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convertie en vérité alMolae : aucun système n'est faux ; beaucoup sont incomplets. Ainsi tout est vrai pris en soi , mais peut devenir fiiux, si on le prend exclusivement* L'erreur a aussi son utilité ; c'est la fimne de la vérité dans l'histoire. La philosophie, qm est un produit nécessaire de l'esprit humain > a pour tâche de rassembler ces parodies de vérité.
L'école écleotique se fonde donc sur l'observation appliquée aux phénomènes de la consdenoe ; elle ne prétend rien exdure, mais, au contraire , choisir ce qu'il y a de mieux dans chaque système. Cependant, pour distinguer le mieux , ne fout-il pas «voir l'idée première du bien? C'est à ce système que corres^ pond en politique le juste milieu , et en histoire l'école fataliste. En efTet , Phistoire est fatale, ajoute M. Cousin , et tout y est bien;car tout mène au but marqué par la Providence. Le grand homme est l'expression invindble d^une pensée qui sommeille dans une nation; c'est un système ûiit honmw; il doit expri* mer la généralité du peuple, qu'il domine par sa puissante in^ dividualité. La gloire est le jugement de l'humanité sur un de ses membres, et l'humanité n'a jamais tort Or, le caractère du grand homme est de réussir : on peut avoir pitié du vaincu, mais on doit toujours se ranger do parti du vainqueur ; il est juste , il est moral , il est le représôitant de la vérité. L'école éclectique eut son utilité en ce qu'elle étudia les différents au* teurs, multiplia les traductions, et olTrit, sous un aspect plus vrai, la pensée de chaque époque historique. Une vivadté ingénieuse, de l'élégance, la connaissance du monde, une piquante familiarité , rendent les philosophes français attrayants, et ont popolarisé leurs travaux; mais ils manquent d^origioalité, et de cette construction scientifique qui est le fait des Allemands. Ausn ont-ils donné, dans ces dernières années , d'excellentes histoires des philosophies particulières, plutôt que des systèmes.
Cependant la jeunesse, fieitiguée de doute , de négation, appelait une réorganisation : aussi à l'école théologique du passé, et è J'éeole édeetique du présent, succéda cdle de l'avenir, qui fit une grande place aux idées religieuses, après les avoir combattues d'abord. Les uns se sont attachés à un christianisme
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timide, et ont remis en homieur la soolastîqiie , de préférence aux méthodes greoqœs. D'antres, an contraire, attaquent vigonreusement la psychologie an nom d'une philosophie humanitaire, et considérait comme un progrès le catholicisme, qui p cqiendant doit faire place à un procès plus grand encore. '^ Chateaubriand a proclamé que « le christianisme* denenditit . philosophique sans cesser d'être dÎTÎn , et que son cercle flexible s'agrandirait avec les lumières et la liberté, la crmx continuant toujours d'en marquer le centre immuable. » Lamartine enseigne « une foi chrétienne , fondée sur te religion générale, ayant pour organe la parole, pour apAtre la pre&se, pour dogme Dieu un et parût. » Bref, chacun s'est &it son symbole religieux ; ce qui prouve que tous sentaient bien que la pure raison ne suffit pas pour satis&ire toutes iesÊMultés ha-
D'auties cependant, même après la philoaophie du progrès, oont restés sensuallstes. Charles Comte, en traitant DelaUgUkttUm , aboutit au dogme de l'utile , et fonde les sdenees mo* raies sur la seule expérience. Auguste Comte, dans la PhUo- Sophie positive t établit que toutes les sciences passent par trois phases, théologique, scientifique, positive; que cette dernière est la phase déflnitiTe de Finteiligence huroaiùe; et il envisage tous les phénomènes comme sujets à des lois naturelles invariables. Il a fiiit depuis, de son Positivisme, un véritable culte où l'on adore l'humanité, en place de Dieu.
En Italie, Soave avait préparé lesToies au sensualisme de Gondillac , bien qu'il eût pour adversaires des esprits plus sérieux. De ce nombre furent G«tlil, qui, partisan de Malebranebe, soutint que l'idée de l'être ne peut dériver des sens, et qu'elle est cependant une idée formée; Falletti, qui substitua ao principe sensuel celui de la raison suffisante de Leibnita, et ridée générale de Têtre déduite du moi pensant; DraghettI, qui s'éleva à une doctrine plus complète sur les facultés de rame, en la fondant sur l'instinct moral et sur la raison; Mi- <*«li, qui, repoussant Y Ontologie de Wolf, devança Schelling dans ridée d'un nouveau système des sciences ; Pino , dont is Protologk se propose la recherche d'unpre>/trer, non subjeo-
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tif , mais réel , et londenieot de la science. En même temps Palmieri et Caiii combattaient les conséquences du sensualisme appliqué à la religion et au droit public. Us furent peu écoutés, et ils n*empéebèrent pas les Italiens d'accueillir à bras ouverts ridéologie mesquine de Traey , à laquelle le traducteur ajouta un catéchisme moral tout à fiût empirique. Pascal Borello , sous le pseudonyme de Lalebasque, soutint, dans la Généalogie de ia pensée 9 que la sensation était Tidée. Il fout ranger Roma* gnosi parmi les empiriques, bien qu'il le fût dans un sens large, en recherchant les causes assignables; tellement qu'il a l'air d'un spiritnaliste. Chez lui la morale ne se sépare pas du droit. Il rendit à cette dernière science des services remarquables, en résumant la doctrine du siècle précédent dans la Genèse du érM pénal et dans le Droit publk unioerseL
THnbnrini , répudiant comme impuissants le sensualisme et la morale de l'intérêt , fit dériver l'obligation morale du besoin de la perfection; il réfuta le progrès indéfini de Condorcet II est oublié aujourd'hui , de même que ses doctrines ecclésiastiques. Mais d'autres ont tenté de concilier l'eipérience avec la raison , persuadés que de leur accord seul peut résulter un sys* t^e basé sur la vérité. Pour Mamiani , la méthode philosophique est tout , et toute réforme ne résulte que du changement et du progrès de ce procédé ; la différence entre la science et la vérité consiste dans la méthode; la science n'est, en dernier lieu, que la vérité méthodique; et toute discussion philosophique peut se réduire à une question de méthode. Le temps , e'est-à-dire l'esprit humain , fait toujours un choix ; et il fait servir ce qu'il y a de vrai dans chaque méthode à accroître ses richesses: le reste est emporté par le temps. Au dire de Mamiani , les anciens Italiens connurent la vraie méthode , et celui qui la ferait revivre restaurerait la science du même coup ; d'où il faudrait conclure que les dernières conséquences de la philosophie rationnelle doivent se confondre avec les maximes du aens commun. Dans cette restauration du passé, il se trouve d'accord avec le père Ventura, qui veut ressusciter la scolasti* que , afin d'identifier la philosophie avec la révélation. L'éclec* tisnie universel de Poli diffère de réciectisme français, en ce
qu'il n'emprante pas ce qu'il y a de vrai dans les systèmes opposés, mais qu'il met en rapport entre eux les deux principes extrêmes de l'empirisme et du rationalisme. Il netroare pas , comme Cousin , tous les systèmes vrais, mais il les croit tous imparfeits ; il rejette l'art du syllogisme, et il aspire à l'onginalité >. Galuppi , philosophe expérimentalista , n'admet pas aeulement'des éléments objectifiide la connaissance, mais encore l'esprit humain , qui s'élève par la méditation du conditionnel à l'absolu , par Teffet de l'intuition médiate du raisonnement établi sur les notions acquises. L'identité et la diversité sont les âéments subjectifs de nos connaissances. 11 y a donc des vérités primitives d'expérience intérieure ; ailes ne procèdent pas d*un pur empirisme ni des principes a priori de Kaot, mais de la subjectivité même de l'esprit , oonune ses lois originelles. La conscience, la sensibilité , Timagintillon , l'analyse, la synthèse , le désir, la volonté , sont des facultés élémentaires. La conscience et la senâfallité fournissent à l'esprit TiAjet des pensées ; l'imagination reproduit les perceptions ; l'analyse isola les objets ; la synthèse les groupe ; la volonté mène et dirige les opérations synthétiques et analytiques, en formant ainsi l'édifice des connaissances humaines. Dans la doctrine morale, Galuppi admet des jugements pratiques apriori, et il place la loi morale dans la droite raison , qui dirige la volonté vers notra bien-être , en nous indiquant les actes qui peuvent produire ou empêcher le bonheur. Telle fut sa tentative pour renouveler parmi les Italiens la critique de l'entendement. Bien inférieur à Kant, il rencontra en outre des entrayes particulières dans son pays.
Les deux philosophes les plus originaux de l'Italie sont rigoureusement catholiques , et adversaires de l'empirisme qui domine dans les écoles et dans les sdoDces appliquées. Ros-
* Les étrangers ne font pas à l'école italienne rhonncnr de la nommer. Poly a élevé la voix en sa faveur dans les noies étendoes qn^ a ajoutées à satradocUon deTennemann, où il classe les penseurs modernes de ntalie son comme littérateurs, mais d^prèsleor tendaaoe philosophique.
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mini renVMe avee une Iogiq[ue in^sistible les systèmes des éerivains précédents , qui , eo recherchant Toiigine des notions indispensables pour former un jugements ou refusent trop ou exigent trop. Il démontre quUl n'est nécessaire d'admettie eomme innée que Tidée de la possibilité de Fétre; que cette idée , unie à la sensation , suffit pour former toutes les autres , ainâ que rintelligence et la raison humaine. Cette première perception intuitive de Tétre en général est la source de la certitude ; les sceptiques ne peuvent supposer qu'elle soit une illusion; c'est donc la vérité elle-même; et elle engendre la connaissance des corps, celle de nous-mêmes , celle de Dieu, celle de la loi morale, lien du monde idéal avec le m<mde réel , de la vie théorique et spéculative avec la vie pratique. Rosmini a fait des applications de ce principe à l'anthropologie, à la morale , au droit , à la théodioée; et il continue de les étendre de manière à en feire résulter cet ensemble sans lequel il est difficile de juger un système. Il mérite dès à présent la reconnaiasanoe de Tltalie pour le mouvement nouveau qu'il a imprimé à la pensée philosophique , qu*il a dégagée de ses entraves et de l'empirisme.
Son adversaire le plus marquant est Vincent Gioberti. Celuici prétend substituer à la méthode psychologique , qu'il regarde comme la cause de la décadence actuelle de la phûosophie, la méthode ontologique de Leibnitz, de M alehranche , de Yico, ces derniers philosophes dont la voie a été faussée par Descartes, « qui, nouveau Luther, a substitué le libre examen à l'autorité catholique. » En conséquence, Gioberti part d'un principe ontologique dans lequel sont comprises en puissance toutes les notiony possibles ; et il Texprime par cette proposition : Uétn crie les existeneee. Dans cette proposition , le premier membre est une réalité absolue et nécessaire, le dernier une réalité contingente ; et le lien entre eux est la création, acte positif et réel , mais libre. Voilà trois réalités Indépendantes de notre esprit ; voilà l'affirmation du principe de substance, de celui de cause , de l'origine des notions transcendantes , et de la réalité objective du monde extérieur. Il en déduit l'encyclopédie entière , en assignant à l'être la philosophie, à l'acte
S74 SaBHCBS 80CIJLLI8.
delà Ciéiltai les iiiatliéiiiatiqiie8,€taiix existmoesb physiqae. L'idée de Tétre comme pnaiMer pgychohgi^me ert aeeeptée par Giobeili ; mais il ne lui suffit pas qu*dle soit seofement poasilile : il croit, au contraire, qa*il est ittogiqoe de fidre naître l'idée de la réalité de celle de la possibilité; et, en supposant que cdle-ci eiiste sans Tantre, on arriverait au nihl&me oa an panthéisme. La formule idéale de Gioberti est donc le premier philosophique, qui comprend le premier psgfchologique d le premier ontologique : c*est-à-dire la preml^ idée et le pr^ mier être. 11^ supprime donc tout intermédiaire, dans l^intmtionderabeolu, entre Tesprit créé et Tétre en qui sont otgedi- ^rsoMut tootts les idées. 11 veut que Tintuition de Tesprit humaixi aoit dans rêtre divin, idéal, réel, qui crée; tandis que Roinini fini Thituition idéale de sa nature, et établit le léd conune bot du soitinient. Il en résulte que notre esprit n*a pas directement l'imuition de Dieu , et que Tidée de Tétre , en hn représentant Tétre comme possible et universel , ne lui £ût pas distinguer le nécessaire du contingent; tandis que le sentimeot de la réalité divine appartient à un état au-dessus de la nature, fl a ftit de cette doctrine des applications étendues. Mais on ne pourra juger en dernier ressort son q^slème qae quand il aura reçu les derniers développements.
SCIENCES SOaALES.
Mais le bul que l'homme se propose n*est pas seulement de coonattre; il veut aussi aimer et agir. Les actes de la raîsoo aont accompagnés et souvent modifiés par ceux de la sympathie; les œuvres commencent sans attendre la démoastntîon. C'est pourquoi, tandis que la pbîleaophie théorique poa^ suit la recherche de la vérité absolue, la philosophie pratiqoe
•Itemi la justice el la bonté.
Quiconque connaît rhistoire sait combien la spéculation théorique influe aur Tordre pratique. Après avoir dit que toutes nos
dérivaient de la sensation, Locke et Gondillae anmeot dû en induire que le sentiment moral ne consiste que dans l'utile, c'est-à-dire dans l'intérêt ou le plaisir. Ils ne le disait pas, parce qu'il fallait que toutes les croyances fussent apées avant d'arriver à établir la jnorale sur l'intérêt , eoninie le fit Jérémie Bentbam (1748*1 882), en confondaDt la raison et le sentiment, et en prenant pour vu iak étemel ce qui est particulier au temps : diemier pasde féeole matérialiste , en révolte contre l'idéalisme chrétien.
Bentbam n'eut j«nais pour bréviaire que le livre d'Helvétins, et jamais il ne conçut un doute sur la doctrine de l'égcMorae qu'il y puisa, et qu'il prêcha dans le cours de sa longue eiislence. Son pays lui montrait la légalité , jamais le droit; il n'y avait donc pas moyen de le réfuter , lorsqu'il appliquait aux lois de sa patrie un critérium, quel qu'il fût. Il combattit Blaksbmey qui donnait pour base à cette l^slation un contrat entre les nobles, le roi et le peuple; et il leur donna pour règle suprême l'utilité, générale. Ce point une fois adopté, il se trouva plus fort que ses adversaires, et poursuivit sa route sous l'Hifloenoe du philanthropisme et de la misérable métaphysique du temps. Bentbam ne veut pas que la justice se rende au nom du rm, ce qui est un reste de la féodalité ; chaque tribunal doit être compétent pour tout; mieux vaut un seul juge que plusieurs; point de vacances; des juges amovibles; publicité de l'accosation et de la défense; pointde monopole d'avocats; point de jmyen matière civile; des codes clairs et absolus. 11 prit part à la Révolution française ; mais pouvait-4l faire écouter sa doctrine égoïste au milieu des admirables sacrifices de ce grand mouvement ? 11 se retira donc en Angleterre ; et il cultiva , avec non moins de persévérance que de foi , ses doctrines, qu'it vit se répandre surtout en Amérique.
Dans VlnêroduetUm aux principes de morale et de UgislU' tion, il remonte aux principes philosophiques de ses opinions : n'envisageant les actions que du côté social , il perd de vue leur cûté moral ou individud , et il fait reposer uniquement la différence des actes sur leur plus ou moins d'utilité. Il se ratuche ainsi à Êpicure et à Hobbes. La légitimité d'une
976 8CIB1ICK8 SOCIALES.
tion , sa bonté, sa moralité , ne signifleot rien qne son uâlilé. L*iatérêt de Tindividu est la plus grande somme de bonheur à laquelle il puisse atteindre; Tintérét de la société, c^est la somme des intérêts de tous ses membres. A cet intérêt s*oppoce etTaseétisrae, qui conseille des actions causant du déplaisir, et pice versa, et la sympathie ainsi que Tantipathie, qui noos font regarder une action comme bonne ou inauvaise, pour des raisons indépendantes de ses conséquences. L*homme n*agit donc que par calcul^'intérêt, et la science ne peut que lui enseigner à bien taire ce calcul; la législation, à bien balancer les plaisirs et les peines résultant d'une loi , et à combattre les Clauses qui dérangent cette économie. 11 n*y a donc pas de devoir : « la vertu n'est un bien que pour les plaisirs qui en dé> coulent; le vice, un mal que pour lés peines qui en résultent; le droit dérive simplement de la loi. »
Bentham traita , après Dragohetti , de la vertu et des récompenses. Mais les services pour lui constituent la vertu ; et la peine n*est juste qu'autant qu*elle sert à empêcher le délit Lesmaavais sigets sont des gens qui calculent mal ; et, pour rectifier réquilibre de leur jugement , îl faut changer l'organisation des prisons. Reniant l'histoire , ne connaissant point de divenlté de temps ni de nation, il croit à une législation absolue, fondée sur des règles égales pour tous : en conséquence, son code est « ua corps méthodique et immuable de toutes les règles d'action. • H prodame la libre concurrence; plus de colonies, point d'en* traves à l'usure ; point d'écoles publiques, liberté absolve pour les disoussiotis des chambres.
Mais comment fonder quoi que ce soit avec son sensoa* lisme? Gomment passer de Tintérêt privé à l'intérft général? Plein d'inconséquences, il admit non-seulement les plaisirs de rame, mais jusqu'à ceux de la piété, et les jouissances religieuses t qui résultent de notre conviction de posséder la fyfwr de la Divinité; » et il se figurait prendre ainsi l'honunelelqa'i est. « Donnez-moi les affections humaines, joie, doulear, plaisir, déplaisir, et je créerai le knonde moral; je innoduini non-seulement la justice , mais encore la générosité , le patriotisme, la philanthropie, toutes les vertus aimables ou
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dans leur pureté et leur exaltation. » Comme si les afTections étaient sépû^es des pensées! Sa confiance éclate dans ces paroks; et en effet il était convaincu que son code , n*offrant ni lacune, ni obscurités, ni difficultés, deviendrait universel, et qu'il serait le législateur de Tavenir : Je voudrais , disait-il , çue chacune des année» qui fne restent à vivre fût transportée a la fin de chacun des siècles à tenir, pour être témoin de {efficacité de mes ouvrages. Il voulut en mourant être utile à rbumanité , et il abandonna son cadavre aux anatomistes.
Le droit ainsi réduit au fait, il ne faut pas s^étomier si Benîbam en vint à proclamer Tutile comme la mesure unique du droit. Il fonda sur cette base un projet de paix perpétuelle. Un souverain n*a pas de meilleur moyen de régler sa conduite envers les autres nations, que de rechercher le plus grand avanlage de toutes. La loi internationale aurait donc pour but l'intérêt général : l'^ en ce qu'une nation ne serait à charge aux autres qu'autant qu'il est nécessaire à son propre bien-être; 2^ en ce qu'elle- ferait aux autres nations le plus grand bien compatible avec le sien , ce qui constituerait ses devoirs à remplir; 3° en ce qu'elle ne souffrirait des autres nations aucun dommage , au delà de ce que réclamerait leur propre bien ; 4^ en ce qu'elle recevrait le plus grand bienfait des autres , leur pn>pre bien-être une fois assuré : voilà en quoi consisteraient ses droits^ On ne connaît Jusqu'ici d'autres remèdes aux violations du droit que la guerre ; le cinquième but du code interi^lional serait donc de pourvoir à ce que la guerre n'entraînât !
que le nud indispensable pour arriver au bien qu'on aurait en '
vue. I
I^ guerre est une espèce de procédure , à Taide de laquelle une nation revendique ses droits aux dépens d'une autre. Les causes qui l'engendrent le plus ordinairement sont : l'incertitude dans les droits de succession ; les agitations intestines chez des voisins , dérivant soit de cette source, soit de disputes sur le droit constitutionnel ; l'incertitude des droits sur des pays nouvellement découverts ; les haine» et les préjugés religieux ; les querelles entre des États limitrophes. U conviendrait donc, pour les écarter : l« de réduire en code les lois non écrites , mais qui
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font eonaerées par Tusage; T de &ire de nooTelles ooii?eatiens et des lois internationales snr tous les points non dém^ minés ; 8^ de perfectionner le style des lois et des autres aeies. Mais comme ces choses dépendent des intérêts et des passions humaines, les remèdes seraientinsuffisants; en conséquence Bentbam imagine une paix perpétuelle, fondée sur deux points essentiels : 1^ la réduction et la flxation des forces militaires et navales; 3® l'émancipation des colonies , qui sont toujours onéreuses à leur métropole , contrainte qu'elle est de les protéger par une marine dispendieuse.
Un tribunal arbitral , selon Bentbam , serait indispensable pour prévenir les dissidences d'opinion entre les négociiteon des deux puissances ; et la décision de ce tribunal sauvegarderait du moins l'honneur de la nation qui succomberait. On a imaginé diverses combinaisons , comme la neutralité armée, la confédération américaine, la diète germanique, la ligue suisse. L'histoire nous montre ainsi que la confiance entre nations n'est pas un fait anormal. Cest ainsi que l'on pourrait former un congrès général, où chaque puissance enverrait deux dépotés, et qui aurait autorité pour rendre sa décision , pour la fiûre publier dans les deux États , et pour mettre au ban de rEiirope celui qui n'y obtempérerait pas. €omme dernier expédient, on pourrait fixer le contingent de chaque État potur l'exécutioa des sentences prononcées. Mais on préviendrait cette néœsaîté en autorisant le congrès à donner la plus grande publicité à ses jugements motivés, ce qui serait un appel solennel àTopinion.
Tel était le rêve de Bentham en 1789 , la veille de la conflagration générale , où l'on vit apparaître la plus flagrante violation de tous les traités positifs. Elle avait d^à écbté, quand un autre philosophe, Emmanuel Kant, imagina une paix perpétuelle , constituée aussi sur une confédération de toute l'Europe , représentée par un congrès permanent. La première eondition, c'est que les Etats soient républicains , c'est-à-dire que chaque citoyen concoure, pair ses représentants, à faire les lois et à décider de la guerre ; car un despote n'hésite guères à recourir aux armes : mais le peuple sait qu*il s'expose à toutes
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les charges et à tous les maux qui suivent un appel à la force. Par constitution républicaine il entend un gouvernement limité par une représentation nationale, où le pouvoir législatif est s^^aré du pouvoir exécutif; tandis que la démocratie rend toute représentation impossible, et qu'elle est nécessairement despotique, attendu que la volonté de la majorité de ces mille souverains dont elle se compose ne se trouve pas limitée.
Une paix perpétuelle exigerait encore que l'alliance se fondât sur une confédération d'États libres; mais l'état naturel entre les nations a été jusqu'à ce jour celui de guerre déclarée on imminente, et leurs droits ne se débattent que sur les cfaamps de bataille, où la victoire tranche la question , mais ne la résout pas. La paix devrait donc être garantie par un pacte spécial qui ait pour but de mettre un terme à toutes les guerres, et par lequel les nations renoncent à la liberté anarchique des sauvages , pour former une civiias genHum. Si par hasard un peuple se constituait en république (gouvernement qui tend de sa nature à la paix perpétuelle) , il deviendrait le centre de cette confédération, à laquelle d'autres s'associeraient pour garantir leur propre liberté , selon le droit public. « Car s'il est juste d'espérer que le règne du droit public se réalisera par des progrès graduels, mais indéfinis, la pabc perpétuelle, qui succédera aux trêves appelées jusqu'ici traités de paix, n'est pas une diimère , mais bien un problème dont le temps nous promet la solution ; et ce temps sera vraisemblablement abrégé par l'uniformité des progrès de l'esprit humain. » {^ tous cas, ce sera toujours l'un des rêves les plus séduisants pour les cœurs généreux, et pour ceux-là surtout qui, s'éeartant des dogmes religieux , croient au bonheur sur la terre. L'assemblée constituante avait proclamé que le peuple est un grand individu , et que le monde civilisé n'est qu'un seul peuple, dont les diverses nations sont les provinces; que l'humanité est une seule famille, qui doit être gouvernée par la loi de justice et de liberté; que la politi* que est distincte de la morale , mais ne lui est pas opposée. Elle chercha cependant en vain à édifier un code de droit international ; l'ancien droit ressuscita blent At , n'ayant pour règle que la force et les conventions. Plus tard, la sainte-alliance se flatta
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de réaliser ce concert ; et quarante ans d*une paix que les calamités de la guerre n'ont point attristée , n'ont cependant rien détruit de ce qui pourrait amener des conflits nouveaux.
Après les dépenses incalculabies que les guerres de l'Empire occasionnèrent, la gène que tous les gouvernements éprouvèrent du système de la paix armée, il fallut bien aviser à y trouver des remèdes : ce fut ce que se proposèrent ces congrès de la •paix, dont l'Américain Burrik fut le propagateur. Les gens les mieux intentionnés du monde se réunissent dans ces assem- -blées , pour déclamer et protester contre les horreurs de la guerre , pour montrer aux peuples et aux rois ce qu'elle coûte aux uns comme aux autres; mais, au milieu de ces idylles en l'honneur delà paix, les peuples, victimes de vieilles oppressions, ne voient que la force pour s'en affranchir, de même que les rois n'attendent que d'elle seule leur conservation.
Cependant la science politique était l'objet d'études théoriques. Dans sa Science du gouvernement , G aspard de Real , qui en traite d'une manière plus pratique que Buriamachi et Vattel, vint résumer les doctrines des publicistes classiques. Le fécond et exact Bynkershoek, de Middelbourg, offrit le premier une exposition critique et systématique du droit des gens maritime, traitant de préférence certaines questions particulières d*une application pratique. Selon lui , ce qui est conforme aux lomières de la raison est obligatoire , dès qu'il est observé par la plupart des nations les plus civilisées. Le droit des gens est donc une présomption fondée sur la coutume ; d'où il suit qu'il cesse d'être en vigueur du Jour où apparaît une manière de voir opposée à celle qu'il consacre. Son ouvrage sur le droit des am* bassadeurs ebt d'une importance capitale. Tracy, dans le Commentaire sur r Esprit des lois de Montesquieu, ne reconnaît que deux modes de gouvernement, le national et le spécial ; celui où les gouvernants sont faits pour la nation , et celui où la na« tion est faite pour les gouvernants : distinction empirique, et pourtant plus réelle que celle de Montesquieu.
Certains publicistes ont proposé, en vue de réeoaomie, les gouvernements h bon marché, supprimant la magistrature héréditaire suprême. Dans ceux où le peuple est appelé à prendre
part à radmioistration , le grand problème du pouvoir est Téieetion. Les répid)Ucaias, avec Jean- Jacques Rousseau, placent la puissance dans le nombre > ; d'autres n'accordent la représentation qu'aux propriétaires. Mais la foi dans Tautorité s'étant trouvée ruinée, on s'est vu dans l'impossibilité d'établir le dogme de la souveraineté; et la majorité qu'oa lui a substituée, c'est-à-dire la moitié plus un, est une base mobile et vacillante, selon le caprice de cette majorité. C.-L. Hal- 1er tenta une rettauraUon de la science polUiquef où l'on peut trouver du moins la réfutation des auteurs précédents. Dans son TraUé de philosophie polUique, lord Brougham a passé en revue cinquante formes de gouvernements. Il fait dériver, comme Bentham, le droit de commander et le devoir d'obéir, non d'un contrat primitif, mais de l'utilité du plus grand nombre (Expediency)\ de là résulte l'espèce de bascule où le peuple et le souverain se font contre>poids, ainsi que le droit réciproque de résistance , qui, en somme, est la base des constitutions libérales de ces derniers» temps. Il traite mieux les principales questions de la société civile actuelle , le gouvernement représentatif, la liberté de la presse, les armées sur le pied de guerre ou de paix ; puis les débats parlementaires, le scrutin secret, la répartition des droits électo» raux , la durée du mandat, les incompatibilités : tout cela au point de vue théorique et pratique , et toujours prêt à citer les grands exemples que pouvait lui fournir le gouvernement de son pays.
Les questions de droit politique ont été plus agitées par les année ou dans les conférences que par les écrivains ; et ces
' Fichte partage cette opiaioD ; niaiSy en reconnaissant la forme républicaine comme la plas rationnelle, il en fait dépendre l'application de l'esprit public des nalloos, et ne la croit possible que là où le peuple a appris à respecter la loi pour elle-même. Toute constitution est légitime, pourvu qu'elle favorise le progrès général et le développement des facultés de diacun. L'idéal de la perfection sociale consiste dans un accord de toutes les volontés à la loi de la raison, de telle sorte que clmcun travaille au salut commun, et que Tactivité de tous aboutisse au bien-être de chacun.
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deroiers temps n'ont produit aucun auteur dassique. Blackintosh donna , dès 1797, le plan d'un cours de droit naturel et des gens , et il est fort à regretter qu*i] ne Tait pas exécuté luimême. Il définit le droit naturel, la science qui enseigne les droits et les devoirs des hommes et des Ëtats; de sorte qu'il embrasse toutes les règles de morale , en tant qu'elles régissent \t conduite des hommes entre eux dans les différeots rap* ports de la vie, la soumission des citoyens aux lois , l'autorité des magistrats dans la législation et le gouvernement, les rapports des nations indépendantes en temps de paix , et les limites que doivent avoir leurs hostilités. Tout en louant Grotius et Puffendorf , il voudrait un nouveau système de droit in* ternational , attendu que le langage de la science est tout à 6ût changé, et que chaque siècle exige un enseignement donné dans sa propre langue. Maintenant une philosophie plus modeste et plus simple s'est répandue; la connaissance de la na* ture humaine s'est accrue; des pays incotmus ont été explorés; les cent fleuves de la science se sont réunis en un vaste coqïant; lliistoire est devenue un musée où Ton peut ândier toutes les variétés de notre nature. La guerre est devenue moins cruelle , surtout envers les prisonniers ; l'instruction prttique s'est enrichie des dernières expériences *.
On pourra malheureusement opposer à ces progrès vantés des violations effrontées, des guerres poussées avec un acharnement fiirouche , les prisonniers de guerre torturés sur les pontons anglais et dans les neiges de la Sibérie , le blocus et le droit de visite étendus *.
Quelques publicistes se sont occupés du droit des gens au point de vue purement positif et pratique, et, d'après les documents, ont établi les actes et les règles qui devaient diriger les souverains et les diplomates.
■ Philosophie du droit, où tous les {systèmes contemporaif» ssr la politique et le droit se trouvent exposés. V. Stahl.
* Les dentiers événements ont été étudiés dans leurs rapports avee le droit des gens par rAroéricain H. Wrbatoiv, Progris du droit des cens en Europe, et par Maurice de Hauteiiive, Progrès que lé droU des gens a fait en Europe depuis la paix de Westphalie.
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Déjà le président Hénault , dans son DroU publie fondé sur les traités y avait révélé ce qui jusqu'alors avait été considéré eomme les arcanes de la diplomatie. Moser s'occupa toute sa vie da droit public, principaîeinent de celui de l' Allemagne. Dopais la mort de Charles VI, il ne marche qu'appuyé sur des faits, rejetant les spéculations philosophiques, parce qu'il voit que les principes abstraits ne sont pas observés par les souverains. Martens publia en 1788 un Abrégé du droit des gens de r Europe moderne fondé sur les traités et la coutume, qui devint ensuite un manuel. Il part de l'idée de Vattel : que ce droit est une modification du droit naturel , appliqué à régler les rapports entre les nations. Kock et Schœll ont donné depuis cette Histoire générale des traités de paix entre les États européens, depuis la paix de ff^estphalle; ouvrage que vient de continuer jusqu'à nos jours le comte de Garden.
La science de la législation , dégagée des misères et des atrocités d'autrefois, s'est préoccupée des origines du droit pénal el des applications de la jurisprudence. Kant avait fait reposer le droit de punir sur ce principe : Que chacun soit rétribué selon ses oeuvres ; et il porta sa sévérité jusqu'à l'inflexible talion. Zacharie modéra cette sévérité monstrueuse , en réduisant toutes les peines à la perte de la liberté, attendu que tout délit est un attentat à la liberté d'autrui. Mais bientôt parut la Théorie de l'amendement, de Uenke, qui, refusant aux tribunaux la faculté d'apprécier la culpabilité intérieure, et par suite de proportionner la peine à la perversité du coupable , veut qu'on se borne à l'améliorer. Après lui, Weber et Schuize proposèrent pour but à la société le perfectionnement moral de l'homme : d'où il résulte que l'État a le droit de punir la violation des préceptes qui résultent d'une telle obligation. Romagnosi rechercha l'origine métaphysique du droit de punir et ses divers degrés, en s'appuyant sur ce que la société étant l'état naturel de l'homme, sa défense en est la conséquence : d'où la nécessité d*infliger des peines, mais seulement dans les limites de cette nécessité. Quelques-uns vont chercher ce droit dans quelque nhose de plus élevé, dans le principe d'expiation, et dans les inspirations d'une conscience publique, inconnues aux sen-
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Bualistes, ainsi qUe dans Tordre moral, doDt les perturbations doivent être prévenues ou punies par le pouvoir social.
Parmi les écoles modernes de Jurisprudence, Féoole praii-^ qtie, qui s'est étendue en Angleterre, proclame le droit positif, en lui donnant les codes pour base, et en réduisant l'art à leur application. L'école philosophique, qui règne en Allemagne « examine avec Kant le droit comme quelque chose d'absolu et de pure raison, ou recherche l'esprit des codes, les interprétant pour en trouver les motlfis suprêmes. Défendue aujourd'hui par Thibaut et par Hegel, cette école a trouvé des contradicteurs dans Hugo et dans Savigny , qui lui ont opposé l'école kisiori" gtu. Selon eux , le droit n'est pas une libre création du législateur, mais un fruit naturel des mœurs, des besomsy de tous les éléments eoostitutift d'une natioii; de telle sorte que le présent se trouve étroitement lié au passé , et qu'il faut dès lors recherdier avec soin tous les débris de l'ancien droit. En conséquence, les juristes philosophes se sont proposé de faire ua code pour toute l'Allemagne, persuadés que le droit est universel , et doit triompher de toutes les variétés de caractère, de climat, d'origine, et identifier la science avec la pratique. L'école historique a porté une grande lumière sur le droit romam , considéré philosophiquement et philologiquement, en publiant, en coordonnant, en critiquant des fragments antérieurs à Justinien, et aussi les codes des barbares^ de manière à iaire triompher l'histoire, et à l'associer à la pratique du droit. Sous oe point de vue , Savigny considère le droit romain comme le type de la loi positive universelle , et l'aperçoit partout dans la codes modernes; il le regarde comme la base d'un autre code, qat ne pourra être compilé de longtemps : aussi faut-îl se contenter, quant à présent , des statuts et des coutumes que nous tenons du passé.
Cette dernière école voudrait aussi s'intituler école du progrès^ parce qu'elle fût le droit continuellement variable, comme un résultat de l'expérience, selon les temps, les pays, les usages ; oe qui fait qu'on ne doit avoir en vue que son application, tandis que ceux qui le construisent d'après des règles rationnelles te condamnent nécessairement à Fimmobilité. De semblables di-
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rergences prouvent qu'il n'existe pas encore une véritable sdenœ du droit; mais elles donnent lieu aussi à de fortes études, à des discussions, et tendent à éclairdr l'importante distinction entre le droit et la morale.
Le premier code officiel fîit le Landilagh de la Suède, dans lequel avaient été fondus les douze codes provinciaux en 1442, et qui fiit imprimé plus tard en 1608. Dix ans après, Gustave- Adolphe donna un nouveau statut; et, en 1731, Frédéric II fit rédiger ce code général que la diète sanctionna en 1784. D*autrès essais eurent lieu également au dix-huitième siècle, parmi lesquels nous avons mentionné déjà les codes de Frédéric le Grand et de Joseph II. Le cùde Napoléon , qui est comme une transaction entre les anciennes coutumes et les conquêtes- de la Révolution, fut porté dans toute l'Europe par la victoire; et il lui a survécu dans plusieurs pays, où il en a inspiré de nouveaux. Le code Bavarois, ouvrage de Feuerbach (1810), changea le droit criminel allemand ; et on l'imita en corrigeant ce qu'il avait de trop rigoureux. Le Digeste de r Empire a introduit en Russie l'ordre et l'uniformité (1833) : il contient les statuts organiques de l'État, les règlements concernant les finances, l'économie publique, la police intérieure, indépendamment des lois civiles et criminelles. La Grèce a promulgué un code pénal , et s'occupe de substituer un bon corps de lois civiles à l'amas de dispositions empruntées aux législations romaines et byzantines. Dans l'Amérique septentrionale, les codes se ressentent de l'influence firançaise. Celui que Li vingston a rédigé pour la Louisiane est extrêmement remarquable; les délits et peines y sont nettement divisés , et les limites des autorités administratives et judiciaires bien déterminées '. Dans le code Brésilien (1836) » qui est d'une douceur extraordinaire, la peine de mort est réservée au meurtre et à llnsuncction
* LIvjngBtoB discute» dans son préambule, les trois bases que l'on a allribiiées tu droit de punir, eherchaot à concilier ceux qui le font dériver de la lëglUme défense , ceux qni le font dériver d'un contrat •octal, et ceux qui le ratUclient à la justice divine. Rossi aborde aosri cet examen dans son Traité du droit pénal.
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armée des esclaves. Celui de la Bolivie punit la tentative moins que le crime consommé , et traite , dans une partie, des crimes publics, et, dans Tautre, des délits privés. La Russie a promulgué, en mai 1846, un nouveau code établi sur les coutumes antérieures , mais qui en est cependant indépendant. Le knout y est aboli, et toutes les autres peines s'y trouvent adoucies.
Le code commercial français a emprunté des titres entiers à l'ordonnance maritime de 1681. Napoléon contribua beaucoup à le répandre, et plusieurs peuples de TEurope de TAmérique l'adoptèrent, même après la chute de Tempereur. Brème, Hamboui^, Lubeck ont des codes particuliers. L'Édii poUUque de navigation^ promulgué par Marie-Thérèse pour les ports autrichiens, n'a trait qu'à la discipline. Il paraîtrait que le code maritime de la Suède a beaucoup emprunté aux vieilles eoutuoies Scandinaves. Les autres peuples ont aussi leurs codes de commerce, sauf FAngleterre et les États-Unis, c'cst-à-dhre les deux nations les plus commerçantes du monde : elles préfèrent s'en tenir aux jugements d'Oleron et de Wisby , et aux précédents de leur jurisprudence. Des écrivains anglais nous ont fait coanattre le code maritime de la Malésie, dont lesdi^Msitions s*écartent peu de celles de la justice européenne.
Tous les peuples demandent des améliorations à leur législation pénale; T Angleterre elle-même, où la loi est tout et où les principes ne sont rien , lutte pour rajeunir les vieilles lois. La distinction s*établit partout entre le pouvoir administratif et Je pouvoir judiciaire, que Ton rend indépendant et inamovible. Le ministère public s'y introduit également, et Ton établit divers degrés d'appel qui Gxent un terme aux procès. On distingue le délit de la transgression, la tentative de l'exécution ; ajoutons à ces améliorations frappantes la publicité des débats , les arrêts motivés, les jugements par jurés, la rédaction des lois dans la langue vulgaire, et enfin la précision des châtiments.
Le prévenu dans les prisons n'est plus confondu avec le condamné, Tadulte avecTenfant; et celui qui a subi sa peine n^est plus livré à Tarbitraire de la police, mais confié au patronage de personnes pieuses et sages. On s'eflbrce d'enlever aos châtiments le caractère de vengeance, pour leur donner celui
d^expialkm, en rendant aux coupables le sentiment de leu» dignité. Beaucoup de publicistes se sont élevés contre la peine de mort ; et peut-être n'est-ce que Timperfection de nos moyens de répression qui la fait conserver. L'Angleterre Fa restreinte, en 1837, à un très-petit nombre de crimes; et, en 1841 , elle en a excepté aussi les crimes d*État.
Dans les armées même, les châtiments échappent à Tarbitraire : le soldat est soumis à un jugement; on abolit les châtiments eorporels, qui avilissent; et la peine de mort n'est plus prononoée pour désertion en temps de paix..
Mais depuis la destruction des anciennes corporations , qui constîtiiaient entre leurs membres une espèce de surveillance réciproque, cette surveillance a dû se concentrer dans la police. Cette institution a donc pris une grande importance , et empiète parfois sur les attributions du pouvoir judiciaire.
La centralisation du pouvoir, et le besoin de connaître avec certitude les ressources d'un pays, ont donné naissance à la statistique, qui est l'énumération des faits qui peuvent éclairer Fadministration publique, l'inventaire des forces d'une nation. Déjà elle avait grandi sous Napoléon, qui n'en prit pas ombrage , attendu qu'on peut faire dire à des chiffres tout ce qu'on veut. Quelques-uns en ont abusé depuis, et en l'exagérant ont voulu constituer comme essence de la science économique ce qui n'en était que Finstrument; ils sont tombés dans le frivole et dans le ridicule. On appuya d'un grand appareil de chiffres les maximes les plus absurdes ■ ; ce qui est venu en aide au maté» riallsnie de l'administration , pour qui l'homme n'est pas un être intelligent, mais une machine qui produit ou ne produit pas.
Melchior Gioia, collecteur infatigable de faits arbitraires, dont il ne vérifiait pas la source, exposa, dans la Philosophie de la statistique, des tableaux où devraient figurer, dans sept catégories, tous les faits et tous les objets de la société, comme s'il était possible de ramener tout au nombre et à la mesure. Le même écrivain a réuni sur tous les objets possibles, dans
' « Depuis dix ans» disait Garaîer-Pagjfes a la chambre des dépnléfi. Tari des chiffres est la langue du mensonge. »
Iton Prospectut det sciencet écanomigveSy les pensées des sages, les opinions et les usages des peuples, les actes des gouvernements. Sa définition de la statistique, « description économique des nations , » n^est pas satisfaisante; car cette science doit dresser le calcul si complexe des forces politiques, et arriver à marquer le degré de la vie sociale, ou la véritable puissance intérieure.
La Grée» antique, qui tenait peu de place dans le monde, n'en était pas moins une chose immense; Athènes, qui était peu par le nombre d^ ses habitants, était beaucoup par ses oeuvres : cela prouve qu'il y a des forces qui échappent à rarithmétiqoe , forces qui ne peuvent ni se toucher ni se mesurer. Deux colonnes de chiffres ne sufBsent pas pour déterminer la condition d'un peuple , puisqu'une grande somme de richesses peut exister avec la dernière dégradation du caractère moral : en elfeC. lliomme n'est pas seulement un être physique et iatdlectuel , et sa partie morale échappe au creuset de la statistique. Que dire ensuite lorsque les chiffires sont établis d*après Topinimi de celui qui les recodlle, et non l'opinion d'après les chiffres?
La statistique doit réunir et condenser en chififires les ftits qui doivent avoir pour résultats des théories. On n'aborde aujourd'hui aucune grave question d'économie politique , sans s^étre Kvré préalablement à des recherches sérieuses sur les faits qui s'y rapportent. On connaît par la statistique les dépenses et les recettes , ainsi que les comptes de la justice civile et crimindie, c'est-à-dire la fortune publique et les mœurs, l'enseignement primaire, les dépenses des communes, l'entrée et la sortie des marchandises , les productions du sol, et celles des mines. Cest un inventaire du présent , au profit de l'avenir.
Dès le temps d'Aristote et de Xénophon, les questions économiques préoccupèrent les philosophes. Néanmoins ractirilr industrielle ne pouvait être très-grande chez les anciens, oùlt vie privée était subordonnée à la vie publique, où la première pensée du citoyen était pour l'État, et la seconde pour laimême. De même dans le moyen âge , quand la religion était la première affaire des États et des indiridus, l'éoonomie sociale ne pouvait prendre un grand essor. Mais, au temps présent, b
est devenue la condition non-seulement du bîen-étre matériel , mais aussi de la dignité personnelle, de rindépendance, du développement intellectuel et sodaL
On connaît Taxiome de Quesnay : La terre ne produirait pas sans travail; donc le travail est ta véritable richesse, Cest grâce au travail que la terre rapporte régulièrement, abondamment, et que les manufactures fleurissent; le travail annuel d*une nation est la source des produits nécessaires à la consommation, aussi bien que de ceux au moyen desquels on se procure les produits des autres pays. En effet, la richesse consiste dans la valeur échangeable des choses : celui-là est le plus riche qui produit le plus, ou qui possède des objets auxquels le travail donne une utilité qu'ils n'auraient pas autrement. La valeur échangeable diffère de la valeur utile , en ce qu*on peut avec la première se procurer beaucoup de choses, et que la seconde ne peut figurer comme matière à échange. Qu'y a-t-il de plus utile que Teau ? On ne peut cependant en faire Tobjet d'un échange; tandis que le diamant, qui est si peu utile, peut servir à acheter beaucoup de marchandises. Le rapport entre deux valeurs échangeables exprimé en une valeur convenue, à laquelle on donne le nom de monnaie, s'appelle prix. Le prix nominal diffëredu prix réel, qui représente ce que les choses ont coâté de travail ; diverses circonstances peuvent foire que le prix courant s'éloigne du prix naturel , et trois éléments concourent à l'établir; car il faut ajouter au revenu de la terre qui a fourni la matière première , le salaire de l'ouvrier et le bénéfice de l'entrepreneur.
Smith laisse une grande part à la terre ainsi qu'aux produits accumulés des richesses créées par le travail : une partie se consomme immédiatement, une partie s*accumule par l'économie et par l'épargne , ce qui constitue les capitaux , qui ne sont pas seulement l'or et l'argent, mais toute richesse quelconque résultant du travail , surtout quand cette richesse est eniployée à en créer d'autres par un travail nouveau. Le capital est Jixe s'il se transforme en ustensiles; il est circulant s'il sert à payer le salaire des ouvriers et à acheter des matières premières. Améliorez-vous votre fonds? c'est un capital fixe; l'ar-
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gent et les vivres sont un capital circulant. Mais, dans les combinaisons par lesquelles les produits du travail s'échangent entre eux au moyen de l'argent, qui réglera le prix des choses? La demande et Foftre.
Smith nous a donné la meilleure analyse du travail : selon lui, les progrès de cet élément de richesse sont en proportion de sa subdivision , de sorte que les machines deviennent les bienfaitrices de Thumanité , malgré leurs inconvénients passagers. La richesse peut donc être créée , accrue, conservée, accumulée , détruite ; la stérilité du travail est une erreur, et les classes manufacturières échappent à la prédominance des classes agricoles.
Passant ensuite aux revenus de TÉtat comme corps politique, Smith détermine à quelles dépenses la société entière doit contribuer, quelles sont celles qui doivent peser seulement sur certaines classes, et quels sont les avantages du système colonial. Quiconque est apte à créer des valeurs doit à rÉtat des subsides et des taxes, en retour de la liberté de son travail ; il n'est plus de professions stériles dès qu'elles peuvent donner aux choses une valeur échangeable au moyen du travail. Chacun peut donc acquérir l'indépendance; l'économie devient une vertu active, et le champ des valeurs échangeables est infini. Les premiers économistes avaient attribué aux gouvernements une part telle qu'ils faisaient de leur science et de la politique deux choses synonymes ; au contraire, Smith veut que le gouvernement reste passif. Supprimez les entraves , et les capitaux préféreront toujours l'emploi qui profitera le plus à l'industrie nationale. La paix, des taxes supportables, la justice, suffisent pour porter un peuple de la barbarie à la plus haute civilisation. L'intérêt individuel est le mobile de chacun, et la concurrence , le meilleur des stimulants. L'égoîsme est donc le fond de son système ; c^est par l'égoïsme qu'on travaille, qu'on invente, qu'on fait. des efforts pour améliorer sa condition. Que chacun s'ingénie de son mieux, et cette activité de tous sufBra à la prospérité et à la richesse de la nation : en conséquence, liberté absolue, concurrence, émulation. Smitli opposait ces théories aux physiocrates , sans prendre leur ton dogma-
tique, mais simplement, et en tirant ses exemples des objets les plus usuels. S'il ne fut pas toujours rigoureux dans ses conséquences; si, en combattant des erreurs enracinées, il tomba quelquefois dans d'autres excès ; s*il n'apprécia pas toute Timportance de la terre et des capitaux ; s'il ne donna pas la théorie la plus exacte des machines ; si , épris des valeurs échangeables, il ne songea pas aux valeurs morales, qui sont la gloire, Tornement des nations, et s'il négligea les médecins ^ les avocats, les prêtres, les magistrats^ sans s'apercevoir que le talent est un capital accumulé , il faut le lui pardonner, en considération des difficultés qu'il rencontra , et de l'inexpérience qu^avaient montrée ses prédécesseurs. Il se laissa surtout abuser par la philosophie écossaise , qui cherchait à suppléer, par la méthode, au défaut de principes, et à combler par l'expérience le vide laissé par le sensualisme de Locke.
En outre, ni Smith ni ses disciples ne s'inquiétaient, dans la libre création des richesses, si elles tournent au détriment des pauvres ; aussi l'Angleterre , qui fit l'application la plus large de sa concurrence universelle , se trouva-t-elle accablée sous la masse de ses prolétaires indigents. Depuis qu'à cette avidité de l'intérêt privé est venue s'ajouter la puissance énorme des machines à vapeur, on s'est demandé de plus en plus si le monde a beaucoup gagné à cette création de richesses , qui , sans frein de justice ni de morale , plonge dans la misère une multitude de gens ; tandis que les richesses, pour être un bienfait réel, demanderaient à se trouver également réparties entre tous les producteurs. Heureusement la position de TAngleterre , sur laquelle Smith a fondé ses doctrines , ne sera jamais celle de toute l'Europe. Non , l'homme n'est pas destiné à ce travail solitaire , à cette hostilité de la paix ; et nous avons la confiance que Vassociation sera substituée un jour à la con^ . currence»
Les doctrines de Smith pénétrèrent rapidement dans la pratique, firent tomber beaucoup d'entraves , donnèrent une meilleure idée des colonies , réveillèrent le crédit public , et réduisirent les balances de commerce et les systèmes restrictifs, non moins que les théories des physiocrates , à n'être plus que des
erreurs historiques. Ces vieilles théories avaient pourtant profité à la France, car cette nation sympathique ne pouvait, ainsi que Smith , concevoir sa mission exclusivement comme un marchand, à qui il suffit de réaliser de gros bénéfices. Elle voulait effacer les restes de la féodalité, et la nuit du 4 août 1789 vit opérer plus de réformes que n*avaient osé en réclamer les économistes. On débattit longuement la question de savoir soi quelle classe il fallait faire peser Timpôt; l'école de Quesnay avait adopté une définition trop étroitede la valeur^ et elle arriva à des idées exclusives ou fausses , en faisant tout peser sur la terre, comme Tunique source des richesses. La Révolution , qui appliquait la doctrine de ces économistes , accabla dMmpots les propriétés foncières, et laissa perdre à la nation ce qu'elle aurait pu tirer, à son grand profit , des capitaux et de Tindustrie. Il £illut donc forcément émettre des assignats sur les biens du clergé et des émigrés. Mais comme cette ressource ne poui(ait suffire pour résister à toute l'Europe , on eut recours à des expédients ruineux , auxquels , disait-on , on était contraint par le salut public. L'argent fut prohibé , pour donner cours aux assignats ; la valeur s'en étant accrue , on prétendit fixer le maximum des prix; et alors les marchandises et les denrées disparurent à leur tour. Les violences qui suivirent ces mesures obligèrent à prendre des partis désastreux. Mais Napoléon luimême appelait le système continental un retour à la barbarie ' ; et ses erreurs en économie politique lui furent plus nuisibles que ses erreurs d'ambition.
Tandis que la France démocratique pesait sur la propriété foncière, en Angleterre l'aristocratie grevaU les impots indirects. Dans ce pays toutefois s'étaient créés la grande industrie, le crédit moderne , la dette consolidée , puis la dette flottante, par l'émission des bons du trésor, qui , dans des temps calmes, devinrent pour les Ëtats des expédients très-commodes, en les dispensant de conserver l'argent improductif pour des besoins
" « Il nous a coûté de revenir , après tant d'années de dvilisalion, aux principes qui caractérisent la barbarie des premiers Ages des Dations, n Me^Mige du 21 novembre 1806.
imprévus. Or, TAngleterre , avec son commerce immense, avec ses coionies , avec sa libre discussion , était le pays le plus propre à produire des théories, et à les autoriser par une vaste pratique. Les esprits pénétrants virent la fausseté du système commercial en vigueur, qui considère Fargent comme Tunique richesse , et tend à en attirer la plus grande somme possible en vendant beaucoup et en achetant peu ; système sur lequel étaient basées les lois de douanes de toute T Europe.
Le crédit rapproche les deux éléments , trop souvent divisés, de toute production, le capital et le travail : il fait que les capitaux , quoique employés, peuvent encore concourir utilement à d'autres entreprises ; et 1^ crédit anticipe sur Tavenir. Cest au crédit qu*est due la supériorité de TAngleterre ; les banques sont le crédit élevé à sa suprême puissance. Henri Thomton entreprit de justifler la suspension des payements de la banque, d*après ce principe que la circulation proûte également , soit en numéraire , soit en effets , et que les banques peuvent favoriser indéflniment le travail et multiplier la production sans recourir au numéraire , pourvu que les émissions soient modérées. Pitt soutint que le capital fictif, créé par le prêt, se transformait en capital fixe , et devenait par là aussi avantageux au public que si un nouveau trésor était ajouté à la fortune publique : c'est là une absurdité , et pourtant quelle force prodigieuse en résulu!
Mais lorsqu'en 1810 les efforts de la Grande-Bretagne contre Napoléon eurent porté l'État à des dépenses énormes, et démesurément accru le prix des denrées , Gobbett lança sou opuscule intitulé le Papier contre l'or, ou Mystères de la banque dr Angleterre : chef-d'œuvre de bon sens , soutenu par une logique inflexible, à l'aide de laquelle il pénètre les questions les plus épineuses , et dévoile les tromperies du gouvernement en matières de finances.
Ricardo lui Wnt scientifiquement en aide {Du haut prix des denrées, 1809), en prouvant que la hausse et la baisse du cours étaient des termes relatifs , et que le cours, tant qu'il ne circule que des monnaies d'or et d'argent ou du papier conversible en numéraire, ne pouvait hausser ou baisser plus que dans
les autres pays , au delà de ce qui est nécessaire pour les frais de transport de l'argent et des lingots. Si au contraire les billets ne sont pas conversibles , ils ne sont pas reçus au dehors, et dès lors la baisse qu'ils éprouvent indique une étnisnon eicessive. Or, il projeta une banque où les billets seraient échangés, non contre de l'argent, mais contre des métaux ; ce qui conciliait la sûreté des porteurs et celle de la banque, en évi* tant les frais de monnayage et le danger des réclamations instantanées. L'expérience n'en a pas été faite jusqu'ici.
Le même écrivain soutint ensuite (1817), dans les Principes de r économie politique et de Cimpôt, toujours avec des formules abstraites et algébriques , que le revenu est indépendant des^dépenses de production, et que la hausse des salaires dirainue les bénéfices , mais non le prix des denrées, et vice versa. Les salaires, selon lui , et par suite les bénéfices, sont déterminés par les frais de production de ce qui est nécessaire à la consommation de l'ouvrier. Quelque chers que soient ces objets, l'ouvrier doit toujours en recevoir autant qu'il lui en ûiut pour vivre , lui et sa femille. Cette théorie a été combattue ; mais elle a amené de belles idées sur les bénéfices , les salaires, les produits bruts, l'influence des taxes sur la production.
Comme il est constant que la modération des désirs ne provoque pas la production , Ricardo a prétendu que , pour rendre un peuple actif et industrieux , 11 fallait accroître le nombre de ses besoins. Il a donc plus en vue la richesse collective des nations que le bien des individus , et il pose ainsi les bases de son système : Déterminer les lois qui règlent la distribution des produits en rentes^ bénéfices^ salaires, tel est le problème capital de Véconomie politique. L'objet de son ouvrage est de le résoudre , et c'est aussi le but que se sont proposé James Mill et Torrens.
Mac-CuUoch^qui définit l'économie politique « la sdencs des valeurs , » modifia les idées de Ricardo, tout en les rendant plus populaires ; il adopte aussi l'inflexible absolutisme du système manufacturier, sans égard pour les travailleurs : la plos grande félicité consiste, à ses yeux, dans la plus grande
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sociale ; d'où la nécessité de lois qui en règlent la distribution.
Ainsi voilà Téconomie publique tout à fait matérielle : l'homme est une machine de travail , les nations sont autant de manufactures ; le monde est régi par la fatalité des lois économiques. L'humanité est-elle broyée sous les roues des machines ? il n'importe. On oublie que l'augmentation des produits n'est désirable qu'en considération des hommes : on songe à la richesse et à la prospérité de la nation , mais non à celle des individus.
A coup sâr, depuis que Arkwright et Watt changèrent les conditions du travail en substituant aux bras les machines, les grandes associations ont succédé aux petites manufactures, et les finances se sont portées sor Tindustrie ; c'est-à-dire qu'elles ont aggravé de plus en plus les impôts indirects, qui forment même l'unique revenu dans certains pays , comme aux États- Unis et en Angleterre. Mais quelques-uns s'aperçurent que si les prohibitions accroissent la production , elles mettent toutefois obstacle à la consommation. S'opiniâtrer à fabriquer ce qu'on peut se procurer à meilleur marché est une faute semblable à celle de l'Espagne , qui se ruina pour multiplier Tor, qui faisait augmenter les produits manufacturés de la Flandre. La prospérité à laquelle étaient parvenus les États-Unis , où rindustrie et les manufactures n'étaient ni favorisées ni proté* gées , démentait l'école protectionniste , ainsi que le régime colonial , et démontrait que les balances du commerce étaient fausses, et les lois protectrices, imprévoyantes. En conséquence , le ministre Huskisson attaqua la prohibition « à l'aide, disait-il, de ces changements graduels et pondérés qui, dans une société d'une forme ancienne et compliquée , sont les préservatif les plus convenables contre les innovations imprudentes et dangereuses. » Il affranchit donc la navigation et l'entrée des soies étrangères; aux objections des uns il opposa celles des autres , et démontra par le fait que l'abaissement des taxes profite à l'État. Son triomphe fut si complet , que peu d'années après on proposait d'employer le canon pour faire adopter partout la liberté.
Henri Pamell, qui vint après lui , passe en revue, dans sa nr forme financière^ le système économique anglais, et les
germes d^améliorationsdont il est susceptible en fait de douanes et d*intéréts commerciaux. Les Anglais ont le grand avantage d'apporter dans les systèmes une expérience qui leur sert à distinguer les idées pratiques des illusions passionnées, et de voir les réformes triompher dans l'opinion avant d'être discutées au parlement, dont tout le rôle consiste alors à décider des questions déjà bien débattues. C'est ainsi que le ministère de Robert Peel put affranchir des droits de douane une partie considérable des marchandises; et Ton en vint à demander bientôt qu'il en fût de même pour le reste. Les partisans de la liberté du commerce formèrent en peu d'années un parti , qui prit le dessus sur les deux partis anciens; on le vit réunûr dans une soirée 15 millions de francs pour tenir tête à raristocratie; s'appuyant sur le peuple , il a le sentiment de ses besoins et favorise ses réclamations. Ce pays, qui devait sa grandeur séculaire au système prohibitif, qui avait repoussé si longtemps toute marchandise importée sous pavillon étranger, 8*est décidé (1850) à abolir tout privilège de navigation ; il a ouvert ses ports et ceux de ses colonies à tous les produits et à tous les pavillons.
Ainsi , un principe opposé à celui qui a dominé jusqu'ici est proclamé, celui de la libre concurrence entre les nations. Ce* pendant les lois prohibitives ressuscitent dans la ligue douanière de l'Allemagne. Dans cet autre pays, les matières premières sont exemptes de droits; une taxe légère frappe celles qui, ayant été à demi ouvrées , servent au travail; mais les objets manufacturés y sont grevés de droits très-lourds; les denrées intertropicales y sont asssujetties à diverses taxes >. L'a-
* Le thé paye 86 pour cent, le sucre 50, ce qui a fait beaneosp augmenter le sucre de betterave; te riz 35, les tabacs 60, etc. PTauniit- 11 pas été plus opportun de faire des arrangements avec l'Amérique, d'autant que T Allemagne, qui n'a pas de colonies, n'a pas de monopoks À protéger, et qu'elle aurait pu obtenir à bas prix ces denrées, pour les répandre dans toute l'Curope? On évalue la consommation du sucre, dans les pays civilisés, à trois kilogrammes par tête. Or, l'Anglais Frédéric Scheer a calculé que l'Europe, les États-Unis , le Canada, en oat consommé, en 1845, 840 millions de kilogrammes. La consooDmalioo,
vantage intérieur fut très-grand. Le revenu net» qui avait été dans la première année de 46 millions et demi , s'éleva presque à 87 millions en 1843 , défalcation faite des frais de perception. Dans la première année, la ligue comprenait 23 millions d'individus; on avait donc gagné t,94 par tête : en 1843, il y en avait 23 millions et demi , ce qui donnait 8 fr. 11 par tête. La population, indépendamment de Faugmentation des personnes employées, trouve donc son avantage dans Faccroissement des salaires et des industries, et dans la plus-value des propriétés.
Les restrictions sont-elles donc avantageuses ? La ligue anglaise contre les douanes est-elle donc absurde? Voilà les faits à Fappui des deux théories : Favenir décidera entre elles.
Cest à Jean-Baptiste Say (1767-1832) que la France fut redevable de Fimportation des théories anglaises. 11 érigea en principes c^ qui pour Smith avait été des preuves, et en propositions générales les simples conséquences. Il accepte ce qui est comme droit, et relègue à Fécartles questions abstraites : n'ayant que Tobservation des faits pour théorie, il réduit la science h Fempirîsme , et lui donne son passé pour avenir. L'économie politique est pour lui la science de la production , de la distribution et de la consommation des richesses*. Il combat le système exclusif et colonial , en démontrant que les nations payent les produits avec les prodoits, et que toute loi qui entrave Fachat entrave la vente. Si donc la récolte est mauvaise dans un pays , les manufactures s'en ressentent ; si un pays prospère, ses voisins en profltent*, ou par les demandes qu'il
dans la Grande-Bretagn« , est de 8,46 par tête, de 8 dans les États- Unb, de 5,4 1 en Hollande, de 3,61 en France, de 1,20 en Autrielie, de 3 dans le reste de FAllemagne; de 0,77 en Russie. En supprimant les entraves, la consommation décuplerait peut-être*
' Jl est vrai qu^il a avoué depuis que cette manière de voir était trop restreinte, et que la science doit embrasser tout le système social; mais, dans la pratique, il ne s'écarta pas de ses premières données.
* On peut juger à quel point H s'éloigne de Voltaire, qui écrivait : m Telle est la condiUon humaine, que souhaiter la grandeur de son pays, c^est souliatter du mal à ses voisins... Il bst CLàia qu'un pays ne peut gagner sans qu'un autre ne perde. nDiciionn» phiiosoph»^ Patbie.
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fait , ou par le bon marché qui en résulte. Qu'on eesse donc de se. nuire réciproquement : plus de guerres , folies ruineuses pour le vainqueur ; la politique habile consiste à se doaner mutuellement la main, deux nations étant entre elles comme deux provinces. Qu'elles emploient donc leurs forces à snbjujB;uer la nature, et à en tirer la richesse qui est source de ta puissance.
Quant aux classes pauvres, Say ne s*en inquiète pas, el« grand admirateur de l'industrie anglaise, il ne se doute pas des maax causés par une concurrence sans frein. Si les richesses srat le produit de Tindustrie de l'homme combinée avec les agents naturels et avec les capitaux , la nation qui possédera le plus de machines sera la plus riche. L'entrepreneur et le capitaliste soin tout ; le travailleur n'est rien. Se faisant une arme, sous la Restauration , des doctrines agressives du libéralisulfe , il dénigrait le gouvernement , et repoussait toute intervention de sa part dans Tindustrie et les travaux publics ; il voulait qu'on s'en remît de tout à l'intérêt individuel. C'est aussi ce qu'avait voulu Smith, qui réduit le rôle du gouvernement à une pure surveillance, et n*entend pas qu'il dépense rien ni pour leculte, ni pour les beaux-arts , ni pour la charité.
Les économistes avaient donc démontré comment se produisent et se consomment les richesses. Mais pourquoi ne sontelles pas également distribuées dans la socfété? Pourquoi tant de misère? Le mal vient-il de la nature, ou de la société? Peuton y trouver un remède? La Révolution, passionnée pour les abstractions et les déclamations , ne comprit pas qu'il y avait mieux à faire qu'à renverser les privilèges et à discuter les institutions; que la déclaration des droits réclamait une organisation sociale qui en rendit la jouissance possible; que I» citoyens , une fois déclarés Ubres et égaux,des réformes économiques étaient nécessaires pour soustraire le peuple à la tyrannie de la faim , plus indomptable que celle des rois. Barrère avait dit à la tribune que « les pauvres sont les puissances de la terre, et ont droit de parler en maîtres aux gouvernements qui les oppriment; » et, en conséquence de ces abstractions, on eut recours à des moyens inouïs pour soulager la misère,
jusqu'à lui donner droit à une rente de IGO francs par tête : remède aussi vain que le furent la guerre, le maximum, les emprunts forcés, la banqueroute, Tabolition des contributions indirectes, et la guillotine ; la tourbe des pauvres ne diminua pas. La science se fatigue inutilement sur ce terrible problème. Guillaume Godwin( 1793), nouveau Rousseau, en accuse, dans sa Justice politique , les institutions sociales. II faut détruire les gouvernements, la religion , la propriété, les mariages; introduire une égalité où les riches ne soient que les administrateurs du bien d'autrui , et où Ton considère comme injuste toute jouissance dont un membre quelconque serait exclu.
Robert Malthus (1786-1836), au contraire {Essai sur le principe de la population ), trouve le vice non dans la société, mais dans les individus, surtout dans Tignorance et la dégra* dation désirasses classes ; et il nous endurcit aux souffrances de nos semblables, en les regardant comme méritées. Il déduisit , des recherches de Hume , de Wallace , de Smith , de Price, que Tespèce humaine multiplie en proportion géométrique, et les moyens de Tentretenir en raison arithmétique; d*où il suit qu*ils deviendraient insuffisants , si les maladies et les guerres n'y pourvoyaient. Si le vice et la misère augmentent avec la population ^^ que restera- t-il à faire à la société, sinon d'exclure du banquet de la vie tous ceux qui s'y présentent lorsque les places sont déjà'occupées ? Il faut donc ne distribuer ni aumônes , ni encouragement ; il ne faut pas nourrir les enfants trouvés, ni fournir de subsides qui multiplient les malheureux en encourageant Toisiveté. Tourbe misérable , qui assiégez les portes du financier en demandant Taumône, ou le comptoir du manufacturier en sollicitant du travail , videz la place , vous gênez ! la place est aux plus riches. Prétendriez-vous qu'au moins les ' douceurs du mariage , de la paternité vous ont été accordées par le ciel, et j]ue la société ne peut vous les enlever? ?îullement. Il faut qu'il vous soit défendu d'engendrer ; que la nature reste chargée du soin de vous punir du crime d'indigence. Que l'hérédité et les privilèges, au contraire, soient sacrés, puisque l'égalité ne ferait qu'augmenter les crimes et la misère.
Jamais, depuis le Cnrist^ on n'avait condamné aussi effronté-
ment la charité, et réhabilité la peste, la guerre et tous les fléaux. Malthtis y fut poussé par le désir d'assigner à la misère une cause unique, tandis que ces causes sont toujours complexes; d'absoudre par anticipation les gouvernements, et de prendre pour naturels les abus d'un état social et industriel contraire aux lois régulières de la population. Il exagéra la proportion dans laquelle elle se multiplie, en empruntant à TAmérique ses points de comparaison > ; il ne vit pas que les populations sont aujourd'hui plus nombreuses, et pourtant mieux nouiries, mieux vêtues qu'autrefois , et que Taugmenlation des besoios stimule Findustrie, et aide à triompher de la nature. Combien de pays encore inhabités ou incultes recevront Texcédant de ceux qui sont à naître! Le commerce ne remédie-t-il pas à Tmsuflbance de Tagriculture?
Des théories qui mettaient les inégalités sociales 0ous la sauvegarde de la Providence ne pouvaient manquer de sourire aux heureux du siècle, et parurent justifiées par les excès de la Révolution. En Angleterre, ceux qui demandaient qu'on diminuât les secours légaux aux pauvres ne manquèrent pas de s'en faire une arme. C'est fort bien ; mais il faudrait auparavant renverser les obstacles et les institutions qui empêchent la richesse des grands de descendre jusqu'aux pauvres, même après avoir supprimé les lois qui empêchaient l'homme laborieux de devenir propriétaire.
Du reste, les Anglais seuls érigèrent l'économie en véritable science, et dans les limites hors desquelles il ne reste que l'utopie, la spéculation. Elle ne fut traitée ailleurs que d'une manière éclectique, et on l'appliqua aux besoins de chaque peuple, sans s'élever a l'idéal : ainsi Ganilh pour la France, Merwal pour la question des colonies, de Laborde pour celle des associations, Piavillepour la charité légale ; Flores, Estrada, UUoa, Pebrer, Ramond de la Sagra, pour l'Espagne; Kluit et Quételet, pour la Hollande et la Relgique; pour la Russie,
■ L'Américain Everett, réfutant et Godwin et Maltbus (I82S), prétend , au contraire, démontrer que là où la population s'accroît t, 3, 4, 6, ii;a ressources augmentent comme I, 10» 100, 1000.
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Henri Storcb, qui apprécie magistralement le travail des esclaves , source pour cet empire d'une si grande richesse nationale.
Les Italiens n'eurent guère à s'occuper des sciences économiques, sinon historiquement > ; et, comme dans les siècles précédents , ils furent plutôt administrateurs et économistes politiques que philosophes. Romagnosi forma une école qui s'appuyait sur la jurisprudence. Melchior Gioia ( 1767-1829 ), sectateur de Bentliam dans l'économie, de Locke dans la logique, a dit : Bechercher les faits, voir ce qui en résulte, voilà la philosophie. Les sciences ne sont que le résultat défaits enchaînés^ de telle sorte que l'intelligence en soit facile^ et le souvenir durable. II ne sut donc donner qu'une philosophie vulgaire : il observa les phénomènes sans en rechercher les causes ; après avoir émis un fait , sans même qu'il s'inquiète parfois de le prouver, il en déduit une théorie. Pour lui, la morale est la science du bonheur, et le bonheur est la somme des sensations agréables, soustraction faite du chiffre des sensations pénibles : « Lois, droits, devoirs, contrats, crimes, vertus, ne sont que des additions, des soustractions, des multiplications, des divisions de plaisirs et de douleurs. La législation civile et pénale n'est que l'arithmétique de la sensibilité *. Les discours comme les actions sont subordonnés à la loi générale de la plus grande utilité et du moindre dommage ^ ; et une bonne digestion vaut mieux que cent ansd*immortalité *, » En conséquence, il méprise le peuple, préfère les grands manufacturiers aux petits, les grandes propriétés aux médiocres ; il proclame la tyrannie administrative , et ne traite ni des institutions politiques, ni des rapports entre Téco-
' Nous citerons la RaccoUa degli économiste, publiée par le baron Ciistodi ; la Storia delV econcmia publica in Italia, de G. Pecchîo, résnroé de l'ouvrage précédent; et le récent travail de L. Blancliini, Délia scienza del ben vivere sociale, e deW economia degli Stati; Païenne, 1845. Les étrangers ont appris de Pecchio qu'en cette matière ■ Il n*avait été rien produit en Italie dans l'espace de trente ans. »
* Préface au Traité du divorce,
^ Mériie et Kécompense^ t. I, p. 231.
4 Nuovo GalateOf p. 3ôo.
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nomie et la législation, non plus qne des finances ni du paupérisine. Dans Mériie et Récompense^ il veut qne Fœîl de 1*80torité pénètre jusque dans le foyer domestique '.
Mais tandis que Malthus s'élève contre les enfants qui naissent sans moyens d'existence, et conseille paternellement le célibat aux deux tiers du genre humain; tandis que Ricardo calcule dans son cabinet combien il faut sacrifier de victimes à la concurrence, les sentiments d'humanité l'emportaient cbcz d'autres; surtout lorsqu'aux embarras de la guerre succédèrent ceux de la paix, et qu'à la suite des changements apportés par la Révolution , apparurent ceux des machines, plus grands encore, et surtout inattendus.
Tant que l'homme avait eu un maître, il avait peu souffert de la faim, non plus que le chien ou le cheval. K mesure que l'indépendance s'accrut, la pauvreté augmenta ; les corporations d'arts et métiers une fois dissoutes, chacun se trouva isolé ; les pauvres de la campagne , qui avaient autrefois deux asiles, le château et le couvent, lorsque l'un et l'autre furent abattus, affluèrent dans les villes. Partout où la Révolution passa, elle détruisit les institutions de charité, de même que les institutions populaires. Mais c'est dans les pays surtout où dominent le crédit et les manufactures, qu'apparatt plus hideuse cette plaie dévorante de la mendicité ; l'industrie mécanique fait que les ouvriers les moins habiles suffisent au travail, et qu'on les préfère, parce qu'ils sont moins chers : ils n*ont plus en conséquence d'état régulier, et se trouvent facilement réduits à rinaction , c'est-à-dire à la misère.
Les gouvernements ont compris que c'est pour eux non-seulement un devoir, mais une nécessité, de relever les classes laborieuses. Ils ont donc cherché de^ remèdes au mal, mais au ha* sard ; et ils ont voulu leur donner Téducation, avant de leur avoir assuré le travail.
' Voici le jugement qa*en portait Romagnosi : « L'économie polHîqiio, telle qu^elle est exposée aujourdMioi, prend un air de sensnalilé mesquine et f yrannique, dans laquelle se trouve oubliée la partie la plss précieuse de la cliarité et de la dignité de Tespèce humaine. »
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Sismondif appliquant le bon sens à la science sociale, s'élera contre les abus des doctrines industrielles , en demandant grâce aux banquiers et aux machines, pour les souffrances dés hommes. Les moyens économiques de la production sont un bien soda! quand la consommation y correspond, et quand chaque producteur en retire ce qu'il en obtenait avant que cette économie fût introduite, (f est-à-dire quand elle rend réelle* ment un produit plus considérable. Mais la concurrence, qui est une lutte de tous contre tous, amène Teffet opposé ; elle y ajoute, de plus, de graves complications et de cruelles injustices. Dans cette guerre faite à la petite industrie par les gros capitalistes, ligués avec les banques pour créer des machines qui multiplient les marchandises, dont Taccumulation occasionne de grandes crises, c'est le peuple qui souffre. Le conflit des intérêts individuels ne sulBt pas à produire le plus grand bien de tous; et les entraves que les anciennes corporations mettaient à Texubéranoe de la production avaient de salutaires résultats.
Ainsi , tandis que Smith exclut Tintervention du gouverne* ment dans Tindustrie et le commerce, Sismondi rappelle; il repousse la libre concurrence, et soutient que le bien-être physique de rhomme , « en tant qu'il peut être Tœuvre du gouvernement, est l'objet de l'économie politique. » Il établit néanmoins, avec d'excellentes intentions, deux classes distinctes, le pauvre et le iriche ; il veut la légalité de la bienfaisance, mais il n'indique rien de bien efficace en faveur de ces classes laborieuses auxquelles il est presque le premier, parmi les économistes, qui ait montré un intérêt bienveillant.
Il est certain que le peuple jouit aujourd'hui de plus de bienêtre qu'avant l'emploi des grandes machines ; il parcourt des rues plus belles , sa route est éclairée ; il a les chemÎTis de fer, renseignement gratuit, l'habillement à bon nu&rché. Les machines, en économisant le temps, épargnent à l'homme les travaux pénibles de la brute, et en exécutent d'autres qui, sans elles, étaient impossibles. Mais l'avidité les rend désastreuses. Du reste, il est des maux qui ne guérissent que lentement; et il est facile de les révéler, comme il est toujours aisé de critiquer. Cependant d'autres écrivains répondirent à cet appel fiiit au
sentiment en faveur des classes souffrantes, en accusant de matérialisme Técole anglaise, en combattant son but ^olstCi en dirigeant enfin la science vers le bien-être et le perfectionnement de l'homme, vers ce qui éclaire son intelligence , stimule son activité, et soulage ses maux.
Drojs veut que les richesses soient non le but, mais le mojea ; le bonheur d*un pays ne dépendant pas, selon lui, de la quantité des produits , mais de la manière dont ils sont répartis. Dunoyer se platt à exhiber, au contraire, les torts des basses classes, leur imprudence , leur ignorance, Timpossibilité de les contenter : idées dénuées de fondement scientiGque. Yilleneuve-Bargemont ne voit de remède que dans la charité chrétienne. En général, l'école des économistes catholiques regarde la misère comme résultant en partie de la condition de l'homme, en partie du vice, et pense qu'il faut, pour y remédier, la parole du prêtre, le repentir du coupable, et la grâce de Dieu.
Eugène Buret, étudiant, non plus la théorie de la richesse, mais celle de la misère *, en fit un tableau d'autant plus déchi* rant qu'il n'inspire pas de défiance, comme tant d'autres ouvrages passionnés sur la pauvreté, sur les classes dangereuses, sur la prostitution. L'Angleterre principalement eut à s'occuper, après la réforme parlementaire, des souiTrances de la multitude; et les commissions envoyées en Irlande et dans les villes manufacturières pour y visiter les tristes lieux où vont s'entasser la misère et la malpropreté, révélèrent une telle dégradation de la race humaine , qu'on ne pouvait en être tânoin sans chercher à y remédier. Le choléra vint inspirer aux riches la crainte de voir l'infection de ces bouges immondes gagner leurs brillants hôtels; une insurrection désespérée fut l'o»vre de ces malheureux pour qui la grandeur et la prospérité de la patrie n'existent pas, condamnés qu'ils sont à l'incertitude de l'existence , au travail sans espoir. Alors des milliers de jeuaes garçons que Tivresse et la débauche faisaient chanceler, de
' EocÈifB BuBsr, De la misère des classes laborieuses en FroMS et en Angleterre ;dela nature de la misère, de sen existence^ de tet causes ; de Vlnsuffisance des remèdes qu'on lui a opposés jusq^iei*
femmes gui n*avaient rien de leur sexe , d'ouvriers qui n'avaient jamais entendu le nom du Christ, et qui ignoraient souvent leur propre nom , conjurèrent contre ces richesses dont ils sont les premiers artisans ; et, sans qu'un seul eût révélé le secret commun, ils eurent bientôt réduit en cendres l'industrieuse ville de ShefBeld, au cri de « Mieux vaut la mort que la faim I »
Ce système de charité légale, qui ne soulage le corps qii'en abattant l'esprit , avait élevé la taxe des pauvres jusqu'à 4,000 millions de francs annuellement. Cette dépense exorbitante croissait d'année en année, et d'inconcevables abus en attestaient l'inutilité. On se mit en quête de quelque autre remède. On substitua à l'aumône que distribuaient les paroisses , des maisons de travail ( work-houses ), où les pauvres furent dirigés de points très-éloignés , pour y peiner comme des bétes de somme, loin de leurs enfants; véritable châtiment infligé à cette pauvreté qui ne dérive pas de la mauvaise conduite, mais de l'inégale répartition des biens. Le gouvernement anglais institua un bureau spécial (pooriaW'board)^ouT les mesures a prendre relativement aux indigents ; il envoya étudier dans tous les pays les règlements concernant les pauvres; et l'on trouve dans l'ouvrage de Porter les précieux résultats de cette enquête, qui toutefois ne produisit pas d'améliorations décisives. Des colonies de pauvres ont été fondées par la Belgique , la Hollande , la Suisse; mais elles ont plus coûté qu'elles n'ont rapporté.
Le dernier siècle s'est glorifié d'avoir détruit les maîtrises et ramené l'homme à la liberté, c'est-à-dire à l'isolement qui décharge le riche de Tobligation de donner, et prive le pauvre de la ressource de lui demander assistance ; mais on reconnaît aujourd'hui la nécessité de pour>'oir d*une manière quelconque à cette décomposition. On a essayé, dans le comté de Cornouailles, de rapprocher les ouvriers en les intéressant dans le produit des fabriques, comme font les baleiniers anglais, qui répartissent les bénéfices entre les armateurs et les équipages; on a introduit les assurances et les pensions mutuelles, on a tenté de nouvelles corporations d'une nature purement morale. Les caisses d'épargne imaginées par Wilberforce, mais qui n'ont guère existé que depuis 1810 , sont une garantie de moralité, et
elles auront de bons résultats si elles sont organisées, comme en France, pour Tavantage des pauvres , en offrant de la facilité pour remploi et le transport des fonds; mais elles ne contribuent pas encore à affranchir le pauvre de Tentrepreneor. Or tous les secours n'aboutissent à rien , s'ils ne mettent le paovre en état de se passer de secours, et de ne compter que sur luimême pour écliapper à la misère. Vouloir arrêter les effets sans détruire les causes, c'est erreur ou folie ; c'est un aveu d'impuissance.
Que la science économique s'élève à d'autres considérations que ce qui regarde uniquement les finances et le commerce; qu'elle cesse de se considérer comme la science de la ric4iesse, et de ne voir dans la richesse que l'argent. La richesse se compose de tout ce qui satisfait les besoins légitimes, et l'économie politique est la science qui doit coordonner les parties constitutives d'une nation, en vue de lui procurer le plus de bien-être et la plus grande prospérité possible. Aujourd'hui, les besoins des peuples, qui, dans le silence de la paix, arrivent jusqu'à l'oreille des rois, ne permettent pas de se perdre dans des abstractions, ni de traîner les choses en longueur; ils réclament des réponses catégoriques et sociales. Le prolétariat a-t-il le droit de vivre et de jouir du fruit de ses travaux? Comment le sou»* traire à son humiliation présente? Suffit-il de lui recommander la résignation? Suffît- il de lui faire la charité? Ou doit-on pré* parer à chacun les moyens de remplir sa tâche, d'exercer ses droits, de développer son activité propre ? Ce n'est pas dans les livres qu'il faut chercher les solutions de ces problèmes, mais dans les ministères et dans les assemblées législatives. Ils sentent que ce n'est plus le moment de discuter, mais d'agir, et de concilier les calculs de l'intérêt avec les inspirations de la morale et de l'humanité.
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