‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,)Chapitre 54 sur 61 · RÉVOLUTION FRANÇAISE DE · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION FRANÇAISE DE

La France, depuis un si^le, a décidé de tous les mouTements de ]*£urope ; mais , après tant de gloire et de conquêtes, elle ne s*est point agrandie à Tégal de ses rivaux. Ia France a perdu Saint- Domingue et la plupart des Antilles, le Canada, la Louisiane, et toutes ses positions sur les golfes du Mexique et de Saint-Laurent ; en Afrique, Madagascar et Tîle de France ; dans Tlnde, tout le pays du cap Comorin jusqu'au Gange et à Surate ; en Europe, rtle de Mlnorque et les places dont Louis XIV avait garni les frontières. Ce ne sont plus des principautés ecclésiastiques sans force qui s'interposent entre elle et le Rhin, mais la Prusse et la Confédération germanique. En compensation, elle a conquis l'Algérie, les Marquises; et elle a soumis à son influence les Iles Sandwich , placées à mi-chemin entre l'Amérique et la Chine. Mais autant la France avait perdu en étendue, autant elle avait gagné en force morale.

N'eût-elle tiré à l'intérieur d*autre avantage de la Révolution, elle en sortit une, compacte, plus que tout autre peuple de l'Eu" rope ; elle en sortit lavée de la grande iniquité de la conquête, qui partout ailleurs embarrasse encore les progrès, et perpétue le règne de l'iniquité, fille est devenue comme le laboratoire des expériences sociales. Un changement de ministère et même de gouvernement, Facquisîtion d'une frontière plus forte sur le Rhin et sur les Alpes, l'alliance russe ou anglaise, ce n'est point là ce qui peut faire l'importance de la France. Ce qui la caractérise, c'est celte passion des sentiments généreux qui souvent les produit , ce sont ses promptes et ardentes sympathies « cette vanité , cette vive imagination qui font d'elle l'objet de la colère, de l'engouement et de l'imitation des autres. Sa littérature est celle de toute l'Europe ; sa langue est comme le moule universel de la pensée ; sa tribune semble celle de tout peuple qui en est privé; et chaque jour rend plus vrai ce que disait

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Jefferson : Tout homme a deux patries , la sienne et la France ; nation conduite pfus par Timagination que par le calcul. 11 s*y rencontre des hommes de cœur, pour toute initiative généreuse. La France s'est mainte fois dévouée pour la cause de la liberté ; elle a envoyé des combattants partout où brillait un éclair de régénération. C*est avec son or et son sang qu'elle a donné à TEurope la sécurité de la Méditerranée; et, sur ces rivages de VA frlque que F Atlas sépare du désert, elle féconde une terre bai* gnée du sang de saint Cyprien, de saint Louis, du roi Sébastien.

Mais rimplacable besoin du mouvement ne lui laisse pas de repos, et la jette continuellement dans de nouvelles expériences et de nouvelles tempêtes. Louis-Philippe, placé sur le trône comme un bouclier contre la république, réussit à Tarréter durant dix-sept ans. II avait remédié aux plaies que laisse derrière elle toute révolution , fait refleurir les finances, revivre le commerce, respecter Tautorité, grandir la prospérité matérielle en favorisant Taristocratie du commerce, qui avait fini par remplacer celle des familles nobles. Il avait encouragé les lettres, les arts, les sciences jusqu'à en faire une puissance ; il avait conservé la paix au milieu des plus flagrantes occasions de guerre ; restauré la marine de telle sorte qu*elle pût paraître avec honneur jusque *sur les mers les plus lointaines. Il avait laissé une grande liberté à la parole, à la presse, à la tribune. Mais ce gouvernement n*avait pas eu pour le consolider l'action du temps, parce qu*il n'avait d'autre origine qu'une révolution. Ceux qui n'avaient pas trouve place dans cette révolution s'efforçaient d*ett préparer une autre, dont les déshérités ne manqueraient pas de travailler à leur tour à une troisième. Forcé de diercher des adhésions de toute part, Louis-Philippe avait à caresser les intérêts privés ; force lui était de céder, de vaciller, de reculer souvent au lieu d'avancer ; et, après dix-huit ans de règne» il se trouva moins solidement établi qu'au début.

Les légitimistes lui gardaient une haine implacable, et, impuissants à l'abattre, lui tendaient mille embûches. Les républi* cains le regardaient comme l'unique obstacle à la réalisation de leurs desseins. Il y a en outre un parti neutre, ami et ennemi de tous , qui profite des dissensions pour se glisser dans tous les

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autres, et arriver au pouvoir par surprise el par rapine. Ce qui le fait marcher^ ee n^est pas Tamour de la gloire ni de la liberté; il agit par imitation, pour faire du bruit, de la déclamation, cette arme d'à présent, comme la logique était rarmedes premiers révolutionnaires. L*o|nnion, toujours prête en France à applaudir ce qui contrarie le gouvernement, perpétuait une opposition qui attend tout du gouvernement, et qui le ruine en attendant qu'elle a'en rende maîtresse. Cette opposition s'empara du marteau pour démolir : dès qu'elle fût en possession de la liberté, elle descendit de la hauteur où elles'était élevée sous la Restauration. On ne vit point surgir chez elle de nouveaux génies: les anciens déclinèrent ou se pervertirent, dans la forme, par l'improvisation , et dans l'esprit, par une démoralisation croissante. Le récit limpide de Thlecs, la description colorée de Lamartine servirent à célébrer la force, rayonnante avec Napoléon, fiérooe et odieuse chez Marat et Robespierre. Lamennaisemploya son style brûlant et sa logique puissante à battre comme à coups de bélier cette autorité sur laquelle il avait naguère posé l'édifice de la société et de l'intelligence. Victor Hugo professait que le poète peut tout se permettre; qu'il peut croire à Dieu , à Satan, ou à rien. Tous les écrivains de métier, flattant le besoin inunodérc de Jouissances matérielles , divinisaient l'épicoréisme , et plaçaient le paradis en ce monde ; les heureux du siècle, ainsi poussés k satisfaire tous leurs désirs, restaient sans idée d'abnégation ou de charité ; et l'on attisait chez le pauvre la haine du riche, représenté comme l'usurpateur du patrimoine commun. Dos romans qui, pour être lus de tous, se publiaient dans les Jouniaux, portaient chaque jour leur dose d'arsenic au scindes familles , dans les boutiques , dans les campagnes ; ils flattaient les penchants voluptueux des riches par des images licencieuses, comme les passions des prolétaires en exagérant la corruption des classes élevées. Ils montraient les femmes succombant inévitablement, à l'occasion et les hommes n'ayant de mobiles que les passions et l'mtérét. Pour ces écrits déplorables, l'idéal consistait dans certains désordres exceptionnels de la nature et delà société; ils initiaient les cœurs vierges à des turpitudes contre lesquelles l'ignorance est une sauvegarde, et dont la

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oonnaissance est un aignilkm. Cest ainsi qu*une tourbe d'écri- Tains corrompus jetaient la contagion parmi la partie saine du peuple. Abusant de ce motde peuple, Us flattaient enson nom les plus grossiers appétits. Célébrant d*un côté les héros de Ten* ▼ie et de l'assassinat, ils insultaient, dénigraient ceuz*là qui seuls ont la mission de consoler et d'instruire. Ils éteignaient dans les flmes toute espérance, et tonte aspiration vers Fimmor* taiité.

De jeunes et nobles cœurs, révoltés de ce honteux spectacle , en imputaient le tort à la société ; et, se persuadant que ces acci* dents morbides constituaient un état normal , ils songèrent à la renverser de ses bases séculaires, pour la reconstruire sur des plans nouveaux. Les âmes vulgaires, en proie à une impa« tience fébrile, aspiraient à une explosion, moins dans Fintérét de Tordre moral que pour mettre à leur portée ces jouissances des sens, dont la littérature leur avait offert tant de tableaux. La responsabilité de ce désordre moral retombait en partie sur le gouvernement, qui, forcé de s'assurer les élections, de complaire à ses amis et à ses créatures, de rattacher les intérêts grands et petits à sa propre durée, avait trop à faire pour s^occuper beaucoup de la vertu. Tout ce qui était intéressé à l'ordre et à la paix, ceux qui avaient à conserver emploi, pension, une place au palais ou à la chambre, désiraient sans doute que le pouvoir C^affermlt; mais ils le désiraient mollement, alors que les partis attaquaient le gouvernement sans relâché; et, battu chaque jour par les coups de la presse, travaillé par l'activité fiévreuse et oisive des réfugiés de toutes nations quMI avait recueillis, ce gouvernement, bien loin de disposer de l'avenir, pouvait à grand'peine louvoyer parmi les expédients. Un déluge d'atta* ques personnelles,' dont V Histoire de dix ans offre le résumé, poursuivait incessamment Louis-Philippe : on Taccusait de travailler uniquement à consolider sa dynastie; on disait que, champion de la paix à tout prix , il n'avait pas hésité cependant à courir les chances d'une guerre , dès qu'il s'était agi d'obtenir une princesse d'Espagne pour son fils. L'Angleterre, qui s'était grevée d'une dette de cent millions , lors de la guerre delà succession , pour empêcher TEspagne et la France de se donner

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la inaîD , crut ses intérêts menacés de nouveau par ce mariage. Elle rompit l'accord qui serrait seul de contrepoids à Vabsolutisme septentrional , et n*asptra plus qu'à se venger. En Algérie , on n'avait encore rien fondé de stable. Le développement prodigieux donné aux travaux publics ( nouvelle ère de la vie industrielle en France ) avait grossi la dette de treize cent millions, et faisait peser sur le présent les prospérités de l'avenir.

Il appartenait aux chambres de conduire le pays sans secousses aux réformes utiles ; et les chambres, au contraire, ne savaient que rirriter par leurs déclamations , sans cesse accusant le pouvoir d'avilir la France au dehors , pendant qu'il étouCEiit à l'intérieur ses développements. Comme si l'agitation constituait un progrès, on passait d'un ministère à un autre sans motif, si ce n'est peut-être pour dire le lendemain que les nouveaux venus étaient pires encore que leurs prédécesseurs. Le dernier de ces ministères fut celui de Guizot, l'historien illustre, caractère plus rigide que ne l'eussent voulu les passions ambitieuses, et plus pur au moins que ses compétiteurs. Appliqué à sauvegarder la paix comme moyen d'affermir la monardiie représentative et la nouvelle dynastie, soumis au roi dans l'ordre constitutionnel, et ayant pour lui la majorité dans les chambres, les plus vives attaques lui venaient de ceux dont la politique différait le moins de la sienne, c'es^à•dire de ceux qui aspiraient à le remplacer : c'était Thiers, attaché comme lui à la famille d'Orléans ; c'était Odilon Barrot, représentant d'idées plus avancées, quoique constitutionnelles. Mais ce qui faisait l'acharnement de cette lutte, ce n'était ni la diversité des principes, ni de généreux désirs : ils s'irritaient qu'un ministère eût duré sept ans dansuo pays où la stabilité semble une calamité publique, et sous uoe constitution qui, selon eux, ne permettait au roi ni volonté ni sjstème. if fallut à tout prix avoir raison de ce ministère, sans prévoir qu'on renverserait avec lui la monarchie. Alléguant que le pouvoir avait faussé les élections , on reprit le vieux thème de la réforme électorale, et ce fut surceterrain que se livrèrent les combats dans la chambre et au dehors. Un grand mouvement alors se propageait en Suisse, en Italie, dans les pays slaves :

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la France pouvait-elle rester en repos, et se contenter, comme son gouvernement, du rôle de médiatrice? Gomme en Italie, on accéléra la fermentation par des banquets, dont les toasts trou« vèrent mille échos dans les journaux et communiquèrent à tout le pays une irritation toujours croissante.

Le roi, en ouvrant les chambres , s'éleva avec force contre ces manifestations, sans consentir à changer son ministère. L'opposition lui répondit en préparant à Paris un banquet de cent mille individus. L'autorité s'y opposa; et ceux qui l'avaient préparé reculèrent devant cette dangereuse responsabilité. Ce fut le signal des soulèvements : on demanda à main armée et la réforme, et la chute du ministère. La garde nationale assemblée mêla ses cris à ceux du peuple. M. Guizot déposa son portefeuille, et M. Mole lui succéda, mais il parut bientôt insufûsant, et céda la place à Thiers, puis à Odilou Barrot. Le tumulte allait grandissant en raison de ces condescendances, et Paris déjà s'était couvert de barricades. U ne restait plus qu'à employer la force, ou à signer une abdication : Louis-Philippe préféra ce dernier parti ; et, persuadé par les siens que son départ calmerait Paris, il abdiqua, et s'éloigna, comme Charles X, entre le rugissement de l'insurrection et l'inaction de ses amis. Le comte de Paris, son petit-fils, conduit par sa mère à la chambre des députés, allait recevoir le serment de fidélité de l'assemblée, quand une poignée d'insurgés fit irruption dans la salle au cri de f^ive la répubUgue! C'était la voix étouffée en 1830 qui dominait enfin les débats parlementaires. Le poëte Lamartine paraphrasa ce cri dans une improvisation dont le sens se résumait par ces mots : jikajacia est! Le royal enfant sauvé à grand'peine, et la princesse sa mère, quittèrent la France en secret; et tandis qu'au dehorson égorgeait, on saccageait, pour obtenir quelques réformes partielles, on apprit bientôt qu'il n'y avait plus ni roi ni gouvernement.

Au fond, ce n'était pas même le besoin de cesréformes, ce n'était pas le généreux d^irde la grande pacification de la démocra* tie, c'était la révolte d'une minorité inconsidérée qui bouleversait ainsi la France. Après avoir éprouvé tour à tour depuis soixante ans les angoisses d'une révolution sanguinaire , les vertiges de

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la ifiùke militaire , puis les humiliations de la défaite; âpres la monarrhie abeolue du génie , la monarchie tempérée sans génie, la légitimité, la quasi-légitimité, pouvoirs fondés les uns sur la tradition, les autres fondés sur les intérêts, la France allait expérimenter une souveraineté non plus eompressive,, mais expansive, la souveraineté de tous , en détruisant le dernier privilège politique, le cens, comme le dernier privilège social , la noblesse.

Telle est la concentration des pouvoirs en France, que Paris seul fait et défait le gouvernement. Aussi le télégraphe n*eot qu'à transmettre la nouvelle d*une insurrection triomphante, pour changer en un moment tout le pays en république. Hais au lieu de proclamer la liberté avec la république, au lieu de restituera Tindividu et à la commune la responsBd>illté de leurs propres actes, en ne réservant au gouvernement que la tutelle de Tordre et radministration de la justice, on ne songea qu'à exagérer Tautorité; les doctrines socialistes des journaux passèrent dans les ordonnances, et des sociétés secrètes dans le cabinet du ministre. La démagogie prétendit que, capables ou non, tous devaient avoir part égale dans les affaires ; la philanthropie communiste voulait que tous, travaillant ou non, eussent une égale part aux jouissances. Louis Blanc s'en fit le mis- ^onnaire, et proclama que le gouvernement était tenu de fournir du travail à tous les citoyens ; que chacun avait droit an salaire, non pas en raison de sa capacité, mais en raison de ses besmns, les droits étant proportionnés aux besoins, et les devoirs aux facultés. En conséquence, on ouvrit des ateliers où cent mille bras inoccupés s'en allèrent demander non du travail, mais une paye. 11 en résulta bientôt une dépense prodigieuse et un immense danger, quand on vit ces masses oisives discuter au ii» de travailler, et, le fusil au bras, menacer l'honnétê ouvrier qui continuait sa libre industrie. Les anciennes institutions étaient détruites, et les nouvelles n'existaient pas encore; paitootune multitude riolente , exaltée, régnait dans Paris. Gomme en 18S0, toute l'Europe ressentit bientôt le choc de ces événements. La veille, tous les peuples ne songeaient encore qu'à se donner des gouvernements constitutionnels : bientôt ils ne ooagèreal

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plus qa*à ks abattre; la révolution se changea de défensive en agresaive , d*autant plus qu'on montra autant de violence pour la réprimer que d*inhabileté à la diriger.

Il importait d'abord de savoir comment la France républicaine entendrait ses devoirs politiques. Lamartine ayant accepté dès Tabord racclamation de la république, et mis sa parole poé^ tique à son service, se vit bientôt exposé à Tirruption d'une niasse insurgée dans l'bôtel de ville, et l'affronta courageuse* ment, infatigable à parler, à répondre, à recevoir maintes députations, il condescendait aux désirs de chacune. Flattant le peuple comme tout pouvoir nouveau ; n'ayant d'autre notion^ d'autre habitude que celles de l'opposition, il se trouva inca* pable d'organiser,, donnant pour des projets ses simples espérances. Chargé d'annoncer à l'Europe, comme ministre des ai&ires étrangères (3 mars) , la nouvelle forme de gouvemement , il déclara qu'à la^différence de celle de 93, la république ne menaçait aucun gouvernement, sachant que la guerre est dangereuse à la liberté. Les traités de 1815 seraient regardés eonime non avenus, mais la France n'en respecterait pas moins les circonscriptions établies.en vertu de ces traités. Si pourtant quelque nationalité opprimée venait à se réveiller ; « si les États indépendanta de l'Italie se trouvaient envahis, ou leurs transformations intérieures empêchées , la France protégerait leurs progrès légitimes: » ambiguïté peu digne d'une grande nation qui en disait assez pour exciter les caractères passionnés , mais se réservait un prétexte pour reculer au besoin. Enivrés par cet exemple , trompés par ces paroles, les peuples crurent toucher an jour de leur affranchissement.

Nous avons raconté quelles étaient alors les espérances de l'Italie : partout elles se traduisaient encore en applaudissements poor les gouvernants nationaux. La Lombardie seulement frémissait dans l'attente. Nous avons dit ce que celte province souffrait du joug étranger. Si quelques heureux s'étourdissaient au milieu de leurs jouissances, en prétextant l'impossibilité du mieux, d'autres résistaient aux caresses et aux me* naees : cette patrie perdue, ils gardaient un cœur pour l'aimer, une voix pour l'avertir, un jugement pour la diriger. Depuis

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longtemps la Lombardie était en possession des réformes eoncédées ans pays voisins , grâce à l*antique tradition mmiicipale; mais elle brûlait du d^ir de se régénérer. Le but pour elle était déterminé : il s'agissait de reconquérir cette nationalité sans laquelle il n*est pas de liberté, de dignité, de dévelo]^ ment complet et véritable ; mais si la conscience se soulevait contre un gouvernement obstiné à briser les volontés , la raison n'entrevoyait d'émancipation possible que dans on bouleversement européen.

La ibule saisissait toutes les occasions d'exprimer sa haine pour la domination étrangère, et sa sympathie pour les princes italiens. Des démonstrations fréquentes sur les places publiques coûtèrent du sang; les municipalités, qui jusqu'alors n*avaient connu que l'obéissance passive à la domination autrichienne, sentirent qu'il leur appartenait aussi d'avertir, d'instruire et d'exprimer les vceux du pays. Dans leurs réclamations modérées, comme dans les écrits de ceux qui risquèrent leur propre sûreté pour le bien public, il ne s'agissait que de conciliation. Un mouvement légal éclata à Venise, où s'appuirant sur d'anciennes lois Inobsecvées, on demanda une eensure moins absurde , une police moins vexatoire. Le vice-roi fil ce qa'M pat poiir éluder ces lois : mais les sentant appuyées par la légalité et Topinion , il s'en tira par des promesses (9 janvier). Pendant qu'on endormait ainsi l'esprit public, l'empereur déclara qu'il avait assez fait pour les peuples; qu'il n'était pas disposé à de nouvelles concessions, et qu'il mettait sa confiance dans la valeur de ses troupes. Bientôt la police obtint le droit arbitraire d'arrêter et de déporter j et débuta par les citoyens qui avaioit personnellement déplu. Ces coups d'autorité irritèrent , mais n*effrayèrent pas.

On vénère le martyre , mais on ne le prêche pas. Et quel homme de bien ne tremble pas devant la responsabilité de lancer son pays dans la terrible épreuve d'une insurrection? Pourtant la patience cesse quand cesse l'espoir, et il arrive une heure où les nations sentent que tout lien de fidélité se brise devant le droit d'acquérir la sécurité qui ne se trouve plus dans l'ordre établi ; et cette lieure semblait avoir sonné pour l'Italie.

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On parlait avec une provocante ostentation de nouvelles troupes envoyées d'au delà des monts, de pillages promis, de bombardements au moindre mouvement; le vice-roi proclama la loi martiale , et s'éloigna , abandonnant le pays au pouvoir militaire. On parlait d'armes amassées dans Milan , de corps organisés par les émigrés sur les frontières, d'encouragements officiels venus de France, d'Angleterre, du Piémont. Pourtant la suite montra bien qu'il n'y avait ni armes, ni intelligences, ui préparatifs; les mazziniens même, à Paris, avaient résolu de ne pas troubler par leurs mouvements le cours pacifique du progrès italien ; mais l'étincelle jaillit d'où on l'attendait le moins.

Vienne , cette ville qui semblait matérialisée par les jouissances, et dévouée à une dynastie qui la met à la tête d'un grand empire, s'était pourtant fatiguée de cet absolutisme pour lequel les mots gouverner et comprimer étaient synonymes. Un vieux ministre, qui se croyait fort parce qu'il refusait tout mouvement, se laissa surprendre dans un de ces instants où avec les abus tombent aussi les institutions. Quelques ambitions de cour et de cabinet favorisèrent les aspirations libérales « surexcitées déjà par les diatribes que l'Allemagne lançait contre le gouvernement autrichien, et que la révolution de France enflammait encore. Les États de la basse Autriche se réunirent pour exposer leurs demandes. Déjà la Bohême et la Galicie avaient réclamé la liberté de la presse (13^ mars), celle de l'enseignement , et Texemple des étudiants bavarois gagna ceux de Vienne. Une proclamation du Hongrois Kossutb, dans laquelle il demandait que toutes les nationalités dont se composait l'empire pussent se gouverner elles-mêmes et former une confédération , donna un but déterminé aux demandes des étudiants. Ils firent une. pétition, et voulurent la porter à l'empereiur. La cour opposa des refus, puis des délais; mais le peuple viennois s'était comme réveillé de son sommeil. Les armées étaient loin, la petite garnison de Vienne pouvait être surprise au milieu d'une foule d'insurgés; quelques coups de feu irritèrent le peyple, qui se montra plus menaçant. Les ministres et la cour hésitant, on obtint le renvoi de Mettemich , et bientôt après la liberté de la presse , la

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garde natkmale , et enfla la eonvoeation d'une assemblée poor rédiger une oonstitation. L'empereur confia le ministère à Pillersdof et à d'autres honnêtes gens de la vieille école, qui se flattèrent de résister à des exigences exeesâves.

Le télégraphe porta en Lombardie la nonvelle de ees eoneessions qui, par le contraste avec les menaces et les refi» d«s jours précédents, montraient que l'Autridie couvrait do nom de concession, ce qui lui était arraché par la nécessité; œtle nécessité devait être bien pressante pour engager le gouTememeot de Vienne dans une voie qui lui répugnait tant. Mats pourait-oo compter sur sa bonne foi? On aima mieux recourir è la foroe ( 18 mars ). Ayant en tête la représentation municipale, les habitants de Milan allèrent demander des armes pour la garde civique. On leur en promit, mais quand ils se rendirent à TUôtel-de-ViUe pour les recevoir, ils se virent assaillis par la troope, qui en arrêta quelques-uns et les traîna en prison. L'indignation précipita le mouvement déjà commencé; l'exaltation se changea en fureur; les espérances grandirent bientôt jusqu'à lldée de l'indépendance : on arbora les trois coaleurs^ au cri de vive Pie IX et de mort aux Allemands. Les Milanais se ven* gèrent de cem qui leur avaient prodigué l'outrage, et eomineQ* cèrent un combat mémorable où, avee des barricades et quelques fusils de chasse, ils tinrent tête à des troupes dîsoipllaéea. "Ni les armes qu'on disait cachées, ni les émigrés, ni les Pié^ montais, ni leshabitants des campagnes, qui, peosait-on, n'atteiK daient qu'un signal, ne se montrèrent alon; et pourtant l'ennemi avait peine à se défendre. Bientôt la rareté de ses munitions, le courage et l'union des patriotes, rextension probable de l'insurrection , Tincertitnde de ce qui se passait à Vienne, décidèrent le maréchal Radetsky à ordonner la retraite. Milan se trouva libre : ce fut une joie d'autant plua vive qu'elle était plus inespérée; Cdme, puis Brescia, Bergame, Grémone chassèrent aussi leurs garnisons, ou les firrat prisonnières.

La commotion se fit sentir *d6 même à Voûse. Après avoir cherché à l'étouffer dans le sang, le gouverneur Palfy résîgpa ses pouvoirs au commandant Zichy, et celui-ci capitula : il sor> tit avec les troupes allemandes, laissant la caisse-, les armes.

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les soldats italiens à Venise, qui se trouva légalement libre. Les villes de la terre ferme ne tardèrent pas à Timiter.

Le Piémont apprit Tinsurrection de Milan avee cette sympathie que l'on ressent pour des compatriotes et pour de proches voisins ; la population entière frémissait du désir de soustraire cette nation voisine à une extermination inévitable. Déjà on partit en foule pour se joindre aux Lombards; on leur envoya des armes. Peu de jours avant, Charles-Albert, entrant franchement dans la voie constitotionndle, avait formé un ministère sous la présidence de César Balbo : sa popularité , ses intentions connues, ouvrirent le champ à toutes les espérances. Mais au-dessus de toutes ces espérances planait le but de Tunité italienne; tous demandaient donc que le Piémont tirât répée pour l'assurer. M'était-ce pas le vœu de Charles- Albert? N'avait-il pas 70,000 soldats , des arsenaux bien pourvus , un trésor plein , un état-major brillant , et cette armée ne brûlaitelle pas de se mesurer avec les étrangers qui pesaient sur la LomJbardie.'

lia réalité était loin pourtant de répondre à de tels discours. Le système militaire tant vanté du Piémont fut bien vite reconnu défiBCtuenx dans ce passage subit de l'état de paix à l'état de guerre; ce fut au point qu'à peine 13 à 15 mille hommes purent se mettre en campagne. Une partie de ces forces était en Savoie, où l'on craignait que la France ne fit irruption; on ignorait d'ailleurs le délabrement de l'armée autrichienne ; on attendait peu d*efforts de l'Italie désaccoutumée des armes ; TAngleterre, qui avait envoyé lord Minto pour modérer le mouvement , bien loin de l'attiser, déclarait la Lombardie assurée à l'Autriche par les mêmes traités qui assuraient Gènes au Piémont, et toucber à l'une serait compromettre l'autre. On ne voulait pas de l'aide des Français, qui eût pu devenir fatale au royaume. D'autre part, des esprits clairvoyants dissuadaient le Piémont de faire la guerre; et il suffisait aux nouveaux ministres que l'Autriche ne menaçftt pas le Piémont, qui pourrait affermir en paix ses nouvelles libertés. Mais la nouvelle de l'insurrection lombarde embrasa la jeunesse d'une ardeur, guerroyante. Si les vieux libéraux redoutaient que la guerre >

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ne compromit leurs espérances, les nouveaux la trouTaient bonne pour aller en avant. Le roi et son ministère sentaient bien que laisser Tautorité obéir au tumulte, c^est la compromettre et la perdre. Mais si Milan venait à succomber, quelle honte pour un voisin armé! Et que ferait Gênes, qui avait crié : jivec Milan , sinon , non ! Et la sympathie ne pourraitelle alors pas se tourner en haine contre le prince, et finir par proclamer la république ?

Pendant qu*on hésitait entre la prudence et les périls de la générosité , Milan se délivrait elle-même. Les Allemands, mis en pleine déroute , s'enfuirent à travers des populations résolues à n'en pas laisser échapper un seul. Alors Charles- Albert se décida à jeter son épée dans la balance; il annonça qui! marcherait avec ses fils à la tête de Tarmée, et prêterait secours aux Lombards comme un frère à des frères. Il ne parlait point de récompense; seulement on déciderait après la guerre du sort de la Lombardie.

Les autres princes d'Italie répondent au cri parti de Turin : Pie IX voit la main de Dieu dans la victoire des Milanais; il dit ( 30 mars ) que « la concorde est la première cause de la stabilité et du succès; que la justice seule édifie pendant que les passions détruisent. » Le duc de Parme, déplorant « le temps où la nécessité et sa position géographique l'avaient soumis à une influence étrangère, * promet h la Lombardie son secours et celui de ses fils. Léopold , grand-duc autrichien , excite la Toscane (25 mars ) à.« ne pas rester dans une oisiveté honteuse quand la sainte cause de l'indépendanoe italienne est en question » , mais a à voler au secours des frères lombards » ; Ferdinand de ^ples ( 5 avril ) invite ses sujets à courir dans les plaines de la Lombardie où va se décider le sort de la commune patrie. » « Union, dit-il, abnégation, courage, et Findépendanee de notre belle Italie sera conquise ( 7 avril ) ; 24 millions d'Italiens auront une patrie puissante , un commun patrimoine riche de gloire, et une nationalité respectée. » Saint accord des princes et des peuples, qui, se sentant assez forts de leur courage, excités par de longues souffrances, ne voulaient pas que ritalie fût le trophée des victoires d'autrui , et répétaient le mot

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de Charles- Albert : L*Italie fera tout elle-même ( Cltalia fura da se).

UEVERS DES ITALIENS.

Une poignée de Lombards jeunes et courageux s^étaient élancés sur les traces de Tennemi ; mais les campagnes ne secondèrent pas réian des cités dans la haute Lombardie. Radetsky arriva^ sans être même attaqué, jusqu'au Mincio, et dans le formidable carré des forteresses de Peschiera , Mantoue , Legnago, Vérone ; il y rallia ses troupes , en attendant de nouvelles recrues, et se disposa au combat. L*armée piémoiitaise, bien inférieure en nombre à ce qu*on avait espéré, traversa la Lombardie, et se campa sur TAdige, en couvrant une ligne de 36 milles. Alors commença une guerre de détails, une lutte de positions, où Tincapacité stratégique ût échouer une valeur qui se fit jour partout ou l'on en vint aux mains. Quand la victoire était Tuoique but vers lequel devait se diriger l'ardeur nationale , on ne sut où Ton ne voulut pas se résoudre à une levée en masse ; Tarmée régulière faisait peu de cas des volontaires , alors que l'ennemi utilisait tous ceux qui accouraient des écoles autrichiennes ou des forges de la Styrie. Au lieu d'incorporer les conscrits dans les cadres de l'armée, on en forma des corps nouveaux,. avec une lenteur extrême ; une imprudente confiance en soi et un mépris non moins imprudent de l'ennemi endormirent les efforts des patriotes ; au lieu d'offrir tous ses biens , tout son sang pour le rachat de la patrie , on se plaignait des contributions ; et des hommes jeunes et robustes n'eurent pas honte de rester chez eux et de se pavaner dans les gardes nationales.

Bientôt des nuages obscurcirent ces brillantes lueurs dont se pare l'aubè de toute révolution. Beaucoup de ceux-là qui , par mode ou par vanité, avaient invoqué la tempête, trcivblcrent

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de la voir déchaînée , le spectacle des troubles de la Flranee leur faisant craindre la guillotine et le communisme. La multitude qu'on avait nourrie de mille espérances de soulagement et de bonheur, au lieu de lui apprendre d*abord la nécessité des grands sacrifices, maudissait déjà ses flatteurs. Les gouvernements corrupteurs entrevoyaient déjà Tavenir; Ton manquait d'hommes capables d'ouvrir la nouvelle ère ; les raisonnements, les jalousies individuelles ou locales, les habitudes plus fortes que tous les intérêts détruisaient toute l'harmonie.

Dans un pays livré, comme Tltalie, à un long repos, les qualités négatives l'emportent communément sur les qualités positives; l'homme qui ne fait rien et ne peut rien, s'il n*est pas plus estimé, se voit moins dénigré d'ordinaire que celui qui peut et qui agit ; on ne laisse pas impuni quiconque dépasse cette médiocrité qu'on décore du nom d'égalité, la moquerie s'attaque à l'ardeur et à l'exaltation des nobles sentiments. Nous étions trop habitués à nous haïr, à nous railler, à trembler devant les mé* pris de gens très-méprisables. Les esprits élevés étaient inex* perts aux affaires, aux combats, à la vie politique ; en outre, ils se trouvèrent en butte aux soupçons et à l'envie. Beaucoup, passant de l'idolâtrie de l'absolutisme à l'idoiâtrie de la souveraineté individuelle, croyaient que l'insolence envers les gens de mérite était une marque d'égalité ; ils les déclaraient au-dessous des circonstances et les attaquaient avec acharnement.

Dans ces dernières années, on était arrivé à ces exagérations du bavardage qui déshabituent de la vérité et rendent inhabile à la pratique, car rien ne répugne tant aux dlscourears que la réalité. Élevés à la déclamation, ils déclamaient encore quand il fallait agir. Auprès des nouveaux pouvoirs se pressaient en foule les serviteurs du pouvoir déchu , qui ne voulaient pas tomber avec lui. Des persécutés vrais ou £aux demandaient des récompenses ; des statisticiens improvisés offraient des conseils; des marchands spéculaient sur les armes , les places , les réputations.

Il nous venait aussi dy dehors des Influences malencontreuses; ainsi, dans un pays où le clergé tient le premier^rang, on se mit à invectiver les pvétres; dans un pays qui depuis quatre* vingts

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aos ne eonnaît d'aristocratie que d'InsigniGaDtes di8tinctioiis,on ▼oeiféra contre les nobles : c'était nous affadblir par la division. Dans chaque dté, le gouvernement tomba aux mains des pre* miers vepus,ou de ceux-là qui se contentaient d'une position sans nul avantage, mais pleine de périls, et dont Fimpopularité était la seule récompense. Afin de concentrer la résistance, le gouvernement provisoire de Milan s'évertuait à triompher de mille jalousies et d'obtenir que chaque province envoyât un député.

C'est le lot, c'est la fiiiblesse de tout gouvernement révolutionnaire de se trouver en face de ses compagnons de révolte , d'être livré à tous les hasards de l'inexpérience , de la précipitation, du désordre. Celui de Milan ne songea pas à se donner le baptême de l'élection populaire, ce qui eût été facile grâce à l'organisation municipale du pays. Ce gouvernement, dans ce premier élan d'une révolution , se comporta ainsi que dans une situation normale : il voulut conserver l'ordre avant tout. Ayant affaire à une liberté qui ne faisait que de naître, etqui était naturellement jalouse, il gouverna aussi mystérieusement que l'on conspire; il voulut garder le pouvoir à des conditions qui ren* daient le hîea impossible, et avec ces allures de la médiocrité qui ne peuvent imposer à la multitude. Persuadé, comme nous le sommes , que las révolutions échouent ou réussissent par le mérite ou par la feute des peuples , c'est à eux que nous nous en prenons de leur dé&ite plutôt qu'à leurs gouvernements, auxquels le vulgaire impute tous les torts. Qu'importe de s'en prendre aux personnes qui passent, alors que le succès dépendait de vertus publiques qui ont fait défaut.

Les écrivains qui d'abord avaient exagéré l'héroïsme pour entretenir le feu sacré , se moquèrent bientôt de leurs prétendus héros. Les journaux, les affiches, les circulaires, élevaient la voix inconsidérément, et forçaient le gouvernement de recourir à tous cessubterfuges, qui sont la ressource de ceux qui n'ont pas le droit de leur côté. Personne qui ne se crut capable de conseiller, personne aussi qui assumât sur lui la responsabilité d'agir. Le peuple obéissait mal à un gouvernement qui semblait si peu le maître ; les miliees montraient plus d'esprit de parti que d'esprit de

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corps ; et, au milieu des hymnes et des discours de fraternité, personne ne se Oait à personne. Les finances se trouvant obérées, dans la riche Lombardie on nesut pas pourvoir aux nécessités de la guerre, alors que le premier, que l'unique besoin était de metue sur pied des soldats et toujours des soldats. Ceux-là qui donnaient d'abord pour prétexte de leur inertie l'impossibilité d'affronter l'ennemi , en trouvaient maintenant un autre en répétant que l'ennemi était vaincu. 11 n'y avait plus qu'à se croiser les bras ; et l'on se mit à discuter de quelle manière on gouvernerait la nation , avant d'être sûr qu'il existerait une nation.

Venise, devenue libre grâce à une capitulation régulière, n'eut qu'à puiser dans ses souvenirs : elle proclama la république de Saint-Marc, et les villes de la terre ferme y adhérèrent. A Milan le libéralisme consistait à abhorrer les Autrichiens. Aussi, se persuada-t-on que leur fuite avait tout terminé* Quelques uns pourtant entretenaient des intelligences avec l'entourage de Charles- Albert. D'autres trouvaient que la forme républicaine convenait mieux à un pays dont la liberté venait d'être baptisée de son propre sang ; il n'avait point de vieille dynastie à restaurer. La Lombardie d'ailleurs, dans les beaux temps de son histoire, n'avait-elle pas été une république? Puis, ne semblait-il pas que la France, redevenue républicaine, allait faire accepter partout sa nouvelle forme de gouvernement?

Cependant, reconnaissant que le but suprême de la révolution était l'indépendance, «le parti républicain de la Jeune JtalU s'était engagé, dès le début de l'iosurrection, à.caclier son drapeau. Le roi de Sardaigne et le gouvernement provisoire de Milan avaient plus d'une fois promis qu'il ne serait question de gouvernement qu'après la victoire, et qu'alors, tous étant libres , tous déaideraient. Mais, au lieu d'attendre, voilà que tout à coup l'on invite le pays à se prononcer; voilà qu'un philosophe fameux quitte ses paisibles études pour aller prêcher partout la fusion avec le Piémont : d'autres aussitôt répondent par le cri de république.

Alors la division commença. Les désordres auxquels la France était livrée faisaient redouter au plus grand nombre le gouvernement républicain. Parmi ceux-mêmes qui le vénéraient

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comme le goavernement de Tavenir^ beaucoup trouvaient que le pays n'était point façonné encore à ce respect de la loi qui est la première des vertus républicaines, et que Ton ne pouvait y arriver qu'en passant par le régime constitutionnel. D'un côté un. roi qui venait de tirer Tépée pour la cause commune, un centre de gouvernement déjà établi , et qui n'aurait besoin que d'étendre ses attributions, l'héroïsme des Piémontais , qui n'avaient point reculé devant les hasards de la lutte, l'avantage qu'il y aurait pour la guerre dans l'unité de commandement, toutes ces considérations militaient en faveur de la monarchie. ' La dynastie de Savoie représentait aux yeux du Piémont la puissance et la gloire; tous ses intérêts se rattachaient h cette dynastie ; cependant il y avait là des factions qui s'agitaient. La Savoie venait de repousser une bande d'ouvriers venus de France , et qui avaient tenté d'y proclamer la république. Sans être possédée d'enthousiasme pour la cause italienne et pour les sacrifices imposés par la guerre, elle en acceptait de bonne grâce et bravement sa part. Gênes, de son côté, ne bornait pas ses vœux à un ministère libéral à Turin ; là, bien des gens espéraient remplacer la couronne par la toque, dès que la cause nationale serait en état de se passer d^ la première. La cocarde tricolore dont le patriote décorait son front servait de passeport aussi à l'intrigant, qui , pour en ramasser quelque chose, aime voir à tomber le pouvoir dans la fange; au sophiste, qui ipet les mots à la place des choses ; à l'intolérant, qui n*aime de la libre discussion que l'occasion d'injurier ses adversaires. Outre la presse, qui était affranchie de toute entrave, ils trouvèrent le champ libre dans les chambres , qui s'ouvrirent le 8 mai 1848. Turin s'y montra très-préoccupé de la crainte de se voir enlever par Milan sa suprématie; d'un autre côté, on espérait obtenir d'une assemblée constituante à laquelle participeraient les nouvelles provinces un meilleur équilibre entre les deux pouvoirs législatif et exécutif.

Le ministère piémontais ayant à diriger une guerre qui était une affaire d'honneur plus que de raisonnement, se voyait forcé de recourir à l'élément révolutionnaire et d'en réprimer en même temps les excès; il fit des représentations au gouverne-

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ment piorâoire de Milan , qui se résigiiait à obéir, alors qu'on Paccosait de commander mal. Cest ainsi qa'il fit appel au vote miifersel diaprés le mode le plus illibéral et le pins malbeareui : eetui des registres. Puis on demanda la fusion immédiate du Piémont et de la Lombardie. Les villes vénitiennes y.aceédè^ rent ; Yoiise elle-même 89 résigna. Cette fusion consentie , dès le dâMit, sans autre condition que celle de vaincre, eât rapproché toutes les forces dans un but commun ; elle ne fit que les désunir, an contraire , au grand profit de rennemi. Tous ces mandes n'avaient donc pour résidtat que d*empirer la situation. La victoire de Bfilan avait fiiit tressaillir la péninsule tout entière; llodène et Parme s*étant soulevées , leurs ducs partirent, laissant le gouvernement à qui voudrait en prendre la responsabilité; on y vit bientôt se former des gouvernements pro* visoires, qui demandèrent, eux aussi, la fusion avec le Piémont Le grand«duc de Toscane dut m^tre de côté ses titres autri* chiens et fiiire choix de ministres en dehors de ses Sjrmpathies, car le mouvement déjà, ne se laissant plus diriger par les princes, se tournait contre eux.

Le pape, dont le nom d*abord avait servi de drapeau à Tltalie, se plaignait qu'on en fût venu jusqu'à violenter sa consdenoe : il s'était vu contraint d'expulser de ses États les jésuites, tout en déclarant qu'U les avait toujours regardés comme d'iuâitigables auxiliaires de Rome. Aux conseillers qui avaient sa ccmfiance on en substitua d'autres qui voulaient Faidiatoer aux idées àp G ioberti . On lui imposa des ministres, des généraux, etrobl^tion de prendre part à une guerre contre laquelle F Allemagne proies» tait jusqu'à menacer d'un schisme. Il avait béni d'une voix pleine d*autorité et d'amour les espérances de Fitalie; il envoya le plus cher de ses cardinaux comme son représentant dans le camp italien ; il avait mis ses propres troupes sous le commandement de généraux* piémontais , leur prescrivant de marcher d'un parfait accord avec Charles- Albert ; il invita les princes h envoyer à Rome des députés pour conclure une ligue politique entre eux. Mais Charles-Albert, au lieu de cela, ne parlant que d'une ligue militaire , Pie IX , voyant bien que Toa visait à réunir Fitalie dans d'autres vues , déclara qu'il oe

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fafomanit point un prince italien 'aux dépens des autres.

Désarmé, entouré d*opinions divergentes, voyant que ia barque qu*il était chargé de diriger était en péril, il désavoua toute participation de sa part au mouvement révolutionnaire; il (MTOtesta qu'il n'avait rien fait que ce que les puissances ellesmêmes avaient d^a suggéré à Pie VII et a Grégoire XVI, et ce qui lui avait semblé avantageux à ses sujets ; qu'il gémissait de ce qu'ils n'avaient pas su rester dans les bornes de l'obéissance, de la fidélité ,' de la concorde ; que ce n'était pas à lui qu'il fallait imputer les convulsions de l'Italie , à lui qui abhorrait la guerre; enfin il désavoua ceux qui osaient parler d^une république italienne avec le pape pour président.

En attendant , Rome, qui obéissait au pape à condition que le pape lui obéit, menaçait de noyer dans le sang « Texécrable gouTennement des prêtres ; » et le pouvoir populaire abandonna le pape au moment qu'il importait tant de le soutenir et de le. pousser en avant. Pie IX cependant n'avait pas encore renié la cause italienne; il écrivit à l'empereur d^Autriche pour l'exhorter a « convertir en d'utiles relations de bon voisinage un pouvoir qui ne serait jamais ni noble ni prospère tant qu'il reposerait uniquement sur les baïonnettes, • le conjurant « de mettre fin à une guerre qui ne lui reconquerrait jamais le cœur des Lombards et des Vénitiens, qui avaient le droit d'être fiers de leur propre nationalité. » Puis, voulant se faire le médiateur de la paix, il songea à se transporter à Milan. Qui ne voit combien sa présence eût exalté le courage des patriotes italiens et découragé l'ennemi.' Mais déjà le démon de la défiance avait aveuglé les esprits. On soupçonna le Piémont, qui sollicitait impatiemment la fiision, de vouloir abaisser la cause italienne aux proportions d'un intérêt particulier. On soupçonna le roi de Naples de chercher à s'assurer d'Ancône , et de viser à quelque agrandissement territorial ; on soupçonna le gouvernement romain de vouloir recouvrer la Polésine et foire revivre d'antiques prétentions sur les pays de Parme et de Modène; on se défia du prélat que le pape venait d'envoyer à l'empereur; on se défia de la flotte que le roi Ferdimmd avait expédiée dana l'Adriatique pour renforcer celle de Sardaigne , et les Si-

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