REVERS DES ITALIENS
ciliens la canonnèrent au passage du détroit ; on se déGa do ministère romain quand il mit aux mains de Charles- Albert toutes les forces pontificales. L'hésitation du pouvoir augmentait partout la propagande subversive qui se faisait dans les journaux, dans les cafés, sur les places publiques. Le nouveau ministère romain , présidé par le philosophe Mamiani, déclara catégoriquement que Pie IX se bornait à prier, à bénir, à pardonner, mais qu'il laissait les affaires à l'Assemblée. Cétait dire qu'on Pavait destitué de tout pouvoir temporel. Le pape protesta, comme il avait protesté contre l'Autriche, lorsqu'elle avait occupé Ferrare , en dispersant un corps de troupes pontificales; mais déjà sa parole avait perdu tout crédit.
Les choses allaient à JNaples en empirant. La Sicile couvait de profondes rancunes contre !Naples , et se plaignait toujours de lui être sacrifiée. Elle tenait au souvenir de son ancien parlement, que la constitution de 1812 avait fait revivre; elle se rappelait la prospérité qu^elle avait due , pendant un certain temps, à la domination anglaise : prospérité qui tenait à des circonstances toutes spéciales : à ce que la paix n'existait que là r pendant les guerres de Napoléon : que là seulement on échappait au blocus continental, et que la Sidle était le centre de la contrebande anglaise, qui s'y élevait à cent cinquante millions par an. Mais cette constitution éphémère laissa subsister la féodalité, les droits de maip-morte, ^'aînesse, et tous ces abus sur lesquels une révolution peut bien passer son éponge sanglante, mais qu'un gouvernement régulier, si bien inspiré qu'il soit, ne peut réformer que pas à pas. Les Bourbons une fois de retour à Naples, la Sicila resta comme un pays d'exception, où l'on ne trouvait à la vérité ni conscription , ni monopole de tabac, mais très-peu d'institutions, de mauvaises routes , et tous les inconvénients d'un gouvernement lointain. On avait vu , en 1821, les Siciliens refuser de donner la main à la révolution de Naples, et accélérer ainsi sa chute. La réaction qui en fut la suite ne fit qu'envenimer les plaies. Le nouveau roi protesta de son désir d'y remédier; mais elles étaient trop invétérée^ pour que le bon vouloir y pût suffire. Le mécontentemeni entretint un état de fermentation qui éclata plusieurs
BEVEBS DES ITALIENS. SCI
fois, et particulièrement en 1837, à roccasion du choléra qui ravagea Païenne et Catane. Il fallut recourir aux moyeus violents pour rétablir la paix dans ces deux villes. Il parut à cette occasion des décrets qui abolirent radniinistration spéciale , les juridictions patrimoniales, la féodalité; on projeta de nouvelles routes, un nouveau cadastre, le partage des biens communaux au profit des pauvres ; mais ces décrets sont encore à exécuter.
Quand on parcourt cette tle qui fut jadis le grenier de FItalie, aujourd*hui dépeuplée, couverte de ruines, n'offrant que des campagnes incultes ou marécageuses, nourrissant à peine quelques chétifs troupeaux ; quand on voit en regard de cela la vive intelligence de ses habitants, rattachement qu'ils ont pour leur patrie, leur désir d'amélioration , on ne peut que souhaiter le moment où la Sicile redeviendra le centre du commerce méditerranéen. Mais ces lointaines espérances ne suffisaient pas aux patriotes ardents. Les sociétés secrètes , dans leur activité souterraine, s'entendaient avec celles de Naples pour demander à tour de rôle quelques franchises, et de réforme en réforme arriver à obtenir une constitution. Les impatiens n'obéirent {)as longtemps à ce mot d'ordre : à Messine d'abord, puis à Palerme, ils se soulevèrent (9 janvier 1848) , élevèrent des barricades , et restèrent victorieux. Ils formèrent des compagnies d'armes , sous la présidence de Pruggiero Settimo, et donnèrent à la Sicile un gouvernement séparé, avec la constitution de 1812. Le roi y consentit; mais les Siciliens ne voulurent pas recevoir, à titre de don , ce qu'ils tenaient déjà à titre' de conquête. Les libéraux de Naples s'agitaient, de leur côté, pour obtenir des réforme;, à l'exemple de Aome et du Piémont; bientôt ils eurent une constitution. Il semblait que tous les amis de la liberté allaient se montrer satisfaits : bien loin de là ! la Sicile protesta contre cette constitution , et redemanda à grands cris sa charte de 1812, déclarant que, si le roi n'adhérait pas complètement à la demande , la Sicile se détacherait de Naples. Des forces furent envoyées ; on les repoussa (6 mars), et la déchéance des Bourbons fut prononcée le 13 avril. Ce fut un mal incalculable que celte séparation , qui arriva au