MÉDECINE
|Mrt de rirritâbilîté de Haller, et c'est sur elle qà*ii fonde la physiologie, la pathologie, la thérapeutique, et jusqu'à la pbikwophie médicale : cette unité de ivîncipe flatta les esprits par une apparence scientifique. Une force vitale préside à la formation primitive des tissus et à leur conservation, qui s'opère au moyen de rirritabilité , mise enjeu par les agents extérieurs, et consistant en un mouvement de contraction qui appelle les liquides oiganiques sur le point excité. Si ce stimulant est excessif ou insuffisant, les fonctions des organes sont troublées, et la maladie en résulte : la mairie est donc ou Teffetde l'irritation et inflammation, ou d'un défaut contraire. Elle commence par un organe, et peut s'étendre à tous, et entraîner U mort ; or, le plus exposé de tous est le viscère digestif, siège des principales irritations. Le traitement consiste à accroître et bien plus soaTcnt à diminuer rirritabilité, à l'aide de stimulants ou de débilitants. // faliait, dit-il, /Mrr^ir (Tun point quelconque pour étudier iet maladies internes ; etfai pris mon point de départ dans la chirurgie. Vit^flammation doit être à l'intérieur du corps ce qu'elle est à r extérieur. De là ses théories delà localisation primitive de toutes les maladies , de leur caractère sthénique presque général, de rioflammation des organes digestiis substituée à tant de maladies diverses, enfin de l'emploidu traitement semblable à celui qu'on dirige contre les inflammations externes : savoir, les saignées, les sangsues, les boissons gommeuses. Il triompha; mais bientôt sa théorie fut examinée , et comparée avec les résultats obtenus. Or, si on lui reconnut le mérite d'avoir étudié les inflammations, et d'y avoir fait admettre aussi comme telles les mahidieschroniques, d'avoir rendu le diagnostic plus sûr en le localisant, et mieux observé l'appareil digestif, on lui reprocha de n'avoir établi qu'un seul genre de i/ialadies, une seule opération oi^;anique, un seul traitement Broussais étendit son système aux faits intellectuels en traitant de la folie , et combattit l'ontologie pour faire revivre l'expérience matérielle : il fit de la sensibilité un produit nerveux, de la passion un acte des viscères, de l'intelligence une sécrétion cérébrale, du moi une propriété générale de la nature vivante, de la liberté des déterminations humaines une
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ehimère ^ n'y foyant rien que le résultat ùtal d'une eieitation dominante.
Les anatomistes^tholosBtes et Téonle de Broussais dirigèrent entièrement leurs recherches sur la matière orpniqoe. Cependant cette école vit bientiit s*éiever contre elle l'école vitaliste, qui vient de se retremper dans l'étude de l'embryogénie.
La localisation des maladies eut alors pour elle la localisation des facultés du cerveau. Gall (1758-1828 ), fondateur de la craniologie^ soutient que les facultés et les dispositions de rhomme sont lunées en lui , et que leur manifestation dépend de l'organisation spéciale de l'encéphale. A un cerveau général, à Fiotriligence générale unique , il en substitue une foule d'individuels, et autant d'organes qu'il y a de facultés : celles-ci , en se déreloppaut, opèrent sur les portions de l'encéphale qui leur correspondent, et produisent certaines protubérances ou sinuosité du crâne auxquelles leur énergie est proportionnée ; de manière que nos ùcultés fondamentales peuvent être focilement reconnues. Le nombre , selon lui, s'en élève à vingt-sept, chacune ayant la Êiculté de percevoir, de se souvenir , déjuger, dlmagîner, etc.; mais elles n'agissent que concurremment avec les focultés générales de la perception et de la mémoire. Gail chercha à se disculper de l'accusation de matérialisme et de fatalisme, et à tirer de son système une idée de la perfectibilité humaine, ainsi qu'une tolérance illimitée pour toutes les opinions, comme étant le résultat de Torganisme.
Personne ne refusera à l'école phrénologique le mérite d'une observation sagace du système nerveux. George Combe , d'Edimbourg, fit faire des progrès à la doctrine de Gafl , en signalant à la surface du crflne le siège positif de chaque làculte, et en inventant le craniomètre. Quelques-uns ont voulu appliquer cette science naissante à l'éducation des enfants et la reconnaissance des criminels. Us disent, pour échapper à la conséquence de la doctrine des fatalistes, que les prédispositions naturelles et innées peuvent se vaincre à l'aide de la volonté, et en s'effor^nt d'en faire prévaloir d'autres. ^
L'honuBopathie, l'hydropathie, et d'autres systèmes eneofe^ • sont portée aux nues par quelques-uns , tandis que d'autres
HÉDBCIIIB. fï7
leur nient jnsqu^à la qualification de scientifiques. Or , 8*il Ait jamais permis de révoquer en doute Tautorité de Texpérienra, à regard de ces doctrines , dont les partisans et les détracteurs se sont appuyés sur les mêmes faits. Les esprits sages les recueillent , et attendent leur explication du temps.
Le magnétisme animal, que les adeptes de Mesmer laissèrent tomber dans le ridicule , se releva en 1813 avec Thistoire de Deleuxe, ouvrage écrit avec mesure et avec esprit. On affirme qu'un homme peut opérer matériellement de loin sur d*autres individus, par le seul intermédiaire d'un fluide différent des impondérables connus. Ce n*est donc pas la théorie physique de Mesmer, mais une théorie physiologique, puisqu'elle n'a besoin que de Faction libre de la volonté , et de ce qu'on appelle des passes; ce qui ne produit pas de convulsions , mais un changement de circulation, le somnambulisme, la lucidité de Tin** telligence. Le magnétisé derient insensible aux impressions ex« tériesres , à moins qu'elles ne soient produites par la personne avec laquelle il est mis en communication; il obéit au magn^» tiseur : doué d'une seconde vue, il perçoit l'intérieur de son propre corps et de celui d'autrui , la nature des maladies et les remèdes qui leur conviennent; puis, une fois réveillé, il ne se aoamnt de rien. On cite-à l'appui les somnambules , les aca« taleptiques, les logMs, les trembleurs, les devins; et comme on trouve à toutes les époques de la société des miracles, des visions , des prophéties, qu'on ne saurait nier sans abolir toute eertitade humaine, on espère les expliquer physiquement par le magnétisme.
Noos ne sommes que trop habitués à la guerre que la science ofllcidle livre à celle qui apparaît nouvelle et excentrique, à l'eaprît déliant et servlle à^a savants de profession. Ceux qui admettent uniquement ce qu'ils comprennent, et rejettent ce qui ne peyl ni se manier ni se tailler , trouvant les théories physiologiques impuissantes à embrasser et à expliquer les frits magnétiques, les nient résolument; mais cette science, «S|ui peut-être est destinée à jeter une grande lumière sur l'ae» > ^mm nerveuse , est plus compromise par les exagérations de ses partisans que par ses ennemis eux-mêmes.
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Qaelle que soit la valeur des doctrines, la plupart croiat toiyours que la médecine doit procéder de préférence par ks voies expârimentales. On a vu en Italie Geroroini attribuer à Tuntologisme les erreurs de cette science, Giaeomini combattre la doctrine diétésique , et Pucinotti prêcher la médecine hif • pocratique, qui se confie à la nature, comme le meillenr do médecins.
«L'étude de la nature, en faisant des progrès, a mis de mwveaux médicaments à la disposition de Fart de guérir, et la mécanique en a perfectionné les instruments. Les moyens d*analyse multipliés sont venus s'offrir à Tanatomie, qui a eu grandement à profiter des sections et des injectimn des cadavres, des expériences sur la nature vivante, de l'usage du microscope et des analyses chimiques. La stéthoscopie aida à suivre la série des maladies des organes de la circulation et de la respiration; des vies entières ont été consumées laborieusement à étudier une seule maladie. Le système nerveux a été étudié avec riwportance qu'il mérite, et l'on a recherché comment, par la loi de réflexion , des maladies locales deviennent générales. L'action des agents pondérables ou impondérables, mesurée et dirigée à l'aide d'ingénieux appareils, a donné naissanoe À la nouvelle chimie organique et animale; et Foo esfèn qœ cette science répandra la lumière sur les affections psychiqueSi point de contact de la médecine avec les sciences morales.
Déjà le système brownien avait simplifié les méthodes contives; et cette simplifications été pousée encore plus loin par l'hydrothérapie, Thomoeopathie et la doctrine de Broussais; et non-seulement la polypharmacie, se trouve aujourd'hui condamnée, mais la chimie a rendu les médicaments supportables et plus e£Bcaces; en outre, la série des remèdes héroïques s'en étendue. À peine Sertnemer eut-il découvert la morphine, rua des principes essentiels de l'opium, que Pelletieret Carentou trouvent une quantité d'alcalis végétaux, au nombre desquels la qsinine tient le premier rang : c'est une véritable quintessence des substances végétales, et la réalisation scientifique du scmge de Paracelse. Les miasmes délétères sont décomposés par les chlorures alcalins ; les méthodes désinfectantes sont non-seulement
APPLICATIONS. fiO
aux hôpitaux , d*où disparaissent les fièvres nosoco-' miales, mais on voudrait en tirer- parti pour abréger les quarantaines , si nuisibles à la rapidité du commerce. De même que la ehimie, la chbrnrgie vient en aide à la médecine interne, en coordonnant ses opérations avec la physiologie et Tanatomie pathologique. La section des nerfs et des tendons , les ligatures des artères, l'art de pénétrer profondément dans les chairs pour en extraire des os cariés, en extirper des tumeurs ou en dégager des liquides, la cure radicale des hernies, l'extraction ou le broiement de la pierre, Tobslétrique régularisée. Part de l'ocul iste perfectionné , sont autant de services rendus par la chirurgie. £ofln, elle est parvenue à diminuer ou à supprimer les douleurs par rinbalation de Téther ou du chloroforme. On 8*est occupé de la santé des équipages marifiraés et de celle des armées , on a remédié au péril des sépultures précipitées ; bien des maux ont été prérenus par la police médicale; des mesures ont été prises pour assainir les logements des classes pauvres. L*art vétérinaire s'exerce avec lèle sur les animaux qui partagent et allègent ks travaux de Thomme. On a donné une attention seniiMilease aux maladies des enâints; une multitude de faits ont été recueillis, foits qui éclairent une pratique sage, s'ils ne fondent pas eneore de nouvelles doctrines.
appucahons.
L'un des caractères les plus saillants dé la science contemporaine , c'est son application aux besoins et aux jouissances de la vie. La chimie, à son enfance, s'était appliquée à faire de Tor, et à découvrir le secret de {Hrolonger la vie ; c'est encore le but qu*elle se propose aujourd'hui par les applications usuelles. Jusqu'à Lavoisier, elle avait cherché des notions dans les procédés empiriques des arts techniques ; à partir de la fin du dixhuitième siècle, elle ouvrit des routes inconnues aux vieilles industries, et en créa de nouvelles. L'extension des manufactyres
2S0 APPLICATIOIIS.
de produits chimiques mootra qu'elles ne senraieiit plos uniquement à la médecine. Pendant les guerres de la Révolutioii, la potasse étant devenue rare, on y substitua la soude, eitraite du sel marin. Lorsque le blocus empêcha le sucre d'anirer, on y suppléa par la betterave.
Chaptal (1756- 1833) rendît populaire cette scioioe, rdéguce naguère dans les pharmacies, il établit des fabriques, introdsisit des manufactures, encore ignorées, d*acide sulfuriqoe, dV lun, de nitre, et de soude artiOcielle ; il enseigna à fiibriqucr IV cétate de cuivre « à teindre les cotons, à employer les sds de 1er. Appelé en vain par le roi d'Espagne et par Washington, il ne voulut pas abandonner sa patrie, et il lui vint en aide dans les liesoins de la Révolution. Sous le Directoire, il rédigea des règlements pour les fabriques, fit établir une chambre de coib* merce, des conseils d*arts et manufactures, etc. Il fit venir dM ouvriers anglais avec leurs machines, encouragea les nationaiii par des concours, créa au Conservatoire des arts et métiers une icole spéciale de chimie appliquée aux arts ; il s'occupa des fonderies, des mines, des salines, des tourbières, de la eirculatk» des grains, des méthodes pour la culture de la vigne, pour la fabrication do vin , pour l'élève des mérinos ; il introduisit dans ses propriétés les procédés nouveaux de la scteoee, el ne disrin»lait ni ses gros bénéfices , ni les moyens à l'aide desquds il la obtenait '•
BerthoUct exposa, dans VJrt de teindre, des vues et des applications nouvelles. Il étudia les phénomtoes de la manipulation du sel de nitre, trouva le chlorate de potasse, et tenta de le substituer au nitre dans la fabrication de la poudre; mais ce chlorate, trop explosif, ne s'emploie plus que pour la pr^ration des allumettes chimiques. Le Blanc et Dizé trouvèrent le moyen de fabriquer la soude, qui remplaça la potasse d'Amérique, ce qui délivra les verreries, les blanchisseries, les pa*
' Aytnt donné sa démission lors dn coaronneroent de Napoléon, Chftptâl revint aux aflkires en 1813, aux jours ôe» revers; et en I815 U signala à Napoléon la nécessité de donnet des instilvtions, ga^ d'une mutuelle confiance.
AVPLtCATlOlia. 9S1
fMterici, les MTOiineries, da danger de rester en diômage par fratemiption des eommonvcations. Dartigiies parvint à extraire le soufre des pyrites ; d*autres chimistes perfectionnèrent la fil*- Ivncatîon de Tacide snifurique et de l'ahin. La science trooya encore le secret de préparer des fomiers qui convertirent en richesses les déhris organiques ; elle ninitiplia les moyens les plus commodes et les moins dispendieux d*allumer le feu ; elle perfectionna la poudre et les procédés pour faire partir les armes à feu.
A peine Chevreul eut-il fait connaître la véritable nature des corps gras, que les bougies stéariques remplacèrent celles de cire, beaucoup plus coûteuses. Les lampes d'Argand furent perfectionnées en 1801 par Carcel et Carreau, qui firent monter rhulle de manière qu'elle arrivât froide à la mèche, et Timbibât continuellement; depuis lors, on y apporté de nouveaux perfectionnements. Dans le thermolampe, imaginé en 1800 par le Français Lebon, le gaz hydrogène carboné, produit par la distilMmi du bois, servait déjà comme moyen d'éclairage ; mais il ne devint d*un usage général qu'à dater de 1806, époque où fi lut employé dans les fonderies de Watt et Bulton. D'autres perfectionnèrent cette invention, qui se répandit bientôt , à tel point qu'elle fournit aujourd'hui l'éclairage à des villes entières.
La physique a trouvé aussi des applications utiles : les presses hydrauliques de Bramah tassent sur les bâtiments les fourrages militaires , les étoffes de laine et de coton; d'autres foulent la tourbe pour en fiidliter la combustion. On doit à Philippe de Girard la filature mécanique du lin h Leistenschneider, à Robert et h Didot la machine pour fabriquer le papier. Les perfectionnements apportés aux moulins, aux charrues, au fléau à battre le grain, égalèrent, en Angleterre surtout, l'invention du tis* sage mécanique. Les théories de Fourier ont été appliquées à améliorer les voies de communication; celles de Rumford, à ralimentation des classes pauvres ; les progrès de l'astronomie, è faciliter la détermination des longitudes ; ceux de la mécanique, à perfectionner les vaisseaux.
Les lois de la catoptriqûe ont été appliquées aux phares. D'à* bord la lumière y fut concentrée au moyen de mûoirs parabo*
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ligues en métal ; mais il en résultait qu'on ne la voyait qsa dans les directions des rayons parallèles aux axes de lames paraboliques , et de grands espaces en restaient privés. Bordier ocMTÎgiea ce défaut au Havre en 1807, en faisant tourner Tappareil; et récUpse qui en résulte sert en outre à faire distinguer cette lanûèreile toute autre. Mais comme cette espèce de miroir peid facilement son poli, on songea à y substituer la réfraction, à Taide de laquelle la lumière se dirige à volonté. C'est à quoi réussit Fresnel en se servant des lampes Garcel améliorées, et de lentilles décroissantes entourant comme d*anneaux la flamme, qui, en se réfractant, se trouve dirigée le plus convenablement
Davy appliqua Tune des particularités du pliénomène de la combustion à la lanterne des mineurs, en Tentourant d'une toile métallique, pour les garantir des explosions produites par le contact de la flamme avec les gaz inflammables. 11 cberdu aussi à préserver de Toxydation le revêtement en cuivre des navires, en ôtant à ce métal, au moyen de clous, la tensioa électrique produite par le contact avec Teau de la mer. Mais Télectricité négative y fiait déposer une croûte de carbonate calcaire, sur lequel s'attachent des zoophytes et des mollusques, au point de rendre cette doublure inutile. La galvanoplastique est venue offrir de nouveaux procédés de dorure, surtout depuis le perfectionnement apporté à cette découverte par Ruolz et Elkington. On s'en est servi pour frapper des médailles; et dans les établissements de Saint-Pétersbourg on a vu exécuter, par oe procédé , des statues n'ayant pas moins de trente pieds.
L'électricité a été appliquée aussi à la médecine ; elle l'est aujourd'hui à la métallurgie. Wheatstone l'a employée, à Taide de mécanismes très-ingénieux, à transmettre des signaux à une grande distance, avec la rapidité de la pensée. Un tél^raphe électrique vient de s'établir à travera la Manche, et l'on ne désespère pas d'en voir un prochainement entre Londres et Kew-York. L'électro-magnétisme met le feu à une mine, même sous l'eau, et peut-être le verrons-nous éclairer nos villes. Bonsen , dans ses recherches sur la lumière hydro-électrique , a démontré qu'avec 800 grammes de zinc, 466 d'acide sulfurique et 606 d'acide azotique, on produit pendant une heure, pour un
prix minime , mie lumière égale à 573 bougies de stéarine.
Toutes les barrières parurent s'abaisser devant Taudace humaine, quand les frères MontgoUier traversèrent l'espace dans ces imitons, où ilsraréOaientTair à Taided'un brasier attaché au-dessoos. Le physicien Charles et le mécanicien Robert y adaptèrent un gaz plus léger, Thydrogène, et substituèrent le taffetas à la toile : lors de leur ascension auCharop-de-Mars, les canons annoncèrent à la capitale de la France que la science venait de prendre possession des champs de Pair. En 1785, Pilâtre et Romain diercbèrent à combiner les deux systèmes de la fumée et de rhydrogène ; mais Thydrogène prit feu , et les deux aéronautes furent précipités du haut de l'atmosphère. Arnold et son fils firent une ascension à Lmidres; la machine s'étant inclinée» le père lut lancé dans l'espace ; le fils se retint aux cordes jusqu'à ce qtt*elle se fût redressée : elle se releva enfin ; mais le feu y prit, et il tomba dans la Tamise « dont il gagna le bord à la nage. Ces expériences malheureuses firent considérer alors cette découverte comme un jeu périlleux ; si quelque sceptique demandait : A qvoi tii<e bon f Franklin repondait : A quoi est bon r enfant qui vient de naUre ? Et aujourd'hui même, malgré la fin déplorable de Blanchard, Zembeccari, Garnerin , Gale, et de tant ^e hardis aéronautes , nous voyons les savants, les mécaniciens poursuivre le secret de diriger les ballons ; le temps n'est peutêtre pas éloigné où ce jeu téméraire réussira à bouleverser toutes les conditions de la guerre et de nos systèmes de douanes.
Mais aucune application n'est comparable à celle de la vapeur. Les anciens n'ignoraient pas que l'eau, en se transformant en vapeur, se dilate, et acquiert une grande force élastique : en effet, Aristote et Sénèque attribuent les tremblements de terre à une évaporation subite de ce liquide, produite par la chaleur terrestre. Un siècle avant J.-G., Héron d'Alexandrie décrivait une machine correspondante à nos machines à réaction; et c'est peutêtre h la connaissance de cette force qu'il faut attribuer quelques-uns des prodiges à l'aide desquels les prêtres païens abusaient delà crédulité du vulgaire. Salomon de Gaus, ingénieur normand, a décrit une machine où la force élastique de la vapeur servait à soulever l'eau (les Raisons des forces mouvantes, Frano-
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fort, 1615). Maisdéjà, auparavant, JeaU'BaptislePortaantt traité de la maniera d*évaluer lea voiiHnesrelati& de poids égaux d*eaii etdevapear,falen qu'on n'y voie pas rintentiond'oiytfloirune force motrice. Un nommé Branca proposa, à Rome, de diriger sur les aubes d'une roue horisontale le courant de vapeur développée par unéolipyle ; et, en 1663, le marquis de Worcester, d'âerer l'eau à l'aide de la vapeur. En 1690, François Papîn décrivit, dans les Jctei de F Académie de Leip^iekf la première machine oà un piston s'élevait et s'abaissait par l'expansion et la condensation alternative de la vapeur, à l'aide du frmd. U ne l'appliqnsit qu'à puiser de l'eau ; mais il comprit combien elle pouvait avoir de puissance, et exposa la manière de l'utiliser pour faire mouvoir un axe ou une roue. Il inventa la machine à double effet , et il en fit l'anilication à la balistique, à la navigatioD, à d'autres usages encore. Il avait imaginé avant 1710 la naehinei haute pression sans condensateurs, la ciavelte à quatre fini, la digeeteur^ si précieux pour l'industrie, et la soupape de sârelé. Savery, capitaine anglais, exécuta en grand, en 1696, une raaclune à puiser, dans laquelle la vapeur se précipitait, au moyen du jet d'eau froide lancé sur les parois extérieures du vase ntellique. Le serrurier Newoomen , s'étant associé à lui et an vitrisr Cawley, apporta quelques perfectionnements à la mafthine de Papin ; et, dans celle qu'il exécuta en 1705, la condensation était effectuée par un jet froid dans le corps même de la pompe. La soupspe destinée à obtenir l'alternative d'expansion et de condensation se fermait et s'ouvrait encore à la main. Henri Potter, jeune gai'eon employé à cette manœuvre ûistidieuse, ajouta des verges de fer au balancier, servant à ouvrir et à fermer la soupape au moment opportun; ce qui donna k l'ingénieur Brighton l'idée du triangle vertical se mouvant avec le balancier, tel qu'il est usité aujourd'hui dans les grandes machines. Le volant, inventé par Fitzgerald, rint compléter les moyens proposés par Papin pour changer en circulaire continu le mouvement rectiligne de va-et-vient La nécessité de refroidir le cylindre à chaque condensement de la vapeinr entraînait encore une grande déperdition de chaleur. Enihi, Watt songea à ajouter au corps de pompe une chambre où passe la vapeur,
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mptès avoir produit son effet et reça le jet froid, sans que la température s'abaissât dans le eorps de la pompe. En 1799, il iMint un breret pour cet appareil essentiel du condensateur isoléf et il construidt ainsi les machines à effet simple; puis la maehine à double effet en un seul corps de pompe. En 1784 , il inventa le parallélogramme détaché pour la madiine à double cfTet, et y appliqua le régulateur à force centrifuge. Lorsque ensuite Murraj exécuta, en 1 ROI , les tirants mus par une ezcen* trique, les organes mécaniques de cet appareil se trouvèrent complets.
Tout cela ne servait encore qu*à des machines fixes, lorsque, qoarant^eux ans après que la première idée s'en était offerte à Papln, Jonathas Hull ( 1737) obtint un brevet pour construire on bûteau remorqueur avec la machine de Newcomen. Ce projet n*mn pas de résultat Mais le Français Perrier en 1775 , et le marquis de Jouffroy en 1778, construisirent des bateaux de ce genre : ce dernier en établit même un sur la Sadne, ayant quaranle-six mètres de long sur quatre mètres cinquante de large, et mû par deux machines. La Révolution l'ayant forcé d*émigrtr, les Anglais prirent les devants; et MAler en 1791 , lord Stanhopeen 1795, Symenton en 1801, continuèrent les tentatives avec succès.
Dès Tannée 1548, le capitaine Blasco de Garay avait offert à Charles-Quint une machine destinée adonner Flmpulsion aux navires sans le secours du vent et des rames. L'empereur en autorisa une expérience qui (ht faite dans le port de Barcelone Bien que Fauteur ne voulût pas publier son important secret* on sait que Tappareil consistait en une chaudière d'eau bouillante, qui faisait mouvoir deux roues sur les flancs du bâtiment On loua le résultat obtenu; mais le trésorier Ravago objecta qu'un navire de cette espèce ne pouvait feire plus de deux lieues en trois heures ; qu'il coûtait beaucoup, et qu'il y avait en outre le danger de l'explosion de la chaudière '. Les hommes pratiques émirent
* Les documents à ce sujet ont été publiés par Navarrète.etparDeios de la Roquette, Recueil des vojfagei et déeouverteê de$ Espagnole depuis taJUidu q^n%ième sfèeU.
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une opinion toute oontraire; mais Charles-Quint, oeeopé à ses guerres, n'avait pas le temps de songer à une invention qui aurait hâté de deux siècles et demi la révolution dont nous sommes les témoins dans Tart de naviguer. . Un autre mécanicien se présenta, de nos jours, à on empereur animé des idées de Charles-Quint , et lui proposa aussi des bateaux pouvant marcher contre le vent parla force de la vapeur. Or ce guerrier, qui pourtant cherchait tous les moyens d'abattre T Angleterre, méconnut celui qui lui aurait donné une supériorité infaillible. Napoléon, malgré son génie, ne comprit pas ï'ing^ieur Fulton, et il dut le regretter amèrement aux jours de ses revers.
I^ liberté accueillit ce qu'un conquérant avait dédaigné : cette Amérique, que nous appelons encore le nouveau*monde , et qui asphre, comme un vaillant élève, à surjpasser son maître, appliqua à la navigation cet agent, qui |Hroduit d'incalculables effets; et, grâce à la vapeur, les mers sont aujourd'hui traversées avec sécurité et avec une rapidité jusque-là inconnue. Robert Fulton (1765-1815), né de parents irlandais en Peasylvanie, fit naviguer en 1807 le premier bateau à vapeur sur l'Hudson ; à peine obtint-il deux lieues à Theure. Cependant sa découverte se propagea. L'Angleterre eut en 1812 ses premieis bateaux réguliers, la France, en 1816; les autres nations les suivirent. Ce ne fut qu'en 1841 que l'océan Pacifique fut sillonné pour la première fois par des bateaux à vapeur {ie Pérou et k Chili) j construits en Angleterre pour un service régulier entre Valparaiso et Lima.
^ L'Angleterre et ses colonies, qui ne possédaient en 1814 que deux bateaux à vapeur de 456 tonneaux, en comptaient en 1834 cent vingt-six, jaugeant ensemble 15,739 tonneaux ; en 1834, quatre cent soixante-deux , du port de 50,734 tonneaux. lU dépassent aujourd'hui mille. Le premier bâtiment de guerre à vapeur anglais fut construit en 1828, et la marine anglaise en compte aujourd'hui plus de cent. Les théoriciens et les praticiens avaient déclaré cepeadant qu'il serait impossible d>n faire usage pour traverser TOcéan; mais le Great-JVes» tern, parti de Bristol au mois d'avril 1838, arriva à New-
APPUGATIORS. 287
York €n qalDie jours, après avoir Ml donase cents lieaes.
Ce fol alors que Voa songea à siibstitaer au bois le fer, qui .est pin» fort, plus léger, et qui n'a rien à craindre des insectes. DoU imagîtta en 1818 les cales à plusieurs compartiments, systèoie qai« si l'une fait eau, laisse les autres intactes ; C.-W . Williams mit cette découYcrte en pratique. On construisit, d'après ce système, ie Tigre, i'Eyphratef l'Jiburkka, le Quorra, CAèberi^ ie H'Uberforce et autres, pour servir à l'exploration des fleuves. Ces navires purent pénétrer plus avant vers les p6les, en Inisant les glaces et en tirant moinB d'eau. On remonta des fleuves jusqu'alors inaccessibles. Maintenant l'Orénoque, Timroense Hissouri, le mystérieux Mississipi, servent, grâce à ces pyroaeapbes, à rapprocher les populations les plus éloignées. On les emploie maintenant à explorer le Niger, afin d'arriver à rextirpatîon entière delà traite des nègres. Deux vapeurs ont remonté l'Euphrate jusqu'à Belès l'espace de plus de trois cents lieues pour ouvrir de ce odté une nouvelle voie plus fevorable au commerce que celle de Suez ; car l'Angleterre n'y serait en conenrreace ni avec les Arabes ni avec les Banians.
Bientôt après, le gouvernement général des Indes songea à utiliser la vapeur pour faciliter ses relations avec la mère pa* trie. Ce projet fut longuement discuté. Enfin le capitaine Johnson partit, le 16 août 1825, de Falmouth avec V Entreprise^ bâtiment de 460 tonneaux ; et, le 7 décembre, il touchait au Bengale. Quand trois mois ne suffisaient pas à un navire ordinaire pour faire sur le Gange le trajet de Calcutta à AllahAbâd, ceuxci y arrivèrent en huit jours, bien qu'ils ne marchassent pas la nuit. D'autres se dirigèrent vers la mer Rouge; et en 18S0 le Hwg'UMdsay passa de Bombay à Suez en vingt et un jours. Ceux qui le suivirent y mirent moins de temps encore. Le parlement résolut donc d'établir des communications par cette voie, et l'on espère que la malle de Bombay pourra arriver à Londres en un mois. Ainsi s'effacent les distances. Déjà la nouvelle Société anglaise entretient, à l'aide de quatorze steamers et de trois goélettes à voiles, le service de la poste, à raison de deux courriers par mois, entre la Grande-Bretagne, toutes les parties des Iodes occidentales, la côte voisine de l'Amérique méridio-
Mie, elHMiAHni;€ll»cip6di6den Cote pimoif tenrira à k Haivitt, à R«HW, aoz porte des Étai»>Uiiis nr r Atlntiqiie, eljaeqa*àHali6z dms la Novfelle-Éeoeee. Leeerrioe eHoigaweé de manière à âdlitar IcBCOfluiiiioioetioiie entre tonlei Ice liée el ks contiiieiiti» de SmùÊm à Forient» Joaqa'aa Men^oe à Toecident, el du golfe de Paria et de Chagrèi jasqo*à Halito. On vaaineietronrevientenioiianteJonrsderAmériqpeàLondfce, après avoir tooché à la plupart des lies oeeidentaies, et ràité les prineipanz ports de rAmérique, sor des batesnz oo Ton trouve tontes les eommodités de la vie.
Le grand défimt des bsteaox de Fnhon était de n'avoir d'autre nioteurquelavapeor,etde ne point profiter des gTsudestoecs naturelles. En effet , la machine se trouvant plaeée au centre et sur les flancs do navire empêche éy élever une mâture passante, capable d'aiTronter les plus grsndes tempêtes. On vient, dans la construction du Gnea^ffrifai», de remédier à ce défaut en remplaçant les aubes des roues par la vis d'Ardiimède, ou plutôt par une vis ordinaire de seize pieds de diamètre, nouvel appareil de propulsion que les Français attribuent à DeUe , et les Anglais à M. Smith. Ce mécanisme allège le navire de cent tonneaux , et donne au bâtiment de la eonunodité et de Télé* ganoe, en même tempe qnli lui rend plus aisée rentrée des es naux. Si ce procédé s'étend, comme il est à présumer, il focîli* tera beaucoup les voyages dans l'Inde , ralentis d'ordinaire per les calinesaltemati£i, par les courants, et par les tourbillons.
Tels sont les résultats que l'on a atteints, depuis que Pea n'abandonne plus la construction dss pyroscaphes à une pratique aveugle. La remonte d'un fleuve, que Ton avait toujoon considéré comme un obstacle au commerce , est maintenant ftcile et lucrative par la dépense immense de charbon. Avn la découverte d'une mine de charbonde terre est plus eetimée* aujourd'hui qu'au seizième siècle l'était celle d'une mine d'or, et suffirait pour enrichir quelque rocher désert de k Polynésie. L'invention des pyroscsphes ne date pourtant que d'hier; rasii qui pourrait calculer les perfectionnements dont elk est ûble, et les conséquences qu'elle aura P
Motra Bièck a été caractérisé uar k moidilé des voiei de corn-
APPUCATIORS. 389
nHaueatîoiis : ses premières années ont tu, en effet, les aneiennes routes s'améliorer et de nouvelles s'ouvrir, fMir ce besoin eroiasant de se communiquer les produits du sol, de la pensée, de Texpérience; puis, dans une proportion extraordinaire, par rétablissement des chemins de fer. Les routes impraticables sur lesquelles il allait conduire le charbon des mines de Newcastle suggérèrent ridée de fixer dans toute leur longueur deux lignes de poutres , sur lesquelles les chariol8<»uraient plus facilement. Vint ensuite la pensée de couvrir ces madriers de lames de fer, puis d'y attacher des listeaux aussi en fer ( 1767 }, à bord extérieur relevé, afin que les roues ne pussent pas dérayer. On en eooehnrisît ainsi plusieurs; mais, depuis 1808, on cannela les roues elles-mêmes, qui s'emboîtèrent sur l'ornière en relief, de fer battu, soutenue par des coussinets assiiyettis sur des socles en pierre, auxquels on substitua ensuite des poutrelles avec plus d'avantage.
Dès 1769, Wattavait conçu l'idée de faire mouvoir une voiture par la vapeur. L'année suivante, le Français Cugnot en exécuta une dans rAisenal de Paris ; mais comme il ne connaissait pas la manière de diriger ni de modérer le mouvement de la ma* diine, elle renversa un mur. £n 1805, Trévithick et Virian, appliquant Tidée bien connue d'une machine à haute pression sans condensateur, firent les premiers essais d'une locomotive sur des rails en fer; l'invention se perfectionna ensuite peu l| peu jusqu'à George Stephensou, qui établit en 1814 des looomo* tives régulières. La première application en grand fut faite en septembre 1836, sur la route qui conduisait des mines de Darlington au port de Stockton, à une distance de vingt-cinq milles aurais, dmnt une grande partie desquels les charrois descendent d'eux-mêmes. Le chemin de fer construit entre Manchester et Uverpool réussit mieux encore. Ces deux villes communiquaient auparavant par deux canaux qui, bien que très-incommodes, avaient rapporté de gros bénéfices aux actionnaires. Les nombreuses difficultés que présentait l'exécution furent vaincues, et l'ouverture s'en fit le 15 septembre 1830 , sous la direotion de Stephenson : les machines, dociles à l'impulsion du conducteur, faisaient de quarante à cinquante kilomètres par heure.
Sept années après, une loeomolÎTe de Shaq» et Roberls paraos* mit cent kilomètres dans le même espaee de temps.
La France a commencé par le chemin de Saint-ÉtiflniM i Lyon, dont la longueur est de quarante-ciog milles; et les chemins de fer maintenant sillonnent toute la surfiioe do pays. La K< Igique, rendue à son indépendance, a fail de ses difiéfentes villes autant de fieiubourgs de sa capitale; la Pman réunit par un réseau du même genre les États de rAllemagiie; TAutriche se rattache la Hongrie, la Bohême, le royaume lombardovénitien ; la Russie s'en sert pour effacer les im menaes distanees de son empire. En Amérique, les chemins de fér auroot à la fois facilité et ouvert des communicatiens entre desproviocei isolées; ils y ont été construits dans des proportions gigantesques, comme sur un sol vierge ; et, depuis que les divenes oonpagnies ont confondu leurs intérêts, une seule routa eondvl de Porismouth {New-Hampshire ) à la Nouvelle-Orléaas, sur un espaee de dix-huit cents milles sans interruptioii.
Depuis lors, Stephenson conçut le hardi projet d'établir un chemin de fer sur un hras de mer, en le faisant passer au travers d*un immense tube de fonte. En somme, il a sofli de vingt-cinq années pour créer une source de cheaninsde fier qui pourrait faire le tour du globe.
Là encore se manifeste Tutilité delà paix, de la libaité d'industrie, delà sdreté des relations. Les États-Unis ne ODomien* cèrent qu'en 1817 lepreraier canal d'Érié ; et au cooameooament de 1843 ils avaient terminé 35,880 kilomètres, tant en canaux qu'en chemins de fer. A la fin de 1841 , on parcourait llbrancnt 7,000 kilomètres de canaux et autant de nrtf^iM^a, distribués sur 24,700 myriamètres carrés, peuplés de dix-huit raillioas d'âmes. La Grande-Bretagne, qui a commencé de|Niis «a siècle ses travaux publics, a, sur 3,120 myriamètres carrés, habités par vingt-sept millions d'Ames, 4,500 kilomètres de canaux et 4,000 de chemins de fer; la France, 4,S50 kilomè* très de cahaux et 1,750 de chemins de fer sur 5,377 myriamètres, avec une population de trente-quatre millions dti^* tants. Ces deux pays ensemble, avec la Belgique et la Hollande, n'arrivent donc pas à égaler les travaux faits en vingt«cinq
années par les Américains pour leurs voies de communication. Cependant le fer est rare chez eux, car ils doivent tirer les barres d'Angleterre; la main d'ceuvre est chère, et les capitaux peu abondants ; mais ils ont su y apporter une économie extrême, et s'occuper de Futilité beaucoup plus que de la beauté des cons* tructions.
Les voitures à vapeur sont encore une intention récente ; on peut donc y espérer des améliorations qui obvieront aux dangers les plus graves, leur feront franchir les pentes , et parcourir des courbes d*un faible rayon ; elles ne seront éminemment sociales qu'autant qu'elles pourront être employées sur les routes ordinaires, et servir même aux particuliers.
On a fait beaucoup de recherches sur l'effet de la vapeur engendrée par d'autres liquides, ou sur les gaz permanents soumis à l'action de la chaleur. Une machine mue par l'acide carbonique a fonctionné à Londres, dans le Tunnel, sous la direction de Fingénieur Brunel; mais l'économie qu'elle procurait ne compensait pas même le prix des métaux qu'elle usait. Il paraît en outre que les vapeurs qui proviennent des liquides exigent une quantité de chaleur égale pour produire la même force motrice, et que, par suite , ce n'est pas la peine de changer, du moins en grand, le liquide qui, ne coûtant rien, comme Peau, est commun partout, et généralement répandu '.
Ainsi l'homme puise dans un réservoir intarissable et universel une force motrice beaucoup plus considérable que celle qui est nécessaire pour obtenir le charbon et l'eau qui la produit, ce qui assure son empire sur le globe.
Que dire des étonnantes applications de la vapeur aux macliines ? En 1792, on calculait que toutes les machines qui existent en Angleterre faisaient le travail de dix millions d'hommes;
' Ceci n'est pas exact : les liquides dont le point d'ëboIKtion est peu élevé, s'ils sont plus cbere que l'eaa , n'exigent pas autant de combustible pour produire la même force expansive. Ainsi , on a fait tout récemment à Tonkm Fessai d'an navire mn par la vapeur d'éther, et cet cKai a parfaitement rénssi : il donne une économie de plus d*un tiers sur le combustible.
14S APPUCATIONS.
en I8ST, es diiftre É'âevatt h deai cents millions; à quatre eenls, en 18SS. Dans les filatores, les broches qni faisaient cinquante toms à la minute en font aujourd'hui huit mille. Dans une seule ftibrique« à Manchester, on en fait fonctionner cent trente-six mille, qui, en travaillant ensemble, filent par semaine un million deux cent mille écheveaux de coton. A New-Lanark, Owen produit par jour, avec deux mille cinq cents ouvriers, autant de fil qu*il en ft udralt pour fii ire deux fois et demi le tour da globe. La /eiuiy-mtitf tire d*une livre de coton un fil de dnquante-trois lieues de longueur, ce que ne pourrait ftire la main la plus habile. Dans le seul comté de Lancastre, on fournit chaque année, aux manufactures de calicots, autant de fil qu'en pourraient préparer avec le fomau vingt et un millions de fileoscs.
En résumé, la vapeur donne déjà la force de dix millions de dievanx ou de soixante millions d*hommes; et pourtant elle n*est encore qu'à aes débuts. Depuis 1814 , l'application en a été &lle à la presse; ce fot d'abord pour l'impression du jou>imI animais fe TUnes, ce qui donna im tirage de 10,000 ftnHes à l'heure, célérité qui répond à cette fièvre impatiente que notre époque ressent pour les nouvelles. Il est une infinité d'ouvrsf^ qui ne pourraient absolument s'exécuter sans la vapeur. H faut aux mines de Gomouaillei cinquante mille chevaux pour en retirer l'eau, c'est-à-dire tnds cent mille hommes ; une seolt mhie de cuivre y emploie une machine à vapeur d'une puisaanee de plus de trois cents chevaux, et , pendant vingt-quatn heures qu'elle opère sans relâche , elle exécute le travail d'un millier de chevaux.
L'homme est donc arrivé désormais, avec l'aide de la vapeur, h dessécher des marate, à tarir des puits et des mines, à faire jaillir des fontaines , à distribuer Teau, dans des villes comme Paris et Londres, aux étages les plus élevés. Il construit, il domine les mers et les vents, il parcourt la terre avec une vélocité impossible aux moteurs animaux ; il creuse des ports et des canaux , et il dirige des fleuves ; il pourra couper des mon» tagnes et combler des vallées , fendre les isthmes qui joignent et séparent les grands continents, rattacher à de grands ccntrfi
APPtlGATlOHS. 343
les populations dlstéminées. En un mot, rhomme se rapproche chaque Jour davantage de rhomme, et s*empare de la surfine de ce glohe. Qui sait s'il ne pourra point, par la suite, y pénétrer plus a?ant ? Comme agent physique et chimique , la vapeur est employée dans une foule d'opérations , comme le blanchiment , le tannage , la teinture, le chauffage des appartements, la concentration de la gélatine et desnrops, la purification des matières animales et des métaux. En un mot, elle poonra devenir l'agent le plus puissant de la technologie moderne.
Source de richesse dans la paix, elle pourra être dans Ta guerre un auxiliaire formidable. Déjà les troupes peuvent se transporter rapidement, ce qui diminue la nécessité d'en entretenir un aussi grand nombre sur pied et de multiplier les garnisons. Les sièges, et les batailles sur mer et sur terre, changeront peut-être de caractère au moyen de ces agents. Si Perkins a tenté vainement d'appliquer la vapeur aux projectiles, son système ne pouvant servir que pour des boulets pesant moins de quatre livres, Madelaine a proposé de faire opérer des volants dont les balles, à la fois fortes et élastiques, lanceraient l'un après l'autre des projectiles pesant jusqu'à huit kilogrammes, pour repousser les attaques. Peut-être parviendra-t-on à s'en servir pour donner à rartillerie l'agilité qui lui est si nécessaire, ou pour lancer contre l'ennemi des masses qui en rompraient l'ordonnance, comme les chars armés de faux des anciens.
L'application de la vapeur est la plus grande œuvre de notre siècle, et peut-être n'est-elle pas la dernière. L'invention des chemins de fer à propulsion atmosphérique , par Samuel Clegg et Samuda, (bit disparaître les plus grandes difRoultés, et écarte les dangers de ce genre de locomotion. Enfin l'éleclriclté et le magnétisme se trouvent partout dans la matière à l'état latent, et la science cherche déjà à en tirer parti pour se créer un moteur nouveau et d'une extrême puissance.
Depuis Descartes, la philosophie se trouvait avoir reculé vers le doute et le niatériaUsme. L*école anglaise de Locke devint populaire , d'autres diront vulgaire, en raison de cette confiance avec laquelle elle explique les &it8 intellectuels, en sautant à pieds joints par-dessus toutes les difficultés. Il n% a pas d*idées innées, nous dit Locke; toutes dérivent des sens et de la réflexion. Mais comment l'idée de substance peut-elle venir des sens? Locke, au lieu de s'attacher à ce problème, nia l'existence de cette idée , parce qu'il ne pouvait la déduire des sens.
Le vulgaire accepta aveuglément ses assertions ; mais d'Alembert , qui pourtant le proclamait le Newton de la métaphysique, s'aperçut que deux choses restaient à expliquer. SI les sensations sont des modifications intérieures de l'esprit, comment se fait-il qu'elles nous semblent être dans les corps ? Gomment pensons-nous ce qui est en dehors de nous? Les sens nous offrent en outre diverses sensations indépendantes : or, de quelle manière l'esprit les rapporte-t-il à m sujet unique? Lorsque je manie une boule de neige, je sens le froid , la résistance, la pesanteur : comment ces trois qualités distinctes se réunissentelles dans l'idée complexe d'une boule de neige?
Objections fondamentales, devant lesquelles on s'étonne que l'on ait pu nier l'idée de substance, et confondre les sensations extérieures avec les jugements qui s'y mêlent.
Condillac ( 1715-1780 ) prétendit expliquer les difficultés soulevées par d'Alembert ; mais il ne les comprit même pas, parce qu'il prenait pour point de départ la nuitière de la connaîssanee, et non la forme. On connaît l'hypothèse de la statue, à laquelle le philosophe attribue successivement les divers sens. L'odorat, la vue, l'ouïe, le goût, ne suffisent pas pour assurer la statue qu'il existe quelque chose en dehors d'elle ;»mais le toucher lui donne le sentiment de solidité, qui est comme le pont à l'aide duquel Tintelligence passe hors d'elle-même, et arriveà se rendre
compte de reûscenee des corps. Condillac supprima la très-petite part que Locke avait laissée à la réflexion, réduisit tout aux sens; la psychologie devint avec lui une branche de la zoologie. L'homme ne forme plus qu'un anneau dans la chaîne des êtres ; ses facultés ne sont que le développement varié d*une première sensation. L'attention est la perception de l'objet présenté par les sens ; si elle est double, elle s^appelle comparaison ; si Tobjet de l'attention est éloigné, c'est la mémoire. Sentir la différence et la ressemblance de deux objets, c'est le jugement ; une suite de jugements constitue la réflexion ; déduire un jugement d'un autre qui le renferme, c'est raisonner, c'est-à-dire qu'on ne peut raisonner sans sensation ; et l'ensemble de toutes ces facultés se nomme entendement. Si Ton considère les Sensations en tant qu'agréables ou désagréables , on a la genèse des facultés qui se rapportent à la volonté, laquelle n'est que le désir rendu permanent par l'espoir. La réunion de toutes les facultés relatives à l'intelligence ou à la volonté constitue la pensée , qui, en conséquence, est engendrée par la sensation.
Cette unité parut une merveille. Il sembla que c'était chose merveilleuse que d'effacer le sujet , et de réduire les facultés même les plus actives de l'âme à un seul principe passif. Raisonneur superûciel, Condillac ignore tout à fait l'idée de cause ; il croit à la sensation , mais il ne se demande pas comment elle est perçue. U parle sans cesse des transformations que subit la sensation, mais sans nous dire comment ce phénomène s'opère , et d'où procède ce nouvel élément. Si c'est la sensation qui perçoit, (|uijuge, abstrait, se perpétue , ne serait-elle pas synonyme à la fois du mot dute? La naissance simultanée de la parole et de la pensée, déjà indiquée par Locke, en passant, fut reproduite par Condillac : ce sont les mots qui, selon ce dernier, donnent naissance à la réflexion, à l'abstraction, au raisonnement , en vertu de quoi l'intelligence de l'homme surpasse celle des animaux. Certes la parole forme bien une condition essentielle de cette supériorité, mais elle n'en est pas la cause originelle; et Condillac, qui attribue tous les progrès à l'habileté avec laquelle nous nous sommes servis du langage, ne s'enquiert pas (Lqù cette habileté nous est venue.
Le sensualisme était porté en Angleterre à ses dernières eonséquences avec plus d*espnt et de résolution. L*axiome, Tout tffd a une cause^ est impossible à déduire de Texpérience, qui nous présente des &its isolés, maïs jamais la connexion qui existe entre eux et leur cause , encore moins leur nécessité. Au lieu doue d*en conclure qu*il existe en dehors des sens une autre source de connaissances, Hume aima mieux établir Paxionne de Fhabitude; et, pour ne pas douter du jugement arbitraire d^un philosophe, il supposa tout le genre humain en erreur, et supprima le fondement le plus général de l'activité humaine. L'idée de cause supprimée , tous nos jugements tombent ; car nous ne pouvons expliquer les phénomènes qu'en y appliquant cette notion, qui seule nous permet de croire à l'existence des corps car nous croyons en tant qu'ils sont la cause de nos sensations. Les no* lions morales ne se soutiennent pas davantage; car l'homme, d'après ce système, nie peut plus être mû que parllntérêl personnel; et tout motif rationnel manquant de générosUé, d'abnégation , il ne reste plus que le doute. L'idée de liberté tombe aussi » car un choix libre sans motifs n'est pas possible; et le motif ne pourrait être qu'une sensation qui entrafne irrésisti* blement la volonté. D'un autre cité, les sens n'offrent plus un moyen d'arriver à Dieu , si l'on cesse de le considérer eomme cause ; donc plus de religion. Il n'y a point de philosophie pos* sible sans connaître le rapport qui existe entre la cause et les ^• fets; et l'esprit humain est capable de connaître autre chose que certains faits qui se passent en lui-même , et dont il se souvient
Berkeley était arrivé par une autre voie à la même négation. Les substances ne peuvent nous être connues que par les qualités qui leur sont inhérentes. Or, nous ne pouvons concevoir aucune qualité comme inhérente aune substance matéridie; le monde extérieur n'est rien qu^ln phénomène, et il ne nous est donné de percevoir que des idées. Tous ces ordres de sensations ne sont que des signes conventionnels , des mots d'une langue dans laquelle nous parle Dieu, qui est la seule cause efficiente. Comme Berkeley n'admet que les idées, son système fut appelé idéalisme ; mais il vaudrait mieux le nommer idéisme.
Telles furent les eonséquences logiquesde la doctrine de Locke;
le lens comman s*en effraya , et se mit à examiner Ferrear et à cbereher un remède. L'Écossais Thomas Reid (1710-1790). esprit solide, y opposa la doctrine du sens commun, et les pdncipes indépendants de Péducation. La philosophie ne doit pas prétendre expliquer les causes et les substances , attendu que nous ne pouvons connaître de la réalité que les faits ou les phénomènes que nous obsenrons, et que nous devons nous contenter de bien décrire. Parmi les faits , les uns tombent sous les sens, d^antres sont l'objet des perceptions intimes; les premiers r^ardent la physique, et les seconds la philosophie; il se trouve dans l'esprit humain quelques vérités fondamentales, indépendantes de Texpérience, d'après lesquelles, non^seulement le vulgaire, mais les philosophes eux-mêmes, raisonnent et soht contraints de raisonner, s'ils veulent être compris. L'un de ces axiomes est la véracité du témoignage des sens ; l'autre , qu'il n'y a point d'effets sans cause efficiente. Partant de là , nous acquérons la notion des corps au moyen de Vfmpresston que ceux-ci font sur nos organes, de la sensation qui en résulte dans notre âme, de la perception de l'existence, et des qualités sensibles de ces corps. Comme la sensation ne peut être cause de la perception de l'existence d'un corps , il fout bien admettre dans l'esprit une activité innée qui le porte à juger, par la vole delà sensation, l'existence du monde extérieur.
Reid entreprit donc de fortifier les principes du sens commun contre la philosophie, qui prétendait l'anéantir. Mais, en voulant que la sensation dif^re de la perception , il enlève la certitude à la connaissance, et retombe dans l'i^/^^me qu'il voulait combattre. H croit que la sensation est précédée par le jugement, à l'aide duquel on la reconnaît et on la distingue ; et que la première opération de l'esprit est la synthèse , et non Tanalyse. Mais, s'il combattait ainsi les partisans de locke, Il ne voyait pas que le jugement même suppose une idée simple, générale, puisqu'on ne peut juger qu'une chose existe sans avoir une idée de son existence ; si tel objet perçu existe dans la réalité, les idées générales n'ont d'existence que dans l'espnt : il manquait donc à Reid un moyen de les expliquer. Dugald Çtewart (1753-1828) crut plus à propos 4^ les nier, et d'afQr-
mer qu'elles ne sont que des noiss. Il ne s*aperçut {mis que les noms ne peuvent expliquer Tacte par lequel Tesprit imagiiie des êtres possibles , et en plus grand nombre que tous les êtres •qu*il a perçus par les sens : c'est à quoi ne suffisent pas non plus les notions des qualités perçues dans les individus mêmes, et qui leur sont adhérentes ; il faut que Tesprit conçoive ses qualités en elles-mêmes , c'est-à-dire isolées des individus» et simplement comme possibles. Les signes ne sont pas non plus suffisants pour expliquer comment on arrive aux vérités générales, lorsqu'on n'admet pas que ces vérités soient quelque chose de réel. Ainsi le problème de l'origine des idées générales n'est pas résolu par l'école écossaise.
En Allemagne aussi , l'on vit les disciples de Leibnitz et de Wolf se laisser supplanter par l'empirisme de Locke, préférant la variété des applications à l'unité du principe. Mais ce scepticisme provenait moius de la conviction que du vide qu iis trouvaient dans le dogmatisme. Ils sentaient donc qu'il était temps de changer de route, si l'on voulait arriver à la certitude. C'est ce que fit Emmanuel Kant, de Kœnigsberg (1724-1801), qui réalisa, avec plus de résolution que personne, cette idée des modernes, que l'objet unique de la philosophie est Fesprit humaio en lui-même, isolé de tout ce qu'il touche, réfléchit et suppose.
Mais, loin que la vérité ait brillé tout à coup à ses yeux, nous .trouvons sa doctrine enchaînée à celle de ses prédécesseurs, dont elle semble un corollaire. Lorsque Descartes posa le problème fondamental , Puis-je savoir quelque chose ? Que ptasie savoir? il dit que les sens nous trompent si bien, que nous qe pouvons ^e douter des choses extérieures , etque la seule cbo6e dont nous puissions être assurés, c'est de n'être sûrs de rieo. . Cependant, en même temps qu'il doute de tout, il ne peut douter de sa propre existence, c'est-à-dire que l'être qui doute n'existe. Il établit donc cet axiome fondamental i Je pense, donc /existe. L'existence de l'âme est donc plus certaine pour lui que celle du corps; l'idée de l'existence est nécessairement comprise dans celle de l'être parfait; Dieu existe donc ceriai- .nement ; et comme il ne peut être que vrai , il n'a pu vouloir uous abuser : les corps existent donc.
PaiXOSOPUIB. 219
CesX aiDsi que ce grand apôtre du doute prend pour point de départ un acte de foi; mais il cessa d'observer la conscience, après y avoir vu seulement la pensée ; et il ne fonda pas du même coup l'autorité de la conscience et celle de la raison pure. Alats ce qu'il faut chercher de préférence dans les inventeurs , e'est la méthode, qui survit même aux vices de Tapplicatiou. Descartes avait donné l'exemple de déduire toute la métaphysique d'une donnée psychologique : il fallait pousser plus loin que lui l'observation de la conscience, et, avant de tirer les déductions, reconnaître toutes les croyances qu'on nous présente comme aussi nécessaires que l'existence de la pensée même. Ce fut la tâche que se proposèrent les Écossais, qui s'efforcèrent de compléter la pliilosophie par la méthode : ils n*inventent pas, mais ils sapent Terreur; ils nient comme Locke, mais ils arrivent aussi à quelques afCrmations. Kant, ayant trouvé faibles leurs arguments, reprit le problème de la connaissance au point où l'avaient laissé Berkeley et d'Alembert. Il commença par afûrmer la nécessité d'une science qui explique la possibilité de l'expérience extérieure. Mais cette science résultera-t-elle des seules notions fournies par l'expérience? ou en existe-t-il qui soient indépendantes des sensations, et qui ne soient produites que par l'intelligence?
Kant admit comme base que toutes nos connaissances ont pour point de départ l'expérience ; mais il afQrma que la connaissance à priori est nécessaire et uni^rselle. Dans toute proposition il y a un élément général et logique , et des éléments particuliers, variables, accidentels. Lorsqu'on dit un assassinat, on suppose un meurtrier et une victime; les circonstances varient, l'instrument diffère; mais reste le principe général que tout assassinat provient d'un assassin , et un plus général encore, que tout accident a sa cause. Celui dont il est question serait la forme, les autres la matière, La matière , mais non la forme, provient du dehors; la forme résulte do Tintérieur du sujet; les connaissances sont donc ou subjectives ou objectives. Mais comme la matière n'entre dans la connais* sance réelle que par la forme , l'objectif ne nous est connu que par le subjectif. Il faut dans l'étude philosophique partir
de la pensée, de la forme, et non de Tobjeelif. La métaphy. tique change donc de point de départ. Il en résulte que ni te sensualisme ni Tidéologie ne peufent se soutenir, attendu qu'ils vont de la matière à la forme , de Fobjet au sujet, de Vkn à la pensée, de Pontologie à la psychologie.
Les sensations sont l'élément matériel de la sensibnité; le temps et Tespace , formes de nos perceptions , en sont rélémnit formel. L'entendement réunit les matériaux fournis par Texpérlence , à Faide des catégories qui établissent le rapport de la matière, aux eonceptions Indépendantes de l'expérience; f^ ces catégories , réunies à la forme des perceptions sensibles , donnent les principes constitutifs de l'entendement. I^otre esprit, ou divise l'idée en plusieurs parties, ce qu'on appelle analyse, ou réunit ces parties en une idée, ce qui est la synthèse. Par les Jugements analytiques, nous attribuons au sujft un prédicament qui lui est inhérent et essmtiel, comme lorsqu'on dit : Le triangle est une figure de trais côtés; par les jugements synthétiques, le ^rédicament est quelque chose de plus que ce qui se conçoit dans le sujet, comme lorsqu'on dit : Le ciel est serein. Le jugement analytique suppose le jugement synthétique déjà foit, attendu qu'on ne décompose que ee qui est déjà composé. En portant son attention sur les jugements synthétiques, l'on trouve que les uns ont pour base Texpérience {empiriqîtes)y et que d'autres se forment a priori. Les premiers s'opèrent sans difficulté, mais Fappui de Texpérienre manque aux jugements a priori. Or, d'où proviennent les pré* dicaments de ces jugements ? Les sens ne nous les fournissent pas; nous sommes donc forcés de les tirer de nous-mêmes, et d'admettre en conséquence qu'il existe en nous une énergie merveilleuse , d*où émanent les prédicaments de l'espèce des choses. Ces prédicaments, qui existent en nous a priori, doivent être et nécessaires et universels. La philosophie dmt donc s'appliquer à énumérer ces prédicaments, sans lesquels les objets perçus par nous n'existeraient pas , et à décrire la manière dont notre esprit applique ces prédicaments aux objets, et en forme les objets de ses connaissances.
. Il fallut par conséquent entreprendre la critique générale
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tant àé la fiiaoD théorique que de la rakon pratique , et d^une iroisièfiie qui établit l'aUiance de la première avec la seconde. Locke» voyant que eertaines idées dérivent des sensations , en conelat que les sensations étaient la source de toutes les idées ; Kant , Toyant que quelques-unes ne peuvent en dériver, conclut que les idées ne sont pas fournies par les sens : avec le premier on arrive à nier toute vie intellectuelle en dehors des sens, et ToQ va droit an matérialisme. Rant, fusant une réaction puissante, reeonnatt une révélation de la conscience, indépendante des sens : lés idées , selon lui , viennent toutes de Téxpérience; mais l>xpérience ne suffit pas pour les expliquer toutes. Après avoir nié la causalité, Hume arrivait à déclarer la métaphysique impossible comme science. Kant accepta cette décision , attendu que notre savoir ne s*étend pas au delà des limites de Texpérienee; mais il ajouta que la métaphysique est un fait, comme disposition naturelle de notre esprit. En effets en voyant les phénomènes s'enchaîner, nous sommes portés naturellement à rechercher si le monde a eu un commencement, s'il a one limite par rapport à l'espace, s'il y a des corps indivisibles? L'expérience n'a pas de réponse à ces questions : d'où il résulte que notre esprit tend à en outre-passer les limites. 11 est certain encore que , dans la solution de pareils problèmes, hi raison arrive à des conclusions contradictoires.
D'où provient donc cette iUusion traïueendantak ^ par laquelle la raison est contrainte d'établir une réalité au delà du sensible? D'où natt le conflit de la raison avec elle-même, lorsqu'dle condut tantdt que le monde est limité, tantdt qu'il ne l'est pas; tantdt qu'O est étemel , tantôt qu'il est temporaire?
Kant se met en conséquence à rechercher l'origine de la métaphysique naturelle, et montre que la raison est la faculté de déduire des conséquences particulières de principes généraux. Or, la conséquence de tout raisonnement peut être considérée comme un condUUmnd d'où l'on remonte à un principe qui est la conséquence d'un autre raisonnement, jusqu'au moment où Ton est forcé de s'arrêter à un absolu ou à un inamdilUmnA qui a sa base dans l'essence de la raison même, et qui devient le fondement de toute unités
Après avoir admis que la sensivité n'ocre que des pereepdons simples , Kant l'exclut du domaine philosophique; et la raisoD pure se réduit par là à de simples possibles. Les idées de Dieu, d*âme, de bien et de mal, dépassant le cercle de l'expérienee, sont donc destituées de valeur réelle , c'est-à-dire qu'elles ne peuvent pas être contrôlées expérimentalement Kant, se refusant à cette conclusion , fut contraint de s'oriœter dans la nature, et de repousser les conséquences de son propre systènie, en réédifiant par la force de la volonté ce qu'il détruisait par la force de la raison. Il eut donc recours à la raison pratique, qui a pour objet le bien et le mal; et, après avoir proscrit i'absola dans l'intelligence, il songe à le réintégrer dans la morale. La volonté se détermine par un élément matériel et par un élément formel, c'est-à-dire par des motifs qui agissent sur la sensibilité, et par des motifii désintéressés qui se rattachent seulement à la raison pure , et qui se refusent à cet impérafi/ catégorique : j4gîr selon une régie qui puisse être regardée comme loi gêné* raie des êtres raisonnables.
Kant crut pouvoir suppléer ainsi à l'imperfectioD des méthodes précédentes; et, se proposant de combiner le principe sensualiste de Bacon avec le principe idéaliste de Leibnttz , iJ a le mérite d'avoir mieux distingué que tout autre philosoplw moderne le sentiment de l'intelligenoe, la perception des idées, etd*avoir vu que toutes les opérations de l'entendement peuvent se réduire à des jugements ; par conséquent , qu'il allait avant tout scruter les fonctions du jugement. Il exposa ses idées dans une forme bizarre, hérissée de néologismes et de formules. Mais dans ces analyses rigoureuses, dans ces distinctiiNis infinies, véritable algèbre de l'intelligence, on aperçoit plutôt l'enthoo* sîaste qui veut paraître un homme extraordinaire, que le tranquille investigateur de la vérité ; on voit Tesprit orgueilleux, qoi se considère comme au-dessus de cette pauvre humanité, jouet du hasard et de l'illusion. Ce fut en vain qu'il se flatta de renverser par la critique le véritable scepticisme. En plaçant la loi suprême de la nature dans les seules fietcultés de notre intelligence , il chancelle; de plus , nos facultés ne peuvent atteindre à la connaissance des causes et des effets réservés à Tintuition
eipériineotale. Esprit très-pénétrant, admiré et rarement lu, faux dttus Tensemble, il servit la vérité par ses nombreux aperçus; ear il repoussa Tempirisme mesquin , et dirigea Tattention sur les éléments simples et transcendants de nos connaissances.
U porta aussi sa pénétration sur Thistoire : De même que Copernic a trouvé, a t-il dit, que le soleil est le centre du système planétaire, on finira par trouver que Thomme est le centre du système moral. Il admettait, en effet, une loi, un but à toutes les choses; et à plus forte raison pour l'homme, dont les dispositions Naturelles doivent se développer pour une fin , non toutefois dans Tindividu, mais dans l'espèce; car, en même temps que les individus périssent , l'espèce est immortelle , et profite des améliorations de chaque génération. Or , le problème le plus important vers lequel la nature porte l'homme, est d'établir une société civile et générale qui maintienne le droit et la liberté de chacun; et l'on pourrait composer une histoire universelle sur un plan de la nature qui aurait pour objet d'assurer une société civile parfaite. Kant posa aussi des limites rigoureuses entre la jurisprudence et les autres sciences qui B*y rattachent , et il y introduisit les principes tirés des formes de la pure raison , ûisant d'elle ainsi une véritable science. Mais les sopbismes du temps et les idées protestantes le condnisinDt, comme bien d'autres, à constituer le système de la force, c'est-à-dire un état social où chacun pût être réprimé dans Tezercioe de ses droits de manière à ne pouvoir, quand il le voudrait , nuire à ses semblables.
KjDt resta inconnu à sa patrie jusqu'au moment où les journaux se mirent à le prôner. Reinhold , professeur à léna, substitua à la phraséologie technique du célèbre philosophe de Ko« nisberg un langage plus populaire. Alors une tourbe d'écoliers se jeta sur les tracesde Kant, et en exagérales défauts. Beaucoup de philosophes, sedonnantcommepartisansducH^Jcisme, devinrent dogmatiques en prétendant analyser toutes les fonctions; et, négligeant l'expérience, ils se fourvoyèrent dans des hypothèses transcendantes et ridicules. Si Kant, malgré sa critique, se vantait d'établir une nomenclature exacte des facultés de l'esprit humain , ses partisans allèrent jusqu'à fixer les limites de