capable de réunir les débris du seeptre de Randjit-Sing, elle s'abstint d'envahir leur pa>'8. Mais vojant le désordre s'accroître, et le despotisme militaire s'établir, elle passa l'indus, assujettit le Pendjab après une bataille où elle essuya peu de pertes, et conclut une paix glorieuse. Aux termes de la convention de Koussour (18 février 1846) et des modifications postérieures, le royaume de Pendjab fut maintenu ; mais tout le territoire entre le Bedjab , l'indus et
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les mettre h mort par caprice, par plaisir, se vantant d'être dans Feinpire eequ^est le soleil dans le monde, et indestructibles comme lui.
Il eu est qui ont attribué uniquement à ce despotisme domestique la durée de ce grand empire : il aurait bien plmôt hâté sa ruine , sans la grande institution des lettrés, qui ûit de la science Téchelle qui conduit à toutes les grandeurs. L'enfant le plus obscur peut, en étudiant, se rendre capable de subir les examens annuels dans son village, et se présenter à ceux qui ont lieu tous les trois ans dans les grandes villes , où s'obtient le premier degré. G*est au chef-lieu de la province qu'il faut aller chercher le grade supérieur qui conduit à de certains emplois: mais c'est dans la capitale de l'empire et bous les yeux du monarque qu'on accorde le troisième degré : c*est alors qu'on monte sur le coursier d'or et qu^on s'assied dans la saOe de jaspe t ce qui veut dire qu'on entre à l'académie et qu'on peut prétendre aux plus hauts emplois. Ces examens sontannonrésà l'avance avec une grande solennité ; à peine un candidat a-t-il cueilli le rameau d'olivier odorant, qu'il trouve des pères empressés de lui donner leurs filles, et des ministres pour lui ouvrir la carrière. La vénération des Chinois pour les lettrés reo)onte aux temps les plus anciens ; elle est si bien enracinée, que mal* heur à qui foulerait sous ses pieds un papier écrit ! Mais ce ne fut qu'au septième siècle que se régularisa cette admirable institution des concours. Il en résulta cette aristocratie littéraire « unique dans le monde, et qui eut pour base non point la posses^ sion de la terre, mais les examens. Ces lettrés firent contrepoids à l'autorité royale , comme les prêtres dans l'Inde, eo Egypte , en Chaldée. Le Fils du Ciel , devant qui personne ne se présente sans frapper neuf fois la terre de son front, ne peut conférer de son chef aucun pmivoir, aucune dignité qu'à ceux qui lui sont désignés par les lettrés. Ils ont dans leurs mains tous les emplois; ils restent debout à coté des dynasties q'ii croulent. La loi leur attribue le droit de dire la vérité ; aussi leur arrive -t-il parfois de lever la tête, et de frapper de bléoiele despotisme au nom de la doctrine écrite et des traditions de^ premiers temps, qui commandent au roi de semer de fleurs la
route par laquelle le sage vient le rappeler à son devoir et h la réparation de ses fautes; elles lui enseignent que Tamour du pmpie donne le sceptre, que son courroux le brise; qu*élever au honneurs un homme universellement odieux , au détriment de celui que désigne le vœu public, c'est aller contre la Justice, provoquer les plaintes; c'est entrer dans le nuage où dort la foudre qui réduit en cendres.
Il est vrai que ces avertissements , ces préceptes , s'adressent , Don à la personne céleste de l'empereur, mais à ses ministres ; car les Chinois usent, depuis bien des siècles, de ce procédé que FEurope moderne croit avoir découvert, lequel donne pour base aux eoostitatîoos une fiction qui tient les rois pour infaillibles, et Eût les ministres seuls responsables.
L'empereur, fils du ciel , unique gouverneur de la terre , grand-père de son peuple, est en conséquence adoré; et, comme il est inadmissible que deux empereurs puissent exister en même temps sur la terre, toute ambrâade est considérée comme un hommage de vassal à souverain. Quand rempereur adresse la parole à un seigneur de la cour, il doit se prosterner, et attendre ainsi les ordres. Lorsqu'il sort, toutes les maisons se ferment; et tous ceux qui le rencontrent doivent détourner le visage ou se jeter à terre, sous peine de oiort. L'empereur marche précédé de deux mille satellites qui portent des chaînes, des haches, et autres instruments propres à châtier ses enfants. En somme, c'est une idolâtrie politique de l'État, personnifié dans le souvecain ; ce qui n'empêche pas qu'au fond de son palais il ne soit souvent dominé par les femmes et par les eunuques.
Comme le maître sert toujours d'exemple aux inférieurs , les mandarins et les magistrats font peser leur despotisme sur les provinces. Ils font leurs tournées précédés de bourreaux toujours hurlants, qui, au moindre signe, arrêtent ou assomment le passant qui a le malheur de déplaire, ou qui tarde à se ranger contre la muraille.
A l'exemple encore de l'empereur, qui n'est pas seulement pontife pour sacrifier , roi pour gouverner, mais encore maître pour enseigner, les mandarins, qui le représentent, doivent, au commencement et au milieu de chaque mois, réunir leurs su-
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l)ordonnés, et leur faire une instruction sur quelques points que la loi détermine.
Il n*jr a ni emplois ni titres qui soient héréditaires, sauf oeioi des princes du sang et des descendants de Confîicius. L'empereur confère la noblesse, non à un individu, maïs à ses aïeux. Tout le peuple est divisé en six ordres : mandarins, guerriers, lettrés, agriculteurs, artisans, marchands.
La justice est gratuite; les affaires se discutent publiquement; chacun y plaide sa cause , sans assistance d'avocats , profession dont ils n*ODt pas Tidée. En matière civile, la procédure est trèsexpéditive , et se résout le plus souvent en bastonnade , parfois pour les deux parties. La justice criminelle a plusieurs degrés; toute condamnation capitale doit être approuvée par Tempereur. Tous les supplices ont lieu en automne et à la fois.
La législation, chinoise remonte de dynastie en dynastie jusqu'à la plus ancienne, et forme soixante-quatorze volumes; les missionnaires, de qui nous tenons les informations les plus exactes sur ce pays, ont donné l'analyse d'un code chinois qui embrasse toute la matière, et constitue un document précieox sur le caractère de cette nation. L'ordre en est clair, le style simple, tempéré; on n'y reconnaîtrait point l'origine orientale; mais, selon l'esprit qui préside à tous les règlements chinois, il descend à des détails puérils et aux exceptions les plus rares ; sa tendance est de tout régler, de faire intervenir la loi dans tout, et de ravaler la vertu même en la commandant. Il y a punition pour celui qui ne visite pas de temps en temps la tombe de ses aïeux; le mâle a droit à part entière dans un héritage, la femme à une demi-part, l'hermaphrodite à une part mixte. Les termes de la loi sont parfois des plus vagues : ainsi celui qui se conduit avec inconvenance et contre l'esprit des lois , sans cependant en enfreindre auc^n article , est passible de quarante coups de bâton. Le crime de haute trahison est puni avec une atroee sévérité ; et les descendants du coupable sont déclarés infimes jusqu'à la neuTÎème génération. Un criminel qui attenta à la vie de l'empereur, en 1803, fut condamné au supplice le plus lon^ qu*on put inventer, et ses enfants en bas âge furent étranglés.
Le châtiment le plus commun est celui du bambou; puis vient
te kîa , OU eollier de bois, qui se porte un mois de suite dans fpftains eas; et enfin Texil. La série des châtiments décrétés en Chine en 1837 contre les fumeurs d*opium , montre combien Feiil y est une punition grave. Le coupable est pour la première fois marqué au front avec un fer rouge ; la seconde, il nçoit cent coups de bâton sur les épaules , avec trois annéds d'exil ; il est décapité à la troisième : Texil est donc un châtiment plus grave qu'une marque ineffaçable sur le front. Les autres peines sont le carcan , les soufDets, le hallage des bateaux, I uis la strangulation, et la décapitation, qui est réservée aux plus ^nds crimes. De très*longues détentions ont lieu dans des raefaots , qui ont le nom d'enfer et qui le méritent ; les femmes sont remises à la garde de leurs parents les plus proches. Le serment n*est point admis ; mais on a recours à la torture qui coDsiste à presser les ongles du patient dans un triangle. Si Tacoisé ne s*avoue point coupable, il est immédiatemenf mis a la question, qui augmente jusqu*à ce que le malheureux écrive ou signe la confession du crime. On en dresse alors procèsverbal , et on Texpédie à l'empereur, qui ordonne la poursuite. Si par extraordinaire le tribunal déclare un accusé innocent, il succombe bientôt aux tourments qu'il a soufferts. Tous les châtiments sont aggravés pour les esclaves.
U vol simple est puni par le bâton ou par l'exil , selon la ^Tîté du cas. Le traître, le parricide, le sacrilège, sont coupés par morceaux;. le père qui tue son fils n'est puni que de la Ittstonnade. L'homicide simple se rachète à prix d'argent; mais ii'il a lieu dans une émeute, le coupable est étranglé, toute espèce de tumulte étant diâtié avec la dernière rigueur. Aussi l«s Chinois se querellent-ils des heures entières sans porter la nuin Tun sur l'autre ; -car toute voie de fait est chose grave. I^ paroles outrageantes sont également punies ; car elles portent atteinte à la paix intérieure, que la loi veut assurer à tout prix.
Ainsi ce dont la loi chinoise s'occupe le moins, c'est de faire nurclier de pair avec le bien public la liberté individuelle : on pourrait la définir un bon système de police, avec accompagnement de prédications morales. A en croire ces belles maximes ,
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on dirait que Fâge d*orr^e dans ce pays. Le ChouKtng recommande auK magistrats la justice, le désintéressement, û redierche de la vérité. « Après que les parties ont produit leurs preuves, les juges écoutent ce qu'elles ont à dire. è'W n'y a point de doute , ils appliquent Tun des cinq supplices <. S'il y a'doule , il faut recourir aux cinq modes de rachat. Dans le cas où Ton pourrait hésiter sur l'opportunité du rachat, il convient de juger selon les cinq sortes de fautes. Celles-ci ont pour causes la crainte d'un homme en place , la vengeance ou la reconnaissance , la séduction des femmes , l'amour de Targent , les reeomoMindations. Ces foutes peuvent être commises par les juges ou par les parties : pensez-y bien, et, s'il y a doute, il faut pardonner. Quand un homme est accusé, il faut regarder aux circonstances et aux motifis. Ce qui ne peut être vérifié ne saurait offrir matière à procès. Il fout être, selon le cas, indulgent ou sévère. Ceux qui savent faire de beaux discours ne valent rien pour juger des procès; il faut pour cela des hommes doux et sincères , droits , et d'une modération éprouvée. Expliquez et publiez le code des lois. Que dans le procès on n'ait point égard à l'intérêt. Les richesses ainsi amaissées sont un trésor de fautes qui attirent malheur. »
C'est ainsi que le code abonde en belles maximes, mais qui malheureusement se perdent dans l'application, par rignoraocc de l'interprète ou la vénalité des organes de la loi.
La religion se réduit à peu près à un règlement d'État et de discipline. Trois religions sont en présence dans ce pays, grioe à un esprit de tolérance qu'il conviendrait mieux d'appeler apathie : celle des savants, qui est la loi de Confucius, se réduit en somme au déisme et à l'indifférence : ils considèrent qu'à la mort, l'âme passe en d'autres corp^^ ou se décompose dans l'air, sans qu'il reste autre chose de l'homme que son sang dans ses enfants , et son nom dans sa patrie. Dieu seul est imioortel. Les tao-tsées suivent la religion des esprits, avec toutes sortes de superstitions. Confucius ayant déclaré qu'il n'avait
' La aiarqiie sur le visage, PampuUtion du nez , des pieds, rériitlion, la mort.
LA CHI^iE. 8&
pour tâche que de relever les doctrioes primitives, et qu'il n*élait que le précurseur d*un graad personnage qui viendrait de rOccident , le roi Minet envoya une flotte à la rencontre de ce Hesie.
L*expédition s*engagea assez loin , mais n'osa pourtant prolooger le voyage ; elle aborda dans une île, où on trouva une statnede Boudha, qui fut rapportée en Chine trente-trois ans avant le Christ. Son culte se répandit dans les basses classes qui, Tadorèreat sous le nom de Fo ; mais il fut repoussé des savants.
Les Chinois sont donc tout à fait libres dans le choix de leurs opini<Hi8 religieuses ; mais la loi, comme dans tout le reste, sans s'occuper des choses intimes, règle minutieusement les rites. les formes jeitérieures , les cérémonies. Tout cet ensemble de oMeors caractéristiques ; ce cérémonial compassé et invariable , ettte hiérarchie sans fin ; cet amour du beau, plutôt puéril que grand; cette gravité pédantesque des lettrés; tout ce grand vide« recouvert d'uoe élégance mesquine, a cependant résisté à Tactioo des siècles > et a fini par absorber les conquérants barba* res. De la vivacité grecque et méridionale , on n*en trouve pas Toffibre dans ce pays, où on affecte de faire tout avec calme , temps et mesure. Les Chinois savent adroitement profiter de la vivacité des Européens pour les faire tomber dans tous les pièges que leur imagination inveute ; si bien qull n^est point de marchands assez adroits pour y échapper. Ils savent cacher sous des dehors tranquilles la haine et la colère la plus violente : offensez les, et ils vous paraîtront ne rien sentir; mais leur vengeance vous atteindra quand vous y penserez le moins.
La seule passion qu'ils laissent éclater est celle du jeu, dont ks émotions conviennent si bien à une société vieillie : riches et pauvres s'y abandonnent malgré toutes les défenses de la loi, et ils jouent sur un coup de dé leur fortune, leurs maisons, jusqu'à leurs enfants et leurs femmes.
Comme tous les peuples iguorants les Chinois sont fatalistes : les incendies fréquents dévorent leurs villes sans qu'ils cessent pour cela de brûler des papiers et de Tencens , de fumer, de tirer des feux d'artifice au milieu de leurs maisons de bois et de paille. Le feu une fois allumé, ils regardent la maison comme destinée
nouveau mattre, connue sous Tancien. Les enyaliisseurs triomphent doue, et s'accommodeBt on ne peut mieux des traditio::s despotiques de Tempire. Ils prennent pour eux les richesses, partagent le pouvoir avec les lettrés, a6n qu'ils lesaident à main- .'tenir le peuple dans Tobéissance. Gelui*ci travaill^d*abord pour enrichir ses maîtres, et pour subsister, si le cas se trouve possible.
Aiosi il y a la paix sans la justice, des richesses sans rémula* tion, des cérémonies sans amour, une morale sans pratique. Aux frontières toujours la guerre imminente, au dedans les séditions.
En 164S, la Chine fut conquise par les Tartares, qui adoptèrent tous ses usages et la forme de son gouvernement. Cette dynastie décréta que tout corps militaire dans les provinces serait composé par moitié de Chinois et de Tartares; ainsi des tribunaux : de façon que ces deux peuples se tiennent réciproquemeut en respect ; ni Tun ni Tautre n^est entièrement privé du pouvoir civil et militaire; et le peuple conquérant peut sV tendre ainsi sans s'affaiblir, et faire téta aux troubles civils comme aux invasions étrangères.
Les missionnaires, et principalement les jésuites , formèrent le premier lien de communication entre la Chine et TRurope; ces derniers nous ont fourni les meilleurs documents que nous ayons jusqu^à ce jour sur ce pays. Ayant eu Tadresse de capter les bonnes grâces de Tempereur et des mandarins, il leur fut permis d*en espérer les plus grands avantages pour la religion et pour la civilisation. Mais les jésuites avaient en Europe des ennemis puissants alors et implacables qui les attaquèrent auprès du saint-siége, leur reprochant de tolérer de certaines superstitions inhérentes aux coutumes chinoises : de là une lutte qui entama leur crédit près de& Chinois, désireux par-dessus tout de la tranquillité, et qui aboutit à leur*expulsion. Avec eux disparut de la Chine le christianisme, qui, dans les siècles précédents, y avait déjà été apporté par les Arméniens.
L*empire russe a une telle étendue , qu*il touche aux couCas de la Chine : ce qui décida Pierre le Grand à y envoyer, en 1730, une ambassade dont fit partie le voyageur anglais Beil
d*AnfeniiODg, qui nous en a laissé la description. Ce fut un spectacle inouï pour les Chinois que ce cortège , vêtu à l^européenne, et disant son entrée dans Pékin. L'étiquette exigeait que tout amba^deur se prosternât en frappant neuf fois la terre de son front {Kou'tou); et cela non-seuleroent devant Tempereur , mais encore devant les princes du sang, les vice-rois, les mandarins, et les ministres. L'ambassadeur Ismaîlof redoutait d'un cdté le courroux du czar s^il se prêtait à cette humiliation, et il pouvait ëe Faotre , en s'y refusant , mettre la mésintelligence entre les deux empires, et faire manquer ainsi le but de sa mission. Mais Fempereur heureusement désirait que ces étrangers fussent témcnns des fêtes que Ton allait célébrer pour le soixantième anniversaire de son règne; et il aplanit la difBcnfté, en faisant rendre en son nom un hommage semblable, par un mandarin, à la lettre du czar que Tambassadeur était chargé de lui présenter.
L'envoyé russe accomplit alors sans scrupule les actes de respect indispensables.
La Russie demandait la liberté du commerce entre les deux États f et à établir des comptoirs; mais Kang-hi n'y consentit que pour Pékin et quelques points. La Russie obtint aussi de laisser an agent dans cette capitale ; mais il y fut gardé comme prisonnier, et on te renvoya à la première occasion. Les négociations se renouèrent plus tard ; on régla la question des frontières. Pierre I^', qui s'était agrandi aux dépens des Rlongols du Raptchak , et avait envahi la Sibérie^ se trouva limitrophe de la Chine, au nord du pays occupé par les Mongols Khalkha. D*aotres Mongols s'étaot réfugiés, après une défaite , dans le pays ntué au sud-est du lac Baîkal , implorèrent la protection de la Russie, s'offrant à elle pour vassaux. Comme ils allaient en pèlerinage à Ourga, résidence de leur pontife suprême {KoU'iouk'tou)^ il en résultait des conflits fréquents qui attirèrent ^attention des gouvernements russe et chinois. Des conférences se tinrent sur le Sclenga ; on marqua de nouveau les frontières, on éleva des colonnes, et l'on posa des sentinelles. Kiaktft fut désigné comme marché commun au commerce des deux nations. Les Chinois ont gardé le monopole de la rhubarbe, dont les Russes n'ont jamais pu obtenir la vraie semence; ils
échangent en outre le thé contre de Targeut, des fourrures et des draperies. Le gouvernement chinois permet aux marchands étrangers de Kiakta de venir tous les trois ans à Pékin, mais point au nombre de plus de deux cents.
Le Portugal aussi envoya en 1722 un ambassadeur, don Metello, pour réclamer protection en faveur des Portugais répandus dans Tempire. La cour admira la gravité de Tambastadeur, et son exactitude dans Taccomplissement des cérémonies; mais s'apercevant qu*il était scabreux de parler de religioD, il évita d^aborder ce sujet. r..es Hollandais envoyèrent aussi une ambassade en 1796; elle fut mal reçue, Tempire n*ayant plus besoin d'eux. La même année, FAngleterre y expédia lord Ma* cartney, diplomate habile, qui cependant ne put rien obtenir. £n 1806, la Russie mit en campagne une nouvelle légation; elle se composait, au départ, de cinq cents mdividus ; mais, arrivés à la grande muraille, ils étaient réduits à soixante-dix, et, n'ayaot pas voulu se soumettre au Aou-tou^ ils se virent fermer rentrée de la C4ipitale.
L'Angleterre envoya de nouveau une ambassade en 1815, pour arranger les différends qui s'élevaient chaque jour entre la Chine et la compagnie des Indes. £lle était conduite par kxd Amherst,qui ne put se résigner au Kou-iou; et» arrivé omx portée de la demeure impériale, il fut congédié, aaju acoirpit lever les yeux sur le Fils du Ciel.
Cependant les marins qui portèrent en Chine Tambassadeur Amherst en étudièrent soigneusement les cdtes; plusieurs pénétrèrent dans Tintérieur avec la légation. Ce ne sont point les relations qui manquent sur ce pays; nous avons les voyages de George Staunton (1797), John Barrow ( I80i), de Guignes (1808), Henry Eliis (1817), Abel Clarke (1818},Timbovski (1827), Davis (1837) : mais les étrangers peuvent-ils atteindre h la vérité, trompés qu^ils sont par les indigènes, ett ainsi queTavouait un Chinois, reçus comme des mendiantsf traités comme des prisonniers, renvoyés comme des voleurs* La Chine passa d'abord, sur la foi de Marco Polo, de Jean de Carpin et de Mandeville, pour le pays de Tor et des pierreries; puis les niissionnakes, qui espéraient la trouver docile à leurs
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eueigneoieDts, en parlèrenl favorablement .-Voltaire et son éeolen*y virent que des Mencius et des Gonfueius. Aujourd'hui , sa contraire , les négociants de Macao et de Canton , non moins odusifs dans leurs jugements, et concluant sans doute du parlicalier au général, nous donnent tous les Chinois pour des fourbes et des voleurs. La guerre finira peut-être par déchirer le voile dont la Chine s'obstine à s'envelopper.
Quant au commerce, pendant longtemps il n'y eut que Canton qii fikt ouvert aux Européens ; mais le temps de leur séjour était limité, de même que le nombre des marchands avec qui ils pou* Taient trafiquer. Jusqu'en 1793 ces marchands n'étaient qu*au nonfarede douce, pois ils furent portés à dix-huit : connus sous le nom de Hanistes , ils servaient à toutes les transactions cornoMTcialei, et répondaient de tous les risques comme courtiers. Les Chinois se répandent, pour faire le négoce, sur toutes les mers d'Orient et dans les principaux ports de la Malaisie et de rbidetransgangétique.l]s8e sont emparés depuis quelque temps dacommerce de Siam et de l'empûre d'Annam.
Lnr principale exportation est celle du thé, que laCliine lÎDiiniit seule à l'Europe et au resta du monde. Cette feuille, doitt l'usage est très^ancien parmi les Chinois, fut apportée m I6t0, pour la première fois, en Europe par les Hollandais. Les ambaesadeurs moscovites en offrirent au czar en 1688, et en peu de temps le thé se répandit dans toute la Russie. Il était à peine connu en Angleterre en 1650; mais il y fut bientôt soumis à une taxe, comme le café et le cacao. La compagnie des Indes crut pourtant filre au roi Charles II un beau présent, en lui en offrant en 1664 deux livres de thé. Dans le eoors du siècle dernier, il a pris place en Angleterre parmi les denrées de première nécessité. De 1710 à 1810, la compa^ gaie CQ vendit à Londres 760,219,000 livres, qui rapportèrent 129,604,696 livres sterling; et, de 1810 à 1893, au moins S46,408,000 livres; elle en a placé 61 millions de livres en 1887; et le thé produit à l'échiquier une recette annuelle de 75 millions de francs.
L*empereur Kien-long ( 1736-1790) établit sa domination sur les Êleules, de lorte que Tempire s'étendit jusqu'aux confins de
la Perse. Il soumit le Tibet (1757 ) , et ne laissa aa dalaî-lama, chef sapréme de la religioD de Bouddha, que Tautorité reli* gieuse, sous la suprématie du Fils du Ciel. Kien-long fut le plus grand prince de sa dynastie : caractère ferme, esprit pénétrait, il visitait ses provinces et se plaisait à soulager ses peuples. 11 maintint la paix à Fintérieur, et poussa ses conquêtes an «lehors. 11 composa des poésies et plusieurs histoires , et recueillit la monuments littéraires de tous les siècles.
Kia-KIng (1796-1832), son successeur, eut à lutter contre des conjurations et des révoltes. Ce prince disait que le peu d'intérêt que ses sujets lui avaient montré dans ses dangers l'affligeait plus que les projets homicides des assassins , et il promît de se rendre plus digne de leur sympathie. Les côtes méridionales furent alors ravagées par les pirates, qui en rançonnaient les tiabitants et les bâtiments. Des sociétés secrètes se formèreiit au dedans pour expulser les Tartares et recouvrer rindépendanee nationale. En 1816 , le gouvernement en devint plus rigoureux. Toute réunion de cinq personnes fut défendue ; on eut reeoors à des tortures atroces pour arracher des aveux; et 10,270 individus, condamnés à la peine capitale, attendaient dans les prisons la vie ou la mort, de la volonté de Tempereur. Les lettrés ne cessaient, il est vrai, de rappeler à l'empereur ses devoirs, surtout dans les grands désastres , à Toccasion d'une sédieresse qui désola le pays, d'un débordement du fleuve Jaune (1818), qui noya cent mille personnes , d'un ouragan qui dévasta Péàio, et poussa la mer sur une grande étendue des cites.
Tao-Kuang, son successeur (1821-1850), se montra très-hostiJe au christianisme, et son règne fut agité par plusieurs révolutions. La dynastie tartare, attentive à empêcher l'empire de se dissoudre, devait voir d'un œil jaloux les compagnies européeiuMs, qui , sous un titre commercial , sont de véritables puissaaoes, ayant des armées , des possessions , des lois et des ambassadeurs. D^à lorsque, dans le sièele passé, les Népaulais conquirent le Tibet, le dalaï-lama avùteu recours à Rien-long, empereur de la Chine, qui en effet les chassa, et réunit le Tibet à ses États. Il passa même l'Himalaya, et entra dans le iVépaul. Mais la compagnie anglaise, craignant un soulèvement
dos rfnde, dirigea son année eontre les Chinois, et les obligea 4é battre en retraite. La mésintelligence 8*augrD«ita eneore (1808) lorsque l<Hrd Minto, sons prétexte d'empécber qw la marine française ne a'emiMurât de Macao, se jeta sur cette piaee : les Chinois finrent foreés de Téfacaer après une lotie. Les Anglais envabbent ensuite leNépaal (1814-1816), et lucecMifement se substituèrent, dans TAssam et dans i'Afghamstan, à œs fiirmans que la Chine ayait voulu conquérir ai 1767 ; ils se trouvèrent ainsi limitrophes de la Tartane ehi- Boise. Vers 18S0 ils eolonisèrent Smgapour, dans le détroit de Malaeea ; et en la déclarant port franc ils y firent affluer bientôt les navires, du monde entier; mais cette ville est encore à vingt degrés de la Chine.
Nous avons vu que les nations étrangères ne peuvent trafic fÊtt avec la Chme que par mer, à l'exception de la Russie , qui coamunîqne avec ce pays par la Tartarie , et entretient à Pékin nu archimandrite et une légation. Canton était ouvert aux Eoropéens, mais avec force restrictions : ils ne pouvaient entrer dans la ville, il leur fallait se servir d'intermédiaires chinois, teoir les gros bâtiments à douse milles, et se soumettre à la sarffillanee la plus minutieuse.
L'Angleterre s'en plaignit à plusieurs reprises : en 1816, elle envoya Macartney et Amberst, puis Napier en 1834, avec des propositioDS qui forent repoussées : non pas que lc« Chinois aient de réloignement pour le commerce avec les Européens, ils en sont même les intermédiaires dans toutes ces mers ; on en trouve par milliers dans la Malaisie, surtout à Java, à Singapour, à Calcutta : mais les histoires anciennes et modernes ne leur offrent que trop de moti& de se défier des Européens , qui ont massacré tant de fois les Chinois dans les Philippines et dans les Moluques, et qui ne cherchent qu'à s'étendre dès quilsy ont un pouce de terre.
Les Américains du nord font un commerce très^actif avec la Chine, sans toutefois soulever de plaintes, parce qu'ils n'ont en voe que l'intérêt privé. Les compagnies commerciales politiques ées diffikents pays de l'Europe inspiraient peu de défiance, vu leur foiUesse, et leur docilité à se soumettre à toutes les me*
sures prescrites. Mais il en était autrement de la oompagnie anglaise, qui allait grandissant toqjoors. Quand les Ab^^ eurent eonquis le Kaboul et rAmmarapourak , les Chinois mirent des garnisons dans le Tiliet, comme ils enfoyèrent des ▼aisseaux pour défendre la Goohinebine après la conquête de l'empire birman. La Russie, tiès-attcntive à eootreearrer li domination de TAngleterre en Asie et surtout en Chine « dotait les craintes et Tirritation deTempereur.
La Grande-Bretagne, qui tire des Indes orientales six millions et demi de livres sterling ( 163,600,000 fr. ), aurait bientôt épuisé le pays si elle se Élisait payer en argent. Elle préière cela en opium, obligeant les indigènes à semer, non du blé, mais des pavots, dont elle reçpit la graine en retour du froment qu'elle fournit. Cet opium est échangé en Chine contre do thé, que l'Angleterre revend à l'Europe moyennant argent. De plus, 70 millions de coton et d'objets manufocturés dans l'Inde servent à payer d'autres produits de la Chioe; et il reste encore 20 ou 26 millions en espèces. Cest amsi une chaUie perpétuelle d'échaoge de blé, d'ophim, de thé, d'argent, dont un anneau, s'il venait à se briser, causerait de grands donmiagn.
L'opium fut Introduit en Chine d'abord comme simple médicament ; puis l'usage s'en répandit au point qu'il devint un besoin irrésistible. L'empereur Kia-King, en 1709, en défendit Tintroduction sous des peines sévères, telles que la strangulatloo, l'exil, la prison; mais, comme il arrive toujours, l'usage s'ea augmenta d'autant. L'opium ne sert qu'au vice, c*est-à-dife à enivrer les Chinois : donc l'empereur, qui se proclame le père de ses sujets , devait les prémunir contre le danger, et voir de mauvais œil les Anglais introduire, malgré lui , un poison dam ses États. Les Anglais, au contraire, attachaient une graade importance à continuer ce trafic, attendu que les deux rnooepôles du sel et de l'opium, comme le déclara lord Gleneig'à la chambre des communes (juillet 1838), rapportaient déjà plus de 80 millions.
Bien que l'Angleterre eût à ménager un pays où elle Utaât un commerce de 400 millions par an, et qui lui fianrnisBait ce thé qui est devenu pour elle d'un usage indispeusable , cUe
fottbi aux pieds lois et coutumes, et s'adonna à la contrebande en bnrant toutes les autorités. En J838, elle introduisit en Chine 4,376,000 livres d*opium, d*une valeur de 105 millions au moins, payée comptant, comme tout ce qui est de com-* naerce prohibé. L*empereur dut s^indigner de Taudace de ces barbares, qui venaient sans pudeur violer ses lois, ses frontières, et encourager les vices de ses sujets : en conséquence il prohiba le commerce de Topium , et envoya Lin à Canton en qualité de commissaire, avec de pleins pouvoirs pour faire exécuter ses ordres (décembre 1838).
Les actes du gouvernement chinois en cette occasion montrent autant d*)gnorance du caractère des Européens et de leurs usages, que les Chinois en trouveraient chez nous sur leur eonqite, s'ils prenaient la peine de lire uos livres. Lin procéda avec vigueur : il ordonna des arrestations; il reprocha aux Européens tout ce qui avait été fait pour eux, et l'ingratitude dont ils l'avaient payé; il menaça de soulever le peuple contre eux, et se fit livrer tout l'opium. Eliiot, qui commandait la marine britannique dans ces mers, avait déclaré le commerce de i'opiom illégal , et annoncé que l'Angleterre ne le protégerait pas. En conséquence, il en fut détruit 20,283 caisses. Mais le goulemement anglais déclara, que l'honneur de la nation était engagé, et , justice ou non , qu'il devait soutenir les négociants. Il désavoua donc Eliiot, qui leur avait garanti , au nom du gouvernement britannique , la valeur de l'opium livré à Lin.
De là des collisions : tous les négociants anglais s'embarquèrent dans im moment où il ne se trouvait pas même un «aisseau de guerre pour les protéger. Au commencement de 1840 arriva la flotte anglaise , forte de trois vaisseaux de 74 caoons, de deux frégates de 44, de douze corvettes ou bricks » et de quatre bateaux à vapeur. La supériorité de celle marine rendait le succès non douteux. Les bâtiments à vapeur et l'artillerie européenne écrasèrent les lourdes jonques chinoises , et bravèrent de grosses batteries mal servies , ainsi que des murailles de porcelaine. Cependant si les Chinois tombaient par milliers, U en revenait par milliers, et ils résistaient par le nombre. Les négociations et les attaques se succédèrent jusqu'à
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Tannée suivante. Pendant ce temps , les Anglais conlinuèrent la contrebande de l'opium , d'autant plus recherclié qu*il était .prohibé, lis bloquèrent le fleuve de Canton, prirent Itle de Gliusan, et pénétrèrent assez près de la capitale. Mais Tastuce diplomatique des mandarins suppléa à leur inexpérience militaire. Les succès furent balancés par des revers , jusqu'au moment où l'Angleterre , voyant son honneur compromis visà-vis de barbares , objets de railleries , prit le parti de s'avancer jusqu'au cœur de l'empire.
flenri Pottiiiger remplaça avec de pleins pouvoirs Elliot, ^ui fut rappelé (août 1841 ) ; et il occupa , sans perdre plus de vingt hommes, trois grandes villes de la côte (juillet 1842), ainsi que le canal Impérial, en remontant la rivière Bleue. Les Chinois se défendirent avec une valeur inattendue; ils écranglèrent dans les villes prises leurs femmes et leurs enfants, et remplirent les puits de leurs eadavres. Partout où l'iotorilé cessa de les tenir en bride , ces populations dans l'enfanoe se livrèrent à tous les excès. Des provinces qui depuis des siècles jouissaient d'une paix profonde se trouvèrent en proie à tous les maux d'une guerre fiilte à outrance , et par des ennemis tout à fiedt inconnus (29 août 1843). L'empire cessa de se croire invincible, et se déeidaenfln à traiter de la paix. Ella fut conclue aux conditions suivantes : la Chine eut à payer 31 millions de dollars ; elle dut ouvrir à tous les Européens la ports de Canton, d'Amoy, de Fo-tchou-fou , de Ning-pou, de Sing-haï; céder à l'Angleterre Ttle de Hon-Kong, et donaer une amnistie à ses sujets. Quant à l'opium, il n'en fut pas dît un mot.
Le commerce ainsi ouvert avec trois cents millions d*babitaats, on s'Imagina que l'on allait d'un seul coup verser dans le pays l'excédant des manufactures de Bristol et de liiverpool ; mais un peuple dont les habitudes sont si tenaces n'adopte pas, do jour au lendemain, les modes de Londres et de Paris, et il ne change pas ses étoffes de soie pour du coton. Quoi qu'il en soit, cette guerre de l'opium, hideuse dans son principe, a eu pour i^ultat d'affranchir des défenses qui leur fermaient le Céleste Kmpire tous les bâtiments des nat ons européennes. Voilà l'Aa-
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gleteiTe maîtresse d*une tle en face de la Chine , comme elle Tétait, il 7 a eeot ans, d'une forteresse sur la lisière de Tinde. Qui pent prévoir les événements réservés à FOrient?
Dans les quatre premiers mois de 1844, la compagnie a expédié en Chine huit mille cent qnatre«vingtdix caisses d*opium pour DDe valeur de 26,252,000 francs, produit annuel d'environ 78 millions '. L'empereur a eu recours aux exhortations, au\ défenses, aux traités, contre une habitude meurtrière. Pottinger luiconseillait d*autoriser le commerce de l'opium, et, en le soumettante un droit raisonnable, de procurer à ses flnancesd'ationdantes ressources. Mais , au lieu d'adopter ce parti lucratif et IwDteux, Tempèreur proposa h la compagnie une indemnité de 37 millions et demi par an, si elle voulait renoncer à cultiver l'opium. C'était une proposition absurde; mais de quel o6té se trouvaient la noblesse et la moralité * ?
Une connaissance plus exacte du pays et des idées mieux entendues de liberté ont fait voir combien s'abusaient les savants do siècle passé, lorsqu*ils proposaient le gouvernement chinois à fadmiraticfn des hommes. Véritable type du gouvernement de famille, prodigue d'ordres et de promesses, il envahit le sanctuaire domestique, et enchaîne par des prescriptions arbitraires tout développement , toute spontanéité; son premier soin , c'est
■ Pendant la gnerrede la Chine, on publia à Calcutta le bilan suivant do commerce du Bengale :
Iroportatioas. EiportatJont.
Autfc». liv. «lerl. Uv. iteri.
' La France a fait auin on traité de commerce avec la Chine le 24 octobre 1845.
(Juillet 1847 ), de nouvelles hostilités furent près d'éclater entre la Chine et PAngleterre , qui nourrit évidemment l'intentloo de s'établir dans ce pays. 9
de réprimer les révoltes, et de conserver un ordre qui n'est autre chose qye rim mobilité. L*éj;alitéde ce pays ii*existe que devaot le bambou; leremède au paupérisme est Texposition des enfants, et la misère du nombre immense de malheureux réduits à mourir de foim. Les peines ont un caractère matériel , à ce point qu*on peut s*en racheter pour de Targent ou les faire subira d^autrès, même le dernier supplice. Les mandarins sont les agents d*une administration frivole et vexatoire, qui assure l'immobilité au sein d'une barbarie élégante, issue d'un ^oîsme peureux. Une concurrence que ne limite aucune considération morale , et ooncentrée sur certains points, stimule l'activité, et procure aui arts une prospérité apparente. Mais le goût du mesquin stérilise l'imagination; un cérémonial inOexible enchaîne toute affection franche et cordiale : les traités de morale sont des textes sonores, rédigés par des lettrés panthéistes , absolus , pédants , qui ne s'adressent qu'à la mémoire, ne visent qu'à Teffet et à l'arrangenient des paroles, et ne connaissent point le peuple, qui, à son tour, ne sait pas les lire; ils no s'adressent ni à son âme ni à son imagination. En un mot, la civilisation, l'instruction, le gouvernement , tout est matériel ; tout est dominé par la nécessité terrestre : on ne sent nulle part l'influence d*un principe spiritualiste , d'une loi religieuse, où le mystère réchauffe l'imagination , jusqu'à ce que la raison s'éveille à son tour. En eifet, le cultede Bouddha, tout grossier qu'il est, a réussi beaucoup mieux que n'avaient fait jamais tous les lettrés; il a agi sur les indifidus; mais, dépouillé de ce mysticisme qui faisait sa force sur le Gange , et qui ne saurait être compris sur le fleuve Jaune , où il n'a conservé que les idoles et quelques cérémonies extérteures, le bouddhisme a perdu toute valeur sociale. Aussi ne réussitil qu'à engourdir, en le fatiguant, un peuple qui n'est initié à aucune espérance d'avenir, et qui ne vit que dans la vénération du passé.
KlfCOAB LANGLBTEBXE. 99