‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,)Chapitre 56 sur 61 · HI8T. DE CBNT ANS. — T. IV · texte numérisé non relu

HI8T. DE CBNT ANS. — T. IV

302 BEVEBS DES ITÀL11!SS.

moment où il n*étaît question partout que d*union italienne. Alors que toutes les forces étalent nécessaires sur TAdige, le roi de Naples se vit forci de détacher une partie de son armée pour mettre à la raison les Siciliens. Le reste fut acheminé vers la Lombardie, sous le commandement de Guillaume Pépé, général malheureux delà révolution de 1820, et infatigable auxiliaire de toutes les tentatives qui se sont succédé depuis 1796 jusqu*à ce jour.

Cependant, comme il s'agissait de mettre en pratîqne la constitution, les chambres furent convoquées à Naples. Mais dans' la première réunion (14 mai) quelques députés refusèrent de prêter serment à la nouvelle charte, vu que le programme du 3 avril attribuait aux chambres le droit d*interpréter la constitution, d*accord avec le pouvoir exécutif : d^où ils voulaient conclure que les- chambres étaient constituantes et non constituées. Le roi se résigna à changer la formule : mais l'assemblée, dont ou entretint la défiance par des contes perfides, ne se tint pas pour satisfaite , et répondit au roi qtt*il n*était qu'un, tandis que les députés étaient cent. Ce débat intérieur retentit bientôt au dehors, où éclata un mouvement qui fiit provoqué , selon les uns , par les républicains pour aller en avant , et, au dire des autres, par les réactionnaires poui sévir : chacun imputant, selon Tusage, à ses adversaires les imprudences ou les méfaits dont il redoutait les suites. Ceux que tour l tour Ton adulait sous le nom de peuple, ou qu'on vilipendait sous celui de lazaronni, prirent parti pour le roi. Ce fut en vain que celui-ci obtempéra aux demandes et prit un nouveau ministère ; ce fut en vain que les députés se mêlèrent h ta foule, et recommandèrent de détruire les barricades, puisque le but de la «h^monstration était atteint. S*il est aisé d'imprimer !e mouvement, il est dîfncile de le diriger. On. incendia, on ^rgea; puis les baïonnettes et les prisons finirent par calmer la révolte. La nécessité de réprimer le désordre rendit au gouvernement Parme de l'arbitraire, que la raison avait arrachée de ses mains. On donna pour prétexte que ce mouvement avait été Toeuvre d'un parti qui visait à placer l'Italie sous un seul sceptre; et comine le premier instinct de tous les êtres est de se conserver

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et qu^aussi le premier besoin de tout gouvernement est de maiu« tenir le cdlme intérieur^ le roi rappela son armée , qui était campée sur le Pô. C'est ainsi que la cause italienne perdit ce renfort important, à Texception de quelques récalcitrants qui sui* virent l'exemple de Pépé, et passèrent à Venise. Le roi, après avoir dompté Témeute, déclara que c'était sa ferme et immuable volonté de maintenir la constitution, voulant « que Ton se fiât à sa loyauté, à sa religion , à ses serments libres et spontanés. •»

Cétait un temps ou la haine aussi bien que l'enthousiasme ne connaissait plus de mesure; et on put voir alors combien la popularité réduit ses fétiches à l'état d'esclaves. Pie IX, adoré la veille, fut dénoncé partout comme un traître. Avec tout autant d'imprévoj^ance on avait adoré Charles- Albert; on l'avait acclamé roi d'Italie : dans ce but on avait prêché, intrigué; on avait remué tout le pays. Le prince de Monaco s'était prononcé pour lui; le parlement de Sicile lui avait demandé pour roi un de ses fils. En conséquence, les princes crurent qu'on les poussait à combattre, non plus pour l'indépendance , mais pour enrichir un seul homme de leurs dépouilles. L'accord une fois rompu , les récriminations des princes mirent le^ peuples en fureur ; et Charles-Albert se trouva lui-même embarrassé par l'extravagance de ses admirateurs.

Déjà ce roi, chargé de la conduite d'une guerre d'insurrection, sentait vaciller dans ses mains Tépéequi promettait de délivrer ritalie. Ses efforts échouaient contre ces terribles obstacles de l'art et de la nature; et rien ne décourage comme l'inutilité des efforts. Les vj^res mal distribués introduisaient la faim au milieu de l'abondance. Les volontaires de la croisade italienne firent preuve de bonne volonté et de courage à Ilelvio, à Tonale, à Curtalone; mais ils ne firent jamais preuve d'union, d'obéissance, de persévérance, ce qui est indispensable pour vaincre. Le chef d'ailleurs n'en sut point profiter. Confiné dans les limites de la stratégie officielle, il 'repoussa le puissant secours de l'insurrection populaire. L'ambition d'être le héros de la rédemption italienne lui fit refuser une autre épée mieux fourbie que la sienne pour une guerre qui n'était pas une guerre de roi. C'est ainsi qu'en poussant les choses trop loin , on compromit

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tout. Tandis que, d*un côté , on éloignait les sympathies da de* hors par ce mot tant répété, V Italie fera tout elle-même^ de Tau* tre, on ne se prétait à nul accord au dedans ; et quand TAfitriche en vint à offrir, sous la médiation de l'Angleterre, de constituer un Etat indépendant sous le sceptre d*un archiduc, qui aurait Parme, Modéne etlaLomhardieJusqu'àrAdige, onne voulut pas même s*y arrêter : on répond i t que Tépée une fois tirée pour la cause italienne, on ne pouvait plus s'arrêter qu'à l'entière délivrance.

Cétait au moment où l'Autriche, assaillie de tous les côtés à la fois, semblait près de succomber, que le ministère Fiquelmont s'était résigné à de telles propositions; mais bientôt l'Autriche reprit le dessus. Une nouvelle armée descendit des Alpes, sous le commandement de Wolden et de Nugent ; elle reprit la Vénétie ville par ville (avril et mai); elle força l'armée pontiflcale, qui était sous les ordres d'un général piémontais, à capituler et à repasser le Pô. Puis Radetzky, débouchant de Vérone, et tombant avec ses masses sur la faible armée piémontaise, b rejeta de l'Adige sur le Mincio, puis sur l'Olio, et enCn sur l'Adda. Ciuquante mille hommeà avaient commencé la retraite à Goïto; il en parvint à peine vingt-cinq mille à Milan, et ce fut pour Tabandonner immédiatement et repasser le Tésin ; si bien que tout le royaume lombard-vénitien, à Tcxception de Venise, se trouva reconquis.

I.a catastrophe porta l'irritation au comble ; et, oomnie il était plus facile de répondre par des outrages que d'en apercevoir les causes, on jeta de nouveau l'épithète de traître à la tête de ce roi qui venait d'exposer sa vie et celle de ses fils.

Les Autrichiens s'étaient arrêtés au Tésin, acceptant l'armistice offert par le Piémont; mais ils entrèrent dans les duchés, en donnant ta parenté pour prétexte à cette invasion. Ils entrèrent aussi dans la Romagnê, en dépit des protestations que k pape renouvela, répondant à^cela que ce n*était point à ki qu*ils faisaient la guerre, mais aux bandes qui avaient pris les armes malgré lui. Bologne résista avec courage (8 août) , ta faisant entendre encore, à travers le fracas du canon et de li fusillade, le cri de f^ioet Italie et Pie IX! Ce fut la dernière foi: que ces deux noms se trouvèrent associés.

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A însi ritalie retombait au pouvoir des Autrichiens. Les esprits s^aîgrirent, se soulevèrent, et Ton tint conseil au milieu du vertige et de la confusion. Un congrès italien ouvert à Turin (10 octobre), sous la présidence de Gioberti, de Mamiani, et du Calabrois Romeo, voulut prendre en main les affaires de ritalie ; mais ce ne fut qu'un tournoi académique, une affaire d'éloquence et de bravos, comme si Ton eût été encore aux premiers jours delà révolution. Cette assemblée ne tarda pas à se dissoudrr, attendu que le ministère toscan de Montanelli , qui avait remplacé Guio Capponi, déclara qu'il voulait se placer à 4a tête d'une fédération, et invita les divers États à envoyer à Florence leurs députés pour une constituante italienne.

Pellegrino Rossi était un publiciste éminent, qui avait associé à la science du droit les études économiques. 11 avait longtemps résidé en Suisse , et y avait proposé une nouvelle constitution ; il avait depuis quitté ce pays pour se fuér en France, où il professa le droit constitutionnel et se vit élever à la pairie. Quand Pie IX fut entré dans la voie des réformes , Louis-PhOippe envoya Rossi à Rome en qualité d'ambassadeur, chargé à la fois comme praticien consommé, de guider la marche du gouvernement pontifical, et, comme réfugié, de gagner la conGance des libéraux. En tout cas, il sut gagner si bien celle du pape, qu'au milieu de ses perplexités, il le 6t chef de son propre ministère. Il mit à la tête de l'armée Zucchi, vieux soldat des guerres de l'empire, condottiere de l'insurrection de 1831, qui était demeuré depuis lors enseveli dans une forteresse autrichienne, d'où la présente révolution l'avait fait sortir. Rossi s'appliqua à rétablir les finances, à donner l'essor aux travaux publics, à préparer une statistique, à constituer cette association italienne dont Pie IX s'était fait de lui-même l'initiateur et le promoteur zélé. Il s^attacha enfin à contenir les factions furieuses, et aussi la réaction qui travail* lait dans l'ombre.

Comme il montra dans cette œuvre de la force et des ressources, il n'en fut que plus exécré. Pour les prêtres, c'était un sacrilège ; aux yeux des Albertistes, c'était un obstacle à leur fusion fantasti* que : les déclamateurs le signalaient à la colère du peuple. Cest que, dans ces moments difficiles où deux partis enneniis sont aux

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mains, acharDés Tuo et Tautre après le pouvoir, celui qui se place entre eux dans un milieu loyal voit les deux factions conjurer sa ruine. Les chambres convoquées, Rossi en s*y rendant fut poignardé( 15 novembre) ; et les ovations, prodiguées jusquelà au pontife régénérateur, furent remplacées par des ovations décernées à un assassinat : il fut célébré, non-seulement à Roine, mais sur beaucoup de points de Tltalie. Au milieu dé Tépouvante causée par ce meurtre, le pape fut réduit à prendre un ministère parmi les bommes qui lui inspiraient le moins de confiance. On proclama la constituante italienne; le papelui- .même fut assailli dans son palais : si bien que, tiré de ses rêves de popularité par le bruit de la fusillade, abandonné du peuple, il se jeta dans les bras des princes, et s'enfuit dans le royaume de Naples. Sans tenir compte de ses protestations, le ministère convoqua une constituante pour TÉtat romain (13 décembre), laquelle, réunie le 5 février, prononça bientôt la déchéance du pape (9 février 1849), proclama la république, et déclara biens nationaux les propriétés de FÉglise.

Le grand-duc, en ouvrant les chambres ( le 20 janvier ), se d6ciarait de nouveau prêt à la guerre. 11 consentit qu'on élût des députés toscans pour la constituante italienne; mais ensuite, voyant qu'il allait s'attirer les censures pontificales, il refusa de sanctionner la loi. Manquant de force pour résister, et ne voulant pas donner motif à des réactions, il quitta le pays. La chambre établit alors un gouvernement provisoire, composé de Guerrazi, Montanelli, Mazzoni, et qui entra en négociations pour s'unir à la république romaine, ce qui n'eut pas lieu. Guerrazi, l'un de ces caractères peu faits pour obéir à des héros pusillanimes, et qui ne se coqtentent point du rôle de figurants, agissait arec persévérance, avec habileté, et savait masquer de profonds desseins. Il se dégoûta assez vite des prédications de Mazmi, qui passa quelque temps à Florence, puis gagna Rome , où il fut nommé triumvir avec Armelllni et Saffi. Ainsi donc une révolution, commencée d^abordau nom des princes, avait bientôt pris en défiance ces mêmes princes, contre lesquels au fond elle se faisait. Bénie au début par le pape, elle finit par se séparer de lui et le maudire; après avoir pris pour mot d'ordre, V Italie

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fera tout elle-même, on la vit bientôt enrôler un ramas d*étrangers. La déchéance du pape ne pouvait rester un fait isolé dans Ja chrétienté : indépendamment du respect, de Tamour des fidèles, et des sympathies que le monde tout entier avait témoignées pour Pie IX, ou vit apparaître, dans cette république romaine ( inaugurée par un assassinat que tous les partis se jetaient mutuellement à la tête), comme le fantôme d'un grand complot européen travaillant à renverser tout ordre quelconque, à ruiner toute idée de subordination. En Sicile, l'assemblée constituante manifesta le vœu de voir rémtégrer le pape dans ses États ; TEspagne, empressée de reprendre rang dans la diplomatie européenne, invita les souverains à ouvrir un congrès dans ce but. Le pape s'adressa à l'Autriche, à la France, à l'Espagne et h la Sicile, les conviant à renverser la république romaine (20 avril ). Ainsi Jes destinées de l'Italie devaient encore une fois être remises aux mains des étrangers.

Charles-Albert brûlait du désir d'effacer l'affront de sa défaite, et de se jeter à corps perdu dans les hasards d'une nouvelle tentative : mais son armée était désorganisée, et le pays était épuisé. Les discordes civiles retentirent plus fort quand le bruit des armes cessa de se faire entendre; un héroïsme qui ne tient compte d'aucun obstacle poussait sans cesse à risquer le sort de l'Italie. Cequele peuple veut. Dieu le veut, répétait-on. Les moteurs, qui avaient déclamé alors que les autres combattaient, criaient plus fort, depuis qu'on ne pouvait plus leur répondre : Pourquoi ne vous battez-vous pas? Des milliers de réfugiés lombards s'agitaient dans le saint désir de relever leur patrie ; les braves s'agitaient pour venger leur désastre, les peureux, pour cacher leur peur en faisant peur aux autres. Les républicains surtout ê'agîtaieut, criaatqu'on avait tout perdu en se confiant à un roi ; les calomniateurs s'agitaient, accusant ministres, généraux, fournisseurs; et quiconque avait eu quelque bribe de pouvoir faisait planer des soupçons sur ceux mêmes qui s'étaient le mieux conduits; on les crut, comme on croit toujours à ce qui peut ravaler le caractère italien.

Tout cela tournait au proGt de cette faction qui se disait démocratique, et qui demandait à grands cris que l'on se jetât sans

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délai dans une nouvelle guerre à outrance. Cette faction porta au ministère Gioberti (16 décembre 1848), afin que celui-là aussi perdh son auréole. La chambre fut dissoute, et les nouTelles élections, qui eurent lieu sous la* pression des circonstances, réussirent selon les vœux de ce parti; Le roi ouvrit la session (!*'' février), émettant le vœu d*une confédération entre les princes italiens ; il se montra tout prêt à rétablir Tarmée sur le pied de guerre, pour peu que les négociations entamées avec rAutriche n'aboutissent pas à un arrangement honorable; mais ce que le plus grand nombre entendait par ce mot, c*était la consen-a* tion des provinces qui 8*étaient fusionnées avec le Piémont : Bolution d*autant moins probable qu*il s'agissait déjà de faire restaurer le pape et le grand-duc au moyen d*une intervention étrangère. Pour tâcher de se soustraire à la honte de voir encore les étrangers disposer des destinées de T Italie, le ministère Gioberti crut qu*il serait opportun que le Piémont se chargeât lui* même do restaurer ces princes : la démonstration pourrait suffire, pensait-il, pour faire tomber toute résistance, et Tltalie s'habituerait à voir ses enfants résoudre par eux-mêmes les questions intérieures. Le Piémont reprendrait par là vis-à-vis des puissances Tattitude qu'il avait perdue. Ce serait un moyen de détourner les esprits d'une guerre avec TAutriche, laquelle ne laissait entrevoir qu'un désastre inévitable. Mais la chambre accueillit le projet de Gioberti comme un fratricide. Celui-ci déposa aussitôt son portefeuille (20 février); vilipendée! oublié bientôt, il reçut le salaire ordinaire de la popularité ; il le reçut toutefois avec une dignité dontbien peu avaient donné Texemple : sans fortune et sans titres, il retourna paisibleaieot à ses études.

Le ministère Chiodo qui remplaça Gioberti promît, pour son début, la guerre contre rAutriche. Préparé on non à entrer en campagne, on donna le commandement en chef de Parmée à un général polonais; on dénonça l'armistice; mais il ne fallut qu'une journée pour donner à l'Autriche une victoire complète. Charles- Albert vit son armée mise en déroute; il abdiqua, et gagna l'Espagne, où 11 succomba bientôt à iM chagrins. Ce dénoûment précipité fut encore imputé à la tra-

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hisoQ; mot commode qui couvre toutes les fautes , et qui prévient le découragement, en le convertissant en fureur. Qu*utt homme soit Fauteur des ruines sous lesquelles il se trouve enseveli, cela se rencontre fréquemment ; mais on ne saurait im« puter qu'à un fou des crimes inutiles. On en vit pourtant qui ne craignirent pas de répandre des bruits, des soupçons que le peuple, en de tels moments, traduit en insurrection. Gênes se souleva au cri de PHce la république (80 mars 1849)! et les ennemis de Fltalie eurent encore le plaisir de voir tourner contre des Italiens ces armes qui venaient de se briser contre Tétranger. Le mouvement de Gènes fut vite comprimé ; puis on donna satisfoction aux cris de trahison en faisant fusiller le général Itamorino, et eu ordonnant une enquête sur les causes du désastre de Novare. La fureur dès lors se changea en pitié, puis on entonna des hymnes en l'honneur du magnanime Charles- Albert. L'Autriche, au prix de 70 millions, vendit la paix à son fils Victor-Emmanuel, à qui échut la noble tâche de fermer les plaies de son pays, d'affermir ses institutions, et de donner l'exemple au reste de l'Italie.

Le royaume lombard-vénitien fut livré, comme il l'est encore aujourd'hui, à l'arbitraire militaire. Venise seule, après que la fusion eut échoué avec le Piémont, déploya l'héroïsme des derniers moments, comme Milan avait eu celui de l'initiative : elle déclara qu'elle résisterait à tout prix, sous les bannières de Sâint-Marc et sous le gouvernement de l'avocat Manin. Abandonnée alors par la flotte sarde , privée de subsides et d'assis* tance, soumise à un blocus de plus en plus étroit, elle seule, en de telles extrémités, trouva le courage de discuter, de négocier sur le fait des franchises constitutionnelles promises au royaume lombard- vénitien. Le ministre autrichien de Bruck en fit l'offre, en effet, aux envoyés de Venise; mais ceux-ci les rejetèrent, en ce que, 1^ les charges n'étaient pas conservées intégralement aux Italiens , 3*" que l'Autriche se réservait la faculté d'abolir les droits fondamentaux en temps de guerre ou de révolution ; 3* qu'elle entendait réserver la partie la plus importante de la législation au parlement viennois, au détriment du parlement italien ; 4"* qu'elle ne créait ni armée ni flotte

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italienDe qui dût rester dans le pays. L'Europe applaudit à cette lutte admirable et ne flt rieu pour la soutenir, tandis que TAutriche déployait une artillerie formidable pour écraser la reine de TAdriatique. Le choléra y joignit ses ravages à ceux de la Ceiim ; et, quand elle eut tout épuisé, Venise capitula (13 août), après avoir vu moissonner la fleur de ses enfants.

Tous les républicains de l'Italie s^étaient donné rendez-Tocis à Rome, tandis que Naples était le refuge de tous les princes dépossédés. Un corps d'armée napolitain fit voile pour la Sicile, bombarda Messine, et remit 1 île tout entière sous le joug. L'ordre s'y rétablit comme il Tavait été sur la terre ferme, au moyen des emprisonnements et des exécutions. Les chambres, rouvertes le 1^' juillet, furent presque aussitôt dissoutes, et le gouvernement personnel reprit ses coudées franches. Le ministre Bozzeli, l'auteur ou le compilateur de la constitution , se vit chassé comme traître et infâme, ainsi qu'il arrive à tous ceux qui ont approché un moment de leurs lèvres la coupe aroère du pouvoir.

La Toscane était toujours en révolte contre son prihce ; mais le désordre envahissait tout, comme il advient là où la force réelle n'existe pas. Fatigués d'un arbitraire que le no/n du dictateur déguisait mal, les Floreutins se soulevèrent ; et, vengeant par des assassinats les désordres qui avaient ensanglanté la paisible Toscane , ils rappelèrent leur grand-duc. Ils espéraient par là se soustraire à Tinvasion autrichienne ; mais ils n'y échappèrent pas. En vertude la convention du 22 avril 1S52, une partie de l'armée impériale occupa le grand-duché pour un temps illimité. On espérait que les franchises constitutionnelles, que le grand-duc avait de lui-même octroyées en les déclarant méritées et promises, seraient conservées à un peuple resté fidèle, par , un prince qui avait eu ia chance unique d'une restauration populaire; mais elles furent suspendues pour un temps mdéfini. .

Restait donc la république romaine, contre laquelle s'agitaient Autrichiens et Français, Espagnols et Napolitains. Les prenûers prirent pied dans les légations; les Espagnols occupèrent on moment l'Ombrie; les Napolitains ne firent que paraître; les

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Français débarquèrent à Civita-Vecchia, en déclarant quMls venaient pour rétablir le gouvernement pontiQcal , moins les alîus dont on avait déjà fait justice. Ils marchèrent sur Rome (le 2â avril 1849), et restèrent fort étonnés de la résistance qu'ils rencontrèrent après les désastres de Custoza et de Novare. On répétait-partout que la promptitude de la défaite n'avait pas laissé aux Français le temps de venir à notre secours : Rome était dans la persuasion que quelque événement pouvait éclater en France et faire abandonner Tentreprise. Mais cette résistance ne fit que multiplier les victimes, sans autre résultat que de donner un démenti à ce mot tant répété alors, que les Italiens ne savaient plus combattre. Sans troupes régulières, sans généraux expéri* mentéSy ces soldats improvisés firent payer cher au vainqueur Foccupation de la ville étemelle, qui ne se rendit (3 juillet) qu'après vingt-six jours de tranchée ouverte.

A près s'être fait longtemps attendre, le pape rentra (avril 1 850), trouvant le pays en ruines, toute obéissance effacée, Vautorité , religieuse compromise dans la haine que le pouvoir temporel soulevait sur ses pas. A ces plaies profondes les palliatift habituels ne suffisaient plus ; la force était devenue une nécessité. Aux égarements des peuples on vit succéder alors les égarements des prinees : ne voulant pasreconnattre qu'on peut toujours gouverner en marchant d'accord avec les intérêts, les idées, les sentiments d'un peuple, ils s'autorisèrent de l'excès des exigences pour manquer à leurs pibmesses et se refuser aux plus justes concessions. Ils mirent de côté tout esprit d'initiative, écartèrent ceux qui pouvaient exercer quelque action modératrice; et le progrès se vit représenté dès lors par ces hommes d'opposition violente, qui se montrent d'ordinaire si inconséquents ou si impuissants, une fois qu'ils sont à l'œuvre. L'arbitraire, les vengeances furent abandonnés à la force brutale, qui se platt à multiplier les occasions de se montrer nécessaire ; le pays déchut, en un mot, autant du côté moral que du cdté économique. Resté en dehors de toutes les conditions normales d'une société civilisée, ne voyant plus quand et comment la lumière renaîtrait du chaos, il ne trouvait, nu bout de ses espérances, que l'affermissement du pouvoir et des abus qu'il avait voulu déraciner.

a7) L^ÀUTBICaE.

Cétait pourtant la première fois que l'Italie sonleTée 8*étaît jetée dans une véritable lutte contre T Autriche; et elle y avait déployé assez de valeur pour foire taire les reprodies prodigués d*habitude au caractère italien. Ce n'étaient pas seulemeol les troupes disciplinées c'était la jeunesse inhabile à manier les armes, c'étaient des populations pacifiques, des villes cmvertes, Milan, Venise, Vicence, Trévîse, Bresda, Bolofpse, Aneône, Livoume et Rome, qui avaientafTrontérennemi, non pas seulement dans l'ardeur irréfléchie des premiers élans, mais avec une constance plus méritoire et plus rare, et alors que la confiance de vaincre n'existait plus.

L'AurnicuB.

Nous nous sommes arrêtés quelque temps sur l'Italie, parce qu'un pays qui nous a vus naître obtient de droit nos préférences, et enfin parce que les vices et les vertus d'une révolution se retrouvent dans toutes les autres. Mais des événements plus considérables encore éclataient aussi dans le reste de l'Europe , et particulièrement en Autriche. Nous avons déjà dit de quel amalgame de peuples se compose l'empire d'Autridie ; adjonctions qui datent de tous les temps en tertn de conventions très-diverses, rattachées à l'Empire par des conquêtes suconsives. Toutes ces races s'y sont perpétuées sans mélange. Les principales possédaient des constitutions dont la source était dans la tradition. La haute et basse Autriche, la Styriie, la Carinthie, la Bohême, la Moravie, la Galicie, avaient leuis diètes composées des quatre ordres : clergé , noblesse, gentilshommes , et paysans. Le Tyrol aussi possédait, depuis le M mars 1816, des États constitués sur un pied semblable, ayant droit de remontrances à l'empereur , mais n'ayant de vote ni en matière K^ts* lativeni en matière d'impôt. Dans la Siléâe autrichienne, les états se composaient de princes, ducs, seigneurs (stamiskerren)t gentilshommes { rUterschqft) , relevant immédiatement de

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r Empereur. La constitatioa hongroise préientait une originalité à part, en ce que divers peuples se trouvaient soumis les uns aux autres, sans qu'il en r^tât ni fusion ni unité, et cet état de choses se maintint après que le peuple vainqueur se trouva soumis à la maison d'Autriche. Les Magyars, race dominante, comprenait les magnats, grands propriétaires, grands dignitaires de l'État; les nobles, possesseurs de terres, et les simples gentilshommes qui, tombés dans la pauvreté, n'en conservaient pas moins leurs privilèges héréditaires. Ces trois classes, réunies au haut clergé, aux villes libres royales, aux bourgs privilégiés, constituaient le peuple hongrois : c*est à eux qu'appartenait Télection du roi, le privilège de faire la loi conjointement avec lui, de voter rimp6t au sein de la diète triennale, où les députés figuraient armés, éperonnés, et s'énonçaient en latin. Quant au reste de la population, elle payait Timpôt, et ne jouissait d'aucun droit politique (mi&era contribuens plebs). Si le roi avait le droit de décider la paix ou la guerre, il fallait le vote de la nation, c'est-à-dire des nobles, pour ordonner la levée en masse; il jurait de respecter la constitution, de faire exécuter les arrêts des cours de justice ; et, si ces privilèges étaient violés, la nation hongroise pouvait recourir aux armes. Le noble pouvait posséder partout le royaume, le bourgeois dans le territoire seulement de la cité où il résidait. Au premier les hautes magistratures, tous les emplois des comitats, le droit de rendre la justice, etc. Les paysans recevaient du propriétaire, moyennant le service personnel et certaines redevances, une terre à cultiver.

Cette vaste contrée renferme quatre millions de Magyars et de Hongrois, cinq millions de Slaves ; les Allemands, les Valaques, les Grecs, les Albanais, les Arméniens, les Juifs, les Bohémiens, sont évalués à environ deux millions. Les Magyars opulents habitent les châteaux ; pauvres, ils gardent les troupeaux et mènent la vie nomade ; les Allemands font le commerce ; les Valaques tiennent auberges ; les Croates viventd'agriculture et d'industrie ; les Juifs et les Arméniens y sont marchands et fermiers ; les Zinzares et les Bohémiens sont maquignons, forgerons, chanteurs ambulants ; les Slaves cliasseurs et bateliers. Ces différents peuples conservent leurs moeurs, leurs costumes, leurs privilèges particuliers ;

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chaque État, chaque race y possède ses lois , ses magistrats, et

chacun y est jugé par ses pairs.

Les peuples d*origine slave conservent tous, sous le joug de leurs divers maîtres , une grande uniformité de croyance et de mœurs. Travaillés sourdement par les rivalités des cabinets de Vienne et de Saint-Pétersbourg, excités par l'ambition des nobles, par rimpatience des démagogues, ces peuples cédèrent plus ou moins 'à la secousse de février. La Bohême s*agita la première, et prit les armes contre FAutriche (1 3 juin 1 848} , sous prétexte que sa nationalité se trouvait menacée si FAutriche venait à se fondre avec TAllemagne. Le cabinet de Vienne fiit forcé d*employer la force pour la réduire, et le prince de Windisgraëtz éteignit dans le sang Tinsurrection de Prague. Puis , quand h constitution autrichienne vint à proclamer Tégalité des diverses races, les Bohèmes trouvèrent que les Slaves en seraient lésés; aussi se tournèrent-ils dès lors vers Tempereur ; ils protestèreot contre insurrection de Vienne , et s'offrirent pour combattre les révoltés.

La secousse fut plus profonde en Hongrie. La maison d'Aotriche s'était de tout temps appliquée à se l'asservir, enentamaoi ses privilèges , Joseph II par la force, au nom de la philosophie, ses successeurs par des moyens détournés. La diète, qui devait être convoquée tous les trois ans, ne l'avait pas été une seule f(HS de 1812 à 1825;et, pendant cet intervalle, le roi François P^avai: levé hommes et imp($ts selon son bon plaisir, sans oser cependar: faire ce que Napoléon lui avait conseillé , conquérir résoldmeL: la Hongrie. Réunis enfînle t8 novembre 1825, les nobles hoagrois profitèrent de cette occasion, attendue longtemps, pournvendiquer leurs anciens droits, pour se plaindre que leur invi bilité n'eût point été respectée, et qu'on eût appliqué à leur pai les règlements faits pour les provinces héréditaires. Le roi p de ne plus lever ni impôts ni soldats sans le consentement de diète, et, tout en déplorant la manie de constitutions chiniériq qui s'était emparée du monde, il Gt l'éloge de la c4)nstitution groîse, et protesta de son amour pour elle. Mais les nobles hongr avaient pris vis-à-vis du souverain une attitude hostile, allant] qu'à prétendre <ju'il résidât parmi eux, qu'il pariât la lanii

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nationalei qu'il lui fût interdit de conduire l'armée bots des frontières, sauf le cas d'invasion; enfin, ils semblaient ne pas reculef devant Tidée de détacher la Hongrie de l'empire d'Autriche. Mais y quand la révolution de 1830 éclata, les Magyars prirent l'alarme, plus inquiets encore des idéesd'atfranchissement populaires qu'ils ne l'étaient des exigences de l'Autriche; ils consentirent à envoyer des troupes pour contenir les Italiens et tenir tête aux menaces de la France. Tout étant rentré dans l'ordre, ils élevèrent de nouveau la voix. A partir de 1840, un mouvement de réforme et de progrès se manifesta en Hongrie ; la noblesse même se prêta à la formation d'un tiers état; on s'appliqua à créer des routes, des moyens de navigation intérieure, à développer l'agriculture, à introduire d'utiles innovations. Certaines communes obtinrent dans la diète leur représentation; l'usage de la langue ma^syare s'étendit; la noblesse se soumit à l'impôt. Puis, par un sentiment exagéré de patriotisme, on proposa de refuser à l'avenir les subsides de l'Autriche , et d'augmenter pour cela l'impôt de douane établi eiitre les deux États. La ville de Pest se vit réunie à Bude par un pont admirable. On améliora l'éducation publique; la publicité commença pour la pensée; on réforma la procédure; on prépara un code pénal ; des conventions furent arrêtées entre les jiaysans et les seigneurs pour le rachat des dîmes, ainsi que du servage; dans le choix des juges, on commença a tenir compte du mérite, indépendamment de la naissance ; deux simples bourgeois prirent place à la table des sepiemvirs, cour suprême de justice. Brefj le droit individuel se rapprocha de la raison, et de rbumanité; et l'utilité publique tendit chaque jour davantage à supplanter le privilège.

La diète de 1844 mérite une mention particulière : elle abolit les lois wr(Hitiaks qui pesaient sur la population agricole, laquelle obtint alors la (acuité de posséder des terres nobles ; elle établit une banque hypothécaire pour les cultivateurs, leur procurant ainsi des moyens de rachat, et la faculté de devenir propriétaires et citoyens. Elle réclama rabolition des justices patrimoniales, qui n'étaient, en quelque sorte, que des justices de paix . £Ue demanda la publicité des jugements, l'introduction du jury

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et le droit pour les plébéiens d'en faire partie; mais elle ne pot l'obtenir, pas plus que la responsabilité des ministres en matière de dépenses publiques.

C'était là toutefois de véritables pas faits par cette contrée, que sa position a ppelait à jouer un grand rAle dans la rénoTation de rorient Mais les pas ne peuvent se &ire que lentement là où, sur 13 millions d'habitants, 500 mille seulementjouissent d'une entière liberté. Les communes, qui achètent leur émancipadon, c'est-à-dire le droit de s'administrer et d'avoir des justices particulières, restent encore sous la haute main des magnats, qui peuvent casser les élections; elles n'ont d'ailleurs qu'une seule voix dans les diétines. Mais cet élément national n'en est pas moins de nature à établir, avec le temps, un pouvoir nouveau dans la constitution hongroise.

De son c6té, l'Autriche s'efforçait d'agrandir la sphère de l'autorité royale ; elle réussit à faire passer l'armée hongroise sous la dépendance du conseil aulique, de même que les colonies militaires des frontières; elle s'efforça d*attirer également le maniement des finances à elle^ en commençant par centraliser le service postal. La jalousie des diflërentes races aidait en cela les efforts de l'Autriche ; sa politique trouvait son compte à fomenter ces divisions et à prendre en main la cause des plus ftibics.

La langue latine avait été adoptée dans les rapports de ces différents peuples ; les Magyars voulurent y substituer leur langue, et l'imposer au roi lui-même, sous couleur de mesure libérale; mais les races tributaires, à qui cette langue était étrangère, n'y virent qu'un nouveau symptôme de la domination magyare et de leur propre asservissement. Les Slaves, les Croates protestèrent Ces derniers surtout déployaient de grands efforts en Italie pour faire avancer leur mdustrie et leur état social ; ils étaient attachés à l'Autriche» en retour de l'appui qu'elle leur prêtait contre la tyrannie des Magyars. En outre, deux millions de Yalaques, éparpillés en Hongrie et en Transylvanie, n'avaient point de patrie à servir ; ils avaient foi dans leurs popes, et tournaient leurs yeux vers le czar, comme vers leur chef, smon national , au moins religieux.

L'Autriche, qui avait aidé ces races tributaires à rdever la

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tête, croyant par là affaiblir la puiasance magyare, s^effraya quand elle vit le mouvement 8*étendre: œ fut surtout quand elle entendit ks Ulyriens s'attribuer le titre de nation. Elle défendît aux Dalmates et aux Slaves de prononcer ce mot. Louis Gaj, qui avait remué le pays contre les Magyars, persuada aux Croates de renoncer à leur dialecte pour adopter comme langue nationale le ragusien ; la langue illyrienne fut adoptée dans la diète comme langue officielle.

L'Autriche, alarmée, tenta d*arréter.cet essor ; et, par un de ces accidents fortuits qui ne manquent guère quand la mine est préparée, une collision sanglante éclata dans Agram. Le peuple se souleva furieux; Gaj seul parvint à Tapaiser : il protesta que TAutriche était innocente de Tévénement. Il adressa alors à Vienne diverses réclamations ; il demanda la destitution du ban Haller (1846). L'Autriche y consentit, à condition que les Croates favoriseraient dans la diète hongroise le parti autiicliieii.

Mais ce réveil des nationalités gagnait tous les pays slaves. Ce n'était pas de l'entratnement politique, c'était un sentiment sérieux, un enthousiasme; c'était moins pour obtenir des droits politiques que pour se voir reconnus comme nation , et cesser d'être inférieurs à d'autres peuples^ Tous ces vœux trouvèrent leur représentant dans Joseph Jellacblch, officier des colonies militaires, beau, vaillant, chevaleresque comme George î^ Moir, érudit, poëte, très au fait de l'histoire et de la diplo* matie de l'Europe. Elu vice-roi de Croatie, il mit en pratique les idées qui consistaient à s'attacher à l'Autriche, pour rompre tout lien avec les Magyars. Pourtant il se proclama l'ami de tous les Slaves autrichiens; mais les Slaves polonais haïssaient l'Autriche comme complice du démembrement de leur patrie ; les Slaves Cesci de la Bohême Tavaient également prise en haine, se croyant sacrifiés aux intérêts allemands ; aussi ne comprirent-ils pas et ne secondèrent-ils pas les vues de Jellachich, qui , en devant haut la Croatie, méditait peut-être la fondation d'un grand empire slave.

Ces mouvements se propageaient sous la pression bureaucratique de l'Autriche. On peut se figurer combien ils prirent d'importance et de violence, quand l'Autriche se vit ébranlée par

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une révolution ( 1846 ). Ce choc de uationaKtés eontie un gouvernement militaire, menaçait de détacher la Hongrie de l'em* pire. L'archiduc Etienne, en ouvrant comme palatin la diète hongroise (5 juillet 1848), déclara que la volonté du rot était de protéger l'unité et Finviolabilité de la couronne contre toute agression étrangère et tout déchirement intérieur. Le parti do progrès légal mit alors sa confiance dans 1* Autriche, et réalisa des améliorations appelées depuis longtemps. Le serrage iiit aboli; de sorte que cinq cent milje nouvelles femillessetrauvèrent propriétaires; tous les emplois furent décldlés accessibles à tous; fut dédaré électeur quiconque possédait 750 f. tUTiron : de même tout porteur d*on dipidme, tout ourrier ayant un apprenti ; enfin, la diète proclama la réunion de la Tlnuisylvaoie à la Hongrie.

La constitution n'admettant point de fonctionnaires étnngen au royaume, les décrets de l'empereur, devenu roi coastitution< nel de la Hongrie, ne purent plus être acceptés sans le contreseing des ministres. D'un autre côté, les Hongrois, façonnés depuis longtemps aux manoeuvres parlementaires, puisque seuls de tous les sujets de l'Autriche ils avaient le privilège d'une constitution , entrevirent le danger de la direction de tant de pays différents par un seul ministère, lequel pourrait obtenir de l'un des troupes et de l'argent pour opprimer Tautre. Ils formèrent donc un ministère de leur nation , distinct et responsable. L'Autriche, menacée d'une séparation complèle, se vit forcée d'y acquiescer et le roi prêta serment à la nouvelle constitution.

Ainsi réduite à caresser la Hongrie, l'Autriche devait voir da plus mauvais œil les efforts tentés par Jellachich en faveur delà nationalité des Slaves. Celui*ci cependant se laissa persuader que si l'Autriche pouvait sauver son unité, les Slaves finiraient par prévaloir, en raison de leur supériorité numérique. Aussi le ban, qui ne voyait rien que sa propre nation, mit bas les armes, et se rapprocha de l'empereur, dans le' bot de régénérer l'Autriche, en mettant toutes les races de l'empire sur le pied de l'égalité.

£n Hongrie, le comte Szedieni et d'autres nobles illustrer, qui

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depiiit longiemps <léjà tFavaillaient à dater leur patrie des proférés indusiriele et sooîaax doot rexpérience était faite ailleurs» ue songeaient qu'à y afiformir l'ordre et le régime constitutionnel ; mais là comme ailleurs ces vétérans de la liberté déjà étaient traités de rétrogradeSfd'oppresseurs par les néo-libéraux, lesquels, tout en faisant sonner bien haut chez eux les mots de liberté, de générosité, de patrie, voulaientmaintenir sous le joug les Croates, et ne faisaient nul doute d'en venir à bout facilement. Ce parti avait pour chef l'avocat Koesuth, d'origine slave, qui, comme Jellachich, et tous les révolutionnaires de cette race, étaient persuadés alors qu'il fallait maintenir l'Autriche puissante, chacun d'eux se figurant que sa nation y aurait la prépondérance; Kossuth avait mis tonte son éloquence à obtenir des Hongrois qu'ils fournissent des troupes pour écraser l'Italie, nes'apercevant pas que c'est un mauvais moyen pour retrouver une nationalité, que d'en égorger une autre. Puisque la Hongrie voulait continuer d'opprimer les Slaves, il fallait d'abord s'affranchir des Allemands, Elle l'eût pu usément, si elle eût proOté du soulèvement de l'Italie; mais elle resta hésitante, ne sachant alors à quoi se résoudre. Pendant ce temps, TAutriche reprenait son preitige, sa forée, rapprochait d'elle les Croates, qui, ne voyant de salut pour eux que dans l'unité autrichienne, se firent sea ehampiona, et Jdiachidi marcha sur la Hongrie.

Tons ces mMivements partiels s'aceélérerent bientôt de celui qui éelata dans Vienne, où la révolution prit un aspect inattendu ; des nudns de eaux qui lui avaient donné le branle et espé« raient le contenir, il passa aux mains de la démocratie pure, re<* présentée par la légion. universitaire. On réussit enfin à soulever le peuple, en faisant circuler contre la cour toutes sortes d'ap< eosations. Le ministère capitula ( S6 mai), et Vienne se vit trans* formée en une quasi-république, tombée aux mains des étud iants, et gouvernée par un comité de sûreté publique. L'ébranlement se communiqua à toutes les provinces ; cliacune y voyait une chance de recouvrer sanationalité : c'étaitcomme autant d'iiéritiers qui s'arrachaient les dépouilles d'un mort. L'Autriche, en effet, semblait à l'agonie ; elle tâchait de gagner du temps, et ne ! e faisait faute de promesses. Une assemblée constituante fut

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convoquée h Vienne ; sa mission, c'était de fonder la monarebie constitutionnelle. L'élection ayant ea lien d*apiès le soffn^ universel à peu de chose près , où vit figurer dans cette anemblée les révolutionnaires les plus fougueux. Les gens du peuple y formaient la majorité; on y trouvait le plus bizarre mélange de costumes, de langage, de mœurs : c'étaient des Galiciens et des Croates d'une ignorance quasi sauvage , et qui révéraient l'empereur comme leur sauvegarde contre les nobles qui les opprimaient; des Bohémea d'une éducation relevée, et qui vantaient l'établissement d'un empire slave; des Magyars attachés à tous leurs privilèges de conquérants ; des Roumans, des Siotes et autres nations esclaves, très-étonnés de se voir appelés à siéger aux côtés de leurs maîtres. Tous cherchaiient, à leur ma* nière, l'occasion d'améliorer leurs vieilles institutions nationales; mais il y avait parmi eux un parti libéral à la française, qui repoussait toute tradition, tout précédent, pour n'admettre qu'un droit métaphysique. Dans ce cahos d'éléments hétérogènes il était facile aux intrigants et aux furieux de s'emparer de la di* rection de cette assemblée. On congédia le ministère Pillersdorf» qui, incapable, malgré de loyales intentions, de réaliser aucun progrès, semblait continuer les traditions de l'ancien ê4aéu quo, et laissait de la sorte grandir le désordre. U Ait remplacé par un cabinet où entrèrent Dobblof , Wessemberg, Bach» libéraux avancés. Ce ministère, composéd'hommes vigoureux, eoouneoça par dissoudre le eomité de sûreté publique, ressaisit l'autorité, et, laissant la diète discuter, gouverna comme il l'enteodit 11 rassembla des troupes et les dirigea sur Tltalie, « afin, dit-il, de relever l'honneur des armes impériales, et de fiûre nue paix' honorable pour l'Autriche. » Décidée ne aouffrir aucun démem brement de la monarchie, le ministère prit le parti d'opposer la force à toute contrée qui parlerait de s'en détacher. C'^t dans ce but qu'un corps d'armée venùt d'être réuni à Vieune pour marcher contre la Hongrie rebelle, quand le peuple se souleva pour s'opposer à son départ. Force futde tourner contre l'émeute les armes de ces régiments; mais le peuple déchaîné resta le plus fort. Le ministre de la guerre, Latour, fut massacré par des furieux ; l'arsenal fut pris, et la capitale se couvrit de barricades ;

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si bien que Tempereur prit la fuite et que la diète resta seule souveraine. Messenkauser et le Polonais Bem (6 octobre} prétendirent détendre Vienne contre Tannée impériale ; mais combien , dans ce temps-ci, n'a-t-on pas vu de villes victorieuses dans un soulèvement, succomber bientdt après. Jeliachicb, Auersperg, Windisgraëts, qui étaient occupés à combattre trois insurrections différentes, se concertèrrat pour marcher sur Vienne, qui fut prise d'assaut (81 octobre). L'état de siège et le gouvernement militaire y déployèrent toutes leurs rigueurs ; beaucoup de gens furent jetai en prison, un certain nombre passés parles armes : parmi ces derniers Messenkauser et Blum, député à la constituante 'germanique. Quant à la constituante viennoise , elle fut transfiirée à Rremsier, soustraite ainsi à Finfiuenoe de l'esprit révohitionnaire qui avait agité Vienne. Un nouveau cabinet, présidé par le prince de Scb warzenberg, se pro* nonça résolôment contre les prétentions fédéralistes, en déclarant qu'il accepterait loyalement la constitution, mais avec un caractère unitaire. La Lombardie en devait être partie intégrante, et y trouver de nouveaux gages pour sa propre nationanté.

Ainsi, grâce à l'armée, se réédifiait la monarchie autrichienne, si près de se dissoudre la veille. Mais l'empereur Ferdinand, reconnaissant le besoin d'un bras plus jeune que le sien pour le raffermir, céda le trône à son neveu, le jeune François-Joseph (2 décembre). Ce nouvel empereur, dans sa proclamation, reconnut la nécessité d'Institutions libérales en rapport avec le besoin du temps. Ce fut au milieu de ces dreonstances que la constituante poursuivit ses travaux. Le débat principal était entre ceux qui voulaient conservera F Autriclie son unité, par la centralisation du pouvoir et de radministration, selon la manière française, et ceux qui, alléguant la diversitéde caractère et de mœurs do ses provinces, préféraient le système fédératif. Puis, quand on en vint à discuter sur le principe même de la souveraineté, le côté de l'assemblée qui représentait le principe populaire fut sur le point de triompher : ce qui aurait changé la base et la nature du gouvernement, et dépassé le but qui avait été assigné aux délibérations de cette diète. Le ministère saisit ce prétexte pour dé-

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ciaror que Ton perdait le tempsen abstnelioiis, m tiea de terminer le travail de la consdtutioa ; et que d'aiilrâ» tous les peuples de la monarchie n'étaient point représentés dans la diète, il prit sur loi conséqueaBment de la dissoudre (4 mars 1849), et de donner spontanément une constitution. Elle était conçue habilement et libéralement. Elle adoptait pour basel'uiiitéderempûe, avec un système de centralisation hardie, aorte de protestation contre la constituantegermaniquet qui, à ce moment-là, affi* chaitledésir de se mettre en travers de la puissaneeantrichieiine. Mais tous les citoyens étaient proclamés égaux : il n'en fiillut pas davantage pour pousser à bout les dasaes privilégiées et donner le signal d'une révolte plus menaçante que toutes celles que Tab* solutisrae avait provoquées. Elle inonda de sang la Hongrie, qui, dans la nouvelle constitution ne voulut rien voir que la main de l'Autriche s*étendant8ur ses privilégesnationaux. Elle ne voulut pas reconnaître Tabdication de Teoipereur Frédéric et ravénement du nouveau roi^ en ce qu*ii n'avait pasété élu par la diète; à chaque concession elle opposait une demande plus large* Enfin, mettant de côté tout moyen terme, elle prononça la séparation de la Hongrie et de l'Autriche et peu de tempsaprès le gouvarnement républicain.

L'Autriche, dans cette question, avait pour eUe le côté libéral, défendant le droit de l'humanité et de l'égalité des raees; elle avait pour eUe toutes les nations aoumises au joug des Magyars. Les Croates lui envoyèrent tout ce dont ils purent disposer. En Transylvanie, les districts saxons prononcèrent leur sépaïation de la Hongrie sitAt que celle-ci se fut détadiéede T Autriche ; d'autres encore se prononcèrent contre le rétablissement du despotisme magyar. Bien plus , une foule de Serbes et de Bulgares, sujets de la Turquie, coururent sous les drapeaux de Jellachich. Mais l'esprit militaire des Hongrois, la nature du pays, les talents de Georgey , de Dembinski, l'intrépidité de Bem, de Kiapka, de Mezzaros, l'éloquence populaire de Kossutb, vinrent en aide à la résistance des Hongrois, si bien qu'après des pertes incalculables « l'Autriche se vit réduite à implorer le secours de cette Russie dont elle avait épié jusqu'à ce moment les démarches avec unt d'Inquiétude, et au moment même où elle avait le plus

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