ESPÉRANCES DE L*ITAL1E
culture ii*assainissaient point les alentours de Rome? pourquoi la vapeur ne remontait pas le cours du Tibre ? pourquoi des chemins de fer ne joignaient pas aux deux mers la capitale de la chrétienté? Le cAté moral était pire encore. Une police inquisitoriale feignait ou suscitait des complots , pour assouvir des vengeances privées ; elle rendait ainsi les sujets suspects à l'auto** rite, et celle-ci odieuse h tous. Le mécontentement des légations, déjà prévu par la diplomatie en 1831 , obligeait à solder des Suisses, et à se tenir servilement attaché à la politique étrangère.
Un code civil et criminel, avec le jury et des débats publics; la confiscation et la peine de mort abolies pour crimes politiques, et ces crimes déférés aux tribunaux ordinaires ; la juridiction sur les laïques enlevée au saint office; les conseils municipaux et provinciaux constitués, ainsi qu'un conseil d'État délibérant sur les recettes et les dépenses, et consulté sur le reste; les dignités et les emplois civils et militaires donnés aux laïques , la censure limitée, le renvoi des troupes étrangères : telles étaient les réformes raisonnables qui, d'abord prononcées à voix basse, finirent par être réclamées à grands cris. Mais bientôt les tentatives d'insurrection répétées donnèrent raison aux répressions vigoureuses , d'autant que la cause des insurgés se confondait souvent avec celle des bandits^ ce mal chronique des pçys romains. A la fin, Bimini, pour se soustraire aux exactions financières, se souleva : Benzi, le chef du mouvement, ayant été vaincu, se réfugia en Toscane, puis fut envoyé en France, qui le repoussa; la Toscane le livra au gouvernement romain. Il en résulta de nouveaux troubles, qu'occasionnait sans cesse l'incompatibilité des deux pouvoirs (septembre 1845).
Autant Grégoire XVI s'était montré incapable en fait de gouvernement civil, autant il déployait d'activité dans l'ordre spirituel : ardent à servir la cause de Dieu, pénétré de la sainte majesté du dogme , il sortit de la position purement passive de ses prédécesseurs, pour tenir tête h des adversaires acharnés et puissants. Champion de la suprématie pontificale dans son ouvrage, le lYiomphe du saint-siège^ il s'efforça de relever la hiérarchie, de réveiller la ferveur des fidèles» et d'enrayer le progrès des hérésies.
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A 8» mort , les brigues dii^omatiques étaient à peine en jeu , que le sacré collège élut ( 16 juin 1846) Gioramei Masuî Fertetti, qui prit le nom de Pie IX. Son encyclique répéta tontes les lamentations traditionnelles : comme ses prédécesseurs , il s^âeva contre l'indifFérence, le rationalisme^ les sociétés bibliques, la liberté de la presse; et il saisit toutes les oocasions pour répéter qu'il était pape catholique avant tout, père de tous les fidèles, Jaloux des droits du saint-siége. Nonobstant cela, l'opinion fit de lui son idole, lui attribuant des vues , des paroles, des actes, des espérances auxquels il était étranger. L'amnistie restreinte qu'il accorda fut plus applaudie que d'antres beaucoup plus larges; dans les réformes qu'il essaya, on Toyait un acheminement à des réformes bien plus importantes; on fit courir toutes sortes d'anecdotes pour démontrer que le noaieau pape réunissait en lui bi piété de Pie IV , la fermeté de Sixte V, le génie de Jules II ; il en résulta ime admiration unirerselle. yive Pie IX î devint un cri à la mode, auquel tant d'espérances faisaient écho.
En réalité , c'était un prêtre pieux, qui consacrait une partie de ses heures à la prière ; qui se jetait aux pieds de la Madone quand im doute s'élevait dans son âme; qui voulait le bien sincèrement, et n'entendait diminuer ni augmenter le pouvoir qui lui avait été transmis. Entraîné pourtant par la plus douée des séductions, celle de la faveur populaire, il crut s'en faire un appui ; il la reçut comme une aide à ses saintes intentions. Pendant quelque temps les fêtes ne cessèrent pas à Rome; c'étaient des bravos, des hymnes, des sérénades, des rqouissances, quand le pape sortait, quand le pape rentrait. Cet enthousiasme gagna hi Romagne, le reste de l'Italie, pub TEurope et le monde entier; les protestants comme les catholiques répétaient f^ivePielX! et, pour les fils de Voltaire, le nom de ce pape était devenu le symbole de tout ce que les peuples peuvent demander et les princes accomplir de mieux.
Il était pourtant difficile d'assigner une cause à «t en* thousiasme : chez le plus grand nombre, c'était imitatîoo, mode; chez beaucoup d'autres, sincérité irréfléchie. Ceui qui avaient conscience de l'hallucination y voyaient avec joie
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une impalsion qui serait sanctifiée aux yeux du peuple et modérée par le nom du pape. En Italie surtout , ce fut le rayon des plus douces espérances. Tous ceux qui « appelaient le retour de la sainte liberté, en dépit des déclamations furibondes , du dénigrement folliculaire et du despotisme révolutionnaire, » ceux-là répétaient qu'on verrait ce que vaut un prince qui , résolu à faire le bien, se fle à ses sujets, et ose résister h ses propres amis. (Test ainsi qu'on se plaisait à élever Pie IX aux dépens des autres souverains. Ceux-ci sentaient pourtant l'opportnnité d'améliorer la condition de leurs sujets, sinon en les faisant participer au pouvoir, du moins en anoblissant l'obéissance. Charles- Albert, voulant réparer ses premières erreurs, se mit à l'œuvre,' multiplia les institutions de bienfaisance, de prévoyance , les pénitenciers, les essais d'éducation, les routes nouvelles, très-coûteuses dans ce pays sillonné de torrents ; il entreprit les chemins de fer au compte de l'État, et il sut éviter par là les scandales de l'agiotage. 11 substitua aux statuts locaux le code civil ; il fortifia son armée, si nécessaire à la défense des Alpes; il tira parti de l'admirable position de Gènes, si r^ belle qu'elle fût à son obéissance; il envoya le premier vaisseau de guerre italien faire le tour du monde ; il mit tous ses soins à accroître la prospérité de la Sardaigne^ dont la population s'éleva, sous son règne, de 852 à 535 mille âmes. Déjà son prédécesseur avait ouvert entre les deux caps une route importante. Charles- Albert attaqua la féodalité, abolit le droit d'asile des églises, la servitude du pabarile; il rendit à la culture les trois quarts du sol encore inculte ; il utilisa la splendide végétation et rexcellent bétail de Ttle; enfin il la préparait à reprendre sa prépondérance dans la Méditerranée.
Charles- Albert était peut-être le seul des princes italiens qui se préoccu^t du mouvement de l'opinion publique : il connais» sait les écrivains, et cherchait à se les attacher par des places ou des décorations. C'est ainsi qu'il attira l'attention et devint l'espoir d'une foule d'Italiens, qui se rappelaient l'ambition séculaire de sa maison, de se mettre à la tête de l'Italie. Il flottait pourtant entre le bien et le mal , entre l'impulsion et la résistance. Ne s'appuyant jamais que sur les conseils d'autrui , il
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était retenu par mille, craintes : il craignait que TAutriche ne tirât prétexte de ses concessions libérales pour appesantir son joug davantage; il craignait les mouvements populaires, eomme s^il eût pressenti les extrémités auxquelles il serait poussé on jour. Mais s*ii ne manquait pas de gens autour de lui pour fobséder de leurs préjugés politiques et religieux, il n*en maoquait pas pour l'exhorter à donner à son pays une con^tutioa qui le rendrait l'exemple et Tenvie de l'Italie entière. A ceux-ci il répondait que la mission de la maison de Savoie était de chasser l'étranger, et que, pour y arriver, il avait besoin de toute sa puissance et d'un gouvernement absolu , puisque, la cause nationale une fois victorieuse, on fonderait la liberté.
Mais les années s'écoulaient et l'occasion ne venait pas vite ; la jeunesse commençait à le maudire. La mésintelligence éclata enGnentrelui et rAutricbeausujet du sel,etdes taxes sur le vin. La patrie comme la religion ne connaît pas de fautes inexpiables. Cela sufBt donc pour que Charles-Albert grandit à tous to yeux, et apparût comme l'épée de l'Italie , tandis que Pie IX en était l'âme.
(Octobre 1847.) Ces applaudissements touchèrent son cœur, et le décidèrent à quelques réformes : les applaudissements rodoublèrent alors. Elles ne dépassaient pas cependant l'organisa^tion administrative : ce fut l'établissement d'une cour de cassation; la publicité accordée aux débats dans les causes criminelles ; la presse rendue plus libre ; la police restreinte, et passée des gouverneurs militaires aux intendants; la sûreté individuelle mieux garantie ; les conseils municipaux basés sur Téleetion. Enfin, le mérite fut substitué à l'ancienneté et à la noblesse dans les promotions militaire.
Dans la Toscane, nous l'avons dit, le pouvoir était doux, l'obéissance paisible; mais là, point d'impulsion vers les réformes. I^e savant Fossombroni eut pour successeur au pouvoir Neri Cor sini. A la mort de Cempini, il fut appelé aux affaires, etprit pour conseiller intime Baldasseroni, moins populaire que lui, et à qui on imputait d'avoir livré au gouvernement pontifical le réfiigie llenzi. Pourtant, dès que parurent les réformes de Pie IX, le grand-duc se décida à l'imiter : il institua ( 24 juillet ) on
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conseil d*État, prit un ministère libérât ; de sorte qn'il sembla que ritalie s'acheminait paisiblement vers le bien, conduite par des princes en parfaite harmonie avec les peuples. Au milieu de cette douce illusion, les jours se passaient en fêtes; les opinions les plus divergentes avaient des bravos pour quiconque voulait se les attirer par des paroles sympathiques ; ou Ton ne voyait pas les difficultés , ou Ton s*en faisait un jeu ; des chants patriotiques échauffaient les esprits, quand il eût fallu les éclairer. Ces transports retentissaient aux oreilles de rAutriclie attentive, dont la haine était le seul sentiment commun entre tous ces poètes italiens. Mettemich adressa aux cours alliées (2 août) un memo7'andum;\\y prophétisait un soulèvement universel, demandant qu*on garantît de nouveau les possessions autricliiennes, et qu'on l'aidât à étouffer les premières étincelles*. Les cabinets consentirent au premier article, laissant pourtant à la disposition de chaque État la question de réforme intérieure, sans intervention étrangère. Metternich, par un coup de sa politique habituelle , tenta de détruire la popularité de Pie IX, en simulant entre eux im complet accord. Cette tactique lui ayant mal réussi , il s'en vengea en occupant Ferrare ; mais la protestation du pape, efficace comme toute parole ferme, appuvée sur le bon droit, prouva que le règne de la force était fini.
Je dis le règne de la force armée; mais il en est une non moins tyrannique , celle de l'opinion. Sa puissance se faisait jour dans des écrits menaçants ou adulateurs ; des écrivains, fort experts è juger des danseuses et des chanteurs, donnaient leur avis sur la politique; ils agissaient sur ce bas-fond de la popu-
I Dépèche de lord Paloierston, du 1 1 septembre. -• Guizot, alors ministre, écrivait, le il septembre, que la France respecterait et ferait respecter Tindépendance des États, et en conséquence le droit de régler eux-mêmes leurs propres affaires , parce qu^il importait au bon effet des réformes qu^elles se fissent d'accord entre les princes et les peuples, régulièrement, progressivement. Le pape, disait-il» montrait un profond sentiment de ses droits comme souverain, et II obtiendrait par là i'apiHii et le respect de tous les gouvernements européens.
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latîon des villes qui usorpe le nom saeré de people : ils ne louaient pas Pie IX, Gbarles-Albert, Léopold le réfonnateur, et d'antres idoles du jour, sans j mêler des imprécations contre le despote sanguinaire de Naples et les jésuites ; et chacun appelait jésuite son adversaire , son rival, son bienfaiteur, qûeonque exdtait son envie. Les diatribes des journaux se tradaisalent en cris et en émeutes. Charles- Albert laissa bannir les jésuites, qu*il eût voulu garder ; etaprèsavoir déclaré que la garde nationale était inutile dans un pays où Tannée est considérable, il fut obligé de la laisser armer ( février 1848 ). Ces exemples ne manquèrent pas d*étre suivis. A Rome, on trouvait déjà que Pie IX procédait trop lentement. On avait répandu le bndt d'un complot contre sa vie ; et en conséquence, on avait demandé que le peuple fût armé pour le défendre, comme s'il avait eu des ennemis ( 16 juillet ). Le pape avait décrété un conseil des Cimt, sur lesquels il aurait à élire un sénat de neuf membres, puis une consulte d'Etat présidée par un cardinal. 11 entama des négociations avec le Piémont et la Toscane ( S novembre) pour une lignrdouanière italienne, qui devait conduire à l'union t>olitiqtte. Mais déjà il s'effrayait d'un mouvement trop rapide; et, en instituant un patriarche à Jérusalem (4 octobre), il pnn testa contre Tabus qu'on faisait de son nom : en ouvrant la consulte d'Etat ( 26 novembre ), il déclara qu'il n'avait jamais eu l'idée de mettre en doute la souveraineté temporelle du saintsiége, ni de favoriser les utopies que d'autres appuyaient imprudemmentsur les actes de son gouvernement. Ceux qui se promettaient de tirer parti des réformes du pape pour amener la guerre, prétendirent que ces déclarations n'étaient que des saorifiees faits aux exigences étrangères; le caractère cojnmun des agitateurs étant de nier l'évidence et les faits.
Ce fut à ce moment que le roi des' DeuxSlciles, ajHrès uo mouvement vigoureux de Ttle et une démonstration de la capitale , donna, malgré les protestations des cours du Nord , une constitution avec une amnistie pleineetentière(27 janvier 1848). Son nom, jusque-là maudit, fut exalté de telle sorte, que les autres prinoes se virent forcés de Flmiter. Chariea-Albert, après avoir lutté contre les souvenirs et peut-être contre les promesses
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données, promit une constitution sous le nom de statut ( 8 février). Le grand-dnc Timita ( 11 février), rappelant que déjà Léopold 1*' s'était proposé d'octroyer une constitution à la Toscane ; que même il l'avait £Biit préparer par le sénateur Gianni. Ferdinand I^, alors que les membres du conseil général de Florence le félicitaient de son retour ( 7 janvier 1815), avait dil aussi « qu'avant peu de temps son peuple posséderait une constitution et une représentation nationale. » Le duc de Lucques, qui avait succédé à Marie-Louise comme duc de Parme ( 18 octobre 1847) , promit aussi une constitution. Pie IX restait encore : il avait déclaré qu'il ne restreindrait pas la puissaoce dont il était le dépositaire ; on répétait autour de lui que la domination pontificale ne pouvait souffrir d'entraves parlementaires, n assembla le consistoire ( 14 février 1848 ), et, d'après son avis unanime, il se prononça en ces termes : « Pourvu que la religion soit sauve, nous ne refuserons aucune innovation nécessaire; » et il donna à son tour sa constitution.
11 eût été bon, dans l'intérêt de l'unité Italienne , que toutes ces constitutions fussent uniformes. Elles diUéraient peu les unes des autres, il est vrai, toutes étant calquées sur la charte française : deux chambres, des ministres responsables, le sénat nommé par le roi, les députés nommés par des censitaires, la liberté de la presse et le droit de pétition. A Rome seulement, OR maintenait comme troisième chambre le consistoire des cardinaux, qui devait prononcer en secret sur les résolutions du pariement, et se réserver les affoires mixtes, comme tout ce qui concernait les canons et la discipline ecclésiastique.
Ce fut un enivrement général ; partout on discutait sur la liberté, sur les constitutions ; l'on demandait et l'on obtenait aussitôt des ministres , non plus au goût du souverain , mais au choix des citoyens; partout l'on célébrait cet heureux accord entre les princes et les peuples, ce concours du pouvoir et de l'opinion dans la conquête de la liberté et de l'indépendance*
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