POPULATIONS BARBARES, VOYAGES
et de la vie de tous , tandis que le conseil des grands vaque aux ' affaires du dedans et du dehors. Par une particularité éûrange,
* dans la succession de la couronne comme des biens particulier, c'est le frère qui succède d*afoord ; à son défaut, le fils de la
' sœur; puis le fils du défunt, et après lui le premier esclare. Une ambassade danoise trouva le roi sur un trône Cor massif, sous un arbre à feuilles d*or, le corps enduit de soif saupoudré d*or, avec iin chapeau à l'européenne tout galonné d*or , portant une ceinture d'or, et les pieds posés sur un bassin d'or. Depuis les épaules jusqu'à la plante des pieds il était chargé de cornalines, d*agates et de lapis-laznli. A terre étaient assis les grands, la tête couverte de poussière; une oentaine d*aocttsa-
' teurs et d'accusés se tenaient dans la même attitude; derrière eux, une vingtaine de bourreaux, le sabre nu , attendaient le »•
* gnal de l'exécution , dénoôment ordinaire de tous les procès.
* L'ambassadeur, pour s'approcher du roi , eut à passer au nulieu d'une foule de têtes encore saignantes. Les Anglais étant entrés en relation avec ce peuple, en recueillirent des profils et
^ y trouvèrent des dangers. Charles Mac-Cartey ( 1823 ) gouverneur des établissements d'Afrique, travailla à brouiller ces formidables Achantis avec les autres peuples de la côte, qa^il souleva contre eux, mais à leur grand dommage; puis il leur déclara la guerre, pour son malheur, puisqu'il y fut vaincu et tué. Dans une nouvelle bataille (1826) la mitraille anglaise allait échouer encore contre Tintrépidité des Achantis, quand les îasées à laCongrève décidèrent la victoire, et déterminèrent le roi
* Say-Touto-Kuamina à demander la paix.
Le Bénin, au fond du golfe de Gumée y dans le vaste delta da Mger, compte beaucoup de peuplades industrieuses et bospi-
< talières , mais rapaces. Idolâtres et superstitieux « ces nègres n'accomplissent jamais sans sacrifices humains leurs e&rémm^ religieuses : il faut que le sang consacre les colliers de corail, qui sont la marque distinctive des nobles. Le roi peut en vingt-
- quatre heures appeler cent mille homnles aux armes. Tous maintenant sont pourvus de fusils. La loi n'admet aucune distinction dans ses rigueurs : le marin Landolpbe et le natu-
* raliste Palissot s'efforcèrent en vain , en 1T97, de sauver un
COMMSBCB, INDUSTBIB, GOLONIBS, OÉOOBAPHIS. 117
des fib do roi, condamné à mort pour avoir taé un homme par accident.
L'insalubrité do climat a toujours été un obstacle aux établissements formés sur cette côte par les Hollandais , les Fran-çais et les Anglais : il serait fort à souhaiter que les empires de rmtérieor, tels que Bornou, Fellotha, Bambara, Tombooctou, Achantis, pussent s'affermir, absorber les tribus errantes, et les préparer par Tunion à la civilisation.
Le cap de Bonne-Espérance était une colonie hollandaise, lorsqu*en 1795 les Anglais s*en rendirent maîtres; ils la regardent aujourd'hui comme la position la mieux choisie pour dominer l'Atlantique. Le territoire du Cap embrasse aujourd'hui 9800 lieues carrées géographiques , avec une population de 60,000 blancs, 34,000 esclaves , et 30,000 Hottentots déclarés libres, mais esclaves par le fait s'ils demeurent sur la glèbe, et poursuivis comme des sauvages s'ils viennent h fuir.
Cette colonie , relevant de la couronne, n'a ni gouvernement représentatif, ni législation locale élective; le pouvoir est aux mains d'un gouverneur, assisté d'un conseil exécutif. Ainsi déchus du droit de représentation, si cher à tous les Anglais , les descendants des vieux colons hollandais élèvent d'incessantes réclamations , et contrecarrent en toutes occasions un pouvoir qui ne sait pas les protéger contre les Bosjemanns.
Les Cafros , dont le nom veut dire hérétiques, turent ainsi appelés par les mahométans de la côte orientale; de là le nom de Cafrérie qui s'est étendu à toute l'Afrique intérieure, et que les Hol landais conservèrent aux tribus qui touchaient leur colonie du Cap, et dont le vrai nom est Kaussas : race active et belle, qui s'abstient de la chair du porc , de l'oie et du poisson ; elle aime les longues courses, les chasses aventureuses, les combats ; des associations de dévouement ou de vengeance sont communes dans ces tribus.
Le Niger serait la plus naturelle et la meilleore de toutes les rootes vers les contrées intérieures de l'Afrique : aussi la lodété africaine a-t-elle mis tous ses soms à reconnaître son parcours. Depuis Bruce, Clapperton etLang, il était reconnu que ce grand fleuve coulait d*orient en oecident , Joaqu'à oe
118 POPULATIONS BARllAHBS, VOYAOBS,
qu'il se jette dans l'Atlantique; mais le point de sonembou* cbure restait inconnu. Les frères Richard et Jean Landtr eotre* prirent de le remonter ( 1830 ). Arrivés à Buasa où périt Hoago- Park , ils suivirent le fleuve, hérissé d'écueils à cet endroit, et endurèrent des souffrances de toutes sortes : dépouilla par les naturels, retenus prisonniers, tantôt r^;ardés taam des demi-dieux , tantôt réduits à mendier parmi des peopladcs qui ne connaissent rien de la civilisation que la cupidité de Tor. Enfin, ils furent reconduits prisonniers à la mer. Il resta démontré pour eux que le Niger, que les naturels appellent Dgolibaoa Quorra, loin de se réunir au Nil ou de se perdre dans la sables, se Jette dans TOcéan sur la côte de Guinée , auprès do cap Formose, après un parcours de huit cent cinquante lieoes.
Le commerce songea aussitôt à tirer parti de cette eiplori* tion, et deux vapeurs furent expédiés pour le Niger (1833); mais leurs équipages furent décimés par les.fièvres; Richard Linder en fut atteint lui-même, et succomba. Les Anglais ea expédièrent trois autres en 1840 , sous le capitaine Frotter; mais assaillis par d'affreuses maladies, il leur fallut rebrousser chemiBi réduits à un seul officier et à trois marins , après avoir eo pof« perte dépensé trois millions (août 1841). Mais combien d'échecs avaient précédé la réussite de Diaz et de Colomb !
Ce vaste Sahara dont le nom seul effrayait la pensée, ce désert aride, peuplé de lions et de serpents, offire, maintenant aux observateurs plus sérieux , un archipel d'oasis, chacune ayant sa peuplade, ombragée de palmiers, de figuiers , de grenadiers , d'abricotiers, et de vignes. Il suffit de creuser dans les basfonds pour y trouver de Teau, de façon qu'au moyen du forage on pourrait changer la face du désert. Les habitants de ces oasis sont industrieux, aiment passionnément leur pays, ont des troupeaux sans nombre, avec des champs et des jardins bi«i cultivés : les uns restent pour le travail intérieur, les autres vivent en tribus nomades, et vont échanger au loin les produits de leur sol. Voyageurs intiépides de ces déserts, ce sont eux qui nous fieront connattre un jour les mystères de l'Afrique centrale, et de ce Tombouetou , dont le voyage est si périlleux à tenter pour nous Européens , tandis que les marchands de Tunis
COMMBIOI, I2IDUSTBII, COLONISS, OITOBAPHIB. 110
et #Alger B*y rendent deux fois Tan. L'Afrique ne Yerra sans doute pas comme rAmérique périr toutes ses races indigènes, et pour elle l'esdavage même pourra devenir un acheminement à la dTÎtisation. Dans le voisinage de Sierra-Leone se trouve aojourd'hiii la eolonie de Libéria, où sont conduits tous les Boiis que Ton peut arracher aux mains des traitants.
Les colonies situées sur la côte orientale grandiront sans doute en importance, maintenant que l'isthme de Suex va jouer UD â grand rôle, et servir de lien entre TAngleterre et le Beugle. Aujourd'hui les Galles , nation douce et hospitalière dans b paix antant qu'implacable dans la guerre , s'avancent du midi pour envahir le nord, et semblent près de s'emparer de l'Abys* sinie épuisée : leur progrès serait-il l'histoire future de l'Afrique? En même temps l'Algérie française s'étend sur l'Afrique do nord; l'exemple des Européens améliore les civilisations hybrides de l'Egypte et du Maroc; les comptoirs de hi côte occidentale ont renoncé au trafic de la chair, et deviennent des centres d*a£bire8 et d'éducations religieuses (1).
Madagascar, grande tle à l'entrée de l'océan Indien, sur la route de la mer Rouge, du golfe Persique, de l'Indostan, des tles de la Sonde , voisine des tics Maurice et Bourbon , fooroit un ébène précieux et des bois de construction; elle exporte disque année trente-deux mille bœufs des seuls comptoirs de Tawatawa et de Foulepointe. Mais les habitants ne connaissent ai Divinité ni pudeur; et on les jugeait incapables de recevoir le diriatianisme, lorsque les missionnaires parvinrent à pénétrer parmi eux (1818). Andrianampovine fonda la puissance des Hovas, peuple du centre. Plus tard, le roi Radama, qui lui
' Les denrien voyageora noua ont rapporté d'horriblea traits de barbarie de l'Afrique centrale. Monléoo et Broe » qoi ont visité le Dahomey ea IS44, y ont trouTé le despotisme le plas bratal. Le roi Guésoh-Apoj ttcrifie des hommes aux dieux, et plas encore à ses passions. Il en fit ésor^er soixantoquatre devant sa porte en une seule noit , et d*aatres dus des flMes. De plus , il conserve avec soio nne race de cannibales pour manger les chefs de ses ennemis» ainsi qu'une troupe de lemmes sVNrrIea et férooes. La castration dea ennemis vaincus est en nsaae ^as ce pays, oonme dana TAbyssiaie.
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succéda en 1810, éteadit son pouvoir sur 111e eoUère, qui, aussi grande que la France , n*a pas plus de cinq millions d*liabitants de toute couleur. S^étant converti à la foi , mais sans changer de moeurs , il abolit cependant la traite des esclaves et rinfanticide superstitieux. Mais Ranavalona, son successeur ( 182B], ayant renié la foi chrétienne, exclut tous les étrangen, et principalement les Français.
Pendant la guerre continentale, TAngleterre s'est emparée de presque toutes les possessions des autres nations. Il n*est resté aux Français que le gouvernement de Pondichéry et Hle Bourbon, défendue par sa seule position. Ils ont occupé depuis quelques années les Marquises, et Tarchipel de Taîti dans le grand Océan. La compagnie des Indes hollandaises, si florissante au seizième siècle, alla en déclinant, et se trouvait en 1730 en déficit de deux cent trente-trois millions. En 1780, les expéditions dirigées sur la Hollande tombèrent aux mains des Anglais : ce qui força la compagnie à suspendre ses payements ; si bien que les états généraux ordonnèrent une enquête sur sa situation, et mirent sa ruine en pleine évidence ; sa dissolution fut prononcée en 1808. Le gouvernement prit en main Tadministnition des colonies , et y envoya comme gouverneur général le maréchal Daendels. Ferme et vigilant, il rendit aux naturels la liberté du commerce, mais en augmentant les services corporels indispensables pour établir des routes et des forteresses. Il abolit le ré* gime ruineux des fermes concédées à des Chinois, qui en tiraient d'énormes bénéfices par toutes sortes de vexations. Il mit un frein aiu exactions en assignant aux fonctionnaires des salaires fixes, et réorganisa toutes les parties de Tadministration, en même temps qu'il disposa tout pour repousser les agressions des Anglais. Mais les flottes anglaises interceptaient tous lesconvoisi de façon qu'au lieu des bénéfices sur lesquels on comptait, on se trouva en face d'un énorme déficit ; et les princes indigènes, que Ton avait trop peu ménagés, en profitèrent pour soulever le pays. Les Anglais finirent par s'emparer de Java en 1811 , et y organisèrent un gouvernement modelé sur celui que Comwallis avait établi au Bengale, laissant debout le régime municipal, tel qu'il existait antérieurement à Tislamisine , et en dépouillant
OOHHEBCB, I2IDUSTHIB, COLONIBS, OBOOBAPHIS. J3i
tous les princes iodigènes de leur autorité. Java fut rendue en 1814 à la Bollandet qui y maintint le système anglais, nom» nuuit un chef pour chaque village , et lui donnant à ferme l'exploitation des terres.
Mais le gouvernement, trouvant le revenu insuflQsant, força les fermieis de planter des cafiers, et retint à son profit les deux doqoièiiies de la récolte. U en résulta une oppression intolérable pour les naturels, qui vendirent leur café en contrebande aux étrangers, surtout aux Chinois.
Quand cette denrée vint à baisser de prix, le gouvernement, perdant une partie de son revenu, y suppléa par un gros empnmt M taux de neuf pour cent. Ne pouvant plus soutenir la eoneorreoce contre les Anglais, qui inondaient le pays de leurs mardModises et accaparaient le café, toutes les maisons de comoierae se trouvèrent ruinées. Une compagnie, dont le roi lui-roéoM se fit le chef, se constitua en 1824 pour tenir tète à une ooneuirence si redoutable; mais le pays tomba d'un mal dans im autre. Diépo Negoro, l'un des cbe£i indigènes, leva Té* tmdard de la révolté; les naturels opprimés coururent aux armes, et engagèrent une lutte à mort ; si bien que la EoUapde, après avoir dépensé trois cents millions en moins de cinquante ans, fut à la veille d'abandonner la colonie.
Mais le général van der Bosch, nommé gouverneur en 1830, sVmpara de Negoro, termina la guerre, et sut asseoir une administration meilleure que celle dont on avait fait l'essai. U exigea que chaque commune abandonnât au gouvernement un cinquième des rizières, pour y cultiver les plantes les plus prisées en Europe; moyennant quoi il les exempta de tout impdt et de toute corvée , et même leur assura une part dans les bénéfices de cette combinaison. Il établit en outre des ateliers avec des ouvriers , pour faire la récolte et les préparations sous des che& ' indigènes ; il parvint à vaincre par l'appât du gain la répugnance des naturels pour le travail. L'exemple les engagea bientôt a cultiver pour leur propre compte, et à vendre leurs produits à la compagnie, qui arriva à amortir une bonne partie de ses dettes , et le transport des denrées ranima aussi la navigation. Gr5ce aux Chinois, méprisés comme les juift, ®t pourtant ïwàish
IM POPULATIONS BABBAASS, TOYAGIS,
pensables , Java eut bientôt une culture et un eommcree floriisant. En 1889 , elle produisit cinquante-six millions de kilo* grammes de café» quarante millions de sucre, suixante-hoit mille d*indigo; et comme le monopole y est aboli , tout bâtiment y est admis en payant un droit. La capitale de IHe est régulière, propre, active comme les dtés tabllandalses, et riuti de végétation comme celles de l'Asie; mais le climat tœ oen qui vont y chercher la richesse.
Les deux extrémités de l'Asie sont occupées par l'empire indo* britannique et par l'empire russe, entre lesquels s'étend Haimense territoire central , qui, dirais la soumissioii des Éleudics, appartient en totalité à la Chine. Ainsi, ces deux pays ne eommuniquent que par les basses régions de la Bactriane à l'extrêmité sud-ouest, par les plateaux do lac Aral et le rivage erieatal de la mer Caspienne. Les convulsions de l'Asie centrale oot poussé jadis les peuples de ces contrées sur TEurope, dont ib ont ebangé la fince; mais aijyourd'bui le péril n'existe plus; sans être arrivée à l'unité social^ l'Asie commence à r^ler ses mouvements, elle est moins étrangère aux idées d'ordre et de tnvail , elle perd de ses habitudes violentes : c'est une oeuvre à la* laquelle bi Rusrie et la Chine ont concouru. Au Tibet , plv à» cent mille individus mâles vivent dans les couvents bouddhistes, dont la règle est très-douce ; les autres adoptent l'existence des Cosaques russes; et comme le voisinage de deux empires puissants leur permet moins de se livrer au pillage, ils sont employés à en garder les frtmtières , à fournir des escortes aux caravanes, à servir d'éclaireurs dans les guerres. Les tribus ou bandes qui se sont maintenues indépendantes sont toutes ea ri* valité entre elles, et s'affaiblissent conséquemmenL Elles soot d'ailleurs divisées en deux grandes catégories par le désert de Cobi : celles do cAté du midi , qui gardent la frontière de la Chine contre la Russie, ont abandonné leurs coutumes sauvages; elles cherchent à obtenir des fiiveurs, des privilèges, et servent à maintenir les oonununicatlons commerciales entre les deux extrémités du Céleste Empire. C'est de lui que dépend nominalement la grande horde des Kirgbises, éublieà l'oocidcst de la nxoungarie, tandis que la petite et la moyenne relèveal
OOMMBBCB, IHIHJSTBIBt COLOIIIBB, gAoGBAPHIB. 123
delaRottie; des tempêtes de neiges « qui durent sonrent trois jours entiers s portent la désolation parmi ces peuplades.
Les oonirées qui ont pris tour à tour, des différents peuples qsi 8*y sont suceédé en si grand nombre , les noms de Scythie , de Baetriane, de Sogdiane, Transoxiane, Touran, Grande-Bonkarie, Tuikestan, sont comprises entre Fempire russe, les dé* peadanees occidentales de la Chine, et les hordes des Kirghises* Les Turcs-Usbeeks, qui y domment, n*d)éissent plus à un chef amque; ils sont divisés, sous une foule de khans très-inégaux ea forces , Turcs pour la plupart. Nous avons vu récemment le khan de KJbiva causer de graves embarras à Tempire russe. Le khan de Boukhara, le plus important de tous , possède les meil* leuies campagnes, où croissent des mûriers et des céréales en abondance ; mais le dixième du sol à peine est cultivé. La capi* taie, où se pressent péle-méle des Turcs, des Usbeks, des Persans, des A%hans, des Kalmouks , n'est plus ki florissante métropole des Sananides , mais c'est encore un des centres de Finstruction musulmane; dix mille étudiants y consument leur jeunesse sur le Koran et sur ses commentateurs. Samarcande , Tancienne résidence de Tamerlan, est vide d'habitants ; Balkh , sur l'Oxus , autrefois la demeure des rois bactriens et la patrie de Zoroastre, qui serrait d'éch^e entre l'Orient et l'Occident pour le cornnieree de la moyenne Asie, compte à peine deux mille habitants, parce que les eaux , amenées par dix-huit aqueducs magnifiques, ioondent la campagne et y exhalent des vapeurs méphitiques. Le khan , maître absolu comme tous les chefs turcs , fût tour à tour des guerres sans profit ou des traités de paix avec la Chine, ainsi qu'avec ses voisins du Kaboul , de Khiva , de Kundouz. Les hal>itants de ces vastes contrées se livrent à un commerce aedf , trafiquant jusqu'avec l'Indoustan par le Kachemyr. Le Kaboul aeul est traversé tous les ans par plus de deux mille chameaux; d'autres se dirigent par Balkh, Kashgar, Yergend ,
' Ea ISS7, OB de œs oongVM de neige, qv'on appelle barantt chaesa nn Saimtov les troupetax de la horde intérfeiire, entre TOural méridkwal ei le Volga, et il y périt 2S0,000 dievaux, 30,000 bète« à cornes, 10,000 chameaux, et plus d'un million de moutons. ( HcnaouiT. )
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vers la Chine, d*où Boukhara seule tira en 1SS9, selon k voyageur Bûmes, neuf cent cinquante charges de thé. I>es chargements considérables d'opium , expédiés de Perse dans le GélesteEmpîre, traversent également Boukhara.
Ces grandes invasions qui ont fait jadis trembler FEorope sont devenues impossibles aujourd'hui , grâces aux divisioiis politiques de ces contrées, où les populations se sont raréfiées par le manque de subsistances : ainsi les difficultés même y viennent en aide aux premiers pas de la civilisation , et aux re> lations pacifiques introduites par la Chine et la Russie.
Les peuples occidentaux de l'Asie, ces guerriers sans frein naguère , prennent, comme les Cosaques , des habitudes séden* taires : les populations se groupent dans les villes et se fixent sur le sol ; et bien que ces Afghans, ces Usbecks et ces TurkomaDS soient fort loin de la discipline européenne, ils ont renoncé aoi habitudes désordonnées des hordes primitives. La Tartane, d'où sortirent les dévastateurs de l'Asie et de l'Europe, reoferme maintenant un grand nombre de populations que le bouddhisme a pacifiées. Des caravanes russes traversent les steppes des Kirghlses , le Turkestan ,'Khiva, la Turkomanie ; la Russie y envoie des négociateurs, et, à leur suite , des géomètres, des naturalistes. Tout enfin annonce que l'Asie est destinée à passer un jour sous la domination ou au moins sous le protcetont des Européens. L'Europe , comme une souveraine qui veut reconnaître les pays soumis à son obéissance , s'en va visiter ses anciennes conquêtes et en préparer de nouvelles , parfois dans le pur intérêt de la science et de la vérité.
L'ère de la navigation scientifique fut inaugurée par le célèbre Cook (1769). Il avait été choisi pour commander le na?ire expé* dié dans Tautre hémisphère à l'effet d'observer le passage de Vénus sur le disque du soleil. L'expédition se rendît à Taïti, que l'on avait signalé comme le point le plus ftvorable à ses observations. Tandis que les savants contemplaient le ciel, Cook portait ses regards sur la terre, reconnaissant ou déeoovrant de nouvelles lies dans la mer du Sud. Ame de feu dans on corps de fer , hardi à concevoir, résolu dans l'action, fécond en expédients , indomptable dans les traverses , il réprimait la
COMMEECB, INDUSTAIB, C0I.0NIE8, OtiOOBAPHIB. I2S
BMitinerie de ses équipages avec un impérieux sang-froid, assez
Toisin souvent de la cruauté.
SùD voyage auKHir de la Nouvelle-Zélande détruisit l'opiniou qa*dle faisait partie d'une vaste terre australe. Beaucoup néanmoins s'obstinaient à croire à un continent méridional. Pour 8*ai assurer, une nouvelle expédition fut entreprise ; et Cook partit avec les deux bâtiments la Résolution et l'Aventure (1772). Ua întér^ universel accompagna ce grand voyageur , député, pov ainsi dire, par toute l'Europe pour porter ses arts à ces peuplades sauvais, et réparer, à Faide du christianisme les cnmes de Pizarre et de Yalverde. Grand nombre de savants raccompagnaient : Banks, Green, Sparrmao, Solander, Ander- SQu. C'était une académie qui tenait ses séances sur deux frégates. Cook passa en serpentant à travers un archipel mal imiiqiié jusqu'alors, et qu'il appela les NouveUes-Hébrides; il povsa ensuite vers d'autres terres auxquelles il donna le nom de Sandwich, les plus méridionales que Ton eût encore visitées, lûBtes couvertes de glace. Après avoir couru plus de vingt mille lieues marines au delà du cap de Bonne-Espérance, il revint €Q Angleterre après une absence de trois ans.
L'idée d'un grand continent austral une fois abandonnée ( à moins de le supposer relégué à de telles profondeurs dans le pèle sud qu'on n'en pourrait rien espérer en fait de richesses ni de colonies), il restait encore douteux s'il existait un passage antre les mers au nord-ouest. Le gouvernement anglais proposa vingt mille livres sterling. à qui le découvrirait. Cook s'offrit poar cette expédition (1776). U chargea sur ses navires des bestiaux qu'il destinait aux îles du Sud, et reparut de nouveau sur (et aneien théâtre de sa gloire, où il laissa ses présents. Il remonta ensuite vers le nord, pour y rechercher le passage : il toucha à Textrémité la plus orientale du contineot américain, séparé à peine de TAsie par une distance de treize lieues ; et il vérifia la laigeur du détroit de Behring* Il lui fallut reculer devant les ghees; et, toumantses voiles vers le pôle antarctique, il traversa use moitié du g^be , visita de nouveau les lies Sandwich, où il reçut d'abord lejneilleu^ accueil. Mais, voulant réprimer l'invincible penchant ^ ces peuples au vol , il provoqua la colère de
136 POPULATIOKS BABBABfitf YOYAGBS,
ces fauvages, qui regorgerait, et oatngèrent le cadam de l'homme qu'ils avaient révéré comme un demi-dieu.
Gook fut médiocrement heureux en ftit de déoouvertei; car ses voyages répondirent négativement à deux questioiis que la expéditions postérieures ont résolues affirmativement. Sa renommée cependant fut immense, et elle taX méritée; car il explora plus de pays qu'aucun de ceux qui Pavaient devaneé. Son mérite particulier fut le soin qu'il donna à la santé de ses éqai* pages, dans des campagnes où il les transportait deux ou tnà fois de la ligne aux deux pôles. Il rendit compte des détails et ses expéditions dans des relations simples, qui poftent le cadMt de la vérité. On n*avait pas encore lu de roman qui attachât plus que de semblables récits, où Ton voit les soins qu'il preaatt de ses compagnons, son habileté patiente pour adoudr llrâmeor des sauvages, et la civilisation européenne prenant posseaioB d'un monde qui s'élargissait pour en recevoir les fruits, fl monrot sur le champ de bataille ; et sa mort 6t oublier les torts du seatiment jaloux qui le poussait à changer la dénomination des terres déjà découvertes par les Français et les Hoibndais.
Gook avait pris à eoeur particulièrement la If ouvelle-HoUaiidi comme une terre féconde et riche, ce qui engagea le^gouvernement anglais à y ft>nder la colonie de Botany*Bay. Le«a|iitaine Philips ( 1783 ), expédié dans ce but, trouva la position de Port-Jakson plus favorable ; et la colonie, quoique composée en grande partie de malftiiteurs , ne tarda pas à prospérer. I>e là des explorations hardies furent poussées sur les cdtes voisinei, où Ton forma des établissements qui purent feamîr de l'caaet des havres pour la chasse aux phoques.
Ainsi l'attention se reportait sur des pays que pendant deox siècles l'Europe avait oubliés, et l'on donna le nom d^Oeéaaie à cette cinquième partie du monde, en y comprenant le ooiitiDeat de l'Australie et les lies. Cette moitié de la surface du globe était habitée seulement par 25 millions d'individus : moitié de la terre très-intéressante pour l'étude de la nature comme pour eeHe de Thomme; où toutes les races semblent s'être donné readei* vous, depuis l'albinos jusqu'au nègre, depuis le géant jusqa'ae (!> gmée ; où la société patriarcaile oofodoie les trAus «Qthfo*
GOMItUIGBY IHftUftTBIl, COLOlfIBS, OBOOBAPRIB. 127
po|iliagcB; où des natàonB d^nne eifilisatioa aneieDne toochent atepenples cnfmti. Lanature, oomme une insulta à l'espèce famne, y • miBles idoB intelligents des singes à e6lé des plus idiots CDtre les hommes; une riante fégétation y contraste avec 1» miDes occasionnées par les volcans ; on y voit les animaux et les végétaux les plus étranges , une mer tranquille agitée toutàeoop perdes ouragans et des trombes épouvantables; des templea d*nne antiiiulté immémoriale, et des Ilots sortis d*hier du sein des flots. Les formes de gouvernement offrent la même variété: id latrâm, plus loin la monareUe, variété à laqudle se joint celle des conquérants qui y dominent ou y ont dominé, Anglais, Portugais, Espagnols, Hdlandais, Américains. Quant à la Ptranee , qui a en dans ces découvertes une si large part , fl ne hd an reste rien.
Hais ee qui est plus merveilleux encore, s*il est possible, c'est de contempler, dans ces régions, le travail de la nature, à Bssnreqa'elleconstrult de nouvelles terres. Des coraux et des madiépoiuB éèèvent du fond de la mer leurs noiUe rameaux, les oitielacent de manière à en faire un obstacle Insurmontable aux fipégates elles*mêines, et finissent par entourer d'une ddture une certaine étendue d'eau qui, bientôt remplie par les dép4ts marins et par d'autres polypes, derient une lie. Cest ainsi qu'on en voit apparaître de nouvelles chaque année; quelques-unes f^dèventdéjà mijestueusement au-dessus de la mer, changées CB un eol fertile ; d'autres se montrent à peine à fleur d'eau, revêtues seulement du gracieux feuillage du pondanus odorant, qui oCfre aux naufragés qui s'y trouvent jetés le lit et la nourri* ture. Celles-ci se cachent commeun piège sous les eaux ; celles-là se dressent perpendiculairement du sein d'abtmes dont la sonde tt'aUsHit pas le fond. Ailleurs ces rescift de corail créent des baies et des anses autour des aneiennes fles, ou obstruent celles qui existent ; et peut-être le temps viendrait- il qu'étendant leurs tamlflcations d*!le en fie, ils transformeront en un vaste continent cet immoise drohipel.
Les voyages récents ont prouvé qu'il existe dans les ties de rooéanîe un système de langues, dont on a esuyé de rapporter à une langue générale antérieure les nombreuses ressemblances :
128 ^ POPULATIONS BABBABE8, TOTAOBS,
langue qui aurait laissé des traces sur des pcniits très-éleigDés les uns des autres, dont les Idiomes offrent autant de rapports qu*en auraient les dialectes de provinces cootiguës^ tandis que ceux des points intermédiaires en diffèrent considéiableineDt La linguistique a ainsi rapproché des peuples entre lesquels on n^aperçoit pas d*autre lien , et qui se trouvent disséminés sur quatre-vingt-dix degrés de longitude. Le plus grand orientaliste de notre époque, Guillaume de Humboldt, a poussé très-loîa l'étude de ces langues; et dans son ouvrage posthume sur le ka vi , langue liturgique et littéraire des anciens Javanais, il poursuit les affinités et les développements de toutes les langues océaniennes, non par curiosité de grammairien, mais pour ùin connaître toute la variété des formes de la pensée, et ajouter à Tintelligence des monuments et des traditions. Gomme Guillaume Schlege! , son émule en savoir et en sagacité, il ne Unité pas la comparaison des langues aux mots seuls; mais, sans négliger ceux-ci, il examine tous les rapports des formes granmaticales. Il arrive de la sorte à constituer cinq groupes de langues : le malais et le javanais, Tidiome des Gélèbes, oelui •de Madagascar, celui des Philippines et de Formose; enfin le dernier, comprenant les langues de la Polynésie orientale, dont les dialectes principaux sont ceux des ties Tonga, Sandvich, de la Nouvelle-Zélande, et de Taîti.
La grande tle ou le continent de la MouveUe-Hollande offre ua aspect^ stérile et monotone, habitée par une race noirAtoeaus formes grêles. Les animaux et les plantes y semblent cQntr^ •dire nos idées et nos classifications. Là, daos un sable aride, s'élèvent des arbres gigantesques; les orties et les fougères jr rivaliseraient avee nos chênes ; mais on feuillage rude et blaadiâtre y remplace la riante verdure de nos forêts. Là maoqueat tous les fruits qui sont ailleurs la nourriturcde TlHunaie; let .Mimaia qui vivent sur la terre y sont rares, tandis que les oiaeaux et les plus beaux coquillages y abondent, le chica seul y vit à rétat domestique ; le cygne y est noir ; un autre aniaisl {d'ornitk0rinçue)y tient tout ensemble du quadrupède, du reptile, du poisson et de Toiseau. On trouve dans ce pays ua volein qui jette des fiammes, mais point délave; de grands fleuves
OOMMBBCXt IRDUSTBIB, COIiOllIBS, OÉOOftAPHIB. 129
ae préainlmt des montagoes, mais ilg se réduisent à un fliel (Teao avant d'arri?er à la mer. Là les montagnes n'ont point de vallées, et sous ee elîmat favorisé da ciel vit une race dégénérée qui mérite à peine Je nom d'hommes. Difformes et faibles de eerps, sans notion d'aucun art ni de la prosnriété, ces naturels vifcnt abandonnés à de grossières superstitions.
On ignore comment se sont peupléi» les innombrables petites Iles de la Iflicronésie semées sur la vaste étendue de TOoéau : les uns en font remonter l'origine aux Phéniciens « les autres aux Japonais , ceux-ci aux habitants de Java ; ceux-là les consi* dèreat comme les restes d'un grand continent submergé. L'unité de leur origine , outre la conformité de langue dont nous avons parlé, se trouve établie par certaines coutumes générales ea debors des besoins naturels, et par certaines analogies de euhe. 11 semblerait qu'à une race primitive d'autres sont venus slneorporer, lesquelles, possédant des droits à des degrés divers, ont constitué différentes castes. Le plus grand nombre de ces groupes obéit à des rois qui commandent à d'autres chefs. Ils difièrent de religion, mais tous croient à la Divinité, un grand nombre d'entre eux à la trinité> à la vie future, et à rexpiatioa; ils ont sur la cosmogonie les idées les plus bizarres, et qui varient à TinGni. Quelques-uns offrent à Dieu les prémices des biens de la terre; le plus grand nombre croit l'apaiser par des sacrifices humains, en torturant leurs victimes sur les marches de leur moral, autels et tombeaux autour desquels ils se réunissent comme les druides gaulois autour de leurs dolmens. Ils célèbrent la victoire en mangeant leurs ennemis. A la Nouvelle Uollande, on sacrifie des hommes au génie du mal. La famille est-elle trop nombreuse? la mère pose le doigt sur la fontanelle de son. nouveau-né, et le tue. Us trouvent naturel de se manger eutre eux parce que les poissons et les autres bêtes en font autant ; oiais ils dévorent leurs ennemis encore plus volontiers , parce qu'ils supposent qu'en détruisant le corps ils détruisent aussi l'âme, qui vient alors augmenter la leur. Tous ces effets de la iopentition sont d'autant plus étranges, que les Polynésiens sont par caractère pacifiques et doux. •
Le docteur Chamisso, Uuperré, d'Urville, ainsi que les Russes
110 MV0I.ÂTI01IS BAMBABI8, TOVIOIB,
Ltttko et Blartins, portèrent saeceerivanent la himièra nr Pvcfaipel des Carolines. Ce fut en rhonneor du roi Gharki n qw ee nom leur fut donné par rEtpognol Lorenxo, qnl le preoiMr déeouvrit une deoes ttesen 1068; les Toyageon qoi Tinrent aprii lui en virent d'autres auxquelles ils appliquèrent le mtee non, pensant que c'était toujours la même. Bientôt les mîssionnaira accoururent de Manille, et firent mieux oonnattre ees groupa; mais ils réussirent peu dans leurs efforts pouryûiiredesoonw* aions. Cet archipel resta oublié jusqu'au moment où tÂntUope^ navire de la compagnie anglaise, commandé par Henri Wifara, se brisa sur les rochers des tles Pelew (1793). Quand la tempête œssa et que le jour reparut, ils aperçurent la terre, et, se jetasl dans les chaloupes et sur des radeaux, ils Tatteignirent. Cétait une tie déserte, soumise au roi Pelew, qui envoya du monde es aide à ces naufragés, si bien qu'il s'ensuivit des rapports d'aailtié, au milieu de Tétonnement qu'ils se causaient réelproquenieot Les Européens secoururent ce roi contre ses ennemis ;paîi ils réussirent à construire un bâtiment sur lequel ils partirent Le fils du roi voulut les suivre ; il se fit instruire à Londrei, où il mourut de la petite vérole.
Le naufrage du Mentor, bâtiment américain, fit ooooattra les tles Martz, Chiangle, Lord-North et des Martyrs. Quant toi Carolines proprement dites, Martine, Morrell et dlJrville ci parlent comme de pays enchanteurs pour leur climat, peoplâ d'une race belle, industrieuse et vaillante, remplie d'égards d^ lieats envers les femmes, et étrangère à ces mœurs lasctves qui paraissent générales dans l'océan Pacifique. Leurs tissus se fout remarquer par leur finesse.
Il serait trop long de redire les aventures bizarres par suite desquelles tantôt un bâtiment perdu, tantôt un baleinier, taatôt un naufragé, amenèrent la découverte de pays qui avaient échappé aux recherches attentives des expéditions les miesK combinées. Ainsi en 1785 le capitaine d'un navire de la compagnie des Indes, ayant jeté l'ancre au port de Penang pour iàtt eau, fîit aperçu par la fille du roi, qui s'en aHa prier son pèn de le lui donner pour mari, fille obtmt ee qn*éUe aoobaitsit; rae luifut aceordéepour dot, et Theureux marin la vendit trente
COMJnBCB» INDUgnil, GOLOmiB, 6i06BAPHlJK. 131
flûfle lifics storUng à la compagnie des Indes, qui lui donna lé nom de Prince de Galles, et en fit son principal entrepôt pour la eommefee de ropiam.Bateman, en se rendant de la terre de Tan-Diénien an port Philips, trouva chez les naturels certains vestiges de nos connaissances et de nos arts; il en devina la cause quand il rencontra un blanc qui, abandonné là depuis 1808 , avait féea près de quarante ans parmi les indigènes, à qui il avait ap^is, nouveau Robînson, ce qu*il savait des arts de PEurope.
Les tien de la Société ont été décrites par beaucoup de voyageon: la nature y est riante, les mœurs y sont douces et aima<* blés, leaol y est fécond. Les poètes et les romanciers ont célébré les habitiides enjouées et hospitaltères des habitants de Tafti, cette rdne de roeéan Pacifique, Les colons anglais, informés des iaoïneiiees ressources que l'arbre à pain pouvait offrir, denandènot au gouvernement de leur en procurer. Le lieute* natt Blig fut en conséquence expédié à Taîti ( 1787) où il en embarqua plus de mille pieds , avee autant d'eau qu'il en laBaitpoar les arroser; mais son équipage révolté l'abandonna eo nm dans une chaloupe, avec dix-neuf hommes qui lui étaientrestés fidèles. Sans perdre courage, il continua sa route, nt résister à toutes les souffiranees de sa position ; et après un tiajet de douze cents lieues, il atteignit Coupang, dans If le de Timor, où le gouverneur hollandais lui fit l'accueil que méritttcat son infortune et sa constanée. De retour en Angleterre, Blig y obtint justice, et fut promu au commandement d'une nouvelle expédition qui arriva en huit mois à Talti. Il réussit à faire un nouveau chargement; et deux ans après il était de retour en Angleterre, sans avoir perdu un seul homme de son équipage. Ijbs colons anglais obtinrent ainsi cet arbre précieux ; mais ils n'en tirèrent pas tous les avantages qu'ils en espéraient, rar les esclaves à l'alimentation desquels ils le destinaient préfèrent h son firuit celui du bananier.
Vingt ans après le voyage de Gook, Vancouver vinta la voluptoeuse Taîti ; mais , au lieu de ses beaux et joyeux habitants, il n*y trouva qu'une population livide, décharnée, en proie aux guerres dviles. Cest ainsi qu'ils s'étaient modifiés par le oontact
193 POPDLlTIOlfS BASBABBS, TOYAOSS,
des Européens. Celte simplicité naïve qui avait tant charmé les premiers navigateurs avait dispara tout à fiiit ; et la feinte, Tividité, fruits de la civilisation, s'étaient introdoites pmni eux avant les vertus qui y mettent un frein . Les besoins s'étaient a^ crus, mais non les moyens de les satisfaire ; la raoe s'était altém par l'effet des maladies importées dans le pays ; et lorsque Cook y comptait cent mille habitants, Forster cent quarante-cinq mille , les missionnaires n'en portaient plus le nonâbre qu'à sept mide en 1828. Ils rafifolent aujourd'hui des armes et des W^ inents de TEurope : peu leur importe qu'ils soient en haltloBS, usés ou neufs, trop larges ou tropétroits^d'hommeoudefemne, de juge ou d'arlequin : aussi les matelots mettant à cootrilntioo nos boutiques de fripiers pour le trafic, on a vu les Taitiensseï» vaner dans l'accoutrement le plus étrange qu'on puisse imagioer.
L'introduction du christianisme a aussi produit bien des chutgements dans ce pays. Les missionnaires avaient aowné avec eux un cheval qui émerveilla les naturels, comme l'avait déjà fait celui de Cook; ils firent aussi venir une presse ; et, en 1817, le roi en personne voulut tirer les premières feuilles de l'Évas* gîle de saint Luc, traduit dans la langue indigène : ce fiitune fête et on étonnement pour tout le pays. Taîti, en 1823, t'eti déclarée indépendante des Anglais ; et elle est gouvernée par va» reine du nom de Pomaré. Les missionnaires y ont conservé de Tinfluence.
Les missions rencontrèrent plus d'obstacles dana la NouveHe- Zélande , en raison de la discorde qui existait entre les cbeft et l'orgueil qui caractérise ces populations; elles sont, do reste, très-courageuses, très^actives, et très-propres au service à bord des navires. Ces indigènes font trafic de leurs boia de coBStra^ tioQ et de leurs chanvres, qui sont excellents; et l'habitude du travail finira sans doute par modérer leur humeur indomptable.
La Grande-Bretagne, impuissante à nourrir hi populatioD de ses trois royaumes , prend soin de lui trouver des déboochés au dehors. Elle a déjà formé beaucoup d'établissements, colonisé sur plusieurs points la Nouvelle-Zékmde , les divers archipels de la Polynésie; elle travaille à se rendre mattvesse de toute In Nouvelle Hollande. Une compagnie sud-australiCDoe s'est
COMMEBCB, llfOUSTBIS, COLOfilBS, GÉOG^APHIB. 1S3
fonnée dans ce but; elle a fait choix pour ses opérations d'un territoire aux environs de Port-Lincoln, qui n*a pas moins de quatre eent vingt milles carrés , et où les transports sont faciles. Afin de prévenir les désordres qui auraient pu résulter d'une mauvaise répartition des terres, le sol entier a été déclaré propriété publique : personne ne peut en obtenir à titre gratuit ; ehaam ainsi n'en prend que ce qu'il peut exploiter, et l'argent que produisent les ventes sert à payer le passage des émigrants.
An lieu d'enfermer les délinquants dans des prisons où ils achèvent de se corrompre, on a reconnu que mieux vaut les transporter sur des rivages éloignés, où, cette déplorable traditioQ de crime et d'infamie qui conduit quelquefois à de nouveaux méfaits une fois rompue, on y voit le voleur, le meurtrier, l'impudique devenir lescheCs d'une famille honnête. Les Russes ont, pour cela, la Sibérie; l'Espagne, les Présidios d'Afrique; le Portugal et la Hollande ont le Mozambique et les Indes. En Angleterre, où le roi jure à son couronnement de faire exécu" ter la justice avec miséricorde, la peine de mort peut toujours être commuée ; il est donc important d'avoir un lieu de déportation. Lorsque l'Angleterre perdit l'Amérique , on songea à le chercher en Afrique ; mais Banks fit préférer Botany-Bay , dans la Nouvelle-Hollande : onze bâtiments y portèrent sept cent soixante convicts ou condamnés , un certain nombre de colons libres , quelques soldats , des magistrats , avec les approvisionnements nécessaires. Mais on ne trouva pas dans ce lieu tout ce que promettait la richesse végétale du sol ; la colonie fut doue transférée à Parramata (1784), et bientôt le port Jackson et la ville de Sidney acquirent une grande prospérité. Le gouvernement transporte à ses frais des condamnés , qui , dans ce pays lointain , n'ont ni à rougir en présence les uns des autres, ni l'espoir de déserter. Arrivés là , ils sont mis au service des colons libres; les uns se comportent bien , et se relèvent moralement; d'autres se mettent à battre les bois {bushrranger)i cependant une espèce d'opprobre pèse sur ces condamnés, même après l'expiation de la peine ; aussi ne vont-ils jamais de pair avec les autres habitants.
Les progrès de la Nouvelle-Galles méridionale furent plus
1S4 FOraLàTIORt BAlBABia, TOTAfttt,
rapides que ne le ftirent JamaiB ceux d'auomi empire* Fondée n 1788, mise aussitôt en culture, elle avait des représentatioDi théâtrales en 1706. Elle avait un founial en 1808; un reecDiement y fut ûdt en 1810, et Ton donna des noms aux rues de Sidney, qui compte déjà seize mille âmes >. Le pays a dei routes , des bateaux à vapeur', des foires , cent mille tâes de gros bétail , deux cent mille moutons , plusieurs millieis de chevaux, des brasseries, des pompes à feu , une société d*agnciilture, et un commerce acdf. On y a établi (35 mai 1843) Téclairage au gax, qui manque à tant de capitales de rEarope, et que ne possède encore aucune ville de 1* Asie et de rOoésaie ; et cependant il existe encore des gens qui se souvienneot d'j avoir vu construire la première cabane.
L* Angleterre établit partout dans ce monde nouveau des comptoirs, en attendant le moment d*en devenir maîtresse. Lo voyages de Flinders (H08-1808) , qui dépassèrent, en fait d*audaceet d*aventures, tout ce que Timagination peut inventer, firent connaître tout le contour de la terre de Van^DîéflieD , qui est peuplée aujourd'hui de condamnés : ce sont des cultivateon infatigables, qui en moins de quarante années ont fût ftdre à li culture de grands progrès. Ils ont réussi de même en soixante dix années dans la NouveUe-Galles , dans cette tâche à laquelle n^aurait pas suffi le double de travailleurs ordinaires.
En 1818 , le commandant William Smith trouva, sous le 63* de latitude sud, une cAte où abondaient les veaux marins, dont on allait précédemment chercher les peaux dans le nord. Elle reçut le nom de Nouvelle-Shetland ; et Ton estime qu*îl y fut tué, dans les années 1821 et 1832 , trois cent vingt mille de ces phoques , dont on tira quelques milliers de banques d*bnile. Ils étaient si tranquilles qu'ils ne bougeaient pas tandis qa*0B
* La ville de Sidaey compte aDjoiird'Iiui 60,000 Ames ; quoi aox troupeau Xy le nombre en est devenu incalculable; et les moutons, doal les laines sont enrore le commerce le plus important de ces régioBs» s'y comptent à cette beure par millions. La découverte récente ( 1851 ) de mines d*or dans P Australie y a porté la perturlMtion dans rindusirie agricole et dans toutes les branches de commerce , que les tnvaiUeert ont déserté, pour se Jeter vers la contrée aurifère. ( A«. B. )
COMMIICI, IUDUSTUS, COLOAIBS, QAooaAPBII. 135
en tuait d'aatns auprès d'eux; mais on ne rot pas mime épatgoer les femelles , de sorte que ee riche produit fut bientôt épuisé.
La Géorgie , où Gook aborda en 1771 , après d'autres usTigateurs, procura aussi de grands profits au commerce anglais. On calcule , en effet , qu'on en tira vingt mille bariques d'huile et 1,300,000 peaux de phoques. 11 faut citer également llle du Désespoir. Plus de trois cents marins furent employés chaque année dans les seuls parages de ces deux pays ; mais elles ne tardèrent pas non plus à être épinsées oitièrement.
La Russie cherche à ri?aliser avec l'Angleterre et à s'établir dans les parties élevées de l'Australie « d'où ses bâtiments font voile pour les États-Unis, le Japon et la Chine. Les Américains do nord se montrent aussi fréquemment dans les mers australes , où ils échangent contre des perles l'huile de coco, les racines de iaro, des chiens , des porcs et des volailles, des tissus decotooi des quincailleries et des ustensiles enfer.
Aujourd'hui les îles de la Polynésie sont fréquentées sajrtout pour la pèche de la baleine , pour le bois de sandal et les pelleteriea de la cdte nord-ouest d'Amérique ; les marchands sont dans rhabitude d'hiverner dans ces lies et de s'y ravitailler, pour retourner à la belle saison en Amérique , afin de compléter leur voyage. Voyant les armes à feu recherchées des Polynésiens, ils en apportèrent à foison pour les échanger contre des denrées, sans songer aux conséquences. Il en résulta que ces inrolaires devinrent redoutables; ils ont déjà capturé quelques bâtiments; ils se comportent avec plus d'audace et de violenoe, tandis qulls inclinaient auparavant vers les améliorations sociales.
Gomme la pêche des phoques ne suffirait pas toujours pour couvrir les dépenses des expéditions, les patrons anglais passent des marchés avec le gouvernement pour transporter dans ces contrées les condamnés et les émigrants. Us déposent leurs pêcheon sur quelque tle déserte , débarquent les déportés , et revivent le prix de leur fret en traites sur Londies; et, après avoir fait quelques afibires avee les insulaires du Sud , ils vont reprendre les pécheuis où ils les ont laissés, font voile pour
136 POPULlTIOHtf BABBABBS, TOTAOBS,
Canton, où ils Tendent leurs pelleteries, négocient les traites qu'ils ont reçues sur Londres , et chtf|;ent pour l'Europe d» marchandises de la Chine.
Les Français , sous Louis XVI , jaloux de rivaliser avee TAngleterre dans le vaste champ des découvertes, et de donner la solution du problème, confièrent à Tintrépide et généreux la Pérouse la tâche de dissiper les nuages qui couvraient encore la géographie maritime ■; ce fut le roi lui-même qui traça de sa propre main les instructions pour ce voyage : les sollicitudes philanthrophiques de ce temps sont admirablement caractérisées par le passage suivant : « Si des circonstances impérieuses, que « la prudence ne peut prévoir, contraignaient M. de la Pérouse
> La navigation aussi payait son tribal de découvertes à ce siècle, entraîné sur toutes les pentes de Tlnconnu. La Pérouse faisait, oomise marin , ce que faisaient Turgot dans la politique, Mongolfier, LaTobiêf dans la science , et Mesmer lui-même, tout en s'égarant : il étût poussé par Tesprit du temps au fond des mers lointaines... Ce mouvement, plus fort que les hommes, va les prendre dans tous les postes qn^ils oc' cupent , il les emporte en tout sens. Cette unité de tendaDoes te vA partout; c'était Phenre d'entreprendre, de réformer, de recommeneer toutes clioses, tant les choses existantes étaient peu dignes des spécQlalions et de TambUion des esprits. Nobles efforts souvent déjouée! ambition féconde, mais pleine de déceptions I Bien des idées manquèrent à Tessai, bien des hommes moururent à la peine; dans ce grand ébranlement de la vie Immaine, il y eut de l'aventure partout, et, commue la Pérouse beaucoup ne revinrent pas! Ce courageux marin , déjàUlu^ Iré dans la guerre d'Amérique, partit, en août 1785, pour un voyage autour du monde-Il devait explorer le grand Océan; on en attendait de belles découvertes , dans Témulalion qui régnait alors entre les nations maritimes. L'Angleterre venait d'avoir les grandes exploratioBs ^e Cook. La Pérouse découvrit dea lies, des baies, des détroits nouveaux, mais sa navigation f^t traversée par toutes. sortes d'accideots; il donna de ses nouvelles pour la dernière fois en février 1788, et le dénouement de sa triste expédition resta longtemps caché an milieu des mers. Le roi avait pris grand intérêt à cette entreprise, dont il arait écrit de sa main les Instructions. On dit qne le souvenir de sa cruelle isaue lui revint souvent en mémoire, comme un pressentiment de sa propre destinée. > ( Au. RmÉs., ffisL de LtnUs XVi. )
COMMBfiCB, mDDSTBIB, COLONIES, GBOGBAPRIB. 137
à Caire usage de la sapériorité de ses forces sur celles des sau rages pour se procurer les choses nécessaires à la vie , il en usera avec la plus grande discrétion , et punira avec une extrême rigueur ceux des siens qui transgresseraient ses ordres. Dans tout autre cas, s'il ne peut obtenir l'amitié des sauvages par de bons traitements, il cherchera à les contenir par la crainte et par les menaces : il n'aura recours à la force que dans un besoin extrême et pour sa propre défense « ou quand la sûreté des bâtiments et la vie des Français qui lui est coniiée se trouveraient compromises. Le meilleur résultat de l'expéditioo t BOX yeux de Sa Majesté , sera de n'avoir coûté la vie à aucun homme. »
Ce fiit à qui parmi les marins et les savants s'embarquerait sur les. itères ia Boussole et r Astrolabe (1786). Cette grande entreprise fut préparée aseo un soin et des précautions extrêmes. La PârousCt après avoir exploré les archipels de Tocéan PaciGque en vérifiant on en rectifiant les observations des Anglais, fit voile vers la cdte nord-ouest de l'Amérique; sur la côte de Tartane , il découvrit le détroit qui porte son nom , et qui sépare ces côtes de l'tle de Sakhalien. Il expédia du Kamtchatka en France, avec les cartes et la description des pays explorés, Lesseps, qui traversa le premier l'ancien continent dans toute sa longueur. De ce moment , on n'eut plus de nouvelles de Texpédition". Bien que la France fût agitée alors
' Ce ne fat point 14, aor ces oôles de la Tartarie , qve s'arrêtèrent les Bouvelies de la PérooM ; les dernières sout postérieures de dnq mois. Après sa relâche au Kamtcbatka , dans le bavre de Saint-Pierre, le 7 novembre I7S7 , où Catherine avait donné Tordre de le recevoir avec bonneuTt la Pérouae descendit de nooveau vers Hiémisplière austral , coupant la ligne pour la troiirième fois. Après avoir visité Tarcliipel des Haf igaieups dont il compléta la reconnaissance, il relftcba à Maoïma le 98 décembre. C'est dans cette Ile que fut massacré le vicomte de Uaele» capitaine de V Astrolabe ^ dent le chevalier de Ckmard prit après loi le commandement. L^expédition , après avoir découvert ou r«ooonu plusieurs lies dans Tarchipel des Amis » mouilla à Botany-Uay le se janvier I7SS. C'est de là que furent datées les dernières nonvell^, 16 février 17S8. L'anûral d'Entrecasteaox^ envoyé è la recherche ri#
198 POPUlkÂTIOnS BABBAIBS, V0Y4GBS,
de tempêtes plus terribles que celles de IX)eéaii, elle expédia à la recherche de la Pérouse des bâtimeDts sons les ordrès de ramiral d'Entreeasteaux ; mais ils ne forent gaère plus heureox que ceux dont ils suivaient les traces.
Les compagnons de Gook avaient, pendant leur séfour an nilieu des mers australes, ramasBé une grande quantité de fourre* res très-abondantes dms ces parages, plutôt pour leur uige que dans un antre but; mais comme ces fourmres élaient trèsrecherchées des Chinois , ils ne demandèrent pas mieux qoe de les vendre , et réalisèrent ainsi de gros bénéfloea. On conprit alors avec quel avantage le commerce pourrait se Cure entre le nord-ouest de rAmérique et la Chine, où les pelleteries n'arrivent qu'après avoir traversé de longues distances et passé paraoe foule de mains, en commençant par les Russes» qui les r^ çoivent du Kamtchatka; et ce nouveau commerce attira dans Tocéan Paciûque autant de navires qu'autrefois celui des épiées.
Les ports de Noutica, qui en devinrent le marché général , forent bientôt enlevés aux Espagnols par les Anglais, qui comprirent comment le cominerce des fourrures pouvait de.là se faire directement avec la Chine.
I^ capitaine Vancouver fut chargé de relever la ctte nordouest depuis le 80<* Jusqu'au 60<» de latitude (1791-1794), d'où
la Péroute en septembre 179t , ne réussit point dans cette pirtie 4e M tniittlaà; bmIs les beilei découvertes dont la seienoe géoi^pliiqM lui AH redevable, l'ont placé an rang des plus mustres navl^iteerf; a périt dn scorbut à Java, au miMeu de sa eampagae , en Jnlllet 179t. Oe ae fut que plus de trente ans après, en ISM , que le capihriBe ao' glals Dilton découvrit par hasard, sur les rèdfe de Mie Vaaihoro, dd débris de naurnige qui lui semUèrent se rapporter à fespédition de ta Péroose. Le capitaine Dumont d'Drvilfe AK chargé par le graveraesMl fhia^is de visiter ces lieux, et le réeulUt de son explorstion eooflroii rtaaetitnde des Mis avMoés par le capitaine Dilion. Les nooil»«i& débris qa'il rapporta, tels que ancres, canons, instiUBMnts naafiqssi* qui te voient anjonrdlini dans le Musée naval du Louvre, étsWiun* rotame un Mt désormais liers de doute que les IM^ates de la PéiooM ae aatat perdues sur les côtes de Vanikmno. (An. R.)
OOMMSBGB, IHDIÏSTBll, GOLOIIIBS, OfiO«UPHIB. 1S9
fémlu le plus beau travail bydrographîqiie, exécuté sur neuf oiiUe lieues de côtes.
A partir de cette époque , les coonaissances relatives au nordouest de rAmérique ne firent point de progrès jusqu'en 1816 , oà akm le comte de Romanzov fit partir à ses finis le capltaine Rotzebue, qui découvrit dans le détroit de Bering une anae pofor alnriter les vaisseaux , et lui donna son nom; mais il ne profita pas du temps favorable pour pénétrer dans les mera polaires. La côtenord-ouest de F Amérique appartient ai:gourd*bfri à r Angleterre , à la Russie et aux États-Unis, qui, à peine émancipés, sentirent rimportance du commerce des pelleteries, le aeiri objet de trafic redierohé par les Chinois. Il s*accrut considérablement par Tacquisîtion de la Louisiane ( 1804 ) , que, sans en eoom^tre llroportance, Napoléon leur vendit pour six milUona. ils étaient à portée de jogerde retendue deson territoire sur la rive occidentale du Mississipi, et de sa fertilité; aussi s'appliquèrent-ils à en tirer tout le parti posstt>le. Jefferson proposa une expédition qui remonterait le Missouri jusqu'à sa souroe, afin de trouver un passage entre les montagnes à l'ouest, et de descendre par la Colombie dans l'océan Pacifique ; peu de temps après. Lavis et Clarke traversèrent les pramlen l'Amérique septeotrionale , des États-Unis jusqu'à la mer Pacifique. D'autres Toyageun , remontant le Mississii» , reconnurent plosieun de ses afDuents; d'autres encore traversèrent les montagnes Roebeuse^enfin, en 1818, le gouvernement lui-même entreprit une reconnaissance de ses possessions à l'est de ces montagnes en vue de les fortifier et de les coloniser. L'expédition fat conduite par le major Long, accompagné du botaniste James ; et Ile en rapportèrent, avec des notions précieuses , de nouvellesetpèees d'animaux et de végétaux. Le général Cass en dirigea une autre, dont te but était d'éindier les contrées qui bordent les possessions britanniques vers la source du Mississipi : ce qui compléta la reconnaissance des vastes possessions des États- Unis.
Quant à la région située an nord du lac Supérieur et de la source du Mississipi , elle est moins connue ; mais les Anglais , en fiâsant le commerce de pelleteries , y pénètrent chaque jour
140 ' POPULATIONS BABBiJUM, VOYAGES,
plus avant : déjà ils sont parveous à cette région des lacs dans lesquels se déversent les eaux qui descendent des mont^;Des Rocheuses. Ils y ont trouvé on fleuve, et lui ont donné le nom de Mackeosie, ainsi appelé du voyageur qui s*aventura le premier à le remonter au milieu des difficultés d'un pays inoonnu et sauvage.
On doit aux cfaasseursla reconnaissance de certaines contrées; d'autres découvertes proviennent de la guerre de Tindépendance, ou des frères moraves, qui répandent la civllisatioD an Groenland et dans Je Labfador. Ce fut l'Italien Beltrami qui découvrit, dans le lac de Julie, la souroe du fleuve Sanguin. Au commencement de ce siècle , Malaspina explora le nouveau monde depuis le Rio de la Plata jusqu'au cap Hom , et de là jusqu'aux tles du Prince Guillaume, avec les instruments Ifs plus parfaits, les méthodes les plus exactes.
Des reconnaissances scientifiques ont été poussées dans la partie méridionale de l'Amérique. £n 1781 , le gouvernement d'Espagne chargea don Félix d'Azaraet autres officiers de déterminer les limites entre le Brésil et les possessions espagnoles : ce fut l'occasion de se proourer des renseignements importants et de bonnes cartes. L'histoire et l'hydrographie des pays situés au sud de Buenos-Ayres étaient restées fort obscur», quand le capitaine Head nous fit connaître les Pampas, vastes plaines à l'ouest et au midi de la Plata , qu'il traversa pour aller lisiterles mines.
£n 1782, les Espagnols relevèrent exactement les côtes delà Pafeagoiiie et le détroit de Magellan ; on sut alors que la Terre de Feu est un groupe de plusieurs Iles. Le capitaine King en fit ensuite tm.relevé exact, malgré de grandes difficultés (1896), ce qui profita beaucoup à la navigation dans ces parages; elle y avait été considérée jusque-là comme très-périlleuse. Enfin la distance entre l'Europe et l'Amérique n'était pas bien détemùnée ; -et il y a peu d*années encore que l'Atlantique passait pour moins large qu'elle ne Test en effet de soixante et même de cent quaitaste lieues, tandis qu'on supposait le grand Océan plus vaste.
A partir du moment où les Anglais eurent pris pied dans l-Uide, il& étudièrent géographiquemeat la contrée. Webb et
COMMBBCB, INDUSTETB, COLOlfIBS, GBOOEÀPHIE. 141
Mooreroft, qui gravirent THimalaya en 1808 pour découvrir la source du Gange, la reconnurent pour la chaîne de montagnes la plus élevée du globe. La navigation en grandissant vit diminuer ses périls par la rectification des erreurs géographiques , et Ton redressa ce qui avait été altéré à dessein par la ruse de concurrents jaloux. Les relations des voyageurs perdirent cet air de charlatanisme qui laissait subsister le doute , même lorsqu*on acceptait la vérité. Au lieu d'impressions personnelles, au lieu d*aventures bizarres, ils racontèrent ce qui importe à Thistoire de la terre et de Thomme. Les raretés et les monstres firent place aux classifications, à Tétudo des mcBors, au redressement des erreurs commises.
Ainsi la géographie donne la main à Ffaistoire naturelle , à Tethnographie , à la physique , lorsque surtout surgit une de ces vastes intelligences qui en embrassant diverses sciences les fortifient Tune par Tautre. Tel fut Alexandre de Humboldt , qui , après avoir tout étudié dans sa jeunesse, notamment la physique et l'électricité animale, put, riche qu'il était, perfectionner ses études par les voyages. En relation avec les naturalistes célèbres de son temps , il se trouva porté vers Tétude des mystères de la nature ; et, s'associant avec ruiustre botaniste Aimé de Bonpiand, il entreprit un grand pèlerinage scientifique. il obtint de l'Espagne l'autorisation de visiter ses colonies , où jamais ne s'était arrêté le regard d'un savant (1799-1804 ) : il y porta partout l'observation du botaniste et du géologue. Il monta sur les plus hautes cimes , pénétra dans des plaines infranchissables, observa les mœurs et les langages des hommes en même temps que l'aspect des forêts et des végétaux. Toujours ses instruments à la main, il trouva partout où il passait quelques améliorations à tenter, et il sut, par une prodigieuse variété de connaissances,] tirer des inductions de toutes sortes de phénomènes et de faits. H fit faire de grands pas à la géographie physique, et les théories, les hypothèses qu'il émit furent en grande partie adoptées par Télite des savants.
Restait toujours la question de savoir s'il existait un passage au nord-ouest entre l'Amérique et les régions polaires ; malgré tant de persévérance à le chercher, elle n'était pas résolue.* A
14$ POPULATIONS BABBAAKS, VOTAOBS,
peine sortis de leor lutte contre Mapotéoo, les Anglais eovovèrent le eapiuine Ross explorer la baie de BafiBn ( 18 18 ). Ce asvigateur observa de près les Esquimaux an delà du Groêoland, et les trouva plus grossiers enoore que les autres ; mais fl n*ap porta pas un soin suffisant aux vériûcations géographiques, poursuivant sa route ou s*arrétant selon son caprice ; ansai revint-il avec de médiocres fruits, affirmant que la mer do Baffin était fermée. Ses officiers ne dissimulèrent pas cependant qu'on aurait pu obtenir de meilleurs résultats si on Teât roula, cl que la proéminence d*un cap avait pu faire prendre eetia mer pour une baie. En conséquence « l'amirauté fit partir le capitaine Parry ( 1819 )qois*avança au milieu des glaces à traven de grands périls. Ils virent dans un seul jour plus de quatre-ringts baleines énormes. IMeios d'espoir de trouver enfin la mer Polaire, ils pénétrèrent au delà de toutes régions connues, dé passèrent le 1 10^ méridien occidental, calculé de GreeDwIch, et gagnèrent ainsi le prix proposé en vue de ce résultat Surpris là par les gelées , ils restèrent trois mois privés de soleil , avec un froid de 80 à 60 degrés, et dans le silence funèbre d'une nature morte. Pour obvier à l'abattement moral , cause la plus immédiate du scorbut , ils montèrent des théâtres, s'occupèrent de métiers , et rédigèrent un bulletin de semaine , où étaient rapportés les accidents peu nombreux de cette vie monotone , les pensées sérieuses ou gaies qui pouvaient naître dans cette pénible situation. Le 7 février, le disque du soleil, qu'ils avaient perdu depuis le 6 novembre, reparut ; mais le froid devint plus intense , et le mercure gela. Enfin, le 1**^ août, ils parvinrent à se mouvoir au milieu de périls que la plus extrême vigilance était seule capable de conjurer.
Parry revint avec la certitude qu'il existait des bras de communication avec la mer Polaire, et qu'ils se rouvriraient lors de ia rupture des ^aces. On lui donna un vaisseau pour tenter une expédition nouvelle; on y apporta toute la prévoyance, toutes les améliorations que l'expérience d'un premier voyage avait dû suggérer, tant pour la sûreté que pour les moyens propres à maintenir la chaleur durant ce terrible hivernage ( 18Sf }.It partit alors pour gagner ce passage tant désiré du nord-ouest. La
GOMMSBCB, mOOSTBIB, COLONIBS, «BOaBAPHlB. 143
RiiHie j irait en raîn expédié en 1819 le lieétenant Lazareff, et ea 1831 Lotke, qui, dans les deux années suivantes, reeonnut le détroit de Blutochin, qui coupe en deux la Nouvelle-Zemble. Parry trouva dans le détroit de Davis et dans la baie de BaflQn eette énorme quantité de gros cailloux « de sable, de coquillages déjà signalés par les anciens voyageurs, et transportés , on ne sait eomoient , sur ces glaces. Il commença, d'après ses instructions , à reeonnsltre , à partir du cercle polaire arctique , toutes les edles et les anses du nord-est; et il continua pendant plus de deux cents lieues, jusqu'à ce que l'hiver fût venu. Il le passa plus rapproché de huit degrés du p61e que dans le voyage précédent, en ayant recoursaux mêmes expédients et aux mémesdistractions pour son équipage. Mais ce qui s'offrit de nouveau, ce fut la dé» cuaverte d*une cinquantaine d'Esquimaux qui vivaient là dans des cabanas de neige régulièrement construites. Parry et ses compagnonas'étant remis en marche sur les indications recueillies de ces saavages, comptaient plus que jamais trouver le passage eherebé , quand ils se virent arrêtés par une barrière iosurmontible de glaces. Ils passèrent leur nouvel hivernage entre des murailles de neige, et la mer ne dégela qu'à la moitié d'aoât. Ils revinrent alors, n'ayant perdu que cinq hommes sur cent dix , durant deux hivers d'une telle âpreté.
11 restait démontré que le continent américain ne s'étendait pas au delà du 70^ de latitude , et que l'Atlantique communiquait avec la mer Maire par des canaux obstrués de glaces, dont pourrait triompheruneplus grande chaleur ou quelque accident naturel. Mais on ne trouva point qu'il fût digue du courage anglais de s*arréter sans avoir réussi ; et Parry obtint de faire une troisième expédition. Il fut contrarié par de tristes accidents, et se vit obligé de retourner sans s'être avancé plus loin que les autres fois. Il voulut néanmoins risquer une nouvelle tentative , et Gt (1837 ) eonstruiredescfaariots propres a voyager sur la glace, ainsi que des bateaux à la fois légers et solides, destinés à être traînés par des rennes. Mais , au lieu de la surface polie que nous offre la glace dans nos contrées, il la trouva raboteuse et inégale, telle qu'une mer qui se serait congelée soudain pendant la tempête. ITayant pu se servir des rennes, ils se mirent eux-
144 POPULATIONS BABB4BBS, VOYAGES.
mêmes a traîner les chaloupes , les mettant à Teau quaDd ih en trouvaient. Ils avancèrent avec des peines inGnies « voyageant de nuit pour éviter riodammation des yeux produite par la blancheur éclatante de la neige , et pouvoir, le jour, profiter d*uoe température moins rigoureuse durant les heures de repos. La nuit pour eux ne se distinguait du jour qu*à Taide des mon* très ; une humidité continuelle pénétrait leurs vêtements* Au milieu de cette monotonie du del et des glaces, tantôt une montagne de neige plus haute que les autres, tantôt la bizarrerie de sa forme , étaient un événement qui fournissait un sujet d'entretien pour la journée entière, lis atteignirent ainsi jusqu'au 82^ 41' de latitude ; puis , désespérant de pousser plus k>în , ils revinrent sur leurs pas.
Vers le même temps ( 1819) , le capitaine Franklin avait été expédié pour explorer par la voie de terre , avec le naturaliste Richard son, le fleuve de Cuivre. Après avoir fait voile jusqu*à la baie d'IIudson, ils prirent leur route par terre, et dieminèrent , T^^pace de huit cent cinquante sept milles, par un froid qui alla jusqu'à 50 degrés.
Surpris dans ces parages par un second hiver, Fianklin s'avança jusqu'au 68^ parallèle, et aux environs du fleuve de Cuivre. On ne saurait se figurer les souffrances qu'on endure à des points si élevés. Quoiqu'ils eussent pris soin de s'approvisionner de rennes et de poisson , leur provision s'épuisa, et ils se virent menacés de mourir de faim. Back eut alors le courage de faire à pied, pour chercher des vivres, quatre cent trente-quatre lieues, toujours sur la neige, par un froid qui s'éleva jusqu'à 57*. Peadant ce temps, la plupart de ses compagnons périrent de faim ; et Franklin lui-même ne vécut durant un mois qu'en rongeant les os restés de l'année précédente. Mais les damiers d'entre eux allaient expirer, quand Back, devançant le convoi de provisions qu'il leur amenait, fut l'ange sauveur qui leur conserva la vie.
Ils avaient reconnu un espace de deux mille lieues environ, et avaient eu tout le temps d'étudier les phénomènes électriques, magnétiques et atmosphériques de l'aurore boréale , de même q ue tous les accidents d'un climat où cesse toute vie animale cl végétale. L'intérêt de la science est si vif, que les hardis
COMMBBCS, IllDUSTBIB, COLORIBS, OBOGBAPHIB. 145
Toyageurs ne farent pas découragés par tout ce qu*ils avaient souffert. Franklin proposa au gou?ernement d*aller reconnaître la edte à Tooest du Mackensie. L*expérience de la première expédition fiit mise à proût dans la seconde, et on laissa en dépAt sur la baie d'Hudsonune réserve de provisions. Franklin arriva au fort de Bonne-Espérance, dernier poste des hommes civilisés * que respoîr du gain pousse jusque sous le 60^ parallèle; et, en descendant le fleuve, lui et ses compagnons eurent la joie de voir rOoéan. Ils passèrent l*hiver sur le bord du grand lac Ours; puis, bien approvisionnés, ils se partagèrent en suivant les deux bras du Mackensie. Franklin, ayant rejoint TOcéan, parcourut en deux mois, toujours menacé par les glaces, sept cents lieues, en relevant cent quarante lieues de côtes.
Richardson ne fut pas moins heureux sur Tautre bras du fleure ; il explora plus de deux cents lieues entre le Mackensie et la rivière de la Mine-de-Cuivre ; presque toute la lisière septentrionale de TAmérique se trouva ainsi connue. 11 résulta du voyage de Franklin la certitude que les Esquimaux qui habitent à cette hauteur ont la même Jangue et offrent les mêmes caractères que ceux du Groenland, et que dés lors les régions polaires sont occupées par une même race, mais ceux-ci, ayant quelque organisation civile et des édifices, étaient un peu moins grossiers que ceux qui errent dans la presqulle de Merville. Comme ils prenaient tous les Anglais pour des femmes, à la nuance délicate de leur teint, ils les abordaient sans crainte.
Le capitaine Ross, désfareuxde réparer dans une nouvelle expédition la maladresse qui avait fait échouer la première, arma par souscription la f^icioria, navire à vapeur , et se dirigea vers la baie de BafBn, sur les traces de Parry ( 1829 ). Pendant quatre ans on n'entendit plus parler de lui; et déjà Ton associait son nom à celui de la Pérouse,quand il reparut enfin. Ayant déplissé le point où Parry était arrivé, il avait éprouvé les hivers les plus rigoureux, et des souffrances monotones comme la contrée ellemême.
Enfermé par les glaces, Ross se mit en relation avec les Esquimaux qui habitent jusque-là; et, avec leur aide, il continua à pied ses excursions jusqu'au delà du 69® degré: des cabanes
BlST. DB CBRT ANS. * T. IV. 11
14fi POPULATIONS BABBÀBES, VOTA.GBS ,
de glace, des grottes creusées dans la neige, tel était Fabri où
ils se reposaient. Ils attelaient des chiens à leurs traîneaux. Lo
noms de Boothie et de Félix éterniseront dans ces régions le sou-
venir de Tbomme généreux ( Félix Booth ) qui avait fourni les
moyens de réaliser cette expédition. Ross pensa alors qu'il ' n existe point de passage au nord-ouest, mais que la langue de
terre , s*étendant entre le détroit du Régent et la mer au nord, qui est étroite et entrecoupée de lacs, rendrait facile d'y ouvrir un canal : nuiis à quoi servirait une pareille entreprise , quand les périls de la navigation remportent tellement sur les avantages qu'on en pourrait espérer.
L*été suivant Ait tellement court, que ia Fietoria pot à peine avancer de trois milles au milieu des glaces. Alors Ross se mit à la recherche du pdie magnétique, c'est-à-dire du lieu où Paiiniille ne dévie aucunement de la ligne perpendiculaire : 11 le trouva à 70^ 5' 17" de latitude et 99* 4(^46" de longitude ouest de Paris. Le bâtiment restant emprisonné dans les glaces, malgré Tété de 183 1, il foliut Tabandonner, pour gagner, sur des traîneaux tirés à bras, rendrait où ils avaient laissé les embarcations sur lesquelles ils espéraient passer à la baie de Baffin; mais ils furent surpris par un autre hiver encore plus âpre et plus tempétueux que les précédents. Heureusement la pécbe amena. Tété suivant, un bâtiment qui les recueillit et les rendit à leur patrie.
Ils y rapportèrent des reconnaissances plus précises des hautes terres Isabelle et «Alexandre, et Topinion i|u'il n*était pas possible de passer au nord-ouest par le détroit du Régent, ni au sud , à la latitude de 74^. lis avaient en outre détermiDf la position véritable du pôle magnétique, fait des observations thermométriques très-importantes, et établi une nouvelle théorie d^ aurores boréales.
Ce George Back, qui avait accompagné Franklin dans son voyage, avait été expédié par terre sur les traces de Ross ( 1833 ). Malgré le retour de ce dernier, on l'engagea à pounuifre sa route, pour se livrer à des études géographiques qui eurent de bons résultats. On l'envoya ensuite par mer pour tenter de nouveau le passage, mais sans succès (1835) .Pierre William, Dease
COmiBBCB, I1IDU8TB1B, COLOIfIBS, GBOOBAPHIB. 147
et Thomas Simson forent plus heareux ( 1887 ). Envoyés par la compagnie de la baie d'Hudson sur la rivière de Cuivre, ils remontèrent le fleuve Riehardson , découvert en 1838, et rencon* trmnt trente Esquimaux, dont ils ne parenttirer aucun renseignement. Poursuivant leur route , ils touchèrent les caps Barrow, Franklin, Alexandre, arrêtés à chaque instant par les nomlireases langues de terre qui y forment des baies, et reneontrant partout des Esquimaux, qui vivent là de rennes et de thons. Après avoir doublé aussi le cap Hay, le dernier que Back eât reconnu, ils en touchèrent un autre qu'ils appelèrent Bretagne; et, du côté occidental du fleuve des Poissons, ainsi nommé par Back, ils s'assurèrent que Boothie était entièrement séparée du continent américain.
De ce voyage, le plus lointain qui ait été fait dans les mers polaires, ils rapportèrent donc la certitude que FAmérique est séparée de Tancien continent; mais en même temps les difficultés de oe passage détruisirent Tillusion, longtemps caressée par nos pères, de pouvoir ouvrir par là une nouvelle route au commerce vers la mer Pacifique. Et pourtant les entreprises ne cessèrent point pour cela : Franklin partît pour la troisième fois en 1845, avec les bâtiments l*Érèbeel la Terreur^ pour s'assurer de oouveau de la réalité de ce passage ; mais ils n'ont point reparu, et plusieurs expéditions, envoyées depuis lors à leur recherche, n'ont rien appris sur leur sort.
On fut plus heureux du côté des mers du Japon et des îles Roariles, toujours difficilement explorées, soit par les dangers de la navigation , soit par la jalousie des Japonais. La côte de la Tartarie avait été bien reconnue par la Pérouse; le capitaine Brovgbton en compléta l'exploration.
Le commerce des pelleteries appela de nouveau l'attention »nr le Japon : les Hollandais seuls avaient pu y conserver quelques relations en s'avilissent eux-mêmes et en dénigrant les autres nations, qui en restaient exclues. Ce fut donc avec peiue que l'Allemand Ksmpfer et le Suédois Thunberg purent obtenir d'accompagner l'ambassade hollandaise, ce qui nous a valu quelques détails sur ce pays. Il est probable néanmoins qu'il y pénétrait quelques bâtiments russes. Un navire japonais
148 POPULATIONS BABBAEES, TOYAGBS,
s^étant brisé contre une des tles Aléoutieones, réquifuige fat sauvé par les Russes, et retenu dix ans en Sibérie (n93). Ao bout de ce temps, Catherine n les renvoya avec un négociateur et des présents, non pas en son nom, pour ne pas paraître se reii> dre tributaire de Tempire, mais au nom du gouverneur de 1? Sibérie. Il fut reçu avec des égards ; mais il ne put rien obtokir de plus pour le commerce que rentrée du port de Nangasaki, le seul accessible aux étrangers. Ce ne fut que di^ ans après (1803) que Bisanoffiit envoyé au Japon en qualité d^ambûsadeur, aveodeuX'bâtiments, par le cap de Bonne-£spéraDee:c*était la première fois que le pavillon moscovite se montrait dans rhémisphère austral. Mais lorsque les Russes touchèrent à NaDgasaki, on ne voulut pas les recevoir à terre, et il ne leur fut permis de communiquer ni avec les indigènes ni avec les Hollandais. L*empereur, au lieu de les admettre dans sa capitald envoya un plénipotentiaire, devant qui Fambassadeur russe fut obligé de quitter son épée et sa chaussure, et se tenir accroupi les pieds sous lui, pour s'entendre refuser et ses dons et rentrée de Tempire.
Krusenstern, habile marin qui commandait cette expédition, objet de grandes espérances, tourna ses voiles vers le Kamtchatka. Après avoir exploré les cotes de Tlle Sakhalien et de la Tartane, il rapporta d'utiles renseignements. Plus tard, le capitaine Golownin fut expédié par le gouvernement pour explorer les mêmes côtes et les lies Kouriles (1811); mais il fut arrêté par les Japonais , et retenu prisonnier avec son équipage, lis réussirent à s*enfuir; puis s*étant laissés reprendre, ils furent enfermés dans des cages, et n'obtinrent leur liberté que deux ans après, par échange. Leur délivrance fut fêtée par les Japonais, qu'ils trouvèrent extrêmement humains et polis, aimant la lecture, l'instruction et les commodités de la vie ; mais ils ne purent se procurer de connaissances sur le pays.
On continuait avec non moins d'ardeur les explorations des terres antarctiques, surtout après la paix de 1815, qui permit de poursuivre les recherches avec plus de sécurité. Le capitiine Philip Parker-King étudia les côtes de rhémisphère austral entre les tropiques; Bothwell trouva^ en 1820, le Sud^OriuND'^;
COMMBRCE, IRDUSTDIB, COLOlftCS, OBOOBAPHIB. 149
Palnier et autres chasseurs de phoques virent de loin les terres qui recurent le nom de Palmer et de la Trinité. Bougainville, le fils du célèbre navigateur, et du Camper parcoururent en 1823 rOcéanie. Le capitaine Bellingshausen, en poussant jusqu'au 70® 30' de latitude sud, découvrit en 1819, avec des vaisseaux russes, plusieurs fies nouvelles, entre autres Ttle de Pierre 1^*^, la plus méridionale que l'on connaisse; et auprès, celle d'Alexandre I^. L'Anglais Weddell pénétra, en 1824, de S"" 5' dans lecercle antarctique, c'est-à-dire de deux cent quatorze milles plus avant qu'aucun autre voyageiu*; il trouva dégelée la mer à laquelle il donna le nom de George IV, et constata que la boussole y faiblissait, comme au p4le arctique.
Hais n'y a-t-il véritablement que des glaces sous le pôle? ou y existe-til un continent?
Quelques navigateurs avaient remarqué , en s'approchant au sud, des indices de terres. Le capitaine Biscoe en aperçut une en 1830, sans pouvoir l'atteindre à cause des vents contraires. L'Américain Morrell en 1830, et Kœmpfer en 1833, confirmèrent le fiait, et pensèrent qu'en franchissant la première barrière déglaces, on pourrait arriver aux terres antarctiques. Cette découverte fit naître une nouvelle ardeur; et la France expédia le capitaine Dumout-dlJrville, l'Angleterre le capitaine Ross, et les États-Unis Wilkes , pour tenter d'y parvenir.
Dumont-d'Urville explora avec rÀstroiabe (1826-1828) quatre cents lieues de c6te^ de la Nouvelle-Zélande, et une infinité d'autres Iles; il en rapporta de nombreux renseignements. Il y fut envoyé de nouveau en 1837, pour vérifier les découvertes de Weddell , et s'assurer si, en dedans d'une ceinture de glaces formée le long des Iles entre le 50<* et le 70^ de latitude , il existait one mer libre, dans laquelle une baleinière anglaise eût pu gagner jusqu'au 70* 15'. Repoussé d'abord parles glaces, il atteignit en 1840 la plus haute latitude australe où l'on fût encore parvenu. Cerné par les glaces, il réussit toutefois à déterminer la position de quelques ties qu'on n'avait vues jusque-là que de très-loin; et il aperçut la terre à laquelle il donna le nom d'Adélie, au 60* 80 de latitude sud, et au iSS*" 21' de longitude orientale. Elle fut vue aussi , le même jour, par l'Américain Peacock , qui
150 POPULATIONS BABBARES, Y0Y4GES,
la côtoya. D'Urvîlie , à qui les Anglais contestent tout mérite, allait entreprendre une nouvelle campagne et recueillir de nouvelles informations ; mais celui qui était revenu sain et sauf de voyages si périlleux périt, brûlé misérablement, sur le cbemin de fer de Versailles it Paris.
Cependant un navire baleinier, expédié en 1839 sous le commandement du capitaine Balleny, vint apporter de nouveaux faits à Tappui de la donnée en question , bien qu*il eût été arrêté aussi par les glaces, après avoir poussé jusqu'au 69**. Wilkes affirma s'être approché à la distance de quelques milles, sous le 67* 4' de latitude sud et le 140'' 30' de longitude orientale de la terre qu'il appela Continent Antarctique ; mais il ne recueillit que des pierres , seul tribut qu*il pût arracher à cette nature glacée.
Le 29 septembre 1839, le capitaine Ross partit pour un nouveau voyage au pôle austral avec rÉrébe et la Terreur, en faisant route par Sainte-Hélène, aûn de déterminer le minimum d'intensité magnétique sur le globe, il aborda (janvier 1840 ; à la terre la plus méridionale qu'on eût encore touchée , à 70*47' de latitude sud, et 174" 16', de longitude est, de Greenvich; puis s'avança jusqu'au 78® de latitude et 187 de longitude. Des glaces de cent cinquante pieds de hauteur, sur une éteodue de trois cents milles, Tobligèrent à s'arrêter pour se remettre en marche l'année suivante. Après avoir navigué longtemps où Wilkes et les cartes américaines avaient placé la terre ferme, le 22 février 1841, il se trouvait a cent milles du pôle magnétique. Il crut pouvoir affirmer que s'il existe au nord deux pôles magnétiques verticaux « il n'y en a qu'un seul dans l'hémisphère austral. L'Angleterre vit donc flotter sou pavillon tout près du pôle ; et le.nom de sa jeune reine sera éternisé par la terre Victoria, à l'extrémité de laquelle s'élève le volcan Érèbe, comme un phare naturel pour les futurs navigateurs.
Les Anglais sont toijyours ceux qui profitent le plus des découvertes et des colonies nouvelles. Une partie des conquête qu'ils avaient faites pendant les guerres de la Révolution furent restituées, il est vrai , en 1 81 5 ; mais ils conservèrent la péninsule de Malaca et nie de Singapour, qui, placée à l'extrémité
COMMBBCS, INDUSTRIE, COLONIES, OBOGBAPRIE. 151
de cette péninsule, oororoande le détroit que traversent les bâti> ments expédiés dans les mers de la Chine. Singapour, fondée par Raflles, savant orientaliste qui a écrit Thistoirede Java, s*accrut avec une telle rapidité, que des navires de tous les pays abordent aujourd*hui où n'existait en 1819 qu'une poignée de pécheurs et des pirates malais. En 1825, TAngleterre partagea entre elle et la Hollande la domination de l'archipel d'Asie et de la péninsule, les Hollandais conservant toutefois les îles les plus riches en productions, telles que Sumatra , Java, les Molaques; tandis que les Anglais se réservaient les positions les plus importantes pour l'établissement d'un commerce d'échanges entre l'Asie orientale, l'Inde, et l'Europe. 11 en est résulté que les colonies de Singapour et du Prince de Galles sont devenues le centre des nouvelles relations entre l'Occident et les contrées les plus reculées de l'Orient, relations qui maintenant s'étendent jusqu'à la Chine.
Nous ne connaissons pas exactement le revenu des colonies hollandaises; mais le produit minéral y est immense, s'il est vrai que Sumatra produise 10 millions de livres sterling de poudre d'or; Bornéo, pour 13 millions de francs; Banca, S millions de livres d'étain. RafiDes estime à 100 millions de francs ce que rapporte annuellement Java ; et Ton peut cal* culer à 30 millions ce que donnent les Moluques.
L'Europe n'avait jadis rien à échanger avec l'Asie; mais aujourd'hui ses manufactures lui fournissent des objets de trafict surtout des étoffes de coton, si convenables à ces climats bHllants, où l'on ne s'habille pas autrement.
Voilà pourquoi les colonies sont essentielles à l'existence de l'Angleterre; car c'est par elles seulement qu'elle peut fournir un débouché à ses manufactures, et soutenir cette foule de prolétaires qui, exclus de la propriété, lui demandent du pain. La Chine seule n'a pas besoin de ce que lui offrent les Anglais; mais ils ont réussi à lui rendre l'opium nécessaire, en dépit des kns impériales; et aussitôt ils ont supprimé dans l'Inde la culture du blé, pour lui substituer celle du pavot. En échange de ce narootique, ils reçoivent des Chinois le thé, qu'ils revendent avec grand profit à l'Europe, d'où ils tirent du blé, que les
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Indiens sont obligés de payer d'autant plus cher qu'il vient de plus loin. Cette longue chaîne d'opérations en partie mercantiles , en partie fiscales, se briserait tout à coup si la Chine réussissait à exclure Topium , et à faire cesser cette cause d'abrutissement et de mort pour ses populations.
L'Angleterre, quand il s'agit de coloniser, laisse bien loin tous ses rivaux, soit dans le choix des positions les plus favorables pour dominer les mers et pour assurer le débit de ses marchandises, soit dans sa persistance à les obtenir. Partout, en un mot , elle cherche des marchés qui lui assurent de nombreux consommateurs sans aucune concurrence; et rien n'échappe aux efforts , à l'attention , à la hardiesse , à la persévérance de cette nation.
liCS voyages de circumnavigation ont aujourd'hui beaucoup de détracteurs; car tout étant désormais découvert, ils ne peuvent fournir que quelques observations aux astronomes, ou certains détails soit sur le magnétisme terrestre , soit sur U température sous-marine; mais d'autres les croient encore utiles pour faire respecter le pavillon des puissances qui manquent de colonies dans des pays barbares qui par malheur sont armés, et pourront devenir bientôt des États redoutables»
Les derniers voyages ont contribué aux progrès d'une science nouvelle, l'anthropologie. Blumenbach avait fondé la distinction des races sur l'organisation et principalement sur la conformation du crâne. Il en distinguait cinq , d'après une dirision plus géographique que scientifique. A cette étude s'associèrent celles de la linguistique et de l'histoire. Enfin, de nos jours on a constitué cette science en lui donnant pour première base les caractères physiques, comme les plus stables et les moins arbitraires, mais en les confrontant avec l'histoire.
C'est dans cet esprit qu'ont été conçus le travail d'Edwardscl les recherches sur Thistoire physique de l'espèce humaine, du docteur Pritchard. Les peuples de l'Amérique méridionale ont été étudiés de près par d'Orbigny. En 1817, Louis de Freycinet fut envoyé dans rhémisphère austral , pour y observer , outre les phénomènes magnétiques et météorologiques , les langues et les mœurs ; Dumont-d'Urville , dans ses voyages d'Océanie , a
OOMMBBCB, IUDUSTRIB, C0L01IIB8, 6B00BAPHIB. Iô3
reeoalli des cadavres, des modèles, des empreintes, des reuseignements sur les caraetères physiques et moraux des races nombreuses qui se trouvent mêlées dans ces contrées. Il rapporta huit cent soixante-six dessins d'hommes, d*armes, d*liabi« tatîo&s , d'ustensiles; quatre cents de cites et de paysages , cin« quante- trois cartes terminées; puis des esquisses de cotes : de ports, de rades; car s'il suffisait autrefois, lorsqu'on avait trouvé une tle, d'en déterminer la position en se tenant en rade, on veut aujourd'hui en oonnattre chaque anse, tous les fonds, tous les passages ; et il est nécessaire de joindre aux indications astronomiques des notions de physique et d'histoire naturelle.
Ainsi l'Europe a répandu , dans l'espace de trois siècles, sa population sur le monde entier, sans s'appauvrir elle-même; tandis que les autres races, exclues selon toute apparence de cette grande loi de progrès , déclinent en nombre et en puissance*. En Amérique, même dans les pays à esclaves, les nègres disparaissent, soit par la mort, soit par le mélange * ; et les tribus indigènes se retirent devant les semeurs de grains ^ qui avancent toujours. Désormais, quelle que soit la contrée du monde dont on parle, c'est d'Européens qu'il s'agit ; nos intérêts déterminent les alliances ou les guerres de l'Inde ; ce sont les ambassadeurs européens et les chambres européennes qui parient au nom de la cour de Perse, et qui dictent les firmans du Grand Seigneur. La destinée des nègres et celle des races jaunes ou des peaux rouges dépendent du scrutin.
Dans rOeéanie, où près de vingt-cinq millions d'hommes si différents s'agitent sur un espace de plus de six cent mille lieues carrées , le christianisme , les sciences , le commerce introdui* sent une vie nouvelle , à tel point que les vicissitudes de ce
" On a dterché dernièrement à expliquer pbysiologiquemeot le dépé* risccment des races indigèoes, en affirmant que lorsqu'une femme de eoalear a engendré d'un blanc, elle n'est plus susceptible d'être fécondée par un individu d'une race inférieure ; d'où il résulte que le nombre des enfonts de couleur diminue, et que les nuances se multiplient.
* Il en fiiut excepter les États-Unis, où la population noire s'est con* ùdérabiement accme, depuis l'abolilion de la traite. (Av. R.)
154 ^POPULATIONS BABBABBS, VOYAGES,
monde loiptain influent déjà sur celles de I*Ëurope. Cette iiiGnité de côtes facilite partout l'alx>rdage, autant que la masse compacte de 1* Afrique le rend difQcile ; désormais les nations anciennes se raniment au contact des nouvelles , et elles profitent de Tactivité que vont exercer au ioin le zèle du missioonaire, Taviditédu négociant.
Le collège de la Propagande est assurément une des institutions les plus surprenantes du catholicisme : une armée de missionnaires part de Rome pour se répandre dans le monde entier : gens qui, par la seule force de la doctrine , de la persuasion , de la charité, ne redoutent ni la distance , ni le péril, pour attirer des âmes à la religion, c*est-à-dire à b société civile , aux mariages légitimes, aux idées de propriété, aux espérances immortelles. La philosophie la plus raiUeuse ue peut se refuser à admirer ces frères héxoïques.
Le protestantisme n*a pas cette unité , cet esprit d*exclusiun qui fait la force du catliolicism«; mais il tient aussi à bien mériter de rhumanité en s'emploVant à adoucir les barbares. I>epuis cent cinquante ans, les différentes communions protestaates d'Angleterre, d'Amérique et du continent européen, principalement les méthodistes, ont formé des sociétés pour la propagation du cliristianisme; ils y dépensent des millions chaque année, et répandent par centaines de mille des Bibles, qui, en véritii ne sont pas le livre le plus propre à faire éclore et à consolider la foi des peuples nouveaux. Dans les seuls comptoirs de Cantoo, Malacca , Batavia , Penang et Singapour , il a été imprimé, soie en malais, soit en chinois, plus de quarante-quatre mille ouvrages touchant îa doctrine chrétienne. Les missionnaires anglais qui abordèrent à Taîti en 1 799 réussirent fort peu jusqu*en 1807, oùPomaré se déclara leur protectrice, et promit de mettre de côté son dieu Oro, pourvu qu'on lui donnât en retour on peuple vêtu et surtout armé, outre le nécessaire pour écrire et imprimer. Le marchéfut bientôt accepté, et les Taitiens cessèrent de se tatouer, d'aller nus ; leur langue se perfectionna, et llle fut bientôt comme une sorte de séminaire d*où sortirent des mai 1res nombreux, qui répandirent les idées chrétiennes dans les pays voisins.
COMMBBCB, IllDirSTBIB, COLOIflES, 6É(M3BAPH1£. 155
Aux Iles Sandwich, que Cook avait trouvées en pleine barbarie, les missionnaires américaios débarquèrent en 1830, avec de jeunes indigènes devenus chrétiens qui avaient été élevés aux États-Unis. Quoique repoussés d*abord, ils flnirent par s'impatroniser dans le pays, surtout après la mort du roi Liholibo, violent et ivrogne, qui alla mourir en Angleterre en 1830. Sa veuve se fit chrétienne, et beaucoup de chefs suivirent son exemple. A cette heure un tiers de la population sait écrire : on y trouve des écoles nombreuses, quatre imprimeries, une infinité de manufactures ; les haches de fer ont remplacé les haches de pierre; ils construisent des barques, des tables, toutes sortes d*ustensiles domestiques ; et autour de ces autels quMls inondaient de sang humain, ils se réunissent aujourd'hui pour le sermon et la prière. Ces rois, dont Tun faisait tuer quiconque s'offrait à ses yeux mieux orné que lui, et dont un autre entourait son palais d*un mur de crânes, ont aujourd'hui des lois et une administration. Mais le prédicateur s*en va avec femme et enfants; il ne faut donc pas s'étonner s*il manque de résolution pour braver le martyre, et s'il prêche une morale avec des intentions plutôt droites que généreuses. Des gens qui savent à peine lire interprètent souvent, de la manière la plus étrange, les récits mystiques de la Bible. Les catholiques n*ont pas encore pu réussir beaucoup chez ces peuples nouveaux. La congrégation de la Propagande confia en 1833 les missions de TOcéanie orientale aux prêtres de Picpus , qui ont converti les îles Gambier; en 1837 , seize cents insulaires avaient déjà reçu le baptême. Cestdelà que partent ces sentinelles avancées de la vérité, franciscains et augustins, dans l'Amérique méridionale et dans l'Asie inférieure; capudns, dans l'Asie supérieure et en Afrique; fermes, en Palestine; lazaristes, dans l'Amérique septentrionale; pères de l'Oratoire , à Ceylan. Mais les revenus de la congrégation ne dépassent pas trois cent soixante mille francs, somme bien insuffisante pour envoyer des ouvriers sur tous les points au globe. On s'est efforcé d'y subvenir par quelques institutions récentes, comme le séminaire des Missions étrangères h Paris, la société I^poldine en Autriche, mais surtout par l'œuvre de ^^ Propagation de la foi, instituée à Lyon en 1822 : tous les
166 P0P1U.ATI0N8 BABBAHSS, YOYAGBS,
catholiques sont appelés à s'associer h cette pieuse tâche, moyennant la modique contribution d'un sou par semaine. Cette faible aumône , multipliée par le grand nombre des sooscripteurs, rapporte chaque année des sommes considérables qui
viennent en aide aux missions, et servent à imprimer et à répandre le récit des généreuses entreprises de ces hères de la foi et de la charité.
On a reconnu qu'il y avait plus d'avantage à former dans )e^ pays nouveaux des prêtres indigènes, dont l'influence surpasse celle qu'y pourraient prendre des étrangers. Cest sur ce pied-là que les missions sont établies aujourd'hui. Vingt év^^és ou u* cariats apostoliques ont(été institués de 1840 à 1844, et de nombreux vicaires indigènes ont été établis à Ceylan et dans 1? péninsule au delà du Gange. L'Australie, qui en 1820 n'avait pas un seul prêtre, a maintenant un archevêque à Sidney . Un vicain apostolique dirige le travail des missions chez les misérables nègres de la Guinée. Dans l'Amérique du Nord, où rien n'entrave l'autorité ecclésiastique, il n'y avait d'autre évêque en 1790 que celui de Baltimore ; on en comptait dix en 183 1 , seize en \SU, vingt-cinq en 1846, et l'on a demandé depuis trois nouveaux sièges. De l'évêché de Québec sont sortis plusieurs autres diocèses dans les contrées entre la baie d'Hudson et l'Orégon ; le sain^sîége a divisé ce dernier pays en dix diocèses, et y a nommé un archevêque et deux évêques.
Dans l'Inde, à Hong-Kong, à Tonkin, dans la Corée, oo compte des séminaires plus ou moins nombreux. Le brahmanisme et le culte rationaliste de la Chine ont peine à résister ê Fexemple européen et aux missionnaires , ces précurseurs pacifiques de la lumière; et le Céleste Empire vient d'abroger les lois qui prohibaient le culte chrétien. L'islamisme ne £Eiit plus de conversions en Asie et dans la Malaisie ; son apostolat cesse, et fait place tout à fait à celui de l'Europe. Ainsi, l'Occident renvoie à la haute Asie la civilisation qu'il en a reçue jadis et il ut se contente pas d'envoyer aux barbares ses marchandises, son luxe et ses vices.
L'éducation du genre humain procède aussi par les voies pacIGques du commerce. L'homme continue en Orient à vivre de
COMMBHCB, IRDDSTBIB, C0L0NIB8, GBOOBAPHIB. 167
eetle Tîe qui loi est particulière; et il y reste statlonoaire, parce qo*il est errant. Le passage des grosses caravaaes garantit à chaque pays qu'il recevra, à une époque fixe, telles et telles denrées; en conséquence, personne ne s'inquiète d'aller les cbercber, et attend leur arrivée comme on attend que le soleil mûrisse les fruits. Si le commerce européen vient à reprendre la route qu'il suivait avant de doubler le cap de Bonne-Espérance , les caravanes redeviendront importantes ; et les pèlerinages à la ville sainte, que les riches musulmans ne pratiquent plus au« jourd'hui que par représentants , au détriment du commerce lui-mêiiie, contribueront peut-être, en se renouvelant, à Caire pénétrer dans l'Afrique intérieure une civilisation imparfaite , qui frayera la route à une autre civilisation plus avancée.
Il y a des pays qui excluent, par crainte, tout commerçant étranger. De ce nombre est le Japon, où , depuis 1637, il est dé fendu aux habitants de sortir du royaume. Le seul port de Nangasaki est ouvert aux navires de la Chine, de la Corée et de la Hollande , en nombre déterminé ; et ils y sont assujettis à une surveillance rigoureuse. Il paraît que le commerce à l'intérieur est très-favorisé , et que tout y abonde; mais nous nous défions des éloges prodigués aux États qui s'enveloppent de mystère.
Les Chinois vont trafiquer au dehors, surtout dans l'archipel indien, dans l'Inde transgangétique, et dans la Papouasie; ils font seuls le commerce des royaumes de Siam et d'Annam. Les Européens sont exclus aussi de l'Inde au delà du Gange , à l'exception de l'empire Birman et de quelques petits royaumes de la péninsule de Malacca. Mais quelles barrières pourront résister aux machines à vapeur, qui centuplent la puissance productrice, et qui nous conduisent de l'Europe dans l'Inde en si:^ semaines, et à la Chine en deux mois?
Avant et depuis la découverte du Cap , l'Inde avait été constamment le gouffre où allait s'engloutir tout Tor du monde : c*est là que s'écoulait celui que les Espagnols tiraient d'Amérique; les vaisseaux de la Hollande, de l'Angleterre, du Portugal, portaient les marchandises indiennes au Pégou , à Siam , à Cey« lan , à Achem, à Macassar, aux Maldives , à Mozambique , dans toutes les parties de cette mer, et en rapportaient l'argent
158 POPULATIONS BABBABBS, YOYAGBS,
dam riiid«; là refluait aussi celui que les Hollandais tinîeiit da Japon. Quoique Tlnde eût besoin de girofle , de cuivre , de cannelle, de noix muscade (qu'elle recevait par rîntemiédiaire des Hollandais), de Tétain de l'Angleterre, des chevaux de la Perse et de FArabie , du musc et des vases de la Chine , des fruits do Caboul , des perles de Bahraln , elle échangeait tous ces produits contre ceux de son sol.
Les choses ont bien changé depuis la conquête de Tlnde par les Anglais, et surtout depuis que l'homme a mis la vapeur à son service. L'Europe envoie en Orient, non plus son ai^K seulement, mais les produits de ses fabriques, et même des tissus qu'autrefois oi^ demandait à la Chine et à l'Inde. Les Anglais, en épuisant, comme ils le font, cette dernière contrée, ont réduit l'indigène à leur acheter ce dont il a besoin pour se nourrir ; tandis qu'il voit ses champs envahis par la culture exclusive du pavot, qui fournit la denrée destinée à empoisonier la Chine, afin que celle-ci donne en retour son thé h l'Angleterre, qui s'en fait encore de l'argent.
Et cependant, tant qu'exista le monopole de la compagnie des Indes , le commerce anglais fut enchaîné dans des opérations que l'industrie privée aurait seule pu rendre profitables; la nation payait plus cher les marehandises qui provenaient de 1X> rient, et la compagnie des Indes néanmoins se trouvait en décadence. Mais à peine le monopole fut-il aboli en 1814, que nous vîmes ces mers se couvrir de spéculateurs entreprenants; l'activité et les bénéfices s'accrurent , la consommation augmenta , l'importation des tissus anglais devint cinquante fois plus considérable : et tout cela en épargnant à l'État les dépenses énormes que lui coûtait le maintien du monopole.
Nous savons les motifis que l'on allègue en faveur de l'ancien monopole colonial et des colonies elles-mêmes, l'exereice qu'elles procurent à la marine , le respect qui en rejaillit sur le pavillon de la métropole; enfin, la gloire de garder sa conquête. Mais l'Asie n'est plus aujourd'hui ce qu'elle était au temps de Vaseo deGama, d'Albuquerque ; et il n'est plus à craindre que le croissant vienne à reprendre le dessus. De son côté, l'AroériqBe ne songe certainement pas à conquérir l'Europe ; elle tend plu-
eOMMIBCS, INDUSTBIB, 001X>NIB8, GB00BAPH1B. 169
tôt à consolider son afifranchissement, et à noas fournir des eiemples de liberté, comme uniqae vengeance des coups que loi ont portés nos pères.
Cependant les budgets de tous les États montrent combien les colonies sont T>néreiises ; ainsi, la Martinique et la Guadeloupe doivent à la France 130 millions, tandis que la valeurde toutes les propriétés immobilières n'y est pas estimée plus de 300 millions. On ne foit donc, avec les colonies, que restreindre le nond»re des consommateurs et des vendeurs. La législation se trouve pouaiée à des mesures absurd<^ pour soutenir un ordre de choses qui répugne à la nature. Puis la morale s'élève contre Teselavage , inévitable avec ce système , qui succombera tdt 00 tard par Teffet de raffranehiasenient des noirs. Les colonies du novd de TAmérique oot pu s'émanciper parce qu'elles sont agricoles, et devenir presque aussitôt une grande nation, ne rdevant que d*eDe-ménie ; m^ il en est autrement des Indes, et des posisesaionB de l'Espagne et du Portugal. Des événements extraordinaires comme la révolution française et les guerres dTspagne ont pu créer une république de nègres à Hàiti, et des constitutions dans la Colombie ; mais rien ne met les colonies en voie naturdie d'émancipation, sauf te cas où les Européens se décident à les abandonner, pour aller demander les mêmes produits à des pays {dus rapprochés.
En effet, on se demande pourquoi l'on va foire dans ces lies lointaines des plantations qui prospéreraient en Sicile, en Espagne, et surtout sur les côtes d'Afrique, où croissent spontanément le coton, la canne à sucre, le café, et où sont à peu près à rétat indigène les nègres que Ton transporte à si grands frais en Amérique ? Puis la science demande à son tour pourquoi nous allons chercher le sucre à la Guadeloupe et à la Havane, quand OD peut le tirer chez soi du maïs et de la betterave ?
Nous savons les réponses que l'on fait à ces questions ; mais elles ne paraissent pas décisives, et nous ne pensons pas qu'elles aient beaucoup de force dans l'avenir.
Si la civilisation a marché, pendant tant de siècles, d'orient en occident, on est frappé de sa tendance constante à retourner vers sa source , et de cette idée qui a préoccupé tous les em-
leO POPULATIONS BABBAB18, YOTAGBS,
pires dans \em plus grande prospérité , de s'emparer des lieux qui donnent passage vers F Asie. Alexandre fondait sa cité là où risthme de Suez touche les mers qui conduisent aux extrémités derorient; Constantin choisissait sur le Bosphoreremplaoemeat de sa nouvelie capitale, que deraient se disputer plus tard les croisés, les Mongols, les Turcs et les Russes. Les caliles transportèrent de 1* Arabie leur berceau, soit à Bagdad» soit à Bassora, le siège de leur puissance et le grand comptoir de leur commerce; les Francs s'efforcèrent de planter la croix en Palestine et sur les câtes de Syrie ; Colomb et Vasco de Gama s'en allaient par un chemin opposée la recherche des contrées asiatiques, et c'est pour y trouver un passage plus court que Ton s'obstine encore contre les glaces étemelles du pôlearetiqoe. Nous voyons aujourd'hui même l'Angleterre et la Russie, seules puissances conquérantes de notre époque > , s'étendre continuellement vers l'Orient, l'une par le Caucase, l'autre par l'Inde, taadis qu'elles jettent un regard de convoitise sur l'isthme de Suez et sur le Bosphore. L'Angleterre règne despotiquement sur ces pays de l'Inde dont l'antiquecivilisation formait une barrière devant nous. La Russie occupe le versant septentrimial del'ancieo continent jusqu'au Kamtchatka et à la mer de Bering; et, en assujettissant les peuplades errantes qu'elle forme à la rie agricole, elle s'apprête à pousser sur la Chine les hordes qui la conquirent jadis, mais après les avoir cirilîsées. En attendant, les contrebaii • diers se jouent de la grande muraille; iIspénètreotdanssespoKs au méprisdes lois, et uneexpédltionde quelques milliersd' Anglais ose attaquer un empire de 350 millions d'hommes. Peut-être cette tle de Hong-Kong deviendra-t-elle aux mains des Anglais un autre Gibraltar, qui fera la loi sur le fleuve de Canton.
On peut faire aujourd'hui en deux ans le tour du globe, ce n'est plus qu'un voyago d'agrément ; on a vu même unetroope de chanteurs italiens l'entreprendre pour Caire entendre sucees-
■ Est-ce que la France et les États-Unis ne mériteraient pas aosô l'honneur d*6tre nommés ? L'Afrique française, aussi Irien que les vasta acquisilions des États-Unis, peurent cependant oompler |Muiuf les quêtes de ce siècle. (An. B)
COMMBBCB, IRDIISTHIB, COLONIES, OBOOBAPHIB. 161
n?eiiieat les chefe-d*œuvre de Rossini au Cap, à Goa, à Calcutta, et à Haeao.
L'Amérique est impatiente de franchir l*isthme de Panama, et de joindre les deux mers qui baignent ses rivages; déjà les nations européennes attendent le moment où la route des Antilles conduira aux Marquises. Les bateaux à ?apeur remontent FEophrate, le Tigre, Tlndus, le Niger ; il y a des traversées régulières de rAngleterre à FAmérique du Nord et aux extrémités de rinde. La route du cap de Bonne-Espérance n'est plus la seule qui conduise en Orient ; on y arrive par les grands fleuves de la Mésopotamie, par Alexandrie, le Caire-, on expédie par Suez les lettres et les marchandises d'un faible volume, en attendant le moment où cette langue de terre s'ouvrira pour les vaisseaux.
Cétait beaucoup naguère, à ce qu'il semblait pour les courriers, de parcourir seize kilomètres à l'heure; aujourd'hui hommes et marchandises en font cinquante et plus. On remonte dans un parcours de huit et neuf cents lieues les fleuves les plus rapides, pour fonder des États dans des lieux qui semblaient devoir rester éternellement séparés des pays policés. Qui peut dire ce qui résultera des chemins de fer quand ils sillonneront tout notre continent, quand ils toucheront à Constantinople, à Trébizonde, d'où s'ouvrent déjà des communications par Erzeroum et Tauris avec Aboukir sur le|(olfe Persique, et de là avec Bombay ?
Cest un devoir sacré pour chaque peuple que de contribuer aux découvertes, puisqu'elles tendent à procurer aux besoins de l'homme une plus grande satisfiiction , à étendre sa domination sur les parties encore incultes de la création terrestre, à accroître et à perfectionner l'espèce humaine, à rapprocher les hommes et les nations , afin qu'ils puissent de concert dompter tt eipknter la nature.
Du temps de Colomb et de Gama, les nations étaient conduites par Tenthousiasme, caractère dominant de cette époque ; auiourd*hui tout est objet de réflexion et de calcul. On recourait à la force pour convertir ; aujourd'hui l'Angleterre pousse la tolérance dans l'Inde jusqu'à laisser encore les veuves se brûler.
163 POPULATIONS BàaBARBS, V0YAOB8, BTC.
|)ar oentaines, chaque année, /Sur les bâchera de leurs maris. L*homme le moins dépravé, il y a quelques siècles, se pennellatt des actes d'oppression envers ces races conquises, dans la persuasion orgueilleuse qu'il était d*unenature supérieure; aujourd'hui le plus pervers s'abstient d'en commettre, par respect pour ce droitde l'humanité, qui trouve dans la presse un organe si redoutable à toute iniquité. La science et la philanthropie sont, auvi bien que l'intérêt, les mobiles de toutes découvertes; ^ si les anciens vantaient ce roi de Sidle qui imposa pour unique coqdîtion aux Carthaginois vaincus de cesser les sacrifices humains, à l'heure qu'il est on ne fait pas un traité avec les nègres de l'intérieur de l'Afrique, aussi bien qtt*avec les princes européens, sans stipuler l'abolition d*un traâc infâme, pour la suppression duquel les abus même paraissent excusables.
A la vieille politique de haine, d'exclusion, succédera la politique d'association, de réciprocité : l'homme, étant créé pour une vie de lutte, continuera de combattre, non plus pour soumettre des hommes, mais bien pour dompter la nature; ce n'est que lorsqu'il connaîtra ce globe toutentier, qu'il pourra espérer d'imprimer à la civilisation sou caractère de grandeur et de générosité.
Eh bien ) il reste encore à explorer le centre de l'Asie et ds l'Afrique, celui de la Chine, et la Nouvelle-Hollande; l'ardear réfléchie qui nous porte aujourd'hui vers ces contrées semble tenir à des circonstances semblables à celles qui existaient au temps de Colomb; il s'ensuivra peut-être des eifets pareils. La poudre à canon et l'imprimerie venaient alors d'être découvertes, comme aujourd'hui la machine à vapeur et l'électro-niag&étisme. Alors tombait en Espagne la puissance ntusulmane, comme elle se dissout ou se transforme maintenant à Constantinople; alors renaissaient les études classiques, comme aujourd'hui celles des langues orientales; alors naquit la Réforme et se consolidèrent les nationalités européennes. Ce qui commence aujourd'hui, nos fils le verront; mais à coup sâr les héros de l'avenir ne seront ni des Luther, ni des Charles-Quint, ni (esl^ns-le ) des Cortex et des Pizarre. Le continent une fob sillonné de chemins de fer, nous aurons pour voisins les pays du
SCfKlICBS. — MATHÉMATIQUBS ET PHYSIQUE. 163
Levant; la mer sera plus sûre que ne Tétait la terre il Q*y a pas eneore Imigtemps. Maintmant que les douanes et les quarantsiiics sont supprimées ou modifiées , que la piraterie des Barbaraques est détruite, que les oo]<A)ies sont afiranchies, que la Grèce et l*Égypte recommencent à vivre, une révolution aussi grande que cdle du quinzième siècle vient changer ritinéraîre do commerce et détrôner le Cap, pour remettre en honneur ces nmtea où Tantiquilé et le moyen âge ont imprimé leui^s pas. La Méditenanée devient ^n lac européen, où Tltalie et la Grèce s*aUoBgent comme des sentinelles avancées. Verront-elles arracher de leurs mains enchaînées un sceptre que la nature leur destina ? Quelques années encore , et la grande révolution sera aeeomplie; et les nations qui n'auront pu ou su en profiler seront condamnées encore à un long abaissement.
L*csprit humain avait voulu , dans son orgueil , dresser dans X Encyclopédie le catalogue de ses propres richesses ; il y voulut montrer le progrès continu de la science au moment où il reniait le passé, et s'efforçait de briser la chatne des traditions.
Au sortir de la Révolution, les consuls demandèrent enFan x, à l'Institut, un rapport sur les travaux accomplis dans'cbaque iciencedepuisl789. Cuvier et Delambre, l'un, vaste intelligence, Tautre, esprit méthodique , étaient rapporteurs pour les sciences pbyaiqueB el naturelles ; Dader, pour l'histoire et la littérature MKàemie; Lebreton , pour les beaux-arts ; Joseph Chénier, écri« Tsio d'un goût sévère, pour la langue et la littérature française. Us sciences morales avaient été écartées de ce programme. Ki^ polé^n, qui aimait les sciences positives autant qu'il avait en aversion' les philosophes, dit, en recevant ce rapport : i'a<
* U est très -vrai que Napoléon goûtait peu les philosophes do ^ iMWps, el surtout ces adeptes de Técoie matérialiste qu'il désignait
voulu avoir votre avis concernant les progrés de fesprii humai» dans ces dernières années^ afin que oos paroles fusseni entendues de toutes les nations.
En efifet, il n*est point d*époque où les sciences aient pris un si grand essor. Jusqu^alors les observateurs avaient été isolés et en petit nombre ; à cette heore ils afDuent partout; ib étudient sur les lieux mêmes, communiquent entre eux à l'aide des joornaux et des procès-verbaux académiques. Des Instruments précieux, tels que le goniomètre réflecteur, des balances sensibles à la millionième partie de la quantité pesée , des cbrooomètres capables d'évaluer des millièmes de seconde, assurent la connaissance et la mesure exacte des données physiques, et permettent d'apprécier le soin apporté aux expériences, de corriger les erreurs des résultats. Le sphérômètre, capable de diviser irn centimètre de longueur en vingt mille parties, substitue le sens du toucher à celui de la vue pour les menus objets ; le levier de contact est plus puissant encore; la balance de torsion de Coulomb mesure avec précision les degrés d'une force imperceptible : il en est de même du galvanomètre. Arago et Fresnelont enseigné à calculer les pouvoirs réfractifs des milieux transpa-
sous le nom d'idéologues; quant aux liltérateurs , c*eil autre ehoK : l'empereur avait un goût très-pronoacé pour le théâtre , pour nos grands poôtea, dont il aimait fort à s'entretenir. Il disait que si Corneille eût vécu de son temps , il Taurait fait prince. S'il exila madame de Staël, on sait pour quels motifs : ce ne fut point la littérature qui! combattit en elle, mais la politique. S'il sMrrita tant de l'IiosUlité cachée ou publique de quelques écrivains en renom, c'est qu*il y attachait beaucoup d^importance.
Peu de souverains ont été plus sensibles que Napoléon aux idoissances littéraires. Il avait trop d^imaginatlon pour y être tndilKKBt 11 avait débuté lui-même par des vers , des essais de romans, dlwtoirp, des compositions académiques. A Sainte-Hélène, Il s'amusait à retoucher et À modifier le dénoûment de certaines tragédies; ses conversaliooi roulaient fréquemment sur ces matières-là. On conoall le ton poétique de ses proclamations, et le langage qu'il parlait dans toutes les occasions solennelles. Les manuscrits de ses Mémoires indiquent aussi, par leurs ratures, toute l'importance qu'il attocbait à l'excellence du style. (An. R )
MAT^éMATlQDBS BT PHYSIQUB. 165
rents, aa moyen de la diffraction; la sonde a fait oonnattre la constitution géologique du sol; le microscope d*Ehrenberg ré« vêle la vie cachée partout dans la matière, en découvrant des animaux infusoiressiliceux jusquedans le tripoli et dans Topale ' .
Les trayaux des différents analystes du continent triomphèrent enfin des préjugés nationaux dû Anglais, et excitèrent parmi eux une glorieuse émulation. Le métaphysicien Berkeley opposa an système des fluxions et au principe des limites des objections déduites de Timperfection du lanpge; enfin d'Alembert dé- BMMitra, dans le sens le plus simple, Tapplication de cette théorie des limites, et assigna des principes généraux au mouvement des solides et des liquides.
Lacroix résuma et coordonna les nombreux travaux relatifii au calcul différentiel et intégral. L*Huillier essaya d*en établir la métaphysique, en ramenant tous les détails de ce calcul à la doctrine des limites ; enfin Louis Lagrange, de Turin , donna sa Théorie des fonctions analifUques ( 1736-1813 ). Il n'avait que dix-neuf ans, lorsqu'on examinant l'ouvrage d'Euler sur les isopérimètres , il répondit au désir de ce savant, qui cherchait en vain une méthode de calcul indépendante de toute considération géométrique. Il sut aussi donner, à son théorème concernant une nouvelle propriété du mouvement des corps célestes, un principe applicable à tous les problèmes de mécanique {Rrineipe de Faction minime). Euler proclama la découverte de son jeune émule, à laquelle il donna le nom de méthode des variations. Admiré alors de toute r£urope, Lagrange multiplia ses travaux sur les parties les plus élevées des mathématiques. Homme tenc et simple , philosophe sans bruit, comme l'appelait Frédéric, il contraignit l'envie à le respecter, sinon à l'aimer. Après un séjour de vingt ans en Prusse, il se rendit à Paris, où il traversa la révolution sans être inquiété, et se vit appelé à Organiser l'École normale et l'École polytechnique. Il
* Certaines pierres à paver, examinées au microscope, ne sont qu'un amas de myriades de petites carapaces semblables à celles de nos tortues. Il y a des montagnes entières qui ne sont qoe des débris d'aaimalcoles microscopiques.
se remit à la géométrie, et composa sa Théorie, où, s*appliquant toujours à généraliser les principes, il arriva à la métapbysiqne des fonctions {nrimitives et dérivées , ramenant font à une investigation algébrique élémentaire, écutant de Panalyse toute idée d'infiniment petits , de fluiions et de limites, comme il écartait de l'appareil des solutions les constructions compliquées, qui nuisaient à l'élégance et à runiformité. Aussi fut-il surnommé le Racine des mathématiciens, pour avoir associé Té* légance des formes à la généralité de la méthode et à l'unité des pensées. Son style est demeuré classique dans Tanalyse. Gain ayant publié (1801) ses DisquisitUmei ariihmetieœ, en y ajoutant une méthode originale pour résoudre les équations d*nii degré exprimé par un premier nombre, Lagrange, tout en admirant son ouvrage, revint sur les règles qu'il avait établies antérieurement pour la solution générale des équations ; et il rendit la théorie du mathématicien allemand indépendante des équations, ainsi que de l'inconvénient des racines ambiguës. L'tf û- Mre des mathémaligues de Montuda est un beau monument, malgré ses défauts et ses lacunes. On trouve surtout dans h préface des idées saines. Les erreurs relatives à lltalie ont éii rectifiées par Pierre Gosali, de Vérone ( 1748-1815), dans VHiS" tùire de l'origine et deêprogrét, de talgébre, ouvrage laborieux, mais qui fatigue par la rudesse du style et par des diseussions étrangères au sujet.
Herschell (1753-1882) donna, dans la trigonométrielsphéroïdale, une solution entière au problème , jusqu'alors insoluMe, qui se proposait de trouver tous les rapports possibles entre les six éléments de tout triangle sphéroïde.
Laurent Mascheroni, de Bergame, conçut l'idée de ramener au seul compas toutes les questions de la géométrie élémentaire. Il présenta ainsi un ensemble de propoôtions tout à £aiit neuf, où celles qui se rapportent à la dirision du cercle sont partiealièrement remarquables *. Ses recherches sur Téquilibre des voûtes sont aussi estimées.
' nonaparte, qui , avide de tous les genres de gloire, s*était CûtadmcUre à l'JnsUtut , et assistait parfois aux séances de P Académie M
U semblait que le hasard tout du moins échappait aux règles matbématiqiies, et pourtant ces r^es prétendaient le dominer. 1)^ Pascal et Fermât l'avaient essayé à propos des jeux ; et après eux Huyg^ns, en déterminant les combinaisons d'après Tanalogie. Jacques Bemoulli traita avec détail cette matièto ; Laplace le réduisit à un calcul applicable à ces nombreux objets de con* naissances qui sortent de la sphère d'une certitude absolue, et parmi lesquds il sert de guide pour embrasser les contingences futures. Laplace crut pouvoir soumettre au cakul la probabi- Hté de to«8 les événements en la dégageant de l'accident, nom qui exprime uniquement l'ignorance des causes ou de tous les ^ets. Au moyen de dix principes, il veut calculer les espérances, démontrer la fausseté de certaines illusions et des préjugés vulgaires, surtout dans les jeux , et faire voir que la prudence est un calcul, dans lequel on tient compte même de ces particularités fugitives que nous ne nous rappelons plus lorsqu'elles ont déterminé notre choix. Fourier y ajouta le calcul des conditions d'inégalité. Condorcet l'appliqua aux opinions dans les jugements criminels; d'autres, a la loterie de Genève; puis aux paris, dont s'occupèrent particulièrement les Anglais; aux tontines pour les emprunts publics, aux annuités et aux rentes viagères, aux Sections; aux assurances, enfin à une foule de problèmes politiques et économiques.
Il faut citer les noms deCauchy, qui détermina les intégrales définies, «t la manière d'en user pour résoudre les équations algébriques ou transcendantes; de Poisson, qui calcula les varianteset les conditions d'intégrabilité des formules diiférentieiles; de Gau^, de Babbage, de Fourier. Prony, consulté par Napoléon pour les grands ouvrages destinés à signaler son règne, fit beaucoup pour l'Italie; il a laissé un ouvrage sur l'architecture hydraulique, et des leçons pour l'École polytechnique; on lui doit, pour le cadastre, des tables trigonométriques qu'un simple
science», avait eu connaisnoce en Italie de la Géométrie du campai* nioore ignorée en France; et il s'amusa un jour à embarrasser Lagrange par les problèmes curieux dont ce livre donne des solutions neuves et pleines de sagacité.
fG8 SCIBNCVS.
ouvrier peut appliquer. 'Wronski , matbématiden origiiial (/» iroduction à ia phiiosophie des mathématiques , philosophie de ta technicité), posa le premier le théorème géi^éral et le problème final des mathématiques, et fit consister leur caractère distînctif dlans la certitude d*un principe unique, transcendant' absolu; il embrassa toute la science dans une loi suprême, «nique, d*où dérivent toutes les lois possibles de la généralion da quantités. Cest, après la découverte du calcul infinitésimal, le progrès le plus important qui se soit accompli dans les mathématiques.
Monge, se basant sur le principe qui rapporte à trois coordonnées la position d*un point dans l'espace, fut ainsi Tinventenr de la géométrie descriptive, c'est-à-dire de celle qui, partant des notes géométriques, s'applique aux constructions graphiques, à Taide desquelles elle détennine les rapports de position des lignes et des surfaces, prises isolément. Ce nouveau langage hnitatif donnait la faculté d'écrire avec l'algèbre tous les mouve* ments imaginables dans l'espace, et d'en rendre fixe le qieetaek changeant Hachette mit en ordre les leçons de son cours, et les développa surtout par les solutions de la pyramide triangulaire, réduites à de pures constructions géométriques; de plus, il poussa la géométrie descriptive jusqu^à des recherdies qui semblaient réservées à l'analyse transcendante.
On vit au commencement du siècle le cas, fort rare parmi les mathématiciens, d'une discussion sur les principes att sujet des forces vives, c'est-à-dire touchant le mode à employer pourappréeier la force des corps en mouvement. L'Allemagne, l'Italie, la Hollande, restèrent avec Leibnitz et Bemoulii ; l'Angleterre s'en tint aux anciennes méthodes; et comme des deux côtés le résultat était le même, on pouvait ne voir là qu'une pure question de métaphysique, et penser qu'il était possible d'estimer les forces soit par le carré de la vitesse, soit par les vitesses simples. D*Alembert en 1743 mit fin aux dâ)ats sur la mesure des forées, en ramenant les questions les plus compliquées de dynamique à de simples problèmes de statique.
Un autre débat s'éleva touchant le principe de la moindre action proclamé par Maupertuis, mais que d'autres attribuèrent
ù Leibnitz ou à Konig. La Mécanique d'Euler est le travail d'investigation analytique le plus profond qu'on eût encore vu.
Lagrange montra toute la fécondité du principe des vitesses virtudles trouvé par Galilée, en le prenant pour base de sa MécmUque analytique ( 1788 ), où il le combine avec celui de d'Akmbeit, et rapplique, à Taide du calcul des variations, à toutes les droonstances de Féquilibre et du mouvement. II en ramène la théorie à des formules générales, dont le simple développement ofifre les équations nécessaires pour résoudre toutes les questions qui s*y rapportent.
Bélidor prétendit ramener tous les problèmes de la balistique, dans son Bombardier français, à la théorie de la parabole. Benjamin Robins le réfuta {Anewtkeoryofgunnery^ 1842), en calculant mieux la résistance de Tair *. Huton donna plus de prédsioa à ces calculs, en déchargeant des canons contre des peu* dules balistiqaes. Ce problème fut un des plus agités comme des plus difficiles. Le chevalier Bordé essaya de résoudre tous les proMèmes de la balistique , en déterminant surtout la véri« table portée des différentes pièces d*artillerie.
Lorsque Lahire eut mesuré par des expériences la force de rhomme et celle de ses dififérents muscles, Lambert et Coulomb étendirent ces recherches, en donnant la quantité d*action de rhomnie et des chevaux.
Jaeqoes Vancanson, célèbre par ses automates, inventa et perfectionna les machines à filer la soie. Les ouvriers de Lyon, ayant appris qu'il songeait à simplifier le métier à tisser, Tassaillirent à coups de pierre ; et, pour se venges d'eux, il inveuta une raadiine qui, mue par un âne, faisait des étoffes à fleurs. On sait que le problème fut plus tard complètement résolu par Jac« quard.
Newton n'avait pas bien expliqué, d'après les lois de l'hydros* tatique, pourquoi, dans l'eau poussée par un étroit orifice au fond d'un cylindre, le jet est à peine des cinq huitièmes de celui
' 11 démontra que, lonqn'im boulet se meut avec une rapidité qui dépane quatre cent onze mètres par seconde, le vide se forme derrière lui, de telle «sorte qu'il doit vaincre toute la pression de Tatmoephère.
que la théorie indiquerait Ce pioblènie fut étudié par Daniel Bemoullif d* Alembert, Euler et Lagrange ; mais ils ne parrin* rent pas à mettre le calcul d*aocord aiec l'expédence. •
On réussit mieux à appliquer les doctrines hydroslatiqiies à rarchitecture navale. Duhamel publia un ouvrage sur la ooostmctlon des navires (175S), et Ot établir en France une école d^ingénieun constructeurs. Olivier perfectionna tous les genres de construction, changea la forme de la carène et la distributioa des batteries dans les frégates, et, bien qu'il ignorât les mathématiques, simplifia les théories hydrauliques, et démontra on problème d'une grande utilité sur le centre de flottaison (mé* iacentre). V Architecture hydrauiique de Bélidor est un trésor de recherdies.
Smeaton étudia TactioD des fluides sur les moulins; ses théories furent ensuite complétées par Lagerhjelm et pai Forselles (1811-1815). Coulomb évalua les frottements, et ses théories furent confirmées par les expériences de Tredgold, et plus récemment par celles du capitaine Morin. Bossut étudia la résistanse de Teau dans les canaux étroits. Laplace avait donné une formule compliquée pour Tattraction capillaire ; maislvory la simplifia plus tard, et Pessuti la rendit intelligible même pour les débutants.
Bouguer, dont nous avons déjà parlé, reprit la théorie des hauteurs mesurées avec le baromètre. Deluc reétifia les défauts des instruments, et Ramon détermina le coefficient constant, qui a gardé son nom.
L'Italie eut Thonnmr de quelques bonnes applications. Le Bolonais Guglielmini fit avancer la pratique de rhydrométrie par son ouvrage De la nature des fleures, et on eat maintes fois recours h lui pour régler le cours des rivières, et décider des contestations. Le Sicilien Ximenès fut consulté par les Vénitiens pour tous leurs travaux hydrauliques, et il publia à Florence un nouveau Recueil des auteurs ayant traité du minut' ment des eaux (JIM). Zendrini, deBrescia, suggéra aux Vénitiens ridée de construire leurs célèbres mi/rassî; il leur indiqua en outre les ihoyensd*améliorer le port ainsi que Tair de Viar^ggio et de Ravenne. H soutint Ferrarc dans une contestation avec
Bologne sor la direction à donner au Reno. Eustache Manfredi, poète et astronome, s'occupa aussi beaucoup de cette question. Les calculs de ces quatre volumes à*Épkémérides sont Poivre de ses sœurs Madeleine et Thérèse. Le Milanais Antoine Lecchi éerifit sur les canaux navigables; il évita les calculs pour s'en tenir à la pratique dans P Hydrostatlqve examinée dans ses ffrincipes ( 1 765), ouvrage le plus complet qu'il y ait en ce genre. Paul Frisi, son compatriote, qui traita divers 'points d'astronomie et de mathématiques, se livra avec succès à l'hydrostatique. Les Riccati, de Venise, émules de Bemoulli, de Leibnitz et de Vallisnieri , appliquèrent les études mathématiques aui i^vières et aux lagunes. Jean Polenus, commenta Frontin De aqusedMcMus, et Vitnive ; il fut l'un des premiers qui trouvèrent expérimentalement les lois de l'écoulement des eaux ; il dé* termina la relation entre les tubes, les orifices, et la hauteur du liquide.
L'électricité est Tune de ces forces universelles répandues dans toute la matière qui nous environne, et que la nature semble employer dans ses opérations les plus secrètes et les phis importantes.
Les anciens avaient observé que Velectrtêm ou ambre jaune acquiert, par le frottement, la propriété d'attirer les corps légers, et de les repousser ensuite après quelques instants d« contact. On reconnut, au seizième siècle, que ce phénomène pouvait être produit par d'autres corps, et on l'appela électrieUi. Othon Guéricke et Hauskbee construisirent en 1736 la première machine électrique. Les premières considérations scientifiques puUiées sur ce sujet sont de l'Anglais Etienne Grey, qui (1766) distingua les corps en conducteurs et en wn-condueteurs. Il reconnut aussi que ^électricité se perd ou peut se communiquer à de grandes distances par le moyen <les corps conducteurs, et qu'on peut, au contraire, l'accumuler sur un point, en l'isolant à l'aide d\in corps non conducteur.
Dafoy ( 1783) démontra que les corps'oonducteurs eux-m/fmes pouvaient étre-électrisés, pourvu qu'ils fussent isolés. 11 distingua
f7S SCIBNCES.
réiectrieité en vitrée et en vésinenseY ou en positive et en négative, et constata qne les corps chargés d'électridté de même nom attirent ceux qui sont chargés d*électricité de nom opposé , et qu*ils se repoussent au contraire, s'ils sont électrisés identiquenient. Cuneus, Muschenbroeck et Allemand, observant que les corps électrisés, exposés à Tair, perdent cette propriété, pensèrent qu'en les faisant terminer par des corps éle^ triques , ils poufraient recevoir une plus grande charge et b retenir : ainsi fut trouvée la bouteille de Leyde (1746). Franklin reconnut que Télectricité se dissipe par les pointes, et que la foudre est le résultat de Faccumulatlon du fluide électrique dans Tatmosphère. En combinant ces deux faits, il rendit sensibie réiectrieité atmosphérique à Taide de pointes. Gela le conduisit à rinvoition des paratonnerres ( t753). Épino démontra comment les lois de l'équilibre de l'électricité peuvent se soumettre à une rigoureuse étude mathématique. Le père Becearia , de Mondovi, professeur à Turin, expliquait les théories de Franklin en montrant Tanalogie de l'électricité artiGcielle et de l'électricité atmosphérique; il traita aussi, d'apirès Symmer et Cigna, des atmosphères électriques, et de ce qu'il appelait électricité Teng^ resse. Lôrd Mahon flt une observation plus importante en faisant voir que, dans le phénomène de la foudre, le fluide électrique peut passer non*seulement du ciel vers la terre, mais, d^une manière diverse, de la terre vers le ciel ( foudres terrestres ). Coulomb, ayant construit une balance très-délicuteau moyen de la tonton d'un fil métallique, démontra ces trois vérités, savoir : que les attractions et les répulsions des corps électriques varient en raison inverse du carré des distances; que les corps isolés, chargés d'électricité, la perdent selon une proportion déterminée; enfin que toute l'électricité réside dans la superficie, et qu'elle ne pénètre jamais à l'intérieur.
Tels étaient les résultats de la sdenee : de son coté le beau monde s'en faisait un amusement ; l'irrital^lité hallérienneet
l'électricité défravaient toutes les conversations. Chacun voulait avoir éprouvé la secousse électrique, et cette récréation coâta la vie à beaucoup de gens. Les matérialistes s'en fiiisaient un argument pour expliquer à leur gré ce mystère qu'on appelle l'âme.
HATHBMATIQUES ET PHYSIQUE. 173
Cependant réleetrieité apparaissait encore comme Tun de ces nombreux problèmes de la philosopbie expérimentale qui restent isolés du reste de la science, et qu*on ne peut étudier que dans leurs rapports intérieurs ; mais le contraire fut démontré par Alexandre Volta, de Gdme ( 1745-182G) , qui devait peu à peu , en se servant plus de l'expérience que de la théorie, arriver à one grande découverte. Après avoir d'abord inventé Vélectrophare perpétuel et \t condensateur, puis perfectionné Télectromètre, il porta ses investigations sur Télectricité atmosphérique, et rechercha comment se forment la grêle, les aurores boréales\ et autres phénomènes météorologiques. Mais, quoique expérimentateur exact, il n'eut pas l'esprit assez philosophique pour établir des doctrines précises ^ et atteindre à la rigueur mathématique. 'Jamais il ne rapporta à leur véritable théorie Télectrophoreet le condensateur : il ne vit pas la véritable cause du développement de l'électricité par l'évaporation de l'eau , et ses deux hypothèses n'obtinrent pas la sanction des faits.
Ce fut dans le même temps que Louis Galvani ( 1737-1795) remarqua, à Bologne, un mouvement musculaire qui se produisait dans les grenouilles mortes, soumises à l'action d'un courant électrique. Anatomiste et non pas physicien , il se persuada à lui-même et aux autres qu'à existait une électricité animale différente de l'autre. Les matérialistes croyaient y trouver l'agent physique au moyen duquel les corps extérieurs agissent sur le cerveau , et ils espéraient par là arriver à la connaissance des mystères de la sensibilité. Les philosophes créèrent des systèmes pour expliquer le fait; mais Volta, renouvelant ses expériences , se douta que les parties animales étaient seulement passives, et que les métaux opéraient sur elles comme stimulant extérieur. Il varia les modes d'expérimentation, sépara les muscles et les nerfs, auxquels il stibstitua des feutres qu'il plaça entre des disques de cuivre et de zinc, et il en obtint les phénomènes électriques (1794); il multiplia ces couples métalliques, et ainsi fut découverte la pile qui porte son nom, l'instrument le plus puissant de l'analyse chimique. Volta survécut près de trente ans à sa découverte, saus y rien ajouter, sans même l'appliquer. Pendant ce temps Ritlcr,
la.
174 SC1BNCB8.
Carlisie, Davy l^employaient à la décomposition de Tean, de la potasse, de la soude, de la chaux, etc. , et la chimie prit un nouvel essor.
L*é]ectricité fit dès lors de grands progrès. Les notions imparfaites de FrankUn, de Volta, de Saussure, sui Téleetrieité atmosphérique, furent complétées par des savants plus hardis, comme Lecoq, qui osa se transporter au milieu d'un nuage chargé de grêle, pour y voir les gréions se former; oorome Pothier, qui démontra, par des observations pleines de perspicacité , que les nuages sont de simples conducteurs isolés dans l'atmosphère, et que chacune de leurs parcelles est chargée d'é- Jectricité, et non pas seulement leur surface , comme on le croyait auparavant. Marianini, fidèle aux idées de Volts, soutint Torigine physico- mécanique de Pélectricifé Contre ceux qui y voient une action chimique. Mateuoci étudia le passage des courants à travers les liquides; Zamboni se crut à la veille de résoudre la problème du mouvement perpétuel avec la pile sèche. Cette science prit un nouvel essor, lorsque les phénomènes du magnétisme entrèrent dans son domaine.
L'action directrice (déclinaisons et inclinaisons) que le globe exerce sur Taiguille aimantée fut étudiée en ce qu'elle a de plus surprenant. Graham , Barlow et Christie en examinèrent les va* riations journalières , l'attribuant à l'action du soleil. La thâ>ne de Hallcy, qui assimilait le globe à un grand aimant avec quatre pôles , deux au nord et deux au sud , fut adoptée par Hansteto de Christiania, qui la modifia , en avançant que Tun des pâles nord et l'un des pôles sud sont plus faibles que les autres, et qu'un des pôles nord tourne autour des pôles de la terre en dix-sept cent quarante ans, l'autre en huit cent soixante, et que de là résulte la variation dans la déclinaison de Taiguille.
L'examen comparatif de^ la tension magnétique du globe avec la tension électrique de l'atmosphère fut l'objet d'ooe étude particulière. Le Danois Oerstedt constata le premier l'action d'un courant électrique opérant sur l'aiguille aimantée (1819). A la même époque , Arago et Davy annonçaient que le fil métallique conducteur, en activité électrique , attire la limaille de
MATHBMATIQUBS BT PHYSIQUE. 175
fer, qui tombe aussitôt que le cercle est interrompu. Faraday remarqua que les effets se trouvaient extrêmement modiflés par la position de Taiguille magnétique relativement au fil eondttcteur, et que les attractions et les répulsions étaient produites du même côté du fil métallique, selon qu'il se trouvait plus ou moins près du pivot de raigiiille : il en conclut que le eentre de Taction magnétique ne résidait pas à Textrémité de raiguille, mais à son axe. Les propriétés magnétiques, que Ton croyait appartenir au fer seul, furent trouvées aussi dans le nickel, dans le cobalt, dans le titanium; puis Ck>olorob et Araga démontrèrent que toute substance quelconque peut donner des signes d*action magnétique à un degré différent, quand elle opère comme conducteur; et, depuis Oerstedt, on peut communiquer avec les courants d'induction toutes les propriétés d'un aimant à un faisceau de fils métalliques. La conclusion fut que le principe électrique et le principe DfUh gnétique n*en font qu*un, et que les pôles magnétiques de la terre sont des effets de courants électriques. Or, les phénomènes de polarité , d'attraction et de répulsion ont été ramenés à ce fait général, savoir, que deux courants électriques qui s'avancent dans la même direction se repoussent, et qu'ils s'attirent, an contraire , s'ils vont en sens opposé.
Les principes de l'électricité , du galvanisme , du magnétisme, se trouvèrent réduits à un seul dans rélectro-magnétisnll. La sdence de l'électro-magnétisme fut développée par Davy , Faraday, Ampère, Arago, Christie, Barlow. Ensuite Seebeck et Gumming ont rattaché un autre agent impondérable aux faits nombreux de la thermo-électricité et du thermo*magné« tisme. Faraday signala, il y a peu de temps (1846), l'action de rélectricité sur la lumière. C'est ainsi que l'expérience laisse entrevoir l'identité des quatre agents impondérables (électricité, magnétisme, chaleur, lumière).
Arago, Babbage, Herschell et Barlow trouvèrent que des disques de cuivre et d'autres substances , lorsqu'on les foit tourner rapidement sous une aiguille magnétique, la font dévier, et finissent par l'entraîner avec eux. En conséquence de ce fait, des expérimentateurs ont déterminé le différent degré d'aptitude
magnétique des corps ; et il en est résulté la science électro^ynamique, dont Ampère a exposé la théorie.
On a multiplié , sur différents points du globe « les stations, pour observer les perturbations magnétiques, leur simultanéité, la fréquence des orages magnétiques j et pour arriver à la cause de ce phénomène, qui est un élément nouveau de la météorologie. Dansie premier congrès des savants italiens (Pise, 1840), Antinori démontra Timperfection des observations météorologiques, résultant de Tinsuffisance des instruments , de la manière d*observer, et du langage usité; d*où il suit que cette science d*une si haute importance serait la moins avancée de toutes, et hors d'état encore de rendre compte des phénomènes atmosphériques et de les prévoir. Les expériences deSchùbler et d'Arago ont réduit à de justes limites Tinfluenoe de la lune sur les pluies et sur le baromètre, quoique les données soient encore assez vagues.
Ainsi donc.rélectricité se trouve aujourd'hui en contact avec toutes les sciences physiques, et semble les dominer. La chimie doit aussi beaucoup à Télectricité ; elle lui doit , entre autres , la découverte de la plupart des corps simples. Lorsque, il y a un siècle, Tétude de rélectricité débuta, en quelque sorte, par la découverte de la bouteille de Leyde, qui aurait prém que la météorologie demanderait à cet agent impondérable la cause des grands phénomènes de l'atmosphère : la physique rooléeuJaire , la révélation de la construction intime des corps; la chimie, les théories les plus plausibles et les moyens d'analyse les plus puissants ; la minéralogie et la géologie , Torigine des cristaux et des roches; la physiologie, la connaissance intime des forces qui régissent la matière organique, et le secret d'opérer sur elle presque comme sur la vie ; la médecine , un remède à des maladies incurables; la métallurgie , des procédés nouveaux; la mécanique , une force indépendante du temps et de l'espace? Nous l'avons vu fournir aussi Tinstrument le phis délicat pour découvrir dans les rayons caloriOques des propriétés analogues à celles des rayons lumineux. On avait trouvé dans les décharges électriques d'autres sources de lumière , œ qui faisait pressentir un moyen de mieux opnnattre le soleil, qui
eo est la source naturelle. Grâce aux travaux de Becquerel , la phosphorescence vient se joindre à la lumière électrique. Le daguerréotype a appelé Tattention sur les effets chimiques de la lumière ; et le galvanomètre est encore Tinstrument le plus apte à en faire découvrir les traces les plus minimes, ainsi que l'influence du passage de la lumière à travers des ohstacles de diverse nature.
Becquerel obtint, par Taction prolongée de très-petites forces électriques, des cristaux que la nature seule avait produits jusqu'alors. Le carbone seul (qui se serait converti en diamant) ne put se cristalliser. L*idée d'expliquer Télectricité par la stratification du globe se présentaà Davy ; et, bien qu'on Tait combattue, elle a donné l'explication de divers phénomènes , et principale* ment du magnétisme terrestre, ainsi que des produits accidentels qui se trouvent au milieu des roches ignées et des sédiments neptuniens.
Cest en vain qu'on a voulu attribuer à l'électricité les phénomènes physiologiques. Mateucd soutient que les phénomènes électro- physiologiques ne se rattachent qu*indirectement aux fonctions des nerfs, et qu'ils résultent plutôt d'actions chimiques et de changements -de température.
La doctrine de rémission des rayons lumineux , base de la physique depuis Newton, est remplacée actuellement par la théorie des ondulations, qui suppose qu'un fluide infiniment subtil ( réther ) est répandu dans l'univers.
La science du plus beau et du plus merveilleux des agents impondérables a fait, en peu de temps, des progrès rapides. Descartes, Euler, Huyghens avaient déjà pensé que la lumière n'était pas lancée, comme une flèche, du corps lumineux jusqu'à nous ; mais qu'elle résultait , comme le son dans l'air, de l'ondulation d'un fluide universel. Cette idée fut accueillie sur les démonstrations d'Young; et l'on établit pour les couleurs une gamme comme pour les sons, d'après l'agitation plus ou moins grande des molécules incandescentes , dont le mouvement vif produirait le violet, et le mouvement lent , le rouge.
Certains cristaux, comme le diamant, ne réfractent le rayon
qu'une seule fois ; d^autres le réfractent deux fois comme le cristal d^rslande. Mais que Ton mette Pun sur l'autre deux cristaux dislande , et le rayon De se réfractera pas quatre fois dans le second. Si la section principale du second est dirigée , non du nord au sud, mais de Test à Touest, Feffet est différent. Cest à raison de ce fait que Malus afGrma qu'un rayon solaire a un pôle nord-sud et un pôle est-ouest.
Les rayons peuvent dans certaines conditions s'éteindre alternativement, de manière que deux rayons de couleur et de réfrangibilité égales , tombant sur un corps blanc , au lieu d'augmenter la lumière , l'effacent (interférence) : or cet effet n*est explicable par aucune hypothèse de parcelles matérielles, mais bien par la théorie des ondulations. II arrive quelquefois que les rayons ne s'élident pas , mais se combattent, en produisant les nuances irisées d'une bulle de savon. Ce fut par leur faculté de généraliser, et par la hardiesse de leur imagination, qu'Arago et Fresnel parvinrent à ces admirables découvertes. Ce dernier, enlevé, jeune encore, à la science, essaya de déferminer b quantité de lumière réfléchie. Hamilton appliqua un nouveau système à la théorie des ondes , et arriva à prédire la forme entièrement nouvelle que prendrait un rayon dans des circonstances données. Arago trouva que le rayon réfléchi n'est jamais blanc comme le rayon incident , mais d'une couleur ou d'une autre , selon l'angle sous lequel le miroir est présenté ; ce qui est un moyen de décomposer la lumière par réflexion. Il reconnut aussi la propriété singulière de la tourmaline, qui sépare en deux tout rayon qui vient la traverser. Si ce rayon émane d'un corps opaque , la lumière est identique; si c'est d'un corps gazeux , il se réfléchit en deux couleurs diffîrentes. Cette expérience appliquée aux corps célestes le conduisit à affirmer qw les comètes^ n'ont pas de lumière propre , et que le soleil est un amas de gaz aggloméré dans l'espace.
Le calorique se propage aussi , comme la lumière, par ondulations ; il a sa polarisation et son interférrtice. Seebeck réussit, en 1823 , à démontrer que la simple application de la chaleur à certains points d'un cercle entièrement métallique peut y développer un courant électrique. Becquerel généralisa ce
UATRBMATtQUBS ET PHYSIQUE. 179
fait, jusqu'au point d'afRrmer que la transmission de la chaleor est toujours accompagnée d'un développement d'électricité. Léopold Nobili profita de cette découverte pour inventer la pile tenno-âectrique, plus sensible que tous les thermoscopes. Melloni, qui la perfectionna, trouva dans le calorique des rayons de nature différente. Il reconnut qu'ils étaient transmis par certains corps et interceptés par d'autres ; que, tandis que la chaleur ordinaire se propage lentement et par des v\)ies diverses i il y a une chaleur rayonnante qui ne se communique pas par le contact , mais toujours en ligne droite, et instantanément comme la lumière. Si elle rencontre un verre noir, elle le traverse , comme la lumière dans un cristal limpide , en exceptant toutefois les Terres de certaines nuances vertes séparées par une couche d*eau ; l'eau et Talcool lui livrent passage, mais eu la décomposant, comme les verres prismatiques décomposent la lumière. Les plaques métalliques polies la réverbèrent , le noir de fumée TalBOibe ; le papier et la neige reflètent quelques-uns de ses éléments, et absorbent les autres.
Ce fut à l'aide de ces instruments que Becquerel détermina la manière dont la chaleur se répartit entre deux corps en frottement. Fourier, soumettant au calcul les phénomènes du calorique, qu'on y avait crus jusque-là rebelles, essaya de trouver combien il aurait fallu de temps pour que le globe parvînt , de rétat d'incandescence, à sa solidité actuelle, en admettant Thypothèse du feu central de la terre. Il voulut aussi évaluer la température qui résulterait de l'irradiation de tous les corps de l'univers, en supposant que l'espace dans lequel la terre toorne est à quarante degrés au-dessous de zéro ; ce qui expliquerait pourquoi la variation de chaleur entre le jour et la Doit, comme entre l'hiver et l'été , n'est pas plus grande et plus sabite. Il crut avoir établi parla que le feu central n'élève plus la température de la surface du globe; et il avança que la chaleur des pôles diffère peu de celle des espaces planétaires et de lasur&ce des grandes planètes situées à l'extrémité de notre système solaire , que Buffon avait supposées encore à l'état incandescent pour des milliers d'années. Fourier, avec le thermomètre de contact, détermina pour les différents corps le degré de trans-
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missibilité de la chaleur, et appliqua sa théorie à divers usages pratiques. D^autres après lui ont étudié la forme du calorique ou combinée ou développée dans les corps, et la oondition de son rayonnement. Quand les conditions de la chaleur latente seront mieux connues , elles pourront apporter une immense économie dans les machines h vapeur. Les recherches sur la chaleur spécifique ont été agrandies, après Lavoisier et Laplaee, par Crawford, puis par Delaroche, Bérard, Dulong, Petit, et par Avogadro.
La physique avait soumis à des procédés analytiques importants les phénomènes de la chaleur ( la dilatation et la chaleur spécifique) et ceux de la lumière ( la double réfraction et la polarisation). A ces progrès il faut ajouter ceux que Savart fit faire à Tacoustique, en étudiant les sons qui résultent des vibrations.
L*astronomie, la seule science dans laquelle les aoeiens ' eussent fait de véritables progrès, prit, grâce aux instruneots d'optique et à la multiplication des observations, le développement le plus rapide. L'observatoire de Greenwich a pour rivaox ceux d'Edimbourg, de Cambridge, d'Oxford, de Dublin, et d' Armagh. Les Anglais en ont érigé au cap de Bonne-Espéraoee, à Sidney, à Madras , à Sainte-Hélène , au cap Comorin : œs derniers établissements ont contribué à nous faire connaître l'hémisphère austral. L'observatoire de Paris se recommande par des hommes qui joignent pour la plupart à une observation attentive la puissance d'analyse et de conception. Ceux de Bruxelles et de Genève vont de pair avec les meilleurs observatoires. Indépendamment de celui de Palerme, illustré par Piazzi, Naples en possède un autre sur une des hauteurs qui la doniioent ; et ou vient encore d'en élever un sur le Vésuve. I^^ observatoires de Turin , Parme, Milan, Florence, Padoue,
▲8TB01IOM1B. 181
Vienne, Altont, Munich, Gôttingue , Hambourg, ont aussi droit à des éloges. Ceux de Prusse, de Russie possèdent ce qu*il y ji de plus pariait en instruments.
La Société royale astronomique, fondée à Londres en 1830, distribue des prix, et publie un recueil extrêmement riche en documents. Les observations faites simultanément aux extrémités d*un grand arc terrestre sont utiles pour connaître exactement la parallaxe. Halley proposa d'observer, des points les plus éloignés, le passage de Vénus en 1761 et en 1769. On envoya, en conséquence , des astronomes vers la ligne et vers les pôles ; et, bien que diverses circonstances eussent contrarié Tobservation du phénomène , on put atteindre à la précision voulue : on détermina Téloignement moyen du soleil à 82,695,535 milles ( 15,313,981 myriamètres). L'abbé de la Caille fut aussi envoyé au cap de Bonne-Espérance pour observer la parallaxe de la lune, tandis que Lalande l'observait à Berlin; et Ton déduisit de leurs calculs la distance précise de cette planète à la terre. Déjà la Condamine et les autres martyrs de la science avaient mesuré le méridien , et vérifié la figure de la terre. L'appui que les gouvernements prêtèrent à ces opérations permit d^étendre les réseaux trigonométriques, et de mesurer les arcs du méridien à des latitudes différentes. Maskelyne et le baron de Zach déterminèrent l'attraction exercée par les grandes oKintagnes; Cavendish, la depsité moyenne de la terre. Mairan essaya d'expliquer les aurores boréales (1754), et l'abbé de la Caille assigna des noms aux étoiles de l'hémisphère austiai.
Lorsque Bradley eut découvert l'aberration des étoiles, qui fut démontrée plus tard dans les essais de Simpson , et la nutstion de l'axe de la terre, il parut impossible d'arriver à de aouvelles découvertes qui eussent pour résultat de changer la scienee , laquelle se borna à en préciser la vérité.
En appliquant à la matière universelle la loi de gravitation, OD démontra que les planètes n'étaient pas seulement attirées par le soleil, mais qu'elles s'attiraient réciproquement; et, en présence de ces causes perturbatrices, les astronomes virent que les lois de Kepler ne suffiraient point à représenter exactement
HlftT. DE CENT ANS. . T. IV. tS
les mouvements conçus avec une extrême régularité par Pastrononiie ancienne.
Halley, qui se servit des formules newtoniennes pour calculer les évolutions des vingt-quatre comètes les plus notables, démontra qu'elles ne décrivent pas toutes des paraboles , qu'il y en a qui décrivent des ellipses très-allongées, et qn^elles reparaissent périodiquement ; mais il s*y trouvait une variation qui allait jusqu'à deux ans sur soixante-six. Le calcul difGrile de ces mouvements fut établi par Clairaut, qui détermina le temps et le lieu où apparaîtrait la comète de 1758, après les retards occasionnés par l'attraction de diverses planètes; et, à rétonnement du monde savant, il tomba juste à une différence de douze jours seulement. Dès lors une ère nouvelle s'ouvrit pour l'astronomie ■.
Si un astre, la lune par exemple, gravitait seul vers le centre de la terre, il décrirait une ellipse; mais s'il est aussi attiré par le soleil , il tendra soit à augmenter, soit à diminuer les dimensions de son premier orbite , et il en résultera une complication qui paraîtra du désordre h la première vue. Cest ainsi que surgit le problème des trots corps y que Newton n'avait pas même essayé de résoudre analytiquement , et qin le fut pour la première fois par Clairaut (1747) : solution qui embrassait toos les mouvements subordonnés de la lune , confirmait de plus m plus la loi de gravité simple , et développait le principe des perturbations. Euler, en ayant en connaissance, reprit les mêmes investigations avec une méthode différente ; et il obtint le même résultat, de même que d'Alembert, Mayer et Simpson. D'Alembert démontra ce que Newton n'avait fait qu'émettre sur la précession des équinoxes , et ramena à l'attraction jusqu'aux perturbations découvertes par Bradiey dans la précession et
' En 1773, Lalaodc annonça qu^une comète s^approclierait asseï près de la terre , et Teffroi fut grand. Cette annonce donna occasion de calciiler les effets que produirait une comète en s^approchaht de la terre à douze on treize mille lieues, et Ton prétendit qu'il en résulterait n» titn tellement violent , que les eanx de la mer conTrîraient les ««• tagnes.
▲8TBONOM1B. 183
roadllatîoD de Taxe de la terre pendant une période de dix-huit ans, joste l'espace de temps que met la lune pour revenir aux mêmes points d'intersection du plan de !*écliptique.
Ainsi l'espace infini ouvert par Newton fut conquis jusque dans ses parties les moins accessibles par les savants du dixhuitième siècle f puis par Lagrange, par Laplace, et d'autres encore , qui « à mesure que s'étendirent et se généralisèrent les procédés du calcul analytique, complétèrent la théorie de Tattractioo, qui embrassa les inarées, les inégalités lunaires, le mouTement des comètes, la détermination de la figure de la terre; et la loi de l'attraction resta victorieusement démontrée.
La complication des mouvements célestes et des forces qui les déterminent, avait conduit Newton et Euler à rec(mnaltre nécessairement l'intervention d'une main toute-puissante pour en réparer de temps en temps les pertui^tions. Laplace (1749- 1827) entreprit, au contraire, d'en signaler l'ordre inaltérable , et de faire voir qu'au milieu du dérangement apparent des éléments planétaires , il y en a un qui demeure constant, le grand axe de chaque orbite, et par conséquent le temps de 1« révolution de chaque planète; de telle sorte que l'attraction universelle suffit pour maintenir le système solaire. Cette inva* riabîlité des mouvements moyens fut démontrée dans la Méca* niquecéleste (1773); puis Laplace prouva (1784) que la stabilité des autres éléments du système venait de la petite masse des pla^ nètes, de la fiiibleellipticité de leurs orbites, et de leur direction semblable dans leur rotation autour du soleil.
Ce savant ayant établi les lois dynamiques, qui devinrent la base de tout le système analytique des forces, les appliqua au système du monde, et posa les principes d'où devait résulter l'invariabilité des distances moyennes des planètes. Après avoir assuré les méthodes d'approximation, il put donner une théorie mathématique des inégalités des satellites de Jupiter , qui jusque-là n'étaient connues qu'empiriquement ; il imagina des méthodes variées pour calculer les perturbations des comètes , ainsi que les mouvements des noeuds et des inclinaisons des Qlfcites planétaires. Il appliqua sa théorie de la variation , à l'aide de laquelle il avait reconnu que la variation de l'excen-
f8t ASTmOHOMIB.
Incité de Jupiter doit altérer le moareineiit des satellites, à la libratioa de la hme , ensemble de phénomènes singuliers découverts par Cassini , qui offraient un accord inexplicable entre des éléments très-disparates, jusqu'à ce que Lagrange sût aussi le ramener à rattracti<m universelle, en démontrant la modification que la lune a subie en se solidifiant, par suite de l'attraction de la terre; et il expliqua pourquoi elle tourne toujours la même face de notre côté. Il détermina ainsi la véritable théorie de Téquation séculaire de ce satellite , résultant du diangemeot de Texcentricité de Torbite de la terre par l'action des grandes planètes : il trouva ensuite que cette équation séculaire ne se rencontrait ni dans Jupiter ni dans Saturne, et il introduisit enfin (1808) dans la âiécanique cUesU la fonction dite pertur* batrioe , diaprés laquelle fanalyse qui s^applique à un nombre indéterminé de corps devient simple, comme si elle ne considé* rait qu*un seul corps.
Lalande (1792-1807) compléta le système parfaitement mé« canique et dynamique du mécanisme céleste; il rassembla et combina dans une vaste généralité tout ce qui était connu avaat lui; il remonta aux conséquences les plus éloignées, et fit eo* trer dans le domaine de Tanalyse une foule de vérités ph}*siques. Il mania habilement le calcul , et si parmi ses procédés il en est qui ont vieilli, on en compte cependant dont la science fera longtemps usage.
Lalande trouva, sans se déplacer, le moyen de déterminer cette distance moyenne du soleil que l'observation était allée chercher dans les régions les plus éloignées : il la détermina au moyen des perturbations de la lune, dans lesquelies il constata aussi les effets de l'aplatissement du sphéroïde terrestre. Des effets d'attraction de la lune, il déduisit encore des arguments pour combattre la théorie du refroidissement successif de notre globe , que Buffon et Bailly avaient ingénieusement supposé; et il démontra que, dans l'espace de deux mille ans, la tempe* rature moyenne de la terre n'avait pas varié de la centième partie d'un degré du thermomètre centigrade.
Jamais l'analyse mathématique n'avait atteint des vérités aupi profondément enveloppées dans les actions complexes de forées ;
jamais on n*avait démontré si péremptoirement, parTapplication de règles inflexibles, que la même loi de gravitation maintient Tordre dans la variété; jamais on n'avait prouvé d*une manière aussi évidente la stabilité du système solaire..
Lalande porta aussi dans les problèmes des longitudes une précision gue la science n'aurait osé espérer , en ramenant à ime exactitude mathématique les nombreuses perturbations des satellites de Jupiter, perturbations que Galilée avait prévues, et qui occupèrent trois générations de géomètres. Grâce à lui, les marées furent soumises à une théorie analytique, où pour la première fois apparaissent les conditions physiques du problème; de sorte que les calculateurs peuvent prédire, plusieurs années à l'avance , Theure précise des marées, en la déduisant des actions attractives du soleil et de la lune.
De même que Montucla avait écrit l'histoire des mathématiques, Bailly (1736-1793) écrivit celle de Tastronomie. Il donna trop carrière à son imagination dans ce qui regarde la science de rOrient, et regarda l'astronomie indienne comme étant d^une haute antiquité , se fondant sur des observations d'une valeur contestable. Il est impartial à l'égard de l'astronomie moderne ; mais on voudrait y voir les découvertes capitales plus nettement exposées , et leur marche graduelle mieux éclaircîe. 11 fut extrêmement goûté , grâce à son style élégant et à son enthousiasme pour la science.
Beaucoup de savants s'appliquaient alors à perfectionner les instruments de précision. Halley étudia la dispersion inégale de la lumière en passant dans les divers milieux, aOn de corriger la couleur, par la combinaison de verres, au foyer objectif des télescopes : idée reprise par Jean Dollond, qui perfectionna le télescope achromatique. Rochon appliqua le prisme aux lunettes pour décomposer la lumière des étoiles, et trouva le moyen de mesurer exactement les lois de la réfraction et de la diffraction. L*lnvention du cadran d'HalIey , en 173 1 , permit de foiro des observations sur les navires. Leroy, Berthoud et Harrison fabriquèrent d'excellentes montres marines. Fergusson trouva It roue astronomique pour observer les éclipses de lune (1776). Le mécanicien anglais Ramsden dut à la perfection de ses
186 ÀSTBONOMIB.
instrumeats astronomiques d'être compté parmi les savants.
Les télescopes à réflexion furent perfectionnés en Angleterre; mais les télescopes catadioptriques de William Herschell (1738- 1822) donnèrent des résultats jusqu'alors4iiQUinusuUa'^Mistait point avant lui qui grossissent au delà^ quatre cents fois; il arriva à six mille, en abandonnant les procédés en usage poor la fabrication des miroirs, et rendit en outre ses télescopes d'un maniement commode. Il passa des années sans se coucher une seule nuit, toujours en plein air, et pensant que c'était la méthode la meilleure pour les observations. Il employait des jours entiers à poUr ses miroirs. Il commença ses observations eo 1774, avec un télescope de vingt pieds ; puis il en termina en 1787 un de quarante , ayant quatre pieds d'ouverture, à Taide duquel il vit la nébuleuse d'Orion étinceler d'une vive clarté.
Aucun des instruments dont se servit Galilée ne dépassa Taugmenfation linéaire de trente-deux fois. Huygliens et Cassini Tobtinrent de cent fois, en portant à huit mètres la longueur focale du télescope. Anzout fit un objectif capable de rapprocher de six cents fois les distances ; mais comme il avait quatre-vingt-dix mètres de longueur, il était extrémementdifûcile à manier. (Test pourquoi Ton préféra les télescopes à réflexion, jusqu'au moment où Dollond fabriqua des lentilles achromatiques, qui rivalisent, pour les résultats qu'elles procurent dans leur petite dimension, avec ces interminables objectifs. L'Angleterre les répandit partout et en conserva le privilège, grâce à la perfection de son cristal, jusqu'à l'époque où Frauennhofer à Munich trouva le moyen de les faire sans stries.La plus grande lentille achromatique connue u'a que trente- huit centimètres d'ouverture; mais on se propose d'en faire qui aient jusqu'à un mètre. Barlow voulut suppléer à la difficulté de se procurer de grands morceaux bien purs de fliniglass au moyen de minces lentilles remplies d'un fluide iocolore et transparent. Amici, de Modène, construisit des télescopes qui ne le cédaient en rien à ceux d'Herschell ; il en fibriqua un nouveau, composé d'un miroir concave et d'un autre à surface plane, troué au milieu; il fit aussi des microscopes à réflexion et des chambres lucides.
I^rebours et Cauchois apportèrent une nouvelle perfection
aux instruoieiite d'optique. Arago, qui a su rendre populairr une science qui semble n'être le partage que de matbématicmt profonds, a inventé des instruments ingénieux pour obvier aux erreurs produites par l'irradiation, dans le calcul des diamètres des planètes. Trougbton a perfectionné de plus en plus les instruments vantés de Ramsden ; et Gambey a construit un équatorial avec lequel on suit très-exactement les mouvements célestes.
Les efifets ont été proportionna aux efforts , sinon en importance , du moins en étendue. Delambre et Mécbain, à Faide du cercle répétiteur inventé par Borda, tracèrent Tare terrestre entre Dunkerque et Barcelone ; Btot et Arago allèrent le continuer jusqu*aax fies Baléares ; les Italiens le tirèrent dans toute la longueur de leur péninsule; l'Allemagne et l'Angleterre acceptèrent les points trigonométriques ; à Theure qu'il est, plusieurs savants s'occupent de la triangulation de l'Inde. Delambre (1769-1822) voulut refaire le calcul de toutes les tables astronomiques, projet qui fut repris par des astronomes de Berlin. Ce fut au milieu des fureurs de la Révolution, et exposé à des soupçons que tant d'autres expièrent sur l'échafaud, qu'il exécuta la mesure de l'arc de méridien dont une fraction ( la dix-millionième ) devait servir d'unité fixe au nouveau système métrique. Veccbio unit, dans son Histoire de tAstrmomiey rérudition à la pratique, pour traduire les opérations antiques dans le langage moderne.
L'Académie de Berlin a convié les astronomes les plus renom* mes à former un atlas céleste complet, assignant à chacun d'eux une des vingt-quatre heures équatoriales.
Lorsqu'une fois les instruments furent perfectionnés, et que toute chose eut été soumise au calcul, le ciel sembla réeompenser tant d'efforts, en révélant d'autres corps perdus dans son immensité. Dans la nuit du 13 mars 1781 , Maskelyne avait observé une étoile mobile, que l'on crut pendant quelques mois être une comète. Enfin son orbite ne se dessinant pas en parabole, Uersehell acquit la certitude que c'était nue planète : il lui donna le nom A^ Astre géorgien, et Bode celui d'Uranus,
Kepler, ^idé par l'idée de Tharmonie avec laquelle le Créa-
18S ASTBOÏVOHIE.
tear a disposé Funivers, avait va que les planètes sont, par rapport au soleil, à des distances représentées par les séries 4,7, 10, 16, 28, 62, 100. Toutefois il manquait celle qui aurait dû se trouver au nombre 28 , entre Mars et Jupiter. Or Piazzi, à qui Ton doit Tobservatoire de Palerme, ayant fait construire par Ramsden, non plus un quart de cercle mural, avec lequel on peut se tromper de quatre ou cinq secondes, mais un cercle ailier qui ne permet pas même Terreur d'une seconde, porta jusqu'à 6,748 le catalogue des étoiles; puis, le 1*' janvier I80t, il aperçut une petite planète qu*il appela Gérés. Une autre, Pallas, HÛt signalée à Brème par Olbers le 28 mars 1802; ensuite Junoo, par Harding, le 1*'' septembre 1804 ; et Vesta, le 29 mars 1807. Plus tard, Astrée fut découverte par Henke le 8 décembre 1845; Iris et Flore, le 13 août et le 18 octobrel847, ainsi que Victoria, furent signalées par Hind à Greenwich; Mitis le fut par Graham le 25 avril 1848; Hygie et Parthénope, le 14 avril 1849 et le il mai 1850, furent découvertes à Naples par Gasparis. Ce sont de très-petites planètes, dont les orbites sont plus inclinés qae les autres par rapport au plan de l'écliptique, et que Ton suppose être des débris de la grande planète qui devait occuper la place vacante dans la progression de Kepler. Mais le monde fdt plas frappé d'étonnement lorsque , dans le cours de Tannée 1846, Leverrier indiqua, par la seule puissance du calcul , Tendroitpréois où devait se trouver une planète au delà d'Uranus; et , par une coïncidence singulière, elle fut découverte par Gall, à Berlin , presque le même jour où Leverrier Pavait trouvée à Paris h Taide du calcul. L'immense télescope que lord Rose a fû\ construire pour son usage particulier révélera sans doute* de nouveaux secrets dans le ciel; déjà il a servi à fairb reconnaître une infinité d'étoiles distinctes dans le vaste amas des nâ»leuses.
C'est à Scbrôter que l'on doit la description la plus exacte de la lune, et les meilleurs travaux sur l'atmosphère de cette planète. D'autres y ont établi par la pensée leur observatoire pour décrire les phénomènes qu'ils apercevraient de là : Lahire a calculé que, pour y apercevoir une tache grande comme Paris , il sufGt d'une lentille d'un puissance focale représentée par cent,
ASTBONOIIIB. 189
et qu'il en fiuil une de soixante mUle pour distinguer un corps ayant une toise d'étendue. Delambre et Zach ont dressé les meilleures taUes du soleil; Berschell , à la fois sagace et hardi , sonda le premier les profondeurs du ciel , pour déterminer la forme et les limites de la couche d'étoiles dont notre monde fait partie. A peine eut-il rompu les barrières des cieux > en découvrant Uranus, qu'il en calcula l'orbite et les éléments. Après avoir signalé aussi les astéroïdes, il sentit la nécessité de réformer les connaissances des anciens relativement aux inégalités et aux pertorbatioDS des planètes. Moins à l'aide du calcul que par la poiasance des instruments qu'il avait composés , il vérifia que l'anneau de Saturne tourne rapidement autour de la planète, et il j dîscema les deux satellites intérieurs ; il en trouva six à Uranns; il porta son attention sur les étoiles doubles et sur les nébuleuses; il détermina les moindres diamètres de Gérés et de Pallas; enfin, il fixa ses regards sur le soleil ,'et établit que la lumière n'émanait pas de cet astre, mais des nuées phosphoreseentea de son atmosphèris.
Piazzi, tirant parti d'une idée de Galilée adoptée par Herschell, observa le petit anglefbrmé entre une étoile brillante et une moindre qui l'accompagne; et, par la variation d'ouverture qu*il supposait devoir se produire tous les six mois, il essaya , mais sans succès, de calculer les distances des astres. 11 étudia mieux l'obliquité de l'édiptique, bien que l'irrégularité de la réfraction que le soleil éprouve en hiver l'eût empêché de noter avec précision les deux solstices. Cette réfraction fut ensuite soumise au calcul par Lalande; et sa formule fut trouvée exacte, même pour la zone torride,' par Humboldt et par Delambre. Le Milanais Oriani précisa les éléments d'Uranus^ et résolut des difficultés déclarées invincibles par Euler, en trouvant tous les rapports possibles entre les six éléments d'un triangle sphéroldal quelconque* Poisson calcula les perturbations planétaires, l'in* variabilité des grands axes, et la distribution de l'électricité en repos à la surface des corps. Le Florentin Ingbirami, dans les Ephémérides de l'occultation des petites étoiles par la lune, ré-
' On ut sur son épiUpbe à Upfton : Cœlorum perrupit dausira.
100 ASTmONOllU.
daiiit à des additions et à des soiistradioiis des ealeiils eitrémeroent difficiles: méthodes déclarées menreilleoses par PAradémie de Londres. Plana, qui développa par une profonde analne les idées de Laplaee , traita de la constitutkMi atmosphériqne de la terre, et constata les vicissitudes lunaires.
Tous ces travaux ont agrandi le domaine de noa conoaissonces sur les forces primitives de tous les corps, et ont fait mieux ressortir les preuves de Funiversalité de la loi d'attiaftion. La périodicité domine tout le système solaire, quelle que soit la différence dans la vitesse de projection , ou dans la quantité de matière agréée; et elle a été constatée jusque dans des comètes quarante-quatre fois plus éloignées que ne Test Uranus. Reste à vérifier ce qui a été affirmé par Bessel , savoir, que la force attractive ne se mesure pas seulement par la quantité de matière, mais qu*il y a aussi des attractions spédfiqoes, qui ne sont point proportionnées à la masse.
Lalande a porté de dix mille à cinquante mille le nombre des étoiles observées; Piazzi en- a ajouté trois mille autres; puis Bessel a préparé les éléments d'un catalogue d*étoiles comprenant celles de huitième grandeur, et distribué par zones de déclinaison. Ceux qui sont venus après lui y ont apporté une pré» cision plus grande encore. On a déterminé les déplacements annuels de plus de cent cinquante étoiles, qualifiées d'étoiles fixes. Argelander, d'Abo, a perfectionné les travaux d*Herschell et de Prévôt , et émis Tliypothèse ingénieuse que le soleil avec tout son cortège de planètes s^avance , par un mouvement de translation général , vers la coiistellation d*Hercu1e; et il a essayé de montrer par le calcul que notre système planétaire fiitt ainsi par jour, comme aussi Ta de la liyre et la 6i^ do Cygne, 884 mille lieues de vingt-cinq au degré. On aéliidié d*autres étoiles inobservées encore à raison de leur petitesse; et Ton estime qu'il en existe dans la Voie lactée dix-buit millions de télescopiques , que Ton distingue sans nébulosité, tandis que dans l'étendue des deux il en est à peine huit mille de visibles à l'œil nu. D'après une autre hypothèse, les étoiles filantes forment un anneau d'astéroïdes qui coupe probablement Torbite de la terre, et se meut avec une célérité planéuire. La lune a
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ététovinise à des calculs d'une précision lemarquable* On espère reoonnâtire ratmosphère de Vénus, les taches neigeuses de Uùn^ les vents périodiques de Jupiter, l'anneau de Saturne , qui est éloigné de trente-deui mille kilomètres de sa planète, et qui a quarante-huit milles de largeur; les changements de forme eontiniieis des comètes ; les montagnes de la lune ' et ses vol-
Non contents d'avoir déterminé d'une manière précise la masse du soleil , comparée à celle de la terre , les astronomes s'efforcent de déterminer celle des étoiles (soleils d'autres systèmes planétaires ) qui n'ont aucune grandeur appréciable pour les plus fortes lunettes. L'attention s'est portée sur les étoiles doubles; Herscheil et Struve en ont enregistré 3,057. Elles sont, en général, d'une couleur différente Tune de l'autre; et la plus petite tourne autour de la plus grande, d'après les mêmes lois d'attraction qui régissent notre système. Herscheil crut pouvoir, à l'aide de son instrument, plonger 497 fois plus loin que Sirius : en conséquence il calculait que 1 16,000 étoiles passaient par le champ visuel , ce qui supposait un angle de quinze minutes. La voûte entière du ciel contiendrait doue plus de S bil- Kom d^étoiles; or, si chacune est un soleil entouré de planètes, et si cellesHd sont entourées de satellites, quelle immensité prodigieuse s'ouvre aux regards de l'homme, pour lui faire admirer de plus en plus la gloire de Celui qui fait tout mouvoir par des lois d'une si grande simplicité!
Les nébuleuses n'excitent pas moins la curiosité. Herscheil , le père, admettait que la lumière, qui, d'après les dernières expériences de Struve, fait 4 1,5 18 milles géographiques dans une seconde, mettait plus de deux millions d'années pour arriver, des nébuleuses les plus éloiguées qui apparussent à son miroir de quarante pieds. Or, à cette distance qui effraye l'imagination, rastronome croit apercevoir dans les nébuleuses d'Orlon et d'Andromède une intensité croissante de lumière , qui indiquerait une augmentation de solidité. Faut-il y voir les éléments de
' On Us porte à 1093, dont "71 surpassent le mont lllMie en liaateur, €t dont une s^élève 4 7,600 mètres.
«ystèmes planétaires fotan? Peut-être que dans rimaMosité nage line matière cosmique qui se con^nse annukûremeot, et dont les étoiles filantes semiileraient n*étie qu\in produit minime, identique avec les aérolithes, dont la périodidté a été déterminée * ; en même temps, que de cette matière se formeraient, sur une plus vaste échelle, les planètes, qui^*arrondiraient peu à peu, leur noyau centrai se montrant d*abord lumineux, et leur nébulosité finissant par disparaître. Que de millien de siècles n*aurait pas exigés la création du monde , qui se transforme sans cesse!
La chimie, science des lois qui régissent la constitution élémentaire des corps, est un instrument d*anaiyse par escellenoe : il était donc naturel qu'elle vînt après les autres sciences; car elle ne révèle pas seulement une série de faits nouveaux , mais un ordre nouveau d*agents dont la puissance s'exerce sur tous les feits connus. La chimie n'était encore qu'un recueil d'observations plus ou moins exactes, lorsque Paracelse, Van Helmont, Boyle et surtout Stahl essayèrent d'en faire une science.
Scheele, pharmacien suédois, expérimentateur habile, contribua plus que tout autre à faire connaître les acides, et il en décrivit onze nouveaux , entre autres l'acide pmssique. Il trouia le chlore (1774) en étudiant le manganèse, et le eonsidén comme un acide murialîque privé de phlogistique, c*est-À-dire de gaz hydrogène ; théorie qui fut combattue d'abord, puis remise en honneur de nos jours par Davy. Bla^, d'Edimbourg,
* Surtont après la nuit du 12 au 18 octobre tsa3, dans laquelle Obnsted et Palmer observèrent en Amérique 240,000 étoiles filantes eu neuf heures. On connaît jusqu*à présent les deux périodes du 12 octobre et du 10 août. Sclireibers spppose qu'il tombe chaque année, sur la surface de la terre, 700 aéroulbes.
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élèf6 de Cullen, professeur à Glaseow, qui avait popularisé la chimie, fit mieux conoaitre la nature et la formation de Tacide carbonique, appelé air fixe, et il remarqua que la causticité de la chaux tenait à la soustraction de cet air de la pierre calcaire ; Woodward découvrit le bleu de Prusse; Bergmann, les eaux minérales factices. Fahrenheit obtint un grand abaissement de température en versant de Tesprit de nitre sur de la glace pilée; Boerfaaave prit pour but de ses travaux opiniâtres le feu , la chaleur, b lumière, l'analyse végétale. D'autres marchèrent sur ses traces, redressant ses erreurs, reconnaissant la combustibilité du diamant, le phosphore, le cobalt, le nickel , le manganèse , le platine , venant en aide aux arts , et cherchant à donner à la chimie une forme scientifique, c'est-à-dire le classement systématique des faits.
Vers le milieu du dix-huitième siècle, l'attention des chimis* tes se fixa particulièrement sur l'étude des gaz. En 1774, et presque en même temps, Priestley en Angleterre, Lavoisrer en France et Scheele en Suède, découvrirent l'oxygène, et inaugurèrent la chimie moderne. Cavendish démontra le premier anaiytiquement que l'eau est une combinaison d'oxy* gène et d'hydrogène , à la même époque où Berthollet trouve la véritable composition de l'ammoniaque (combinaison d'azote et d'hydrogène); enfin, les découvertes les plus importantes se succédèrent avec une rapidité dont il n'y a peut-être pas d'exemple dans l'histoire '.
Lavoisier, aidé de Guyton de Morveau, délivra la chimie du jargon scolastique, et proposa une nouvelle nomenclature r^ulière, donnant ainsi à la science des instruments et un langage nouveaux. D'autres savants firent sur le chlore et sur le soufre ce qu'il avait fait sur l'oxygène ; on connut mieux la composition des corps quaternaires appela sels, et les rapports des composés entre eux.
Berthollet ( 1748-1823 ), observateur habile, se hâu trop de conclure, de ses recherches sur les produits organiques , que les substances animales se distinguent, par l'azote, de*
• Voy. F. Hœfer, Hist. de la Chimie, U JI.
194 CHIMIB.
substaneos végétales. Il reconnot pour inexaeie ToiNmoii de Lavoisler, que l'oxygène est le générateur universel des addes , puisque Facide muriatique et Tacide prussique (exempts d'oxygène ) jouent le même rôle. Il étudia les dilorates, sds explosibles, dangereux à manier, et obtint Targf^nt fulminant en combinant Tammoniac avec Poxyde d'argent ; il appliqua la propriété décolorante du chlore au blanchissage des t«iles. Aussitôt de Bom s'en servit pour la cire ; Cl^ptal , pour les chiffons à papier, pour le nettoyage des estampes et deis livres tadiés. Il reconnut aussi la véritable composition de l'alun, et fiacilita la fabrication de ce sel important. Bientôt nonseulement l'alun , mais encore les acides sulfurique, nitrique, muriatique, le sel de Saturne et autres préparations, ne vinrent plus de l'Angleterre et de la Hollande, et il ne fut plus besoin de tirer d'Andrinople le rouge de garance.
D'Arœt chercha la meilleure méthode pour faire la poreelaiDe. il trouva que Pargent est oxydable et volatil, augment» considérablement la liste des nûnéraux fusibles, et prouva aussi que le diamant se volatilise, il s'aperçut, en exammant les Ptrénées, que leurs cimes s'abaissent, et proclama que leur fàstdireest celle de foutes les montagnes de la terre , et que pv* fout, au dedans comme au dehors, la nature désorganise et teeampose. Brugnatelli, de Pavie, crut qu'un supplément était néoessaire à la théorie de Lavoisier, attendu qu^ellJ'lie rendait pas raison du calorique et de la lumière qui se dévetoppent dans certaines eiroonstances ; il en fit donc une théorie paràeu* Mère, appelée thermorygéne.
La science étendit ses limites en employant h pife. Klèboison et Carltsle avaient découvert son action décomposante sur l'eau. Berzelius et Hisinger, y soumettant avec sagacité unesé» rie variée de subsUuices, avaient vu les seh soumis h Taetion de la pile se décomposer toujours de telle sortie que les aieides étaient portés vers lé fil positif, et les bases ters té fil n^fatif; et dons les oxydes, ils virent l'oxygène se diriger au pôle po^tif , tandis que le radical se portait au pôle négatif
( 1718-1839). Davy, devinant que la pile servirait très-puissamment à sonder les mystères de la dilmie, imagina de Ttm-
ployer sur des substanoes iadéeomposées jusque-là, comine les alcalis et les terres. Il soumit la potasse à raction de la pile, et ▼H Toxyg^ie se porter an pdie positif et un nouveau métal en globolea semblables à ceux du mercure se diriger vers le pôle négatif 11 le nomma potassium, métal tellement avide d'oxygène quil décompose Teau. En démontrant ainsi la véritable composition des alcalis et des terres, Davy prouvait contre Lavoisier que Toxygène n*est pas seulement acidifiant, mais qu'il est ie principe constituant de ces bases ; et que les oxydes sont des combinaisons variées de Toxygène avec les métaux. Il trouva aussi 1 oxygène tians Tacide oxymuriatique de Lavoisier ( acide ehlorique); et il reconnut Tacide muriatique ( hydrocblorique) pour un bydradde.
Seul parmi les alcalis Tammoniac se compose d'hydro-* gène et d'azote; Davy soutint cependant qu'il renferme un principe médillique analogue à celui des autres alcalis. S'aventumot même au delà des limites tracées par Lavoisier, ilsoup* eoiuia que les métaux n'étaient pas des corps simples , mais qu*il8 résultaient de l'union de l'bydrogène avec des bases inconnues. En conséquence , les alcalis proviendraient tous de la eombinaison de ces bases avec une certaine proportion d'eau, et renfermeraient de l'hydrogène aussi bien que de l'ammoniac.
Dans sa Philosophie chimique, Davy renversa la théorie de Lavoisier sur la combustion* en démontrant, par des expériences décisives, que l'oxygène n'est pas l'nnique principe de la combus* tioD, mais que celle-ci provient de l'action chimique intense et routnelle des corps; que même d^autres corps produisent des aâdes, et qu'il n'est pas exact de dire que le développement de la chaleur et de la lumière dans la combustion ne puisse naître que de l'oxygène. Or comme tous les corps d'une forte action réciproque se trouvent toujours dans des états électriques opposés, il inclinait à croire que la chaleur et la lumière sont engendrées par la neutralisation des deux électricités contraires.
Davy appliqua aussi ses recherches à la géologie; et, en examinant l'can, le gas, et les substances bitumineuses contenues dans les cavités du quarts, il fortifia l'hypothèse du platonisme de Playfair et de Hall.
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I^es hostilités qui existaient alors entre la Franee et l* Angleterre n*empéohèreDt pas rinstitut de lui décerner uo prix ; et il put visiter les volcans de TAuvergne et ceux du royaume de Naples*. Il flt à Maples des expériences curieuses sur les colleurs employées par les peintres anciens, et chercha un procédé pour dérouler les papyrus exhumés ; mais son |Hrooédé ae prévalut pas sur celui qui était en usage.
Berzelius conclut, de la doctrine de Davy, que le caiactère électro-chimique dans les corps où entre Toxygène n^appartieat pas à celui-d , mais à la base ; et que les phénomènes de chaleur et de lumière produits par la combinaison chimiquis soat de même nature que Péclair et la secousse éle<^ique. Il proposa donc la classification chimique des substances en électronégatives (acides et oxygènes) et en électro-positives ( bydn^ gène , alcalis , bases salifiables). Il vit en Egypte le carbonate de soude se produire par la décomposition du sel maria sous l'action des roches calcaires qui entourent les lacs du désert, et il en déduisit sa Statique chimique, où les lois de rafGuité sont fortement posées, bien^qu'il ne s'aperçût pas de la stabilité des proportions dans la plupart des combinaisons.
Les poids atomiques des divers éléments chimiques furent déterminés par Berzelius avec un soin admirable; des savants suédois et allemands le suivirent dans cette voie. Gay-Lussac et Dalton firent de beaux travaux sur la condensation des g» et des vapeurs. Haûy et Vauquelin montrèrent le lien intime qui existe entre la composition chimique et la forme cristalline, où Mitscherlich et Rose apportèrent l'exactitude. Biot fit servir la polarisation de la lumière comme un moyen d'analyse délicat.
Les acides et les bases , c'est-Mire les oxydes métalliques^ oat
' On B*égaya beaucoup à Parte de son Insensibilité pour le beau. Il ne prenait aucun plaisir à la musique. En voyant le musée du Loorret qui était alors le plus riche du monde, il s'écria : Quelie magn^^ collection de cadres! et, devant rAntinoûs : QmdU superbe ilaiot^ titef ll8*eiitâsîa au contraire devant le modèle de i'èléphaat» destiaé au monument de la Bastille.
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entre em une affinité extrême ; et , en se combinant, ils produisent des sels dans lesquels un métal peut directement prendre la place d'un autre. Ainsi , si vous mettez une lame de cuivre dans du nitrate d'argent , le cuivre se dissout , tandis que l'argent renaît à l'état métallique, et tout le nitrate d'argent se transforme exï nitrate de cuivre. Ici donc le cuivre se combine en même temps avec l'oxygène de l'oxyde d'argent, et avec l'acide nitrique; mais, tandis que le premier sel contient treize cent cinquante parties d'argent, le second n'en contient que trois cent quatre-vingt-seize de cuivre. 11 faut donc beaucoup moins de cuivre que d'aiigent pour former un sel avec une égale quantité d'oxygène et d'acide nitrique : ce fait , qui se vérifie dans beaucoup d'autres cas, prouve que la capacité de saturation a des rapports fixes pour chaque corps , et variables de l'un à l'autre. L'étude de ces rapports, ou de ces équioaients, comme on les appelle, est aujourd'hui très-avancée; et on les apprécie en considérant l'oxygène comme représentant cent , et en y rapportant les autres corps.
Wenzel annonça, en 1777, que les sels se composaient d'un acide et d'une base généralement binaire , et que deux sels pouvaient échanger leurs bases et leurs acides, de manière à se transformer exactement en deux autres. Il considéra comme une particularité des sels ce qui-était la grande loi de la ciiimie. On y fit attention lorsque le système de Lavoisier se fut consolidé ; mais BerthoUet soutenait que deux corps peuvent se combiner, en quelque proportion que ce soit, entre deux limites extrêmes ; selon Proust, ils ne se combinent que dans la proportion de 1,2, 3,4, ou5auplus,sans intermédiaire. L'Anglais Dalton généralise cette loi des proportions définies, par l'ingénieuse théorie atomique, qui fut soutenue par Gay-Lussac. Il vit que, pour former de l'eau, il fallait un litre d'oxygène pour deux litres d'hydrogène. Guidé par cette donnée, il constata que les volumes des corps gazeux qui se combinent sont dans les rapports simples de 1 : 1 , 1 : 2, 2 : 4, etc. Et comme, à une température suffisante , tout liquide peut se réduire en vapeur, on établit que les équivalents des corps divers représentaient des volumes égaux , ou des volumes exactement multiples les uns
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des autres. Nous trouvons donc encore ici on nouveau moti d*admirer rarrangemeot du monde en nomlNre et en mesure.
Si les corps se combinent tous dans des proportions pemiaaentes s et si dans les réactions chimiques un équi valent est tou JQOfS ceniplacé eiactement par un autre, on peut découvrir d'autres nombres à l'aide du calcul , du moment où Ton eo connaît quelques-uns , dont, par suite, il importe beaucoup que la détermination soit exacte. Dumas entreprit en conséquence de mieux préciser les équivalents de Vhydrc^ène el du carbone.
Dulong et Petit , en cherchant la mesure de la chaleur spé cifique dans les divers corps simples, ou la proportion du csdorique différente à poids égal , et nécessaire pour que la température s'élève d'un degré, reconnurent qu'elle est en raison inverse des poids par lesquels les équivalents sont représentés ; c'està-dire qu'un corps dont l'équivalent pèse le double d'oa autre a la moitié moins de chaleur spécifique. Suivant Faïaday la quantité de force électrique nécessaire pour décomposer des corps pris en quantité correspondante à leurs équivalents, est fixe et invariable.
L'un des faits chimiques les plus étonnants qu'on ait observés , c'est l'isomérisme. On regardait comme un axiome que deux corps de composition identique ( iioméret ) , dans des ci^ constances semblables, doivent avoir les mêmes propriétés. Il n'en est rien cependant. Mettez dans le creuset une quantité donnée d'oxyde de chrome, qui est d*un vert sombre; diauiïé, il brillera d'une vive lumière, comme s'il était embrasé; puis après le refroidissement, il se trouve devenu d'un beau vtft, et il n'est plus soluble dans l'acide, il a donc changé de propriétés chimiques et physiques; cependant ni la balance ni l'analyse n'y trouvent la moindre altération ; et si vous le plongez dans de l'acide sulfurique chaud, il reprend son premier état. 11 en est de même du verre ordinaire : si on le tient longtemps en fusioii tranquille , il devient opaque, infusible, dur au point défaire jaillir des étincelles de l'acier; et pourtant il ne 8*y manifeste aucun changement. En multipliant l'analyse , on trouve que certains corps , composés de la même manière , peuvent différer en dureté, en poids spécifique, et en action sur la lumière. Chet
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quelques-lins il n'j a de changement que dans les propriétés physiques {dimorphes) ; chez d'autres, il j en a aussi dans les propriétés chimiques (isomères) : c^est^à-dire que dans les premiers les molécules composées restent les mêmes , en se groupant d*une manière différente ; dans les seconds, les atomes sont disposés différemment dans la molécule composée. Parmi les dimorphes, le carbone à Tétat de diamant a des propriétés très-difTérentes du charbon. Le soufre cristallisé par la nature, ou dans le sulfure de charbon , forme des octaèdres à bases riiomboîdales ; lorsqu'on le laisse se refroidir peu à peu après qu'il a été fondu, il donne des prismes obliques ; si, après qu'on Va cfaauflë à cent cinquante degrés, on le fait couler dans l'eau froide , il reste mou, brun, élastique, transparent, pendant plusieurs jours. Il serait donc polymorphe. Mais toutes ces questions ont encore besoin d'être éclaircies.
Il serait trop long de suivre dans leurs travaux Yauquelin , Tbénard , Ampère, en France; Dalton et Wollaston, en Angleterre; Wenzel, Rlchter, AYœhler, Lîebig, RIitscherlich , en Allemagne; par leurs découvertes relatives aux substances isomères et dimorphes, ils ont donné Tessor a la théorie des formes primitives, posée par Haûy.
La nature emploie quatre forces distinctes et une soixantaine de corps simples pour créer et modifier la matière, tandis que b force de gravité lui suffît pour régler les mouvements des atomes et des mondes. Est-il possible qu'elle ait abandonné ici cette économie qui constitue une de ses merveilles? Cest là ce que le sage a de la peine h croire; et il accepte les résultats présents comme l'expression des faits actuellement connus, mais non comme vérité dernière. Cette unité que les physiciens ont reconnue dans les impondérables , les chimistes tendent à la trouver aussi dans la matière pondérable ' ; et depuis que les études sur les corps organiques ont conduit à la théorie des radicaux, plusieurs savants se sont appliqués à décomposer les corps appelés simples, et les résultats ont été tels, que la science a dû aussi en tenir compte.
* Expéricnoes de Proust et de Souligny.
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Alors qu'on admirait la simplicité desrapport? entre les pesanteurs deséléments qui entrent dans la composition de la substance minérale, on ne croyait pas qu*il existât une relation simple entre les éléments des combinaisons organiques. Mais CheTreul Vy démontra dans son travail remarquable sur les corps gras d*ongine animale , qu'il assimila à des sels, attendu que la base et Tacide sont des composés ternaires , analogues à ceux de la nature inorganique. Davy prouva Tinfluence de Télectriciié sur la végétation , comme d'autres ccmstatèrent aussi celle de la lumière. Les végétaux , en décomposant l'acide carbonique et l'eau, Gxent le carbone et l'hydrogène, et rejettent Toxygèoe dans l'atmosphère; et, tantôt en réduisant l'oxyde d'ammonium, tantôten enlevant directement l'azote à l'air, ils s'jissimilent cet élément. L'azote et le carbone, dont vivent les plantes, sont tirés de l'atmosphère; d*où il suit que la fertilité d'ua temin dérive d'éléments inorganiques qui conviennent à une plante plus qu'à une autre. En étudiant donc les cendres de l'une d'elles, on peut connaître quels éléments inorganiques un sol doit posséder pour qu'elle y prospère ; quel assolement y établir, de quels engrais l'aider. Juste Liebig, professeur à Giessien » appliqua spécialement la chimie organique à l'agriculture et à la physiologie. II croit que l'engrais est profitable, parce qu'il fournit beaucoup plus d'ammoniac que l'air, et celui qui est liquide bien plus que le solide. Boussingault , qui démontra que les plantes décomposent Teau pour en fixer l'hydrogène, a enrichi de travaux importants la chimie appliquée à Tagriculture. Payen et d*aatre5 ont étudié Tamidon, la cellulose, et la présence des matières azotées dans les tissus végétaux.
Dumas , Boussingault et Payen portèrent principalement leur attention sur les opérations mystérieuses qui s^accomplisse&t sous Tinlluence de la vie ; ils établirent que les matières ternaires accumulées dans le tissu animal, comme la graisse et les matières azotées neutres , qui constituent la trame de Toi^sanisation animale, sont élaborées parles végétaux. Le règne végétal serait donc un immense appareil d'extraction ; le règoe animal un appareil de combustion : les plantes et les animaui ne seraient en quelque façon que de l'air condensé.
CHIMIE. Sai
Ob s'achemine ainsi à une prodigieuse simplification $ plus grande encore dans les corps organiques » car, bien que doués de principes spéciaux, ils consistent en un très-petit nombre d'éléments, carbone, oxygène, hydrogène, azote, qui, combinés aTec une douzaine au plus d'éléments secondaires , produisent une immense variété.
Mais d'où la nature tire-t-eUe cette profusion d'oxygène, d*hydrogène, de carbone, d'azote? S'épuisera-t-elle? corn* ment se répare-t-elle? Et quand l'animal ou le végétal revient à l'état de matière informe, qu'advient-il de tous le» produits de la vie ? Cest à résoudre ces problèmes que s'appliqua Dumas {Essai de statique chimique des êtres organisés)^ en établissant que les végétaux produisent les principes immédiats , que les animaux s'mi servent et les décomposent, et que l'atmosphère est le réservoir d'où la nature tire ses richesses.
L'atmosphère est composée de 23 parties d'oxygène sur 77 parties d'azote, sans compter la vapeur aqueuse, un peu d'adde carbonique et un peu de gaz de marais : on y trouve accidentellement quelques produits ammoniacaux et une petite quantité d'acide azotique, qui, solublesdans l'eau, sont entraînés par les pluies dans les terres, qu'ils engraissent. Dans le jour, sous l'influence de la lumière , les plantes exhalent de leurs feuilles de l'eau et de l'oxygène « et la nuit, de l'eau et de l'acide carbonique, outre qu'elles absorbent de l'hydrogène , de l'oxygène, du carbone, de l'azote et un (nni de cendre, ce qui les fait augmenter de poids. La terre ne leur sert donc que de point d'appui, et toute leur nutrition dérive des éléments atmosphériques, à tel point que certains arbustes ont crû et fleuri même dans du verre pulvérisé. I^s feuilles décomposent à froid un des corps les plus stables, l'acide carbonique, dont elles dégagent Toxygène et retiennent le carlione, pourvu qu'elles soient aidées par la lumière. Puis les végétaux tirent l'azote en partie de l'air, en partie des substances organiques en décomposition. Ici la chimie touche de nouveau à un des points les plus importants de l'économie, les engrais; car il importe de bien connaître les fourrages qui fournissent le plus d'azote dans le fumier, et d'en faire usage pour nourrir les animaux dont les excré-
SOS CHIMIB.
ments doivent rendre à la terre Tatote destiné à alimenter les plantes qai en ont le plus besoin *, c*est-à-dire celles auxquelles r azote de Tair ne suffit pas, mais pour lesquelles il fiiut qu'il soft combiné avec d'antres coips à l'état d'ammoniac, d'acide azotique et d'azote.
Les matières premières élaborées par les végétaux sont asâmilées par les animaux, an moyen de la digestion. Ceux-ci dégagent incessamment de l'acide carbonique et de l'eau , an point de pouvoir être considérés comme des fourneaux de carixme et d'hydrogène. De là la chaleur animale; un homme brûle disque jour, en moyenne, par la respiration, deux cent quatr^ vingt-huit grammes de carbone ou l'équivalent en hydrogène. Ainsi, dit Dumas, les plantes cèdent aux animaux tout ce qu'elles ont tiré de l'air, auquel les animaux le restituent; cercle éternel dans lequel la vie s'agite et se manifeste, mais où Is matière ne fait que se déplacer.
Si l'action viciante des animaux et l'action purifiante des végétaux cessaient de s'équilibrer, l'harmonie de la vie sersit troublée; mais le péril est si éloigné, qu'il dépasse toute longévité calculable *.
' Expériences de Tbaér et de Boussiaguilt
' L'atmosplière a vingt lieues de iiaatear environ, et pèse à poi près 5«2a9,000 trilIioBS de kilogrammes; Toxygène iièse 1,206,000 trillions, et l'acide carbonique 2,08S billions. Or, pour réduire le toot à des itnages sensibles, en admettant des cubes de cuivre ayant no kilomètre de chaque cOté, 581,000 représenteraient par leur poids Patmosphère; 134,000, son oxygène; 116, Tacide carbonique. Un honune consomme en une heure 40 grammes d'oxygène ou 350 kilogrammes par an , et 35,000 en un siècle. Si l'on suppose la population animale du globe représentée par 4,000 millions dliommes, ils auront esasommé dans un siècle 140 trilllons de kilogrammes d'oxygène* eeqai ferait 15 des cubes d-dessns, e'esl-à-dire une quantité miniflae » qnaad même elle ne serait pas réparée.
Quanta Tadde carbonique, un homme brOle 13 g^anunasde caikoas par heure, et prodoit 44 grammes d'acide earbonîqoe, cTcst-àdire environ un kilogramme par Jour, et 365 par an. En conséquence, les 4,000 maiions d'hommes produisent en un an 1,460 billoos de kilo-
HISTOIU HATOBKLLB. 908
BinOlRB !f ATOEBU.&
L*hi8loire niturelle dut «e reoonttitiier d'après ces grandes déeoiiferles el aller bieDldt de pair avec lea autres seîences. George Bsffon ( 1707*1788 ) , appelé à la dîreotîon du Jardin des pbnles , songea à se rendre digne de ee poste. Il Toulutque cet aablisBement, qui jusqu'alors n*avait été affecté qu'à la médeetoe, embrassftt TensemUe de la science ; et il conçut, à trentecinq ans, ridée de son HUMre naimreUe. Écrivain purement descriptif dans le principe, il devint plus tard zoologiste, mais il ne Ait jamais anatomisie, bien qu'il comprit la nécessité de eotoipHrer la stmctoreintérieiire desanimaux, et qu'il ait éclairé par quelques vues lumineuses la route que devait suivre son compatriote Daubenton , dont il avait fait choix pour l'aider à pareeurir vn si vaste champ et suppléer à la foiblesse de sa vue, en la chargeant de décrire les détails. Mais tandis que Daubenton opérait sor les faits particuliers, et dès lors à l'abri d'eirenra, BttCfon s'élevait aux généralités, et quand l'expérience hii manquait, il y suppléait par la vigueur de l'esprit, en prévoyant ee qu'il appdait les /aite nécessatres : procédé basar« deux pour qui n'a pas la force d'embrasser tous les rapports de Fonlven. Et en effet il se trompa souvent. Il croit à la génération spontanée ■ ; il dédaigne les méthodes, parce qu'il ne les
gramoies d*«dde carboniqDe, c^ert-ë-dire rhz ^ ^l*>i V^ cootient l'àt* nMMphère. Il faudrait donc 1 ,5C0 ans poar dovbler la proportieo actuelle de Taclde caiboniqtie de Tair. Quand mène le rèspe végMal esiseralt •es roDcUons , quand les volcans» qui lancent des torrenCs d^aeide carbonique, ainsi que les foudres, sous lesquels se combinent l'azote et Toxygène de Tair, et se forment facide afotique , Taiotate d'ammonia* que, etc.» viendraient à ne plus ëgir, la \éRélation serait reprodnito par les cadavres mêmes de» animaux que «a cessation aurait faH yérir. Ces calculs sont dos fc M. Dumas « Cependant, la doctrine delà Kénéralioo spontanée Iroiive «sors
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connaît pas : « La véritable méthode, diaait-il, est la descriptioD complète et Thistoire exacte de chaque chose en parlicnlier. • En conséquence, il décrirait les individus Tun après l'autre. Il censure la classification de Linné, déduite des objets eux-mêmes ; tandis que lui , sans approfondir les parUcularités , s'en tient à des divisions générales et arbitraires : animaux servant à l*homme, animaux sauviq^ européens, animaux étrangeis.
Parvenu à la maturité de son génie. Il vit mieux les ressemblances et les disparités, de méaie que Tadmirable uniformité de la nature, la gradation dans les variétés, le perfeetionnenicnt successif desespèces, et la prééminence relativedesorganes dans les diverses espèces. Mais on lui reprochera toujours cette manière vague de philosopher, sans calculs ni expériences, et d'après des théories préétablies, en dissimulant les difficultés sous la majestueuse circonspection des mots. Le mérite que la postérité lui reooimatt, c'est d'avmr fondé la partie historique et descriptive de la science. Ce qui lui valut avant tout l'adoû* ration de ses contemporains, ce lut l'éclat du style '. Oo dit qu'avant de se mettre à éerfre, il s*habillait en grand oosturae. Sa théorie de la terre était un véritable succès : une oomèie heu^ tant le soleil, en détache des fragments tncandesoents, qui ss lefW>idissent par degrés et deviennent les planètes ; des toes o^ ganisés naissent sur leur surface à mesure que leurtempcnture se modère à travers des milliers de siècles. Cette expositk» littéraire de faits immenses , ces époques de la nature antéhistorique, cette divination hardie qui invitait à réfléchir, et à rap-
aojourd'liai d6« partisans parmi les Dainralistes les plus distiogaés; et en effet , il y a des faits qui» s'il» ne viennent pas directement k Tappoi de celle qusUoo si cealroTersée , la laissent au moins dans le doole. - < L'aolenr ne rend point suOipammeot justice à BufTon , à U fois savant et écrivain (double qualité bien rare en tout temps). BnfToo, par ses belles deseripUons, qaiaont aiyourd'hui, quoi qu'en dise M. Cantu, 4te vrais modèles de style» a l'un des premiers lait aimer la science; el, en ta popolarisani ainsi , il a plus contribué à ses progrès que les nslnrsllstes qui découvrent des espèces non Telles dont ils ne donnest qn*mie aride noneneiabiie.
HISTOIBB If ATDBBLLK. 205
prodier des phénomènes disparates en apparence, devaient plaire à un siècle épris de la science et du talent.
De même que Buffon, Linné naquit en 1707; mais l'un vint au monde dans un pauvre village de la Suède, où l'érudition était inconnue; l'autre, au sein d'une riche et noble famille boQi^ignonne, dans la France de Louis XIV . Linné fut contraint de Élire des souliers pour vivre, et de lutter contre de longues traverses ; Buffon n'eut qu'à résister aux séductions d^une vie molle et nonchalante. Linné se montre patient et sagace-dans Hovestigation des faits, autant qu'ingénieux dans leur coordination ; il est précis et rigoureux daus l'exposition, au ^int de repousser toute élégance, à moins qu'elle ne résulte de la simplicité des moyens et de Félévation des idées. Circonspect dans ses déductions, il procède toujours des faits positif et d'après des raisonnements rigoureux : sachant créer des hypothèses vraisemblables sans les prendre pour des vérités absolues ; appréciant avec justessechaque fait, chaque idée, il ne dédaigne pasde suivre patiemment les détails, pour se lancer ensuite dans des régions plus élevées. Buffon n'est pas moins ingénieux , mais dans un autre ordre d'idées ; il ne cherche pas tant à créer et à rnuUi*plier par lui-même les &its d^observation , qu'à en saisir toutes les conséquences ; et il élève, sur une base étroite en apparence, un édifiée grandiose. Il ne ^arrête pas à des détails techni* ques, ni à des divisions systématiques ; et, dans son vol hardi à travers des espaces inconnus, il s'égare parfois, mais il sait tirer la vérité de ses erreurs mêmes ; il n'achève rien , mais il rommenee tout. Linné , avant de réformer les idées, réforma le langage, en donnant une nomenclature claire et simple, où le genre est indiqué par le nom , et l'espèce par l'adjectif. Outre la dénomination deâ végétaux, il fallait offrir un moyen simple et commode de trouver le nom d'une plante décrite, et de ciaBser un végétal nouveau ; c'est à quoi il arriva par le système sexud t système artificiel , qu'il avouait lui-même n'être pas celui delà nature; mais il excita tant d'étonnement, que personne ne s'aperçut que sa classification zoologique reposait sur des principes différents.. La classification zoologique qui fut éublie en 1797, et complétée en 1818 par Geoffroy Saint-
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Hibîre et ptr Covier, ne fit que leeiifier et défeloppereelle dn natoraliste suédois. Son sysièîne de botaniqneest encore anjoardriini soin, eoneommment avee eelui de Laurent de Jussiea.
Dès 1758, Bernard de Jussiea étabtiasaità Trianonun jardio où les plantes étaient classées par groupes natarels , d'après lesquels il cberdiait à résoudre le problème final de la natnie. Après lui, Laurent de Jossieu appliquait à tout le règne végétal le système de son oncle , dans Touvrage intitulé Genres des plantes (1789), en faisant consister la râleur des genres et des espèces dans la réunion de plusieurs caractères naturels. Adansçn , élève de Jussiea et de Réaumur, fit V Histoire naturelle du Sénégal. Il donna la première description exacte da liaobab , et des arbres qui fournissent la gomme arabique. 11 disposa les familles des plantes d'après un systènoe <^»po6é à celui de Linné, en se fondant sur.Fobservation, non pas de quelques caractères seulement, mais de leur ensemble : bientôt il 8*aperçat que ce système pouvait s*appliqoer k tous les éties, et former une encyclopédie de la nature. H présenta donc à FA* eadémie (1775 ) le projet de son ouvrage , qui devait renfermer en vingt-sept volumes « l'ordre universel de la nature, ou méthode naturelle comprenant tous les êtres connus, leurs qualités matérielles et leurs facultés spirituelles, ainsi que leurs rapports. » On Tadmira, mais Ton jugea rentreprise impossible; Il resta donc paavre et à Técart avec ses projets ; et lorsque le nouvel Institut national rappela dans son sein , il répondit qu*il ne pouvait se rendre aux séances, firate de souliers.
Cliarles Bonnet ( 1730*1793), croyant que rien ne se fait par bond dans la nature ', s'appliqua à saisir l'enchaînement des faits : mais il prétendit le trouver dans des formes apparentes, au lieu de l'entrevoir dans ces transitions dont la nature se réserve le secret.
A la fin du siècle, la botanique fîit étudiée avec passion. Des fleurs et des arbres de latitudes lointaines enrichirent les jardins et les forêts. L'arrivée d'un arbuste ou d'une fleur était
' C'est Linné qui avait dit avant M. Bonnet : in natnra mm dater saitus.
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fêtée eomme autrefois celle des galions chargés de Tor da Mexique. La Société Unaéeane fut fondée en Angleterre, et ne se montra pas indice de son nom. Smith, son président, trouTa irfuneurs espèces nouvelles; Acton, beaucoup plus encore. Les classes riches prirent du goût à cette science. L'Allemand Hedwig, et après lui Micheli, reconnurent les organes sexuels des cryptogames ; Roth trouva ceux des cryptogames aquatiques, et Hoffmann ceux des algues, dont le Suédois Acarius compléta Thistoire. Bostcm et Dickson étendirent la connaissance des cryptogames; l'Espagnol Cavanilles donna un beau travail sur les plantes monadelphes. La chimie, grâce à ses pro* grès, fut appliquée à la botanique ; et Priestley, Senehier, Ingenhous, Théodore de Saussure, Crell, Lavoisier, Duhamel, expliquèrent, a l'aide d'expériences suivies, la respiration des feuilles, comment elle purifie l'air, et augmente dans la plante la masse de carbone soustraite à l'atmosphère. Duhamel fit une découverte très-féconde, en reconnaissant que les nouvelles couches s'ajoutent dans les arbres entre le vieux bois et Téeoroe. Dupetit-Thouars soutint, au contraire, que la plante ^accroît dans le sens vertical, et que son germe est le bouton, véritable indiridu qui pousse ses racines jusqu'à celles de la plante ; théorie reprise et développée par M. Gaudichaud. D'au* très étudièrent l'organisation végétale; et Schuize a prétendu démontrer l'analogie entre l'impulsion circulatoire des liquides dans les plantes, et le système nerveux central dans les animaux supérieurs. On constata aussi la fécondation des plantes qui n'ont en apparence ni fleur ni fruit ; et d'importantes monographies, des recherches ingénieuses sur la géographie végétale, éterniseront les noms de Schow , de Brown , de Morren , de Moris,etc.
Il était cependant réservé à un poète de fiiire connattre les loB intimes de l'organisation des êtres. Selon Goethe, la feuille est l'organe fondamental de la plante; les bractées, le calice , la corolle, les étamines et le pistil n'en sont que des modifies* tious. Au moment de la germination , la plupart des végétaux présentent deux feuilles sàninales ou cotylédons, qui, destinés à nourrir la plante, disparaissent bientôt ; mais les organes qui
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se développeul ensuite si variés ne sont que des cotylédons transformés. Ils se déploient d*abord en feuilles qui aspirent, en manière de poumons, Tair qui modiOe les sucs distribués dans leur intérieur. Mais, vers le sommet de Taxe ou des rameaux , les feuilles diminuent de volume ; elles se contractent, et se transforment en bractées. Celles-ci, tantôt isolées, tantôt en cercle , se modîGcnt en formant le calice ; puis les pétales de la corolle en proviennent , et se réduisent ensuite en étaraines. Le pistil lui*méme est une nouvelle métamorphose de la feuille ; et, à son état de développement complet, il constitue le fruit Enfin Tembryon 8*entoure dans la semence d*enveIoppes qui , selon Goethe, sont encore des feuilles modifiées. Personne n'avait fait attention à cette théorie du poète, jusqu'au moment où le Genevois de Candolle, dans le mois où mourut Linné, la démontra scientifiquement; et, sans connaître son ouvrage, il le compléta en trouvant la loi de symétrie. Au système artificiel de Linné, de Candolle préféra celui de Jussieu , plus rationnel et plus naturel, en se fondant non plus sur la ressemblance d'une seule partie de l'organisme, mais sur les caractères essentiels des plantes, et en démontrant que les propriétés médicinales sont communes dans les individus de la mène famille >. La nature a créé tous les êtres d'après un plan symétrique, bien qu'elle le conserve rarement. Elle a varié les fleurs, dont le nombre est si grand, pour des motifs qui nous sont inconnus.
Ces lois ont été appliquées à la botanique par Nées d'Ésembeck, Rœper, Martins, Auguste de Saint-Uilaire, et Gaudichaud; à la zoologie, parOlien, Carus, Geoffroy Saint-Uilaire, et Serres.
Abraham GottliebWemer passe pour le fondateur de la géologie. 11 érigea en tliéorie la formation de la croûte terrestre, et
■ De Candolle ajouta, dans la réimpression de la Flore françmse de Iiamarck, 2,000 espèces aux 2,700 déjà enregbCrées, en expliqoiDt, dans une introdocUon fort utile , les réoentes conquêtes et les géaértli- Mtions de la Bcience. Dans le Prodromus spsiemaiis vefetaiit, il étudie la distribution des végétaux sur le globe.
UUTOIBB NATDBBLLB. 209
disthinia le premier les terrains selon leur antériorité relative : terrains primitifs sans vestige de corps organisés, terrains de transition, roches, terrains d*alluvion. Il les attribue à la précipitation dans un liquide , sans en excepter les marbres et les basaltes. De là Fécoie des neptuniens, combattue par les vulcaniens, qui finirent par triompher, lorsque Desmarets eut démontré que les montagnes de FAuvergne sont volcaniques. Cronstedt, Bergmann, Ignace Bom, KJrwan, classèrent les fos* siles selon la décomposition chimique.
Carburi, de Céphalonie , inventa la meilleure manière de fondre le fer, et s'en servit pour les canons avec lesquels Ëmo boo^barda Tunis; il enseigna aussi l'emploi d'un papier incombustible, pour Tartillerie. Jean Arduino, de Vérone, se mit à travailler dans les mines de Ciausen, pour étudier la métallurgie et la minéralogie. Mais on manquait de guides , et ses Observations sur la constitution physique des Jlpes vénitiennes furent le premier ouvrage géologique. Il y établit la bîsection des roches ignées et sédimentaires, et distingua celles qui sont calcinabtes ou de sédiment , et celles qui sont vUrifiables ; il indiqua que les dépôts de métaux , qu'il re* gardait comme des sublimations qui accompagnent la formation des porpbjrres et des autres productions ignées, se trouvaient le plus communément sur la limite entre ces deui espèces. Le poète Boecaoe avait observé que la montagne de Certaldo, son pays natal, abondait en coquilles marines. Targioni, se trouvant en cet endroit, se mit à recueillir des testacés fossiles, et se prit de goût pour cette science, dont il s'occupa beaucoup dans son Voyage en Toscane. Hamilton, ambassadeur d'Angleterre à Naples, étudia aussi avec passion les phénomènes naturels, si nombreux dans le midi de lltaHe, et en rendit compte à la Société royale de Londres ( 1766-1779 ), puis dans des ouvrages à part ( Campi PMegrxi, 1776). 11 eut pour collaborateur Joseph Gioeni, de Catane, qui publia la Uthoiogie tésuvienne^ pleine de théories et d'hypothèses qui furent alors très-applaudies. Dolomieu(]7â0-I801) examina la conformation des montagnes de l'Italie depuis le phare de Messine jusque dans la Rbétie, ainsi que les divers, matériaux employés dans
is.
210 HISTOIRE NATUIBLU.
les monuments dont Tltalie est couverte. Il aeeompagna Bonaparte en Egypte ; et, foit prisonnier à son retoar , il éaiTÎl, «Uns les horribles cachots de Naples, la Philosophie minémlogiq^.
Les anciens avaient entrevu que certaines substances naturelles sont disposées à revêtir constamment certaines formes; et Pline déciît celles du quartz et du diamant. On fit peu;de cas de cette observation, et ce ne fut qu*après de longs sièeks que Linné vint indiquer les formes cristallines de plusieurs substances; et il en crut.le caractère tellement absolu, qu'il admit pour chaque sel ime forme particulière. Rom^ de Tlsle ( Traité de CrittaUofraphSe^ 1772 ) constata la constance des angles des cristant ; et il conçut l'idée de réduire les diverses formes distallines à une seule, appropriée à chaque substance, et modifiée par des lois géométriques rigoureuses. Quand Bergmann eut découvert qu'au moyen du clivage, on pouvait mécanique» ment dégager la forme primitive et fondamentale des minéraux, la minéralogie cessa d'être une liste de noms, on catalogue de pierres ; elle devint une science extrêmement féconde en faits et en applications. Bergmann n'en déduisit pas de règles générales ; mais dans le même temps Hauy, en essayant de r^ juster un cristal qui s'était brisé en tombant, parvint h déterminer les règles constantes de la superposition des lamelles, de telle sorte que, les formes primitives une fois connues, il est possible d'indiquer les formes dérivées. En s'aidant de la chimie, il approfondit la connaissance des molécules primitives, et arriva, au moins en grande partie, à déterminer un solide qui, ajouté à lui-même selon trois dimensions et avec certaines lois, reproduirait le cristal avec toutes ses modifications.
Dès lors on eut une règle sûre pour distinguer un Aainéni d'un autre. Le goniomètre réflecteur de WoUaston pcnnit de vérifier sur im fragment la forme d'un cristal; Toptique démontra que la lumière se modifie h travers les formes cristal- Unes; enfin, l'analyse chimique fournit le moyen de classer les minéraux plus rigoureusement que la cristallographie.
Piesque à la même époque que Wemer, Lehman et Roudie avaient distingué les premiers les terrains en primitifo, c'est-idire en roches où abondent les métaux, et en secondaires, dé-
H1ST0IIKB HATUBBLLE. 211
pots des eaox et débris organiques. Cette classification fut ensuite développée parles travaux de Deluc, Saussure, Dolomîeu, etc.
Brocchî, de Bassano, examina rétat physiqnedu sol de Rome, et décrivit quelques localités de Tltalie, surtout les collines con* cfayliacées subapennines. Il prépara ainsi une donnée certaine à ses saecessears pour établir la formation contemporaine des terrains tertiaires, non d'après leur gisement, mais d'après la ressemblance des corps organiques qu'ils contiennent. Nicolas Covelli fit d'importantes découvertes sur la nature des productions volcaniques, La doctrine wernérienne de l'origine neptunienne fut combattue par Ardouin et par Mara^ri, qui, en examinant le Tyrol, prouva l'origine volcanique des granits, ainsi que leur apparition postérieure aux calcaires secondaires et même à la craie, et démontra le passage graduel des granits au syénite et au porpbyre pyroxénite. Les observations faites près du rillage de Predazzo devinrent un sujet d'étude pour tous les géologues; et Humboldt leur trouva des analogues jusque dans la Mongolie. Saussure, qui fonda la science de l'hygrométrie, et^ établit des stations météorologiques eut les plus grandes hauteurs, traversa quatorze fois les Alpes, pour réduire la géologie à l'état de science d'observation >. Léopold de Buch introduisit dans la géologie l'idée de formations locales et générales ; il considéra chaque accident local selon les qualités internes et externes, et selon la relation avec le tout. Alex, de Humboldt appi-la l'attention sur l'idée d'une loi de direction uniforme dans toute la structure de la terre, en indiquant la polarité des différentes roches.
I^Iais le grand pas de cette science consista dans la théorie des soulèvements, déjà pressentie par quelques savants * , puis
' U faut ajouter à ces travaux ceux de Pallas, de Lamarck, Patrin, Oreeoough, Granville Penn, Conybeare, Phillips, Buckland, Murchi- 3on, Forbes, Fleming, etc.
' On peut cooslater cliez Vallisnieri à quel point la géo|^îe en était arrivée. En pjirlant « des corps marins qui se trouvent sur les montagaes , et de Télat du monde avant, pendant el après le déluge, » il s'a-
213 HISTOIBB !IATUR£LLE.
exposée par de Buch, et réduite en formule par M. JÉJie de Beaumont. L*ordre dans lequel les couches de sédiment ont été superposées, la stratiGcation, la nature des terrains trayersés ou réunis par les roches en éruption, les débris organiques qui S¥ trouvent disséminés dans certains terrains, révèlent Tépoque des formations successives. L'application des preuves botaniques et zoologiques imprime à la géologie une direction scientifique. C'est à Taide de la théorie du feu central que Ton expliqua les soulèvements.
Cependant la chaleur centrale est aujourd'hui contestée, et Ton explique autrement la formation de la croûte du globe. De même que dans le siècle passé on s'était servi des lois de la physique pour arriver à l'histoire primitive du globe et à sa transformation future, de même on y applique aujourd'hui les lois de la chimie, tout en respectant davantage la cause première. Le feu et l'eau avaient cessé d*agir, et la croûte terrestre se consolidait en renfermant le feu central ; mais une mer sans limites la couvrait, quelques îles seulement s'y dressaient cà et là, et tiraient leur chaleur, non du soleil voilé de brouillards, mais de la flamme intérieure. Sous cette atmosphère brûlante, surchargée de vapeurs aqueuses et d'acide carbonique, déchirée à chaque instant par la foudre, dénuée d'oxygène, aucun animal n'aurait pu vivre, à l'exception des polypes, des mollusques, etc., daos la mer. Mais la végétation déploie une activité immense; et les tles asséchées se couvrent de plantes vasculaires d'une organisation simple et d'une croissance rapide, de prêles colossales, de fougères arborescentes, de palmiers luxuriants, etc. Leur vie décompose une énorme quantité d'acide carbonique et d'eau, pour en fixer l'hydrogène et le carbone; enfin, l'air se puriGe
perçoit que les diflérentes hypothèses sur la manière dont les débris kSf sites auraient été abandonnés par les eaux sur les hauteurs, ne peuvent se soutenir; mais il ne sait en donner une explication satislkisaote. Il soupçonne cependant que la cause en doit être attribuée à d'autres déluges qu*à celui de Noé, si surtout il est vrai qu^on ne trouve pas, parmi ces débris, d*08sements humains. Il croit que ces débris sont plus abondants dans les montagnes voisines de la mer, et de peu d*élévatioft
UISTOIBB NATUBELLB. 213
en t'emparant de l'oxygène, et Tapparition des animaux devient possible. Alors survient une révolution sur la face de la terre, et les dépôts immenses de ces végétaux sont ensevelis et convertis en charbon fossile ( houille ), par la pression des couches superposées et par la chaleur du globe *. A cette révolution succèdent d*autres âges géologiques, d'autres journées de la création : les Iles s*agrandissent, la surface du globe se peuple d*abord de reptiles gigantesques, vivant dans une atmosphère encore impore, qui s*assainit peu à peu par la précipitation des calcaires , et par Taction incessante des végétaux. Enfin apparaissent les insectes, les oiseaux, les mammifères, se rapprochant, à chaque nouvelle révolution, de leurs formes actuelles; et en dernier lieu Thomme, roi de la création.
Mais comment Thomme fut-il produit? quand et comment naquirent les autres animaux > Toutes les espèces furent-elles formées tout à coup, ou provinrent-elles d'un germe unique qui se serait graduellement transformé en un nombre infini d'espèces?
Ces questions sont du domaine de la zoologie » sdence qui dut beaucoup au Modénais Spallanzani, qui étudia la génération, la respiration et particulièrement la reproduction de quelques membres, dans les animaux à sang froid. Il étudia les animaux infusoires, et démontra qu'ils provenaient aussi de germes. Linné, Fabricius, Mûller, le Sicilien Poli, avaient donné rimpulsionà la zoologie systématique ; Daubenton, Vicqd'Azyr, Camper, Lyonnet, Tremblay, avaient étudié l'organisation des animaux; Bonnet, Réaumur, Buffon . leurs
* On a calculé que la Pensylvanfe seule contient 600 billions de kilogrammes de houille. En supposant que le reste du monde en contienne seulement mille fois autant , nous aurons 600,000 billions. Si le carbone entrait pour deux tiers seulement dans la composition de ce charbon , Il y en aurait 400 billions de kilogrammes. Il Tandrait pour le transformer en adde carbonique, un trillion de kilogrammes d'oxyf(ène, et le gaz acide carbonique, produit pèserait un trillion 4,000,000 billions de kilogrammes. L'importance attribuée à Taction des végétaux, dans les premières journées de la création » n^est dojic pas exoesnve.
3N HISTOIRE KATlIBELLlft.
mœvffi; Buffou, Linoé, Bonnet, avaient formé une zoologie générale. Les idées de Vicq d*AXyr, aussi solides que bien ex* primées, s'élevèrent parfois Jusqu'à l'anatomie philosophique. Pallas répandit sur tous ces objets une grande lumière par sa nombreux voyages , et par ses beaux travaux sur la dassificatioo des infusoires et des loophytes, sur Tanatomie des ▼ertâ>rés, sur la paléontologie. Le nombre des espèces connues depuis Linné fût plus que quadruplé. L'Australie en fournit d'étranges, même des dasses entièrement nouvelles, comme les marsupiaux ; et les admirables descriptions données par les An^ais Gould,OweD, Waterhoose, Jardin, Lowe, Smith* Darwin, ainsi que les aequisitionBContiDuellesdesmuséeSs accrurent tellemeut le domaine de la science, qu'il fallut former des genres nouveasi et modiOer les classifications. Force fut donc d'étudier la conformation intérieure des animaux et de s'appuyer ainsi sur l'anatomie comparée, unique moyen de connaître la véritabie nature des débris des espèces qui ont péri. Adoptant la méthode physiologique , on étudia les développements sucoessifi des animaux, ainsi que la série des modifications par lesquelles Porganisine se simplifie dans les êtres inférieurs : ce ne fut point sur des cadavres que l'observation s'exerça, mais sur les êtres vivants, les insectes, les mollusques et les annélides. Les travaux de Lacépède sur les cétacés , les reptiles et les poissons, ont encouragé la science. Éverard Home porta ses recherches sur l'anatomie comparée; Meckel le surpassa comme xootomistei et fonda la tératologie, développée par Isidore Geoffroy Saint* Hilaire. Rudolphi, indépendamment de l'anatomie comparée, mit au jour un ouvrage immortel sur les entozoaires ; Huher, de Genève, prit rang, quoique aveugle, parmi les meilleurs observateurs. On doit à Latreille, le prince des entomologistes, la partie relative aux insectes du Règne animal de Cuvier ; rien de plus admirable que les travaux d* Ehrenberg sur les infusoires. George Cuvier (1769-1 832), observateur infatigable, doué de connaissances encyclopédiques, créa, à l'aide dé l'anatomie eoni' parée, la paléontologie, et fonda une classification nouvelle. Dans la première , il mit à profit le grand principe de la 8ubo^ dination des organes ; il s'en tint toujours aux laits positift plus
H18T0IHE NÂTUBfcLLE. 215
q«*Mniiriiieipes«et dédaigna les hypothèses. Il détacha Fana- Bomie comparée de la physiotogie : il en augmenta la précision et la régularité, et cela non-seulement en trouvant des faits nouveaux, mais en examinant de plus près les anciens. Ainsi, il prit pour bases de la zoologie philosophique la structure ana^ tomique et les fonctions physiologiques, en fondant les grandes dirisioos sur les caractères génératix de l'organisation <.
Cuvier considère tout être vivant comme créé ponr une fin , et pourvu d'organes propres à Fatteindre, il en résulte pour lui que chaque animal forme un système complet en sol, et que toutes ses parties sont tellement liées entre elles, que l'une déciles ne saurait se modifier sans que les autres ne s'en res« sentent. En établissant celte loi de la corrélation des parties, il nia la continuité admise par d'autres dans l'échelle des êtres , et marqua des limites précises entre les quatre grandes classes des vertébrés. Avec quelques os, Cuvier parvint à reconstruire des espèces perdues, et révéla, pour ainsi dire, tout un monde d*êti«8 nouveaux (antédiluviens), à formes gigantesques, éhranges. Ses Recherches sur îes ossements fassUes et son Discours sur les révohttions du globe sont des monuments impérissables. Eo rapprochant de l'ostéologie des espèces vivantes celle des espèces éteintes, Cuvier réussit à recomposer cent soîxante^huit animaux vertébrés qui constituent cinquante genres, dont quinze sont nouveaux; Manteil, Buckland, Hibbert, Agassiz, Brongntart , ont augmenté ce tiombre depuis , au point de fiiire croire que les espèces éteintes n'étaient pas en moindre quantité que celles qui existent aujourd'hui.
Les végétaux fossiles furent étudiés d'après la même méthode. Brongniart en donna l'histoire générale; Stemberg publia la Phredu monde. primitif ; Lindley et Hutton, la Flore fosstiê d'Angleterre; Cotta, les Fougères de Chemnitz, en Saxe, etc.
Lamarck, que la botanique conduisit à enseigner la zoologie, après avoir donné la Flore française, publia le Système des invertébrés et la Philosophie géologique : dans le premier ou-
• SoivaalGeoffroy Salnt-Hilaire, l*unité de eoinpoAftion et rioég»Hté du défdoppgmeat sont lei devx grandes lois de la sooidgie.
21 6 HISTOIBE . N ATOBELLB.
vrage , il ofTre une classiGeation inéthodique des groupes iaf erieurs du règne animal, et traite scientiCquemeat, dans Tautn, la question suprême de la variabilité des espèces.
Déjà Aristote avait signalé le développement du germe dans Tceuf , et les anatomistes s'étaient attachés à suivre Taeeroissement successif de Tembryon et du fœtus. Harvey dit que tout animal provenait d'un œuf : tous les efforts s'appliqiàreat à découvrir comment; et Hunter démontra, par ses études sur le placenta, l'utérus et le cliorion, que Fovologie humaine rivalise d'intérêt avec celle des oiseaux.
On comprit, en avançant, que les animaux inférieurs poii< valent servir à expliquer la structure de l'homme ; et quand Gleichen et Ehrenberg eurent trouvé moyen d'injecter les infusoires en colorant le liquide dont ils se nourrissent , on put étudier ces insectes* En partant de ce degré, on établit un parallèle entre le perfectionnement graduel de l'organisation des embryons dans les animaux supérieurs , et les transformatioDS correspondantes dans les invertébrés; évolutions passagers dans le premier cas, devenues fixes dans les autres.
Cest en généralisant les faits nombreux recueillis pareesdivers observateurs, que l'on parvint à fonder la partie philosophique de l'anatomie, autrement dit Torganogénie animale. Cette scieocti n pour objet de recherciier eomment l'homme se forme de Tœuf, en passant par des états intermédiaires d'organisation qui* transitoires dans les animaux supérieurs, sont permaoeott chez les animaux inférieurs de l'échelle zoologique. Genffm Saint-Hilaire rechercha les ressemblanoes , et entreprit de longs travaux dans le but d'arriver à une formule nouvelle des caractères généraux des êtres , en portant son attention sur les diverses périodes de développement des organes, et en s'sttachant à démontrer qu'avant d'être différents, ils étaient analogues. Il en déduisit l'unité de composition organique, le principe du développement inégal, et la loi de l'évolution centripète, opposée à la persistance du germe : théorie qui avait prérala dans le siècle précédent. Une série d'espèces animales, de fœtus h des âges différents, d'états anormaux et pathologiques de l'organisation, sont ramenés, dans ee système, à des lob géo<*
MBDBClfffi. 217
raies et à l'unité fondamentale de la zoologie. Ici donc TinvariabilHé des espèces zoologiqoes fait place à la mutabilité. En résumé, Torganogénie est raDatomie comparée des formes transitoires , comme Tanatomie comparée est en quelque sorte Tembryonogénie des formes permanentes.
Ainsi la science s'appUya sur une loi fondamentale applicable aox di?erses parties de la zoologie : c'est-à-dire la progression lioéaire, non pas simple, mais provenant d'une double série, dont les deux éléments viennent se rencontrer en suivant une direction opposée. En même temps que Lamarck annonçait cette loi de continuité ou, pour mieux dire, dégradation, Fiscber proclamait la môme chose en Russie, sans savoir qu'il edt été devancé. Blae Leay la mit plus en évidence dans les Hùrm .enr tomoiofficx (1819); enûn, le botaniste allemand Fries rencontrait la même loi dans le règne végétal. Or ce concours spontané de quatre savants célèbres donnerait à croire que la loi universelle, dans l'ordre de la nature, est désormais trouvée, et que la zoi^ogie doit être placée au rang de science démons* trative ; c'est ainsi que Blainville a pu établir la série animale. Puisse-t-on en écarter toute tendance au matérialisme, et y ren« contrer un nouveau sujet de gratitude pour cette sagesse suprême qui a tout disposé par ordre et par mesure!
UfiOECUfB.
La médecine s'est ressentie successivement de tous les feux pas comme de tous les progrès des sciences naturelles : astrologique avec Paracelse ; chimique et mystique avec Van-Helmont; exclusivement chimique avec Sylvius ; mécanique avec Borelli et Boerhaavc; enOn, spiritualiste avec Stahl. Ce fut l'origine de la lutte entre les anciennes théories et les nouvelles, entre le système psychologique et le système mécanique et chimique.
»I«T. DE CEflT ANS. — T. IV. |J
218 MéDBCINB.
Frédéric Hoffimami ( 1660-1742) fut le premier q[Qi la soomit à une foroe plus appropriée à sa nature avec le soUdisme organique. Mais comme la philosophie d'alors radiait oe qui était surnaturel, on reconnut Texistence d*un principe qui n*est m matière ni âme , et qu'on appela /orœ viiak. Sa nature restait à Tétai de mystère ; il suflBsaitde l'étudier dans ses effets seosi* blés. Les expériences se multiplièrent sur Texistence et Tinllueuce de ce fluide qui circule dans les nerfs. George Bagliri, de Raguse , observateur attentif, en arriva au solidisme, dirisant les maladies en trois classes : celles où les solides ont uoe énergie excesmve ; celles où ils en ont peu ; enCn, celles où il y a exubérance dans les uns et relâchemoit dans les autres. Ce théories manquaient de précision, mais elles donnaient l'impolsion à ces vues élevées sans lesquelles on n'embrasse pas Teosemble d'une science.
Une certaine force fondamentale des Qbres, agissant indépendamment des esprits vitaux , avait déjà été admise par quelquor uns comme hypothèse ; elle fut réduite en système , dit de fir^ ritabUité, par Albert Haller, de Berne (1708-1777) ; ce fut le dernier coup porté aux théories mécaniques de. Bœrhaave. H trouva, après de longues expériences, que, dans les organes eom* posés de Âbresmusculaires, l'ifritabiltté opère incessamment; et il en exclut les nerfs, dont la force est subordonnée à la volonté. Il nia que ceux-ci transmettent les sensations en vibrant comme une corde de clavecin , attendu qu'ils sont mous, et que, pussentils osciller, ils en seraient empédiés par les ganglions. Il admet au contraire un fluide vital, dont l'existence était en quelque sorte rendue probable par les expériences de Hill, de Lœvenhoeck et de Ledermuller.
Cest ainsi que Haller appela l'attention sur les forces fondamentales de la nature animale, et les trois systèmes se trouvèrent en présence : l'un niait l'irritabilité, l'autre la sensibilité; un troisième niait leur nature distincte. L'insensibilité des tendons fut soutenue par Tissot de Lausanne, Moscati de Milan, et Borsieri de Trente, qui, le premier parmi les modernes, appliqua avec exactitude l'irritabilité de Haller à la théorie de l'inflammation, en écartant les anciennes hypothèses de l'obstruction.
MBDEËINB. 219
disciples de Haller s'étalent fondés principalement sur ce qull ne se trouve pas de nerfs daibs le cœur, qui pourtant est rorgane le plus irritable; mais Antoine Scarpa les y montra , et fit voir que les muscles du coeur ne diffèrent en rien des antres muselés soumis à la volonté.
Collen, professeur à Edimbourg, après avoir ramené à un véritable système Tétude des nerfs, assigna pour cause à la fièvre et à rinflammation les altérations de rirritabtlité. De TËecsse et de rirlande , cette doctrine, qui exclut les maladies humorales, se répandit dans toute FEurope, Vacca Berlinghieri ré* fute en partie Cullen, en soutenant que les humeurs en mouvement rie peuvent être soumises à la corruption que hors des vaisseaux , et que les altérations des corps, salubres ou nuisibles, viennent de la réaction des solides sur les fluides, suscitée par une nécessité physique.
Théophile Bordeu( 1722-1777) établit les bases de la vitalité dans Torganisme, en ouvrant la voie à Fécole physiologique, qui devait tant grandir en France. « Le corps animal , dit-il , est le résultat d*un concours d^organes et de parties qui cons* pirent au même but : ainsi la vie qui en dérive est l'ensemble des vies spéciales des organes particuliers; leur mutuelle harmonie donnera l'état normal; son dérangement produira rétat morbide. Le cerveau, le cœur, Testomac, sont les trois fondements de la vie; le pathologue doit donc porter son attention sur les fonctions de ces organes, sur leurs vices et leurs perturbations. » Bordeu devan4^ ainsi Broussais. Paul Barthez (1784-1806) reporta la m^ecine vers le principe vital , parce qu'il voyait partout des forces sensitives, des for* ces toniques et des forces motrices. L'action des médicaments résulte du mouvement imprimé à ces forces; la chaleur naturelle est produite par ce mouvement; la santé est l'exercice relier des forces vitales, et la maladie vient de leur défaut d'équilibre.
Cependant les découvertes, la mode aussi donnèrent naissance à de nouveaux systèmes. Lorsque la chimie se fut renouvelée « la chimiatrie reprit vigueur, et Ton voulut faire servir cette science de base a la théorie des maladies. Mais , bien qu'elle
320 mAdbcinb.
éclairctt Tadion de la nature sur les êtres virants et sur Ici eorps inorganiques , c'était aller trop loin que de prétendre lui &ire expliquer la vie. Les progrès de la chimie parurent autant d'arguments à la Mettrie pour soutenir le matérialisme. Le Genevois Tronchin , vanté par les encyclopédistes, consulté par le beau monde, inclina aussi au matérialisme; il défendit Tinoeulation et favorisa l'hygiène populaire : il voulait de la pratique, et non des théories. L'ouvrage de Cabanis ( 1757-1809) (HapporU du Physique et du Moral de f Homme ) fîit coocu dans le même esprit. Voyant les philosophes négliger le ph}'sique et les médecins le moral, il crut pouvoir les concilier. « Arec un verre de bon vin, disait-il, vous rendez un homme courageux : si donc la nature extérieure était toujours une mère prévoyante, nos fÎBCultés acquerraient un grand développement, comme nos mœurs, modiflées par le sexe, par l'âge, par le tempérament, par l'alimentation, pourraient devenir excellentes à l'aide de l'habitude. » Voilà donc l'homme réduit à l'état d'animal , à l'état de plante , comme l'avaient prêché les encyclopédistes, prétendant le rendre par là à sa dignité primitive.
Sitôt qu'on eut découvert l'électricité, plusieurs médecins rappliquèrent à la physiologie , et lui attribuèrent les fonctions dont on avait gratifié autrefois les esprits vitaux. La médecine en cspérabeauooup, et le Vénitien Pivati alla jusqu'à eroûrequ'oo pourrait à l'aide de l'électricité employer des médicaments sans les introduire dans le corps , rien qu'en les mettant dans les bouteilles de Leyde. D'autres l'employèrent avec raison dans la paralysie, contrairement à l'avis de Haller. Girt^nner voulut expliquer l'irritabilité musculaire par l'action de l'oxygène du sang artériel et d'un double courant électrique, dont les nerfs sont les conducteurs. Dutroehet demanda aussi aux appareils électromoteurs l'explication des mystères de l'économie animale.
A mesure qu'on reconnut l'importance del'anatomie pathologique, elle fut étudiée avec plus de circonspection et d'impartialité. Portai, dans V^énatomie médicale, avait ajouté à la description des organes dans l'état naturel , celle de leurs altérations. C'est ce que fit encore mieux McNrgagni de Forli ( 1683-1771 ), professeur à Padoue. Il rechercha le siège et Ton-
MtoBCINB. 321
gine des RMRn les plus cachés ; et, malgré 4a prolixité de ses hiscires, personne n'avait encore aussi bien associé que lui l'anatomie à la pathologie «.
L^anatomie ne fit pas de médiocres progrès. Le Hollandais Camper, qui périt dans la révolution de 1787, démontra Texisteoce de Tair dans les cavités du squelette des oiseaux; il signala aussi les variétés naturelles de Tespèce humaine , et les caractères tirés de la conformation des os de la tête et de Tangle facial, d*après lesquels Blumenbach classa ensuite les races humaines. Tylor fit de belles observations sur la structure de Toeil et sur la cataracte; TËcossais Hunter, sur Tutérus dans Tétat de grossesse. Blanchi, de Turin, opposé à Haller, étudia le foie, et engagea à ce sujet une controverse avec Mascagni. Malacame, de Saluces, porta son attention sur le cervelet humain, et reconnut l'un des premiers Timportance de l'anatoroie comparée, science à laquelle s'appliqua aussi Rezia, professeur à Pavie. Une école pratique de chirurgie fot instituée dans cette ville par Antoine Scarpa (1767*1852), du Frioul. Il se lia à Paris avec frère C6me, le célèbre lithotome ; à Londres avec les deux Uunter, avec Pott ; et il observa les injections opérées alors dans cetle capitale sur les sujets lymphatiques. Félix Fontana, qui étudia le venin de la vipère, suggéra au grand-duc Léopold ridée du musée physique de Florence; et il fut appelé en Autriche pour établir celui de Vienne , dont on admire encore les préparations en dre.
Beaucoup de médecins, à la fin du dix*huitième siècle, poursuivaient les investigations physiologiques de Haller. Les travaux de Sœmmeringet de Monro sur le cerveau et la moelle épinière, de Vicq-d'Azyr et de Scarpa sur l'ouïe et l'odorat, sont classiques en ce -genre. Duvemey, Rezia , Cruikshank et Mascagni s'occupèrent du système des vaisseaux lymphatiques , découvert par Aselli; Rndbeck et Bartolino prouvèrent qu'ils existent dans tout le corps, qu'ils absorbent le chyle et la lymphe. On
■ Le sénat de Venise porta sa pension jusqu'à 2,200 seqnins. On troiiv« dans le cours de ce siècle d'antres exemples de rémunérations géné> renies, surtout de la part de la république vénitienne.
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publia, après la mort de ce denûer, son jénaiomie k Tvsage de ceux qui étudient la sculpture et la peinture, ausi que le Prodrome de la Grande Anatomie, où il représenta avec exactitude, et de grandeur naturelle, toutes tes parties du corps. L'exposition succincte de Tanatomie de Langenbeck mit cette sôeace à la portée de tout le monde; les planches de Sœmmering, de Rosenmûller, de Mascagni, offrirent tout Fensemble de la vie animale ; les travaux de Blumenbacfa , de Cuvîer, de Geofifroy Saint-Hilaire, établirent le principe rationnel sur lequel se fondent les rapports des animaux entre eux. .Berzeliua examina chimiquement les parties constitutives du sang , et Bichat démontra que le sang se colore par le contact avec Tair respiré; Bréra, Duméril, Alibert, étudièrent la médecine iatrolepiSque, fondée sur la faculté absorbante de la peau ; et Richerand signala Faction des vaisseaux artériels et veineux sur les mouvements du cerveau. Les ExereUationes palhohgicx de Paletta sont riches de foits et de vues nouvelles. L'Écossais Charles Bell fit des découvertes remarquables sur les fonctions du système nerveux. Ainsi, on vit se développer d'abord la pbysidogie générale avec Haller; puis l'anatoroie descriptive, l'anatomie pathologique; ensuite Tanatomie comparée, après laquelle vinrent, comme conséquence , la paléontologie et Torganographie.
Jttsqu*au siècle dernier on n'avait observé les phénomènes que dans leur généralité, sans descendre aux détails; et, ne sachant point fouiller profondément le tissu organique de l'homme, on se contentait d'observer en lui la manifestation vitale. Le regard pénètre plus avant, et même dans ce sublime magistère on prétend trouver une unité d'action qui tient de la mécanique. Les Annales de la médecine de F.-J.-G. Sebelling, et le Traité de la vie de J.-F. Schelling , méritent de figurer en première ligne dans la philosophie naturelle. Oken fonda un système panthéiste, en faisant du monde une sorte d'animal ; mais ni la chimie ni Tanatomie ne sauraient donner l'homme : il y faut la pensée et la réflexion. Bichat ( 1771-1806} distingue la vie animale et la vie végétative ou organique, et prétend établir la physiologie sur la tliéorie des propriétés vitales; il
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volt entre les phénonièDes vitaux et les phénomènes physioehimiques, non-seolement des dissemblances , mais encore de ropposition. On lui doit les plus adnûrables observations sur les ionisants, dans lesquelles il décrit la manière dont cessent les fonctions des ileux vies. Dans Fanatomie générale, il peignit àgrandstraitsles caractères des êtres organiques; etlorsqu'il a établi les caractères anatomiques d'un tissu , il le suit dans tooles ses transformations , tant que les procédés d'une investigation sévère peuvent lui suffire. En s'appliquent à observer les lois normales, il les voit se produire même irrégulièrement ; d'où il résulte que les propriétés, et en conséquence les fonctioos, en restent modifiées; de là les maladies. Celles-ci sont done attaebées aux transformations de l'organisme ; et , oonsidérées en elles-mêmes ou par rapport aux modifications des fonctions, elles produisent Fanatomie pathologique, science préparée par Linné et par Morgagni, et élevée par Bayle, Cormart, Mackel, Otto, Gruveilher, Serres, Abercrombie, Andral, LoQÎs« et Isidore Geoffroy Saint-Hilaire.
Dupaytren (1775-lgi5), qui écrivit peu, pratiqua beaucoup comme chirurgien en chef de l'Hôtel-Dteu, eton lui est redevable d'an grand nombre de méthodes nouvelles d'opérations. Il a légoé, en mourant, 300,000 francs à la &culté de Paris , pour la fondation d'une chaire d'anatomie pathologique. Boyer ( 1 757- 1833) publia, sur les leçons de Desault, son maître, un traité complet deehururgie. Moins orné que Bichat, il résuma et compléta les travaux de l'Académie royale de chirurgie : ce ne fut pas un inventeur, mais un grand anatomiste et un sage opérateur. Le traitement des blessures et le r^me des hdpitaux s'améliorèrent pendant les guerres de la république, et le nom de Larrey sera béni partout où l'ambition et la nécessité de se défendre mettront des armées aux prises.
Le système des humoristes allait toujours dédmant , depuis que les découvertes anatomiques et physiologiques avaient paru frire résider l'action vitale dans les parties solides, et en £aire dépendre la circulation do sang ainsi que la sécrétion des humenrs. Ce système donna naissance à la doctrine du docteur Bfown t d'ËiÛmbourg ^ que Christophe Girtanner répandit sur le
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continent, en le faisant passer ponr son ouvrage. La santé, seloD Brown, consiste dans une quantité réglée de force vitale , dont Texoès on le défaut produisent les maladies. Celles-ci sont donc de deux espèces seulement : les maladies sthéniques ( produites par un excès de force vitale), et les maladies asthéniques (produites par le défaut contraire ) ; Popium est vanté pour ces dernières comme un remède souverain. Conâdérant la plupart des maladies comme générales, et provenant de Texcès on de rinsuffisance du principe vital ou d'irritabilité , oe praticien bornait le traitement à observer jusqu'au point où le malade pouvait supporter le remède opposé. Rasori ( 1766-1887) connut à Florence la doctrine de Brown dix ans après sa publication ( 1 788 ), tant les communications étaient lentes à cette époque; et il commença sa réputation en traduisant cet ouvrage (1792), puis en prenant sa défense contre ceux qui Tattaquaient. Vacei Berlinghieri le réfuta par des arguments de bon sens; mai; Rasori opposa la déclamation et Temportement à tous ceux qui prédisaient la chute de cette doctrine. Il la modifia pourtant lui-même par sa théorie du contre-stimulant , d'après laquelle l'excitabilité et Faction des puissances extérieures seraient le principe même de la vie; à td point que le sentiment, la contraction musculaire, les phénomènes de l'esprit et de la pa» 'sion, ne seraient plus que des modes d'excitation. Les remèdes, selon Rasori, se distinguent en stimulants et en contre-stimulants, et, comme tels, ils s'appliquent aux maladies qui, à l'exception de celles qui naissent d'irritations, proviennent toutes d'un excès ou d'un défaut de stimulant. La couenne du sang est produite pat la phlogose et constituée par la fibrine. Or, la phlogose résulte d'un développement des vaisseaux veineux qui sont engorgés , et elle ne détruit ni n'engendre de parties organiques. La théorie du contre-stimulant fut modifiée par Tomasini (1769-1846), qui voulut l'intituler Nouvelle DoetriM médicale italienne
Déjà Rasori , Tomasini et Pinel avaient sapé la doctrine de Brown, et substitué le solidisme local au solidisme général, de manière qu'on étudiait Taction vitale de chaque organe tout en recherchant le siège particulier des maladies. Bioussais