‹ Histoire de cent ans, de 1750 à 1850, (histoire, sciences, littérature, beaux-arts,)Chapitre 7 sur 61 · BHÀIICIPÀTION DB L' AMERIQUE ESPAGNOLE · texte numérisé non relu

BHÀIICIPÀTION DB L' AMERIQUE ESPAGNOLE

des hommes qui jusqu'alors avaient généreusement lutté pom défendre la leur? La traversée, puis le climat, en moissonnèrent beaucoup; la guerre acheva le reste en détail. Si TAngleterre ne put, avec seize millions d'habitants, des ressources maritimes énormes, et rAllemagne à sa solde, venir à bout de deux millions et demi d'Am^cains, comment TEspagne épuisée pouvait*elle prétendre comprimer tout un continent?

Cependant Morillo, proûtant des dissilensioas, battit les insurgés (1810), et Venezuela se trouva ramenée à l'obéissance. Il la fit servir de base à ses opérations contre la Nouvelle-Grenade. Après sa réunion avec Montés, qui dirigeait la guerre dans le Quito, il comptait gagner Lima, le haut Pérou, et soumettre en dernier Buenos- Ayres. Le plan de Morillo embrassait ainsi tout le continent américain. Ce général, d'une grande habileté, y joignait une férocité sans exemple dans les temps modernes. II écrivait à Ferdinand VII : « Il faut, pour subjuguer ces pro« vinces, employer les mêmes moyens que pour la première con< quête. » Il disait dans une dépêche de Juin 1816» datée de Bogota, qu'il avait déclaré rebelle quiconque savait lire et écrire : en conséquence de quoi six cents notables de cette vilh avaient été condamnés à expirer nus sur le gibet.

Les chefs des insurgés s'enfuirent devant tant de fureur, après avoir éprouvé plusieurs défaites. Bolivar se réfugia à Haïti, où Péthion lui foimiit des armes et des vivres. Il revint avec ces secours, et, entraînant les siens, il triompha de nou« veau , et promit le pardon. Vaincu encore une fois, il retrouva un asile près de Péthion , en épiant toujours l'occasion de re« prendre l'offensive. En effet, quand les insurgés du Venezuela eurent réduit Morillo à l'extrémité , et qu'il ne leur manqua plus qu'un chef, Bolivar parut; et si autrefois il avait recouvré Venezuela en commençant ses opérations par la Nouvelle-Grenade, maintenant il poursuivait sa conquête en sens inverse. Après avoir établi le siège de son gouvernement à Angostura, sur rOrénoque , il traversa Les Andes avec une hardiesse inouïe, marchant quarante*trois jours au milieu de froids horribles, iH des hauteurs où la respiration manquait , exposé à des maladies nouvelles, à la contagion produite par les pluies périodiques.

ÉMàn€39ÀXiO» DB t*AlUUUOtJE ESPlGNOtB. flil

an^iott féDéneuies et aux inondations sulntet. La stupeiir qiVidIataDt d^intrépidité jeta la oonfasion parmi ses ennemis, et Boliffv, après une nctoire décisive ( 10 aoôt 1819 ) dans la dâideose vallée de Samagoso, occupa Bogota : ce fut là que, dm Pcntliousiasme du triomphe, il Ait proclamé capitaine géaéral des deux républiques. LaissantSantander, son lieutenant éaas la Nouvelle-Grenade, il traversa de nouveau le continent, réiablh l'ordre dans Angostura; et, déchirant la constitution delSll, Il fit décréter l'union de toutes les provinces de la Nonvdls-Gmade et du Venezuela, sons le nom de Colombie (17 décembre 1819). Le gouvernement populaire et représentatif y lot oonstitaé en vue de ne devenir jamais la propriété d'âne ftmille ni d'un individu; la presse y dut être libre, et « décida qu'une ville qui porterait le nom du libérateur y senit eoHtraile lorsque les dreonstances le permettraient.

Bdlivar seconda les insurgés du reste de T Amérique, où la doofligralion devint générale. La vice-royauté de Buenos-Ayres, en 1778, embrassait environ deux cent soixante-sept lieues carrées. Située entre le Pérou, le Brésil, la Pata* gonie, r Atlantique et les Andes, elle conservait l'empieinte de B fondation. En efifet, chaque bande d'Espagnols en quête de trésors s'y arrêtait en quelque endroit ; une ville s'y fionna, ville unique dans des provinces aussi vastes qu'un vmume d'Europe. Santa-Fé était la seule ville de la province de Buenos- Ayres , Bajada la seule de TEntre-Rios; il en était de même de Cordoue , de Corrientes, de Mendoza , et aussi de Uoatevideo, dans l'Uruguay, avant que les dernières émigra* tioBi cassent peuplé les déserts de la Bande orientale. Chaque prerioce était donc indépendante et jalouse des provinces voi- BBes,et la domination espagnole maintenait seule quelque ordre dans le pays. Buenos* Ajrres avait été exposée, au corn» BWBcement du siècle, à de fréquentes attaques des Anglais; file s'était Tue pHse et reprise. Mais comme elle était très^favoniée par les Espagnols, qu'elle avait une université, un jour- Bal, une correspondance régulière de paquebots , les gens du Pifs, n'ayant point à redouter la misère, s'occupaient tranqnilkmem de leurs champs et de leurs troupeaux.

93 SMAHCIPATION DB L'AMÉRIQDB ESPAGNOLE.

Maïs forsqu*en 1810 la régence de Madrid proclama la li« berté, les natifs yoalurent Favoir de fiait, et ils adeessèrent aux oortès des demandes qui entraînaient rémancipation complète ( 181 1 ). Le général S&int-Martin, qui avait fait ses preures dans la guerre d'Espagne, étant passé à Buenos-Ayres, y organisa le premier riment de cavalerie, et peu de temps après il délivra le Chili. Le 9 juillet 1816, les députés des provinces unies du Rio de la Plata énumérèrent leurs griefe contre l'Es* pagne. Sur cent soixante-dix vice-rois , quatre seulement avaient été Américains; sur six cent dix capitaines généraux et gouverneurs , quatorze seulement n'étaient pas Espagnols : et ainsi des autres charges. Ils n'avaient point eu d'écoles, point d'en* couragements pour les travaux de ragricnlture et des mines; en conséquence, ils se déclarèrent indépendants. Mais à peine l'oppression commune eut-elle cessé, que l'inimitié origioaife éclata entre les provinces : il yen avait treize, et chacune d'elles vonlmt former une individualité distincte; Buenos-Ayres seule avait l'avantage d'être située sur la mer, d'avoir de riches pro* priétaires et des habitudes européennes : aussi chercha-t-elle a les grouper autour d'elle.

Une fois les provinces de Buenos-Ayres, Gujo, Cordoue, Santa-Fé, Paraguay, Tucuman, Rioja, déclarées indépendantes, il ne resta plus aux Espagnols que le Mexique et le haut Pé* rou : elles comprirent alors la nécessité d'affranchir aussi le Chili , que les royalistes avaient fait rentrer sous la domination espagnole. Elles y dirigèrent donc ( 1816), sous les ordres de Joseph Saint-Martin, une armée de quatre mille hommes. Tous avaient prêté le serment d'être « unis de cœur et de bras pour ne souffrir aucun tyran dans la Colombie, et, nouveaux héros Spartiates, de ne jamais porter les chaînes de l'esclavage, tant que les étoiles brilleraient au ciel et que le sang coulerait dans leurs veines. » En liuit jours , ils franchirent , avec une constance admirable, un espace de cent lieuH à travers des montagnes d'une hauteur prodigieuse , et la victoire couronna leurs efforts. Après une longue résistance , le Chili fut déclaré libre le 1'" janvier 1818, en face de la grande confiédération du genre humain. Bernard O'Higgins, qui en fut élu direoCenr

KMAJICIPATION DE L*AM£BIQU£ ESPAGNOLS^ M

npioe , exposa, dans un beau manifeste , les moiÛ& du soif

lèTCffloit Lord Cochrane contribua aux victoires qui suivirentf CD qualité de commandant de Fescadre du Chili. EnGn , le gou« Tcnement espagnol ayant abandonné le pays, Tunion et la eoofédération do Chili avec la Colombie fut prononcée. Le goulenienieDts^y constitua. Les troubles ordinaires ne manquèrent pas dans cette contrée ; mais elle paya moins tribut que les autres à b guerre civile, et s'achemina avant elles dans les voies de la modération , en profltant de ses belles positions et de ses riebesaes naturelles. I^a constitution du Chili, qui date de 1843^ ot Tmie des plus sages de tout ce pays.

Un congrès général des députés de ces treize ou quatorze po* folations aj^entines décréta Tunion de toutes les provinces de la PJata (23 janvier 1835); chacune d'elles conservait son in« <iépeadaDce particulière, avec un congrès législatif et constituant ; (fiant au pouvoir exécutif, il fut déféré au gouvernement de Bucoos-Ayres. La constitution, qui, sanctionnée le 24 décembre IS36, ne reconnut que la religion catholique, institua le sjstème représentatif républicain et central, en confiant le pQUvoir législatif à deux chambres, et le pouvoir exécutif à un président quinquennal. Cependant phisieurs provinces préférèrent lefédéralisooe, et ne reconnurent pas le président Rivadivia.

La Bande orientale, située à l'embouchure de la Phta, était une dépendance du Brésil , spus le nom de Province Transpia^ iin^t et qui donna lieu à une longue guerre entre ce royaume et la république argentine ( 1822 ). Mais enfin le Brésil reoonoatrindépendance de la Bande orientale, sous le nom de Ré^ pMqwe Ospiatine (tSK), Puis Monte-Video, que le Brésil ctBueDoa-Ayres s'étaient disputés, finit par être déclaré libre et indépendant sous le nom dlJruguai oriental.

La révolution eut pour chef, au Paraguay, Puyrredon ; mais le docteur Frauda, d'abord secrétaire- de la junte, se mit iMBtôt à la tête des afGstires; et , s'opposant à la réunion avec Cacaos- Ayres, il se constitua dictateur perpétuel, et chef du deigé. Après avoir aboli les couvents et les municipalités (coàildo)^ il persécuta les Espagnols, étendit autour du pays un voile mystérieux, et s'mtoura Im-méme de précautions dignes

•4 iHAlfCtPÂTIOll DE L*AMSBIQim KSPÂOHOLI.

des aneiens tyrans de Syracase. Libéral de son bien , économe des deniers publics, simple, probe, enthousiaste de Napoléon, il considérait Tindépendance comme le bien suprême , et la li« berté comme le partage des gens sages. Il mit autant de soin à exclure les étrangers du pays, qu'en avaient apporté les jésuites dans un autre but. Si quelques-uns y pénétrèrent, ils y furent tenus si étroitement, qu'ils ne purent même faire passer d6 leurs nouvelles à leur fiimille. C'est ainsi qu'il garda pendant de longues années le naturaliste Bonpland, ainsi que Longchamp et Rogier, qui , sortis du pays à sa mort , nous ont donné les meilleures descriptions de cette contrée.

Les habitants, obligés de se sufOre à eux-mêmes, développèrent l'industrie locale. Francia avait souvent recours aa gibet comme moyen d'encouragement; il ouvrit des routes , et les rendit sûres.

Cuba demeura fidèle aux Espagnols, parce qu'elle était mieux traitée, et que la perte des autres colonies vint encore les avertir d'user de ménagement L'Espagne, à qui il ne restait plus que le Mexique, le Pérou et Cuba, se décidait à faire un dernier effort pour relever son drapeau , quand les troupes réonies à Cadix proclamèrent la constitution. Le nouveau gouvernement constitutionnel invita les Américains à partager les mêmes droits ; mais ils comprirent que des peuples aussi éloignés les uns des autres ne peuvent être régis par les mêmes institutions. Morillo , las d'une guerre aussi infructueuse qu'atroce , proposa un armistice; il but dans le même verre que Bolivar, et revint en Europe pour y combattre d'autres libertés.

LaTorre, qui lui succéda dans le commandement, fut vaincu (juin 1831 ) dans la plaine de Tanaquillo par Bolivar, qui refusa le triomphe "en disant : Un homme comme moi est dangereux dans un gouvememeni populaire; je désire rester citoyen, q/Sn d'être libre, moi et tout le monde. Cependant il fut âevé à la présidence.

La constitution proclamée alors établit un président pour quatre années , un sénat , une chambre de représentants , et déclara libre tout enfant à naître.

Le Pérou s'était déjfà soulevé en 1780, à l'exemple des Ëtats-

BMABCIPATIOH DB L'aMSAIQUB BSPAGHOLE. 9&

UÉii;et Jotepb-Gftbriel Condorcanqni, descendant des ineas» qui firt Je chef dn mouvement, reprit son nom de Toupac-Am« no. Animé de sentiments nationaux, il ne voulut pas ûiire mm eommune avec les Espagnols naturalisés ; c*est-à-dire qu'il t'en sa seuls mojrens de succès. 11 fut vaincu, pris, et mis à snrt^ la manière h plus atroce. Les Indiens, s'élançant des ■nafignes pour le venger, massacrèrent près de vingt mille àtapm de Sorata ; mais ils furent punis par une boucherie p«dle. D'autres tentatives échouèrent de même, jusqu'au mo* ■catoù le PéroQ associa ses griefe à ceux des autres coloniea ■éfidionales contre l'oppression 6q»^piole. Le général Saint* Martin et Faoïiral Cochrane vinrent aider à sa délivrance avec Il ioUe dwlienne, et s^emparèrent de Calao et de Lima ( 1919 ). Mais «msitdt la discorde se mit entre les deux chefs : Sâl>lfaitin, resté seul proteeteur de l'État indépendant (octàn laai ) , défendît d'appeler Indiens les naturels ; il voulut fi'oB les oomnftt Péruviens. Il abolit la servitude de corps, et iMlatque les enfimts à naître de parents esclaves fussent liliei Héamnonis il prétendit empêcher que les fiimilles espagnols ne s'embarquassent pour l'Europe ; il persécuta le cleigié^ nie tumulte des fiNes et des banquets lui servit à étouffer les oïl des mécontents.

Bolivar dans la Colombie , Saint-Martin dans le Pérou , s'en iDaiaitainsl propageant au loin la république ; ils unirent par sc^ îmcontrer à Goayaquil, portant tous deux Tindépendaiioe à b pointe de leur épée ( 18 juillet 1832 ) : chacun de ces libéra* tesn y trouva pour limite une autre liberté. Saint-Martin se rclin depuis à la campagne, après avoir refusé le titre de gé« séralîsBaie, satisCsit de celui de premier soldat de la liberté. La prétmee <f va guerrier hewreux, dit-il , quel que soit ton Mutéreeêemeni; e$t toujours ta» danger pour un État nou* mot. Toi contribué à ia déciaraUon cPindépendance du Chili ^t du Pérou if ai soutenu de mes nuans Utendard avec lefud FUarre saumii Fempire des incas, et fat cessé d'être AoKaie publie. Je me considérai alors comme plus que ré* empmstf de dix années passées dans les révolutions et dans lei tamps ; eêf accomplis la promesse que j'avais faite alors

96 ÉMANCIPATION DB l' AMÉRIQUE ESPAGNOLE.-

dans les différents pays où feus à combattre, de les rendtrè indépendants et de tes laisser se choisir un gouvemetneHi, Cochrane se retira aussi, après avoir senri chaudement la liberté, et détruit les forces navales de l'Espagne dans Tocéan Pacifique. Il fut ensuite appelé par Fempereur du Brésil, qui le mit à la tête de sa marine ( 1838 ). Ce dernier fait Imsse supposer que ee paladin de la liberté était moins poussé par son amour pour elle , que par uu besoin inquiet de gloire «t d'avenlur4>s.

Bolivar aciieva de balayer le pays des troupes royalistes. Invité par le Pérou à repousser les Espagnols (1828), il prit Colaa près de Lima, qui avait relevé le drapeau de TKspagne ; et le ^iu de la bataille d'Ayacucho, la plus mémorable de TAmcrique méridionale (9 décembre IMDv porta le dernier coup à la domination européenne. Bolivar, investi du pouvoir dictatonai ( ! I avril 1826 ), calma les dissensions intestines, et obtint une telle obéissance, qu'on put craindre qu il n'en abusât. Son noni fut donné à la république du haut Pérou , qui ne touIuI pas s*unir à celles du bas Pérou et de la Plala. Il fut aussi couGrnié dans la dictature par la Bolivie, quf demanda une conslitutioa au fondateur de trois républiques. Bien qu'il s efforçât de se soustraire à cette tâche, « lui soldat, né iwrmi des esclaves, « lui dont l'enfance n'avait connu que des chaînes , et làgc mur « que des compagnons occupés à les briser, » il se décida à accepter. Il institua donc deux chambres, plus une troisième de censeurs , avec un président inamovible et respousaMe , ccmumandant l'armée et la flotte , ayant le contrôle du trésor, la nomination aux emplois et aux grades. Bolivar lui-même fut

élevé à ce poste.

n n'avait pas oublié la Colombie : de retour dans ce pays (avril 1826), après cmq ans employés à Tentourer de notions libres , il y trouva des dissensions intestines et les fédéralistes prédominants. La jalousie que sa gloire inspirait Gt appeler despotisme l'unité à laquelle il tendait. Il se fit en conséquence attribuer le pouvoir dictatorial , et suspendit la constitution ; mais les mesures énergiques auxquelles il eut recours firent redouter de plus en plus qu'il ne se fît empereur : «^ Je ne me sens pas « dénué de toute ambition , dit-il ; or, pour l'amour de ma rer

EMAIVCIPATIOII BB L aMBBIQUB SSPACMOLB. 97

««onmée, je désire éter toute crainte à mes ooaeîloyeiis^ et « m*aaiirer, après la mort, une mémoire digne de la libeité. » Ccst aiDsi que Bolivar écrivit au congrès , en donnant sa démîssioo; mais le congrès ne Faceepta point ( 1827 )•

Le Mexique, bien que ses communications avec la métropole casMat cessé pendant la guerre européenne, n*avait point épnoYé de fortes commotions ; ce fut même à cette époque que difcn voyageurs , tels que Vancouver et Humboldt , nous le firent connaître. Mais les al&ires d*£spagne, en 1808, avaient eidlédes troubles et fait naître des complots contre les EurapésDs; beaucoup de sang avait coulé, et les bandes d'insurgés. D'iTseot jamais pu être domptées. Les certes d'Espagne avaient Mare le Mexique partie du territoire espagnol; mais le colo* ad Augustin Iturbide , à la tête d'une bande, se rendit maître ^ioe grande partie du pays. Le vice-roi O'Donoju se vit ré- 4nt à tnmaiger , et à souiff rir que le pays se proclamât souverain et iadépendant. II entendait être gouverné constitutionnelle* ■at, sous le titre d'Empire mexicain, par le roi d'Espagne, oa par un prince du sang qui devait y faire sa résidence. Iturbide, présideot de la junte révolutionnaire, tarda peu à se proclamer empereur du Mexique , où il prodigua les récompottcs et répsindit la terreur. Mais cela réussit mal : on demanda le congrès, la liberté de la presse, les droits stipulés; ctle général Santa-Anna proclama larépublique. Iturbide appela a son aide les sauvages; mais , prévenu dans ses projets, U abdiqua (juillet 1 824 ) ; et qudque temps après, ayant tenté un dé* liarqaement, il fut pris et fusillé.

La constitution du Mexique fut modelée sur celle des États* UnisCSl janvier ) : la liberté de penser et d'écrire y est admise, mais la religion catholique y est seule reconnue; chaque £tat se ^mveme à rintérieur comme il l'entend , à la condition qae les trois pouvoirs y restent divisés, que les constitutions particolières ne répugnent pas à la constitution générale, et que ienn revenus et leurs dépenses soient soumis chaque année au. congrès général.

L'Europe se ressentit vivement du soulèvement des colonies : le Mexique cessa d'v envoyer ses trésors; les bras naguère em.-

98 taÂNClPATlON BB L*4MBftlQDB E8PAONOLB.

ployéf aux mines en furent détournés pour le métier des armCs ; et tandis qu*il sortait chaque année du port de la Vera-Cruz 10 millions en valeurs métalliques , c'est au plus si FEspagne en reçut, en 1806, pour 60,000 francs *.

L'Angleterre, fidèle à sa politique de non-intervention, et vou • lant afifaiblir l'Espagne , reconnut les nouveaux États, de fait au moins , à mesure que la chance tournait en leur faveur. La Sainte-Alliance aurait bien voulu éteindre aussi la révolution dans ces contrées ; et, &ute de pouvoir mieux faire , elle déuigra les actes et leurs auteurs; mais , en attendant, la confédération américaine se consolidait. La grande idée de Bolivar était de former une seule fumille des nations créées par son épée , et d'en faire une Sainte-Alliance de républiques en face de la Sainte- Alliance des rois. Dès 1834 , il avait invité les députés des États-Unis, du Mexique, de Guatimala, de la Colombie, du Pérou, du Chili, de Buenos- Ayres, à se réunir sur l'isthme de Panama, « centre du globe, regardant l'Asie d'un cAté, TA- « frique et l'Europe de l'autre. » Ce oongrès devait affemrir la confédération , fixer les principes du droit des gens entre les États confédérés, et leurs rapports avec les aurres puissances,

> Au commencement du siècle, PAmérlque méridionale était encore la contrée la plus abondante en or : un tien venait de la CJolomble ; nn tiers, dn Brésil; le reste, do Mexique et du Pérou. Aujourd'hui, rancien continent en produit beaucoup plus. Si nous en croyons Crawford, les Africains recueillent en poudre d'or le double de oe que l'on tira de ce métal en Russie, en Transylvanie et en Hongrie. L*arcbipel iadien en donne* environ un tiers de oe que produit TA frique. On en extrait beaucoup, depuis quelques années , dans TAmérique septentricMiale, surtout dans la Caroline du Nord. De 1824 à 1828 , cette province n^en avait envoyé à la monnaie que pour 108,000 dollars (572,&00 fr.}; mais, de 1828 à 1830 , il en est venu , tant de celte province que de la Caroline du Sud et de la Géorgie , pour 2,772,000 dollars ( 14 millions i et demi ), ce qui est à peine la moitié de oe qui a dû être extrait. Depuis lors , raceroiâsement a été énorme. La découverte pins récente des terrains aurifères de la Californie et de TAustraKo menace de cbragsr tout à ûiit les proportions qui ont existé jusqu'à ce jour entre les diflérents métaux. .

iKàffCIPÂTfOH DS L^AMilIQUB tSPAOROUU ' M

Cl l'geeQper ausù d*ounir un fossage à travers l'istfime.

Cène fiit que Je 31 juin 1626 qu*il fut poesiMe à eeerepréeen* tante de quinze miUîonB d'hommes, parrenusàs'affranchîrdela dooflution espagnole, de s'y trouver réunis pour ratîûer la ré* aolatioa où ils étaient de rester libres et indépendants. Mais n'ajfant pas rezpérience des affaires, jaloux de leur liberté sans la eomiAitre bien encore , et sans savoir quelle sobriété elle rédaaie, indodlesà on état social capable de maîtriser les pas* âoBS déchaînées, ils n'arrivèrent à rien de bon. Les Nord-Amérieaîns assistèrent à ce congrès, mais ils n'y prirent aucune Le Chili était livré à des troubles intérieurs; Buenos- Ayres ; Tind^iendanee du haut Pérou ou de la Bolivie n'était pas encore reconnue; le Paraguay vivait isolé; le Brésil , qui s*élaiE affranchi à sa manière, n'avait pas étéc(mvoqoé. Le congrès se réduisit donc aux députés du Mexique, de Guatimala, de U Coloaibie et du Pérou, ils jurèrent une confédération perpé* taeile, la république populaire, représentative et fédérale, avec «M coostitntion dans le genre de celle des États-Unis , moins la tolérance religieuse.

Sur ces entre£ûtes, les Péruviens renvorsèrent la constitution

' de Bolivar, comme ayant été imposée par la violence, et deanadèrcnt un congrès national. Ils congédièrent l'armée co-

* kmibieiioe qui les avait délivrés , et nommèrent président le général Joseph Lamar.

Bolivar, s'il avait le génie de la guerre, ne possédait pas eefaii de la législation. Or, le malheur des républiques méridionales lot d'avoir des guerriers, et non des organisateun; des napoléon , et pas un Washington. Lorsque Bolivar n'eut phB à déployer son activité dans la guerre, il céda à des pensées ambitienses, soumit les lois à ses volontés, affecta les bonneun et le pouvoir, et s'obstina à implanter partout sa constitution. Témoin des malheurs de son pays, il s'écria : « Nous avons ao- • quis l'indépendance , mais au prix de tous les autres biens « politiqiies et sociaux ; » et il crut que la dictature était l'tinique remède contre l'anarchie. En effet , il abolit la constitution de la GoloailMe, prit l'autorité absolue, tout en proclamant réplité devant la loi et la liberté de la presse ; il forma un ml*

100 ÉHANCIPATIOl^ J>S L*AMBBIQUB ESPAGNOLE.

nîstère responsable et un conseil d'État, et se erut plus fort en s'appayant sur les baïonnettes et sur Féchafaud.

Déjà Ton ne doutait plus qu'il irait jusqu'à se déclarer roi. L'Europe Taffirmait; les journaux monarchiques insultaient au Cromwell, an Napoléon américain , et ils parodiaient dans leurs colonnes vénales ses abdications répétées. Cependant il refusait un million de dollars que lui ofifrit le congrès péruvien, voulant qu'il fût employé à racheter mille nègres de l'esclavage. Satisfait du titrede père et de libérateur, il déclara qu'il nsourrait plutôt que de s'en rendre indigne. Puis, au commencement de 1830, il renonça à la présidence, et prit la résolution de s'expatrier. « J*ai payé, dit-il aux Colombiens, ma detieà Sa « pairie et à t humanité; fai donné mon sang, me$ biens, tna « santé, à la cause de la Uberlé , tant qu'eUe a été en périL « Avjourdhui que F Amérique fCest plus déchirée par Sa « guerre, ni souillée par les armées étrangères, Je me retire, • qfin que ma présence ne soUpas un obstacle à lafêUcUê d€ « mies concitoyens. Le bien de mon pays peut seul m'imposer « la dure nécessité dun exil éternel, loin de ma patrie, »

Ses ennemis prétendirent que c'était encore une feinte de sa part, pour se faire rendre le pouvoir; mais heureux l'homme dont on ne peut calomnier que les intentions! Les préjugés de l'histoire ne font consister l'ambition qu'à chercher l'occasion de monter sur un trône; mais les grandes Ames peuvent 8>n proposer une plus noble. Un sceptre n'aurait jamais autant illusM Bolivar que l'épée qui lui servit à donner la liberté à tout un continent. « Me croirait-on donc assez insensé, disait- il, « pour aspirer à me déshonorer? Le titre de libérateur n'est- il « pas plus glorieux que celui de souverain ? » Bolivar mourut avant d'avoir quitté l'Amérique (17 décembre 1830).

La république centrale de l'Amérique, l'ancienne vice-royauté de Guatimala, qui est située entre le 86** et le 97^ de longitude occidentale, le 8® et le 17^ de latitude septentrionale, a cent soixante lieues de longueur sur cent trente de largeur « avec cinq cents lieues de cdtes, treize ports sur l'océan Pacifique et sur l'Atlantique, et un grand nombre d'Iles. Après avoir aeeoué le joog espagnol (6 septembre 1831 } , elle subit de nombremes

.SMAACIPATIOIf DE L AMEfilQUfi ESPAGNOLE. 101

réfoliUoos. Agrégée d'abord à la confédération mexicaine, elle s'en dëcaefaa à la suite de Fusurpation d*Iturbide, en prenant le titre é^ÉiaU-Unis de C Amérique centrale. En 1824, le fédéralisme ayant prévalu, le pays se divisa en cinq États, savoir : Aotigoa, San-Salvador, Comayuaga, Grenade, Saint-Joseph; pins , un district franc, pour y réunir le congrès , qui est la Nouvelle-Guatiniala. Le travail y est libre, les esclaves y ayant été affranchis moyennant le remboursement de leur valeur aux naflves, qui toutefois refusèrent de le recevoir. La guerre civile V édata eo 1826. Les anciennes familles, enricbies parle mo- ■opole et comblées de faveurs par la cour espagnole, se trou- «aat déchues après la révolution, voulaient la centralisation, en» respoir qu'elle leur rendrait un peu d'influence ; elles trou* tèrentde Tappui dans les moines et dans les prêtres, et se concentrèrent à Guatimala. Ceux, au contraire, à qui la révoluftioo avait apporté Tégalité, soutinrent la confédération, et prirfDt poureentre San •Salvador.

La guerre se poursuivit avec acharnement jusqu'en 1829; les fédéralistes s'emparèrent de Guatimala, et se mirent à tuer, à sacrager, à chasser les moines. Morazan , proclamé président , maintint la tranquillité pendant huit années ; mais lorsque sa magistrature parvint à son terme, les griefe éclatèrent ; on Tacrusa d'avoir dilapidé les deniers publics, aspiré à la présidence à Tie, abusé du pouvoir; et les centralistes prirent le dessus (1837).

A ce moment éclata le choléra ; les remèdes conseillés, par le l^ouvemement forent traités de poisons, et l'on prit les armes. Raphaël Carrera, mulâtre qui n'avait que vingt ans, chef des insurgés, s'adressa à la superstition en parlant de la foi menacée. Des hommes demi-nus le suivirent en foule avec les images des saints, armés de lances, de haches et de bâtons, en criant : Five la religion! mort aux étrangers! et suivis de femmes et d'enfents , avec des sacs pour emporter le butin. Us marchèrent ainsi sur Guatimala , tandis que les fédéralistes s'avançaient aussi contre cette ville pour rétablir Morazan. Alors les- centralistes se trouvèrent serrés entre des ennemis farouches et des alliés peu sûrs; ils s'entendirent cependant

lOa ÉMANCIPATION DB L*AMÉBIQUB B8PAGN0LS.

avec ces derniers. Mais à peine furent-ils entrés, que Carrera ne put refréner cette tourbe de pillards. Ce fut à grand'peÎDe ^ue les prêtres et les moines parvinrent à Tarréter. Ils se contentèrent de 60,000 francs, et se retirèrent.

Morazan, ayant alors réuni des troupes, prit Guatimala et changea les autorités. Mais Carrera survint tout à coup ; U fut battu, mais ne céda point. Au commencement de 1839, Honduras et Costa-Ricca se déclarèrent indépendants de la confédération; alors les centralistes relevèrent la télé. Carrera, qui fut rappelé , se vit appuyé par Taristocratie ; il abattit les fédéralistes , trancha du dictateur; et il aurait pu, s'il avait eu le talent nécessaire, réorganiser le pays, adoré comme il Tétaît des nègres, des Indiens et des mulâtres, du clergé même et des aristocrates, qui avaient fait rétablir les lois intolérantes et les privilèges. Mais Morazan se maintint faiblement à San* Salvador; Honduras obéit au mulâtre Ferrera; les autnss États prirent de même des chefs différents et ennemis entre eux. Car* thagène fut engloutie en 1841.

Honduras est fréquenté par les bâtiments qui viennent s*y approvisionner de bois d*acajou , dont la découverte date du commencement du dernier siècle. En 1803 , TAngleterre obtint de TEspagne de s'établir sur le fleuve Balise, dans la province de Yucatan, pour vingt années , et d'y abattre de ce bois. Mais , en 1828, elle refusa de se retirer, et se Gt faire par un des rois de ce pays un testament qui l'en rendait souveraine. La république centrale a réclamé dernièrement la restitution de cette contrée, qui deviendra très-importante si le projet de couper l'isthme doit jamais s'exécuter.

Le Brésil s'était af&anchi d'une autre manière. Ce pays, dé* couvert par Cabot, avait servi de refuge aux fugitifs et aux aven* turiers portugais. La colonie des Paulistes surtout y devint florissante : c'était un ramas de Brésiliens et d'étrangers qui s'étaient établis dans le district de Saint-Paul, contiguaux possessions espagnoles, gens entreprenants et querelleurs, à qui on avait aussi donné le nom de mameluks. Ils s'enrichissaient principalement par le commerce des esclaves et détestaient les missionnaires, qui, en introduisant la religion chrétienne, conduisaient

ÉMAHCIPATlOir DE L'aMÉBIQUE ESPAGNOLB. IOS

îadînelenMDt à la destnictioD de la traite. Ils se jetMvnt donc nrlcos paroisses, et pemuidèreDt aux sauvages qu*il n'existait point de difiTérenee entre leur religion à eux et la croyance aux détins Ivésilieos; ils nommèrent un pape, des prêtres, des éféqoes, qui célébraient messes et offices, et qui confessaient ; de pins, ils traçaient des figures bizarres et imitaient lescontorsons des devins ; ce qui plut fort aux indigènes et les détourna de einistianisnie, qolls confondaient avec leurs rites nationaux. La colonie, qui se composait d'abord d'un petit nombre de lantltes, s'était beaucoup accrue, et comptait vingt mille Ames, entre les esclaves. S'étant déclarée libre, elle porta le ravage dws ks dirétiens du Paraguay, sans s'inquiéter des menaces de Madrid on de Rome. Mais enfin le pontife permit aux coloasde £ûre usage d*armes à feu, ce qui leur donna moyen de iéprinier eenx de SaintrPaul.

Genx-<i, dès lors, employèrent leur activité à la recherche de ror,qne l'on ifétait borné jusque-là à recueillir dans le sable et le iinM» déposés par les eaux. Ils se servirent pour cela des nègres, et obligèrent tout esclave d'apporter chaque soir à son maître nn hnitième d'once d'or. Ils découvrirent la mine trèsdlaragua. Mais les trésors qu'elle procurait ne

pas à Favidité des mameluktj qui allaient cherchant partout le précieux métal. En effet, quelques-uns s'étant enfoneés jusqu'à cent lieues dans un pays très-difficile, au milieu de sauvages belliqueux , découvrirent les mines de Sahara ( leso) ; d'antres pénétrèrent dans les montagnes aurifères, où fls bâtirent Villa«Ricca, qui, vingt ans après sa fondation, passai ponr la ville la plus opulente du monde. Les aventuriers y

it en foule ; mais les premiers occupants prétendirent des lois et des conditions aux nouveaux venus ; la guerre s'ensuivit , et les Paulistes eur«it le dessous. Peu après , don Pedro, régent de Portugal, voulut avoir sa part de ce riche fcntin ; et il envoya Antoine d'Albuquerque dans le district des raines, en qualité de gouverneur. Celui-ci réussit, à Taide de troupes r^ées et de mesures habiles, à soumettre les deux factions; 0 fonda dans le pays une ville régulière qui lut appelée lUo-Janeiro (1711), et fit des règlements pour l'exploiution

104 EMANCIPATION D£ L*AMBBIQUE ESPAGNOLS.

des mines et la répartition du produit entre FÉtat et les eolons.

Les Paulistes essayèrent de relever la tête (1713) , mais ils furent réprimés; et Villa-Ricca prospéra à tel point, que le quinzième de Tor qui revenait à la couronne dépassait annuel* lement 12 millions. S*éta|it mis à la recherche d'autres mines , les Paulistes découyrirent sur la rive du Carmen celles de Mariana , de Goiaba et de Goyaz. Il en résulta que liT couronne toucha pour sa part 25 millions par an, sans compter tout ce que la fraude en pouvait détourner.

D'autres bandes « à la recherche de l'or, découvrireat Timroense pays dit McUto-Grosto, dont la richesse ne fut couuue que dans le siècle dernier. On y ramassa en un mois 13«800 livres d'or, sans creuser la terre à plus de quatre pieds.

On avait déjà trouvé, dans le district des mines, des pierres , précieuses d'une grande valeur, et surtout des chrysobérils d*une grande beauté; mais on n'y avait point encore aperçu de diamants, mêlés qu'ils étaient à un terrain ferrugineux, et disséminés dans le cours des ruisseaux et des fleuves. Quelques explorateurs firent par hasard attention à ces cailloux brillants, et en apportèrent au gouverneur, qui s'en servait comme de jetons pour jouer aux cartes , jusqu'au moment où un joaillier bollandais en fit connaître la valeur. Le gouvernement s'en réserva le monopole, et l'afferma à une compagnie; en 1772, il fit exploiter pour son propre compte, mais avec si peu d*ordre et de soin qu'il s'y endetta. Cette exploitation fut rendue de nouveau à la spéculation privée. De 1772 jusqu'en 1818, il en avait été extrait 1,298,078 carats; on donnait aux nègres des ré* compenses proportionnées à la grosseur des diamants qu*ils avaient découverts, depuis une prise de tabac jusqu'à la liberté.

On a découvert, en 1844, une mine de diamants à Sincourou, à quatre-vingt-dix lieues de Dahia. Elle avait déjà donné, à la fin de 1845 , quatre cent mille carats de diamants, dépassant la valeur de dix-huit millions.

Le Brésil était donc extrêmement florissant, mais il enrichissait moins le commerce du Portugal que celui de l'Angleterraw il comptait, avant la révolution , trois millions huit cent mille Ames, tant la population s'y était peu accrue; U avait vingt-

BMAKCIPATION DE l'AMÉBIQUB ESPAGNOLE. 105

eooTciitsd'hommes, sansaueune communauté de femmes; el ses produits s*âevaient à cent millions , les mines de dia-> y étant plutôt un luxe qu'une utilité. Les tribunaux pory envoyaient les criminels, et Tinquisition les juifs. Les naturels y jouissaient de la liberté depuis l'acte de 1787. Déjà le ministre Porobal avait conçu le projet de transférer le sié^ dm gouvernement portugais dans cette contrée, qui pou* vail devenir le royaume le plus riche du monde , puisqu'elle fonniit Tor, les diamants, l'indigo, le coton, le tabac , la cochenille, et toat ee que l'on peut demander au sol. Ce projet fut mis à eiécotion quand le roi don Juan (1807) , forcé d'a*^ bandonner l'Europe, se réfugia à Rio- Janeiro, qui, de ee mo« ment, acquit une grande prospérité. Le monopole de la compa« gttiede Maragnon, établi par Pombal, y fut d'abord maintenu. L*sntrodoction des marchandises de fabrique étrangère y était ei|lée à tel point qu'on ne pouvait souvent , dans des banoù la vaisselle d'argent était en profusion, donner un couteau à chacun des convives, et un seul verre faisait le tour de la table. Le fer abonde dans le pays, et pourtant il fallait l'ncfaeler des Portugais; il en était de même du sel. Les Brésiliens dépendaient de la métropole pour l'éducaUon , pour la justice, et la politique semait la division entre les capitaineries. Us ne pouvaient tisser avec leur coton, si estimé, qu'une toile grosnère, bonne tout au plus pour 1^ esclaves. Il leur fallut même înre venir des pierres d'Europe pour construire l'ad* mirable aqueduc de Carioca. Don Juan se décida à abolir le svstème colonial, en permettant aux vaisseaux des puissances allices d'entrer librement; et cet acte de justice prépara l'émancipation. Alors l'industrie s'affranchit : il s'établit une imprimerie, une gazette, un laboratoire chimique et anatomique; on institua une banque d'escompte et un tribunal suprême. Des terrains furont donnés aux étrangers; on voulut même avoir one académie, où Ion appela des membres de Paris. Mais innovations émanaient d'un bon vouloir sans discernement, on n'enseignait même pas à lire aux habitants. Gqwndant le mouvement matériel entraîna bientôt les esprits, qui se détachèrent du r^ent. Il vivait simplement , isolé, avec

106 ÉMANCIPATION DE L*AMBB1QUK ESPAGNOLE.

un petit nombre de personnes, dépensant des trésors pour scmtenir les nobles qui l'avaient suivi et qui regrettaient la terre natale, pleins de mépris pour cette contoée noovellet qaHls eonsidéraient comme un exil. A la chute de Napoléon, don Juan ne songea pas à retourner en Europe; et, eroyant qu*il y aurait proflt à ce que le Portugal, les Algarves et le Brésil fiissent réunis sur le pied de l'égalité, il éleva le dernier an rang de royaume (16 décembre 1815). Quand la révolution eonsUtu* tionnelle éclata en Portugal, le roi manifesta Tîntention d*y en* voyer son fils don Pedro ; mais les agitations Gommenoèrent aussi au Brésil (1821 ); en sévissant on ne fit qu'irriter davantage, et les troubles aboutirent à la revente. On, demanda un gouvernement juste, libéral, décidé h briser le joug tyrannique sous lequel le pays languissait, et Ton jura fidélité au roi et à la constitution portugaise, modelée sur celle de TEspagne. Le roi fit environner l'assemblée, disperser ses membres, dont quelquesuns furent tués; puis il s*embarqua pour Lisbonne avec les seigneurs portugais et ses richesses, en laissant son fils don Pedro investi du titre de régent.

Lc!S cortès de Portugal partagèrent arbitrairement le Brésil, et refusèrent de l'admettre à participer à leurs franchises. Déjà mécontent d'avoir à subir de nouveau les lenteurs des tribunaux de l'Europe , le pays s'agita : la province de Saint- Paul s'insurgea la première; elle entraîna bientôt celle de Minas-Geraës, qui, dans le cours d'un siècle, avait donné à la couronne 558 millions d'or, sans compter les pierreries et les diamants ; et elles demandèrent que don Pedro ne partit point pour l'Europe, où il était appelé parles cortès. Ce prince resta donc, et congédia les troupes portugaises. Il écrivit à son père « qu'une constitution faisait le bonheur d'un peuple, mais plus encore celui d'un roi. » Il prit et fit prendre pour symbole un triangle portéau bras, avec cettedevise : Indépendance ou mori! Il convoqua une assemblée constituante et législative , où Tindépendance fut proclamée (13 décembre 1821). Couronné empereur du Brésil, il laissa le Portugal libre de choisir entre une amitié profitable et une guerre à mort.

Le Brésil, par Timportance qu'il avait eeqniae, avait le droit

BMAIICIPATIOII DE L'aMÉBIQUB BSPAONOLK. 107

^«toastniie à la dépendanee d'un petit royaume éloigné v surtout depuis qa*il atait pris Thabitude d*un goovernement local eC qoll s'était imposé, dans ce but, des sacrifices onéreux. Mab il B*y avait guère à espérer d'une constitution au milieu d'une population si mélangée , tenue dans une ignorance sys* ténatiqne, familiarisée par l'esclavage avec les vices et la vie* Irnee ; dans mi pays où il n'y avait pas de société, mais plutôt ttae fénnîon dechefii de Êunilles patriarcales. Comment se prooiettre la paix entre les nègres, les blancs, les métis, les esclaves, Ifs individos lilnres? entre des provinces d*intéréts différents,^ animées d'une haine si forte contre tout ce qui n'était pas bré* silieB? Il se forma donc aussitôt trois partis : l'un , qui voulait b réonioo avec le Portugal ; l'autre, la république ; le troisième^ éoo Fedfo. Ce prince, qui connaissait à peine sa capitale, était ■I pnvre législateur. En conséquence, son règne, qui fut trèsagité, se puasa en essais et en violences. 11 cassa le congrès [ 1 1 déœmiire 1823 ) ; mais il donna le statut promis, aux termes duqod le Brésil fut déclaré libre et indépendant sous le sceptre et doo Pedro et de ses descendants ; la suprématie de la religion iadiolii|ue fut consacrée, mais on toléra individuellement l'exer* ciee des autres cultes. Il fut établi deuxcliambres, l'une temporaire, l'autre à vie, quoique élective. L'empereur eut le pouniir exécutif et un rôle modérateur. La liberté individuelle , celle ém la presse et de la propriété, furent assurées. Don Pedro fonda des écoles, restreignit les dépenses, augmenta les forces naliûoaiet, s'appliqua à satisfaire tous les besoins d'un pays nou« vrau, et à étoufier les révoltes renaissantes. Le Portugal, après divers cfiorts tentés pour tenir le Brésil dans la sujétion, rec^on^ But son indépendanœ (13 mai 1835), et accepta son amitié.

Mais la sagesse diplomatique , trop habituée à se laisser surpiundii. à rimproviste , n'avait pas prévu la réunion éventuelle des deux couronnes. Quand donc mourut Jean VI à Lisbonne C 10 mars 1836 ) , don Pedro prit le titre de roi de Portugal ; mais coonme il ne pouvait conserver sans danger ce royauno conjointeRient avec le Brésil, il renonça au premier en' faveur de sa iUe dona llaria da Gloria. Don Miguel, son frère , prétcudH alors que, devenu étranger à ce royaume, il était déchu de

lOS ÉMANCIPATION DE L*AMÉBIQUE ESPAGNOM.

tes droits à y succéder au trône. Don Pedro se voyait à la veille de perdre oette couronne, quand il sentait celle du Brésil vaciller aussi sur sa tête. En effet, les indigènes, pleins de haine pour les Portugais devenus Brésiliens , formèrent contre eux un parti hostile , qui se jeta dans des émeutes redoutables. Don Pedro, répugnant à employer la force pour rétablir Tonlre, abdiqua en faveur de son (ils don Pedro II , et passa en Europe ( 7 avril 1831 ), La régence qu'il établit remédia aux maux les plus pressants , et la constitution fut revisée avec une meilleure délinition des pouvoirs. Mais les guerres extérieures, et les dissensious intestines entre les impérialistes et les républicains, continuèrent d'agiter un Ëtat à qui tout semble promettre un heureux avenir.

Le Mexique, lorsqu'il se fut constitué en État fédéral ( 30 mars 1829), ordonna l'expulsion de tous les Espagnols; ib étaient au nombre de quarante mille , et ils emportèrent plus de 100 millions de piastres : cette mesure fut le pendant de Texpulsion des Maures. L'Espagne espéra quelque temps recouvrer ce pays , où elle envoya cinq mille hommes sous les ordres de Barradas ( 29 juillet) , en les Élisant précéder par de larges promesses. Mais les dissensions se calmèrent à l'appro^e de l*ennemi. Santa- Anna, gouverneur de la Vera-Cruz, homme de courage et d'une activité infatigable, appela les citoyens aux armes, attaqua les troupes débarquées, et les força de se retirer.

Mais aussitôt la discorde se ralluma : Guerreiro , élevé par une révolution militaire (décembre) , fut renversé par une autre, ï^s républiques de Buenos-Ayres , du Chili, de Guatioiala, se déchirèrent entre elles : les unitaires et les fédéralistes se déshonorèrent tour à tour par de sanglantes victoires. Les fédéralistes s'affilièrent aux loges maçonniques fondées dans le pays par le ministre des États-Unis ; et les unitaires, par oppoâtion, allèrent aux loges écossaises : de là les deux dénominations de yorkins et d'écossais. Dtiutres , soutenant que la monarchie était le seul gouvernement possible au Mexique, avaient offert à Fer4inand VII d'y envoyer un de ses frères pour gouverner constitutionnellement ; il refusa. A l'intérieur, les débats , au lieu de rouler sur de grands principes , ne consistaient qu>a

SJUHCIPATIOIC DS L'AMilIQUB BSFAViCOU. 109

entre oeoz qsû araient des emplois el eeax qoi «voir. L'agriculture étant négligée, toute ambitioa k gDovemement, en prenant le masque de la li- Iwrté oo eelui de la religion. Les révolutions, toutes militaires, jsQBt aussi promptes que fMîles. Une poignée de soldats s*in- SB^mt, lancent une proclamation pompeuse , où résonnent les awls de cMUêaUonf de genre humain , de Montézuma ; le capoial devient général , le seribe, conseiller; on change les magiUFrfs, et tout est ûbî : puis on déclare que Tempire des lois cstiétahli.

Les habitants du Yucatao , plus civilisés que leurs voisins , ef Tintés par les bâtiments étrangers , avaient toujours répugné à l'unité, et s'étaient proclama indépendants; ils finirent cependant par se rallier aussi à l'Union. En 1 836, le parti unitaire remporta, grâce à Santa- Anna , et les Etats libres et souverains deriorent des provinces. Santa*Anna , ayant eu le dessous, s*inangea de nouveau contre le président Bustamente , bombarda Uenco, diassa son rival , et domina en maître absolu.

la eoDStitution publiée au Mexique le 13 juin 1843 proclame la souveraineté nationale et le gouvernement représentatif. La reljgioa catholique est la seule dont le culte soit public ; Tesdange est aboli ; il y a une chambre de députés et un sénat , plus sue députation permanente, choisie parmi les membres des 4eux chambres. Un président quinquennal , âgé de plus de quarante ans, né au Mexique, et y résidant au moment de relection , exerce le pouvoir exécutif; il est élu à la majorité des Toix per les assemblées départementales.

Le Mexique , dont la surface est de 1 ,242,000 milles carrés, et tot un tiers se trouve sous les tropiques et le reste dans la zone tempérée, avec une incomparable richesse, soit en métaux, soit a productions végétales, compte à peine sept millions d'hahitaots, e'est-à-dire quatre d'indigènes , un de blancs , deux de lug mêlé; plus, six milk nègres. Les revenus, qui sous la éomînation espagnole étaient de 20 millions de piastres fortes, ont clé en 184S de 14 millions et demi, avec un déficit annuel de 3;900,000 piastres , et une dette nationale de 84 millions de dfiUan , dont quatre cinquièmes sont dos à des étrangers. Le» ■MT. se cBirr ans. — t. m. iO

110 iMANCTPATTON DE L*AMBRTQU£ ESPAGRÔtB.

mines d*argent rendent 22 millions de dollars , mais 12 millions à peine arrivent jusqu'au fisc. Le eommerce au Mexique va de mal en pis; Tagriculture y souffre d'un état de guerre continael.

La population est belle ; elle aime les fêtes religieuses ou profanes, le jeu, le théâtre, les combats de coq. On y trouve encore cent cinquante couvents , qui possèdent pour 80 millions de piastres de propriétés, bien quMIs aient beaucoup perdu depuis Tindépendance.

Trois frégates à vapeur, deux bricks, trois goélettes, deux chaloupes canonnières constituent les forces navales do Brésil. L'armée de terre y est de deux cent quarante mille hommes. Mais ils se recrutent dans les prisons et aux galères ; si leur nombre est insufQsant , des officiers recruteurs s'en vont ramasser des pauvres et des Indiens, qui, arrachés par force à leurs travaux et à leurs familles , sont drœsés aux armes par la violence , mai vêtus et mal payés : aussi les citoyens refusent- ils de sTenrôler, ce qui fait qu'il ne se rencontre dans les officiers ni caractère ni instruction. Avides d'avancement, ils le demandent aux révolutions, qui sont devenues périodiques dans ce pays.

La révolution du Texas est un des faits les plus singuliers de ces contrées, et un de ceux qui ont le plus influé sur l'Amérique méridionale. Ce pays confine à l'est et au nord avec les États- Unis, à l'ouest avec le Mexique; il est sillonné par de grands fleuves , et possède un littoral de 360 milles. Le gouvernement des États-Unis avait renoncé , en 1819, à ses prétentions sur ce territoire , alors presque dépeuplé. Il était en conséquence demeuré au Mexique. Moïso Austin, mineur do Missouri, ayant résolu d'y établir une colonie de ses compatriotes , en obtint l'autorisation du cabinet de Madrid. Il eût été de Tintërét du Mexique de conserver un désert entre lui et leis États-Unis : cette population inobservée s'accrut avec rapidité, en déployant une activité prodigieuse. Il en résulta que les États-tfoîs demandèrent de Tagrcger à leur confédération , sacliunt combien elle leur serait utile pour les rapprocher des pays métallifères , ainsi que de la mer de Californie et de Tocéan Pacifique.

Lorsque la république mexicaine abolît resclavage(t82d), elle porta atteinte à la propriété des colons du Texas , qui s*y étaient

émaucipation de l^ahébique espagholb. m

éubtis sous la condition expresse de conserver leurs nègres. Cette mesure fut donc révoquée; mais le Mexique dut faire des préparatifs militaires ( 1830 } pour mettre obstacle à J'infloence des États-Unis dans ce pays. Lorsque Santa-Anna , soukré contre Bùstamente pour établir le gourvernement central,, fot vaincu par Samuel Houston dans la plaine de San-Jacinto ( 1833 ) , cet événement consolida la république du Texas. La ooQvelle ville de Houston devint le siège du congrès et du gou* vemement ( 1837 ); le vainqueur fut proclamé président et regaidé comme un sauveur, puis bientôt calomnié et dénigré. Il suoeamba eo effet, et eut pour successeur Mirabeau-Lamar ( 1838 >, qui voulait Findépendance absolue. Après avoir longleaips hésité, le pays se décida enfin à entrer dans la confédération des États-Unis (13 avril 1844).

Le Texas a fait des progrès immenses : il ne possédait au ccoimencement du siècle que neuf mille habitants; il en avait soiiaote-dix mille en 1836, et trois cent cinquante mille en 1844. Il exportait quarante mille balles de coton en 1833, cent mille en 1838, sans parler des produits entons genres, tels que troupeaux, chevaux, fer et cliarbon. Les habitants de ce territoire, défiant les sauvages, ont placé leur capitale à la limite des terres cultivées; et leur pays est comme le point d'appui qui doit servir aux Anglo-Saxons de T Amérique septentrionale pour assaillir la race espagnole de TAmérique du Sud , ces nouveaux maîtres ayant déclaré ne reconnaître d'autre limite que Tocéan Pacifique. L'Angleterre s'y oppose de toutes ses forces, prévoyant hien qu'il en résultera pommelle la perte du haut et du btt Canada.

Le nord-ouest de l'Amérique, qui embrasse quatre millions de milles carrés, c'est-à-dire im tiers de plus que l'Europe, est liabité par cinquante mille Indiens à peine, et par dix mille blancs, répartis dans les établissements de diverses nations. Cest là qu^est le territoire de l'Orégon, dont la longueur est de six cent cinquante milles sur cinq cents de largeur, c'està-dire trois fois la surface des îles Britanniques. Fertile en tout ce que TAmérique demande à l'Europe , arrosé, sur une longueur de deux cents milles, par un fleuve que les grands vais-

Page 1