‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,)Chapitre 46 sur 61 · POPULATIONS BARBARES, VOYAGES, COMMERCE, INDUSTRIE · texte numérisé non relu

POPULATIONS BARBARES, VOYAGES, COMMERCE, INDUSTRIE

COLOIillES, GÉOGRAPHIE

Cette grande variclé de peuples que nous venons de passer en revue, après avoir accompli chacun ses destinées à part, devaient se trouver subjugués successivement parla forte unité delà race blanche, et par celle de r£urope principalement. Ayant la conscience de sa supériorité, jalouse de l'exercer et de constater ses

il n'y existait aucun collège. Maintenant on y compte 519 chapeUes.

43 églises, 10 ':olléges, 60 séminaires.

En Irlande il y avait :

Ea I7tl. ed im.

Protestants. 700,451 1,515,111

Catholiques 1,309,768 6,427,711

Total. . . . 2,010,219 7,942,933

COMMBBGB, INBUSTfilE, COLONIES, GBOGAiLPttIB. 109

propres forces, rEorope a entrepris, de nos jours, des voyages, des aplorations, avec une ardeur pareille à celle du 15^ siècle*, moins dans le but peut-être de découvrir des terres nouvelles, que pour explorer mieux les découvertes antérieures, y répandre la civilisation, en rapporter des connaissances, en induire des conséquences philosophiques, religieuses, scientifiques, et fournir des armes à tous les partis. Byron, Wailis, Carteret, sortirent des ports anglais pour visiter les mers du Sud. Le duc de Cboiseol envoya Bougainville dans Tocéan PaciGque, où il SQipaaa en audace et en exactitude les Anglais ses rivaux ; où il découvrit Tarchipel des Navigateurs , et traça les premiers tableaux de Fétat social et des mœurs de ces peuplades inconnues. Les compagnons, puis les imitateurs de Cook observèrent les phénomènes variés de la nature , Venfajice ou la décrépitude des sociétés, la formation d*lles nouvelles ou leur réunion au continent au moyen des isthmes de corail ; et, rapprochant les mœurs et les idiomes , constatèrent les émigrations des anciennes races : heureux quand ils n'avaient point affaire à des peuplades assez sauvages pour repousser les présents qu'ils leur apportaient , tels que le blé, la vigne, les légumes, les animaux domestiques ! Ce fut alors que l'Allemand Damberger , au serrice de la compagnie hollandaise, traversa l'Afrique depuis le cap de Bonne-Espérance jusqu'au pays de Berbères (1781- 1 797), dont les côtes furent décrites par Desfontaines. L'Anglais Peuerson pénétra chez les Hottentots ; BoufQers et Golbery, dans d autres parties de l'Afrique; Bruce, dans l'Abyssinie; Iserre, dans la Guinée et chez les Caraïbes ( 1773 ). Barrow explora le Cap, ainsi que le Hollandais Stavorinus ; Sparrman et Levaillant partirent également du Cap à la poursuite d'animaux encore inconnus à la sciencQ. Les académiciens de Pélersbourg parcouraient de leur côté l'immense empire du pôle jusqu'au Caucase, etapportaientà la science le contingentdes régions septentrionales (Gmelin,Pallas, Steller, Gueldanstadt, Georgy, etc.). Les sociétés scientifiques de l'Inde, de l'Amérique du nord, firent mieux connaître aussi des peuples anciens ou nouveaux. Le Danemark envoya Wieburk explorer l'Arabie; la Russie y envoya Pallas, et 6t partir Gnielin pourla Sibérie, et le Danois Hoest pour le MaimT. DE ccirr anb. — t. iv. 10

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roc. Richard Modier parcourut FAsie Mineure et la Grèce; Cou publia la relation des découvertes des Russes et de leur commerce avec la Chine ( 1781). Ce dernier empire avait été décrit surtout par les jésuites, dont les Lettres édifiantes [ 1717-1774) sont encore une source précieuse pour tout ce qui concerne le pays.

Le dévouement à la science poussait en même temps Stedman dans la Guyane, Charlevoix au Japon et au Paraguay, Boyie au Tibet, le major anglais Rooke sur les cdtes de FArabie et en Egypte ( 1781 ), Kerquely dans les mers Australes (1782), Forster dans le nord , le conimodore Billurgs dans la Russie asiatique, Samuel Tumer au Tibet et au Boutan. Chaodler visita TAsie Mineure; Lechevalier, la Troade. Cboîseul-Gooffier réveillait les sympathies en foveur de la Grèce, en décrivant ses ruines et en révélant ses longues misères ; Volnej allait chercher dans les ruines de TÉgypte et de la Syrie des Idspirations , des plaintes él^aques et des arguments d'impiété. En retranchant de tous ses récits la partie romanesque, on trouve de la vérité dans les descriptions. Le voyage pittoresque dans rinde de TAnglais Hodget vint offrir des spectacles nouveaux; on cessa de regarder comme des fables les merveilles de Balbek et de Palmyre; en lisant le voyage de Wood et Dawkios (1 753*1757). Le baron de Tott leva les cartes de Tempire ottomao, dontil avait organisé la défense. Anquelil-Duperron, Legestfl et Sonnerat interrogeaient les Guèbres et les Brahmes sur les restes d*une grande civilisation perdue. Legentil, quis*était rendu dans les Indes pour y observer le passage de Vénus , y prolongea son séjour au profit de la science, étudiant les courants, les marées, les moussons, les trajets les plus courts, et aussi les usages et les opinions du pays ; il examina surtout l'astronomie des bnbmes, alors si vantée, et fit voir qu'elle n'ajoutait rien auxocmosbsauces des Chaldéens. Ce fut alors que Ton donna le noio de statistique à la géographie politique; et Guthrie publia un traité complet de géographie ( 1770 ).

Les Cassini pendant trois générations travaillèrent à roesorer le méridien qui traverse la France : il en résulta de saraotes diseussions qui servirent à préciser la forme de la terre, l»

GOMMEACe, INDUSTBIS, COLONIBS, 6Ê0G|liLPBII. lll

ûusiMistes s'en allaient mesurant et décrivant la France, la tonnant d*un réseau de grands triangles entre les principales villes, auxquelles des triangles plus petits rattachaient les localités secondaires. François Cassini ( 1714-1784) établit sa carte de France dans la proportion d*une ligne pour cent toises , et il se flattait de n*y dépenser que dix ans et quatre-vingt-dix mille ifancs chaque année : illusions ordinaires aux grandes entreprises, et preGtables pourtant en ce qu'elles empêchent qu*on ne s'efliraye en s*y lançant. Les besoins de la guerre firent suspendre le invaU; Cassini proposa de le reprendre au compte d'une société qui aurait, pour se couvrir, la propriété de la carte ; mais les dépenses outre-passèrent tous les calculs; beaucoup de provinces, au lieu de s'associer à Toeuvre, s*y opposèrent jusqu'à chasser par la force les ingénieurs ; et Cassini mourut sans avoir vu terminer ce travail, qui lui avait coûté trente-quatre ans. Son fils Dominique venait de le mener à fin, quand la Révolution bouleversa les anciennes circonscriptions : cette carte servit de base aux nouvelles. Le comité de salut public vint en aide à la compgnie pour terminer l'entreprise ; et ainsi la France put offrir sa monde l'exemple d'une carte établie tout à fait d'après les données astronomiques, et qui depuis servit de modèle au reste de l'Europe.

Le nouvel art fut appliqué aussi à l'histoire , pour retrouver la géographie des temps anciens : déjà Delisle et les deux Sam- 100 en avaient dressé de meilleures cartes, mais qui n'éuientpas encore exemptes d'erreurs, ni conformes aux découvertes récentes et aux données astronomiques. D'Anville ( 1697-1782) établit que, pour bien connaître la géographie des anciens, il fallait commencer par se rendre bien compte de leurs mesures linéaires. 11 y réussit avec une exactitude merveilleuse : il suffit de dire qu il supprima plus de six cents lieues en longueur, dans une mappemonde de l'antiquité publiée par Delisle; de même qu'il irùta pas moins de deux mille quatre cents lieues carrées à la carte d'Italie de Delisle , et de quatorze mille à celle de Samson.

L'ardeur des voyages s'est tellement répandue dans notre siècle, qu'aujourd'hui la race européenne domine toutes les autres. Elle fourmille dans lesllesetles continents du cinquième monde ,

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terre sans passé , dont personne ne peut prophétiser Tavenir. Dans TAsie , elle est au Bengale comme en Sibérie; elle pèche les phoques du détroit de Behring et les perles de Tlnde; les Dardanelles et Pékin s'ouvrent devant elle. Cest à elle que revient Thonneur de la dvilisation deFAmérique, qui, née d*hier, rivalise avec sa mère, et grandira encore lorsque l'anarchie politique aura cessé dans les contrées méridionales, etranarchie religieuse dans celles du nord. Aucun élément de grandear ne manque au Brésil. Dans les anciennes colonies espagnoles, les bouleversements empêchent de profiter des biens prodigoés à ces contrées ; mais Tagitation est , alors même qu'elle parait funeste , un symptôme de vie.Xa race anglo-américaine avance dans rOrégon , à raison d'un demi-degré de longitude par aa : ainsi elle s*étendra bientôt de Tocéan Atlantique à Tocéan Pacifique. Les montagnes Rocheuses , déjà franchies par les missioDnaires, le seront bientôt par des colons, qui feront de ee paj-s une chaîne entre TEurope et les Indes orientales. La race blanche qui occupe les deux extrémités de l'Afrique y possède l'embeih chure de tous les fleuves , et attend le moment de remonter jusqu'à leur source; après y avoir détruit la piraterie, elle essave d'y abolir aussi l'esclavage , aussi ancien que le sol : une fois qu'elle y aura détruit cette cause de guerres entre les indigènes, la barbarie y sera refoulée de plus en plus, comme les lions et les hyènes. Les voyageurs européens ont pénétré aussi en Abyssinie ; et le docteur Ruppell , pourvu de toutes les connaissances indispensables pour profiter de tout ce qui tomberait sous ses yeux, entra dans ce pays (1831) avec une caravane de deux cents hommes bien armés et de cinquante cbameaox. Les AbjFSsinlens offrent un beau type, comme les Arabes*Bédoains; Ils observent quatre-vingts jours de fête et deux cents joarsdejeâne par an; ils regardent le travail comme un opprobre. Les mahométans dans ce pays sont corroyeurs; les Grecs et les Égyptiens y sont orfèvres et armuriers ; les Juifs, maçons et gens de peine. Ruppell trouva partout le désordre et l'anarchie : de 1778 à 1833, quatorze souverains avaient occupé le trône ; on y avait vu vingt-deux révolutions : quiconque ne veut ^as se soumettre peut se rendre indépendant , s'il est assez fort.

GOMMBBCB, IIVDDSTBIV, COLOIIIBS, 6É00BAPHIB. 113

En 1840, le goaTernement français y envoya deux ofBcien, Gaiinier et Ferret, qui dressèrent une excellente carte du pays. On doit aussi des renseignements précieux au missionnaire allemant Kraft (1842), d*après lesquels Zimmermann décrivit la région supérieure du Nil. Mais les sources de ce fleuve restent toujours inconnues : le pacha d*£gypte envoya plusieurs expéditions pour les explorer ; ce fut en vain, bien qu*on ail remonté cf fleuve jusqu'au quatrième degré de latitude méridionale.

Aujourd'hui que les Anglais sont makres d' Aden et d'une nouvelle route conduisant de l'Europe dans Tlnde , l'Abyssinie ne peut tarder à fixer les regards de la politique et du commerce ; lurtout, si d'accord avec ses princes, ils s'ouvrent par le littoral des communications à travers ce pays, queFélévalioa de ses plateaux et ses mœurs inhospitalières ont toujours rendu d'un si difUeile accès. Déjà l'Angleterre s'est emparée de la route qui conduit de la côte située vis-à-vis d*Aden, au royaume de Cboa, dont ils ont acheté la souveraineté à des tribus arabes, sans, l'inquiéter si elles avaient le droit d'en trafiquer, et si elles comprenaient la valeur du marché '.

Christophe, lieutenant de la marine anglo-indienne, releva tonte cette côte de l'Afrique, et découvrit au nord de l'équatenr un grand fleuve, qu'il remonta dans un parcours de cent trente milles. Dans le même temps, Roehet d'Héricourt établit des relations entre i'Abysinie et la Fr»Mse, et rencontra sur son chemin les Amarras, peuplade chrétienne et très-douce de mœurs.

■ Adcn est nn grand port, qui n*â été fortifié que depuis la conquête des Turcs, au milieu du dix-8e|>tièin«) siècle. Jl appartenait en dernier lieu au suUao de Saidja , quand un négociant anglais s^entendit a^ec ce chef, en 1830, pour faire naufrager sur cette côte un navire qu*il avait fait assurer à nn taux exorbitant. La fraude découverte, les Anglais saisirent ce prétexte pour s'emparer de cette place. Ils Pont occnpée dqiais, en payant -une redevance ao sultan dépossédé; ils se sont liâtes de la fortifier, sacliant bien qu'il n'y avait dans la mer RonSB rien de pareil en tant que position militaire, outre les avantage qu'#tt poHvait en titer pour le commerce des calés de Moka, et pour les dépôts de houilie iodIspeasablM à la navigation de Tlnde.

1 14 POPUbÂTlOHft BlBBABBS t YOYAGBS ,

Le Sénégal etGorée furent d'abord occupés par les Portugais; les Français s'emparèrentdu Sénégal, puisde l'Ile de Saint-Louii. En 1815, la France les recouvra avec Portendie, sauf le droit laissé aux Anglais d'y faire la traite de la gomme. Le contact de ces deux nations rivales, placées sur les deux grands fleuves, le Sén^^ et la Gambie, amena (Aus d'un conflit entre elles. Les factoreries qu'on y , a fondées ont servi à foire connaître la pays voisins, et dû Jeur importance au commerce de la gomme, que les créoles,' en remontant les fleuves, vont acheter aux naturels en échange des étoffes de coton» pour les vendre ensuite aux négociants français dont les bénéfices se sont accrus avM la consommation de cette denrée en Europe *. Un produit non moins riche, c'est l'huile de palme que les Anglais tirent de la Guinée; ils expédient de trente à trente-cinq navires chaque année, pour y fiiire leur chaigement dans le nouveau Galabar et le Bonni. Ils en font du savon jaune à l'usage des Amériques, après l'avoir édiangé contre des barres de fer, des colliers d'ambre de la Baltique, des verroteries, des bouteilles, de la poudre, du plomb, et des élofSes de coton et des draps.

Les Mandingues, placés entre laSénégambie et la Guinée, nous sont donnés par Muago-Park comme moins féroces que les autres peuplades africaines et comme possédant quelques formes de gouvernement civil. Une partie d'entre eux ont adopté le mafaométisme. Au-dessus de la Sénégambie, on trouve les Sousou, qui forment une confédération où la justice est exercée par les Pourrab, société secrète, semblable aux Jtcibunanx vi^estphalieas du moyen âge : il en existe une par canton, où l'on n'est admis qu^après les épreuves d^initlatien les plus dures. Un individu a-t-il commis un délit, il voit arriver bientôt un homme masqué qui lui dit : » Le Pourrab t'envoie à la mort; » et il le tue.

Les Foullahs, répandus d'abord des rives de la Sénégambie jusqu'au Bornou, et du grand Désert aux montagnes du Congp, ont formé des établissements fixes depuis le dernier siècle; ils

* Il eatre chaque année, dans le eommeree, ao nMloDS de kitegranmes de gomme; dans les colonies, elle est échaagèe oeaUv les toilei de Guinée, étoAes de coton rayéee qu'on Mriqoe espfés à Peadieliéry.

COmiBftGS, IHDUSTIIB, COLONlMt OBOOBAPBIl. lU

ont fondé dans l'Oassa un empife qui menaçait de s'étendre lur tout le nord-ouest de l'Afrique. Ils diffèrent des nègres par leun cheveux lisses, leur nés relevé, leur peau olivâtre, leur visage ovale , et leur intelligence plus développée ; ils ont le sen« tifflent de la dignité personnelle et l'entkiousiasme religieui aq poim de se liiire les apôtres de Tislam. Leur langue se rapproche de celle des Malais, surtout des habitants de Java et de Afadagas* car. tandisqu'ils en diffèrent par les caractères physiques. Ils ont fondé des villes où ils donnent asile aux esclaves fugitifs, pourvu qulb adoptent le Coran. Gapperton décida le sultan Belle à pooMltre par lettre au roi d'Angleterre d*einpécber ses sujets de conduire les nègres sur les marchés de puînée. Si cela, en effet, pouvait s'obtenir deschefe africains, on arriverait enfin à l'aboliticHi de la traite.

Les Aehantis, peuple de l'intérieur sur le fleuve de Guinée, portèrent la guerre en 1607 jusque sur le littoral ; ce qui décida les Ann^aia k leur envoyer une ambassade qui traversa, du cap Gonoi Koomasy, une centaine demilles, en profitant de cela pour reeoonaltre le pays. Ils forment un État souverain entouré de beaucoup d'autres, ses tributaires ou ses alliés, sur une étendue de huit mille lieues carrées. Les Aehantis sont nègres, mais pourtant distincts des autres races noires» et se rapportant plu- Ut an type abyssinien. Leur langue ne se rapproche d'aucun idiome eonnu ; elle est uniforme dans tout l'empire ; die abonde en voyelles : quant à l'écriture, ils ne la connaissent point. On est soldai dès que l'flge le permet. Les Aehantis se sont rendus redoutables même aux Européens de la côte ; ils sont très*féroces èins leurs ^ctoîres : leurs prêtres arrachent le cœur de certains ennemis, et en font un mets destiné aux Inraves ; les dents et les petits os leur servent à ftûre des colliers. Ils multiplient dans toutes leurs fiêtes les sacrifices humains; et Hutchinson, résident anglais dans ce pays depuis 1817 , fut témoin à Kounrasy d*un massacre qm dura dix-sept nuits. Cette férocité de leurs rites religieux cède devant l'islam, qui va se répandant chez eux de plus en plus. L'or et l'ivoire y sont l'objet d'un^prand commerce; Ils savent tanner, Uindre, apprêter les peaux, et fabriquer des vases et de l'orfèvrerie. Le roi y est matue des biens

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